‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 62 sur 91 · HISTOIRE DE PARIS. (ISM · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (ISM

douleur et psalmodiaient des chants sacrés, « avec soupirs, sanglots et frissonnements. » A la fin le pieux roi , surmontant sa propre émotion, ({uitta Paris, escorté des bé« nëdictions du peuple. Arrivé à Corbeil, il confia à sa mère Blanche de Castille la régence du royaume y et continua sa route jusqu'à Aigues-Mortes , désigné comme port d'embanjuementdes croisés français.

Il n*entre pas dans le cadre qui nous est assigné de raconter les événements de la guerre sainte conduite par Louis IX. Personne n'ignore que cette croisade, commencée par d'éclatants triomphes , se termina par la captivité du roi et par de grands désastres. Après avoir payé sa rançon et celle de son armée, Louis IX passa en Syrie et y guerroya contre les infidèles juscju'au moment ou lui parvint la nouvelle de la mort desa mère, la régente Blanche de Castille ( i a 54).

Tja régence de la reine Blanche avait été troublée par la révolte des pastoureaux. La nouvelle de la captivité de Louis IX ayant profondément aflligé le peuple français, un moine nommé Job, natif de Hongrie, s'imagina de prêcher que les niallieurs du roi et des chrétiens d'Orient étaient dus au iuxe des grands et à la richesse des ecclésiastiques. Il annonça que, pour délivrer Louis et la Terre- Sainte, il fallait des hommes plus purs, c'est-à-dire de pauvres gens du peuple. Cette tentative eut de l'écho; la nouvelle croisade réunit, d'abord au nombre de trente mille hommes, puis de cent mille, des paysans et des ouvriers fanatisés par les paroles de Job et plus encore par la misère. Ces croisés d'une étrange espèce parcouraient la France , et semaient en tous lieux Teffroi par leurs déprédations et leurs désordres.

(1226-1270) LIVUE VI. CHAPITRE 1. 385

Le manuscrit de Tilleinont Renferme quelques détails

sur cette formidable révolte des pastoureaux, qu'on aurait pu comparer à la guerre des esclaves, a Leur chef, qu'ils appeloient le maître de Hongrie, prélendoit que c étoit la sainte Vierge qui lui avoit fait ce commandement, et il aToit toujours la main fermée, comme s'il eût tenu l'acte de l'ordre qu'elle lui avoit donné. Ils rapportoient sur cela des visions de la Vierge et des anges qu ils firent représenter sur une ou plusieurs de leurs bannières, qu'ils portoient partout pour tromper les ignorants. Leur chef avoitmis sur son éteudard un agneau qui portoit une croix \ ce que les autres firent ensuite sur les leurs, qui étoient au nombre de cinq cents.

« Dès que ces imposteurs appeloient un paysan, celui-ci quittoit aussitôt ses moutons, ses vaches ou ses chevaux, et, sans demander permission ni à ses maîtres ni à ses parents, il les suivoit à pied, sans se mettre en peine de rien, avec une ardeur ou plutôt une rage aussi étonnante qu'extraordinaire ; et c'est ce qui faisoit croire qu'ils se servoient de sortilège. On cent oit que leur chef, arrivant en France , avoit jeté en Tair une certaine poudre comme pour sacrifier au démon. Ainsi partout où ils passoient, dans les villages et dans les campagnes, les paysans qui écoutoient les exhortations les suivoient comme le fer suit l'aimant . Les enfants les suivoient aussi , et même de jeunes filles. 11 leur faisoit porter la croix. Ainsi leur nombre s'augmenta beaucoup en peu de temps.

« Us marchoient en corps d'armée sous des capitaines de cent hommes et de mille hommes, et ils avoient des

drapeaux dans chaque corps. Us donnoieut à quelques-

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