CHAPITRE III
PariSy sous les premiers Carlovingiens et au déclin'de cette dynastie, cessa d*étre la résidence des souverains et
présenta bien souvent l'aspect de la décadence. Les fléaux se succédèrent pour Taccabler. D'horribles fa« mines désolèrent le pays, et, de 845 à 876 , il y eut quatorze années durant lesquelles les classes inférieures, réduites aux extrémités les plus horribles de la disette, endurèrent des souffrances saiis exemple et moururent misérablement. La contagion, les maladies pestilentielles venaient ensuite, qui apportaient aux Parisiens un autre contingent de calamités. Quant aux guerres politiques et féodales, quant aux incursions des barbares, aux incendies, aux pillages, aux dévastations et aux massacres qu^elles entraînaient à leur suite, il suffît de les rappeler pour faire comprendre Tétat de dépérissement dans lequel languissaient les populations d'alors. Nous avons vu^ à la gloire de nos ancêtres , qu'en dépit de ces affreuses épreuves ils avaient trouvé dans leur désespoir la force de résister aux Normands, de soutenir leurs assauts et de les repousser durant treize mob d'un siège héroïque. Cet événement inouï, aune époque où les peuples des villes et des campagnes ne savaient que fuir devant l'ennemi, éleva très-haut en France la renommée de Paris; cette place devint conune un lieu de refuge , une citadelle chrë-
fjffmTi UYBE IIU CHAPITEE 111. j63
tienne, et de toutes parts on vînt s'y cacher ou y déposer les reliques des saints, les vases sacres, tout ce qu'on vou-* iait soustraire aux. fureurs des barbares. Ce mouvement, qui poussait sous l'abri des ipurailles de Paris les habitants des villes et des villages de la France, se continua iqprès les invasions f durant les guerres féodales, et donna à Paris, à demi dépeuplé et miné, de nouveaux citoyens qui s y établirent pour la plupart ou se cantonnèrent dans sa banlieue.
Le commerce s'était maintenu jusqu'au déclin de Louis le Débonnaire^ mais les guerres et les ravages des barbares avaient fini par le détruire. Les annales de Saint-Bertin rapportent qu'en 86 1 les Normands-mirent en fuite les négociants, les navigateurs sur la Seine , et les firent prisonniers. Les autres incursions des pirates, en faisant disparaître toute sécurité, rendirent longtemps impossibles les opérations régulières du négoce , et ue laissèrent parfois subôster qu'un colportage exercé par des individus isolés et bors d'état de pourvoir aux bénins d'une ville. Les marchands syriens, qui, sous la première race, abondaient à Paris, en disparurent pour toujours; les Juifs^ qui vivaient de brocantage, de prêts et d'usures, s*y maintenaient seuls, malgré les avanies et les extorsions que leur infligeaient les hommes puissants. On voit toutefois, dans un capitulaire de Charles le Chauve daté de 864 , qu'il existait encore à Paris un établissement où Ton frappait monnaie.
Dans d'aussi dures conditions on vit peu à peu s'éteindre les habitudes de la politesse et du goût et tout ce qui restait de la civilisation gallo-romaine ; les mœurs se dégradèrent, on renonçs à bi culture des lettres, les écoles
f64 HfSTOlBK DE FAltI9. («77-M9)
se fermèrent d'elles-mêmes, et la grossièreté et Tignotance des habitants He furent guère combattues par des nobles qui vivaient de pillage et de rapines , par un clergé presque entièrement dépourvu d'instruction et trop sou- < vent indigne du saint ministère. Le découragement social avait gagné toutes les classes et se manifestait par l'injustice, la violence, la brutalité et l'oubli du devoir; l'abrutissement des serfs correspondait à la tyrannie des seigneurs ; la licrace effrénée des gens de guerre pesait particulièrement sur le pauvre . Les possesseurs de bénéfices ecciésiasticpies ne donnaient pas toujours l'exemple du respect des mœurs, et plus d'une fôb associaient aux fonctions sacerdotales le métier des armes. Nous n'aimons point les exagérations historiques , et nous croyons rester au-dessous de la vérité en signalant toutes ces misères sociales du dixième siècle ; il nous semble, en interrogeant les cbroniques et en tenant compte des faits, qu'à aucune époque la situation de Paris ou de la France ne fut aussi déplorable. « Ne rougissons pas de l'avouer, disait Hervée, arclieveque de Reims, dans le concile de TrofH, nos péchés et ceux du peuple attirent sur nous les fléaux qui nous dévorent. La voix de nos iniquités est montée jusqu'au Ciel. La fornication, l'adul^jère, l'homicide ont inondé la surface de la terre. Au mépris des lois divines et humaines et des mandements des évêqnes , chacun vit aujourd'hui au gré de ses passions ; le plus puissant opprime le plus faible; les hommes sont comme les poissons de la mer, parmi lesquels les plus gros dévorent les plus petits. TjC monde entier seniblf livré à l'esprit du mal, et nous ne pouvons méconnaître les maux terribles dont Dieu nous frappe dans sa colère. » Les Pères dn concile.,
(nM67) LIVRE III. CHAPITRE XII. l65
dans le troisième «anon, déroulaient à leur tour, pour leurs contemporains et pour Thistoire , la triste situation des
églises de France à cette épo<^ue ; ils disaient : a De tant de couvents qui existaient naguère en France, les uns ont été brâléspar les païens, les autres sont dépouillés de leurs biens et presque détruits, et, s'd reste encore quelques vestiges des andens édifices, il ne reste plus de traces de la discipline. Les communautés religieuses vivent sans règle. L'indigence de ces maisons, le libertinage de ceux qui y demeurent, et surtout Tabus d'y mettre des laïques pour supérieurs et abbés, deviennent la source de ces désordres. La pauvreté oblige les moines à sortir de leuis cloîtres pour vaquer, malgré eux, aux affaires séculières, et nous devons dire avec douleur que les pierres du sanctuait*e sont dispersées dans toutes les voies publiques. On voit aujourd'hui des abbés laïques demeurer dans des monastères d'hommes ou de filles avec leurs fSemmes , leurs enfants, leurs gens de guerre et leurs cliiens de chasse. » Les ordonnances des conciles , les réclamations des synodes ne cessaient de signaler les plaies morales qui affligeaient alors la société chrétienne, et d'indiquer, comme remèdes souverains à tant de maux, le retour à Dieu, la soumission à rÉvangile , la foi, la résignation , la cbarité. N'hésitons pas à dire que ces avertissements étaient bien souvent écoutés, et que, dans le cœur des multitudes | les sentiments chrétiens ne cessaient de se ranimer avec ferveur, comme pour consoler le monde des misères extérieures qu'engendraient le règne de la force et les abus inhëi*ent$ à l'organisation féodale.
Paris était délaissé par les rois, mais il était gouverné par ses comtes , officiers dont le titre remontait à la pé-
l66 HISTOIRE DE PARIS. {STl-m)
riode romaine ^ et dont les attributions s'étaient peu à peu
inodifiëes sous l'empire du droit germanique
Durant la période mérovingienne il y avait , parmi les officiers de la eoun»me, le comte des domestiques j qui était quelquefois maire du palais et préfet de Paris (prœfectus urbîs). Sous la seconde race le titre de comte, qui s'appliquait généralement aux chefe, ai]x gens de la maison du roi , acquit une haute importance , et soit que Toffice de préfet eût disparu , soit qu*on eût cliangé le nom de cet officier, le premier magistrat, le gouvemenr dvil et militaire de la ville fut appelé comte de Paris.
Ces hauts dignitaires , jusqu'au jour oîi fut reconnue l'hérédité des bénéfices, étaient nommés par le roi ; Marculfe nous a conservé la formule de leurs provisions. Ils étaient obligés de connaître les lois et de tenir leurs audiences régulièrement et à jours marqués. C'était à eux aussi qu'appartenait l'administration politique de leur province, le commandement des troupes, la conduite de l'arrière-ban et la connaissance de tous les délits qui s'y commettaient. Enfin le roi s'en remettait à eux du soin de la perception de ses revenus dans l'étendue de leur juridiction.
Le comte de Paris jouissait de grandes prérogatives
et d'amples revenus; il avait la propriété des revenus de plusieurs lieux de sa juridiction, et les deux tiers des droits qui se levaient dans la ville étaient pour lui(i).
L'étendue de la juridiction du comte , le comté, répon-
(i) Le troisième tiers appartenait à l'évèque par donation royale. Il parait que ce fut la première donation iaite ài'évécbé de Paris. (Delamare, t. I» 99»)
Cm-MT) LITEB Iir. CHAPITRE III. 167
dait au pagus des Gallo-Romains (i) et se subdivisait en plusieurs juridictions inférieures.
Dans quelques-unes des villes de la province se trouvait un magistrat immédiatement subordonné à celui de la capitale et portant également le nom de comte. Ainsi le comte de Paris avait sous ses ordres les comtes de Gorbeil, . de Montlhéry, d'Étampes et de Dammarliii (2). Après ces comtes subalternes venaient les centenîers, qui rendaient la justice dans ce qù*on a appelé depuià les châtellenies , et enfin les cinquanteniers ou dizainiers, juges du dernier degréy qui résidaient dans les villages.
Le comte de Paris avait un lieutenant, appelé vicomte, chargé spécialement de garder et gouverner la ville et de commander les gens de guerre. A dater du règne de Charles le Chauve tout annonce que le titre de comte de Paris était devenu héréditaire et s'était maintenu dans la maison de Robert le Fort, dont les descendants, après avoir peu à peu placé Paris et plusieurs provinces sous leur suzeraineté, ne tardèrent pas à être, pour les faibles héritiers de Chartemagne, ce qu'avaient été, pour les Mérovingiens fainéants, les fils et les petits-fils de Pépin le Vieux.
Paris, sous les Carlovingiens ni sous leurs succiesseurs, n avait jamais été réduit à l'état de ville purement féodale; il avait conservé une juridiction commerciale et civile qui fonctionnait simultanément avec la juridiction des comtes et vicomtes; c'est elle qui iixait la coutume,
(1) Bnusel , p. 702.
(a) De fit viait eelte distSiMliM ffA m traive ai toavent dm dames ovdonnaooes entre les comtes da premier ordre et oenx dn se» cood : Intercomiies majores, vel primi onlmis, et Mlsr eomîlsf mînorsr^ vd teeundi ordims, ( Delamare , t^. )
l6S HIS^01A£ JDS PARIS. (97J-0$^
c'est elle qui décidait dans les procès de commerce ; on ne terminait pas tousles différends en champ clos. « Lorsque Qovis entra dans les Gaules, nous dit le savant Paulin de Lumina, il trouva dans chaque cité un sénat qui, dans son district^ avait la même autorité et le même crédit que le sénat de Rome avait dans tout Tempire; il était spécialement cliargë de rendre la justice aux citoyens^ de faire exécuter les ordres du prince, et il était consulté par ses officiers sur les matières importantes, telles que les impositions des subsides et les objets conceruaut le service et le bien de la cité. Ces sénateurs prononçaient leurs jugements sous l'autorité et à la poursuite de ces officiers. Cet ordre , si conforme à T équité et au droit des gens, parut si admirable à Ûovis que, bien loin de gc ner la liberté des peuples accoutumés à se reposer sur des concitoyens éclairés et rompus aux. af£ûres des intérêts de leur fortune et de leur vie, en substituant à ces sénats des tribunaux arbitraires, il les confirma au contraire et voulut qu'ils jugeassent chacun de ses sujets en suivant la loi sous laquelle il était né. » Sous Charlemagne les anciennes villes muuicipes avaient conservé leur sénat ou conseil de ville.
Paris, ville municipe, garda sous Clovis et sous ses successeurs sou sénat ou conseil municipal, et Tadministra* tion des comtes n'apporta sur ce point aucun changement. Quant à l'autorilc dv Fcvcque et des possesseurs de fiefs situés tant à Paris que dans sa banlieue, elle était sans doute féodale, mais la CiV^, le corps des habitants libres de la ville, subsistait en dehors de leur puissance seigneuriale (i).
(i) M. Rittiez, i'HM-dfFiUe et la Bourgeoisie de Paris,
isn-8n) LIVJOE lii. CHAPITAE III. 169
La période dont nous venons d'esquisser le souvenir ne vit s'élever dans Paris qu'ua très-petit nombre d'édifices religieuiL; il y en eut même dont on se borna à changer le nom, presque toujours à la suite de la translation de nouvelles reliques. C'est ainsi que , lors des ravages des Normands 9 les prêtres de Saint-Germain ie Aond (Saint-Germain l'Auxerrois), voulant soustraire aux barbares le corps de saint Landri , 1 un des patrons de leur église, transportèrent dans la chapelle de Saint^icolas , existant alors dans la Cité, leurs reliques et les châsses précieuses qui les reafermaient. Ou les y laissa longtemps après la pacification du payS| et la cliapelle où avait été déposé le corps de riHustre évéque de Paris fât désormais dédiée sous le vocable de Saint-Laudri. Les plus anciens monuments qui &S8ent mention de cette église sont une charte du doi»âème siècle et des lettres épiscopales émanées, aussi bien que la charte, de i'évêque JVIaurice de Sully ^ dont nous aurons bientôt à rappeler le nom. Nous constaterons également les transformations successives de Téglise de Saint-Landri , qui fut rebâtie vers la fiu du quinzième «ède, dont la dédicace n'eut lieu qu'en 16609 et qui , après avoir été supprimée , en tant que paroisse , durant les mauvais jours de la Révolution, a été définitivement détruite en iS2g*
Les chartes et les chroniques carlovingiennes mentionnent l'église de Saint-Barthëlemy, qui s'élevait à l'angle du quai aux Fleurs, vers le lieu ou de nos jours on construit ie nouveau tribunal de commerce. Quelques annalistes veulent que dès la première race cette église ait existé à l'état de chapelle. Le plus ancien monument <{ui s'y rapporte eit'une charte datant du règne du roi Robert ; il y est dit
lyO * HISTOIRE DE PARIS. CBn-983)
qu'elle a été bâtie à une époque déjà fort reculée. Eudes, comte de Paris, ayant été élu roi, ûl construire ou réparer cette cliapelley vers Tan 8go, et y plaça des cbanoines. En . 965 Salvator, évêque d'Aleth, en Bretagne, craignant les effets de la guerre que faisait Richard, duc de Normandie, à Thibaudy comte de Chartres, se réfugia à Paris avec une grande quantité de reliques , parmi lesquelles on comptât les corps de dix-huit saints. Salvator présenta ces reliques à Hugiies Gapet, comte de Paris , qui les fit déposer solennellement dans la c^pelle de Saint-Barthélemy.
Cette église était alors la chapelle du palais des comtes de Paris et ne devint chapelle royale qu'à Tavénement de Hugoes Capet ; elle conserva ce titre après la construction de la Sainte-Chapelle du palais par saint Louis , et l'on voit encore que, du temps de Malingre, « à cause, dit l'historien , que cette église avoit été autrefois la chapelle du roy, le royenétoitle premier paroissien. » Salvator, en se retirant dans son diocèse | laissa à Hugues Capet, pour fm. de l'hospitalité qu'il en avait reçue, le corps entier de saint Magloire. Hugues Capet, étant encore comte de Paris, agrandit à cette occasion la chapelle de Saint- Barthélémy et la dbangea en ahèaye, en remplaçant les chanoines par des moines de l'ordre de Saint-Benoît. Avec l'assentiment d'£iiziarn ou Ëliziard, évoque de Paris, et en agissant sous l'autorité de ïjothaire et de Louis , son fils , derniers rois carlovin^ens , Hugues fit dédier l'église sous le titre de Saiat'Barlhélemjr et Saint-Magloire; mais le nom de ce dernier saint ayant bientôt prévalu parmi le peuple, elle ne fiit plus appelée que l'élise de Saint-Magloire.
L'usage ou était le clergé de la cathédrale de venir faire une station danscette église^ le jour de la Saint-Bar-
pmwi) LIYBE III. CHAPITRE III. I7I
théiemy, remonte presque à l'ëpoque de sa fondation. Les chanoines de Notre-Dame avaient le droit de chanter
tierce dans le cloître, de faire ensuite la procession des châsses par les grottes et les voûtes ; après la procession les reli^eux de Saînt-Magloire entonnaient la messe et la continuaient; mais ils s'arrêtaient à F alléluia^ dont le chant appartenait au chapitre de la cathédrale^ qui, après avoir chanté sexte dans le cloître, s'en retournait à Notre-Dame.
£n anticipant sur les destinées de cet édifice , nous dirons que Téglise Saint-Barthëlemy fut reconstruite au seizième siècle et réparée sous le règne de Louis XV 5 que, des travaux ayant été de nouveau entrepris vers l'an 1 778^ ce qui restait de l'ancienne église s'écroula en 1 787 . La Révolution interrompit les ouvriers qui étaient employés à la rebâtir \ l'église à demi construite fut démolie; on éta* Mit sur son emplacement une salle de spectacle appelée théâtre de la Cité, et successivement un bal public très-populaire dans ce quartier mal habité, qui reçut le nom de Prado, et autour duquel circulaient d'obscures galeries fréquentées par la débauche.
On remarquait dans la Qté , vers la fin de la seconde race , une chapelle construite en l'an 926 par Théodore, vicomte de Paris, et qui n'était séparée que par un diemin de l'église de Saint-Éloi. C'était Saint-Pierre des Arcis {arcisterium , asceterium , monastère), d'abord simple oratoire et qui plus tard fut érigée en paroisse (i). Elle
(1) Celle petite église était déjà une paroisse en 1129 ; il en est question à l'occasion de la maladie des Ardents, qui se maDifestait alors à Paris ( voir Jaillot, Sauvai, etc. )
Quant à son surnom des Arcis y on n'en connaît ni Forigine ni la siguificatioD, L'église éuit appelée eu latin ecclesia S, Pétri de ArcessUs,
i'j2 HISTOIRE DE PAEis. ifrrmi)
était située aux abords du Grand-Pont , remplacé à uae époque plus récente par le Pont*au-Change.
Sur la rive droite de la Seine , et lorsque les Normands
eurent cessé de ravager les campagnes voisines de Paris et les pauvres faubourgs de cette ville, la |Hété de nos pères éleva successivement les églises ou chapelles de Saint-Leufroy , de Saint-Magloire , de Sainte-Opportune et de Saint-Merry ; sur la rive gauche, et durant la même période, on construisit les églises de Notre-Dame des Gliamps et de Saint-£tienne des Grès.
Saint-Magloire, qui n*était d*abord qu'un oratoire dédié à saint George, avait été bâtie au milieu du cimetière que la communauté de Saint-Bartbélemj de la Cité avait sur la rive droite de la Seine et sur la chaussée qui conduisait de Paris à Saint-Denis (^i). Elle occupait l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue Saint-Magloire.
Ta chapelle existait dès le onzième siècle. Peu après Tan 965, Salvator, évêque d'Aleth, qui s'était réfugié à Paris portant les reliques de saint Magloire, fiit inhumé dans le cimetière avec Junan , premier abbé de SaiuL-^Iagloire.
fie j4ssisiiSf Jrsiciis ^ de Àrsis Une bulle d Innocent II, de 11 36, la nomme ecclesia S. Pétri de Arsionibus. L'abbé Lebœuf et Jaillot pensent qu'elle reçut une dénomiiMition particulière pour la distinguer des autres éi^iees de Saio^ierra, et que Arcis peut venir du mot latin arcûterUim, asceterium, monastère, mot qui dési^^t égalemeot le prieuré de Saint- Éloi et ses dépendances. Dulaure propose en oes termes une autre oonjectnre : « Outre ITégUse de Saint-Pierre des Ards, située dans Pfle de ■ la Cité, on trouve une rue de SainUPierre des Ards» située pris de « cette église; une rue des Ards» située hors de b Cité» dans ladirectioD < delà rue Sdnt-Martin, Ce nom dériveraît*il d'^uvAif/a» nrckisieSt qu « signifie areker ou &bricant d'arcs» ou éPartiiium , qui vent dire nue « arcade ou un édifice dont lé plan a la forme d'un arc? • (i) Lebœuf» Bisi, du Diocèse de Paris, 1. 1", p. 281.
mm LITRE m. CHAPITRE III. 1^3
Quant à Saint-Leufroy , bien qu'il ne soit fait pour la première fob mention de cette chapelle qu'au douzième siède^ elle esutait dès la seconde race , puisque les reli* ^eux de la Croix-Saint-Leufroy , du diocèse d'Évreux, s'y réfugièrent pour se soustraire aux fureurs des Normands. Cette chapelle était située vers le milieu de la place du Châtelet , dansrancicnne l'ue Saint-Leufroy , qui pa&sait sous cet édifice et aboutissait au Pont-au-Ghange. Un peu plus tard elle se trouvait sous le patronage du chapitre de Saint-Germain TAuxerroîs ; mais la paroisse de Saint -Jacques la Boucherie , sur le terrain de laquelle l'église de Saint*Leufroy se trouvait construite , s'attribuait sur elle diverses prérogatives. D'anciens documents établissent que vers Tan 1191 Saint-Leufroy avait déjà ie titre de paroisse.
L'église Sainte-Opportune , dont l'origine n'est guère mieux connue , a laissé son nom au quartier où elle se trouvait située, et qui est compris entre la rue Saint- Denis et la rue de la Monnaie. Les reliques de sainte Opportune y ayant été transportées en 877, Louis le Bègue et Louis ie Gros se plurent à l'enrichir de leurs donations, au nombre desquelles on vit figurer les |)etits marais de Champeaux, qui s'étt iidaii nt au delà du cimetière des Innocents jusqu'à la rue de la Ghanvrerie (culture du chanvre). Elle était desservie par des chanoines que nommait le chapitre de Saint-Gennain TAuxerrois.
Nous avons déjà mentionné Saint-Meri'y, nom que prit la petite chapelle de Saint-Pierre lorsqu*en 984) par la permission de l'évêque Gozlin , les restes du pieux solitaire Médéric y furent transportés en grande pompe. Exposée aux déprédations des pirates Scandinaves et à demi
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niinée , elle fut considérablement agrandie lorsque , sous les successeurs de Charles le Simple ^ de meilleurs jours se levèrent pour Paris,
Sur la rive gauche, au milieu des décombres, à peine déblayé, qu^avait amoncelés Tinvasion des barbares, on rencontrait Téglise de Saint-Étienne des Grès^ que les clercs et les fidèles, à force de sacrifices, avaient pu racheter de Tincendie. Ce fait est atteste par un passage des Ânndes de Saint«Bertin. Aux termes d'un acte de donation faite aux. religieux de Marmoutiers par l'évêque de Paris, cette église était située r non loin de la ville, et près de Sainte-Geneviève. » 11 ne faut pas la confondre avec la cathédrale de Paris^ qui, dans l'origine, avait été dédiée sous le vocable de Saint-Étienne, et <pii, depuis ses agrandissements successifs, portait déjà le nom de Notre-Dame. Cette église dépendait de la catliëdrale. Saint-Étienne des Grès était Tune des quatre filles de Notre-Dame, et son desservant, à cause de ce titre, avait le droit de prendre rang parmi les prêtres cardinal» qui assistaient Févéque dans les grandes solennités. Son surnom des Grès ne paraît pas lui avoir appartenu avant le treizième siècle; on a beaucoup disserté siur Forigine, l'orthographe et la valeur de ce mot, mais tout indique qu'il se rattachait aux marches, aux degrés (de gressis) qu'il âdlait monter pour entrer dans cette église par k portail de la rue Saint-Jacques. Beaucoup au midi de cette égiiscy la chapelle de Notre-Dame des CJuunps s'élevait dans un champ de sépulture occupant alors des emplacements où de nos jours existent le quartier Saint-Jacques et la rue d'J&nfer. Vers la fin de la seconde race cette église fut usurpée par des seigneurs laîqijies; car on voit
mm LIVRE m. CHAPITBB III. 175
qu'en 1084 Adam Payen et Gui Lombard, qui la te" nai&ii de leurs anoéires, la dooDèrènt au monaslère de Marmoutiers, près de Tours, propriétaire de quelques terres dans le voisioage deSaiat-Étienne des Grès. L'abbé envoya un certain nombre de ses religieux pour demeurer à Notre-Dame des Champs, ^i devenait un prieuré dépendant de son abbaye.
La plupart des chroniques de la seconde race sont cob> sacrées au récit des calamités qui accablèrent Paris et la France sous les débiles successeurs de Cliariemague. On n'y rencontre que de loin en loin des indices se rattachant aux mœurs, aux coutumes, à la civilisation du peuple, et les historiens ont soigneusement recueilli ces finagments épars.
Voici comment le moine de Saint-Gall décrit les vêtements des Francs contemporains de Cliarlemagne : c L^u* chaussure est dorée en dehors et soutenue par de longues courrmes. L'étoffe qui couvre leurs jambes et leurs cuisses est entourée de bandelettes qui se croisent, et qui, de la même couleur que l'étoffe qu'elles entourent, sont d*un travail plus recherché. Le corps des Francs est revêtu d'une veste longue. A leur ceinturon ou baudrier est attachée une épée placée dans son fourreau, fixée par des courroies et par une étoffe blanche et luisante. Un manteau double, de couleur blanche ou bleue, et de forme carrée, leur sert de surtout; ce manteau descend, devant et derrière , depuis les épaules jusqu'aux pieds; sur les cotés il couvre à peine les genoux. Ils portent à la main droite un gros bâton , dont les nœuds sont à égale distance , et dont \& pomme d'or ou d'argent est ornée de ciselures. » Évidemment ce riche costume
I ^6 HlSTOniS DE PARIS* |n?4e7)
ëtait cekii des aeigneurs et des grands , et oa se garda bien, malgré le malheur des temps, d'en diminuer le luxe. T^e
moine Abhon , s'adi essant aux nobles parisiens, leurs dit : « Une agrafe d'or fixe la partie supérieure de votre habillement; pour TOUS préserver du froid vous couvrez votre corps de la pourpre de Tyr; vous ne voulez d'autre manteau qu'une cldamyde chargée d'or ; la ceinture qui presse vos reins doit être ornée de pierres précieuses. »
Tout fait présumer que le peuple, étranger à ce faste inutile, avait conservé , sous la seconde race comme sous la première, le costume des Gallo-Romains ; le principal vêtement des gens pauvres et des ouvriers était une tunique de laine, assez semblable aux blouses de nos voituriers. L«s femmes avaient une plus longue tunique^ serrée à la taille par une ceinture , soutenant une pièce d'étoffe en forme de tablier. Les hommes riches avaient les jambes nues et les pieds garanUs par des sandales ; une tunique étroite et de courtes jaquettes ou braies , recouvertes d'un manteau assez large , auquel était attaché un capuchon (cuciUlus). Les femmes des grands et des nobles poi^ taientdes robes longues, ^ites avec les plus précieux tissus; elles entouraient leurs cheveux de bandelettes , et les cachaient, ainsi que leurs oreilles et leur cou , au moyen d'un voile qui leur servait également de manteau.
On connaît une figure de Charles le Simple (929) qui nous représente ce prince vêtu d'une longue tunique, sur laquelle s'étend vaae dalmatique , sorte de manteau rae> courci, emprunte aux Orientaux de ce temps, et entièrement doublé d'hermine, fourrure qui devait être alors d'un prix considérable. Mais ce qui doit principalemeat fixer l'attention sur ce monument d'une époque si reculée,
(«7"Î-W7) LtTRE III. CHAPITRE IH. i'jy
c'est la forme toute nouvelle des cliaussures de ce monarque, consistant en souliers fort découverts et dont le bout commence à former une légère pointe. Nous voyons donc que les arts et l'industrie ne furent pas absolument délaissé, même au moment des ravages des fformands.
L'ignorance était e\trc ine; les écoles fondées parCliarlemagne n'étaient plus fréquentées que par ceux qui aspiraient au sacerdoce y et encore le clergé lui-même, à Texception d'un petit nombre de religieux instruits et érudits, se composait-il d*hommes dépourvus des coimaîssances les plus vulgaires, et dont beaucoup savaient à peine lire et écrire et se trouvaient hors d'état d'initier les fidèles aux notions du cbristianisme. T^es superstitions les plus fâcheuses étaient en honneur, et c*est à peine si dans les rangs du peuple on osait condamner l'astrologie, les divinations, la pratique de la magie et des sortilèges. Vers le déclin de la dynastie carlovingienne, comme une fausse iutei'prétation des textes saints avait fait croire que le monde allait être détruit en Tan looo, nui ne se soudait du travail et de la fatigue, nul ne comptait sur l'avenir, et on laissait dépérir non-seulement les choses matérielles, les édifice^ publics et religieux, mais encore la raison, le goàt, tout ce qui est du ressort de l'étude et de l'intelligence.
HIST. DR PARIS. — T. I. l'I
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