LITRE VI. CHAPITRE III
large sur dix-huit de long, avec deux cloches seulement du poids de deux cents livres chac une, distante de Tabba^e de Saint-Magloire au moins de six toises. » En iSig cette chapelle fut reconstraîte, et les reUgieux de Saint-Magloire perifiirent qu'on y mit deux cloches qui pussent être entendues dans les rues Aubry-le-fioucher et du BourgrAbbë, 011 étaient les maisons qui dépendaient de cette succursale. £n i4Bi les marguilliers de la même ciiapelle représentèrent aux religieux que ces deux rues avaient des maisons beaucoup plus élevées qu*en i3i9, et on leur permit de fondre des cloches plus considérables. Peu à peu la chapelle s'agrandit; Jacques, évêque de Calcédoine, y consacra six autels le lo juin 1 533 ; enfin on jeta les fon* déments du chœur en i6i i . Elle avait été, peu après son érection , réunie à la cure de Saint-Bartliélemy , parce qu'il ne i'y trouvait pas assez d*habitants pour avoir un pasteur à Saint- T^( ii-Saint-(Ti lies ; mais enfin le nomhre des paroissiens devint si considérable qu'ontutobiigé^ en 1617, d'ériger la chapelle en église.
Ce monument, assez ignoré d'ailleurs, fut successivement réparé en 1727 et en 1780. A cette époque l'architecte de Wailly, chargé des travaux, rehaussa le sol du chœur et parvint à y pratiquer une chapelle souterraine oîi l'on descend par deux escaliers demi-circulaires dont l'entrée est placée sur les bas côtés. Le sanctuaire se trouve ainsi plus haut que la nef, et cette dispositibn est très-fkvorable à la pompe des cérémonies religieuses. D'autres réparations assez importantes furent exécutées, en iSai-^ à Saint-Leu, et, plus récemment encore, le boulevard de Sébastopol ayant rencontre le chevet de cette église, on s'est vu dans la nécessité ^ démolir et de reconstruire la
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façade orientale et de diminuer sensiblement l'étendue de cet ëdifice. Dans les conditions actuelles, et grâces aux dépenses qu'a autorisées le conseil iimnici^ml , l'église de Saint-Leu-Saint-Gilles suffit aux besoins religieux.du quartier et mërite à ce double titre d'être visitée par l'artiste et le chrétien.
Bien que situé au cœur de Paris, dans un quartier livré aux besoins du luxe et de l'industrie^ et Cfu'une immense
population fréquente, ce monument est peu connu. I>a nef, de petite proportion , mais assez élégante, est longue de six travées et couverte d'une voûte ogivale à nervures croisées. Des faisceaux de trois minces colonnes coiffés de chapiteaux d'un joli feuillage reçoivent les retombées. Les fenêtres ont été agrandies et privées de leurs meneaux. Les bas-côtés sont venus s'ajouter à la nef, dans le cours du seizième siècle. Une seule chapelle, du .titre de la Vierge, existe sur le flanc de la nef au nord; elle est moderne. Dans les collatéraux on voit à la* voûte quelques clefs pendantes, des écussons qui ont été grattés, un saint Gilles avec sa bicbe, un saint Loup en costume pontifical, un ^ cartouche blasonné des instruments de la Passion.
Le chœur et 1 abside, rattachés par le dix-septième siècle à Tancienne nef, sont beaucoup plus élevés de voûte. On y compte neuf travées danstoutle développement de leur pourtour. Le plein cintre y domine dans les arcs et dans les baies; l'ogive y persiste cependant aux cinq travées du rond-point, mais seulement dans les arcs du premier ordre. L'arcbitecture de cette partie de l'édifice n'est |)as sans qucl(|ue valeur, et le contraste des deux styles si différents de la nef et du choeur lui donne un aspect original. Il s'y trouve aussi quelques gracieux détails de scuplture, des clefsornées,
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des rinceaux, des têtes d'anges, des niches avec leurs dais
et leurs culs-de-lampe. La lumière arrivait par trois rangs de fenêtres à meneaux, dont le premier a été supprimé, comme nous le disions quelques lignes plus haut.
Les chapelles sont au nombre de sept. Dans la première, au sud, un tableau daté de 1772 représente le crime, la condamnation et le supplice d'un soldat qui fut brûlé en 1 4 1 5 pour avoir frappé de son couteau une image de la Vierge placée au coin de la rue aux Ours, près 1 église Saint-Leu. L'image aurait, suivant la tradition, versé du sang en abondance. Pour conserver la mémoire de ce fait extraordinaire on célébrait encore un fête annuelle dans les derniers temps qui ont précédé la Révolution. Un mannequin ' représentant le soldat sacrilège était promené dans la ville pendant trois jours, et enfin livré aux flammes dans la rue aux Ours, au milieu d'une illumination et d'un feu d'artifices. On peut voir aussi à Saint-Leu quelques portions de bas-reiiefs en marbre datant du quinzième siècle et représentant des scènes de la Passion (i).
L'ordre des Ermites de Saint-Au<^ustln ayant témoigné le désir d'avoir un établissement à Paris , saint Louis favorisa ce projet de tous ses efforts et acheta pour ces religieux, en I 256, une maison et un jardin situes au delà delà porte Montmaitre. Le terrain qui leur fut donné comprenait alors à peu près l'espace renfermé aujourd'hui entre les rues Montmartre, des Vieu\-Au<^ustins , de la Jussiemie et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir unecliapelle, qui fut dédiée sous le titre de Saint' Augustin.
L'ordre des Auguslins prenant chaque jour plus d'ac-
(i)M. P. de Giiilheriiiy OeteHfaion arebéotogique des MamtmoÊig de Paris,
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croissement , le chapitre gênerai , qui se ûnt à Fàdoiîe en 1281 , désigna les maisons de Padoue^ de Boulogne et de Paris^ pour servir de collèges. Les Augustins de Paris du* rent dès lors, pour remplir leur nouvelle destination , rentrer dans la ville. Ils achetèrent en 128^, du chapitre de Notre-Dame et de Tabbaye de Saint-Victor, une nun" son en forme d* école ^ six arpents de terre au lieu dît le clos du Cluirdonnet , où Ton fit construire plus tard le collège du cardinal Lemoine \ ils firent d'autres acquisitions ensuite pour agrandir leur habitation. Quant à leur ancien couvent près de la porte Montmartre, il fut vendu, puis détruit; il n'eu reste d'autre souvenir que le nom de Vieuas^ Augustins^ par lequel on désigne encore la rue où il était situé. Nous parlerons plus tard des nouveaux développements de cet ordre et des divers couvents qu'il établit à Paris, grâce à la piété des fidèles et à la munificence des rois.
Avant d'être mis eu possession de la maison que leur donna saint Louis^ les Augustins s'étaient servis d'une chapelle située à peu de distance de la porte Montmartre et dédiée sous le vocable de Sainte-Marie-Égyptienne. Tjorsque ces religieux allèrent s'établir sur la rive gauche du fleuve ^ la chapelle de Sainte-Marie devînt une église succursale de Saint-Eustachc. I^es marchands drapiers s'y réunissaient en confrérie. C'était du reste un édifice d'une architecture modeste, et qui n'avait de remarquable que des vitraux sur lesquels les artistes, dans leur naïve hardiesse, avaient représenté différents traits de la vie de la sainte. Le peuple de Paris , qui a pour liabitude d'altérer la prononciation des mots, avait translornié celui d'Egyptienne en JussiennCy et ce dernier nom désigna vulgairement d'abord la cha-
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pelle et bientôt après la rue à l'extrémité de laquelle on Pavait construite. La chi^Ue a disparu avec le temps, mais la rue de ]a Jussienne existe encore sous cette même dénoiiiinatîon.
En mS/^ïé^liae SaûU'Eustache avait été érigée en pa* rotsse. C'était^ vers la fin du dou2iëme siècle, une simple chapelle construite sous rinvocalioii de Sainte- Agnès. Une tradition populaire, d'une authenticité fort contestable, attribue la fondation de Sainte-Agnès à un maltotier nommé Jean Alais. « L'on tient, dit Dubreuil, qu'un certain bourgeois de Paris, nommé Jean Alais, Tavoit fondée, en satisfaction d'avoir esté premier autheur et fermier de Fimpost d'un denier pour chacun panier de poisson qui se vendoit aux halles, pour estre remboursé de certaine somme qu'il avoit fournie promptement au roy ; auquel requérant puis après qu'il lui pleust abolir ladite imposition, tant s'en faut, il y en eut un autre qui en obtint la ferme, laquelle de temps en autre s'est rencfaérie, selon les occurrraces. Ce que le dît Alais prévoyant bien s*en attrista et affligea de telle sorte qu'il en mourut de regret et contrition, et ordonna estre entejrré près de la susdite chapelle, dicte de Saincte- Agnès, qu'il avoit fondée, au lieu où les ruisseaux des halles viennent couler jusques à présent. £t au lieu de tombe, une longue pierre, que l'on voit encores, fut mise audit lieu, €[ui sert maintenant de pont en temps de pluye, comme le nom de pont Alais qu'on luy douue ne semble point y contrarier. »
Au mois de juillet laaS on voit dans le cartulaire de
Saint-Germain la chapelle de Sainte-Agnès désignée sous le titre d'église Saint-Ëustache ; il est donc à présumer que déjà une nouvelle église avait été bâtie sur l'emplacement