‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 54 sur 91 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Philippe-Auguste avait le sentiiaent du grand et du beau, et la ville de Paris, bien que célébrée par les c^rp« niques et chantée par les poëtes, lui semblait indigne du rôle que lui assignait l'admiration des peuples tant qu elle serait dépourvue d'édilité, de règlements de police et de monuments publics. Sous son règne cette capitale fit plus de progrès vers la propreté et l'élégance qu'elle n'en avait fi^t depuis quatre siècles. A ravénement des Capétiens la ville était renfermée dans les étroites limites de l'île qu'on appelle encore du nom de Cité, et c'est à peine ^i, sur les deux bords opposés de la Seine^ elle comptait des faubourgs, des villages agglomérés et un certain nombre d'abbayes ou d'églises toujours exposées aux ravages et aux incendies des barbares. Louis le Gros fut le premier qui protégea ces faubourgs par une muraille fortifiée. Sur la rive droite cette enceinte coipmençait dans le voisinage de Saint-Germaip TAuxerrois, comme l'atteste encore le nom d'une rue (i) ; elle formait ensuite une sorte de demicercle dont la circonférence embrassait lesrues deBétlûsi et desDeux*Bpules, la rue et la place du cbevaliei'dtt Guet, et traversait, au nord de la Seine, le sol oîi s'éleva plus tard la partie méridionale de la rue Saint-Denis^ à peu de dis-

(i).Rue des Fossés Saint'Germaiu lAuxerrois,

CIMMai) LIVB£ V* GHAPIXSUE III. 343

tance d'une forteresse qui occupait alors l'espace qu'on appelle de nos joiirala phoe du Ghàtelet. Là ëUiit une porte solidement dâendue.. Au delà de oette, porte, renceinte $e prolQngeaki enserrant Saint-Jacques de la Boucherie, et aboutisnuit à Ja rue des Arcia, où une autre porte

voisine du lieu oji fut construite plus- tard Pëglise de Saint- Merii* La muraille se terminait au bord de la Seine, là où erâte encore de nos jours la place de Grève. Sous Louis le Jeune on continua cette enceinte autour des faubourgs de la rive gauche ; de ce coté la muraille avait son point de départ au lieu qu*on appelle aujourd'hui la Vallée (i); elle suivait uneUgne que nous indique la rue Saint- André des Arcs, tvaYereaît la roe de la Barre (a), la rue Pierre»8arrazin^ la rue de la Harpe, et aboutissait* sur le bord de la Seine à l'emplacement qui avoisine ie pont Saint-Miohel. . '

Moim d^uB demî^ècle après Padièvement de ces travaux, Paris étouffait en quelque sorte dans ses limites élraîtesvet Philipp&Auguste ordonna aux bourgeoia de travailler à la construction d'une troisième enceinte formée d'une., muraille épaisse, garnie dé portes et de tourelles. Ce mur pantait de;fai rive droite de . la- Seine, à quelques mètres au-dessous du pont des Arts, et à ce point de départ s'élevait une grosse tour ronde destinée à la garde du •fleuve. La muraille traversait ensuite Tensiplacement actuel de la cour du Louvre ; elle suivait la direction de la rue de rOcatoineujusqu a la rue de la Gharronnerie (3). ..Là.cm avait, pratiqué une enb^. fortifiée qu'on appelait la

(i) Quai desGraiid£«Aiigiistiiis, marché à la volaille.

(a) Aujourd'hui me HantefeuiUe.

(S) AujottfvPhiii me SaittlpHonoié* .•.

344 HISTOIRE D£ PARIS. (IIIMSIS)

porte Saint-Honorë et qui se trouvait située sur l'emplacemeot où, dans les temps modernes, on a élevé le portail du temple de TOratoire. Le mur d*encânte s'étoidait en* suite entre les rues de Grenelle et d'Orléans, jusqu'au carrefour oh aboutissent aujourd'hui les rues Jean-Jacques Rousseau et Gocpiillière, et à cet endroit s'ouvrait la porte de Bahaigne ou de Bohême. L'enceinte se prolongeait ensuite jusqu'à la rue du Jour ; elle laissait plus loin à la voie publique un passage ouvert, nommé porte Montmartre et plus tard porte Saint-Eustache ; puis elle se continuait derrière le côté septentrional de la rue Mauconseil, coupait à angle droit la rue Saint-Denis, et allait déboucher dans la rue Saint-Martin à la hauteur de la rue du Grenier Saint- Lazare. Là encore s'ouvrait une porte fortifiée ou plutôt une poterne. La muraille se prolongeait ensuite entre les rues Michel-le-Gomte et Geoffroi-l' Ange vin, jusqu'à la rue de Braque (i); elle suivait la direction de la me de Paradis, enserrait l'église et lecouvent des Blancs-Manteaux, coupait la Vieille-Rue du Temple, entrelesrues des Francs- Borgeois et des Rosiers, au lieu oîi s'ouvrait la porte Barbette, ainsi nommée de Thôtel Barbette situé dans le voisinage. De cette porte, et sans interruption, le mur, décrivant une courbe sensible^ traversait les emplacements qui se trouvent entre la rue du Temple et la rue Gulture- Sainte-Catherine, puis s'ouvrait, pour le passage des habitants, au lieu qui plus tard reçut le nom de porte Bau- . doyer, et venait rejoindre la Seine vers remplacement qui sépare le quai des Ormes du quai des Gëlestins, entre la rue de i'£toile et la rue Saint-Paul. Sur la rive gauche de

(i) D^uis lors la rue du Chaume.

aamm) liybb v. chapitre m. 345

la Seine, la muraille d'enceiute, commencée dix-huit ans plus tard, vers 1208, commençait vers le lieu oîi s'élève aujourd'hui le pavillon oriental du palais de l'Institut et s'appuyait sur une forte et solide tour, appelée d'abord toumelle de Philippe-Amelin, et phistard^ par corruption, tour de Nesle. De cette extrémité l'enceinte se prolongeait, traversant remplacement de la rue Dauphine, et aboutissait à larueSaint-André des Arcs, 011 se trouvait une porte qui reçut plus tard le nom de Bucy. De cette porte le mur d'enceinte se développait , laissant en de<* hors le passage que nous appelons cour du Commerce, rencontrait la rue des Cordeliers (j), s'ouvrait à la porte des Gordelle, sappelée plus tard porte Saint-Germain, traversait les rues deTouraine et de l'Observance, se prolongeait en droite ligne entre la rue des Fossés Monsieur-le- Prînce et l'enclos du couvent des Cordeliers, atteignait la place Saint-Michel, longeait l'endos du couvent des Jacobins, traversait les emplacements qui plus tard lurent appelés rues des Fossés Saint-Jacques et de l'£strapade, suivait ensuite la direction de la ^rue des Fossés Saint- Victor, et s'étendait ensuite jusqu'aubord de la Seine dans une direction parallèle à la rue des Fossés Saint-Bernard. Une tour fortifiée, appelée Tourne! le, élevée en face de la tour Barbelle''Sur-V EaUy située sur la rive opposée, complétait cette enceinte et ce système de fortifications. Le mur méri- ' dional était percé de six portes ; le mur septentrional n'en comptait guère plus de sept. L'espace compris entre ces deux enceintes était loin d'être bâti ; il se composait en grande partie de champs en culture, de prés et d enclos,

(1) Rue de rÉcole-de-Médecine.

346 HISXOI&JE DE PARIS. (UlM-m»}

maïs déjà il .réservait à Paris, pour l^avenir, les proportions d'ujiç capitale digue de çommaader à la F rance,

De no6 jours, et va^gré les meryeilles aQoom{»li0»8Ous trois règnes glorieux , la moitié de Paris ne se compose

encore q^e de rues étroites , où Tair et le soleil peuvent à peine consoler les habitats,; à Tavénemeiit de Phili|^pe- Auguste , et en dépit des efforts de Suger, son demander, cette ville n'offrait qu'un amas de quartiers infects, niai Mtisy coupés d'obscures et fiuigeuses ruelles* Or un jouTi au témoignage de l'historien Rigord , le roi « s'approdm des fenêtres où il se plaçait quelquefois pour se distraire par la vue du cours de la Seine ; des voitures « traînées par des chevaux, traversaient alors la Cité , et , remuant la boue, en faisaient exhaler une odeur insupportable. Le roi ne put y tenir, et la même puanteur le poursuivit jusque dans Tintérieur de son palais. Dès lors il conçut un projet très-difficile , mais très-nécessaire, projet qu'aucun de ses prédécess^s , à cause de la grande dépense et des graves obstacles que présentait son exécution, n'avait osé entreprendre. Il convoqua les bourgeois et le prévôt de la ville , et , par soi^autoritë roj^ale , leur ordonna de paver, avec de fortes et dures pierres , toutes les rues de la Cité. » Guillaume le Breton ajoute que ce pavé était composé de pierres carrées. 11 ne faut pas croire, coauue le donnent à entendre les chroniques , que Philippe-Aipguste étendit ce bienfait à toutes les rues de sa capitale; il l'eût voulu, peut-4tre , mais il n'eu eut pas le pouvoir. On se borna donc à paver les rues tpii formaient ce t[ue Ton appela la croisée de Paris, c'est-à-dire les principales voies qui, allant du nord au midi et de l'est à l'ouest, se croisaient au centrede la ville. Vers le m^me ]teinps (i iÇG.) Philippe»

(llBO-12») LIVRB V. GHAPITRE IJI. O^^

Auguste fit olore de murailles le dmetière des Innooeiits ,

où l'on enterrait alors les personnes de distinction et les gêna richesu m Gil eimekièrey disent les dironiques de France , soloît estre une granz et krge commune à toutes gens ( un espace ouvert au public ) , et on y vendit communément toutes sortes de marchandises; et cependant ceste place y eistott où les borgeois de Paris enterroient leurs morts.. Mais parce que les morts ne pouvoient estre honestement pour Tabondanoe dHceux qui là descendoient et par les ordures de fanges et de boues , lors commanda li roi que cil cimetière iiist en£srmé de murs de bonnes pierres ) forts et hauts , et que portes y fussent mises qui closissent la nuit. » On voit si l'édilité de Paris avait encore une longue tâche à -remplir. Quoi qu'il en soit, Philippe-Auguste dota également Paris de deux halles et d'une poissonnerie oii Ton vendait le poisson d'eau douce , innovations que le peuple de Paris accueillitavec une juste reconnaissance.

Il existait alors, dans la banlieue de Paris, un grand nombre de villas s^neuriales ou de terres appartenant à de puissantes familles, et qui, étant entourées de murailles, portaient, comme on l'a déjà vu, le nom de clos, J^ous ënumércMis. d-après les plus connus.

Dans la région méridionale de Paris, les clos de Sainte- Genepièuef de SaùU^Gennain des Prés, de Saint- Victor, contenaient les églises, bâtiments, cours et jardins de chacune de ces abbayes, et occupaient une portion considérable du sol méridional de Paris. Il &ut y joindre les clos Saint'Médard et SaiiU^Marcd , et plusieurs autres dont voici la nomenclature :

Chs des FigneS'Ou Couriilk. Il appartenait à TaMbayef

348 HISTOIRE DE PARIS. (ilM-122S)

de Saint-Grermain des Prës ; il s*ëtendait depuis la rue des

Saints-Pères jusqu'aux rues Saint-Benoît et de l'Égout.

Œos SaifU'Sulpice. U s'étendait sur une partie de remplacement du jardin du Luxembourg.

('los lignerai. U occupait une partie du jardia du Luxembourg et de l'enclos des Chartreux.

Clos Saint-Etienne des Grès. Il était contigu à l'église de ce nom et au clos de Sainte-Geneviève. Près de ce clos ëtait le Pressoir du Roi,

Chs de Mauçoisin et de Garlande, Ils étaient séparés par la rue Garlande , qui en a pris son nom , avoisinaient la place IVIaubert , et ont appartenu longtemps au même propriétaire.

Clos l Ei'êqiie, Il était situé près du clos Garlande.

Clos du Cliardonnet y sur lequel fut construite l'église de Saint«Nicolas du Ghardonnet. A Test de ce clos était la Terre d* j4lez.

Clos Bruneaii. Deux clos portaient ce nom à Paris; le plus considérable et le plus ancien contenait l'espace compris entre les rues des Noyers, des Carmes, de Saint-Hilaire et de Saint-Jean de fieauvais ; l'autre était situé dans le voisinage de l'Odéon , entre les rues de Tounion et de rOdéon. La rue de Condë a été ouverte sur ce dernier clos.

Clos Saint'Sjrmphorien, U était planté en vignes et compris entre les rues des Gholets , de Reims , des Sept- Voies et de Saint-Étienne des Grès.

dos Tjron. Il appartenait à l'abbé du monastère de ce nom et était comprisentre les rues des Fossés Saint-Victor et des Boulangers.

* CIqs Saint' yicton Outre les enclos ^ bâtiments, jar-

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