‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 74 sur 91 · LIVRE VI. CHAPIXUE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPIXUE III

Cluny , r église Saint-Benoît, la rue de La Harpe et la rue (lesCordiers. Comme rétablissement qu'il venait de fonder n'était destiné qu'aux théologiens , Robert Sorbon fit en même temps élever sur une partie de remplacement qu'il venait d'acquérir un collège dans lequel on enseignerait les humanités et la philosophie, et où Ton préparerait ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de Sorbonne ; ce fut le collège de Calvi ou Petite-Sorboiuie.

Par des lettres données en f sSq^ le pape Alexandre IV proclama l'utilité de la Sorbonne, la recommanda à tous les fidèles , et les invita à joindre leurs efforts pour imiter la pieuse libéralité du roi de France. En 1261 ces exhortations furent renouvelées par Urbain IV , qui s'indignait surtout de l'extrême pénurie des niailres du collège, réduits par la nécessité à se couvrir des habits les plus grossiers. Enfin, en 1268 , une nouvelle bulle émanée du pape Clé* ment IV confirma encore l'établissement de la Sorbonne et lui prescrivit quelques règles. £Ue ordonna qu'après la mort du premier proviseur Robert de Sorbon ne pourrait lui nommer un successeur qu'avec l'approbation de l'archidiacre et du chancelier de Téglise cathédrale de Paris | des docteurs en théologie, des doyens de la faculté de droit et de médecine , du recteur de l'Université et des j rocureurs des QucUre^Natiotis j Tun des plus puissants établis» sements universitaires .

Le nombre des professeurs de la Sorbonne, qui, depuis lors 9 s'est élevé à sept y était peut-être moindre dans Yovi* gine ; cette corporation , jusqu'aux derniers jours de son cxistencCi conserva les apparences de l'humilité, et ses chefs se servaient constamment de la formule pauperrima nosira Sorbona f notre très-pauvre Sorbonne. Elle n'en

était pas moins , ou , pour mieux dire, elle ne tarda pas à devenir une espèce de pouvoir dans TËtat, et à diaque instant on Ta vit intervenir dans les grandes crises dontPhistoire de notre pays fait mention. Le premier dignitaire de la congrégation des Pauvres-Maîtres de la Sorbonne portait le titre de proviseur. Après la mort de Robert Sorbon, en 1274? cette charge fut confiée à Guillaume de Montmorency , docteur et chanoine. La seconde dignité de la Sorbonne était celle du prieur, qui était élu chaque année parmi les bacheliers; il était chargé de la police intérieure de la maison et de la présidence des assemblées. C'était parmi les plus âgés, au contraire, qu'on choisissait les quatre officiers (ju'on lionorait du titre de sénieurs , semores , et auxquels on confiait le soin de maintenir les règles de la maison et de résoudre les af&ires difiiciies. Les procureurs ou procurateurs s'occupaient des recettes et des dépenses de rétablissement et rendaient compte de leur gestion aux sénieurs. Ije prieur, Tun des sénieurs, et un troisième dignitaire spécial portaient le titre de gardien des clefs, clauigeri; leur principale fonction était la conservation des archives de la maison; enfin il y avait encore le bibliothécaire et les professeurs. Sous ce dernier nom on a distingué : les lecteurs y qui expliquaient des textes d'enseignement; les coii/ereACierj, qui présidaient aux discussions entre les clercs , et les docteurs, qui enseignaient en cliaire la science thëologique. Les sorbonistes tenaient^ en outre, des assemblées pour résoudre les cas de conscience ou les questions litigieuses qui leur étaient proposés ; il y avait parmi eux des catéclûstes qui , les jours de dilnanche^ allaient, dans les prisons ou dans les églises paroissiales, enseigner les éléments de la doctrine el de h

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morale du christianisme ; d'autres, en qualité de consola^ teurs des criminels^ exhortaient les condamnés et les accompagnaient jusque sur le lieu du supplice.

A mesure que se dérouleront pour nous ks fastes de Paris^ nous aurons à raconter la part que la Sorbonne prit aux événements; nous nous bornons ici à tenir note de son origine, de ses règlements et de sa puissance.

Au temps de saint Louis, et en i a44i collège des Ber* nardins, d'abord appelé collège du Ckardonnet^ près de la place aux Veaux, entre le quai de la Tournelle, ou des Miramionesy et la rue Saint-Victor, fîit fondé par ÉtiennedeT^ington, Anglais denaissance et abbé de Clairvaux, sur un terrain situé dans le clos du Chardounet, qu'il avait acquis de Tabbaye de Saint-Victor. Étienne^ qui avait étudié à Paris sous saint Edme ou Edmond, professeur fameux, depuis archevêque de Cantorbëry, établit ce collège pour y faire étudier les jeunes religieux de sa maison, afin, dit Matthieu Paris, de ne plus voir les religieux de Clairvaux, appelés Bernardins, du nom de leur fondateur, exposés au mépris des Frères prêcheurs, des Frères mineurs et « des légistes séculiers ; car ces nouveaux ordres, faisant « profession de science, voulaient faire passer les anciens « pour inutiles^ parce qu'ils ne se piquaient pas, comme « eux, de disputer, ni d'enseigner, ni de prendre des dece grez dans les universités. » Le pape approuva le projet de Tabbé Étienne, et fit même plus en ordonnant au chapitre général de Citeaux d'ériger encore d'autres collèges dans les principales abbayes de l'ordre.

L'église des Bernardins, qui ne fut jamais achevé^ passait à juste titre pour un monument d'une rare élégance ; de nos jours il n'en reste que des débris.

HISTOIRE DE PARIS. (UM-lIN)

Les Bernardius agrandirent cousidérableuieut leur enclos par dçs terrains qu'ik achetèrent sacoessiveinent au Giardonnet des religieux de Saint-Victor, de Philippe, concierge du roi, et du curé de Saint-Nicolas. L'abbé de Clairvaux possédait au même lieu une maison qui fut désignée sous le nom d'hotel des comtes de Champagne.

Vers le même temps Jean, abbé de Tordre des Prémontrésy près de Goucy, établit à Paris un collège destiné à l'instruction des jeunes religieux de son abbaye. En conséi^uence il Ht, en i^Ss, acheter plusieurs propriétés, et notamment une maison appelée Pierre Sarrazin^ dans la rue Hautefeuille, et y fit élever des bâtiments ainsi qu'une chapelle qui fut, en 1618, reconstruite sur un plan plus vaste. Cette chapelle ou église, depuis la suppression de l'ordre, n'a pas été démolie; mais, en 1817, on Pa convertie eu maisons particulières, et du rond-point du sanctuaire on a formé, à la grande joie de Dulaurey un café assez élégant qui a été appelé la Rotonde.

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Sur la place de la Sor bonne le colléi^c de Clutij occupait l'espace compris entre la rue de La Harpe, la rue de Cluny, la place Sorbonne et la rue des Grès. On y entrait par l'extréniilé méridionale de la rue de La Harpe. Ce collège fut fondé en 1269 par Yves de Vergi, abbé de» Cluny, pour les religieux de son ordre qui viendraient étudier à Paris. Yves ayant aclieté remplacement l'entoura de murailles et commença la construction des bâti« ments ; mais il mourut avant de les avoir terminés. Il avait fait élever une partie du cloître, le réfectoire et le dortoir; son neveu, Yves de Ghalant, qui lui succécla à Cluny, fit achever le cloître, bâtit la chapelle et le chapitre, et forma la bibliothèque. Suivant les règlements dressés par les fondateurs et confirmés^ en lào^, par l'abbé Henri de Fau» tières, ce collège était uniquement destiné à l'enseignement de la philosophie et de la théologie. Tous les prieurés et les doyenné dépendant de l'abbaye de Cluny étaient pbligés d'y entretenir chacun à |eurs frais un ou deux élèves; s'ils négligeaient d'y envoyer des écoliers ils n'en payaient pas moins la pension. La chapelle de cet établisseppent était fort grande et d'une belle architecture gothique ; l'intéi» rieur renfermait les tombeaux de plusieurs abbés de l'ordre et de célèbres docteurs. Durant les orages rëvoluttonnaîres le collège de Cluny et sa chapelle devinrent des propriétés nationales et fuient mis en location. La chapelle servit alors d'atelier au peintre David, ^ tout récemment, en i833, elle a été démolie ; elle servait alors de magasin à un marchand de papiers. Ces profanations historiques, usons l'espérer, ne pourront désormais se reproduire.

Situé près de la place de la Sorbonne, le collège du Tré" sorier îui ainsi appelé à cause de son fondateur, Guillaume

UISTOIRE DE PARIS. (122a-127l)

de Saône, trésorier de Téglise de Rouen, qui en 1368 crëa cet établissement pour Teutretieu de douze pauvres écoliers en théologie, qui devaient y recevoir trois sous par semaine pendant six ans d'études , et pour douze autres étudiants ès arts, auxquels il assura vingt livres tournois par an. Guillaume de Saône ordonna que son collège ne recevrait que des jeunes gens du pays de Gaux, et, à leur défaut, du diocèse de Rouen .

Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denb, qui fut un moment régent du royaume ( 1 270), acheta en i^3, aux religieux de Saint-Germain des Prés, certaine place de terre size au terroir de Laas^ tenant dun costé au jardin des Frères de la Pénitence de Jésus*Ckristj autrement dicts Sachets, et d* autre à la maison de messire Gilles^ dit le BruHj connestable de France (i ). Il y fit construire un hôtel pour y loger les religieux de Tabbaye de Saint-Denis dans leurs voyages à Paris; puis il y joignit une cliapelle que Tabbé de Saint-Germain autorisa^ à condition qu'il n*y aurait ni cloche, ni cimetière, et que l'hôtel serait sous la dépendance du curé de Saint-André des Arcs pour le spirituel, et pour le temporel sous celle de l'abbaye de Saint-Germain. L'hôtel Saint-Denis s'accrut peu à peu sous les successeurs de Mattliieu de Vendôme. On y avait joint un collège.

Il existait, il y a peu d'années encore, dans la rue Saint* Hippolyte, au faubourg Saint-Marcel, une construction élégante appelée traditionnellement maison de la reine Blanche,

(i)RabG]fliiB {Pmiagruel, \.U, di. 18) fiât menlion de VhM Saiot-Denis. Il y fiut loger Puitagnid, qui se promenait avec Pumrfs dans les jardiofl du coUése.

En dépit (le cette appellation, on pi use généralement que ce gracieux édifice datait seulement du quatorzième siècle, et qu'il appartenait à une princesse du sang capétien dont on ne saurait déterminer le nom.

Terminons cette esquise des annales parisiennes sous le règne de saint Louis en constatant que, pour la première fois, sous ce prince, le prévôt de la Hanse ou de la confrérie des Marchands de Veau^ fut désigné sous Itî titre de « prévôt des marchands. » Le citoyen qui eut

HISTOIHE 1>E PAAtS. (IU>-ttH?

cet honneur se nommait Jean Augier, et avec lui commença, en 1^68, la longue série des prévôts desniarchands

dont le dernier fut, en 1789, l'infortuné de Flesselles, dont le nom se rattache aux plus formidables scènes de la Révolution. De nos jours la haute magistrature dont se

trouvaient invoslisaii moyen âge les prévôts d( s marchands est presque tout entière concentrée aux mains des préfets de la Seine.

Pour f^iirc convenablement apprécier en quoi consistait | au moyen âge, la juridiction du prévôt des marchands, et pour donner une idée un peu exacte de Torga* nisation municipale de Paris à cette époque , nous nous trouvons dans la nécessité d'anticiper une fois de plus sur les dates et de concentrer ici des détails que Ton ne pourrait compi endre si nous devions les mentionner éparpillés selon les cliv(>is règnes, et comme on les trouve relatés dans les chroniques ou au recueil des ordonnances.

IjCS principaux officiers de la municipalité parisienne étaient le prévôt des marcliands, quatre éclievins, le procureur du roi, le greffier et le receveur. Ces huit personnes composaient ce qu'on appelait le bureau de la ville. Il ) avait en outre vingt-six conseillers et dix sergents ou huissiers, autres officiers subalternes étaient lesquarteniers, au nombre de seize; les cinquanteniers , au nombre de quatre en chaque quartier, qui faisaient en tout soixantequatre, et les dizainiers, au nombre de deux cent cinquante-six, seize dans chaque quartier; Tarchitecte ou maître des œuvres de la ville , le capitaine de l'artillerie, l'imprimeur et le. maître d'hàtel. Les trois compagnies des gardes et archers faisaient aussi partie du corps de ville. Chacune de ces compagnies , de cent archers , auxquelles

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fut bientôt adjoiBte la milice bourgeoise , composa, plus tard, cent trente-trois compagnies, dont tous les officiers, ainsi que ceinc des ardiers, étaient à la nomination du prévôt des marchands et des éclievins. C'est cette milice qui a servi depuis de modèle et de principe à l'instittttioR de la garde nationale.

L'élection du prévôt des marchands se disait tous les deux ans5 mais il pouvait être continué jusqu'à quatre ibis. Tous les ans les deux plus anciens des quatre éche* vins sortaient d'emploi, et Ton eii élisait deux nouveaux. Voici C|uel était le 'mode d'élection à ces deux fonctions. Avant le 16 d'août, jour fixé pour ces nominations, les quarteniers convoquaient luie assemblée dans les quartiers pour choisir parmi les notables de la population quatre électeurs pour se rendre à l'Hôtel-de-Ville et procéder tant à Télection des scrutateurs qu'à celle des prévôt et échevins. Le jour de rassemblée générale , le prévôt , les échevins, les conseillers et quarteniers de la ville^ après avoir entendu une messe du Saint-Esprit , se rendaient au grand bureau de l'Hôtei-de-Ville. Les quarteniers présentaient le procès-verbal de rassemblée par eux tenue y et les noms des quatre nommés, chacun écrit à part sur un bulletin. Les quatre noms se mettaient alors dans un chapeau, mi-parti des couleurs de la ville, et les deux premiers tirés au sort étaient enregistrés sur une liste avec celui du quartenier. Cette élection faite, on envoyait chercher les dénommés, par les sergents de ville, et, quand rassemblée était ainsi complète , le greffier faisait lecture des ordonnances données au sujet de Téleclion^ et Tappel nominal de ceux qui devaient composer l'assemblée; après quoi les échevins qui sortaient de charge remer-

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ciaient l'assemblée. On procédait alors à la formalité du serment pour la nomination des scrutateurs, en commençant par les conseillers de la ville, selon Tordre de leurs séances, les quarteniers et leurs mandés, et enfin le prévôt et les échevins. L'élection devait tomber sur quatre personnes » dont l'une serait officier du roi, l'autre conseiller de la ville, la troisième un quartenier, et la quatrième un des bourgeois mandes.

. L'élection &ite de vive voix, les scrutateurs choisis prêtaient serment ensemble , entre les mains du prévôt

des marcliands et des échevins, sur>ie tableau de la ville. Après cela le prévôt et les échevins quittaient leur place et allaient se mettre au-dessus des conseillers de la ville, et au lieu qu'ils venaient de quitter s'asseyaient les quatre scrutateurs, dont le premier tenait le tableau de ville pour les serments d'élection, et le second le chapeau mi-parti , pour y recevoir les suffrages. On appelait tous les assistants par ordres le prévôt le premier, puis les échevins, les conseillers, les quarteniers et les bourgeois mandés, qui donnaient leurs suffrages. Le scrutin fermé, les scrutateurs passaient au petit bureau, où ils faisaient le dépouillement des bulletins, et dressaient un procès-verbal, qu'ils présentaient ensuite au roi, accompagnés du prévôt, des échevins, des procureurs et greffiers de la ville, et de ceux qui avaient été élus à la pluralité des suffrages. L'acte de scrutin était ouvert et lu en présence du roi , et les élus . étaient confirmés par le roi et lui prêtaient serment. A l'égard du procureur du roi , du greffier, des conseillers et des autres principaux officiers de ville, e'élaieut toutes charges qui s'achetaient ; mais il fallait être Parisien de naissance pour y être admis.

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Outre la connaiwance des mtiàres qui dépendent du commerce par eau, le prëvôt et les édievins étamnt chargés

des subsistances , des approvisionnements de la ville , de la perceptioa et de Temploi de ses revenus, dont ils ne ren* daient compte qu'au roi. Ils avaient encore la surintendance des fontaines de Paris, le soin des ponts , des quais , des boues et des lanternes, de l'entretien du pavé, et plusieurs autres attributions. Les quarteniérs étaient commis pour veiller dans les quartiers de la ville à ce qu'il ne s y passât rien de nuisible au repos public. C'était à eux que le prévôt des marchands et les échevins adressaient leurs ordonnances pour les distribuer aux. cinquantcniers, qui en faisaient part aussitôt à chaque dizai* nier, afin que Tordre lut plus promptement exécuté dans toute la ville. Ce réseau administratif des élus de la communauté, et qui ne cessait pas d'en faire partie , contenait ou mettait en mouvement toute la population. On conçoit que, dans un temps où les tribunaux étaient à peine organisés, où les parlements n'avaient point encore de caractèi^ politique ni même d'^ûstence fixe, où la cour des comptes était soumise à l'autorité royale, ce corps de la ville, ainsi composé , siégeant dans un édifice considérable , au centre de la population , devait avoir une grande importance. Les hommes qui le composaient , forts de la confiance de leurs concitoyens, et distingués par des privilèges, des armoiries et un costume éclatant , marchaient de pair avec la noblesse. Leur assemblée formait une chambre de dé* putes permanente uniquement composée de la classe moyenne, et par là plus véritablement nationale que les états généraux, composés des trois ordres, et qui , n'étant convoqués que de loin en loin^ étaient plus ou moins

■UT. M PAUl. — T. I. 33

498 Hisdona DE PARIS. (mMsm

soumis à rariatocratie et au pouvoir roytA, La maison mmiicifiale était le palais, le Louvre du peuple. C'est là

qu'il siégeait par ses représentants et que les souverains venaient reconnaître sa puissance, en lui demandant des subsides ou en recevant ses présents. Cette auréole populaire ajoutait 'à la majesté royale et composait son plus beau cortège. On voyait ces magistrats électifs , vêtus de leurs longues robes mi-parties des couleurs de la villes montant des chevaux ornés débrides d*or, comme les chevaliers, aller, précédés de leurs archers et suivis de millim de bourgeois ndiement vêtus, au-devant des souverains à leur entrée dans la ville, les escorter jusqu'à leur palais, et rendre de semblables honneurs aux princes étrangers , auxquels ils donnaient une grande idée du luxe et de rëlégaoce de la capitale. Dans toutes les cérémonies k prévôt des marcliands occupait la droite du gouverneur de Paris, et le corps de la ville marchait parallèlement avec le parlement, celui-ci à droite, suivi de la cour des comptes , et l'autre à gauche. Le prévôt de Paris, quoique représentant, suivant le grand coutumier, le souverain au fait de la justice, ne passait qu'après lui.

A mesure que nous déroulerons les annales de Paris nous aurons pli» d'une occasion de constater là puissance de cette organisation municipale, qui fîit tantôt un appui, Uintot une menace pour les rois. £n elle se résumaient les grands privilèges dont lacitéavait gardé possession, et qui, à une époque où les principes de la séparation des pouvoirs semblaient mal définis, tenaient lieu et place de la liberté politique et donnaient à la bourgeoisie parisienne une haute idée de son importance sodale. Nous 7 revien* drons.

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!Nous ne terminerons pas œtte esquisse des institutions utiles et des fondations pieuses du siècle de saint Louis sans parler de l'antique église priorale Je Saint-Julien le Pauvre, située aux abords de THotel^Dieu.

L'origine de cette église remontait aux premiers temps de la monarchie. Saint Grégoire de Tours , qui en fait mention, comme on a pu le voir plus haut, lui donne le titre de basilique. Les Normands la dévastèrent, et vers le milieu du douzième siècle elle devint la propriété des religieux de Sainte-Marie de Longpont , près de Mont- Ihéry. Ceux*ci fondèrent un prieuré à coté de Téglise et ne tardèrent pas à k reconstruire. Le nombre des moines du prieuré de Saint-Julien le Pauvre s'éleva bientôt jusqu'à cinquante. C'est là que se tenaient, dès le règne de saint Louis , les assemblées de Tuniver^té de Paris, là que se faisait l'élection du recteur.

Dans le principe saint Julien le martyr était le seul patron de cette église. Yevs la fin du douzième siècle le culte de saint Julien le confesseur, évêque du Mans, susnommé le Pauvre y à cause de sa charité envers les malheureux, fut associé à celui du titulaire primitif. Saint-Julien le Pauvre et Notre-Dame sont, au témoi* gnage de Sauvai , les deux églises de Paris dont les ab« sides regardent avec le plus de précision le levant d'hiver. Cet édifice a justement mérité l'attention des artistes. U a été construit avant la période ogivale et dans le style de la seconde moitié du douzième siècle. Deux files de colonnes le partagent en trois petites nefs , et trois absides le terminent vers Torient. Sous le règne de Louis XIY ce pieux monument eut à subir de fâcheuses mutilations; on retrancha cinq ou six toises de la partie antérieure

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de l'église, pour former la cour qui en précède aujourd'hui l'entrée. Le portailt renversé ayec ses sculptures

et ses statues , fit place à une façade insignifiante, vêtue de pilastres doriques et coiffée d'un frouton triangubdre; la tour fut démolie en même temps. Les tnm de ces constructions sont encore bien visibles. Il (sut aller chercher dans la rue Galaude, 4^, au-dessus d'une porte, un bas-relief de pierre, treizième siècle, qui provient de la fiiçade de l'église , et qui représente im troisième saint Julien, différent du martyr et du co iifeseur. Ce saint Julien et sa femme avaient fondé un hopiul sur le bord d'un fleuve dont la traversée était périlleuse, et| pour faire pénitence , ils s'occupaient jour et nuit à transporter les voyageurs d'une rive à l'autre. Une fois le Christ lui-même , sous la forme d*un pauvre lépreux, vint leur demander le passage , et, quand il eut éprouvé leur cliarité, il se fit connaître, leur promett^t les récompenses du eiel. Dans notre bas-rdief saint Julien et la

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femme conduisent leur barque; Jésus se tient debout au milieu d'eux.

L'architecture extérieure, surtout vers l'abside, est d*un style mâle et sévère. Deux rangs de fenêtres, en ogives simples ) éclairent le chevet; des contre-forts lui servent de points d'appui; des moulures énergiques lui font une triple ceinture; des modillons soutiennent la corniche. D'autres fenêtres^ partagées en deux baies par des colonnettes, s'ouvrent sur les cotés du chœur. Un peu en arrière de rabsidioie septentrionale se trouve les puits de Saint-Julien ^ dont Teau passait autrefois pour être douée d'une vertu miraculeuse.

La nef de l'édifice se divisait dans la longueur en six travées; les deux premières ont été supprimées à l'époque de la reconstruction du portail ^ et les quatre autres ont éprouvé en même temps des modifications qui en ont dénaturé le style; mais les deux travées du chœur, Tabside médiane et les deux absidioles latérales n'ont rien perdu de leur ajustement primitif; elles conservent leurs élégantes colonnes, les unes monostyles , les autres groupées en feisceaux, leurs chapiteaux à feuillages, leurs voûtes portées sur des nervures toriques , leurs clefs liistoriëes. Des coloniiettes et des moulures décorent les fenêtres. L'aspect de cette partie de l'église est d'un noble caractère. Avec les moyens les plus simples et sur des dimensions très-restreintes, l'architecte qui Ta construite a obtenu un grand effet. C'est une preuve de plus en faveur des ressources que présente l'art du moyen agfjB.

La sculpture de tous les détails a été traitée avec le plus grand soin. Nous avons compté plus de cent cincpiante chapiteaux , tous variés dans leur ornementation. Le plus

coneux est placé sur le coté méridional du chœur. Des

feuillages perlés l'enveloppent; à ses angles se dressent

sur les volutes quatre figures à têtes de femme, corps

emplumës^ ailes étendues, pattes armées de griffes. Un chapiteau presque > semblable existe dans l'église de Notre-Dame, et, comme à Saint-Julien, il surmonte une colonne dans la partie méridionale du rond-point (i).

(i) DaeHpiion archéologique des Monuments «k PaiiSf par H. F. ^ Ovillienny.

f^m-iXm LIVRE VI. GHAPITIUB III. 5o3

En i65f) le prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre les administrateurs de cette maison et les religieux de Longpont. Le roi n'accorda ses lettres patentes qu'en 1697; la chapelle fut alors desservie par un dbapelain à la nomination de la paroisse Saint*Sé vérin.

A coté de Saint-Julien le Pauvre était située la chapelle de Saint-Biaise et de Saint-Louis^ qui en dépendait. Les maçons et les charpentiers établirent leur confrérie, en 1476, dans cette petite église. Elle fut rebâtie en t684; cependant, comme elle menaçait ruine, on la démolit vers la fin du siècle dernier et le service en fut transféré dans la chapelle Saint- Yves.

Outre la confrérie établie dans cette chapelle l'église de Saint-Julien le Pauvre était le lieu de rassemblement de celles de Notre-Dame des Vertus y des couvreurs, des marchands papetiers, des fondeurs, et l*on y faisait les catéchismes et retraites des Savoyards , en exécution d'une fondation faite par Tabbé de Pontbriand.

l.a partie du portail de Saint-Julien le Pauvre qui existe encore paraît se rapporter, par les caractères de son architecture, à la fin du treizième siècle.

L'église sert aujourd'hui de chapelle à THotel-Dieu.

APPEiNDICE.

Armoiries it la ville de Paris,

M. Leroux de Uncy affirme qu^à partir du rè«;ne de niitippe-Augaste les bourgeois marchands de Feau de Paris ont joui du droU de revêtir les actes qu'ils passaient d'un sceau particulier. ■ Le plus ancien que j'ai trouvé, ajoute-t-il , est appendu à un chirographe en latin , qui se rapporte aux dernières années du douzième siècle; la forme en est ovale et le champ rempli par une banjue au milieu de laquelle on voit un mât soutenu par trois cordages de chaque côté , qui donnent parfaitement l'idée des bâtiments ou navires que l'on employait à celte époque pour faire le commerce. »

Ainsi nous pouvons donc tenir pour certain que , drs le règrie de Philippe-Augusto, les bourgeois de Paris avaient un sceau particulier qu'il» apposaient à leurs actes, et, d'après la description que nous eu donnons, on doit voir que Paris avait pris pour emblème de ses armes uo navire avec des cordages.

Les armoiries de la ville de Paris ont toujours conservé cet emblème.

Autour du premier sceau dont nous avons oMiDaissance se trouve une légende ainsi conçue : Sigillum mereatontm aquœ Parisiis, Cette légende ne fut pas changée jusqu'aux premières années du quinzième sicde, comme on peut le voir sur un sceau de i4i2, où elle exi^ dans tonte aoa intégrité.

Apièa avoir tnlii plnsienr» légères modtficitîons la légende du sceau de Pkris était aini conçue (1773) : Sod de la prévôté et édievînage de la ville de Bans.

Nous n'entrerons pas dans les détail, soit arides, soit minutieux, sur les armoiries de Paris; d'antres avant nous se sont livrés à ce sujet à des dbsertations savantes qui ne peuvent plus avoir une grande utilité ; nous y renvoyons nos lecteurs si nous ne leur paraissons pas suffisamment explicite. Ce qu'il y a de certain, «fat que de toute laciciinelé la nef, telle

5oG APPEiXDICE.

qu'on la voit aujounrhui sur le sceau de la fin du douzième siècle, sertit (fannes à la viUe de Parb. Dans les amoiries de la ville» la nef, oomme snr le sceau, s'est diang^ peu à peu en un vaisseau surmonté d'un dief de fleurs de lis sans nombre; c'est ainsi qn'dks ont été blasonnées à la fin du dixHMptième siècle, d'après le témoigna^ de lettres pa» lentes délivrées par Louis XVIIl en 1817.

Voici ce que nous trouvons dans^ lettres patentes : « Notre amé le comte Chabrol, préfet du département de la Seine, autorisé par le conseil général dudit département, s'est retiré par-devant notre paét des sceaux, ministre searétaire d'État de la justice , lequel a feit vérifier en sa présence , par notre commission du sceau , que ledit conseil gé* néml a émis le vm d'obtenir de notre grâce des lettres patentes portant oonfirmaliop des armoiries suivantes : De gtmtlts mvaiâtettu équipé d'orgent, soutenu d'une mer de même, un chief d'azur semé de fleurs de fys d'or sans nombre^ ainsi réglées et fixées en faveur de notre bonne ville de Paris, par ordonnance du 2. lévrier 11G9, rendue par les commissaires généraux du conseil à ce députés, et accompagnées de deux tiges de lys. Lcsdites armoiries, surmontées d'une couronne murale de quatre tours, et accompagnées de deux tiges de lys formant supports, ornements extérieurs déterminés par notre ordonnance spéciale du 10 décembre present mois. Et sur la présentation qui nous a été faite de l'avis de notre commissaire du sceau et des conclusions de notre commissaire faisant près d'elle fonctions du ministère public, nous avons par ces présentes, signées de notre main, autorisé et autorisons notre bonne ville de Paris à porter les armoiries ci-dessus énoncées, telles qu'elles sont figurées et coloriées aux présentes ; mandons à nos amés et féaux conseillers en notre Cour royale à Paris de publier et enregistrer les |wésentes ; car tel est notre bon plaisir.

• Donné k Paris, le vingtième jour de décembre de 1^ de grioe 18 17, et de notre règne le vingt-troisième.

, « Signé: Louis.

« PseoiuiBBi Dujdtx, •

▲PP£NDIC£.

Mails eomplûttmtawts fur r&ngmiismiion mimieipak et sur radmuOâ' tratUM de la polieede Paris, aumoyen tige*

A aucune époque la yiHe n'a été complètement administrée par le conseil ou l'autorité de ses habitant! ; II a toiyours exbté, à c6té <fai couver» nement municipal, et pour Fintérét même de Fordre , une autorift^ émanée directement du trâne, qui avait une action soit supérieure , soit au moins parallèle à rintervention de la communauté. L'aA* ministration de la justice Pexigeait , ainsi que la perception des droits acquis on concédés aux souvwains, et la liberté des villes consistidt à maintenir cette autorité directe dans des bornes raisonnables, et même à reprendre sur die avec le temps ce qu'avec le temps Faulre diercliaii^à usurper. Cette double action se remarque constamment «It existait même dans les villes entièrement romaines ; le préfet de la ville , prœ/ectus urbist était indépendant des décurions, des édiles et des autres officiers municipaux.

L'occupation des Gaules par les Francs ne changea rien à ce mode d'adnnnistration établi d^ temps immémorial ; les Barbares trouvaient plus sage et plus commode de suivre, d'imiter des institutions supérieures aux leurs, et ([ui leur permctlaieut d'asseoir avec plus de sûreté , moins d'embarras, leur puissance. Les différentes fonctions ne difieraient que par le vêlement et le langage. Nous voyons le même titre de préfet de la ville, en usage chez les Romains, porte sous le règne de Chilpéric, en 588, {xir Montmol, et sous Clotairc III, en C()5, par Ercembald. A. la même époque, et jusqu'en 700, les défenseurs et les curions exercent leurs emplois ; mais bientôt les uns et les autres preouent d'autres noms sans changer d'attributions.

Ercembald prend le titre de comte de Paris , et les scabins^ dont se forma le nom d'échevins, succèdeot aux défenseurs. Us sont également nommés par le peuple et ne sont point, comme l'ont cru quelques bistoriens, de simples assesseurs des comtes. Ils exerçaient la justice directemoit, sans avoir besoin delà sanction du cmnte» tandis que cdui-ci avait toujours besoin de leur concours.

Cest ainsi que, de temps immémorial , on voit les magistrats de l'autorité préposés par le prince pour rendre la justice , et les magistrats populaires nommés par la communauté duurgés seuls de surveiller les intérêt» privés et industrids.

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