‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 3 sur 64 · HISTOIRE DE PA&IS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PA&IS

décimètres au-dessus de la seconde masse, par conséquent entre la première et la seconde. £nfin à i'extrëmité occidentale de cette colline sont les cairières de la butte Chaumont. »

' Cuvier ajoute encore î

«c La butte Cliaumoat, qui est le cap occidental de la colline de Belleville, n'est point assez élevée pour offrir les bancs d'huîtres, de sables argileux et de grès marins qu'on observe à Montmartre. Nous avons dit qu'on trouvait le grès marin près de ivouminville ; nous ne cumiaissons les huîtres que dans la partie de la colline qui est la plus voi* sine de Paulin, presque en face de raiicienue seigneurie de ce village ; on les*trouve à six à sept mètres au-dessous du sable, et un peu au-dessus des marnes vertes : c'est leur position ordinaire, »

(Nous ne saurions trouver des indications plus exactes, sur la formation et la nalure du sol dans le département de la Seine, que dans l'intéressant ouvrage [)ublië par MM. Cuvier et Brongniart sur la Géogra^Jitt /niiicrdlogique des emirons de Paris. A l'exemple de Duiaure nous résumons les traits principaux de cette exploration scientifique*)

Le fond de la plaine de Pantin présente des bancs de gypse, et la colline de Montmartre se compose de couches analogues ; on y remarque , en descendant du sommet à la base, des bancs de sable et de grès quartzeux, un banc de sable argileux , des bancs de marne calcaire et de marne argileuse de diverses couleurs , à travers lesquelles on rencontre de nombreux amas de coquilles marines. Au» dessous de ces bancs, dont Tensemble atteint une épaisseur de vingt-trois mètres, on trouve* une énormè masse de

gypse marneux entremêlée de couches de marne calcaire et qui est exploitée par les plâtriers. Se présentent ensuite, successivement) plusieurs autres couciies gypseuses, de dif* fcrents aspects et de diverses natures, seterminant par une couche de craie argileuse, épaisse de huit à neuf mètres. Par delà cette colline de Montmartre la chaîne des buttes calcaires se continue en s*abaissant jusqu a Passy, et les bancs calcaires se prolongent au delà d'Auteuil , en présentant des masses de t]i>ii/i'a treize mètres.

Sur la rive gauche de la Seine le plateau qui domine le fleuve est percé de carrières dans une multitude de points et fournit le plus grand nombre de pierres employées dans les constructions de Paris ; il comprend la ])artie méridionale de Paris et s'étend de 1 est à l'ouest depuis Choisy jusqu'à Meudon. La Bièvre le sépare en deux petites régions : celle de Test forme la plaine dlvry, celle de Touest la plaine de Montrouge et les collines de Meudon. I>e plateau de la plaine d'Ivry se prolonge, au nord , daus Paris, jusqu'à Textrémité orientale de la rué de Poliveau; le plateau de Montrouge s'avance dans la partie méridionale de la ville, et ses bancs forment une ligne qui , après avoir atteint Textrëmité du Muséum d*hisroire naturelle , suit les rues Saint- Victor, des Noyers, des Mathurins, de rÉcole de Médecine , des Quatre-Vents , de Saint-Sulpice et de Sèvres, jusqu'à Yaugirard . Jusqu'à cette limite les bancs calcaires marins ont peu de solidité, et sont minces, marneux et friables. Après une masse de trois mètres d'épaisseur, composéede dix-huit lits de marne calcaire et argileuse, on trouve, dans les carrières situées entre Vaugirard et Montrouge, des bancs conâdérables de formation marine, abondants en coquilles de diverses espèces, lintre ces deux

haiics existe une couche de calcaire niarneux,. Sur la rive gauchede la Seine les couches du sol diffèrent fort peu, dans k leur ordre et par leur nature, de celles qui composent le sol de la partie septentrionale de Paris. Une vaste superficie de quartiers et de rues , entre le feoulevaid Saint-Germaia et Nontrouge , et depuis le Muséum jusqu a la barrière de Vaugirard, repose sur (rimmenses carrières dont les plus connues sont les caves de l'Observatoire et les Catacombes. Un géologue, exploi akur expérimenté du bassin de Paris, M. Radiguely estime que remplacement de cette ville, avant l'époque diluvienne , c' est-a-dire avant que la Seine n'y eût creusé son lit actuel , formait un plateau d'environ cent quatre-vingt-quatre mètres de hauteur au-dessus du m veau de la mer et faisait suite aux liants plateaux de Versailles. Vint la grande inondation diluvienne, dont les courants entamèrent le vaste plateau parisien et finirent par former la grande coupure dont la Seine actuelle occupe le fond.

IjC creusement de la vallée s'étant arrêté à six mètres au-dessous de la place,du parvis Notre-Dame , point qui n'est plus élevé que de vingt-quatre mètres au-dessus de la mer, c'est donc de cent soixante mètres de profondeur à peu près que les courants ont creusé, pendant la période diluvienne, le plateau qui existait primitivement à l'endroit où Ton a bâti Paris. On a constaté, par les rapports des couches de terrains qui les composent, que les buttes de Belleville, de Montmartre et du mont Valérien , sont les débris de ce plateau primitif, et la révolution qui les a isolées, en donnant naissance au cours actuel de la Seine, date du dernier âge géologique, celui où se sont déposés les terrains diluviens, plus communément nommés allu^ l'iOiiSj qui n(>us supj>ortcnt.

Lorsque, à la suite de creusements successifs et répétés,

le fond de la vallée de la Seine se fut abaisse au niveau des plateaux inférieurs de Montrouge, Bicétre, Bercy, Vincennes, les courants ne cliairièrcnt plus guère que du caillou provenant , soit des débris des meulières des plateaux supérieurs, soît des fragments siliceux de la craie de Cliampague , dénudée aussi par l'action des eaux. Aussi n^est-ce pas sur ces plateaux que l'on exploite de préférence le caillou pour l'empierrement des routes, pour le macadam des rues et le béton des constructions. Les derniers courants qui achevèrent de creuser la vallée de la Seine ne transportèrent plus que des graviers et des sa« bles; la preuve nous en est fournie par ces noinhi cuses sablières quelon trouve presque exclusivement au fond de la vallée , et d*oîi l'on extrait tout le sable qui sert au pavage, au macadam et à la bâtisse.

Chacune des couches du terrain diluvien a sa valeur agricole spéciale; ce sont les plus caillouteuses, comme celles du plateau de la Grand'-Pinte , que les maraîchers recherchent principalement pour y établir leurs cultures , et cela par la raison bien simple que ce sol a la propriété d'emmagasiner le jour la radiation solaire pour en restituer la chaleur aux plantes pendant la nuit. Ijes pépiniéristes, au contraire , choisissent de préférence les pentes douces des coteaux revêtus de limons diluviens ; c'est là surtout que prospèrent les plantations de jeunes arbres dont les racines pénètrent profondéiuent dans un soi riche où l'eau ne séjourne pas»

Nous venons de mentionner l'utilité industrielle des cailloux charriés et des sables accumulés en immenses sablières par les courants diluviens ; il est une autre roche de

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la même provenance dont l'importance industrielle est plus

considérable encore; nous \ ûulons parler de la meulière^ cette pierre silicieuse , grisâtre ou brune , riche en ciment calcaire, qui a la singulière propriété d'offrir avec un faible poids une résistance supérieure. Son nom lui vient de ce qu'on remploie à faire des meules pour moudre le blé , qu on exporte jusqu'en Amérique; on ne fait servir à cet usage que les blocs les plus considérables. Les fragments de moindre diuieusion sont très-recherchés pour le parement des constructions solides , telles que ponts , viaducs , forts et bastions. T.a meuUère a été d'un emploi très-utile dans la construction des fortitications de Paris. On choisit principalement pour cet usage la plus légère, celle qui est perforée de la plus grande multitude de trous et d'anfractuositës , en raison de ce qu'elle charge peu les murs et se lie très-bien au mortier. La meulière compacte est la plus estimée pour les constructions souterraines et hydrauliques. Charriée par les courants de Tépoque diluvienne , la meulière se trouve par bancs interrompus dans ses principaux gisements, toujours situés au milieu des sables ou de Targile. Le bassin de Pari^ a pour ainsi dire le monopole de ces gisements, et pi iiu ij >alunenL les départements daS^ne-et^Oise et de Seine-et-Marne.

Les grès, qui abondent dans le bassin de Paris, servent de couronnement à des masses de sables fins et blancs de quarante à cinquante mètres d'élévation. Dans la vie domestique 011 les emploie au récurage des ustensiles de cuisine et on s'en sert pour sabler les appartements. Dans l'industrie ils servent à la fabrication du verre et au moulage; mêlés avec de la terre glaise ils entrent dans la composition de la brique. C'est au-dessous de ces gise-

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ments de sables que se trouvent, par masses épaisses, les glaises vertes^ qui sont aujourd'hui d'un si grand usage dans la briqueterie ; elles sont aussi fort employées dans la poterie.

Des couches inférieures on tire plusieurs substances utiles

d'un emploi spécial; ainsi on trouve à Montmartre la strontiane sulfisitée qu'on fiiit entrer dans la composition des fusées d'artifice pour les colorer en beau rouge. C'est aussi du sol de Paris que provient cette argile marneuse , appelée terre à foulon , ayant la propriété d'absorber les corps gras et dont font usage les dégraisseurs pour enlever les taches des étoffes. Enfin on extrait encore diverses substances en usage dans les arts pour le polissage des métaux et des bijoux.

Les marnes qu'on rencontre à cet étage sont très-employées en agriculture pour l'amendement des terres. La marne calcaire, qui s'éniielte à l'air et à la gelée, offre une abondante ressource pour la fabrication d'une chaux hydiaulique fort recherchée pour les constructions. Jja marne argileuse est employée dans la poterie et la verrerie.

Le gypse, appelé aussi pierre à plâtre^ est presque entièrement composé de sulfate de cliaux \ par ia calcination du gypse on obtient le plâtre, qui, délayé dans Teau , sert, dans la maçonnerie j à enduire les murs ou à cimenter les pierres. On sait que cette pâte en séchant acquiert une dureté presque égale à celle de la pierre.

Mélangé avec de la colle forte il constitue le stuc et prend le poli du marbre. On emploie le plâtre le plus fin, provenant du gypse feuillet^ à prendre des empreintes et à taire des moulures. Ce dernier est lui gypse cristallisé en grandes lames.

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Au-dessous du gypse se trouvent des lits de marnes si calcaires qu'on pourrait les prendre pour de la chaux

grasse ; du reste, connue engrais, elles pourraient {)resquc en tenir lieu. Plus bas viennent les sables mofens^ aussi fins que les sables supérieurs, mais plus argileux. A ces sables se trouve mêlée une argile plastique susceptible de cuire sans se fendre et que les poclicrs emploient à la confection des fours; c'est pour cette raison qu'on Tappeile terre à four.

L'étage inférieur est occupe par le calcaire grossier ^ dont répaissedrn'est pas moindre de vingt à vingt- cinq mètres ; on y trouve une foule de matériaux propres à la construction : moellons pour la maçonnerie courante, pierres d'appareil, liais pour les sculptures, etc. Le liais est une pierre calcaire dure et d'un grain très*tin, qui est une production spéciale des carrières des environs de Paris, et notamment de Saint-Ctoud et d'Arcueil. C'est avec du liais de très-belle qualité qu'ont été faits les l)as-riTiefs de la fontaine des Innocents et qu'a été construite la chapelle de Versailles.

La série des terrains tei'tiaires Unit par un unportant gisement d'argile plastique très-fine, et, comme telle, très-precieuse pour la céramique; les parties les plus gros* sières de cette argile servent à la fabrication d'excellentes tuiles.

Enfin la dernière couche , la couche la plus profonde

des terrains exploitables du bassin de Paris, est la craie blanche^ qui forme sous cette ville un énorme banc de deux cent vingt mètres d'épaisseur. Ce banc, qui couslituc le territoire de la Champagne , vient affleurer le sol , tout près de Paris, au bas Meudon, par exemple, et à Bou-

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gival. Celte craie est un carbonate de chaux presque pur.

Ën ce qui concerne le fleuve qui traverse Paris , son niveau, pris au zéro du poal de la Touniclle, est de trentetrois mètres au-dessus de la mer, et Téiévation moyenne du sol au-dessus de ce lâveau est de vingt-deux mètres. Cette élévation est due, en grande partie, aux travaux liu« mains, le terrain marécageux des bords du fleuve ayant été considérablement exliaussé pour devenir habitable et surtout pour rétablissement des ponts. On en trouve la preuve dans les anciennes chaussées que des fouilles ont fait découvrir à cinq ou six mètres du sol actuel, et dans la situation de certains ediiices, oîi Ton n'arrivait jadis que par de nombreux degrés et qui se trouvent à peine aujoui triiui au niveau du sol. C est aussi à la main ties iiunanes qu'est due la plus grande partie des inégalités du terrain, comme les boulevards, formés des anciens remparts, les buttes Bonne-Nouvelle et Saint-Roch, formées de dépots d'immondices, etc.

La Seine déborde rarement; cependant, depuis que les montagnes oîi elle prend naissance ont été déboisées, de<puisqueles marais ([ui la bordaient jadis ont été desséchés^ enfin depuis que le fond de son Ut s'est successivement exhaussé, elle garde un luveau uiunih e^al que dans les anciens temps; mais ses débordements ne présentent plus rien de redoutable depuis qu'elle est enfermée dans deux hautes murailles de pierre infranchissables.

Un cours d*eau artificiel, le canal Saint^Martin^ tra* verse les quartiers septentrionaux de la ville el unit la Seine au canal de TOurcq ; c'est la deuxième partie du canal de la Seine à la Seine, dont la première partie est le canal Saint-Denis. Nous le décrirons plus tard.

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La Seine n'était pas autrefois retenue par les fortes digues dans lesquelles nous la voyons aujourd'hui renfermée;

elle formait donc, avec les sables et les pierres qu'elle entraînait, des atterrissementSy des bancs, des îles, qui la plupart ont été emportées dans les débordements, ou réunies au rivage, ou jointes entre elles. Dans le moyen âge on en trouvait dix, dont il ne reste que deux, Tile Saint- Louis et la Cité.

Cette dernière, plus grande que l aulre, a été le berceau de Paris ; elle a plus de deux cent mille mètres de su* perficie. L'île Saint-Louis, beaucoup moins étendue, a été formée de la réunion de deux petites îles (/'//e Notre- Dame et l'île aux Fâches ) que séparait alors un canal très-étroit de la Seiiie, occupé de nos jours par remplacement de la rue Poultier. A l'extrémité occidentale de la Cité on remarquait deux îlots considérables qu'on appela, du^nt le moyen âge, CUe aux Juifs et Cile du Louvre, Le premier de ces îlots est aujourd imi réuni à la Cilej l'autre a disparu à )a suite des travaux de canalisation et d'endîguement entrepris pour &ciUter la navigation du fleuve.

*pt.J.-CMl.) LIVRE 1. CHAPITRE II.

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