CHAPITRE
•I des Fnruefc — Moranit <wmtmn>H vdlfioBi ovfttÛMlioii todéb te «iMleBS ludbilaBU du
Rome, qui a subjugué le inonde, fut dans l'origine un amas de cabanes où s'abritaient des pâtres obscurs, où des esclaves fugitifs cbercliaient un asile contre la loi. Paris, après Rome la ville par excellence^ a commencé par être une bourgijd^' située dans une île de la Seine, et formée de huttes grossièrement construites.
Combien de ibis les grandes choses n'ont-elles pas eu un pauvre berceau!
A ut une iioLion historique ne nous révèle vers quelle époque s'éleva Lutèce (Lutetidjj principale ville des Parises {Parisii^ Parisiens ).
La Gaule était déjà une contrée couverte de villes fortes et habitée par des peuples- nombreux lorsque César fit poui* la première fois nieulio^ de cette petite cité, peu connue des Romains. Nous lisons au livre Yl des Commentaa es que, vers l'an yoo de la foiitlaLion de Rome (l'an 53 avant J .-C.), « l'assemblée des Gaulois ayant été convoquée à Saïuaiobrive (Amiens), pour le commencement du printemps, selon la règle établie, tous les peuples s'y trouvèrent, excepté lesSénones, les Camutes et les Trévîres. » Le conquérant delà Gaule ajoute : «wCésar, pensant que c'était là un symptôme de défection ou de guerre, pour montrer toute l'importance qu'il y attachait, transféra
l6 HISTOIRE J>£ PARIS. (AtJ.-CSS.
rassemblée à Lulèce, ville des Panses ; ceux-ci étaient limitrophes des Sënones, avec lesquels ils avaient autrefois fait alliance, suivant la tradition, mais ils n'avaient point approuvé la résolution que les Sénones venaient de
prendre. »
Ptolémée, qui écrivait plus d'un siècle après César, dé»
signe la capitale des Parises sous le nom de Lucotèce (Aouxorexia). IjCS Parises (i) appartenaient à la région celtique ; leur territoire, dont les limites ne peuvent être exactement déterminées, était de peu d'étendue. Ils coniinûent au nord avec les Silvanectes , à Test avec les Sénones , au sud et à l'ouest avec les Carnutes. Tout indique, d'après la faiblesse numérique de leur population, quHIs étaient rattachés «H la grande confédération des Sénones par les liensdela clientèle et du patronage. Quoi qu'il en soit, César vint lui-même à Lutèce présider rassemblée nationale des Gaules, et les Sénones, intimidés par sa présence, se résignèrent à y envoyer des dc'putés.
L'année suivante (S^av. J.-C), tandis que César était retenu en Italie par la prévision d'une guerre civile, les nations et les cités gauloises se soulevèrent contre le joug romain et placèrent à la tête de leur confédération le cé-
(i) Il existait dans la Gaule et dans la Graude-Bretagne plusieurs autres posilîons géographiques appelées Paiisu^ BarisiL Les radicaux Par et Bar sont identiques, les lettres P ei B étant prises lres*8ouvent
l'une pour l'aulie. Les habilants du .Ban ois sont nommes Harisienses ^ comme ceux de Paris Parisienses. Le Barrais <'lail la frontière ((iii séparait la Lorraine de la Chaïupague. Le tcrrituiie des Parisiens était aussi une frontière qui séparait les Sénones et les Carnutes des Silvanectes, la Gaule celtique de la Gaule belgiquc. Toutes les positions géographiques dont tes noms se composent du radical Bar ou Par sont situées sur des frontières. On en a condo justement que Parisii et BarisU signifiaient habitants des frontières.
A|ir.J.-attl.) LIVRK I. CHAPÎTR» II.
lèbre Yercingétorix, d'origine arverne. Durant le cours de cette guerre, dont nous n'avons point à raconter les in- ^ cidents ^ Labieaus, i'un des principaux lieutcnanls de César, se porta sur Lutèoe avec quatre légions, après avoir laisse dans Agendicuin (Sei^ ou Provins), pour la garde de ses bagages, un petit nombre de soldats récemment ar> rivés d Italie. Le Gaulois Caïuuiogciie , vifiliaid tintrgique et dévoué, fut chargé de barrer le chemin àijabiénus, au moyen des coiiLi agents fournis par les cités voisines de Lutèce ; il prit position sur la rive gauche de la Seine, alors couverte par un large marais, vraisemblablement formé par la Bièvre. Labiénus essaya vainement de forcer le passage; après d'inutiles tentatives il rétrograda et se porta sur MeloclanLun (Melun), dont il se rendit maître. lii il fit passer ses troupes sur la rive droite de la Seine et les dirigea de nouveau sui* Lutèce. Camulogène, craignant que les Romains n'enlevassent la cité des Parises et ne s'y for* triassent, livra aux flammes Lutèce et se maintint dans ses positions de la rive gauche, sous la protection des marais (pie 1 armée ennemie ne pouvait francliii .
Labiénus déroba sa marche aux Parises; ses barques, chargées de troupes, descendirent la Seine pendant la nuit jusques au point où se trouve aujourd'hui le pont de Sèvres, et lui-même ne tarda pas à les rejoindre avec trois légions. Les Parises, ne se rendant pas un compte ej^act de ce mouvement, partagèrent leur armée en trois corps, destinés à contenir les Romauis sur trois points différents. L'un de ces corps occupait les hauteurs qui s'élèvent entre Issy et Meudon. Là se trouvait Camulogène. La septième légion, commandée par Labiénus, commença l'attaque. La luUe fui opiniâtre et meurtrière, et Camu-
iii6T. oe PAaiS. — T. I. 2
l8 HISTOIRJi DK PARIS. (At.J.-C&S,
logène périt avec Télite de ses Gaulois. Sa mort fut le signal de la défaite, et Labiéaus, après avoir taillé en pièces les Panses, vint rejoindre César, qui campait alors auprès à'Agendicum. Cette journée fut glorieuse pour les vainqueurs et pour les vaincu9« Peu de temps après, lors de la mémorable lutte qui eut lieu sous les nmvs à' Jlesia^ le contingent fourni par les Parties à Tannée nationale de la Gaule ne s'éleva pas à moins de liuit mille conibaitants; ils continuèrent par leur courage à retarder la déchéance de la commune patrie .
Nous serons sobres de détails sur les mœurs et les coutumes des Parises durant la période qui précéda la conquête de la Gaule par les armes romaines ; c'est dans les histoires générales de la Gaule qu'il faut chercher ces renseignements, applicables^ à toutes les grandes races kimri-gaêliques aussi bien qu'à la peuplade assez obscure dont Lutece était la principale bourgade.
En creusant le soi sur lequel vécurant les Parises on découvre, comme; dans le reste de la Gaule, les traces premières de la condition de nos ancêtres : des haches et des massues de pierre , des flèches armées d'une pointe de ^lex, les ornements ou les instruments vulgaires d'une société à demi sauvage. Aussi bien que les autres nations gauloises celle des Parises avait évidemment perdu peu à peu de sa barbarie et s'était laissée initier aux u^ges et aux liabitudes des peuples déjà civilisés avec lesquels les événements et le commerce l'avaient mise en contact. C'est l'histoire de toutes les familles liumaines. Les Parises , comme les autres Kimris-Gaëls, étaient hospitaliers, hardis à la guerre, pleins d'intelligence, doués d'une imagination vive, d'un goût prononcé pour les aventures extraordi-
nairesy nobles peuchants auxquels se mêlaient la involué^ l'orgueil et les vices des sociétés que n^avait point éc\m* rées la lumière de la vérité religieuse.
Ne se distinguant en rien des Gaulois de la race sé- Qonaise et des autres Celtes septentrionaux, les Parises étaient des hommes de haute taille, ayant la peau blanche, les yeux bleus, les cheveux blonds , le regard méchant et farouche. Les riches donnaient à leur chevelure une cou* leur d*un rouge très-prononcé en la lavant*avec de Teau de chaux, ou en Tenduisant d'un cosmétique composé d'huile et des cendres de certaines plantes. Le peuple portait les cheveux longs et flottants; les guerriers les relevaient en touffe sur le haut de la téte. La coutume était de laisser croître la barbe, mais les hommes d'une haute origine se rasaioitle visage et sé bornaient à porter de longues moustaches. Leur vêtement national était un pantalon appelé braie^ assez étroit. La blouse, encore populaire dans nos ateliers et dans nos campagnes, faisait essentiellement partie de leur costume. Par dessus ce vêtement les riches et les nobles portaient une casaque ou sme tantôt simplement rayée, tantôt revêtue de broderies ou die peintures, selon la condition sociale du personnage, qui la jetait sur ses épaules ou l'agrafait autour de son cou. Cette espèce de manteau court était remplacé , dans le peuple, par des peaux de mouton ou de bêtes iauves. Les hommes riches et les chefs militaires aimaient à se parer d anneaux, de bracelets et de colliers . Leurs armes défensives étaient le casque, le bouclier et, plus tard, des cottes de mailles j leurs aimes offensives, le gais , sorte de pieu durci aux flammes , le matras , la lance , le sabre de
cuivre, et une sorte de faux au fer large et recoùriïé en
20 HISTOIRE DE PARIS. (Av.J.-CôS.
croissant, el dont Temploi élait terrible. Tantôt ils ornaient leui^ casques de cimiers et de panaches, et tantôt ils les surmontaient de cornes d^élau ou de buffle. Sur leurs boucliers ou peiguait des figures bizarres, queiqueiuis d'uu aspect horrible, et c'était là le blason de nos barbares ancêtres. Les maisons étaient rondes , peu spacieuses , meublées avec simplicité. Chaque guerrier suspendait à la porte ou rangeait dans des coffres les têtes et les crânes desséchés des ënnemis qu'il avait tués ou qui étaient morrs sous les coups de ses ancêtres. Leui s repas étaient plus co- . pieux qu'élégants, mab l'étranger et Thote y avaient toujours une place d'honneur. L'usage voulait que la cuisse de Taninial servi sur la table fut le mets réservé au plus brave , et c'était là une source de contestations sanglantes. Ils méprisaient la vie, ou du moins ils bravaient la mort avec une folle témérité. Le mari avait droit de mort sur sa femme , le père sur ses enfants, et, lorsqu'il y avait présomption- qu'un homme avait péri victime d un empoisonnement ou d'un crime , sur ce*siniple soupçon on livrait sa veuve à d'effroyables tortures. La polygamie était autorisée par la loi ; mais cet abus était restreint, parce que la communauté des biens existait entre les époux et que le mari devait apporter une part égale à celle de sa femme.
Chez les Parises , comme dans le reste de la Gaule , le premier apprentissage de la jeunesse noble était celui des armes. Ceux qui, dans le combat , prenaient la fuite ou perdaient leurs boucliers, étaient notés d infamie. La barbare coutume du duel était chez eux en honneur; c'était pour eux un moyen de vider tous les différends et d'établir la justice des causes. Comme les autres Gaulois^ les
Apr.J.-a481.) LIVBE 1. CHAPiTR£ II. 21
jeunes Parises s*exerçaient à la nage; de bonne heure on leur apprenait l*art de monter à cheval; on les formait aux évolutions militaires. I^a chasse dans les foréls était Vun de leurs délassements favoris ; ils laimaient jusqu'à la passion, et ce jeu endurcissait leurs corps et tenait en Iialeine leur courage. Us empoisouuaient quelquefois leurs flèches. Le reste du temps était consacré aux festins ; l'usage des Gaulois était de manger assis, selon la coutume moderne, et non d'après Thabitude des Romains. Les repas se terminaient souvent par des combats singuliers , amenés par l'ivresse , et quelquefois par le chantdes hymnes nationaux t^u'entoiiiiaient les bardes et qui célébraient la gloire des ancêtres.
Le vol était puni de mort lorsqu'il avait été commis dans Teuceinte de la ville; dans le cas contraire on Texcusait comme une industrie propre à former le courage ou à. entretenir le mépris du danger. L'homicide de Té* tranger était châtié plus rigoureusement que le meurtre du concitoyen. Le maître était juge de ses esclaves, mais il ne pouvait leur appliquer que les lois ordinaires du pays. Il était défendu de s'entreteiiii tles affaires publiques hors du conseil et des assemblées de la nation ; on devait se borner à informer confidentiellement le magistrat de tous les événements graves dont on avait le premier connais* sance. Les tribunaux étaient présidés par les druides, qui semblaient ainsi s'être réservé le monopole de la justice. Les druides excluaient des sacrifices ceux qui ne s'en tenaient pas à leurs décisions, et cette excommunication plaçait les interdits au rang des scélérats et des impies que chacun fuyait avec horreur. Quant aux esclaves, ainsi qu'on vient de le voir^ leur condition était loin d'être
22 HISTOIRE DE PARIS. (Av.J.^SS.
odieuse et intolérable comme à Rome; ils étaient plutôt lies valets de ferme ou des serfs tributaires ijue de véritables esclaves. On payait un droit pour les marchandises que transportait le commerce, et c'était une source iui« portante de revenus pour les habitants de Lutèce.
La uoblessç était hérédilauc et formait un ordre à part, au-dessous des prêtres et au-dessus du praple. Soit qu'elle fut un patriciat basé sur des traditions religieuses, soit qu'elle ne. résidât que. chez les desceudants des anciens chefs, elle ne conférait aucune prépondérance légale tlaus le gouvernement ui clans Taduiinistration de la cité. « Tous les chevaliers, ditCésar, devaient prendre les armes dès que la guerre était déclarée. Ils avaient toujours autour d^eux un nombre d^ambacies et de clients proportionné à l'éclat de leur naissance et aux ressources de leur patrimoine. C'était là , pour eux , la seule marque de crédit et de puissance (i). » CJiaque noble parise commandait à un certain nombre de familles ; de là une hiérarchie de prescriptions et d'obâssance , un lien permanent et saci^é, qui n'était, au demeurant, sous de^ (appellations différentes, que la féodalité avant le christianisme, (c Chez les Gaulois, dit encore César, ce n'est pas seulement dans chaque ville, dans cha({ue canton et dans cliai^ue campagne qu'il existe des factions, mais aussi dans chaque maison... La raison de cet antique usage paraît être d'assurer à ciiacun, dans le peuple, une protection contre des hommes plus puissants, car nul ne souffre que Ton opprime ou que l'on circonvienne ceux qui sont sous sa tutelle (2). »
(1) Cies., (/e Beil. GaU,, lib. V X, c. l5.
Apr.J.-C.<i81.) LIVRE 1. CHAPITRE IX. 2^
Le peuple, chez les Parises comme dans toute la Gaule, comprenait ceux de la nation <pii o^appartenaient ni à la caste des druides^ ni à Tordre des équités ou nobles; il embrassait donc dans sa généralité les hommes libres et les colons.
La langue des Pai*ises, comme les autres idiomes gau* lois, n*a point survécu aux âècles; mais quelques débris de ce langage, qui fut celui des peuples du Nord, subsistent encore dans la Grande-firetagne et dans nos départements armoricains. L*art de récnlure ne leur était pouit étranger ; ik s*en servaient dans leurs actes publics et danà las transactions civiles. Il paï aît qu'ils eiiiplojaieiiL des caractères à peu près semblables à ceux qui étaient en usage chez les Grecs, mais ils leur donnaient une signification difFérenle. Il est probable que les caractères dont ils se servaient pour écrire avaient été introduits dans la Gaule par les navigateurs phéniciens. Les druides s'abstenaient de se servir de ces caractères pour transmettre aux peuples leurs maximes et leurs doctrines; ils usaient d un langage luérogl^hique , .dont les éléments étaient empruntés au règne végétal : c'était la langue des Rhin ou Run^ c'està-dire des mystères. « Je connais, dit un chant des bardes, la signification des arbres dans l'inscription des choses convenues. Les pointes des arbres imitateurs, que murmurent-elles si puissamm^t, ou quels sont les divers soufBes qui murmurent dws les troncs? Lorsque les rameaux iîirent marqués sur la table des sentences, les rameaux élevèrent la voix. j> ,
lia religion des Parises était évidénmient celle des Kimris-Gaëlsquipeuplaientla Gaule centrale et la Gaule armoricaine* Gésaret lesBomains qui combattirent sous ses ordres
24 HISTOIRE DE PARIS. iW.j.-C.W.
criirciU reconnaître , parmi les divinités de la Gaule , la plupart des dieux de TOlympe grec et latin ; or, eu dépit de cette croyance du guerrier qui conquit la Gaule, il est aujourd'hui bien avéré que les dieux adorés par nos ancêtres n'avaient aucune similittide avec ceux de rOlyiupe liomérique ; on ne leur attribuait ni les passions ni la forme de l'homme; on ne les associait point aux querelles des rois et des chefs, et on avcui une idée assez élevée de leur nature pour ne leur attribuer aucune des aventures ctranges que les Grecs et les Romains prêtaient si complaisamment à leurs dieux suprêmes. Les divinités de la Gaule, en rapport avec les moeurs farouches et sauvages de leurs sectateui^s, se plaisaient au sang et au cai^nage ; elles étaient insatiables de larmes et dMiécatombes humaines, mais elles n'empruntaient ni le corps des mortels ni celui des animaux pour satisfaire leurs amours et dégrader leur essence.
Les origines du paganisme gaulois paraissent se rattacher aux théogonies de rOrient, même à celles de l'Inde. Le nom de Teutatès, qu'ils donnaient au plus formidable de leurs dieux, rappelle le dieu Tlieut des Phéniciens. L'adoration ou la personnification des forces de la nature , l'une des formes essentielles de leur polythéisme, semble empruntée aux idolâtries des Perses et des Scythes , tandis que leurs mystères , inaccessibles autant que redoutés , rappellent les orgies de Samothrace, trop fameuses dans
l'histoire des aberrations de Thomme.
Les druides^ comme les prêtres païens de Tlnde et de l 'Egypte 9 enseignaient l'éternité de Tesprit et de la matière; ils croyaient à la transmigration des ames, à un Olympe Walhalia moitié mystique, moitié sensuel, où les
Apr.J.C.<k81.) LIVRE I. CHAPITRE II. 25
guerriers retrouvaient leurs armes, leurs chars, leurs chevaux: I se livraient de joyeux combats, et buvaient un céleste hydromel dans le crâne de leurs ennemis.
Les druides étudiaient avec soin le cours des astres et les phénomènes de la nature ; habiles dans Fart de connaître les plantes médicinales, ils guérissaient les malades et acquéraient sur l'imagination des peuples une puissance très-étendue; ils avaient la prétention de ne rien ignorer de ce qui concernait Tordre des choses^ la magie, l'essence des dieux et de l'âme, èt les forces (|ui prêtent une sorte de vie à la matière.
Le chêne était Tarbre sacré du dmidisme ; tous les ans, et proiiableinent le premier jour de l'année, qui corres* pondait, dit-on, au sîxièmede la lune de mars, les druides et le peuple se rendaient dans les forets, et coupaient avec une faucille d'or un rameau de gui que des prêtresses recueillaient religieusement dans un drap, avant qu'il fût tombé à terre.
A la mort d'un guerrier ou d'un grand on égorgeait sur son tombeau ou l'on jetait dans les flammes qui dévoraient ses restes un cheval de guerre, des esclaves, sa femme elle-même. Quelquefois ces sacrifices étaient volontaires.
HISTOIRE DE. PAAIS.
CBAPITRË III.
Paris «mf la domination rooiaine.
A partir de la conquête romaine, et durant trois siè* des, les souvenirs historiques sont muets à l'égard de Lutèce. César avait rangé cette ville au nombre des vectigales j c'est-à-dire des cités soumises à un tribut ; c'était la coudition commune à toutes les villes de la Gaule celtique , à l'exception d'un très-petit nombre que Pline énumère et parmi lesquelles il ne range pas la capitale des Parises. Cette cité n'en était pas moins assez importante, au moins comme position stratégique et comme place commerciale.
Lit GtiLile tout entière étant placée sous le joug de Rome^ César se montra doux et clément envers les vaincus. Le tribut qu'il leur imposa fut déguisé sous le nom honorable de solde militaire ; il respecta Torganisation intérieure, les habitudes et les mœurs, et, pour flatter l'esprit guerrier de ces peuples, enrôla à tout prix l'élite de leur jeunesse dans les légions romaines.
Octave , après la mort de César, traita durement la Gaule. Par une mesure habile il entreprit d'affaiblir le sentiuRiit national en donnant une division nouvelle au territoire. La Gaule fut partagée en quatre vastes régions, désignées sous les noms de Narbonuaise , d'Aquitaine, de Lyonnaise et de Belgique. Lutèoe fit partie de cette quatrième légion. Un peu plus taicl les empereui^s ro-
Apr.J.-C;;.Wl.) LIVRE I. CHAPITRE 111, 37
tuains substituèrent à cette première répartition du territoire conquis une nouvelle division géographique qui par* tagea la Gaule en dix«sept provinces. Les Parises et Lu* tèce appartinrent aioi*s à la quatrittm Ljonnaisej dont le chef-lieu était Sens. Devenu empereur sous le nom d'Âu« guste Octave donna à la Gaule pour capitale la ville de Lugdtmum^ Par ses soins Tintérieur du pays fut désarmé, et deux camps de quatre légions lurent établis sur leKlûn pour contenir à la fois et les Germains, déjà ligués contre iloine, et les populatious de la Gaule septentrionale, au nombre desquelles figuraient les Parises. L'empereur institua pour la Gaule un régime d'impôt régulier, mais oppi^essif . Il s'attacha à détruire le druidisme ; il interdit aux Gaulois les sacrifices humains et fit adopter, |)euà peu, par les classes élevées, un paganisme qui était comme une transaction entre la sauvage idolâtrie des Celtes et le polythéisme d'Atlicues et de iiome.
£n Tan 68 Galba, pour récompenser les Gaulois de leur dévouement, qui l'avait appelé à Tempire, accorda le droit de cité à toute la Gaule, à Texception des villes riveraines du Rhin, qui s'étaient prononcées pour Néron. On présume que dès cette époque Lutèce fut rangée au nombre des villes municipes. Quoi qu*il en soit, l'histoire particulière de Liutèce continue à se perdre dans l'histoire générale de la Gaule romaine ^ et celle-ci est presque toujours absorbée par l iustoii e de l'empire romain ; elle ne s'en détache de loin en loin que par des incidents tels que des révoltes locales, et 1 adliésiou à des Césars ou à des candidats impériaux arborant contre Rome le drapeau des guerres civiles. Le récit de ces événements ne l'entrerait pas dans le cadre qui nous est assigné.
^8 HISTOIRE 1>E PARIS. (Av.J.-C.55.
Un détail se rattache particulièrement aux annales de Lutèce : sous le règne (le Tibère les Nautes Parisii avaient élevé un autel à Jupiter; ce n'étaient point de simples bateliei^, mais une corporation puissante de né* godants par eau.
En 1 j II on retrouva les débris du iiionuinent que les Nautes avaient élevé en Thonneiir de Jupiter. Ce monument se composait de neui pierres sculptées, pour la plupart, et portant des inscriptions. T^es sculptures présentaient un bizarre mélange la mythologie romauie et de la religion gauloise. A coté de Jupiter, de Yulcain, de Castor et de Pollux , on l'emarqu'ait ^us , le taureau saci^, couvert d'une draperie en forme d'étole et portant trois figures de grue, et le dieu gaulois Ceraunnbs, protecteur de Lutèce (i).
(t) L'ensemble de ce moaumeut lorinait un autel situé au contluent de deux bras de la Seine. Comp<»é de pierres cubiques^ U avait l'apparence d'un piédestal d'enviroD deux mètres de hauteur, qui , vraisemblableineoty portait la statue de Jupiter; ce piédestal était accompagné de deux autels, Tun destiné aux sacrifices et Tautre à &ire brûler de Fenoens. Oo remarque dans ce monument la réunion des dieux gaulois et romains, des dieux des vainqueurs et de ceux des vaincus, Tassociaiion paisilile des divinités du Capilole, (.asior, Polhix, Jupiter, f'^ulcnin, yénus, Mars, etc., avec les dieux barbares, y£sus et Cernunnos, A Tépoque de l'érection de ce monument, les routes de terre étant rares et impraticables, tes Romains n'efiectuaient le transport des vivres et munitions nécessaires à leurs armées que par la voie des rivières navigables. LuiêcCf située sur la Seine, rivière dont la navigation est commode, dans laquelle viennent déboucher quelques autres, telles que l'Yen ne, la Marne et l'Oise, pnnit dans une position heureuse et servit de point eentral à la navigation d'une partie de la Gaule. Aussi voit-on, vers la fin du quatrième siècle, qu'il existait sur la Seine, à Andresy, une flotte de bateaux soos la direction d'un préfet résidant à Paris, et que, lorsque les Francs eurent succédé aux Romains, une corporation de bateliers s'est nUintenoe
Apr. J.-C Ml.) UVBE f. CHAPITRE III. 39
Tja compagnie des Nautes a éveillé, à juste titre, i'at-
îciilion des aniialistes de Paris. Uiit^ pait ille société ne pouvait subsister que dans une ville devenue eentre coininerc ial, ayant des marchés, des ports^ des entrepôts, et, conséquemment, une police des juges et une administration munidpale. Les fonctions principales des inspecteurs
longtemps dans ceUe ville, sous les noms de Mercntores aquat Parisiaci^ de marchands pat eau, de la con/rétie des marchands de Ceatt, etc. Les pierres de ce moframcnt oot, en partie, é(é transférées , en i8i8> dit If osée des Monuments français au Musée des Antiques du Louvre; en
i82aclies furent réunies dans une des salles des Augustins, ci-devant Musée des Moimuieuts i'rauçais, pour ctre, plus lui d, placées au palais des Thermes.
L'inscription principale tracée sur Tune des pierres se traduit ainsi :
Sous Tibère César Auguste, les bateliers parisiens ont publiquement éle^ cet autel à Jupiter très'bon, très-grand.
Les trois autres iaces de ia même pierre portent diacune un bas-reiief. Le premier a pour sujet deux figures d'hommes à mi-corps, armés de piques et de boucliers de forme elliptique. On y voit la place d'une troisiLiiiu Éiglut' ii tiste. Ces fi^^nrcs sont dans Paltitude d liinnmos en liiaichc. Au-dessus de ce bas-reliet, dégradé par le teuips, devait èUe uue iuscription que la cassure de la pierre a enlevée.
Sur une autre Éaoe de la même pierre , un second bas-relief, mieux conservé, présente trois soldats barbus, armés de piques et de boucliers en forme de losange à pan coupé. Un de ces soldats se fait remarquer par un grand cerceau qu'il porte sous le bras droit. Au-dessus du basrelief est gravé ce mot : Evhises.
Le troisième bas-relief offre pareillement trois figures à mi-cor|)s, drapées à la romaine : deux s(; présentent de face ; une Iroisiètnc, de profil, regarde les premières et semble leur adresser la parole ; elle parait tenir en main un aviron ou une rame. Ces ligures sont tràs-frustes. Audessus on lit : Sbvavi V... i.i.. o. m.
Une seconde pierre a, sur deux de ses faces, deux figures à mi-corps, qui se ressemblent et ne diffèrent que dans C|uel(jues parties de leur vêtement. Toutes deux uat la main . auehe année d'une liasie; i hacune a le hr^9, droit élevé sur la tête d'un cheval et en tient les rênes. Au-dessus d'une de ces figures ou lit : Castoa } au-de&i>us de l'autre la fracture de
3o JlisSTOlHt DE PARIS. (AV.J.-C.53.
de la société étaient de prolegtT le commerce, de pourvoir à la liberté de la navigation et d'assurer la police des ports. C'était «là comme Forigne des attributions municipaies du Paris du moyen âge et du Paris moderne. Les compagnies des Nautes avaient une grande utilité alors que, la Gaule étant presque entièrement couverte de
Ja pierre n'a laissé aucune trace d^lDacriplioQ ; nais, d^afirès la parité «le ces deux figures, et d'afirès le nom de l'une d'elles, il est évident que celui de l'antre était Pot.t.ttx. Une autre faro de la même pierre présente le buste d'uue divinité ilont le tront chauve est armé de deux cornes élargies et fendues à leur extrémité comme celles d'un cerf. De cbaqueeome pend uo anneau. Le bas-relief de la quatrième fiice de cette pierre a pour sujet un homme à mi-corps, tenant en main un faisceau de feuilles faisceau qui ressemble à cet instrument de culte que les Romains nommaient aspergiUum,
Une troisième pitue, plus large que les précédentes, a des ha^-K iielsur ses quatre faces et n'a point inscription. Sur Tune on crull recimnaitre Mars et une ligure peu caractérisée; sur Tautre on distingue Vénus et Mercure. Quelques autres figures frustes occupent les deux autres fiices.
Une quatrième pierre cpbique, plus forte en dimensions que les iiréoédentes, offre, sar une de ses faces un taureau couyert de l'élole sacrée
et dessiné sur un fond de feuillage ; trois grues sont placées, Tune snr sa tête, lesdeux autres sur son dos. L'inscription de ce has-relief est eniière ; la voici : Tarvo« Trigaranvs. On pense qu'au lieu de 7 a/ vos, ou plutôt Taruos, on doit lire Taïuus. Le mot trigaranus semble désigner les trois grues ; aiosi cette inscription pourrait être traduite par le tau^emu atix troh grues. Le bas-relief est ici l'interprète de l'inscription. Os tau* reau, objet d'un culte presque universel, était aussi celui du culte des Gaulois. Sur une autre face de la même pierre est une figure en pied, à demi couverte d'une draperie ou pahuiamentum ne dépasse ])as les "cnoux ; elle tient de la main droite un marteau et de la gauche des tenailles. L'inscription porte Volcanvs; c'est le dieu Vulcain. Sur la troisième face on voit une figure d'homme barbu, et à demi couvert d'une ample toge qui lui descend jusqu'aux pieds. Snr la quatrième lace et un personnage que l'inscription Esus désigne sufifisanuneni pour la prineipale divinité gauloise.
Apr>&4.Ml.j LIVRE I. CMAPITAE III. 6i
forets et dépourvue de routes, les rivières etaieut les voies les plus sûres et les plus commodes pour le transport des iiiarchamlises.
Od appelait Nautes^ dit le Code Théodosien ( livre XII, titre 3), naviculaires ou scapliaireSy ceux qui iaii^aient leur principal occupation du commerce par Teau; ce n'étaient pas de simples bateliers, comme quelques-uns ont voulu le faire croire^ leur profession ëtaii plus élevée. Ils comptaient parmi eux des sénateurs, des décurions, des questeurs et des chevaliers .
Les gens de commerce, chez les Parises, étaient distribués en différents corps, indépendants les ims des autres et seulement unis par les liens du commerce.
L'Allemand Gruter nous apprend que chacune de ces sociétés avait son district .et devait être soumise à un pa- Uoa, qui lui-même était naute. Ainsi , Marcus rroiilon, quoique seçir d' Atx, c'est-à-dire un des six premiers magistrats fie cette ville, prend le titré de patron desnautes do la Durance, de même que Jalvin Sévérian , patron et directeur de ceux du Rhône, et Lucius Bésius, chevalier romain, patron des nautes de la Saône, était naute luimême.
Ces corps avaient de très-beaux privilèges ; les lois vomaines les déclaraient exempts de toutes charges publiques, comme tutelles, curatelles et contributions ; les marchandises quHls &isaient voiturer étaient exemptes de plusieurs droits, et il n'était plùs permis de les saisir, même pour dettes, lorsqu'une fois elles étaient rendues aux marchés pour lesquels elles étaient destinées. Survenait-il quelque différend entre eux : il était terminé par des arbitres, qui étaient alors des juges de commerce.
3â HISTOIRE DE PARIS. (AT.J.-C.M
C'est à peu pies tout ce i[uc nous savons des aiuiales de Lutèce sous les premiers Césars et aux jours de la Gaule |><tienne. Cependant une ère nouvelle allait s'ouvrir pooi' ce pays avec la régénération religieuse de l'empire romain. L'idolâtrie avait fini son temps ; le culte de Jësus-Clirist comuiençak le sien , et le sang des martyrs, comme une merveilleuse rosée , fécondait cette religion sainte.
Les savants ne sont point d'accord sur Tépoque où le christianisme fut introduit à Lutèce par saint Denis , principal apôtre des Gaules ; on a diversement inteiprété le texte de Grégoire de Tours quuiionLionne cet événement, avec la mission de plusieurs autres saints, envoyés de Rome, et qui prêchèrent la foi chrétienne à Arles, à Tours , à Narbonne , à Toulouse , en Auvergne et à Li* moges. 11 est vraisemblable que les missions .confiées à ces iionmies apostoliques eurent lieu à des époques trèsdifférentes, tandis que*Grégoire de Tours , en les rappelant dans une seule phrase, semble leur assigner une même date, ce qui n'est guère admissible et ce que d'autres monuments historiques contredisent. L*apôtre qui prêcha le premier à Paris la foi chrétienne fut*il saint Deais l'Aréopa^ite, disciple de saint Taid ; ful-11 im évéque du troisième siècle, mb à mort sous le règne de DècePCe point historique est tellement controversé que nous n'osons espérer le résoudre à Taide de nos faibles lumières. Nous nous en rapportons à Tautorité de l'Église, si elle daigne se prononcer directement et affirmativement à cet égard (i). En attendant nous hésiteroAs à croire
(i) Voir trois vies de saint Deoîs l'AréoiNigite par dm anteors gracs»
ipr.J.-C.A81.) LIVRE 1. CUAPIXAE ill. 33
(jue le christianisme ii aii lUû introduil chez les J^unses que vers !e milieu du troisième siècle. La vérité ne mettait pas deux cents ans à faire le chemin de Rome à Lulècc, et nous ne pouvons admettre que la Gaule, étant une province romaine traversée jmr des routes , enrichie par un iuuuense concours de commerçants ei de voyageais, bien plus à portée des premiers papes que FAmérique du Sud ue lest aujourd'hui de Rome, soit demeurée si longtemps étrangère aux bien&its de la foi. Dès le premier siècle on avait évangéliséla Perse, l'Ethiopie et les Indes. Pourquoi, lorsque Home comptait dans ses murs un si grand nombre de Gaulois, s*en serait-il trouvé si peu d'initiés à la connaissance de la religion des martyrs Pierre et Paul y si peu qui eussent la généreuse pensée de rapporter dansieur pays la bonne nouvelle ?
Quoi qu'il en soit, il y a beaucoup d'incertitude sur le
savoir : l'uoe de saiot Méthodias» ^triarche de Goostaiilioople» né vers h fin du hoUième sîède et mort eo S47 ; l'autre de Micbel Syngelle ou SyDcelle, prêtre de Jémsatein, oontemporain de saint Métho^lius ; la troisième de SSméoi), personoa^ érodtt et considérable du dixième
siècle. A ces écrits on peut ajouter Pahrégé qu'en donne le Grec Nicéj)hore, dans son Histoire ccclêsiasti(iue. M. Tabbé Rolit ijachcr, quia publié de si vastes travaux sur les annales de l'Église catholi(|uc , nliésite pas à adopter la tradition qui, de saint Denis PAréopagite et de saint Denis» premier évéqne de Paris, oe fait qu'un seul et même personnage. L'opinion contraire est généralement reçue en Fhmce, à ce point que Ton y range nombre des hardiesses historiques la tradition basée sur les annalistes grecs et sur le Bréviaire romain. Le Bréviaire de Paris place la ft'te de saint Denis l'Aréopa^ite au 3 octobre , et celle de saint Denis^ évcque de Lutèce, au 9 octolire. Nous n'avotis pas autorité pom résoudre une question entourée de difficultés si grandes ; mais nous inclinons a accepter» bien qu'elle semble nouvelle en France, l'hypothèse qui fait dé saint Denis l'Aréopagite, qui vivait au premier siècle de l'ère chrétienne, Fun des plus illustres apdti'es de la Gaule.
BitT. oc PAR». — T. I. s
3/| HISTOIRE DE PARIS. (Av.J.-CSS.
lieu OÙ saint Denis et ses deux compagnons^ Rustique et
Eleutlière, furent martyrises pour la^luii c de Jésus-Clhrist. D'après des monumeots qui ne remontent pas au delà du sixième siècle , on croit ((u'ils fiirent décapités , hors des mui's de Lutèce , sur la colline qui^ en leur honneur, fut plus tard appelée Mont des Martyrs, et par abréviation MonimarU e. Suivant la légende les persécuteurs ordonnèrent c]u'on jetât les trois corps dans laSeine ; mais une femme pieuse pai*vint à les enlever et les fit secrètement inhumer dans un champ qu'elle possédait à Catolacum ; puis , lorsque la persécution eut cessé, elle leur fit dresser un tombeau près duquel fut élevée ^ sous les Mérovingiens , la célèbre basilique de Saint-Denis. Tlilduin, qui écrivait au neuvième siècle, d'après des traditions populaires dont Porigine nous est inconnue, avança le premier que saint Denis , après sou martyre , avait porté sa téte entre ses mains ; c'est toujours ainsi que le représentent les naïves effigies du moyen âge , et cette croyance est demeui^ée chère aux multitudes.
Vers le iiiciue temps la Gaule fut ei) proie à des tentatives anarchiques et à des soulèvements populaires qui sont fameux dans riiisloire sous le nom de révolte des Bagaudes, Ce nom , qui parait avoir eu la signification de brigand ou de rebelle , fut donné à des paysans poussés à l'insurrection et à la vengeance par une longue série d'exactions et de misères , inévitable conséquence des révolutions et des guerres in t( >i mes dont la Gaule fut le théâtre depuis l'avènement de Gallien jusqu'à celui deDio* citrtien. Pillés et opprimés par les agents du fisc, livrés aux excès d'une soldatesque sans frein, ne trouvant aucune garai] lie dans Tordre social, sans cesse exposés aux
Apr.J.-CWl.) LIVRE 1. CHAPITRE lll. 35
effroyables incursions des Laibaitis, trop souvent trahis par leurs propres maîtres , les paysans en étaient venus, dans plusieurs provinces gauloises, à chercher des ressources clans le brigandage à main armée. Ces rassemblements sedounèrent des^hefs, dont les principaux, Célianus et Amandus , prirent les titres de César et d'Auguste et firent frapper des médailles à leur effigie. Tous deux se mauitinrcnt longtemps , avec leurs troupes, dans une position fortifiée, sorte de presqu'île que forme la Abirne avant de se jeter dans la Seine, etqui, longtemps appelée Château des Bagaudes , a conservé de nos jours le nom de Saint-Maur-les- Fossés. De ce point, où ils étaient à labri des attaques de l'armée romaine, les Bagaudes faisaient des excursions dans les vallées de la Marne et de Toise , et jusque sur la Saône. Le César Maximien, à la tête d'une armée, assaillit les Bagaudes, les dispersa dans plusieurs . rencontres , en iit un grand carnage et rejeta leure débris dans les bois et dans les montagnes. Nonobstant ces sanglantes défaites la bagauderie ne fut point détruite ; elle se perpétua sous d'autres chefs; elle renouvela ses brigandages, et toutefois ne se trouva plus en état de lever des armées et de tenir tête aux troupes réglées.
Le prétoire des Gaules avait pour chef-lieu la ville de Trêves. Les barbares, qui ne cessaient de menacer le Rhin , pouvaient d^un jour à l'autre se rendre mattres de cette capitale. Les empereurs cherchèrent une position moins exposée aux tentatives des Germdns et des Francs , et ils reconnurent queLutèce , doininantà la fois les vallées de la Seine, de la Marne et de l'Oke, pouvait fort à proposservir de campement d iiiveraux troupes romaines. Ils y construisirent un palais, une place d'armes, des aqueducs et
36 HISTOIRE ]>£ PARIS. (Vv.J.^:.53.
uu ampiiithcâtre; le quartier romain, qui se composait de ces établissements et de leurs accessoires, s^étendait de k rive ^^'luche dv la Seiiie à la haiiicnir connue alors sous le nom de jA)CUtitiu& et plus tard de montagne Sainte-CfCneviève. il f ui iiiaitcoinuie le faubourg méridional de la ville, toujours confinée dans la grande iie de la Seine, avec laquelle il communiquait par un pont de bois où convergeaient les principales routes militaires de la Gaule. Si Ton veut se faire une idée à peu près exacte de ces diverses posi* tions en les comparant au Paris moderne , on verra que le camp retranché des Romains couvrait la place Saint- Michel (récemment démolie pour faire place au boulevard de Sébastopol) et une partie des terrains du Luxembourg. Sur le LoculUius s'élevait un temple de Mercure ; prcs de là, sur un emplacement que traverse aujourd'hui la rue des Fossés-Saint-Yictor, était le cirque ou l'amphithéâtre destiné aux courses de chevaux. Le palais impérial , appelé les Thermes, était au lieu ou ses débris subsistent encore \ un aqueduc amenait aux Thermes l'eau du village d^Arcueil. Sur la rive droite un temple de Mars s'élevait vers les hauteurs où saint Denis avait souffert le martyre. Lutèce était renfermée dans l'ile de la Cité, un peu moins eleiidue qu'elle ne l'est aujourtrhui. Un palais s élevait dans la région occidentale de Tile , au lieu où existe de nos jours le Palais de justice; à l'autre extrémité de l'île se trouvait l'autel des Nantes, Une voie romaine , venant du midi, pénétrait dans Lutèce par le petit pont , et traversait des rues qui , à cette heure , ont fait place au boulevai-d de Sébastopol ou vont disparaître pour favoriser , dit-on , la constmclîon d'une immense caserne. La voie romaine sortait delà ville par le Grand-Pont (le Pont-au-Change),
ipr.J.-aciSl.) LIVKE I. CHAPITRE lil, Z']
aboutissait à ce que nous appelons la [Adi v du Cliàtelct , et delà prenait une voie oblique dansla direction qu'indiquent aujourd'hui CHchy et Saint-Denis. D'autres voies aboutissaient à Lutèce , du côté du nord et au nûdi , mais leur importance était moindre.
L'cvéque de Paris, martyr de la foi cliiéticnnc, avait eu des successeurs dont on cite les noms : c'étaient Mallo, i.Iassus, Mai eus, Adventuset Victorin, qui assista, eu 347 » au concile de Sardique. De meilleurs jours étaient venus pour le christianisme; la foi s^était assise sur le trône en la personne de Constantin. Cet empereur, son père, ses fils séjournèrent successivement dans les Ciaules et campèrent vraisemblablement sous les murs de Lutèce. Cette ville ne devint toutefois le théâtre d'événements importants que vers le temps où le César Julien y établit sa résidence.
Nommé César en Fan 355 , Julien hiverna à IjUtèce en 358 et en '35g. il habitait le palais des Tliennes, avec son épouse Hélène , fille de l'empereur Constance. Voici dans quels termes il raconte lui-incme le séjour qu'il fit en cette ville : « Je me trouvais , pendant un hiver , à ma chère Lutèce (^c'cst ainsi qu'on appelle dans les Gaules la ville des Parises). Elle occupe une ileau milieu de la rivière. Rarement la rivière croit ou diminue : telle elle est en été, telle elle est eu hiver ^ ou eu boit volontiers l'eau très-pure et très-rianteà la vue. Comme ses citadins liabitcnt une île, il ieui' serait difficile de se procurer d'autre eau. température de l'hiver est peu rigoureuse, à cause, disent les gens du pays, delà chaleur de l'Océau, qui, n'étant éloigné que de neuf cents stables, envoie un air tiède jusqu'à Lutèce. Pai cette raison, ou par une autre que j'ignoi'c, les
choses sont ainsi» L'hiver est fort doux aux habitants de
38 HISTOIRE DE (Av.J.-C53.
cette terre; le sol porte de bonnes vignes; les Parises ont même 1 art d'élever des figuiet^s eu les eaveloppaut de paille comme d*un vêtement et en employant les autres moyens dont on se sert pour mettre les arbres à Tabri de. l*inteinpërie des saisons. Or il arriva que l'hiver c[ue je passai à Lutcce fut d'une violence inaccoutumée; la rivière charriaitdes glaçons comme des carreaux de marbre. Vous connaissez les pierres de Plirygic ? Telsétaient , par leur blancheur, ces glaçons bruts, larges, se pressant les uns contre les autres, jusqu'à ce que, venant à s'agglomérer, ilsformassent un pont. Plus dur à moi-même et plus rustique que jamais, je ne voulus point souffrir que l'on échauffât h la manière du pays la chambre oiije couchais. » Il dit ailleurs que , s'étant déterminé à user de ce moyen de chauffage , il faillit être etouiie par la vapeur du cliarbon. Quoi qu'il en soit, après avoir reproduit, à la suite de tous les historiens, les détails que Julien donne sur Paris au quatrième siècle ^ nous n'hésiterons pas à dire qu^ils offi*ent un médiocre intérêt et ne révèlent pas l'effort d'une observation bien attentive.
En Pan 36o un concile fut tenu à Paris sous I Vpiscopat de Paul, successeur de Yictorin. Cette assemblée adhéra au Symbole de Nicée, avec toute T Église catholique , et rejeta la profession de foi des ariens. Pour la première fois, comme le témoigne la lettre synodale du concile, le nom de 'Paris fut attribué à Lutèce, et nous ne cesserons plus de le lui donner.
Un grave incident eut lieu dans cette viilt; et en la même année ; voici dans quels termes Julien le raconte : « Constance , jaloux de mes succès, m'écrivit une lettre, non-seulement pleine d'outrages pour moi ^ mais encore
Apr.J.-CMl.) LIVRE I. CHAPITHK 111. 3y
menaçant la Gaule d'une complète ruine. Il m'onlouiiait de retirçr de la Gaule presque tout ce qui s'y trouvait de
bonnes troupes , en me priant de ne rien empêcher Je
me soumis. Les C«eltes et les Pétuians, mes meilleures légions , arrivèrent à Paris pour se rendre vers l'Orient. Au déclin du jour le palais tut subitement assiégé par la foule des soldats poussant des cris , tandis ([iie je réfléchissais à ce qu'il fallait faire et ii étais nullement rassuré. Je m'étais rétirée, avec mon épouse, dans une chambre haute, et jy étais couché.. Là adorai Jupiter par une ouverture qui se trouvait dans le mur; mais, commeles clameurs augmentaient et que tout le palais retentissait du tumulte , je demandai au dieu un signe de sa volonté. Il me le donna sur-le-champ et m'avertit de ne point m'opposer aux désirs deTarmée. Malgré ces ordi^ du Liei je ne me rendis pas; je résistai tant que je pus, et refusai le titre d'auguste aussi bien que la couronne qu'on m'offrait. Mais eufin, comme je ne. pouvais vaincre seul la persistance de cette foule et que d'ailleurs j'avais les dieux pour moi, je finis, vers la troisième heure, par me laisser couronner d'un collier que me présenta uu soldat et je rentrai au palais gémissant au fond du cœur. » On voit percer dans ce récit • l'amhition hypocrite de Julien, qui feignait de désavouer une sédition secrètement attisée par ses affidés et ses complices.
Un historien moderne résume ainsi les événements qui s'accomplirent ensuite.
«f Assis sur un tribunal élevé aux portes de la ville , Julien invite les soldats à obéir aux ordres d'Auguste ; les soldats gardent un silence morne et se retirent à leur camp. Julien caresse les officiers, leur témoigne le regret de se
4o HJSTOIIIE DE PARIS. (Vv.J.-G53.
séparer de ses compagnons clVroMs sans les pouvoir ré-
coinpeuser diguement. A minuit les légions se soulèvent , sortent en ttimulte du banquet donné pour leur départ y environnent le palais , et, tirant leurs ëpces à la lueur des 'flambeaux, s*écrient : Julien auguste!
• « Il avait ordonne de barricader les portes ; elles furent forcées au point du jour. Les soldats se saisissent du césar, le portent à son tribunal , aux cris mille fois répétés de Julien auguste l Julien priait j conjurait, menaçait ses violents amis, qui , h leur tourjui déclarèrent qu'il s'agissait de la mort ou de l'empire. 11 céda. Une acclamation le salua mattre ou compétiteur du monde. Il fut élevé sur un bouclier comme un roi franc, couronné comme un despote asiatique; le collier militaire d'un hastaire lui servit de diadème, car il refusa d'user a cette fin (étant chose de mauvais augure ) d'un collier de femme ou d'un ornement de cheval que lui présentaient les soldats. Afin qu'il ne manquât rien d'extraordinaire à Tavénement du restaurateur de l'idolâtrie , Julien écrivit au peuple et au sénat d'Athènes la relation de ce qui s'était passé a Paris. »
La plupart des historiens se sont complu à vanter ce qu'il y eut de sincère dans la résistance de Julien ; évidemment il Êiut se tenir en garide contre leur admiration de coniniaude. JuUen résista aussi longtemps que cela fut nécessaire f soit pour stimuler l'enthousiasme des légionnaires, soit pour se mettre à couvert en cas d'insuccès; mais il aspirait au fond du cœur à gouverner l'empire, et il était heureux d'un soulèvement prétorien cpii lui donnait la pourpre.
Peu de temps après on vit arriver h Paris le questeur de Constaace, çharg;é d'anpuler tout ce qui s'était passé au
Apr.J.-Caai.) JLiVjRE 1. CHAPITRE IJI. 4'
profit (le Julien ; sa mission échoua j grâce à renthousiasine des légions i*ëvoitées et aux adroites combinaisons du chef qu^elles avaient proclamé auguste. Cependant il fallait sou* tenir par les armes l'élection militaive qui opposait Julien à Ck>nstance. Julien marclm en toute Mte au devant de son ennemi. Constance étant mort, Julien se lit proclamer empereur par le sénat et commença un règne fatal au christianisme, et dont il ^jIuL a Dku d'abréger la durée.
L'empereur Valentinien vint à Paris et y passa Thiver de 365-366. lii, il reçut l'avis que Procope s'était fait proclamer empereur en Ulyrie^ il voulut s'y rendre pour ^ étouffer la sédition, mais les prières des principaux habitants de la Gaule le retinrent dans ce pays menacé par de nouvelles invasions. Trois lois de Valentinien sont datées de Paria; Tune réglemente la distribution des vivres, l'autre l'or et les autres métaux, et la troisième le service des officiers des monnaies. Dans le texte de ces lois Tancienne Lutèce continue d'être appelée Parisii. Ce fut dans la même ville que Valentinien reçut la tete de Procope; elle lui fiit envoyée d'Asie par Yalens^ où le tyraii avait été mis à mort an mois de mai 366. Gratien, ([ue Valentinien , son père , avait associé de son vivant à l'empire, parait avoir aimé le séjour de Paris pendant qu'il était dans les Gaules. Retiré dans son palais des Thermes, il avait fait renfermer dans ses vastes jardins un grand nombre de lions^ et s'adonnait, dit-on, à sa passion pour la cliasse. Ce fut près de cette ville qu'il livra la dernière bataille contre Maxime : la V le loiic demeura à l'usurpateur.
Position stratégique d'une haute importance pour la défense de la Gaule, alors sans cesse menacée par les barbares j Paris n'était ni une colonie romaine | ni une mé-
42 HISTOIRE DE PARIS. (Av.J.-CSS.
tropole de province. Réduite, durant trois siècles, à riiumbie condition Aes vecti gales ^ elle n'était dévenue manicipe i\\xe vers la fin du quatrième siècle. Zoziine, Ammieii Mari cllin et Julien lui-même se bornaient à la qualifier de petite forteresse ( castelliun , opi)uiuium) .
Vers le même temps deux préfets résidaient à Paris : celui des navigateurs sur la Seine, établis à Andivsy {prœfectasclassis Anderecianorum^ Pari$iis\ et le préfet des Sarmates^ peuples étrangers vaincus et chargés de cultiver des terres situées entre Paris et Chora .
On s'est demandé pourquoi Lutèce avait perdu son nom primitif pour prendre celui des Parisii, A cet égard ou est ' réduit à desconjectures d'ailleurs fort vraisemblables. Lorsque Julien résidait dans les Gaules il réorganisa le pavs, et, en lui donnant une administration plus uniforme et plus populaire, il fît disparaître toutes les diliérenees qui se trouvaient entre les diverses nations et les diverses cités ; on ne vit plus de villes eoloiiies, de cités alliées, libres^ amies, vectigales, etc. ; les privilèges dispainirent et fu*
rent remplacés par l'uniformité d'administration et Téga-* litéde di;oit.
Les chefs-lieux des nations qui ne jouissaient d'aucune prérogative, d'aucune distinction nationale, acquirent alors des droits égaux à ceux dont avaient joui les colonies, les métropoles, etc.; les institutions de la cité, c'est-àdire de la nation, furent concentrées dans son chef-lieu, qui reçut dès lors le titre de cité et de plus le nom <le la nation. Le chef-lieu des Parises , ainsi que tous les chefslieux non privilégiés, perdit son nom primitif et fut di^peié Paris f Parisii.
Vers l'an 385 saint Martin, évéque de Tours et l'un
Àft.i,'C,m.) LIVRE I. CHAPITRE IIJ. 4^
des plus illustres apoti^s de la Gaule, vint à Paris et guérit un lépreux à Tentrée de la ville. Un oratoire (iit construit sur le lieu où s était opéré le miracle, et, longtemps après, dans le cours du onzième siècle, cet humble édifice fit place à la célèbre abbaye de Saint-Martin des Champs. L'ëvéquede Paris était alors Prudence, qui, vers le commencement du cinquième siècle, eut pour successeur saint Marcel; ce dernier gouverna l'Église de Paris de 4io à 436 : sa vie ne contient que des miracles. Une pieuse tradition lui attribue d'avoir délivré Paris d*un énorme dragon, et les sculptures de la porte Sainte-Anne à Notre* Daine rappellent ce prodige.
Sous le pontificat de saint Marcel, vers Tan 4^3, naquit à Naiiterre sainte Geneviève, qui devait bientôt être la glorieuse patronne de Paris. Par les conseils de saint Ger* main d'Âuxerre elle se consacra à Dieu. S'étant alors présentée à Févêque de Paris^ elle prit le voile et vint résider à Paris.
Vers le commencement du cinquième siècieavait eu lieu la grande invasion des barbares, et les trois quarts de la Gaule étaient au pouvoir des Francs, des Wisigotlis et des Burgondes. Après quarante ans de luttes et de désastres, les Huns, conduits par Attila, su picst;iuèicnt à leur tour. Sur ces entrefaites le soulèvement des Bagaudes s*était accru et développé, bien que manquant de chef capable et de direction centrale : c'était là la dernièi^ ressource . d'une société privée de garanties, désolée par ses maîtres autant que par ses ennemis, et au milieu de laquelle toute force collective disparaissait pour laisser faire la force isolée, a Je parle des Bagaudes, dit Salvien, qui, spoliés, vexés, égorgés par d'iniques et cruds administrateurs,
44 HISTOIRE DE PAKlb. (Av.J.<i.55,
et après avoir déjà perdu les droits de Romains, ont fini par eu perdre aussi le nom.., £t nous appelons rebelles, nous appelons hommes perdus ceux que nous avons pousses au crime! Par quoi ont été iaits les Bagaudes, si ce n*est par nos injustices, par la mauvaise conduite des acliiiiuislrateurs, par les poui*suiles et les rapines de ceux qui ont tourné les revenus publics en gain pour eux, et (|ui, semblables à des betes féroees, ont, non «gouverné, mais dévoré ceux qu'on leur livrait? Aussi est-il arrivé que des hommes pris à la gorge, assassinés par des gouverneurs rapaces, puisqu'il ne leur était plus permis d'être Romains^ se sont faits barbares. Ils se sont résignés à devenir ce qu'ils n'étaient pas, faute de pouvoir rester ce qu'ils étaient. Poussés à bout, ayant déjà perdu leur liberté, ils ont voulu défendre au iiioius leur vie. »
Cependant, au milieu de ces catastrophes sociales, la ville de Paris était menacée par Attila. Les habitants épouvantés se disposaient à fuir lorsque Geneviève les rassura pur ses'cxhortations et ses prières et leur conseilla de rester dans leurs murailles. D'abord on refusa de croire à ses promesses ; on se défia de la puissance de ses prières, et on l'injuria en la traitant dérisoireuient de prophetesse. Peu de jours après on se repentit de l'avoir traitée avec tant d'injustice, et le peuple de Paris rendit grâces à celle dont les supplications avaient obtenu de Dieu que la ville serait épargnée.
D'autres barbares, pour la plupart admis à l'honneur d'être alliés ou tributaires de l'empire d'Occident, ne devaient pas tardera menacer Paris et à s'en rendre maîtres. Nous voulons parler des Francs germaniques. Ces peuples étaient farouches et indomptables; la chasse durant la
Apr.J.-Cft«l.) LIVRE !• CHAPITRE III. 4^
paix, le brigandage pendant la guerre servaient à leur
existence, lis ne défrichaient qu'un petit nombre de terres, et leurs esclaves seuls prenaient soin de Tagriculture et des troupeaux. Le plus hi ave à la guerre était , parmi eux , le plus estimé ; le plus liardi , le chef; le plus insatiable au pillage, le plus rielie. L'amour de i'indépeiulaiice leur tenait lieu de morale publique , et légitimait chez eux le meurtre et le vol. Les Francs étaient idolâtres, mais leur paganisme ressemblait peu à celui de l'Italie et de la Grèce; ils adoraient les astres , les éléments et diverses idoles; ils croyaient à des dieux bons et à des dieuv malfaisants , et sacrifiaient quelquefois à ces derniers des vic^ liuies humaines. Leurs prêtres étaient des magiciens ne |)0ssédant ni dogmes ni corps de doctrines ; leurs temples étaient des forêts ténébreuses ou de proiuades cavernes.
Leurs armes étaient la framée ou francisque , sorte de hache à double fer qu'ils faisaient tourner sur la téte de leur ennemi avec une rapidité effrayaute; ils avaient en outre le javelot et la fronde. Leur bouclier était fait d'osier ou d'ccorce, leur cuirasse couverte de peaux de betes; un certain nombre de guerriers portaient des casques surmontés de queues de cheval. Cluujue tribu fraiique avait un chef électif, dont le pouvoir était h vie; on Télisait par acclamation en le promenant autour du camp, debout sur un bouclier. Le roi y selon les coutumes germaines ^ attachait à sa personne, par des présents de toute nature, d'autres guerriers qui prenaient indifféremment les titres de fidèles ou de compagnons du roi ; on les appelait aussi antrustiouS| leudes et bénéficiers, parce qu'ils servaient le roi en reconnaissance d*un don ou bénéfice. Les leudes (c'était leur nom le plus ordinaire) formaient une
46 HISTOIRE D£ PARIS. (àv.J.-CSS.
sorte de noblesse à vie, qui devint dans la suite héréditaire.
Depuis l'an 4^0 ilsavaient eu plusieurs chefs renommes, tels que Pharamond , Clodion le Chevelu et Mérovée. Ce dernier lut comme le fondateur d'une dynastie illusti'e,et Govis le Grand , son petit-fils , eut la gloire de ranger sous la domination des Francs la ville de Paris et la Gaule presque tout entière.
Paris soutint d'ailleurs contre les lieutenants de Clovis un siège iieroïque , el ue consentit h ouvrir ses portes que lorsque le chef des Francs Mérovingiens eut embrassé la foi clirétienne. Durant ce siège sainte Geneviève soutint de ses prières et de ses exemples le courage des Parisiens, et réussit à plusiem s reprises à iaire entrer dans la place des convois de blés et de vivres.
Apr.J.-<!.Ml.) LlVnZ I. CHAPITHE IV. 4?