‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 18 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

gnol , Charles d'Espagne , comte de la Cerda , fut promu à cette haute dignité ; le bruit courut alon que Tinfortunë comte d'Eu avait été sacrifie à Tarnlotion de cet étranger , dont la fareur auprès da roi était sans bornes.

Tandis que cette exécution , inique selon Ijoutes ka probabilité 9 arait lieu à Paris, la Bretagne reloitissait du bruit d'une action héroïque , comparable au combat des Hôraces. La guerre oontimiait dans cette province , toujours alimentée par «ne double prétention à la souTeràineté. Les Français et les Anglais , auxiliaires des prétendans, ecMnbatiaient avec cette foreur qu'entretenait nne hame désormais invétérée. Le combai des TVienit est on trait que tout hislorien doit citer , qncfiqne ri^en ne Cssse présumer qu'un intérêt quéloonque ait déteittiné ce fait d'armes gigantesqui^. En adAiirant la yaleur de ceux qui descendirent dans la lice , on est forcé d'attacher à leur courage Tidée d'une vaine et déjplorable bravade. Trente Anglais convinrent en 1 55o avec trente Bretons , de combattre à outrance sur le bord de la mer ; le jour fut fixé , et nul des champions ne manqua à cet appel de la mort. La victoire demeura aux Bretons ; car tous les Anglais périrent dans cette lutte ^ où des hommes ^ des chevaliers , qui en tirant l'épée avaient invoqué le nom de leur belle amie , se déchirèrent entre ^ux comme les tigres du désert*... On frémit en répéunt que Beaumanoiry chevalier breton, déjà couvert de blessures , et se plaignant

DE PARIS. i35

J'une soif aideme, l'un de ses frères d'aimes lui répondit : Bois ton sang , la soif passera *.

Parmi les inculpations poilécs contre le connétable d'Eu , on avait rangé la cession du comté de Guines h l'Angleterre; en l'année i353, celle opinion parut être justifiée. Edouard III, au mépris de la trêve qui régnait entre les deux royaumes, fit occuper ce territoire par les troupes qu'il entretenait b Calais, Jean lui ayant demandé raison de celte violation, ce prince anglais répondit « que les surprises de places n'étaient point interdites parles suspensions d'armes: témoin celle que Philippe de Valois avait tentée sur Calais; que d'ailleurs le roi de France, en faisant décapiter Raoul de Nesie, prisonnier des Anglais, avait privé ceux-ci de la rançon due par ce seigneur, et qu'ils prenaient le comté de Guines en dédommagenftnt. » Jean sentit qu'il devait se préparer i combalire.

Cependant le roi, malgré les appréhensions de guerre qu'il dut concevoir dès ce moment, fitprocéder avec magnificence à la cérémonie de son sacre : des fêtes splendides , données à Reims , puis h Paris , attirèrent dans ces deux villes tous les grands vassaux du royaume : Edouard seul ne parut |>oiut, et son absence confirma ses projets hostiles. Durant ces réjouissances, Jean arma ses trois fils chevaliers; mais ce qui surtout donna de l'impop-

' Un monument fut éie\é sur la place où se livra le combat df.t Trr.nie; l'histoire a conservé k's noms îles soixante gueii'ier<; qui coiulialtirent dnns reUe circonstance.

^ÎO lilSTOlRt

lance aus solennilos, ce fui la crt^alion de l'oidre lie VÉtoilc ou do la noble Maison. Cette fondalion , qui peul-5irc <!;Iait une imitation «le cellp qu'Eitouard III venait tic faire , sous le nom iVOrdn de la Jarretière *, fut célébrée en i552, an ch;Ueaii de Saiot-Ouen , près Paiis , avec loul l'éclat que les rilcs religieux et les pompes de la chevalerie pouvaient prôter à une telle instiluiîoa. L'insigne était une étoile d'or, portée au fermail du manteau. Il n'y avait eu encore en France q\ic l'ordre de la Genette , fondé par Charles Martel . au huitième siècle; et cette distinction s était évanouie iusensiblcment, parce que les souverains, eu la prodiguant, avaient détruit l'idée du nith-ïlo dont elle avait d'abord été la récompense ei le signe. Il devait en être ainsi de l'ctoiie : Jean . moins sage quc^on voisin, qui bornait le nombre des clicvaliers de la Jarretière à vingt-quatre , donna sa nouTclIe décoration à cinq cents seigneurs: personne ne crut à tant de vertus éclatantes, et l'ordre fut discrédité dès sa naissance**.

* Cet ordre fut fondé vers l'année 1 34g- Tout le monde sait que bjarretiére d'une dame, tombée dans un bal, fut lacaiœ déternûnante de cette institution. L'ordre de la Toison-d'Or eut une origine plus pittoresque encore : on peut consalter à cet égard Froi»ard , dont nous n'oserions citer ici le texte.

** Ce témoignage historique n'a pas profité ^ nos gonver— nana modenies : la Légion d'Honneur, enfantée par une conception aussi noble qu'utile , est devenue, dans ces derniers temps, un vain joyau, un complément de parure, et, par malheur, un signe de dociUté politique , bien étranger cerlai-

Au moment où la guerre avec l'Angleterre devenait nmmitente , Charles , ix^i de Na{>arre , venait d'épouser la fille du roi , et d'entrer dans son alliance. Ce prince , fort jeune encore , avait déjà mérité le surnom àe Maui^aisr par Texercice de Vous les vices qui font les grands criminels ; mms

nement à la généreuse appréciation dés mots : Honneur et pairie y tracÀ sur la décoration. La prodigalité infatigable qui , très prochainement, aura pourvu de croix tout ce qu'il existe en France de notaires, d'avoués, et de pharmaciens rccommandables y a pourtant une singuUérc contre-partie : lorsque , parvenus à Tépoquc actuelle , nous aurons à men*tionner les travaux du dépaitemcnt de la guerre , nous citerons la date d'un règlement ministériel, dû à Tune de nos vieilles illustrations militaires , et qui exclut les demandes d'admission dans la Légion-d' Honneur, formées par les offî • cicrs en retraite et en non activité , c'est-à-dire par ces braves qui , en i8i4 et i8i5, ont été repoussés en masse de la nouvelle armée, parce qu'ils avaient bien servi dans l'ancienne, si justement appelée la grande. Certes ! parmi ces officiers il on est beaucoup qui ont mérité la croix , même quand on se montrerait aussi sévère dans l'examen de leurs titres, qu'on est complaisant k prêter des droits aux solliciteurs privilégiés qui ii'cuontpoint.Cependanton les renvoie à se pourvoir devant l'autorité civile , qui ne connaît de leur carrière , que le dénuement où beaucoup d'entre eux sont plongés , après d'honorables et longs services. Quand nous aurons h traiter cette question, nous verrons si les cousidénuis d'une telle disposition sont justes et logiques^ il est permis d'eu douter. Charles V tiouva l'ordre de l'Etoile déjà si discrédité , qu'il l'abandonna aux officiers du guet; iiotie époque a déjà vu la Lcgiou-d'Honueur tomber plus bas dans la hiérarchie des ronctiouuaiicb de poUcc.

4M HISTOUtB

sa r^puution de méchanceté et de perfidie ne lui

enleva peint, dans les premiers temps, l'affection

du roi , qu'il partageait avec le connétable Charles d'Espagne. Mais le Navarrois , ennemi de loui partage, ne put souffirir long-temps celui d'une faveur dont son ambition voulait amplement profiter. Une anîmosilé acrimonieuse, qu'excita l'insolence de cet homme absolu, régna bientôt entre lui et l'autre favori de Jean : les vives et fréquente» altercations qu'Us eurent ensemble dégénérèrent en haine profonde...,. Le roi de Navaire songea à faire assassiner son rival. Celui-ci, averti dea noirs desseins du royal scélérat, prit des précautions pour se garantir de leur exécution . Par malheur la surveillance des agens que l'Espagnol chargea du soin de sa conservation ne s'étendait pas au-delà de Paris : il fut égorgé dans une aubergCj sur la rouie de l'Aigle, où il se rendait pour voir sa jeune épouse.

En apprenant ce meurtre , le chagrin du roi fut extrême; il jura, par tous les saints, de venger le premier officier de sa couronne et son favori, bien que le meurtrier , qui n'avait point essayé de nier le crime, fut aussi son ami et de plus son gendre. Mais après les premiers épanchemens de douleur, Jean se vit accablé de sollicitations en faveur du coupable: Jeanne d'Èvreux, veuve de Charles-le- Bel ; Blanche de Valois, sœur du Navarrois , et surlout Jeanne de France, son épouse, intercédèrent pour lui avec' toute l'éloquence que peut

avoif In voix du sang. Le pape même, laiil l'église sait être oublieuse îles forfaits, le pape envoya un légat supplier le roi de faire grâce d'un premier ailentat k un jeune prince qui promettait de se corriger. A ces sollicitations , Charles, retiré dans SCS possessions de Normandie, joignit un mémoire^ dont le contenu offrait plutôt des remontrances que d'humbles sollicitations. Il faisait remarquer h son beaii-pèrc qu'il y aurait de l'imprudence h mécontenter un souverain qui possédait en Normandie, et principalement sur les cdtes, plusieurs forteresses où les Anglais seraient aisément introduits. Il terminait en disant que le jugement de Robert d'Artois n'était pas un évt^nemcnt éloigné , et qu'on pouvait se rappeler les suites funestes4{u'il avaiteues pour la monarchie.

Cependant Charles-le-Mauvais était trop habile politique pour remettre entièrement sa destinée à la clémence douteuse du roi : tandis qu'il uégociait à Paris , il ouvrait , d'un autre càté . l'oreille aux proposiiions du duc de Laiicaslrc . chargé par Edouard III de lui offrir l'appui de ce monarque , dans le cas où Jean persisterait h le poursuivre. Un traité fut conclu, où l'on fixa le nombre d'Anglais qui seraient , à l'occasion, reçus eu Normandie ; il renfermait de plus la désignation des places que ces troupes occupcraienl. L'exécution de cette convention secréle ne parut pas nécessaire au premier moment soi! effet des prières dont il était obsédé , soit appréciation du

^o UISTOmE ^^^

danger qu'il y aurait à su brouiller avec Charles, Jean Gl savoir h celui-ci qu'il élait tlisposé k lui accorder sa grâce , et chargeait le cardinal de Boulogne cl le duc de Bourhon d'en régler les conditions avec le coupable. Le Navarroîs , fort rassuré, se rendit alors à Paris ; « Sire , dit-il au roi, « qui r^coutail, assis sur son lit de justice, j'ai eu « de bonnes raisons pour ordonner le meurtre dont t( je m'accuse... Je les dirai au roi, s'il veut m'en- « tendre en autre lieu. Au reste, je n'ai pas cru , « par cette action , manquer au respect que je vous « dois. » Après celle jusiifîcaiion impertinente, « le connétable Jacques de Bourhon, metla main « à Charles de Navarre, par le commandement « du roi »,etremmène dans une chambre voisine. Conformément au programme d'une comédie convenue d'avance , les reines se jettent aux pieds du monarque , cl implorent sa clémence. Jean feint de faire des difficultés; puis ordonne que le coupable soit ramené : les princesses elles-mêmes vont le chercher. AlcM-s, sans s'être astreint à aucun acte d'humiliation , le Mauvais en est quitte pour une admonition du cardinal de Boulogne, dans laquelle le forfait commis n'est pas même rappelé , sinon par cette péroraison : « Qu'aucun de K. Ugnage du roi ou autres , dit le prélat , ne s*a~ « ventm-e d'ors-en-iavant de faire tels faiu>comme « le roi de Navarre a fait; car voircment , s'il ad- « vient, quand ce serait iîls du roi qui le fasse , « au plus petit officier que le roi eut , si en sera-

u t*il fait justice et adonc la cour départit. »

Retourné dans ses Etats , le Mauvais , fort peu sensible à la clémence de son beau-père^ s'y livra aux intrigues les plus suspectes : ce ne furent qu'allées et venues de la Normandie en Béarn et en Navarre ou à Avignon. Dans cette cour dû pontife , ce Navarrois , si remuant , si mal intentionné f ne s'occupa qu'à entraver les négociations pour la paix définitive entre la France et l'Angleterre , que le saint père s'était chargé de conclure. Enfin f les menées coupables de Charles devinrent si manifestes ^ que Jean , las des méfaits de son gendre , ordonna le séquestre de ses terres.... Plus tard, l'impolitique monarque revint encore sur cette mesure de juste sévérité : sans doute c'est cet acte d'étrange faiblesse que les écrivains panégyristes ont donné pour base à la renommée de débonnaireté qu'ils ont faite au roi Jean : on ne saurait voir en cela que les molles, indécisions d'un suzerain qui n'ose pas châtier s6n vassal , et (néglige cet axiome si sage en politique : un allié perfide est plus redoutable qu'un ennemi déclaré.

L'impunité ne corrige poin^ les méchans ; elle lès irrite bien plutôt. Caries, dauphin de France, le premier qui ait eu ce nofti , était alors âgé d'à peine dix-sept ans ; Charles-le-Mauvais^ ainsi que Satan, dont il tenait ses inclinations , s'attacha à corrompre , dans ce jeune prince , l'innocence qui^ presque toujours, est sans défiance dupmal,

4if3 HISTOIRE

qqe la nature ne lui apprend point a prévoir. Qiarles de France, pour quelque faute légère, avait reçu de son père une réprimanije assez rude ; le Navarrois TÏt le méconieniement de cet adolesceoi empreint sur ses traiu. Profitant de cette disposition, le beau - frère aigrit d'abord . avec adresse^ le ressenliiuent du Dauphin; puis il glisse dans son cœur le venin de la jalousie, en lui disant que Jean lui préfère ses cadets; que jamais il n'obtiendra de ce père injuste , ni grâce ni autorité; à moins qu'il ne sache prendre un parti propre à révéler une résolution dont le rot peut le croire dépourvu. Le Navarrots, ajoute que , dans cette conjonctm-e , il ne peut mieux faire que de se retirer chez l'empereur Charles IV , son oncle, et que s'il se décide à partir , il lui oEEre une escorte de cent hommes d'armes.

Charles deFrancesubji^^élourdi, mais«irUMit blessé des remouuauces du roi , accepta l'offre de l'habile tentateur. Or , celui-ci avait fait coïncidier cette inlrîgueavecun voyage que Jean devait faireàl'abbaye de'Grandpré en Normandie, pour tenir sur les fonts un fils du comte d'£u. D'une part la prétendue escorte de Charles , l'attendait h Saînt- Cloud ; d'auti'e part , une seconde troupe , apostée «ur le chemin de l'abbaye , devait se saisir du roi lui-même : Charlcs-le-Mauvais enlevait ainsi les deux premiers personnages de l'Ëtat. Qu^ étaîmit ses projets? On ne là jamais su précisément ^ mais iU n^ pouvaient être que sinistres. L'eatr^tMn

des beaux-frères avait été épié : le complot fut dénoncé au souverain, ijui ne quitta point le palais et en fit fermer les portes à son fils.

Après ces précautions, Jean fit appeler ce prince ; il se borna à lui remontrer avec douceur que son imprudence avait failli le livrer au plus grand ennemi de l'Etat ; puis, semant qu'il était politique de démentir sur l'heure les insinuations du Mauvais , il donna au jeune prince le duché de Normandie , lui permit de s'y installer, et fixa sa résidence à Rouen. Des lettres de grâce , expédiées dans celte circonstance , portent que le roi « tient son dit « fils, et chacun de ceux qui devaient l'accom- « pagner pourexcusés pleinement de tout ccqu'on « lui a rapporté contre eux. Charles de Navarre, sans être désigné nommément dans cet acte, se regarda comme gracié; le roi 'ne le dissuada point , ne voulant pas, disait-il, aigrir davantage son gendre , dans les circonstances critiques où le royaume se trouvait.

En effet , Edouard III s'était refusé à toute pacification définitive; la trêve, impolitiquement renouvelée plusieurs fois , depuis l'occupation de Calais, avait donné le temps au prince anglais, et d'apaiser les divisions intestines de ses Etals , et de réunir des forces imposantes contre la France. Jean , ne pouvant plus éviter des hostilités que l'épuisement de ses finances devait Rendre fort embarrassantes , se décida à convoquer les Eiatsgénéraux, pour solliciter des subsides, qu'il n'eut

pa» obé demaoïlci ilirecleoieni au peuple. Pliilippcle-Bel avait appelé dtîj a le tiers état àceue grande iisseinblée nationale ;maU il s'y était encore trouve fious la domination des deux autres coi-ps. Dan» la réunion convoquée par Jean , les communes s'assireui au niveau de la noblesse et du clergé; des orateurs appartenant à celte boiu-geoisie , si long-temps méprisée , firent décider, avant tout autre délibération , que les propositions n'auraient de validité qu'autant que lestrois ordres réunis y auraient concouru ; et que le vole unanime des deux autres ne pourrait ni lier, ni obliger le troisième , s'il refusait son adhésion. Ainsi les nécessités delà monarchie l'obligeaient à reconnaître cette puissance populaire, que l'autorité souveraine voudrait bien nier , mais qui se révèle par l'appui qu'elle prête aux trônes , ou par le soufUe' dont elle disperse leurs débris.

Les Etats , dans cette égalité parfaite de délibérations , décidèrent qu'on lèverait trente millehomm^ d'armes ; ce qui devait porter l'armée, à quatre-viDgt-dix mille soldau, chaque homme d'armes ou lance ayant au moins trois combatt«iu h ses ordres. A ces forces devaient se joiodre les communes du royatmie,-dont l'effectif, à peu prè» égal , élèverait l'armée à cent quatre-vingt mille hommes. Les subides se composèrent, indépendamment de l'impôt sitr le sel, d'im.droît dehuitdeaiers pour livre sm' tous lesobjetsdcconsonmiaûoii : tel est sans doute l'origine des contributions iatlirec-

tes. Personne . pas môme la famille royale, ne fut exempt de cet impût; du reste les Etats se réservèrent le choix des employés devant être commis à la perception des diverses redevances, eifit droit, sans la participation de l'autorité royale , aux remontrances que les communes leur adressèrent sur plusieursparties d'administration publique. Ensuite l'assemblée détermina l'emploi des fonds, qui furent unir]uemcnt consacrés aux dépenses de la fpierre ; ni le roi ni ses officiers n'intervinrent dans cette répartition. Il fut décidé cnlin que , dans le cas 01!! le souverain contreviendrait , par SCS ordonnances, aux niesures prises par les Etats , les préposés seraient tenus do résister aux violences qui viendraient à leur être faites. Le parlement demcuniit chargé d'attirer à lui les procédures auxquelles ces difficultés pourraient donner lieu , et ce exclusivement au conseil du roi. Avant de se séparer l'assemblée s'ajourna i un an, afinde connaître la situation financière du royaume , et de voter une nouvelle levée de deniers , sî elle devenait nécessaire pour continuer la guerre. Ainsi , vers le milieu du quatorzième siècle, on toucha de plus près au gouvernement constitutionnel que nous ne l'avons fait , au dix-neuvième , après de longues et sanglantes révolutions.

Cette grande réunion , où la voix du peuple s'était fait entendre, avait retrempé en quelque sorte l'autçrité royale. Jean , excité par les plaintes et doléances des députés, s'appliqua i rechercher

as '

les vices ({ui régnaient soit, daus l'administration des finances, soïl dans l'eSercice de la justice. Eclairé sur une mullilude de vexations, que subi^ saient les citoyens , il s'efforça d'y porter remède. Leseiaclions révoltantes auxquelles le monnayage donnait lieu, furent l'objet d'une attention particulière : les agens employés aux refontes , à la fixation du taux et du tilrcùcr pièces d'or et d'argent, te ■virent soumis à une ai yeillance active; la loi porta des peines graves cc.itre les prévaricateurs. Parmi d'autres abus qu" atte époque vit , sinon disparaître du moins aff ir.il faut citer le droit de gite ou de prise ^' a ville de Paris avaîl tant souffert sou: e suite de règnes. Celte

exaction ruineuse , ndage commis au nom

des rois eux-F»'^"- a. été défendu déjà par plusieurs de Ci i mais leurs ordonnan-

ces, espèces d'acquiu de conscience dont, sans donlfl, il» ne siurveillaietit point l'exécution , n*a- Ttient {wodnit aucun résultat *. Les chePemchaÀri preneurs continuaient k enlerer , dïez les dosters ou fermiers des environs de Paris , voitarcs , dbe-

* Lows IX rendit uœ ortlonnance en 1x65 ponr abolir cet ou^ BcoQlînaa; Loaû^Hutitt, prit la mlntemeMiiv, tu i3i5, Miu aucun hkc^; Hiilippe-I^-Bel la rcnoavdR ai . 1345, et ne fut pas mieux c^i; enfin le toi Jean, lui-Htitine, n'avait pu ilé plus heureux en i35i. Ce genre de spoliation futport^ à loin, à diffiïrentes époques, que beaucoup de Paritiens abandonnèrent leurs maisons, qu'on voyait difsertes et tombant en rumea dans phuîcHn parties de k vift-.-

DE PAKIS. 447

vaux, volaille, denrées; chez les hn bilans de la ville, meubles, matelas, coussins, provisions : le tout pour le service du roi, qui, à son arrivée dans sa capitale, produisait sur la population reffei d'un esturgeon voracc qui se jette dans une colonne de chétivesablelies.

Mais, après la tenue des Étais-généraux , Jean prononça contre les chei'aucheurs preneurs des peines sévères, qui tempérèrent un peu l'ardeur qu'ils avaient montrée jusqu'alors. Le prévôt de Paris , le chevalier du guei et les sergens à pied et à cheval reçareoi l'ordre d'arrêter et de conduire en prison toute personne qui , au mépris de l'ordonnance, exercerait le droit de prise. Dès-lors l'abus cessa. Il est probable qu'il ne se serait pas maintenu tant d'années , si les souverains y eussent attaché la pénalité qui le faisait cesser. Le nouvel édit sur cette matière, portait que le roi ne pourrait jamais revenir contre l'abolition du droit de prise; elles citoyensélaient autorisés àrésister, les armes h la main, aux violences quon l«ir ferait contrairement à cette disposition.

Nous avons dit que les ménagemens gardés par Jean envers Charles-le-Navarrois ne devaient pas être attribués à la débonnaireié qu'on a prêtée à ce monarque ; mais qu'ils étaient l'efFet d'une timide politique, qui, durant quelques années, comprima l'impétuosité fougueuse du ror. Ce naturel reprit son empire, quand le souverain se crut en état de subjuguer son ennemi. Un jour.

ilans une fclo Jonni5eh Rouen, parle Dauphin, au roi de Navarrcct à qut'lques seigneurs Je sa cour : on voit s'ouyrir brusquement la porte de la salle où les convives se livrent bruyamment aux joies «lu festin; le roi de France, secrÈtement iniroduit dans le château , entre, accompagné dft son ëIb et i une force imposante : la table est envi-

ronuct "^TT ■''

« mue , se n et, inarch

Que personne ne rc- 5 écrie le monarque ■■ ; vais, il l'arrête He sa

main; IQi ijCntilsbommeii

arcourt et irois autres de chaînes. On mn-

mùnc les cii quilkmentà t péfice. Âp placer les

Jean se mot tcatf-"

eu d'une noijlesçe st«-

monte îi cheval , fait

de Charles dans un

charioi , q^ iCor»« .

me à travers la ville.,.'

Arrivé hors des murs, le cortège s'arrête; les qaatre piîacMpiers sont %irés du^diariof j'^Tlc. Mi d^t d'une TCiix aeteuùssantftcQo^n/leiir tittikâifeld téte« Ilest obéi, . : ' F -; '4 -qj-

Charles tenait à la £amiUe TOfalep&rtttfyma»; Jean craignait d'encourir un blâme ^né#tl]j^n faisant -mourir son gendre. Mais, trop faiUepourprendre la vie d'un grand cdujiahle., iM'Brr&«hait' indignement à quatre hoiiimes inDoceaa.'. (Qeneaction infâme fit d'innombrables ennemis au roi : le f rare du prince de Navarre, le mdme.Godefroi d'Harcourt que nous avons vu introduire . déjà: Ics- Ânglais en Normandie, et beaucoup de seigneurs.

tt£ PARIS. 449

normands , paissèrent immédiatement en Angleterre, reconnurent Edouard pour roi de France / el le pressèrent de commencer les hostilités contre celui qu'ils nommaient le tyran de ce royaume.

Cependant Charles -le -Mauvais fut <:onduit; sous bonne escorte^ dans la fôrteîresse. d'Orleux en Cambrésis; on commença contre lui et contre les seigneurs accusés de complicité aVe^ lui , des informations d'abord fort actives , Ynais que de» évènemens plus graves interrompirent bientôt^

La trêve venait d'expirer > et sa dernière heure était à peine sonnée , que les Anglais dèseendi-' rent en France de deux côtés. £«e duc de Lan^ castre , prince du sang y se jeta en NoniDaïklie ; avec quelques milliers de lances , pour seconder; dans cette province , les pai^tisails du Nâvarrois. Le prince de Galles , qu'on avait vn gagner si vaillamment ses éperons à Creci y et qu'on appelait ' maintenant le Prince Noir * , était à la tète d'un corps plus considérable , débarqué eh GuienAel Ces troupes ravagèrent , en peu de;^maines, l'Auvergne y le Limousin et une par^^du Poitou ; mai» le roi de France marcha ratyidement cff)ntré elles, avec l'armée florissante que^énaient ^i Jifi' donner leè Ëtats.

* Parce qu*il pcMrUit une anmure.eatièremem noife , aiofi que le pAnathe qui sormontait son casque , et Técharpe qui

soutenait son énée.. ri; 'C'était, dit-on, la sàlte d*an yodu

amour. ••;:

ÎU ' 29

4'îo HISTOIRE

Malgré sa marche audncieuse, le Prince - Noir commandnit une armée bien faible , comparée Jl celle qiie le roi de France allait lui opposer. îielôn < la coiilunie des Anglais, qui ne s'est poinï^ftcorfe i dëmeniîc aujourd'hui , cUe se composait, en çranvle pflfrtie , d'auxiliaires que l'or de la Grande-Bretagne avait séduits; cette fois ceux que le pTinM de Galles menait h sa suite, étaient des Gascot»: leur nombre s'élevait k cinq mille . el les t^outtês insulaires complétaient un corps de huit niîlle combaHans au plus. Avec ces forces, le fils dï^ douavdIII allait avoir à combattre an premier jaiir solianio mille hommes, conduits par un ^ave- TÀin qui brâlait d'en Tenir aux mains. L'Anglats sentit un peu tard sa faute; il ne luî restait plus que l'alternative dangereuse ou de se POpH^ «ur la Giiienne : mouvement rétrograde dan» le^el il pouvait être poursuivi ; ou de rejoindre le duc de Lancastre en Normandie, à travers le Poitou el l'Anjou : eipéditioQ dun.succèâ'doutïérlt'trt^tê'rs unpaifs gatdé vigilatnmentparren&emirX^roiiie laissa pas même auPf mce-Noir le temps dé tester l'un ou l'autre essai : U déploya les vastes AttA de son armée , et enveloppa le petit corps 'ai^<ltfis , au lieu nommé MtUfpeHuis, à deux licoes einriron de Poitiers.:.. Le postillon, ^bout de son (ouet montre encore au voyageur le monticule , couvert de vignes , où hs Anglais prirent position le 16 septembre i356, aGn de se rendre h des condttioos moins désavantageuses.

L'armée Oançaise n'attendait plus que le signal pour donner l'assaut à cette poignde d'eunemis . lorsque le roi vit s'avancer vers lui le cardinal de Pe'rigord, habile négociateur, dît Anquetil , qui, dans ce passage de son histoire , se fait évidemment le courtisan du Talleyrand-Périgordàe i8o5. Ce prélat veqait, au nom du Prince-Noir, demander une capitulation. Le jeune Edouard offrait de rendie les villes et cliâieaux qu'il avait conquis , d'accorder la liberté aux prisonniers, et de signer une trêve de sept ans. Dans la position difficile où les Anglais s'étaient mis , il était sa^ de ne point accepter leur proposition: harassés, sans vivres, sans issues possibles , la faniioe deviôt les surprendre au premier moment . et, malgré Le,poste avantageux qu'ils occupaienL , les obliger à poser les armes, puisa accepter la paix déûuitivc, telle que le roi voudrait la donner à l'Angletei-re. Jean se borna à suivre un mouvement de vaioc gloriole , en demandant que le prince de Galles et cent de ses principaux officiers se constituassent prisonniers. Le chevalier aux armes noires répondit qu'on ne le prendrait que sur le cliamp de bataille . — « Eh bien ! répliqua le roi , c'en est « donc fait, j'ai juré de le combattre, et de le " faire repentir des horreurs qu'il vient de com- 11 mettre sur mes sujets. »

Emporté par sa fougue irréfléchie , Jean , au lieu d'attendre la reddition inévitable de l'armée anglaise , se hâte de l'attaquer le i8ouie uiscptem-

4Sa HISTOIRE

brc , au point du jour. A la léte d'un corps de six aùMc cavalier» , il s'engage dans un chemin étroit, entre des vignes bordées de haies. Deux autres con)s de cavalerie sont échelonnes derrière le premier , .pour le soutenir au besoin.... Toiit-àcoup des archers anglais, tapis derrière les haies encore vertes et touffues tjiii les dérobent S la vue des assaillans, les ajustent et font pleuvoir sur eui

une grêle de traits Le désordre de la troupe

françftiso est immédiat : les cavaliers, resserrée entre des vignes, gRrnîcsd'éehalalsct coupéesde fosses profondes, se renversent leS uns sur les atrtres; ils sont écrasés par leurs chevaux , et bientôt par leurs camarades qui leur passent sur le cOrps pour continuer l'attaque,,. On n'entend sur ce point que les gémfssemens des hommesqui meurent, les jurentens de ceux qu'on écrase , et le cri mat^ial de ceux qui cherchent à franchir cet obstacle vi- YUA.i,., L'embatras deviem e!ïti<éttaé. JeàH'V^ut' dos, dont le- nom sera bie&tèc céMbi^'i' -debout à oàté du Prince-Noir, )aî moritreltf'Yoî, qu'il est aisé de reconnaître , engagé dans la m^ée, où le soleil levant fait rdnire sa cotte d'anites » semée de fleurs de lis d'or.-,. « Allons, seigttenr, n dit le capitaine anglais , la -victoire nt Ji ÀouS. M, Adressons-nom an bataillon que te roi'V:tnn- « mande; par vaillance, il ne foira pas. Ainsi « moyennant l'aide de Dieu et de monseigneur t< saint George , il demeurera en notre pouToir, » A ee< mots ^ Chandos fend sar le corps que Jean

uirige; ce prince, une hache à la tnam , sans cas- ({ue , les cheveux agités par la brise, combat comme un simple homme d'armes.... Son désc^oir meor- Irier , ses yeux ilauhoyans , les coups lerriblcs ({u'il porte avec sa hache, dégouttante de saag, effraient tous ceux qui osent approcher de lui.... Jean ressemble en ce moment au Dieu de la guerre. Philippe, son troisième fds, h peine sorti de l'enfance , manie avec une adresse surprenante sa lourde ëpée... : d défend son père... Tous deux sont blessés k la tète.... Cependant les force» de l'intrépide monarque s'épuisent ; celles de PhUippc sont épuisées. Un chevalier se présente , et conjure leroi de se rendre... n A qui me rendrai-je, demande «• I ce prince en essuyant de la main le sang qui lui K couvre le visage ; où est mon cousin le prince de «I Galles; si je le voyais, je parlerais? — Le prince i< est loin d'ici, répond le chevalier. — Qui étes-vous n reprend le monarque? — Denis Je Mor-bec , ré- « plique le gentîUiomme. — Ah! je me rappelle: V un Français banni pour meurtre en combat sia- « gulier. Allons, Dieu le veut , s'écrie Jean avec « un profond soupir ; et tendant son gantelet à K Denis de Morbcc, ïl ajoute: Je me rends à mon « sujet. »

Le roi fut accueilli avec un respect infini par le Prince-Noir; il le servît à, table, et se défendit de s'y asseoir iisescùiés. Puis, ajoutant la délicatesse aux égards, le jeune Edouard dit à son royal prisonnier : » Chier sire, quoique la journée ne soit pas

■ « vôtre

vôtre, vous avez acquis la plus baute réputation « de prouesse, et avei passtî aujourifhui tous les « mieux combattans. Je ne le dis pas , chièt Sire , « pour vous louer, car tous ceux de iiotrè parti, <i qui ont vu les uns et les autres , se sont, ' pïti- <i pleine conscience, à ce accordés , et vous ddirHâtit « le prix de la vaillance. "

Tandis que Id prince de Galles s'épuisaît eto coitttoisies, son armée achevait de mettre en fixité celle du roi. Six mille Français restaient dans la plaine de'Maupertuis, parmi lesquels on comptait une nombreuse noblesse... Mais dès que le désordre s'était mis dans les rangs, on avait emm^iléida champ de bataille, prématurément même;" le dauphin Charles et son frère Louis. Le lendemain du combat , le prince de Galles conduisit JeàA k Bordeaux ; ce ne fut que îong-tempB aprèsqu'il Tàt transfe'ré en Angleterre.

Après la bataille de Poitiers , lé ésAif^à'ÉeèOarrut i Paris pour saisir les réneç dU VcfyaxtAtf^^tn qualité de lieutimant-géDéral ; titre ttu^Mtireux auquel, se rattache presque toujours l'idée'des ât&- •asti^s de la monarchie, et qui souvent lesper']^^. Ce prince, à p«neâgé de vingt ans, futaècttiBâli froidement par les Parisiens: ou se raj^p^ait ses liaisons avec Charles-le-Mauvais ; on avait plus présente encore sa fuite précipitée des diamps de Maupertais, Du reste , Cbarles ne conneissaït ^i les affaires de l'Etat , ni les hommes en place qui devaient le conseiller et le seconder; Il crut devùr

Dt l'AKIS. 455

(temauder h la iiatiaii elle-inêuiç d'utiles avis pour la gouvcriiei' : les États-généraux furi-nt convocpiés immédiate meut. Cette grande assemblée se divisa cette fois en deux sections: les députes des provinces méridloniilcs, représenlant la langue d'Hoc, se rcuoirenlà Toulouse, sous la présidence du comte d'Armagnac; ceux des provinces septentrionales, ou de la langue d'Oïl , s'assemblèrent h Paris.

Les États méridionaux , pénétrés des besoins et des dangers de la France , se hâtèrejit de voter une levée d'bommesel une contribution. Dans la douleur profonde <l^c leur, inspiraient lesmalbeurs de la patrie » ils firent ensuite une sorte d'ordonnance sompiuajre (juî défendait les danses, lesfèies, les spectacles, et qui ordonnait de s'interdire l'usago des foiu-rures précieuses , des jpyaiix , des perles , des diamans , jus^^'à,^ délivrance du roi,

Les Etats de Paris , où siégeaient huit cents dépULcs des trois ordres , adoptèrent une tout autre marche; leurs délibérations furent oragetises. souvent hostiles i la couronne ; on les avait convoqués pour se procurer des ressources numéraires et aviser promptenient h la liberté du roi ; ils anooncérent, dès leur ouverture, le projet d'intervenir dans les affaires de l'Etat. Cette intervenlitm était inévitable avec un gouvernement vicieux, dont les abus froissaient, sous mille formes, la nation qui s'exprimait en ce moment par l'organe de ses mandataires. L'initiative des remontrances , dans celle assemblée, comme dans celle tenue au com-

mencenicnt derannée, fut prbepar Eti&ihe Mar- 4;c1, prévôt des marchandé . de Paris * , roYétu aux Êiats delà présidence du tiers. l)an» A^Q. liarangue chaleureuse^ ^ui rallia k ses YWSjUiiÇ'îaH posante majorité , ce nouyeau Gracchua . ^éçlara que Featière réforme de la xxi^istrature fpt de l'administration était le premier soin auquel diiiit se livrer rassemblée ; car, ly out a- t-îl , m c'est en. vaaaurant la nation sur ses destinéesque vousrintérçsserei^ à son roi, et la déterminerez k le secQmrir.>» Aprèa ee préambule , dont le dauphin ne calcula pas toute la portée , Marcel dit que , pour classer les grandes offaires dont on aurait à s^occuper, et procéder par ordre aux délibérations qu'elles nécessiteraii^ty il serait^ important qu une commission fût chargée de jpréparer le travail. Cette proposition ayant été adoptée , le lieutenant-général y donna sa sanction, et les Etats nommèrent une commission, composée de douze membres choisis dans chaque ordre et qui, conséquemment , prit le nom de conseil des trente-sijc.

Toutefois Charles, à qui ses ministres avaient fait ref louter une usui;paUon d'autorité de la part des trente-six , n'avait consenti à leur investiture qu'à condition que ses conseillers ordinaires se réuniraient à eux , lorsqu'il le jugerait convenable. Cette

•' />! /taiisc /)nrisLrnnc 9 OU association des marcliands do Taris , dont nous avons ptTrlë precédennnont , recevait la direidon d'un cJief qui, dès Tannée 1258, portait le titre ilc Pri'iôt (les nuitchands»

DE PAKlâ. 4S7

réserve ne fui uullemeni combatme; mais aussitôt quelesgeusdu roi voulurent émettre desopinions cuiitritiresauz vuesdu conseil, ils ea furent exclus avec éciai. Dès ce moment , Marcel , influent parmi les trente-six comme dans l'assemblée générale, fît porterune accusation contre vingt-d<iux personnes , Dfvétues de la confiance du monarque dans la magistrature et les finances; il demanda hautement que ces fonctionnaires fussent dépouillés de leurs emplois , dont ils s'étaient rendus indignes , et qu'on fit le procès à plusieurs d'entre eui *. Robert'le-Çoq , évcqtie de Laon , et émule du prévôt des marcliands dans la polémiqne représentative, fut chargé de porter aux Etats la proposition que venait de faire son collègue; beaucoup de députés la soutinrent; le dauphin l'accueillit avec un vif mécomentement. « Mais, dît « le pvince, que donneriet-vous donc en recomu pense d'un tel sacrifice? — Une armée , répon- « dit le Coq, une armée de trente mille hommes « et l'argent nécessaire à son entrelien. »

L'orateur se hâta d'ajouter que, pour asseoir et répartir la levée d'hommes et l'imposition en deniers, il était indispensable que les Etats tinssent jusqu'h Pâques. Ce dernier point du discours de le Coq, acheva d'indisposer le jeune prince, îl sortit de l'assemblée en disant qu'il allait conférer avec son

' La proposition porlah que !es biens des condamiiés , quelle que fût leur peine, seraient confisqaes, Tendtw, ci que le prix en serait employé a, la difhvrance du roi.

coufieil, eil'erait connaître sa décision à rasseniblôu.

Quelques jours après, Charles appela«ît l'hâtel de Saint-Paul*, qu'il habitait, une députaiiou îles Etals. Il lui tlt^clara qu'il venait d'écrire au roi son père, sur les matières qui lui avaient été exposées, et ne vpulait prendre aucune délerminaiîon avant d'avoir reçu sa réponse. Le dauphin eqioignit ensuite aux Etats de s'abstenir de toute délibération jusqu'au message attendu: cette fin de non recevoir n'abusa personne; on vil que c'était un renvoi d^uisé; beaucoup de député» quittèrent Pari»; Charles congédia le surplus. ,

Mais le lien tenant -général , en éloignant les notables, restait avec tout l'embarras dont ils pouvaient le tirer. Alors l'imprudent eut recours au fâcheux expédient qui tant de fois avait soulevé l'indignation du peuple : il altéra les monnaies: ou lîIutDt-il en fît frapperile nouvelles m titre le plus bas^ U ne pouvait, dans une circoDstâAee aussi critique^ prendre un parti, plui'dangereuKt^c'éUût mettre une anhe redoutable aux maios de ses ennemis. A cette grave imprudence, le dauphin en joignit une non moins grandeiilqtiitlala capitale et se retira à Mets. Ce prince fut màlheiiroix joiquedans le' prétexte qu'il donna à sa. fuite; car il déclara qu'il allait consulter l'empereur Charles IV, son oncle; et rien ne pouvait être plus in-

' Edifice, rebâti h plusieurs reprises, qui occapalt un grand espace entre la rue Saint— Antoine et le port appelé aujourd'hui Saint-Paul. Nous parleroM de c

DE VKMS. 456

Bullant pour la nation , doDt il venait <le repousser Ips dépules, que cette confiance accordée à uii EouTeraïri étranger. De plus, le dauphin laissa la direction des aETaires au duc d'Anjou, son frère, <[ui, s'étant enfermé dans le château du Louvre avec une garnison , gouverna les Parisiens comme une ville conquise, c'est-à-dire avec tout rappareil d'une défiance ombrageuse.

A peine Charles fut-il parti , que le nouveau gouverneur de Paris, du sein de son enceinte crénelée, rendit une ordonnance pour la mise en circulation des nouvelles monnaies : une émeute fut sur le point d'éclater; Marcel, bien accompagné, se rendit au Louvre, Ht entendre au prince des l'emontrances pleines d'énergie , et lui signifia clairement que si l'ordonnance sur les monnaies n'était rapportée, il devait s'attendre aux plus grands malheurs. Ici se présente naturellement l'occasion d'émettre une opinion inipartiide sur ce prévôt des marchands , que presque tous les historiens ont jugé avec une sévérité trop absolue. Certes 1 nous ne prétendons pas justifier entièrement ta conduite qu'il tint dans les troubles de cette époque; mais nous ne pouvons voir non plus en lui un factieux, dès l'origine de sou inlervcniioa aux affaires. Il est évident que Marcel ne montra alors que des inleniions populaires , fondées sur des nécessités pressantes, sur des dangers reconnus. Si le prévôt se fût proposé d'exciter le peujjlc à la révolte, pour s'emparer, comme on l'a dit , d'une

4bu HISTOIKE

«orLe (le tlictaLure , eut-il harangué avec lani «t« cbaleur le duc d'Anjou j dans le but d'obtenir la suspension d'une mcsui'e dont l'exécution devait amener infailliblement un soulèvement généra) , soulèvement qui eut favorisé rambîtion du tribun? Non , Marcel fut animé primitivement par le p«triotisme; l'ambition, la mauvaise foi, peut-être la trahison se déclarèrent plus tard ; et le beau tels du chef de parti dégénéra en coupable charlatanisme. Tellejesl l'allure de toules les popularités ambitieuses: elles commencent par de» •Uaques , d'abord légales , dirigées contre lo pouvoir , ses exactions , ses abus ; et finissent par l'envie de se substituer îi lui. Les prétendus défenseurs des droits du peuple , sont-ils parvenus il supplanter les gouvernans qu'ils attaquaient ? Vous le» voyez aussi- orgueilleux , aussi despotes qu'eus, aussi opposés auxréformcs, que naguère encore iU sollicàtaieat: i« véritable patriotisme ^mbat l«» éoartft dû pouvoir; il n'en itccepiepoùit l'exercice... Telle est la |nerrectl9toacfaedesafranthiM,et. ra-^ remeût', il faut l'avotMc , l'éprenre fiit be^teiue. . Le dMiphin , apporeimnett 6Us^ ïnAl tionsetUë par^'emperenr Ourles iV, que par lu» hommes d'£tat qui reAiouraient , twint h Paris «v«c iH détermination Je maintenir Aa Monnaie nouvellement émise'; mais ,' convaincu que le prëvôt étut k la tête d'un parti, donc il serait- Caxsle de désarmer le bras si ce ' déin«g<^ue éttii sléêuix , Charles , avant de rentrer dans la capitale , en-

DE l'AKlS.

voya Simon de Bussy , ppcmicr président au patlemcnt , ei quelques autres personnes élevées en digoiié, négociei- arec Marcel. Ce maf^istratreçai les députés dans la tnaison aux Piliers , où les échevins de Paris tenaient leurs délibérations ". Le prévôt des marchands , sié{;eait au milieu des membres de la commune de Paris ; la porte était encombrée par une foule nombreuse et d'une attitude menaçante i pendant toute la conférence , ses cris couvrirent les voix délibérantas , et ces clameurs étaient des imprécations contre les envoyés du lieutenant général. Ils avaient proposé de maintenir la monnaie frauduleuse, et les fonctionnaires dont le renvoi avait été demandé par la commission des trente-six. Pour toute réponse , Marcel , ayant ouvert Utte fenêtre , ordonna au peuple de suspendre ses travaux , do fermer les boutiques et de prendre les armes... Charles, espérant plus de succès d'une entrevue directe . assigna le soir même au terrible prévint un rendez-vous secret , dans une maison du cloître deSaint-Gcrmain-l'Auxerrois; Marcel s'y rendit, Mais^ malgré les vives sollicitalîonsdu dauphin , aux[|uelles se joignirent les instances de l'archevêque de Sens et du comte daRoussy, le prince ne put obtenir de ce magistrat qu'il appuyât la circulation des pièces al-

' Cette maisou aux Piliers , ainsi nommée k cause des uom.' breux piliers qui la supportaient , c'uût située sur la place de Grève, au lieu même où se trouve iiiainicoaQl l'Hôtel-de— Ville. Nous en parlerons .lilleiit^.

^ HtSTOiRE

tarées , qiunqu'on lui eut offert une magnifique '

récompense. Indigné et de celte oilre et de l'idée

qa*oo s'élait faite de sa vénalité, Marcel n'en

voulut pas entendre davantage; il s'élol^im en

maDifestant son ressentiment avec colère et

menace.

Le lendemain, Cha4-le5, efCi-ayé, ordonna la suppression des nouvelles monnaies. Mais ni le prévôt ni l'évéque de Laon , ne furent satiafaits par celle première concession de la couroanc. Ils voulaient le renvoi des viof^i personnes dont les malversations avaient été signalées aux Etats . lU fuient satisfaits... Le dauphin donna l'ordre d'arrêter ces divers fonctionnaires. Néaunaoïns , prewpic tous parvinrent à se sauver. Ainsi le jeune prince , entièrement piivé de conseillers , se vit à la merci de ses adversaires. Alors, Mai-cel , accoinpa- i gné d'une imposante escorte , se rendît au parleméat^ et demanda le rappel immédiat. d«ft.JBlbiUgéu^aux j puis' l'oicdre , ngné de la maiii du dauphin , de confisquer les biçns > meubleset iiumeubies, de» accusés. Le prince, abandon^ ^ iuimâme, accorda tout ce qu'on lui ctanaodait.

En conséqueqiïe de . cette- ^termioation , \ea Etats r généraux se réunirent, à Paris le 5 -février 1S37.: la séance d'ouverture eut lieu dans.le couvent des Cordeliers ; maïs, à partir du 5 mars, ils siégèrent au palais da la Cité. Ici commencent assurément les intrigues d'une faction : qu'elle ait eu en vue d'anéantir le pouvoir, du trône pour

DE PARIS, gouverner sous une diciatui'U doni Marcel se fut emparé, c!cst ce qui parait sans aucune espèce de probabilité: la féodalité élnit encore trop redoutable pour qu'un hoiume aussi liabUe que le prévût des maicbaiids , put songer à dominer cette puissante rivale. Il espérait bien plutôt parvenir à rendre permanens les Etals , au sein desquels il s'était acquis une grande influence; et sous leur nom, il cul gouverné au moins la capitale, sans paraître sortir de sa mission trîbuni tienne. Voici des dispositions qui acbèvent de démontrer qu'il existait un parti dans les Etals, dont la majorité était conquise par le prévôt. Chaque député fut autorisé à entretenir pour sa sûreté quatre hommes armés; ce qui produisit sur-le-cbainp un corps d'environ quatre mille hommes . dont le dévouement ne pouvait être suspect. Pour se procurer l'argenl nécessaire à la solde de celte troupe, les Etats décrétèrent un impôt destiné au rachat du roi; Marcel fut chargé, non-seulement delà nomination des ageos chargés de percevoir cette levée , mais encore de l'adminisirstion des fonds qui en proviendraient : ainsi ce magistral eut sous la main la clé des évènemens , avec celle des ressources qui pouvaient en être le mobile.

Dans cet état de choses, deux corps délibérans pouvaient entraver la faction dominatrice : c'étaient le parlement et la chambre des comptes. Marcel, toujours habile h persuader l'assemblée , obtient d'elle que le premier de ces corps serait

464 HlSTDIRfe

réduit à seize membres y le second à quatre; il fut décidé que pendant .U dui'ée deif'Stata/ les" foi»&tions de Tun et d» jf Ml î^ 9çraieAC 'e^^t^pnent suspendues. Ppur Sctp^léef, 1' l%ction dÀ jin'idiction» ftihsi pari^ys^; H £uit fiOiunul At/k trit^nuiuxy que la Yaction remplit de ses créiAoves^ ètf dbnit^ elle soutint lé'dévôuement 4 foiroe de sfri>sides.

Marcel, qui sentait parfattement que sa force pï^incipâle rési^it dans la bourgeoisie ; avait formé à Pa:ris une confrérie- 'dont il s'était: déclaré le chef; à peu «iprès chaque soir , elle se téuiiissaît k Notre-Dame, et le prévôt, après lui avoir coAimuniqué les mesures' pn^s par les agens priaci-^ paux du parti , lui expliquait ce qu'il attendait d'elle dans l^xécntion de ses projets. Là , pour la première fois , dépuis l'origine de la il s'éleva d'amères rédiamatiôns cAf^tré Fi illimitée des Rois; là fut agitée avec liberté la question de restreindre cette usurpation sans bornes des droits naturels de l'homme. L'esprit public examina^ sous un point de vue jusqu'alors inaperçu , le bon plaisir* substitué au mandat tacite qu'un peuple donne à son souverain, non pour lui concéder un revenu d'or , de sang et de servilité, mais pour que la grande famille soit régie pater* nellcment. Le club de Notre-Dame vit clairement que, dans l'état actuel de la monarchie, l'administration paternelle n'était plus qu'un prétexte, et la satisfaction personnelle du prince le véritable motif.

Uli l'ABiS. tlepeiularu le dauphin s'éclairait à cène- gtande école qui faitéclore toutes les facultés de l'esprit: l'expérience , sans lui laisser entrevoir bien nettement encore tous les ressorts de la faction , lui découvrait au moins le projet, d'ailleurs assez ostensible, qu'elle nourrissait: celui de gouverner au préjudice de !a couronne. Le prince vit aussi que les subsides levés sur le peuple servaient à soudoyer les affidés des trente -six, et à stipendier la populace oisive, qui allait écouter les discours de certains orateurs habiles à l'émouvoir. Dans cette situation dangereuse , le lieutenant-général imagina de faire parler le mouarque lui-même : un message royal arriva de Bordeaux, où Jean se trouvait encore. Le roi captif défendait de lever aucun impôt pour sa délivrance , étant prés , disait-il , de conclure un traité qui lui rendrait la liberté sans rançon. Le lieutenant-général communiqua cet écrit aux Etats avec une grande solennité, ayaui l'air d'y attacher l'importance d'un veto. Mais le prévôt dps marchands ne se laissa point intimider ; « L'arec gent ne sera point pour le roi, puisqu'il n'en a « pas besoin, répondit ce magistrat. Mais je suis « averti que le dauphin assemble des troupes, " qu'il veut faire entrer à Paris, afin de se rendre <' maître des biens , de la vie des bourgeois, et de Il les traiter h sa volonté. Cet argent vient donc à « pi-opos pour prévenir ses insidieux projets. »

Confiant dans ce simple avis de son prévôt, la

bourgeoisie paie l'impôt avec plus d'empressement

que jamaisi soudain, elle s'impose un serTÎcc militaire et oi^onise ses bataillons. Un système de défense est adopté sponianément ; des chaînes sont tendues aux extrémités des rues ei dans les carrefours. Les citoyens abattent eux-mêmes leurs maisons des faubourgs, pour asseoir des fortifications sue leur emplacement, Ea un mot, un appareil formidable est opposé h l'invasion armée que Marcel a seulement annoncée, sans que rien la signale d'ailleurs.

Toute domination tend à devenir usurpatrice, parce que rarement une passion reconnati les limites de la raison; or la passion des ambitieux est de tout soumettre. Le prévôt des marchands ei si!s principaux adhérens, dont il s'était entoure ;ous le nom d'^c/*ecm«, re'gnaienten despotes il Paris; les Etats eux-mêmes étaieilt comme captifs au milieu des promoteurs de la faction , el les députés du tiers Kuls avaient quelque crédit auprès de ces déccm- «irs impérieux. Pour la noblesse et le derg^^ Icor pouvoir était absolument nul; leuraans ii*«Taieiit aucun poids dans les dëlibérationt; ils a*' laîs- Mient aller an torrent; attendant qu'il se perdit lui-même en rompant sa propre digne.

Les excès du parti de Marcel ne poirnôem manquer en effet d'amener promptnnent sa Tuine : les ^efs commandaient avec une audace insolente-: tout citoyen opulent ou distingue par sa naissance était maltraita ,■ foulé , rechert^ dans saa actions et JMgue dans ses pensées ; tmiUi que le* d)nùi^c8

DE PARIS. 4(i7

classes (lu peujAc étaient comblées d'égards. Aussi leurs méfaits demeuraient-ils dans la plus complète impunité; il n'y avait aucune police à Paris: les vols s'y renouvelaient à toute heure; les assassinais , que l'esprit de vengeance rendait frétjuens , ne donnaient lieu à aucune investigation judiciaire on relevait les cadavres de la voie publique, on les enterrait, et tout e'iait fini. Les préposés à la recette des impôts , leurs commis , les agcns de cohirainle qu'ils employaient , se livraient impunément à des vexations cent fois pires que celles naguère dénoncées aux États par Marcel et le Coq. Dans cette anarchie déplorable , le dauphin sentit qu'il ne pourrait rester à Paris sans risquer sa tête; il voulut néanmoins essayer encore sur les factieux l'autorité du sceptre , que les malheurs de son père avaient remis entre ses maius. Ce prince , plus courageux dans cette action qu'il ne l'avait été à Poitiers, manda Marcel eises échcviosau château du Louvre, dans lequel il s'était enfermé.- Craignant une trahison, le prévôt vint avec l'innombrable ramassis de vagabonds, de mauvais garçons, de truands, qui lui servait ordinairement

d'escorte La cour du palais fut inondée de ces

hideux gardes- du-corps. Charles reprocha néanmoins avec fermeté au prévôt des marchands, l'usurpation de pouvoir qu'il se permettait; il déroula avec amertume ses intrigues , ses corn» plots, et, s'approchant d'une fenêtre pour lui montrer la populace quil'avaiiaccompagné, ledauphin

ajouta qu'avec lie tels suppôts, un magistrat ne pouvait avoir de bonnes inicntioits.

Après cetlc semonce, durant laquelle des hommes d'arnios, couvcria de leur armure , la visière baissée et lepée au poing, n'avaient pas cessé de surveiller Marcel et ses échevins , Charles leur àéfendi l de s'injjérer désormais dans les affaires d'Etal, et les congédia sans avoir obtenu d'eux la promesse d'éire obéi. Charles lui-même comptait peu sur cette obéissance , car il sortit aussitôt de Paris;'ce qui prouvait que les factieux n'avaient pas été renvoyés de sa chambre aussi confits que l'historien Anquetil le dit, dam sa préoccupation respectueuse pour la gramleur royale.

Cependant l'anarchie était parvenue à ce point d'excès et de désordre , où toute la partie honnête d'une population en est effrayée : les Parisiens envoyèrent bientôt une députation au dauphin . .Le bourgeois chargé de porter la parole , après avoir déploré pathétiquement la aituation aÏHigéante de ses compatriotes, sap}^ «lear nom le jeune prince de rentrer daitalacaj^taU, nlnii^romit non-seulement appui et souraissioD > Boais toat l'argent dontil pourrait avoir besoin pour renvei^ser les anarchistes. Le lieutenant géoénrif.persnMté par cette harangue , aussi dialearensA que aincéie, promît dé revenir à Paris et remplit sftpvanneaae. • Lorsque Charles reparut au milieu des {^rïsiens, lesJËtaU-^énéraux, complètement anivhtléspar l« parti de Marcel, s'étaient s^arés d'ens^mémes.

DE I>AR1S. 46g

On fit sentir au dauphin qu'il devait les convoquer de nouveau, ei qu'il le pouvait avec d'autant plus de sécurité, que la faction ne les trouverait plus disposés à la seconder. Le prévôt essaya de faire substituer h l'assemblée générale , une députation de chacune des trente ou quarante principales villes du royaume; représentation, moins nombreuse que les Etats, qui, dans les vues du subtil magistrat, eut étéadjointCcirécbevinRge de Paris, qu'il dirigeait. Mais ce projet n'obtint aucun appui ni auprès du prince , ni dans la bourgeoisie : les lettres de convocation du dauphin furent expédiées à tous les députés. Alors le parti voulitnt, à toute force , faire acte d'autorité dans cette circonstance , joignit des dépêches h celles du prince. Ainsi l'on voyait eu ce moment h Paris le singulier spectacle d'une duplicité formelle de pouvoir suprême ; Charles gouvernait au nom de la royauté; leconseil municipal était le centre d'un gouverment républicain.

Dans ce même temps , la puissance de Marcel, que l'abaudon des bourgeois tranquilles faisait chanceler , reprit une cerlaine vigueur : on apprit que le traité entre Jean èi Edouard 111 , si autheniiqneineni annoncé, n'avait point été conclu , et que le roi prisonnier venait d'être transféré en Angleterre. Maigre l'énergie que cet événement rendait au parti du prévint , il ne se dissiumlait pas qu'une forte partie de la population sVtait éloi^-néc de sa bannière : alors su piésouia

4;û histoire

à son esprit l'idée de la faiblesse d'une cause qui n'est pas soutenue par l'auiorhé d'un graod nom : le sien , seulement célèbre, ne pouvait répondre i celle nécessite; il en fallait un illustre. Marcel songea h Charles-le-Mauvais. Le prévôt entra secrètement en communication avec ce prince, toujours prisonnier au château d'Arleux. Deux hommes aussi enlreprenans ne pouvaient manquer de s'entendre, au moins dans le premier moment; le Navarrols eut la facilité tïe s'évader , moitié par force, moitié à la faveur des séductions ijne Marcel exerça sur les gardiens de ce souverain. Mais Charles sentit qu'une évasion ne le plaçait pas dans une position convenable pour agir librement; il demanda un sauf-conduit su dauphin , lui assurant qu'il tenait à venir se justifier devani lui des crimes qu'on lui avait injustement imputés , afin de prouver ensuite sa fidélité à la dburonne de France , en se réunissant h. ses défenseurs. Ije lieutenant-général ,-qui connaissait bien son beaufrére , n'eût pas été convaincu par ces promesses , dont il soupçonnait la perfidie; maïs il fat <ùrconvenu par les màmes princesses qui avaient appelé déjà la clémence dft Jean sur le coupable Nayarrois; le sauf-conduit partit^

Charles de France regretta» de Vétre laissé entraîner à cet acte d'indulgence, Iprsqu'il, atorit que le roi de Navarre, en trai^ersaDV les villes, faisait rendre la liberté à tous les malfaiteur* qui se trouvaient dans les prisons^ Unelettre iuter-

DE PARIS. 4;i

ceptëe , qu'il écrivait à Marcel , acbeva (le proQver au dauphin que soa criminel beau-frère n'était point changé. « Vous mettrez en liberté, écrivait-il « à son allié, larrons, meurtriers, voleurs de grands << chemins , faux-monnayeurs , faussaires , cou- » pables de viols , ravisseurs de femmes, sorciers , i< empoisonneurs : plus nos affidés inspireront de <i terreur , mieux ils vaudront ; c'est parce <ju'oD " peint Satan horrible , qu'il fait si grand'peur « aux chrétiens..,. » Le dauphin vît que sa trop faible condescendance venait de lui jeter sur les bras un ennemi redoutable de plus.

Le lendemain, Charles-le-Mauvais , qui avait convoqué la bourgeoisie dans le Pré-aux-Clercs , la harangua, du hautde l'estrade sur laquelle les rois se plaçaient pour assister aux -joutes et tournois. Aussi insinuant que perfide , le Navarrois , doué d'une éloquence tour à tour énergique et touchante , commença par remercier les Parisiens , qu'il appela ses libérateurs, du zèle qu'ils avaient déployé pour sa délivrance. Il peignit ensuite , avec des couleurs fortes et sombres, les tourmcns de sa captivité : les chaînes pesantes attachées à ses royales mains , son cachot humide et infesté de reptiles; les menaces perpétuelles de mort qu'on faisait entendre à son oreille , à travers les guichets.,.. « Et cela , ajouta-t-il , en renforçant sa voix quand il vit son auditoire attendri , cela parce que, seul, parmi les grands vassaux , j'ai résisté à In mauvaise administration du roi Jean, et aux

exactions Je ses- officiers; parce que, seul, j'ai sigualé à ce prince la misère du peuple , el les flouffranccsdesiouonibrables pères de famille emprisonués par le use , et dont les lamentations reteniissaieni dans toutes les parties du royaume... » A ces mots , les larmes du royal comédien se joiguirent à celles de la multitude ; on entendît les sanglots sortir de son sein oppressé.... Puis Charles reprit avec force : «Ce n'est que par ma tolérance » queJean'portelacourohne;gijenelaréclaiiiepas, « c'est que votre tranquillité m'est plus précieuse « qu'un irône; mais du moins je vousaiderû de M toutes mesforces à exterminer lemoustre dcTO- « ranldclamallotejopposctavecmoi VOS généreux « efforla à la servitude qui menace de vous oppriu mer; soyezleslibéraieursjes sauveursdela patrie, «( Je n'épargnerai ni mes biens, ni mes amis, ni mou « royaume , ni ma personne , pour vons assister (( dans une si noble entreprise. Jamais, s'écria-t-4l i< d'une voix retentissante, non jamais je ne vous <{ abandonnerai; je me lie irrévocablement ivoire « fortune. Les tourmens de la prison, que j'ai soufo féru pour votre défense , n'ont fait qu'augmen- « ter ma résolution de mourir, s'il le faut , pour « voli-e service *. >»

On doit aisément juger quelle impression un tel discours produisit sur une population déjà prévenue contre la cour; une partie de la. bourgeoisie,

* Histoire de France, par Anqueîil , tome HI ,,/?gget 188

DE PARIS: 47a

(jui a'éiait déiacliée du parti de Marcel , y revint , ot l'enthousiasme leplusvif, le plus tumultueux ,

proclama la g'c'rt^rojjVe du Navarroïs On cria

vit>e Charles de Nacarre , jusque sous les fenêtres du Louvre.

Proûtant de cet élan , le Mauvais demanda au regem, par l'intermédiaire du prévôt , que la mémoire des seigneurs normands décapités h Rouen fût réhabilitée ; pour lui-inénie,il réclama une absolution honorable , la restitution de ses terres con- Usquées , et une indemnité en or pour le paiement desfraisde la guerre. Le Dauphin voulait refuser; alléguant que sa condescendance répandrait le bUme sur ce que son auguste père avait fait, etque d'ailleurslcs possessions confisquées étant rétmîesà la couronne , ce serait violer riniégrilé du royaume quede les eu détacher.... «i Monseigneur , dit alors " Marcel d'un accent terrible, contentez d'amitié « leroideNaTarre;carillc fautainsi.... n Charles de France céda *.

"Nous devons dire à leltt occasion (|utii i3âi , le pa|if CIc'inent VI , sur la demande du loi Jean , pertnil , par 'Une bulle authentique , à ce prince , à la reine Jcaime , son e'pousc, el à leurs successeurs, de se choisir à leur gré des confesseurs; cl autorisa h perpétuité ceux-ci à absoudre eei inincût àç loin vœux promit ou à promettre ; de tous sermriit piétés et à piéUr; vtfitJ: cl serment que li-tililt princes ne poarnueiii couuODiMB-in aa/uiiicr ou rcmpfir... On voit que le DjMiphin t'iait en fonds pont manquer à la parole que Marcel lui avait anachdc (Epiilolœ Clcmritlis , papar 71, i"me IJI , édition lit 1723 , l'ogr 7^4 )

47i msroiRE

Muni du conseotement arraché au daaphio , le Mauvais part pour la Normandie ; il entre à Kouen, monté sur un chariot de triotophe, el coort au gibcl où ses seigneurs avaient été altadiés.... Leurs squelettes y peudaîeni encore , agités par les vents, qui les faisaient heurter les uns contre les autres avec un bruit sinistre. Charles détacLe de sa main ces ossemens; il prononce,devant une nombreuse assemblée, l'oraïson funèbre de ceux qu'il

nomme des martyrs Mab li se bornèrent le*

succès du Navarrois ; lesjiortea de toutes les villes demeurèrent ferm<ies k son approche; un corps d'armée, commandé par son général , Geofroy d*Harcourt, fui mis en pièces : ce gentilhomme lui-même resta sur lechamp de bataille.

Tandis que Ôiarles de Navarre échoaait en Normandie , Marcel , plus heureux à Paris, ajoutait aux fortificatioas de cette ville , étendait son enceinte , la pourvoyait d'armes , de vivres , de munitions , y organisait une garde choisie parmi ses partisans , se disposait , en un mot , à »oulenir en même temps les attaques du dedans et du dehors. Nous parlerons bientôt des travaux immenses qu'il fit exécuter en très peu de temps.

A la même époque, mais, cômmeon le pense bien , dansunbutopposé,le dauphinordonnaimprudennmeiit la levée d'un corps de troupes, sous prétexte de réprimer des brigands qui infestaient la f^mpagne. Marcel ne fiit point dupe de cette disposition ; il

donna aisémeot l'alarme aux Parisiens sur l'armement ordonné par le prince ; ils se disposèrent à ta guerre civile. Ce fut dans cette occasion que ce prévôtdes inarcharids lit adopter k ses partisans un coslume particulier , qui consistait en un chaperon iDJ-parti vert et rouge , et en une agrafe d'argent, éinaillée de vermeil et d'azur, portant ces mots: «/rtèonne/Tn, Mais ce signe de ralliement manqua son effet : car la peur en fit revêtir les citoyens qui ne le prenaient pas par esprit de parti. C'est ainsi qu'après la révolution de 178g, \es aristocrates se chamarrèrent de rubatis tricolores , et portèrent des cocardes démesurément grandes *.

L'exaspération contre la cour était extrême: le daupliin voulant en prévenir les résultats , assembla la population aux halles, et parvint à la calmer par une justlBcation adroite de sa conduite. Dès le lendemain, Marcel , empressé d'annuler l'effet de la harangue du dauphin, appela le peuple dans l'église de Saint-lacqucs-de-l'llôpital , et battit en ruine tout l'échafaudage oratoire du prince. Informé decelte riposm, Charles accourut

* Un tel moyen , apr^ la révolution de i63o , trahit même les bons patriotes : on se rappellera, comme une bizarrerie inexplicable , que dai» le temps qu'il étiiit enjoint aux gardes nationaux d'être décorés d'une cocarde aux ti'ois cpuleurs , même lorsqu'ils montaient leur garde en quaLh! de bisets, o« courait sus aux citoyens qui portaient ce »igne à un cbapcau gri>; , ou à UD autre. En sorte que la cocnrde était tout à la fols orthodoxe et hi?r^tiquc.

456 HISIOIKE

accompagné du cli^ncelier: il parla de nouveau, mais il ne put rélablir la confiance des Parisiens, et dut se retirer précipitamment.

Bientùt le lieutenaDt-générat ayanl maxiqué à toutes les promesses qu'il avait faites au roi de Navarre, celui-ci lui déclara la guerre , et mardia sur Paris avec une armée, déjà certain, sans doute, d'obtenir l'appui du prévôt des marchands. Il est probable même que dès celte époque, Marcel faleaît cause commune avec le Mauvais.

Dans l'intérieur de Paris , une fermentation violente et meurtrière se perpétuait. Les partisans de la'cour étaient injuriés , battus , massacrés, malgré le chaperon prolecteur. Jean Baiîlet , irc'sorier de France , poursuivi comme inventeur des modernes impôts, fut égorgé par ua bourgeois, nommé Perrin Macé, qui se réfugia sur-Ie-cbamp dans l'église de Saint- Jacqaes-la-Boucherie, ipù

jouissait du droit d'asile Le dauphin, furieux ,

franchit ce rempart révéré: il ordonne à Robert de Glermont d'arrachfïr l'assassin de l'église, et de le faire pendre sur l'heure... U cat obéi. A ce spectacle , la multitude, exaspérée, ne connaît plus de frein; excitée encore par Jeande MeuUent, ér^ue de Paris , qu'indigne la violation d'asUe , elle s'arme deflambeauz , et veut brâler le régent dans son diâteau; Marcel arrête ce transport. Mais déjà Pierre ^j4rcy u été X\\k sur le seuil du palais. Cependant le prévôt des marchards médite la putfition éclatautc de Tofficier qui a fait supplicier

Perrin Macé: suivi d'une troupe dévouée, il pénètre dans la chambre durèrent, où se trouve rinfortunc Robert de Clermoni; il est percé decoups sous les yeux de son maître. Jean de Confîans , qui a voulu le défendre, subit le même sort : le sang de ces deux grands officiers jaillit jusque sur Charles de France..,, a En voulez-vous donc à ma « vie , a'écrie-i-il? — Non , lui répond Marcel; " justice est faite; prenez mon chaperon mi-parti; « il vous protégera. » A ces mots , le prévôt met ce vêtement sur la tête du dauphin , prend le sien en échange, et s'en parc toute la journée, comme d'un gage de triomphe. Le lendemain , le corps de Perrin Macé est décroché du gihet, par ordre de levêque de Paris;on l'enterre avec honneur; tandis qu'on repousse de l'église le corps du maréchal de Normandie , qui a violé le droit d'asile.

Nous ne pouvons mentionner loutes les scènes tragiquesdontParîsdevint en ce moment le théâtre ; elles furent telles que le rîS mars i558, Cliarles, dauphin de France, dut quitter furtivement cette ville...Dès ce moment Marcel leva le masque :1e roi de Navarre fut proclamé capitaine général et gouverneur de la capitale. Cette dernière disposition rendit le prévôt suspect aux Parisiens, qu'il n'avait jamais informés de ses vues sur le Navarrois. Ils consentaient volontiers h être protége's par ce dernier; mais il ne leur eut point convenu pour souverain. Toutefois la bourgeoisie ne se sépara pas encore de son magistrat; parce que les excès

478 HlSTOlRf

que rarmée royale commettait aux environs de Paris ^ rindisposaient contre le dani^in qui les .sou£Brait , et qui peut-être leur réservait le même sort f s'il rentrait triomphant dans la eapilale.

Il est vrai que les troupes du Navarrois ne se rendaient pas moins redoutables: les Parisiens voyaient difficilement des alliés dans ces brigands , qui massacraient chaque jour les malheureux ha* bitans des faubourgs, dont les chaumières^ incendiées par ces mêmes soldats , éclairaient. Paris de leurs sinistres lueurs. Dans une sortie faîte contre d'autres brigands , les hommes d'armes du dauphin, la bourgeoisie avait saisi quelquesNaTamûs, pris en flagrant délit de viol et de meurtre^ €X>nuiib sur de paisibles campagnards... Ces inflàme^ ^alliés furent jetés dans la tour du Louvre; Mai^p^i 1^ fstk fit sortir, et ce fut le signal d'un soulàvement gâterai contre lui.

n sentit alors qu'il était temps d'introduire h Paris les troupes du Mauvais, afiii de sauver sa tête. En conséquence, il fixe la nuit du 5i juillet au i«>* août i358, pour livrer la porte ou Bastille Saint-Antoine au roi de Navarre. Que Marcel ait eu cette intention , il n'est pas permis den douter; mais qu'il se soit proposé de faire couronner immédiatement le Navarrois, roi de France; voilà qui n'est rien moins qu'authentique.

Quoi qu'il en soit , à la nuit tombante , Marcel se rend à la porte Saint-Antoine , et ordonne à la garde bourgeoise qui s'y trouve , d'en remettre

DE.PAHIS. 479

lesclefsàJoceran de Mascon, trésorier du roide Navarre. Lechef dii poste refuse d'obéir ; une vive altercation s'engage entre lui et le prévôt des marrhands. Lecommandaat du quartier, attire par ce tumulte, arrive au lieu de la querelle : c'est Jean Maillard, naguère encore ami et chaleureux partisan de Marcel; mais maintenant retourné au parti royaliste. Le magistrat , trompé dansson attente sur ce point , se dirige vers une autre porte, en suivant le rempart. Jean Maillard et undesesamis, nommé Pépin des Essaris, le suivent de près. Au moment où Marcel , parvenu près de la porte Saini-Honoré, va sans doute la faire ouvrir , Maillard l'attaque de paroles; le prévôt lui répond avec emportement; mais soudain son adversaire se recule un peu, et lui fend la télé d'un cou^dehacbe.

Jean Maillard saule aussitôt sur le premier cheval qu'il rencontre , déploie la bannière de France, et parcourt les rues en criant Montjoie Saint- Denis au roi et an duc... Le royaliste publie partout en courant que Marcel voulait ouvrir Jes portes de Paris aux Anglais, et ameute autour de lui une immense foule de partisans de la cour, réveillés parle tumulte qui se propage de prt>che en proche. Déjà les complices du prévôt sont arrêtés, soit dans leurs lits, soit à la maison aux Piliers. ( Hôiel-de~Ville ). Au point du jour , Maillard assemble le peuple aux halles : il l'échauffé , il l'irrite parle récit, des forfaits de Marcel ; la multitude, cette puissance aux haines , comme aux affections

4So HISTOIRE

flollanteSjCviewiVe/e roi, ^'iVe/c Dauphin, et surle-cliainpune députaùon pan pour Charcnton , où se trouve Charles de France, afin de l'inviter k rentrer dans Pari^. Pendant la journée , un Irîbunal, composé à la batc de bourgeois , condamne et fait exécuter les principaux partisans du prévôt... Justice plus criminelle peut-être que les atteutais, si vagues, si obscurs qu'on prétendait punir.

Deux jours après, Charles de France fit son' entrée au milieu des acclamationsgénérales, qu'une seule voix troubla. Un bourgeois, dont l'histoire n'a pas conservé le nom , s'avaneo jusqu'auprès du prince et lui dit : « Pardieu , sire , si l'oD m'a- « vait cru , vous ne seriez pas rentré; maison fera o peu pour vous, n Vingt bras furent soudain levéssurl'audaciaux: Charles les arrêta, et se contenta de répondre: «On ne vous en croira pas beau *ire. »

Si l'on s'en rapportait au héaéwfAe Anc[uetii,on i>épéterait « qu'avant le soir toat fut tranquilJe k a Paris, et que la cour s'âublit painhlement au « Louvre. » Mais les hiitoriens du temps ne nous retracent pas des évènemens ausei anodins. Indé> pendammeut des prétendus jugemens qui avaient mvoyé un grand nombre de Parisiens ae supplice, avant la rentrée du dauphin , ce prince lai-méme fit exécuter , dans les deux jours qui suivÙ!«at sen retour, Charles Toussac, écbevin de Paris, Jorcerande Mascon trésorier du roi de Navarre,*Fhomas chancelier de ce prince, Pierre Gaillard , royaiist*

DE PARJS.

accusé d'avoir mal d^fenilu le Louvre contre les Parisiens; entin deux avocats, nommais Pierre de Puiset et Jean Godard. Non compris un bourgeois , appelé Dauvoisin , qui fut mis en oubliettes, disent les grandes chroniques de France*.

Telles furent les suites immédiates de la paj«è/e rentréedulieutenant-général.Quelque temps après, Ciiarles lit arrêter quinze bourgeois soupçonnés d'intelligence avec le roi de Navarre; mais à la sollicitation du nouveau prévôt des marchands, Genlien Tristan , ces citoyens furent relâchés. Ce prince si prompt à sévir , si sévère dans ses punitions, avait-il au moins profilé de l'expérience que tant de malheurs devaient amener, ets'efibrçat-il de prévenir àl'aveoir les [mécontentemens trop fondés qui avaient causé la révolution ? on en va juger... Ledauphin rappela, sans aucune exception , les exacteurs , les fripons , les prévaricateurs, qu'on l'avait obligé de chasser. Tant d'existences compromises, tant de sang versé ne produisirent donc que la triste certitude que l'orgueilleuse opiniâtreté des princes peut être contenue; jamais corrigée.

Cette sorte de tranquillité , qui naît de la docilité il roppression était rétablie dans Paris ; mais la guerre et toutes ses fureurs s'agitaient aux portes de la capitale. Charles-le- Mauvais, maître de plusiejirs villes et châteaux voisins , interdit long-

* Ordonnance tirée det reginre* criminels du pea^cment , rc~ giftnf),/ol. 4^5, ' ■ -'

ri. 5i

temps le cours de la Soine el toutes les routes con- (luiftaniL Paris, qu'il tenait bloqué. Bientôt la famine s'y fît sentir* ; les maladies contagieuses sui- TÎrent , et la mort moissonna h pleines mains parmi les infortunés Parisiens. A l'Hôtel-Dieu seulemeDt, il mourait quatre-vingts personnes par jour. Le pays ouvert était également lirré à la famine et à la maladie , auxquelles se jmgnait )a prë«ence do deux armées, également ennemies pour )e< maUieureux paysans. Ces infortunés, qui ne trouvaient ni repos , ni sûreté dans leurs foyers, se soulevèrent enfin sur plusieurs points à la fois , et jurèrent d'exterminer la noblesse, cause de toutes leurs calamités. Celte révolte commença dans uu village du Bcauvoisîs , où des campagnards , en sortant des vêpres, s'entretenaient des malheurs du temps. Tout k coup leurs têtes se montent; ils parlent d'or-ganiser une crcMsade contre les seïftMtuTB : à peine réunis au nombre ée trois cents , ■ ils s'wnâtent à ce projet , et choisissent pour leur db^ te noauné Jacques Bonhomme. If soir tnâme , ils s'éUoeent dans la campagne, armés de fourches, de fléaux, de haches, de faux , et de tout ce qm leur est tombé sous la mfiia. Un cjiftteau élève devant eux ses tourelles orgueîUetues; ils fattaqucot , s'en emparent , embrochent le baron tont vif; le Cont ràtir , et obligent sa femmeot sa fille Jl

* Les coinestibles Aaient portas à un prix tellement excessif, dît ftoiaiui, q«'Mn toamlet ic hamfp le TCndah ti«n(e ^us d'or,

goûter de cet horrible mets , après les avoir rentUies victimes de viols longuement redoablés. En peu de temps , disent les chroniques , ces furienu , dont la réunion pritienom Ae la Jacquerie, àcause de Jacques son chef, se Irouvèreni au nombre de cent mille hommes ; ils inondèrent la Picai-dte , l'Artois et la Drlc , tantôt en corps d'armée , tantôt par troupes de quelques centaines.,,. Plus de cent châteaux furent le théâtre d'horreurs semWaWcs à celles que nous venons de mentionner.

fievenos de la première terreur que ces forcenés avaient inspirée.lesseigneursseréunirent bientôt en corps pour les combalire. Revêtus de leurs armures de fèr, montés sur leurs grands dievaiix de bataille, quelques chevaliers, lancés dans cette coliue désordonnée et couverte de haillons, suffisaient pour en faire une horrible boucherie. Un soir , huit ou dix mille Jacquiers s'avancèrent vers Meaux . où se trouvaient environ quatre cents châtelaines ou damoiselies de la cour... On conçoit quelle fut la frayeur de ces beautés, à l'approche d'une telle

troupe Heureusement , deux seigneurs , les

comtes deRuel et de Foix, revenaient d'une expé^ dition éloiguée, avec environ deux cents liommes d'armes. Les belles éplorées sejetèrentàlcurs pieds, et les prièrent de secourir leur vertu alarmée : en braves chevaliers, lesdenx baronsrépondirent que letir épée était au service de ces dames.

Cependant les Jacqtiiers s'a vançaienttoujours, eu se félicitant de la douce aubaine qti'îls allaient irou-

4K.i HISTOIRE

ver dans les murs tic Meaux... Tout îi toup , et au momeni où le soleil lançait obliquement ses derniers feux sur les armures étincelantes de l'escadron protecteur , il s'élauce vers l'ianombraLIe troupeau de paysans,... « Le seul éclat des armes . « dît Mézeray , éblouit et effraie cette canaille. Ils « reculent et tombent les uns sur les autres. On les « abat par monceaux ; on les écrase, on les ëgorge rt comme des bctes.... Il en périt ce jour-1^ sept .t mille, tant tués que noyés.... Le reste .dispersé, " fugitif, alla se cacher ou mourir dans les gran^e^ « du voisinage, n

Les clievaliersrenlrèrent triomphans à Meaux; les dames de l'époque , cxpansives sans doute dans leur rcconnai.'isancc.commedans toutes leurs passions, la témoiguèrent assurément à leurs libérateurs.... Leschroniqueursdu temps font même entendre qu'elles se montrèrent prodigues de gratitude, et que d'aucunes égalèrent pent-ètre leurs hominages aux sacrifices hideux que les Jacquiers ayaieo t été sur le point de leur . imposer. , Peu de temps après, le régent marcha en personacï contre ces maniaques furieux, en tua plus de yingt mille dans une seule rencontre, et le sire de Gpuci eitermioa le reste sur . ses terres de Picardie et d'Artois. ^

Mais à ces maux en succédèrent bientôt de plus graves , de plus difficiles à combattre. Edouard III , roi d'Angleterre , pas^'a en - France avec uDe puissante armée : cette expédition' sui~

D£ PAKIS. .•IH)

vail des itégociaiions conclues avec le roi Jean, Cl rejetées par les Etats-génétaux. D'abord l'Anglais avait osé demander à son captif de lui faire hommage de son royaume; demande que Jean s'c'lait empressé de repousser avec indigaation, en disant : « Plutôt mourir que de rentrer dans un « royaume déshonoré. » Les négociaiions ayant continué, le roi se résolut à conclure un traité, par lequel il cédait au monarque anglais, en toute souveraineté , la Normandie , le Maine , l'Anjou , la Touraine , le Poitou , ia Guienne , la Sainlonge, Calais et territoire ; les comtés de Mootreuil, Ponihieu, Boulogne, G uines et le vicomte deNanteuil. le roi avait eule malheureux courage designer celle convention , dans laquelle Edouard le qualifiait de rexfrancus (roi français ), et s'appelait lui-même rea: Francorum (roi des Français).,. Les Etats épargnèrent à Jean la honte dont l'eut couvert ce traité... Ils le repoussèrent tumultueusement, sans même l'avoir entendu jusqu'au bout.

Ce fut à l'arrivée du message négatif, qu'Edouard se'décida i passer enFrance, h la têied'une armée : il débarqua au mois de novembre i55i) , et, vers le milieu du printemps de l'année suivante , il assiégeait Paris. Le dauphin , renfermé dans l'enceinie , rendue très forte par Marcel , ne mit aucune troupe en campagne contre les Anglais, qui campaient sans obstacle dans les plaines de Vauglrard et de Montrouge. Vainement même Edouard cnvoya-l-îl un caricl au dauphin : ce

iH6 HISTOIRE

pripce , déjà dé&é sans succès par son beau-fnère, pendant les troubles de Paris, oc se Lattau jamais personneUem^it; il ne répondit point au paladin couroanc. Tous les exploits de Charles de Franco , pendant cette campagne , se boroèi'eiit « faire incendier les maisons des faubourgs Saint- Marceau, Saint-Jâcques et Saint-Germain, aQn (jue l'ennemi ne pût s'y loger. Ce fut sans cloute ii ceue époque que l'abbaye de Saint-Germain til construire ou plutôt achever saos eoccùite, telle que nous l'offrons dans la planche ci-contre.

Le roi d'Angleterre était paxvenu à affamer Paris j mais il ne tarda pas à roir ses troupes livrées à oeile même famiue, {{u'il faisait subir aui Pârisieas. Il fallut lever le sàè^v, aprèsavoir épuisé de vivres les pays de Mondhéry, Loiigjutneati . Vajùgbard, Issy , Montrouge, etc.. L'armée au- ^lai»e se retira dans la &eauce; les Parisiens respirèrent. Tant que le blocus avait dure, l'épouvaDledu régent s'était manifesta par diverses pi-écautioBs, plus minutieuses que sages. Par exemple, il avait fait défendre à toutes les églises de sonner les cloches pendant la niiit, de peur que leur bruit n'empêchât les senùiielles du rempart d'entendre approcher l'ennemi. Le seul couwre^M de Notre-Dame était excepté de cette interdiction. De plus, les chanoines durent chanter leurs matines à huit heures du soir , et nou k minuit , ainsi que c'était l'usage^ couiume nouvelle dont, apparemment, la paresse de ces prébandicrs s'accommoda volontiers.

DE l'AKlS. 4»;

Durai] L les calamités que le siège faisait peser sur les Parisiens , ils formèrent im vceu pieui f[ui mérite d'éire ciié : à la demande de la bourgeoisie , le prévôt des marchands et les ^chevias votèrent uo cierge ayant en longueur l'e'tendue de l'enceinte de Paris , c'est-à-dire environ deux lieues. Ce cierge brûlait nuit el jour devant une image de la Vierge, et pareille offrande devait étro renouTclée chaque année *.

Cependant Edouard III , engagé au milieu de la France , n'était pas tran^ille dans le pays chartrain, saas appui de places, et à la tête d'une armée épuisée par les faligues et les maladie» qui l'avaient assaillie sous les murs de Paris, Le duc de Lancastre pressait le monarque de conclure enfin la paix , et de retourner en Angleterre, où son absence pouvait rallumer incessamment tes IroaUes civils. Edouard flottait indécis entre la guerre et la paix... On assure qu'un violent orage détermina subitement ce monarque, frappé d'une pensée superstitieuse , à traiter avec les Français. Une grêle d'une grosseur prodigieuse tomba sar le

' U est probable que le cirier chargé de fournir ce cierge , ne le Livrait ijue pur acomptes successifs , et tenait noie de ce qu'il donnait jouriiellcinent à valoir sur les deux lieues de bougie , votées pour cbaque aimée. Cette pratique a été observée ponctuellement juequ'.iu temps de la Liguej mais en i6o5 le prévât des niaiduonds Miroa substituai cette bougie une lainpe d'argent , dans laquelle brUa depuis , nuit et jour, un cierge ordinaire , qui dispensa le cirier d'une comptabilité en toises , pieds et pouces , 1res fastidieuse à tenir.

4flS HISTOIRE

camp anglais, et écrasa, dit-on, mille homme* d'armes etnx mille chevaux- La pluie survint ensuite par lorrects, mêlée d'un vent furieux, qui arrachail les tenles, et les entraînait dans les ravins... Alors, ajoute Froissard qui rapporte ces détails , Edouard, se tournant vers l'église de Chartres , fît Toeu èi la Vierge d'accorder la pais. Par cette influence ou par une autre, la paix fut conclue i Bretigny, le 8 mai i56o*, entre les rois de France et d'Angleterre; le 34 octobre suirant , elle (ut ratifiée h Calais par le roi de Navarre, qui, l'année précédente, s'était allié avec l'enDemî de son beaupère*'.

'Les priocipaux articles du vaiteporlaient que la Gaientie , kPoîtoo , la Saintottçe , le Limotuin , demeureraient , en lonle propnélô, au roi d'Angleterre; que le roi de France renoocerail empressement à la touvcraineie sur ces provinces^ qa'Edoturd renoncerait , de son côlif , a ses prétentions sur U couronna dt; Franci' , sur h iVoniiandie , It MaUic , la Touraioe etrAiij'oaj qu'enfin Jean paierait bois millîoni d'écns pour s« rançon , dont six cent miOe quatre mois après son anÎTée , et quatre cent mille, d'année en année, jusqu'à la fin dn paiement.

** Il n'est point asez prouyé que le Haorais ait tenté , comme plusieurs historiens l'ont rapporté , d'empoisonner, ensuite de faire assassiner le Dauphin , son beau-frère , tandis qu'il se trouvait enrermé k Paris avec lui. Nous répéterons donc, comme un on dit, que Charles de Navarre, dans un repas avec ce priuce , jeta du poison dans son verre. La dose , ajoute-t-on , ne Tut pas assez forte pour faire mourir le régeut; mais elle lui causa une maladie qui lui fit tomber tout le poil , ainsi que les ongles , et le réduiat à un eut de langueur qui abr^ca ses jours. On regarde , comme

DE PARIS. ^Bg

Jean rentra dans sa capitale le 1 5 décembi-c 1 56oi il en était absent depuis ijuatre ans. Ce prince fut reçu avec de grandes démonstrations de joie : on encourtina les rues qui se trouvaient sur son passage; plusieurs fontaines jetèrent du vin; et, dans tout le chemin que le roi parcourut pour se rendre à Notre-Dame, puis au palais, il marclia sous un dais dedrap d'or porté par les échevins. La vîllelui fit présent d'un buffet d'argenterie , dont le poids était d'environ mille marcs. Ce présent dut paraître magnifique au souverain i car il n'ignorait pas que les métaux précieux étaient bien rares. A défaut d'argent et d'or , on avait été forcé, pendant la guerre, de fabriquer des monnaies de cuir, dont la valeur était indiquée par un petit clou d'or ou d'argent placé au centre de chaque pièce.

Les temps de guerre sont peu favorables aux fondations qui , d'ordinaire , prouvent la tranquillité d'un pays. Il faut que les citoyens soient rassurés sur leur repos, pour songer à agrandir le cercle de leurs prospérités. Le règne du roi Jean , soit pendant sa captivité , soit depuis , n'offre qu'un petit nombre d'insttlutions nouvelles; cl Paris, durant cette période, ne vît guère augmenter que ses fortifications,

proscpte assure, que le Navarrois essaya plus larililul'aii'Uiissassiner Charles de France : une mûyc surveîilaucc lit découvrir In meurtriers; ils fureul saisis, ei, dés leur premier inieriogatoire,chargèrent le rt)i de Navarre.. .Celui-ci prii In fiylc, et ce fut alors qu'il nîunil sc« armes à celles d'Edouard II!,

Cioq collèges fureoi cependant étabUs la capiule, avant les kosiilités arec rAtt|;le- 1 terre. En 1 555 , Pierre Bécoud , seigneur de Fié- J diîtnel fonda , »ur l'emplacentenl oïl se trouve a jourd'huj la rue Dcicarles^ un petit collège 4leKixDé à l'enlretieti de huit écoliers du diocèse de Tbérouane. Ce geniilbomme affecta son propre hôte) h cet établissement , qu'on oomma , par corruplioSy d collège de Baucourt , au lieu deBécoud. Le» me^l nomens lùstorique^ ne foui'niuenl rien d'iaiére»-

' saoL Hir cette maison , sinon qu'au seizième siècle OD y joua souvent des mystères, et qu'elle fut eotuite réunie au collège de Navarre , qui éuît^ ooatigu. Ou joigniLdaus le même temps i ce deisr T QÎer établissement le collège de Toumay, qut I avait été fundé, en iS53, par un évêque de cette ville. Don Félibien, dans son histoire de Paris , fait aussi rapporter à l'an 1 555 , la fondation du collège de9 Allemands, situé, solvant lui , rue TniTvnuie, près de la place Maubert, et selonJuiUot, me du Mûrier. Ce collège a disparu vers le cpmVMBOfrment du diz-septiéme siècle. Le coUèged* Justice, institué en 1 354. rue delaHarpe.par uncbanoioe de Notre-Dame, nommé Jean de Justice, ne m fondît dans l'université qu'en 1764. Sur l'emplacement de cette maison et sur celui de ^ancien collège d'Harcoort, s'élève uu vaste hltimenk moderne , dont nous avons parlé ailleurs , et qui , d'abord destiné à une prison d'essai , a étécoosacré dttpuÎB ix l'instruction publique. Il nous veste à

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uieutionucr la fonclatiou du collège de /Vendôme , que l'on ne peut , touteËsis, faire rapporter que dubitativemenlau règn e de Jean. CelieinatiiutioQ, comme tant d'autres, a élé absorbée par le corps uuiversitaire.

Vers l'année 1557, on vit ectoreà Paris des fondations peu importâmes par leur étendue; mais d'une haute ioipo^rtance par le but: nous voulons parler des petites écoles, qui , pour Is première fois, offrirent dans celte capitale une juslruction à la portée du peuple. Un règlement de cette époque apprend que ces écoles étaient réparties asset également dans les divers quartiers. Elles étaient sous la direction suprême du chantre de Noire- Dame, qui seul dé) ivrait des diplômes aux maîtres et aux maîtresses, et recevait la redevance qu'ils étaient tenus d'acquitter annuellement. Les élèves payaient également une petite rétribution. Jamais les deux sexes n'étaient confondus dans ces maisons : les maîtres ne pouvaient enseigutr qu'à desgai-çonsjlea maîtresses qu'à des &Ues. En i58o, il existait déjà soîxanie-lrois institutions de cette nature:savoir, vingt-deux dirigéespardes femmes, et quaranle-une régies par des hommes, dont plusieurs avaient le grade de bachelier ou celui de maître ès-aris.Onenseignaitdans les petites école» la lecture, l'écriture, quelques notions de calcul ei tiès probablement le plain-chant. Les pauvres gens . plus avides alors d'instruction qu'ils ne l'ont été depuis, eussent afflué aux écoles, sans la cou-

{ga HISTOIKE

dition du [taiemenl, rendu de plus en plus dure parles exigences, toujourscroissantes, du chantre. Quelques maîtres, espérant aitirei' les élèves à eux en émettant des préienlions plus modérées, établirent des écoles'dans des lieux écartés, où ilsenseignaieut clandestinement et h bon marché. Os institutions non autorisées prirent le nom d'écoles buissonmères. Nous reparlerons de l'éducation primaire, en nieniionnani les écoles dites de Charité.

Paris, dans le cours des troubles civils qui l'agilèrent pendant plus de quatre ans , aebeva de prendre la physionomie d'une place de guerre. Le prévàt de» marcliands, Etienne Marcel , dont les vues politiques ne furent jamais bien connues, mais qui certainement s'cQorça de rendre sa domination redoutable, non-seulement fit réparer la mnraiJlc d'enceinte , qui sur plusieurs ponits menaçait ruine, mais lui donna un développement conudérable sur la rive droite. De l'anciàine porte Bar- £«f/e,comprise dans Iaçlôtjn:e de Philippe-Auguste, vers l'extrémité orientale du quai des- Ormes , partit une nouvelle muraille , flanquée de tours carrées , assez rapprochées les unes des autres , et qui remontait le cours de la Seine jusqu'au point OÙ s'y jette le fossé de l'Arsenal. Là fut élevée, dans le même temps , la tour de Billf , construction haute , ronde et d'une maçonnerie très solide. Une ordonnance de i/(i5 donne lieu de présumer. que cette forteresse , appelée dans cet acte tour de

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l'Écluse , éiait établie h l'aiiple forme par la Seine et par un couis quelconque d'eau; lequel, se jeiant cncet endroit dans la rivière, formailau nord-est le fossé de la ville. En dedans de ce fosse, la muraille, formant aussi un angle droit avec cdle partant du quai des Ormes, remontait jusqu'au lieu où commence maintenant la me Saint-Anioine, Là fut construite celte porte Saint -jlntoine que Marcel voulut plus tard livrer Ji Charles de Navarre; porte forlifiée de tours , et que Charles V ne fit qu'augmenter en 1369 pour fonder la Bastille Saint- Antoine * , appelée ensuite la Bastille tout court. C'est donc véritablement au règne du rdt Jean, et h la magistrature de Marcel qu'on doit attribuer l'origine de cette redoutable prison d'État.

De la Bastille , l'enceinte , laissant en dehors le terrain qu'occupe aujourd'hui le boulevard , se dirigeait diagoualemeni vers la rue du Temple, où fut bâtie la porte t/i^ remp/e; puis, se dirigeant vers la naissance de la rue Saint-Martin, parallèlement à la rue Mesléc , autrefois appelée du Rempart , la muraille s'ouvrait en ce lieu par la porte Saint-Martin. Le mur continuait ensuite . dans la direction de la rue Sainte-Apolline , jusqu'Jt son

* A cette époque on appelait Bastille toute porte fortifiL'e et flanquée de tours : ainsi Von disait la bastille Saint-Antoine , la bastille Saint-Denis , la bastille Saint-Uonorc. La porte Saint-Antoine ayant acquis , par suite des constructions ordonnées par Charles V, beaucoup plus d'importance que les auti'es, elle conserva seule le nom de Basiitle.

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point de jonction avec la rue Saint- Denis , oo s'élerait la porte oo bastille SamÈ-Denis. L enceinte continuait, dans le sens des mesdeBcnulion- Villeneuve et Neove-Saint-EiMtaclie, jusqall la porte Montmartre , qoi ccnnaéqnemment était construite sur remplacement oA se tr<m^re la rw du même nom , à peu prés à reztrémité mëridronale de celle des Fossés^Montmartieft Lie isom de cette dernière indique suffisamment que la clôture suivait, en ligne parallèle, le terrain ipa elle occupe , et sur leq[uel ëlait creusé le fossé. 11 a été démontré, par des fouilles faites récemment , que les deul murs de revêtement du fossé étaient, aVec une parfaite eiuictitude , dans Talignement de la double façade des maisons de la rue. Peut-être plusieurs de ces bâtimens sont-ils construits sur ces vieilles fondations. L'enceinte, après avoir tia versé le terrain appelé aujourd'hui place des Victoires , passait sur celui maintenant occupé par lahctnque de France , où ne s'élevait point encore V hôtel de Toulouse-, puis, se recourbant dans la ligne actuelle des rues des Bons-Enfans et de Valois , ce mur pénétrait dans l'espace où fut plus tard le jardin dti Palais-Royal , le coupait vers le milieu de sa longueur , pour en sortir à Tendroit où la rue du Rempart aboutit dans celle de Richelieu, et biaisant, comme le fait aujourd'hui la première, était interrompu par la porte Saint-Honore , dont le nom indique la situation. Par une nouvolle et brusque courbure, la muraille, en suivant

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la clircclion de la rue Sainl-Nicaise, venait aboutir à la Seine , et se terminait par une haute tour, qui n'a disparu qu'au dix-sepiième siècle. On l'appe- . lait la tour de Bois.

L'enceinte de Paris, ainsi développée, renferma les bourgs de Saint- Paul, du Temple, de Saint- Marlin , de Villeneuve; les églises de Saint-Paul , de Saint-Sauveur, de Saint-Honoré, de Saînt- Thomas-du- Louvre, de Saint-Nicolas; les monastères de Saint-Antoine , et de Sainte-Catherine-da- Val-des-EcoUers; l'hôpitaldesQuinre- Vingts ; enfin le château du Louvre, qui jusqu'alors n'avait été qu'une sorte de citadelle, situéehors de la ville, et muoiedeses fortifications particulières,L'i'ZeiVo/re- Dame (Saint-Louis) rev.ut, dans lo même temps, un surcroît de fortifications : le fossé qui la divisait en deux parties fut recreusé et élargi : une forteresse, appelée Tour Loriaux , s'éleva au centre de cette île. Au-dessus et au-dessous de Paris, le cours du fleuve fut barré par de grosses chaînes , qui ne se levaient que sur un ordre exprès des échevins*.

Ces travaux furent presque entièrement terminés pendant la domination de Marcel : tant il est vrai qu'nne active ambition peut enfanter , pour ainsi dire , des prodiges. Le prévôt des marchands employc-it journellement , soit à la maçonnerie ,

* Au-dessus de Paris , la chaîne devait èue placée yen Bercy ; au-deisoiis, elle pouvait l'être vers la partie de Chaîtlot, où fui hSti depuis le cnm-ent des B'ius-Homnirt.

Hçf, HISTOIBE

soit au creusement des fossés , une muUituilc de bras; lesquels, coniinucllemeut réunis sur des points indiques, pouvaient être pi-omptemcnt armés pour la cause du chef qui les soudoyaitl On conçoit avec quelle rapidité cette armée , toute romaine, pouvait construire des fortificaiions.Les archives du temps constatent que tous ces cuvâmes, exécutés dans uue période d'environ quatre années, coûtèrent i63,5oo livres tournois *. Au rapport de Sauvai , les principaux maçons et pionniers gagnaient de quatre à cinq sous par jour; les manœuvres , trois sous ; les porteurs , deux sous. Les mêmes archives nous apprenneut que Marcel fit fabriquer sept cent cinquante guérites eu bois, qui furent placées sur les remparts, et fortement cramponnées aux créneaux de Ja muraille. C'est pour la première fois que les documens historiques mentionnent ce genre de guérites : jusqu'alors les sentinelles, placées sur la créie des murs d'enceinte , avaient , de distaucc en distance, de petites loges en pierre, faisant corps avec la construction , et qui leur servaient de retraite contre l'injure des saisons ou les atteintes de l'ennemi. On dit , mais aucun témoignage contemporain ne prouve, qu'on vît alors

* Cette sonune fonne a peu près 800,000 de notre monnaie. Cependant le cours du marc d'argent ayant varié depuis 6 livres jusqu'à i3 dans le cours des travaux , on ne peut ùxer avec précision l'équivalent de celte somme en c actuelle.

paraître , sur les murs de Paris , un certain nombre de canons. Froissard , qui s'extasie sur les travaux ordonnés par Marcel* , n'aurait pas manqué d'admirer l'artillerie, s'il s'en fût en elFet trouvé pour défendre la muraille nouvellement construite. Le prévôt des marchands, qui avait ordonné et faitpousser activement ces travaux, étant mort, conune on l'a vu , en 1 558 , ne put les voir entièrement achevés , car ils ne le furent qu'en 1 56o. Soit en les terminant , soit dans les augmentations ordonnées sous le règne suivant, on ne s'écarta point du plan tracé par Marcel,

L'admission dans l'enceinte de Paris des divers quartiers que le développement de la muraille y enserra, ne fit point encore modifier la division de cette ville; elle continua d'offrir trois quartiers : le tjuartierd' outre petit pont y comprenant toutes les constructions de la rive méridionale; la Cité ^ ou ville primitive; et le quartier d'outre grand pont y c'est-à-dire tout le Paris delà rive septentrionale. Guillot de Paris, qui écrivait vers l'époque que nous explorons, compte outre petit pont 80 rues; dans la Cité 56; outre grand pont 194: total 5 10; non comi^Tis les culs'de sac y ^ae les écrivains du quatorzième siècle nomment plus congrument rues sanschief. . ' - '

Dans son ensemble, et vue dune certaine dis- '^tancë^^ notre capitale présentait déjà une physionotmiefimposante, dans sa circonférence crénelée d'en-

^ * Histoire et Chwnique de Froissard y liv^ /, /?. l83. II. 5a

HISTOIRE virondeux lieues. Mais l'admiration &cvaiiouùsait dés qu'on pénéliait dans cet amas irréguUei-.génûralemcDt misérable et surtout infect, de bâliincus élevés sans aucune dispo&iiioD de voieiie. Sans doulcon voyait çà et ta quelt^ues beaux édifices relinieuii, de style gothique ou sarrasin ; on voyait un assez ^rand nombre d'hôtels imposaos, quelquefois bâtis avec élégance; maïs le surplus des constructions ofTialt un aspect déplorable.

principales, qu'on apj i

ime aUleurs, le sol , a eaux stagnantes ou dck imondices don ue tout une polit les rues, e

s dans les quatre rues la croisée de Paris, ,que pavé , était inonde s fétides , et couvert des juc laissait accumuler 'S nulle Quant au surttt à peine ce nom : les usooa eut sa aucun alignement;

) se comouruaieui eu nombreuses sinuosités , et leur largeur n'excédait pas y à 8 pieds. Du reste , î\ était impossible d'y marcher sattscouvi'irsachauaruse de toutes les ordures résultant d'une population considérable, agglomérée sur un petit e^ace. Il faut aj outer que le sol de Paris n'ayant point encore été exhaussé artificieUement , les déboxdepiens de la Seine inondaient la plus grande partie des rues. Jusqu'ila fin du quinzième ùàcje, l'impéritùe djea iogénicurs ne sut point prévenir ou prévint mal ces graves accidens. Ils ne se montrèrent p^» plus habiles dons I4 construction des ponts: ils étaient souvent entraînés par les entes intenpkpcstives du 0euve., parce que l'on ne savait poijit proportion-

nerlcur élévation ^ces mêmes crues ; ce qui cdpenilant n'eut pas demande de grands elïorts d'imagination.

Après les, guerres qui venaient de désoler ta France, et surtout Paris, pendant la captivité du roi Jean, on voyait une foule de pauvres enfans, devenus orphelinspar le tranchant de l'épée, parcourir les pues, affamés, presque n'uset transis.Quelques personnes riches et charitables, voulant venir au secours de ces infortunés, achetèrent une maison rue Geoffroy-l'Asnier , y logèrent d'nbord ces enfans, ei invitèrent les habitans h joindre, pour leur enireiien , de pieuses aumônes à celles qu'ils donnaient eux-mêmes. Ainsi fut fondé, en l'année i563, î'hôptial du Saint Esprit. Sous le règne de Charles VI, cet établissement fut transféré sur la place de Grève , dans un bâtiment plus commode.

Le clergé est dans les Etats un peuple à part, qui sait constamment s'admettre au partage des prospérités publiques , mais que l'on voit presque toujours soigneux d'éviter celui des calamités générales. Tandis que Paris était affligé par les troubles civils , plusieurs établissemens ecclésiastiques prenaient de l'accroisseuicnt et s'amélioraient. Humbert II , seigneur de la Tour-du-Pin , ayant perdu son fils, abdiqua, comme nous l'avons dît . la souveraineté du Dauphiné , en faveur des fils aînés de nos rois , à condition que ces princes prendraient le litre de dauphin, commémorarif de cetâbandon. Humbert, s'étani fait ensuite prélre et moine.

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