LIVRE IV
»Aiis 801» Ut mauBis CàBÈsmê.
CHAPITRS PRBMIBK.
Hugues Gapet, déjà Aie deFnnoey comte de jParis et
d'Orléans , frère du duc de Bourgogne et beau-frère du duc de Normandie, se fit reconnaître roi par ses propres Tnnnoui Um fiais Ibvliûé de feur «dhésioit il obtint aisément celle des autres possesseur»^ d^ fie6 , dont aucun ne pouvait isolément lui disputer la prépondérance^ et qui tons ensesAfefii'étaieat point placés dans des^ eonditions territoriales et politiques aussi fiivocables. L'élection chi lUNiveau roi, soit tacite^. sQ^t for^le^e, ne souffrit donc aucune diffioutté $ ce fat me aSaire qui se traita promp-^ tement entre les sept ou huit prélats et seigneurs qu'elle intéressait l^lus particulièrçj(n<çnti « Charles, dit une chromquev cndeée Imàà^s voulût régner Hfurèslui, fut rejeté par les Français, et ccux-d Churent pour roi HugueSf fils de Hugues le:dac. » Un autre chroniqueur est phseawet^eft'n'woaîe pas à cet éifléueiisent nation ei|-r tière,qui n'était point politiquement constituée. « Le duc de Bourgogne, frère de Hugues, dit cet apnaliste, et
l8o ' HISTOIRE DE PARIS. (987-1108)
tous les glands revctii^ent du pouvoir royal Hugues, duc
(le France (i). » Ainsi Hugues Capet fut sacré à Reims et prononça daQS cette cérémonie le serinent suivant : « Moi y Hugues, seloA la volonté de Dieu roi futur des Français, dans ce jour de mon ordination, je promets, en face de Dieu.istxle saints, qu^ je conserverai intacts vos privilèges canoniques^ vos lois et votre justice; je vous dé* fendrai tant que je pourrai , avec l'aide de Dieu , comme un roi le doit à tout évéque et clerc de sou 'royaume, * comme il le doit aussi aux ^ises qui lui sont soumises (sibi commissœ per rectum et au peuple qui lui est confié; je ferai droit à chacun par notre autorité. » Peu de jours après Hugues vint à PariS| y fixa sa résidence , et depuis lors cette ville n*a jamais perdu les droits lii le titre de capitale de la France. Durant son règne, et pour affermir sa dynastie, Hugues associa à la royauté son fils Kobert.
Le premier roi capétien, presque entièreiiient absorbé par la nécessité de combattre Charles de Lorraine, son compétiteur, et de réduire sous sa suzeraineté les provinces méridionales, n*eut pas le temps d'embellir ou d'accroître Paris; mais cette ville mît à profit le retour dq. l'ordre et de la sécurité pour déblayer les ruines dont elle était encombrée. Des habitations élégantes et belles, si on les comparait aux demeures du peu|)le, s'élevè* rent de nouveau dans sa banlieue et sur les deux rives de la Seine. On vit reparaître , du milieu des décombres, au midi , les bourgs de Saint-Marcel, de Saint-Germain des Prés et de Suinte-Geneviève; au nord, le bourg de Saint- Germain l'Auxerrois, lefiourg-l'Abbé, le Beaubourg et
(i) Raoul Glaber, II, cbap. 5«
(WMMÉ) LIVRE IV. CHAPITRE I. iSf
le bourg Saint-Éloi, situé autour de l église Saint-Paul. Entre ces villages , qui ne tal*dèrent pas à devenir riches et populeux, se trouvaient, d'un coté, des champs et des marais qui forent peu à peu desséchés, ensemencés et convertis en jardins; de l'autre, des espaces coti verts de vignes ou de vastes prairies; c'est ce qu'où appelait alors des cff/Zuref , des prés, des cios. Parmi ces terrains, qui devaient plus tard se couvrir de maisons et de rues, on remarquait , au nord de Paris , les cultures Saint-E!oi , MnteoGatherine et Saint-Lazare, et la culture l*Évêque^ située vers roccident de la banlieue, et qui s'étendait au delà du Quartier que nous appelons aujourd'hui la VillerÉvécpie. Au midi de Paris, le long de la Seine, s*étendait un long vignoble appartenant à l'abbaye deSaint-Gennain des Prés, et qui est remplacée , de nos jours, par les rues de la Harpe, Serpente, Hautefeuille , Saint-Ândré des Arcs, etc. A l'est de ces vignes on trouvait \c v\os Mauvoisin, plus tard appelé clos Garlande, et d'autres cul" tares qui portaient également le nom de clos et que nous ne tarderons pas à cnumérer. On y reinaïquait aussi la terre de Laas (de Lias ou de Liaas) et la terre d'Aiez, consacrées comme les autres à la culture de la vigne, qui, dans l'origine, n'étaient que des fermes isolées, des métairies appartenant à des abbayes ou à de puissantes familles, et qui ne tardèrent pas à être entourées de murailles le long desquelles serpentaient des chemins entrelacés au hasard et selon les caprices d'une propriété en • dehors de toute pensée commune, de toute édilité centrale.
Ces fermes , ces villes, ces maisons de plaisance, ces vastes terres ne furent évidennnent ceintes de murs ou
l8a HlSTÇIHB JOB PAlUS. (^MIM)
mbes en rapport que durant le^ dtiux sAdes cpii suÎYÎMt l'avénement de Hugues Capet. L'iiistorien^ même ëdairé pâr l'étude des chartes, ne {MmrMte aiii^^ cise à ces constructions, à ces transformations successives; c*est bien assez qu'on puisse indiquer aveC' oertitu4ek mcment où fiirentdlevtfes les égliies^ lesaUMiyes, les chapelles principales. Nos lecteurs, qui, depuis vingt ans, ont vu Pans s'accroître, d'une manière prodigieuse, sont iim en mesure de se fidre une îdëe juste des agrandiisemsiiti successifs et timides auxquels présidèrent les premiers Capétiens; nous nous abstiendrons de suppléer par des hypothèses plus ou moins diseutaUei à des-iM>liiMllB< réelles dont les éléments font défaut, et qui, d'ailleurs^ ne présea* teraient qu'un médiocre intérêt.
La ville de Paris faisait partie du domaine patrimonial et personnel de Hugues Capet. £n montant sur le troue ce roi l'inféoda^ sous le litre de comté, à'sotî frèroOthoOt à condition de retour k la couronne à défaut d'héritiers mâles. Un vicomte administrait la vdle pour le oonle titulaire. Othon étant mort sans en&nts, le comté de Paris le trouva réuni aux possessions de la couronne, et l'officier que le roi préposa au gouvernement spécial de sn capilais prit le tkre de pfépot^ pour faire entendre cpe ce n'était plus au nom du comte, mais au nom du roi, qu'il rendait 'la justice et dirigeait la cité. Paris ne fin jamais tenu ci (ief, mais en ville rojràle et municipale. Pour diminuer l'oppression féodale au profit de la couronne , les Capétiens attirèrent peu à peu à Paris les afiGgûres>de8 évéques et des communautés privilégiées de toutes les contrées qui formaient alors la France, et l'importance de Paris se éveloppa en même tmnps que la pinssanoe du souveraÎB,
mhum unmM iv...GHAPmui i. i83
lie prévôt de Paris était un magistrat investi d'une grande tvlontéet <|miiéaiiiiMMasétait populaire. U ii*avaitau-de^ sus de lui que le roi, et, dans la suite, le plaid ambulatoire ou parlement qui siégeait partoutoiileprinoe jugeait à propos de le convoquer; Le prévàl de Paris av«ii la préséance sur les baillis, les sénëcbaux et les autres juges ordinaires éa royaiune. Les attribiitioBs de eet oflScier royal ne fà" rent d*ailleim ni bien définies, ni bien limitées sons les premiers successeurs de Hugues Gapet; elles furent lentes k te régulariaer et à s'âaUir, et forent varier selon les temps et les drconstances. Il serait aujourd'hui assez difficile de se rendre compte d'une jpareilie magistrature ^ et tes rouages nous stmUeni tant soit peu eoofiis \ aussi ne nous étonnons-nous pasdetantde conflits qui s'élevaient au mjet de la prévôté ; elle avait sans cesse des démêlés soit jndiciaireBy soit administratift ou fiscaux. Dieu sait combien le prévôt eut maille à partir avec les bourgeois de Paria et aesédievniis, soit à faùff» du guet, soit à propos derqums à entretenir, des rues à paveri Le prévôt de Paris était en réalité le grand- voyer de la ville. Le voyer titulairei qui était un magistrat des plus importants, chargé qu'il était de la police des marchés et des rues , n'était en plusieurs circonstances que son assesiav(i).
Pour ne pas revenir trop fréquemment sur cette institution, nous croyons devoir anticiper sur le récit des fiiits Inloriquei et àke ce cpie devint la prévâté sous la dynastie capétienne.
Le pré^t de Paris représentait donc le roi au fiût de
(i) M. BeugDot» E^tai sur les iastUuiions de saint Louis, pag. 119 et HiiT. ' ^
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la justice; i! était m même temps le chef de la noblesse, et commandait à l'arrière- ban, sans être si^et aux gouverneurs, au lieu que les baillis et sénéchaux y étaient assujettis. Il avait de toute ancienneté, douze gardes, qui devaient avoir hoquetons et hallebardes en le suivant à Taudience et par la ville. Ces gardes étaient huissiers exploitants par tout le royaume et dans Pans. Avant la création (les huissiers audieni iers ces gai*des avaient fonctions d'audienders et faisaient bailler les audiences.
On réserva plus tard au prévôt de Paris une séance marquée aux lits de justice, au-dessous du grand-chambellan ; c'est lui qui eut, dans la suite, la garde du parquet et le droit d^assister aux états généraux, comme premier juge ordinaire et politique du royaume. Son costume était semblable à celui des ducs et pairs, et il portait un bâton de commandement couvert d'une toile d'argent ou de velours blanc. Il connaissait du privilège des bourgeois de Paris pour arrêter leurs débiteurs forains. A la démission du prévôt sa charge passait au procureur général du parle» ment. Le roi reprenait, pour ainsi dire, par les mains de son procureur général, l'ofiBce vacant.
Il était ausn le conservateur des privilèges de l'Université , et c'est pour la conservation de ces privilèges que Philippe-Auguste, par ses lettres de l'année i :ioo, ordonna que le prévôt de Paris prêterait serment entre les mains du recteur de l'Université.
Son installation se faisait au Châtelet, par un président à mortier et par quatre conseillers de la grand'chambre du parlement de Paris. I^e jour de son installation le président à mortier lui adressait les paroles suivantes : '< Je vous installe dans la charge de Paris, pour l'exercer digne-
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ment et au contentement du roi cl du public. » O jonr-là on plaidait une ( anse devant le président à mortier et les quatre conseillers de la grand*chambre qui étaient venus l'installer, et le prononcë Aait un arrêt, et non un jugement, parce que les cinq conunissaires représentaient le parlement; maisy dans l'origine, le prévôt de Paris avait une jnrîdietîon de tous points indépendante, commettait des lieutenants, se choisissait des conscillei's à son gré, et n*avait point d'autre greffier qu'un clerc domestique. Le prévôt de Paris logeait au Ghâtelet/ Revenons sur nos pas.
Le pouvoir de Hugues Capet était mal affermi ; beaucoup de contrées vassales de la couronne, et particulièrement les provinces du Midi, refusaient de le regarder comme leur roi. Il parvint, à force de ruses, et quelquefois a force ouverte, à les contenir; mais l'on sent ce que pouvait ctro son influence à une époque où chaque grand vassal n'obéissait qu'autant que son caprice lui conseillait de le faire. Un jour qu'un seigneur de Périgord nommé Adalbert venait de s'emparer de Tours et d'ajouter h ses titres celui de comte de cette ville, Hugues lui envoya demander : « Qui t'a fait comte? » L'orgueilleux vassal se contenta de lui faire répondre ces mots : <r Qui l'a fait roi? »
Hugues Capet mourut à Paris en 9^. Les chroniqueurs nous ont conservé les dernières paroles cpi'il. adressa à son royal héritier : « O mon cher fils, par la sainte et divine Trinité , je t'adjure de ne point te laisser dominer par les conseils des flatteurs, ni corrompre par les dons des méchants! » Puis il lui recommanda de protéger les abbayes et d honorer /wne père saint Benoii ei son ordre. Les Capétiens, sur le lit funèbre
l86 HISTOIRE 0£ PARIS. fBVI-llN)
oomiiie 8ur le trône, wt pbçainit la piotection àa
clergé.
De son vivant Hugues Capet s'occupa d'introduire dans le diocèse de Paris, et particulièrement dans les abbayes deSaiat-Maur des Fossés, de Lagny et de Saint-Denis, des dianfements importants, qai s'opérèrent sans beaucoup d'obslacles; ib n'étaient d^MUeurs accoio* pagnés d'aucune violence. .
Les assen^ilées nationales cessèrent avec .les premm rois de la troisième race, de même qu*elles avaient été interrompues sous les derniers rois de la seconde. Hu« gues, quand il en aurait eu Tenvie, n'anraitpu réunir des états; les autres grands vassaux ne s'y seraient pas rendus; «>uvmins comme le duc de France, ils ne lui auraient pas obéi. En effet la Fvanceétak alors une répiH blique aristocratique et fédérative , reconnaissant un clief impuissant. Cette aristoccatiep doiU tons lesmemfavssse croyaient égaux, était sans peuple*
Pendant que les* provinces qui composent aujourd'hui la France, alors soumises à des nuutrespartieuliers et distribuées en souverainetés indépendantes, prenaient part aux querelles obscures de leurs seigneurs, le roi Bobert, fik et successeur * de Hugues Gapet, se voyait exposé am foudres de Texcommunication à l'occasion d'un mariage Contraire aux canons de TÉglise. Il avait épousé fierlhs •de Bourgogne, veuve du comte de Blois, sa cousine an quatrième degré et sa parente par alliance spirituelle. Ce mariage Ait déclaré nuKpar le pape; mais le roi Bobsvt, révoquant en douté la justice de cette décision, refusa de s'y soumettre. 11 tut retranché de la communion des fidèles et son rojfaunie mis en interdit. La terreur qu'îa»>
1^>UID UVIUE .IV, CHAPIXIUS I. 187
pira cette peine infligée au roi et au peuple fut si générale le Hialheureux prince se vit abandonné de tout le monde, comme s'il eût été atteint d'une maladie. contagieuse. Il ne resta plus auprès de lui que deux serviteurs , itenomoes hommes, jugeant abominables tous les vases dtns ksipids le roi avait bu oumangë, les puri6aient par les flammes. Robert était sincèrement attaché à l'Église ; cet abandon universel lui ouvrit les yeux, et il répudia BèrAerll épolistf ensuite Gonstaiice d*Acpiitaine. Ija nou« velle reine, douée d'une rare beauté, était Tune des plus roéchafttes temam de son siècle* Telle est di| moins la renommée que lui ont faite les chroniqueurs de la France* septientrionale.
Robert était un pridoe très-pieux; il a composé des hymnes encore en usage dans TÉglise. Il excellait surtout àm Tart de chanter au lutrin. Voici l'éloge «pie l'on trouvé de ce rot dans une pièce historicpie de son temps : a II avait coutume de se rendre chaque année, toute affaire resunfff, au nonastèro de Saint-Denis, ie jour de la féte de «Art HSppolyte. Là, dans le chceur, parmi les chantres et autres ofB étants, il figurait, revêtu d'une précieuse chape de ame, ftite espiès pour lui, et tenant en main son sceptre d'or. Il chantait avec tant d'ardeur que sa voix fusait retentir les voûtes de l'église, psalmodiant gravewnt et d'un toù solennel avec ceux qui psalmodiaient. Si I on entonnait des airs gais et allègres, alors on le voyait, trsni|K>rtë de joie, chanter très^aiement et exciter les chanteurs à la gaieté (gaudens cum gaudentibus). » (/2s* cueil des Historiens de France, par dom Rouquet, t. X, p. 38i.) ...
Son règne, quoique long, parait, sans doute par le dé*
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faut de mémoires contemporains , un des plus stériles en éveuements remarquables, et ne fournil presque rien de particulier à l'histoire de Paris.
Robert mourut à Melun au mois de juillet loSi^ dans la soixantième année de son âge. Son corps fut porté à Paris, et de là à Saint^Denis. La piété de ce prinLce, ses fondations religieuses l'ont fait qualifier de saint par quelques historiens du moyen âge.
Ce prince fit élever la seconde église de Saint-Germain l'Auxerrois et rebâtir le palais qu'habitaient les roîs dans la Cité, en y ajoutant la chapelle Saint-Nicolas. 11 avait, comme les rois ses prédécesseurs, plusieurs autres pakis hors de Paris. L*un des plus importants était celui de Saint-Denis, où il tenait souvent les assemblées publiques, et qu'il donna ensuite à Tabbaye. Kobert assembla, en 1008, dans son palais de Chelles, un concil equi accorda quelques privilèges au monastère royal de Saint-Denis. L'un des religieux de cette abbaye, qui a écrit la vie de ce roi y dit que Robert fonda ou reconstruisit quatonse monastères et sept églises. Outre l'église de Saint-Germairt l'Auxerrois et la chapelle de Saint -Ni colas, le prieuré de Saint-Germain en Laye est lè seul de ces établissements qui fût situé dans le diocèse de Paris. Ce fut, dit-on, avec les libéralités de Robert que l'abbé Morard entreprit la reconstruction de Saint- Germain des Prés. Mais, comme le remarque Lebœuf, ce ne fut qu'après l'an looo, lorsque la terreur qu'inspirait cette époque fatale eut été dissipée.
Nous ne tarderons pas à parler de ces divers monuments; leur description ne pourrait ici trouver place sans ralentir et rendre obscure l'analyse rapide des
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fiuts généraux qui se rattadient aux aonales parisiannes.
Le règne de Henri T', fils de Rol)ert II, fut signalé par 4^ guerm civiles et par Ja plus épouvantable jfanûne dont; le souvienir soit resté daqs Thistoire. Durant trois années» cpnsécutives les pluies et les intempéries des saisons empèdièrent les fruits et, les grains de mûrir. 11 s'ensuivit une disette si horrible que la chair humaine fut mise en vente dans un marché et que Ton fut obligé de déterrer les morts pour se nourrir. Les hommes allèrent à la chasse les uns des autres. Pour comble de misèrela mortalité presque générale amena la peste, et enfin les loups et les animaux fimceS) aiguillonnés par la &im^ se réunirent par baudes et attaquèrent les vivants et les morts, également incapables de leur résister. Les éveques^ au milieu de cette désolation générale^ sé signalèrent par leur charité ; mais elle fut impuissante pour soulager tant de maux. Enfin le Ciel vint au secours de la France , et la récolte de io34 -égala en abondance celle de trois années ordinaires.
Peu d'événements méritèrent d'être inscrits, à cette époque ^ dans les annales particulières de Paris. lie i6oC"> tobre io5o, Imbert étant évêque de cette ville , un concile s*y réunit pour juger l'hérésie de Bérenger et de ses sectaires. Le roi Henri F' assista à cette assemblée avec un grand nombre de seigneurs, de clercs et d'évéques. Bérenger n'osa y comparaître, quoiqu'il en eut reçu l'ordre. On y lut une lettre de lui à l'évéque d'Angers, Brunon, qui propageait avec lui des hérésies et niait la présence réelle de Notre-Seigneur dans TJiucharistie. Les évêques laissèrent à plusieurs reprises éclater Tindignation que leur inspiraient les doctrines du sectaire. Ils se hâtèrent de les condamner solennellement^ ainsi que le livre de Jean Scot|
HISTOIBE DE PAA18. HtMIM)
OÙ Bërenger et ses complices les avaient puisées. Le concîfe déclara en oiiire que, âfiérenger et ses adhél^ rétractaieiit , toute l'amiée de France, le dergéen tête, revêtu de ses liabits ecclésiastiques , irait les chercher en quelques liemqtt^ihfuaBentponrlesflaiàir ^kaforoarà ae soumettre k la foi cadiolique ou à mourir. » Les héré* siarques se rétractèrent avec plus ou moins de sincérité.
Trois ans plus tard , en ioSÎ, le bruit se répandit qae le corps du premier ëvêque de Paris, saint Denis, avait été trouvé dans F^lise de Saint-£mmeran, à Ratisbonne ^ il 7 atmt été transporté, disaiVHmVsous le règne de l'eapeteur Arnould, par un certain Gisalberg, qui l'avait furtivement enlevé de Tabbaye de Saint-Denis, au tempsdel'abbé ÉUe, en 892 . Le pape Léon IX, qui se trouvait alors en Bavière, l'avait visité, et venait de reconnaître publiquement Tauthenticitéde cette sainte relique par Une bulledu 7 octobre io5a. • ' - ' ■' ••■ -^•^^i-:-
A ces nouvelles tout Paris fut en émoi. Le roi de France, de TaVis de ses conseillers, jugea' que lé plus sur moyen de démentir ces bruits étranges était de faire solennellement louverture de la véritable châsse du saint pré^ déiùement consei^réê dans^abbaye dé 'Saint-Denis et*àe l'exposer aux yeux de tout le monde. U ordonna , à cet effet, une cérémbnte, qid eut Heu Ib^ ju&i io53. £n pré* sence d'Eudes, firirè du rôî^ et de tbtttela ndblesèe; dn-âni d'un caveau profond , situé derrière le grand autel , les coffires d Wgent 611 le roi Dagobert avait fiât déposer les corps de saint Denis et de ses deux compagnons , avec les reliques de la Passion de Jésus-Christ, le tout renfermé dans une espèce d*arinoire enrichie ext^eUreiiiéni d*or êc> de pierreries. DansFundes coffres on trouva les ossethentsde
t987-1198) LIVRE IV. CHAPITRE I. IQi
saint Denb enveloppes dans un Toile teliement rongé de
vétusté qu'il tomba en poussière entre les mains de ceux qui le tenaient. Tom les assistants virent ainsi les reliques du martyr. On les enveloppa de nouveau dans un voOe précieux envoyé exprès par le roi. Elles furent portées en procession et replacées sur le grand autel, où, pendant quinze jours 9 dles demeurèrent exposées à la dévotion du peuple de Paris y des pèlerins et des clercs.
Henri étant mort en 1 060, son fils Philippe V lui succéda sous la tutelle de son onde Beaudoin Y ^ comte de Flandre. Philippe était indolent , efféminé et livré à ses passions. £n 1093 il répudia la reine Berthe, sous un prétexte imaginaire de parentéi et épousa Bertrade, qu'il avait enlevée à son mari^ Foulques le Réchin (le Rechigné), comte d'Anjou. Il assembla un concile à Reims pour faire apiwouver ce double adultère^ qu'il appelait mariage } mais il fut excommunié piàr le pape (Urbain II). Lesfoudrés'dë rÉglise le décidèrent enfm à éloigner Bertrade (1097); nàùs il la reprit trois ans api^ (i 100) et fut excommunié une seconde" fois par le 'concile de Poitiers. Quelques années plus tard il renouvela ses soumissions | et, conune Berthe était morte depuis longtemps , il parvint enfin à obtenir les dispenses si souVent refusées. Cette rictoire , si c'en fut une , paraît être la seule qu'il eût encore rempcNTtée; elle fut la dernière. Lé ^19 juillet de l'an tio8 Philippe V mourut à Melun, après un règne de quarante^ huit ans , l'un des plus longs et des moins glorieux dont l'histoire ait gardé le souvenir.
Bans sa jeunesse Philippe P', livré à ses passions, se montra toujours disposé à rançonner les églises et à piller les monastères. « Il fut, disent leschroniqueurs, un homme
IQa HISTOIRE DE PARIS. (9&7-im}
très*vëual dans les clioses de Dieu, v et il prit sa part de
ce système d'oppression et de tyrannie corruptrice dirige par les souverains de son temps contre le clergé et TÉglise catholique. Plus tard il eut des remords et fit des actes de piété et de pénitence : c'était là, en général, la vie féodale. Sous son règne on vit s*ëlever au plus haut degré la puissance des papes et commencer les croisades.
La iéodalilé, parvenue sous Hugues Capet, sous Robert et sous Plùlippe à son plus haut degré de puissance, commença à déchoir avec les croisades ; ces expéditions affranchirent les rois de la rivalité de leurs grands vassaux et facilitèrent le mouvement d'émancipation qui portait les habitants des villes à secouer le joug de leurs seigneurs,
Paris participa à ce uiouvenient^ niais d'une maDÎère moins apparente que ne le firent les petites villes et les houi'^ailos ilépeiidanL cki domaine royal. Résidence dos souverains, administrée par un officier directement nommé par le roi, Paris ne subissait pas F oppression féodale dans ce tj^ue cette autorité avait de honteux et de tyrannîque; mais, de tout temps, cette ville avait compté dans son enceinte une classe bourgeoise nombreuse et fière d'clre à la téte des populations du royaume.
Dès ravcnement des Capétiens , la sécurité et i ordre ayant cessé d'être chaque jour mis en question , un bienêtre inaccoutumé se manifesta dans les «grandes villes du royaume et plus particulièrement à Paris. Au lieu de ces huttes de paille et de boue, trop longtemps le séjour des marchands et des artisans, s'élevèrent peu à peu des mai* sons à plusieurs étages ^ défendues par une tour carrée, et . dont le re/.-de-chaussée était garni de marchandises et d'objets de commerce. Ces boutiques renfermaient des
(NMM^ LIYBB IV. CHAPItRE I. * 19^
hommes simples, mais richeSi bien que dissimulant avec soin leurs richesses, et déjà pleins du sentiment de leur importance ou de leur nombre. Les seigneurs, plutôt jaloux qu'inquiets de cette prospérité des vilains, y trouvaient leur compte en augmentant les impots et en établissant des tributs de toute sorte. Les vilains payaient, quelquefois en murmurant, mais ne continuaient pas moins à s'enrichir aux dépens mêmes de ^ tte noblesse devenue nécessairement tributaire de l'industrie et du luxe. Us conservaient toutefois au fond du cœur une secrète inimitié contre leurs maîtres, et leur orgueil se révoltait d'être placés à un degré si bas de Téchelle sociale. I^es nombreux voyages qu'ils entreprenaient en Italie , 011 beaucoup de villes jouissaient de la liberté républicaine , commentaient a leur donner des notions politiques fort end)arrassantes pour leurs seigneurs , et, d'un autre côté, les nécessités du commerce répandaient parmi eux des connaissances prati- . ipies fort imparbites sans doute, mais de beaucoup supérieures à celles de leurs dominateurs.
De cette situation naquit nécessairement le fait grave de l'émancipation des villes et des conununes. Les marchands, les bourgeois, à mesure que s'augmentait leur, importance, se lassaient d'être taiUables et corvéables à merd, et, tantôt à prix d'argent, tantôt à main armée, se faisaient concéder des franchises et des privilèges. Ixs chartes royales et seigneuriales constituèrent la cité ou commune sur des bases indépendantes du caprice des grands. On s'obligea , tantôt à payer à ceux-ci une redevance annuelle, tantôt k les assister dans certaines entreprises, d'autres fois à recevoir d'eux un magistrat supérieur, une sorte de préfet ou de lieutenant qui se coacerlait pour
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-tTreiroiirE m PAjitb. pmim»
administrer avec les foactioniiaires munioipaïuL ^tis par le
peuple. En revanche chaque ville proclama sou droit de se gai*der elle-même , de choisir ses magistrats ; diaque citoyen fut déclaré Kbre d'exactions, exempt de- tniHes,- et pot contracter mariage avec toute personne de son choix, sans que son refus de se soumettre, en cette occasion , à la volonté des seigneurs, entraînât d'autre peine cpi'une légère amende. Eu crauti*es termes, c'était la liberté encore imparfiiite et mal définie sans doute, mab en&i, ittalgré ses imperfections, bien supérieure à l'état- de Memi^ tude.
' Sous Philippe P avaient eu lieu, hor^de-Fraoce, la lutte mémorable entre la papauté et l'emjMre, la conquête
de r Angleterre par les Normands, et plusieurs autres événements de même ordre auxquels Tindolent Capétien n'a* vait pris aucune part. Le roi de France avait vécu obscurément à Paris, laissant toutes choses s'arranger sans sa participation, et ne mêlant jamais sofn nom igiidré ans noms des hommes dont l'énçrgie remuait le monde. Cependant le roi était possesseur de nombreuses ricfaesses, sa cour était remplié de seigneurs de haeut'paMige, et la présence du souverain et de ses nobles vassaux contribuait Jk répandre à Paris le luxe, le faste et les habitudes d>t^ ruptrices qu'enfimtent la paresse e% k galanterie. On ne voit dans aucun monument liislorique la trace de l'iaflUencequ'exerçaieiltsur Paris les événements toiataina. Se passionnait-on, dans cette ville, eh faveur de Grégoire VII ou des Hohenstaufen, pour Guillaume le Bâtard ou pour son compétiteur Harôld : c'est ce qu'on ignore. Le prévôt de Paris était alors un nommé Étienne, qui, ainsi qu'on Ta vu plus haut , exerçait en même temps des fonctions miU«
(Sn-liW) LIVHE IV. CRAPITM f. 196
teinty adminiftrRtives €t judiciaiM. Le sîége de son ftribuDal était au Châteiet.
Sous Robert le siège ëpiscopal de Paris avait été occupé par Aaetin (de 1016 à loao) et par Francoa^ mort en ro3o. Soupçonné de simonie, Azelîn s'était démis de ses fonctions et avait cherclié un refuge dans le diocèse de Gand. Son 'suoceMeiir avait été cfaanoelier du roi et avait siégé an concile c[ui- condamna les manidiéens d'Oriéans, en 102Î2. I/un de ceux qui, après lui, gouvernèrent TÉglise de Paris, fut hnbert de Yergj, égalencitt àj^é Hécelin. Il était fort aimé de Henri T', qui, dans une cliarte, le qualifie de s^rand ; il assista, en io5o, à l'assemblée solennelle convoquée à Paris pour juger fiére»ger et les sectaires 'qui niaient la présence réelle et ne voulaient voir dans rEucharistie qu'un symbole. Vers la fin du règne de Philippe ce prince appela à !Motre> Dame des Champs les religieux de Marmoutiers et ré* forma l'abbaye de Saint-Magloire , alors située rue Saint* Denis. L'évéque de Paris, Gec^ïroy, fils du comte de Boulogne, fut accusé de simonie par le pape Grégoire VU et contraint d'aller se justifier à Rome, en 1077. Il parvînt à se faire absoudre, revint à Paris, où il exerçait encore ks fonctions d*archichancelier, et oii il jouit d'un grand crédit jusqu'à sa mort, arrivée en logS. Son successeur, Guillaume de Alontfort, frère de Bertrade , la reine ré-? podiée, n'accepta révéché de Paris qu*avec une répugnance modeste ; il fallut les conseils du vénérable Yvel de Chartres et l'approbation formelle d'Urbain II pour le déterminer à adhéwan choix des dianoînes de Notre*' Dame. Il était d'ailleurs assez jeune et se laissait trop volontiers aller à de profanes amusemeats , et particulière-
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inent à celui de la ohaaie. En i loa il entreprit le pèlerinage de Jérusaleni et niouruten route. Foulques, qui fut appelé à le remplacer, ne parut qu'un instant sur le siège de Paris (ii02*iio4)- Après lui Tevéque de Paris fut Oualon, légat du pape en Pologne. Il assista au concile de Beaugency, pour la récouciliatiou du roi avec TÉgliae. Quand PhUippe V eut fait sa soumission ^ Gualon partit pour Rome, où le pape l'accueillit avec une grande faveur^ tandis que le clergé de Paris écrivait au souveram pontife pour le remercier de lui avoir donné un pasteur aussi vénérable. Gualon, très-estinië du pape Pascal II, était en outre ami de saint Anselme de Cantorbéry. U souscrivît une charte mémorable de Louis VI, fils et successeur de Philippe V^. Aux termes de cet acte le roi de France accordait aux serfs de l'Église de Paris des droits judiciaires égaux à ceux des hommes libres, c*est-à-dire le droit d'être témoins et de se battre en duel, singulière concession qui était pourtant un progrès notable sur l'état antérieur (i ). Mentionnons eu passant les démêlés de l'ëvêché de Paris et de l'abbaye de Saint-Denis au sujet de certaines prétentions épiscopales qui paraissaient contraires aux droits et aux libertés de l'église abbatiale. L'aC&ire, portée d'abord au conseil du roi , en 1067, fiit l^envoyée à l'examen du pape, qui donna gain de cause i l'abbé de Saint-Denis , lequel devint indépendant de l'évéque de Paris. Rappelons, en outre^ quelques autres différends avec l'abbaye de Lagny , la donation de l'église Saint- Clln-istoplie, faite aux chanoines de la cathédrale; celle des autek des cures de Conflans, de Glamart, de
(1) M. £ug, d« la GomiMM.
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Montmartre et de Pantin, faite aux religieux de Saint*
Martin des Champs; celle enfin des autels (c'est-à-dire du patronage) des cures de Suresiies et d'AvrinvillCf qui fut faite aux religieux de Saint-Germain des Prës. Ces incidents, aujourd'hui fort oublies, sont les seuls qu'il nous soit possible de discerner, dans les annales ecclésiastiques de Paris, sous les règnes de Robert , de Henri P et de Pliilippel^.
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