UI&IUXAE DE PARIS
porte Saiiit-Honoré et qui se trouvait située sur l'empiacement où, dans les temps modernes, on a élevé le portail (lu teiapk de 1 Oialoire. Le mur d'enceinte s'étendait ensuite entre les rues de Grenelle et d'Orléans, jusqu'au carrefour oh aboutissent aujourd'hui les rues Jean-Jacques Rousseau et Goquillière, et à cet endroit s'ouvrait la porte de Bahaigne ou de Bohême. L'enceinte se prolongeait ensuite jusqu'à la rue du Jour ; elle laissait plus loin à la voie publique un passage ouvert, nommé porte Montmartre et pluj> Uii d porte Saint-Eustache ; puis elle se continuait derrière le côté septentrional de la rue Mauconseil, coupait à angle droit la rue Saint-Denis, et allait déboucher dans la rue Saint^Martin à la liauteur de la rue du Grenier Saintliazare. Là encore s'ouvrait une porte fortifiée ou plutôt une poterne. La muraille se prolongeait ensuite entre les rues Michel-le-Comte et Geoffroi-l' Ange vin, jusqu'à la rue de Braque (i); elle suivait la direction de la rue de Paradis, enserrait l'église et lecouvent des Blancs-Manteaux, coupait la Vieille-Rue du Temple, entre les rues desFrancs- Borgeois et des Rosiers, au lieu oii s'ouvrait la porte Barbette, ainsi nommée de l'hôtel Barbette situé dans le voisinage. De cette porte, et sans interruption, le mur, décrivant une courbe sensible^ traversait les emplacements qui se trouvent entre la rue du Temple et la rue Culture- Sainte-Catherine, puis s'ouvrait, pour le passage des habitants, au lieu qui plus tard reçut le nom de porte Baudoyer, et venait rejoindre la Seine vers l'emplacement qui sépare le quai des Ormes du quai des Célestins, entre la rue de l'Etoile et la rue Saint-Paul. Sur la rive gauche de
(i) Depuis iors la rae du Chaume,
aiM-122ftj LIVAK V. CHAl»iTR£ 111. 345
la Seine, la luuraille d'enceinte, commencée dix-huit ans plus tard, vers i2oSj commençait vers le lieu oii s'élève aujourd'hui le pavillon oriental du palais de rinstitut et s'appuyait sur une forte et solide tour, appelée d'abord tournellede Philippe-Amelin, et plustard^ par corruption, lour de JVesle, De cette extrémité l'enceinte se prolongeait, traversant l'emplacement de la rue Daupfaine, et aboutiSiiaiL a la rue Saint-André des Arcs, où se trouvait une porte qui reçut plus tard le nom de Bucy. De cette porte le mur d'eiiCL'inle se développait , laissant eu dehors le passage que nous appelons cour du G>mmerce, rencontrait la rue des Cordeliers ( i ), s'ouvrait à la porte des Cordelle, sappelee plus tard poi le Samt- Germain , traversait les rues de Touraine et de l'Observance, se prolongeait en droite ligne entre la vue des 1 ossés Monsieur-le- Prince et l'enclos du couvent des Cordeliers, atteignait la place Saint-Michel, longeait l'enclos du couvent des Jacobins, traversait les emplacementsqui plus tard furent appe* lés rues des Fossés Saint-Jacques et de l'Estrapade, suivait ensuite la direction de la ^rue des 1:* ossés Saint- Victor, et s'étendait ensuite jusqu'aubord de la Seine dans une direction parallèle à la rue des Fosses Saint-Bernard. Une tour fortifiée, appelée Tournelle^ élevée en face de la tour Barbelle-sur-L' Eau^ située sur la rive opposée, complétait cette enceinte et ce système de fortifications. Le mur méridional elaÏL percé de si.v portes ; le niur septentrional n'en comptait guère, plus de sept. L'espace compris entre ces deux enceintes était loin d'être bâti ; il se composait en grande partie de cliamps en culture, de prés et d'enclos,
(i) Rue de l'iLcoie-de-Médecme.
346 HISTOIRE DE PARIS. (liM-iltt]
mais déjà il réservait à Paris, pour l'avenir^ les propor* tiens d'une capitale digne de Gommander à la France.
De nos jours, et malgré les merveilles accomplies sous trois règnes glorieux, la moitié de Paris ne se compose encore que de rues étroites , où l'air et le soleil peuvent à peine consoler les habitants ; à lavénement de Philippe» Auguste , et en dépit des efforts de Suger, son devancier, cette ville n'offrait qu'un amas de quartiers infects, mal bâtis, coupes d'obscures et fangeuses ruelles. Or un jour, au témoignage de riiistorien Rigord , le roi « s'approclia des fenêtres où il se plaçait quelquefois pour se distraire par Id vue du cours de la Seine ; des voitures , traînées par des chevaux, traversaient alors la Cité, et, remuant. la boue, en faisaient exhaler une odeur insupportable. Le roi ne put y tenir^ et la même puanteur le poursuivit jusque dans rintérieur de son palais. Dès lors il conçut un projet ti'ès-difïîcile , mais très-nécessaire, projet qu'aucun de ses prédécesseurs , à cause de la grande dépense et des graves obstacles que presealait son exécution, n'avait osé entreprendre. Il convoqua les bourgeois et le prévôt de la ville , et , par son autorité royale , leur ordonna de paver, avec de fortes et dures pierres ^ toutes les rues de la Cité. » Guillaume le Breton ajoute que ce pavé était composé de pierres carrées. 11 ne faut pas croire , comme le donnent a entendre les chroniques , que Philippe- Auguste étendit ce bienfait à toutes les rues de sa capitale; il Teut voulu, peut-être , mais il n*ea eut pas Iç pouvoir.' On se borna donc à paver les rues qui formaient ce que l'on appela la croisée de Paris, c'est-^à-dire les principales voies qui, allant du nord aù midi et de Test à l*ouest, se croisaient au centrede la ville. Vers le même temps (i 1 86 ) Philxppe-
Clf8»-m») LIVRE V« CHAPITRE Ifl.
Auguste fit clor^ de murailles le cimetière des Innocents, oii Ton enterrait alors les personnes de distinction et les gens riches. « Cil cimetière, disent les chroniques de France, soloit est™ une granz et large connnune à toutes gens (un espace ouvert au public), et on y vendit communément toutes sortes de marchandises; et cependant ceste place y estoit où les borgeois de Paris enterroient leurs morts. Mais parce que les morts ne pouvoient estre honestement pour Tabondance d'iceux qui là descendoient et par les ordures de fanges et de boues , lors commanda li roi que cil cimetière fiist enfermé de murs de bonnes pierres, forts et hauts , et que portes y fussent mis«s qui ciofiissent la nuit. » On voit si l'édilité de Paris avait encore une longue tâche à remplir. Quoi qu'il en soit , Philippe*Auguste dota également Paris de deux halles et d'une poissonnerie oîi l'on vendait le poisson d'eau douce , innovations que le peuple de Paris accueillilavec une juste reconnaissance.
Il existait alors , dans la banlieue de Paris, un grand nombre de villas seigneuriales ou de terres appartenant à de puissantes taaulles, et qui, étant entourées de murailles, portaient, comme on Ta déjà yu, le nom de clos. Nous énuméroHs. ci-après les plus connus.
Dans la région méridionale de Paris, les clos de Sainte-* Gertei^ièue, de Saint-Germain des Prés, de Saint^Victory contenaient les églises, bâtiments, cours et jardins de chacune de ces abbayes, et occupaient une portion considé- > rable du soi méridional de Paris. Il faut y joindre les clos SaUU^Médard et SaitU^Marcel , et plusieurs autres dont voici la iionicnclature ;
dos des Vigms ou Courtille* 11 appartenait à l'abbaye
348 HISTOIEE DE PAEIS. (liM-12»}
de Saint-Germain des Prés; il s*étendait depuis la rue des
Saints-Pères jusqu'aux rues Saint-Benoît et de TÉgout.
Clos Smnt'Sulpice, 11 s'étendait sur une partie de remplacement du jardin du Luxembourg.
(^los yignei ai, 11 occupait une partie du jardin du Luxembourg et de l'enclos des Chartreux.
Clos Saint^Etienne des Grès. 11 était contigu à Të-v glise de ce nom et au clos de Sainte-Geneviève. Près de ce clos était le Pressoir du ïloi.
Clos de Mautfoisin el de Gar lande. Ils étaient séparés par la rue Garlande , qui en a pris son nom , avoisinaient la place iVlaubert , et ont appartenu longtemps au même propriétaire.
Clos rEi>êque. Il était situé près du clos Gariaude.
Clos du Chardoimety sur lequel fut construite l'église de Saint-Nicolas du CliardouaeL. A l'est de ce clos était la Terre d'Mez.
Clos Bruneau. Deux clos portaient ce nom à Paris ; le plus considérable et le plus ancien contenait l'espace com« pris entre les rues des ^Noyers, des Carmes, de Saint-Hilaire et de Saiat-Jeau de lieauvais \ i autre était situé dans le voisinage de rOdéon<» entre les rues de Tournon et de 1 Odeou. La rue de Coude a été ouverte sur ce dernier clos.
Clos Sdint 'S yinpliovien. Il était planté en vignes et compris entre les rues des Cliolets , de Reims , des Sept- Yoies et de Saint-Étienne des Grès.
dos Tjron, Il appartenait à Tabbé du monastère de ce nom et était compris entre les rues des Fossés Saint-Yictor et des Boulangers.
Clos Smnl^yictor. Outre les enclos , bâtiments , jar-
(l«80.mS} LIVRE V. CHAPITRE III.
dins de l'abbaye Saint- Victor^ il existait ua clos de ce nom, compris entre les rues du Faubourg Saint-Victor, Neuve* Saint-Etienne, des fioulaugers, et remplacement du clos des Arènes.
Le bourg de Saint-Mëdard contenait les clos daBrcuil, Montcetard, des Morfossés, des Treilles^ de Copeau, de Gratarclj des Saussajres, de la Cendrée (locus Cinerum , dont on a fait le nom de Lourcine ) y etc.
Clos des Arènes, Il était compris entre les rues G)peau, des Fossés Saint-Victor et de Saint-Victor,
Clos le Roi, C'est sur son emplacement qu'ont été construits l'église et rhôpital de Saint-Jacques du HauL-i^as.
Clos des Mureaux^ ou Francs Mureaux plus anciennement nommé de Cut^ron, situé fauboui^ Saint- Jacques, au sud du Clos le Roi. La rue de Port-Royale était sa limite méridionale.
Clos des Bourgeois ou de la Confrérie des Bourgeois de Paris. Il était , dit-ôn , situé entre les rues d'Enfer et Saint- Jacques, au nord du Clos le Roi.
Clos des Jacobins. Au delà des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste les Jacobins possédaient un terrain assez vaste , entouré de murailles; il était situé au nord du Clos des Bourgeois, borné par les fossés de la ville , par la rue d'Enfer et la rue Saint- Jacques.
Clos des Poteries ou des Mélairies. On y entrait par la rue des Postes , qui , connue on le conjecture , doit son nom de Postes à celui de Pots. L'impasse des Vignes a été ouverte sur son emplacement.
Il existait encore, dans cette partie de Paris, le Clos Drapelet, le Clos Entechelière; mais ou ignore leur emplacement*
35o HISTOIRE BB PAAIS. (liM-12SS)
La Terre dAUz était un vaste territoire qui s'étendait
depuis le Clos du Chardoiinet jusqu'au point où la Bièvre se jetait dans la Seine. U comprenait originairement remplacement de Tabbaye Sai ut- Victor et ses dépendances, remplacement du Jardin des Plantes, etc. U . existait, au quatorzième siècle, une rue parallèle à celle dés Fossés Saint-Bernard, qui portait le nom à'jâleZf nom . qui signifie terre limitante.
Ou tiouvait àVest de la Grèi^e^ dont remplacement était beaucoup plus étendu qu'il ne Test aujourd'hui » les clos suivants :
dos de Saini'Gerifais ^ situé entre les rues Saint-Gervais, Coultures SaintrGervais , du Temple , etc.
Clos ou Cimetière Saint^Éloi ^ et ses dépendances , situé dans remplacement où l'on a depuis bâti l eglise, la rue et r hôtel de Saint-Paul , ainsi que l'Arsenal.
Au nord de ce clos se trouvait le Clos Margot^ sur lequel on a ouvert y en ht rue Saint-Gaude au Ma* rais.
Les Enclos du Temple et de rabbajre Saint-Martin , de SainUMerri et de Saint-Magloire, ^c.^ occupaient une grande portion orientale de Paris.
Les Champeaux, en latin Campelli^ qui occupaient l'espace contenu entre la rue Saint-Denis et le Palais-Royal , les Halles y l'église Saint-Ëustache, les rues Croix des Petits-Ciianips et Neuve des PetiLs-Ciiaiupb, avaient été établies sur ce vaste territoire.
Au delà et au nord des lieux que nous venons d'indiquer était un vaste marais, situé entre Paris et Montmartre; il s'étendait, suivant une charte de' l'an II 76, depuis le Pont-Pétrm (Pont-Perrin^ rue Saint-
(1180-1223) LIVEB V. CHAPITRE IIl/ 35 I
Antoine ) jusqu'au-dessous du village de Chaillot. Ce marais , arrose par les eaux pluviales venant de Paris et par le ruisseau de Ménilmontant, fut, en ii54, concédé par les chanoines de Sainte-OpporLiuie à divers particu- . lierS) pour être défriché, à rai$pn de douze deniers par arpent.
La Fille^r Éuêque^ ferme ou séjour champêtre de Tévêque de Paris , qui devint dans la suite un village , était située au delà de ce marais. On voyait aussi entre Paris et Montmartre les clos suivants :
Clos de Malemrt, plus tard coauu sous le nom de la Cour tille.
Clos GeorgeaUj situé au bas de la butte Saint-Roch, et dont une niè, qui communique de la rue Traversine à celle Sainte-Anne, a conservé le nom.
Clos GautldeTy ou des Masures^ sur lequel a été puverte la rue Saint-Pierre Montmartre.
Clos du H allier j sur lequel fut ouverte la rue du Faubourg-Poissonnière. '
Déjà sous le règne de Louis le Gros on avait vu établir à Paris un marché destiné à la Vente de diverses denrées et de certains objets nécessaires à la vie domestique ; comme on Ta vu plus haut le même roi avait acheté au prieui i' (le Saint-Denis de la Ciiartre Feniplacement sur le- <|uel il avait fait construire une halle à Tusage des merciers et des chaiigeurs. Louis le Jeune, par une charte de 1 1 4 1 9 ' céda aux bourgeois de Paris une place vague, située près de la Seine et appelée Grève; on y installa également un marché. Ces différentes fondations devaient être Torigine des grandes halles de Paris.
« Le roi Philippe-Auguste, dit Rigord (1 183), à la de-
35â « HISTOIRE BE PARIS. (1180-122»)
mande d'un grand nombre de ses sujets, et particuUère-
iiient (1 après les conseils d'un de ses officiers qui paraissait servir avec la plus grande fidélité les intérêts de la couronne, traita avec les Ia pi eux qui demeuraient hors des murs de Paris, et leur acheta, pour lui et pour ses suo cesseurs, un marché qu'ilfit transférer dans la ville.... Voulant concilier la beauté de cet établissement et la commodité des courtiers, il chargea le même serviteur, qui était fort habile dans ce genre d'entreprises, de faire construire deux grandes maisons vulgairement appelées des halles, pour que le§ marchands pussent venir par les mauvais temps y vendre leurs marcliandises sans craindre la pluie et les mettre en sûreté pendant la nuit contre les surprises et les vols. Pour plus grande précaution il fit aussi élever un mur tout autour de ces halles, et l'on y pratiqua le nombre de portes nécessaires, qu'on tenait toujours fermées la nuit. Entre le mur extérieur et les halles on construisit un étal couvert pour que les marchands ne se vissent pas obligés d'interrompre leurs marchés par les temps pluvieux et pour que leur trafic ne souffrit aucun dommage. »
Philippe-Auguste, en construisant les grandes Iialles,
laissa subsister le marché qui se trouvait dans la rue de la Juiverie et la rue au Fèvre, devant l'église de la Madeleine. Il était destiné à la vente du blé, et Ton peut présumer qu'il exista de tout tenips. Lu 1216 Pliilippe en fit don à son échanson Arcuaire, en récompense de ses bons services; il s'y réserva seulement le droit de justice et une redevance annuelle de douze deniers de cens.
1j8l plupart des exécutions avaient lieu près des grandes halles, afin que toute publicité fût donnée aux arrêts judiciaires. C'est sous Philippe-Auguste que le pilori (pilier ou poteau garni de chaînes et de carcans) fut installé aux abords des halles. Nous devons remarquer qu'au moyen âge Paris était parsemé de monuments patibulaires de tout genre, sans parler de ceux de la banlieue, parmi lesquels se trouvait le fameux gibet de Montfaucon. L'abbé de Saint-Germain, Tabbé de Sainte-Geneviève, le prieur du Temple avaient chacun leur pilori ; celui du roi était aux halles ; c'était le plus célèbre .
Le Pilori des halles se trouvait sur la place où, de nos jours, existait encore le marché à la marée, entre les
HiST. DE p.vnis. — T. I. 53
354 HISTOIRE DB PAAIS. (IISMSU)
mes de la Tonnellerie, de la Fromagerie et des Potiers d'Étain. Rarement il servait aux exécutions capitales; il était plutôt réservé à la simple peine du carcan. Il se composait d^une tour octogone surmontée d'une oonstruc^on en bois très-légère et tournant sur un pivot. Cette machine était percée de trous circulaires juste assez larges pour que le condairmé pût y passer la léte et les mains ^^il restait dans cette position pendant un temps plus ou moins long, et par intervalles on tournait le pivot. De cette façon la multitude entière pouvait jouir de sa vue, et elle avait la permission de lui jeter au visage les plus sales projectiles, pourvu qu'ils ne fussent point de nature à le blesser.
Du règne de Pi lilippe- Auguste dateTorigine des bouclieries de Paris. La corporation des bouchers était alors très-nombreuse et très-puissante ; elle avait conservé une partie des règlements et des privilèges dont le même corps avait été investi sous les empereurs romains. La qualité de boucher se transmettait de père en fils; elle constituait un monopole établi en faveur de différentes familles. Les premiers étaux des individus de cette profession avaient d'abord été installés au parvis Notre* Dame; lorsque les (|uarti( rs de la rive droite devinrent populeux on ouvrit une seconde boucherie près du grand Cliâtelet. C'est ce qu'on appela depuis la grande-Boucherie ou la boucherie de la Portede Paris, et c'est d elle que le quartier Saint-Jacques la Boudierie a piis son nom. Cette fondation eut lieu à une époque fort aneienue ; on sait qu'elle reçut de notables accroissements en l'année iog6. Elle contenait vingt-cinq étaux en 1 1 82, lorsque Philippe- Auguste permit Térection des bouchenes du Temple et
(tl801223) LIVRE V. CHAPITRE III. 355
en retour accorda aux bouchers de la Porte d« Paris la permission de vendre du poisson.
Quelques années après , en i^io, un différend s'éleva entre ces bouchers et les religieux de Montmartre, qui possédaient plusieurs étauz. L'intervention du roi fut né* cessaire pour terminer le débat.
Le chroniqueur Rigord , qui nous a transmis de précieux detiiils sur les faits et gestes de Philippe-Auguste, ajoute ce qui suit : « Un jour, pendant son séjour à Paris, le roi Philippe entendit parler des réparations qu'exigeait le cimetière des Qiampeaux, pi^ de TégUse des Saints-Innocents. Ce cimetière était jadis une grande place ouverte à tous les passauts ; les marchands y débitaient leurs mardiandises, et les citoyens de Paris avaient coutume d'y en* sevelir leurs morts. Mais comme l'écouleineut des eaux du ciel, qui venaient s'y réunir, et la fange dont il était rempli ne pei mettaient pas d'y ensevelir les corps avec déccuce , le roi très-chrétien, toujours attentif aux occasions de faire de bonnes œuvres, considérant que c'était une entreprise honorable et nécessaii^e en même temps, fit entourer de toutes parts le cimetière d'un mur de pierre. Il y fit aussi pratiquer un nombre suffisant de portes, avec ordre de les fermer la nuit, pour mettre cet endroit à l'abri de toute insulte; car il voulait , par cette décision que lui avait inspirée sa piété , donner à ses descendants craignant Dieu Texemple de faire garder avec honneur un cimetière q[ui renfermait les restes de tant de milUers d'hommes. »
La population de Paris s'étant rapidement accrue, sur* tout dans le quartier des Halles, on fiit oblige de donner plus d'étendue au cimetière des Innocents ; cet agrandisse* meut eut Ueu pai^ les soins et la libéralité de Pierre de lïe-
356 HISTOIRE DE PARIS. (llSO-mS}
mours , éveque de Paris, de laoSà I2ig. Plus tard on éleva autour du mur de clôture une longue galerie voûtée qu'on appela charmer des Innocents ^ et dans laquelle on iuhuma les personnes à qui leur fortune permettait d'obtenir pour leur tombe une place séparée.
On attribue à Philippe-Auguste la construction de Taqueduc Saint-Gervais et de l'aqueduc de Belleville , des» tiiiéii runetTautreà fournir aux quartiers de la rive droite les eaux provenant de Belleville, de Màiilmontant et des hauteurs deRomunville.
Ix>ugtemps avant le règne de Philippe-Auguste les rois possédaient , près des bords de la Seine , et non loin de la Cité , un château désigné sous le nom de Louvre. Cette résidence princière avait évidemment été détruite par les Normands , mais après la reti aite de ces barbares elle avait dû être réparée. Le savant Duchesne assure <{ue Louis le Oros fit entourer ce chal( au de murailles et y recevait Thommage des grands vassaux de la couronne. Philippe- Auguste agrandit considérablement le Louvre et y fit élever , selon Rigord , la Tour-Neuve, qui servait a la fois de prison d'État , de dépôt aux archives royales et d'emplacenieiit réservé au trésor. Cette construction parait remonter à Tan i2o4« LaTour-Neuve était moins élevée, mais à peu près du même style que le donjon de Coucy, bâti en 1 199 > elle occupait le centre d'une cour carrée, grande à peu près comme le quart de la cour actuelle du Louvre* Les murs extérieurs du Louvre, sous le règne de Philippe- Auguste , non compris le double revêtement des fossés^ s'élevaient, à Touest, sur les mêmes fondements que la façade actuelle qui regarde les Tuileries ; au sud , à peu près sur l'emplacement du gros mur qui sépare en
flMSaS) LIVRE Y. CHAPITRE III. 357
longueur le musée des Antiques, du côté de la rivière; à
i'est, sur une ligne correspondant à la face orientale du Pont des Arts, et, au nord, sur une autre ligne aboutissant à l'extrémité septentrionale du pavillon de l'Horloge. Les constructions qui formaient alors les quatre cotés de cette cour étaient purement militaires, destinées à la défense plus qu'à Thabitatiou, sans sculptures. ni ornements, et percées ça et là de rares et étroites ouvertures. En les sur^ inonlaut d un puissant donjon qui donnnait la ville, en doublant leur épaisseur, en les armant d'innombrables tou* relies, Plnlippe-Auguste voulait donner un formidable aspect à son pouvoir souverain ; il y réussit, et la tour du Louvre ne tarda pas à être la terreur des vassaux révoltés ; elle devint comme l'emblème de la puissance royale; c'est ' d'elle que relevèrent les grands fiefs de la couronne; c'est à elle que les hommages furent rendus (i).
Philippe- Auguste se plut à doter Paris de monuments moins redoutables ; des collèges, des iiospices, des édifices religieux lui durent leur fondation et rendirent son nom cher au peuple. Dans la rue Saint-Houoie, près de 1 église de ce nom, et non loin du lieu oii s'élève aujourd'hui le Palais-Royal, il autorisa l'établissement d'une maison des» tinée à servir de refuge à treize étudiants indigents et qui fut d'abord nommée hôpital des Pauvres Écoliers; les jeunes gens qui y résidaient^ et qui y recevaient une instruction gratuite, se trouvaient dans la nécessité de demander Tau* mone pour vivre . Un peu plus tard leur condition s'améliora, et l'hospice qu'ils habitaient prit le nom moins triste de collège des Bons-Enfants, Sur cet emplacement on a
(i) M. Vîtel.
ouvert à une époque récente, la rue Montesquieu ; mais
le nom des pauvres écoliers soutenus par la charité, sous le règne de Philippe-Auguste, est resté à Tune des rues qui longent le Palais-Koyal du côté de Test. Un autre collège des Bons-Enfants existait, vers la même époque, dans le quartier Saint-Victor, et devint plus tard le séminaire de la Mission ou de Saint«Firmin ; nous en parlerons ailleurs, et nous mentionnerons les lamentaUes souveuii^ qui s'y rattachent.
Sur la rive droite de la Seine, et un peu avant Tannée 1202^ existait déjà V hôpital de la Trinité^ fondé par Guillaume Escuacol en faveur des pauvres; on l'avait d'abord appelé riiôpital de la Croix de la Heine, à cause d'une croix ainsi nommée, placée au coin des rues Grenétat et Saint-Denis. Pour ne pas préjudicier aux droits de 1 église Samt-Germain, ou pour i indemniser, l'on convint qu'il lui serait payé dix sous chaque année et qu'il n y aurait pas de cloches à la chapelle. Ce dernier article ne fut pas longtemps exécuté. Les Frères de l'hôpital pré> tendaient avoii* îles cloches , le chapitre de Saint-Germain s'y opposait. Ëudes de Sully fiit encore pris pour arbitre, et, par une sentence de 1 207, il permit aux Frères d avoir des cloches en payant au chapitre de Saint-Germain dix autres sols. On voit dans cet acte que cette maison prit alors le nom de la sainte Trinité, qui était apparemment le vocable de la chapelle. Tjes Frères de la Trinité sont désignés alors sous le nom de Frères âniers ou Trinité aux dnes^ à raison de leur usage de ne voyager que sur des ânes, leurs statuts leur défendant de monter à cheval. Il paraît que jusqu'à cette époque cet hôpital était véritablement un lieu d'asile pour les pauvres et qu'il était administré par
(tt80-U25) LIVRE V. CHAPITRE 111. OD^
un chapelain ; nuds^ soit que les fondateurs ne fussent pas
satisfaits de la forme d adtniaistratioQ , ou que leui*s af- ' &ires particulières ne leur permissent pas d*y donner tous leurs soins, ils jugèrent plus convenable de n'y recevoir que des pèlerinset d'en confier la conduite aux Prémontrés d'Hermières, qui en prirent possession et s*y maintinrent durant plus de trois siècles.
« En l'année 1 1 7 1 , dit Jaillot, Josse de Londres , cha» noine de l'Église de Paris, de retour de Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, de toute ancienneté, logeaient de pauvres écoliers. Il Tacheta Sa livres du procureur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et pennission de Barhe-d'Or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit Hotel-Dieu, à la charge qu'il fournirait des lits à ces pauvres écoliers , auxquels il assigna 1 3 écus par mois, provenant des deniers qui se recevraient de la con-* frërie, et à la charge que lesdits clercs porteraient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite devant les corps morts dudit Hotel*Dîeu, et qu'ils réciteraient chaque nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts (l). »
Vers le commencement du treizièmesiècle, et peu d'années après la prise de CoiisLantinople, on établit à Paris ( 1206) un collège destiné à de jeunes Orientaux et qu'on . appela collège des Grecs. L'opinion la plus accréditée est que cette maison était destinée, dans l'origine, aux écoliers qu'on attirait de Constantinople pour les soustraire au schisme grec et en faire d'utiles instruments de la réunion alors projetée entre les Églises grecque et latine.
Vers l'an 11 84 on fonda à Paris, vei*s l'angle de la
(i) Jaiilot, Recherches sur Paris, t. V.
36o HISIOJRK DE PiLRIS. (1180-1222)
nie Saint-Denis et de la rue des Lombards, un nouvel
hôpital destiné à recevoir les pèlerins qu'attirait la célébrité des miracles de sainte Opportune. On lui donna d'abord le nom à! hôpital des Pampres de Sainte^Op* fortune; mais, en laaa, le pape Honoré lil le plaça sous la pioLection spéciale du sainl-sic^e el 1 appela hopikd de la maison'Dieu Sainte^Catherine. D'abord administré par des religieux et des Sœurs, cet établissement fut plus tard coniié à la duectiou des religieuses de Tordre de Saint- Augustin , sous Fautorité d*un supérieur ecclésiastique nommé par révêque. Leurs principales fonctions étaient de loger et de nourrir les femmes ou filles qui cherchaient à entrer en condition; elles leur donnaient l'hospitalité pendant trob jours seulement. lie nombre ordinaire s'élevait quelquefois jusqu'à quatrevingt-dix. On recevait aussi les personnes qui venaient de province pour des procès ou des affaires particulières et qui II avaieutpas assez d'argent pour se procurer un asile. Enfin les religieuses de Sainte-Catherine se chargeaient de faire enterrer au cimetière des Saints-Innocents les personnes noyées ou mortes dans les rues de Paris et dans les prisons.
Les chartes semblent faire remontera cette époque rétablissement du For-VÉuéqae (et non Four ou Fort FÉvêque), fondation dont l'origme, assez mai définie , a exercé la patience des annalistes parisiens. L'on s'accorde généralement à admettre que c'était le lieu où l'évéque de Parisfaisait exercer sa justice, Forum episcopi. On sait que la censive et la juridiction de l'évêché étaien fort étendues ; c'est au For-i'Évéque qu'était autrefois établi l'officier comptable préposé à la perception des droits épiscopaux ; là sié-
(ii8t-i2tt) LIYRB V. CHAPITRE III. 36l
geait aussi le juge chargé de résoudre les difficultés fiscales
que cette perception pouvait soulever et de prononcer les peines encourues par les criminels qui relevaient de la sei* gneurie des chefs du diocèse. On pense que le For-rÉvêquc fut fondé en 122^, A cette date, en effet , remonte un accord fidt entre Philippe-Auguste et Guillaume de Seignelay, évéque de Paris, au sujet de la justice et des droits cju^ils pouvaient respectivement exercer , et il est certain que, depuis celle époque, on ne voit pas que la justice sé- Gulière de Tévéque ait été exercée ailleurs qu'au For-l'Ë^ vêque.
Nous avons déjà parlé de rétablissement des MeUhurins ou des religieux trinitaires, dont Tordre avait été institué par Jean de Matlia et fëlix de Valois pour la rédemption des captifs; nousavons également meniionné les premiers développements de Tordre des Frères préclieurs, fondé par saint Dominique, et dont les religieux, du nom de leur église, consacrée à Saint- Jacques le Majeur, étaient appelés Jacobins par le peuple de Paris et dans toute la France. Bien que ces moines eussent été mis en possession, dès Tannée 1218^ de la chapelle et de Thopital du doyen de Saint-Quentin, il parait qu'ils n'avaient point encore . acquis le droit d'y célébi*er l'oliice, du moins publiquement; car on trouve que, vers ce temps-là, un de leurs religieux, étant décédé, futenterréà iNotre-Dame des Clianips j mais en 1221 ils jouissaient déjà de la permission d'avoir une église et un cimetière qui leur avaient été accordés dès l'année précédente par le chapitre de Notre-Dame. Ce fîit aussi cette même année que T Université renonça en leur . faveur au droit qu'elle pouvait avoir sur la chapelle Saint- Jacques, sous la condition toutefois de certaines offices .
36a KISIOIHB 0B PABIS* Cttlt4IIQ
qu^ikferaient célébrer, et stipulant en outre que, st quelque
membre de cette compagoie choisissait sa sépuUure chez les Jacobins, il serait inhumé dans le chapitre si c'était un théologien , dans le cloître s'il était membre d'une autre ËEiculté. Nous parlerons (dus tard, et à différentes reprises, de cet ordre religieux, très-populaire à son origine, et qui joua un rôle si important dans! histoire de Paris, ^ious nous bornons en ce moment à mentionner son établissement et ses premiers progrès.
Nous croyons également devoir consigner ici la fondation du grand couvent des cordeliers ou Frères mineurs, ^[alement appelé couvent de/' O^jer^vi^ deSaint^Fran'' çoiSj et qui était situé sur la rive gauche de la Seine, à peu de distance des vastes domaines de l'abbaye Saint-Germain des Prés. Ils avaient d'abord pris le nom de Prédis cateurs de la pénitence^ mais leur fondateur voulut par humilité qu'ils s'appelassent Frères mineurs. Le peuple leur donna le ifom de Cordeliers à cause de la coi de dont ils se servaient pour ceinture* Les annales des Frères mineurs racontent que saint François, après avoir fait approuver sa règle par le pape Innocent III, forma le dessein de passer en France, mais que, en ayant été détourné par le cardinal Hugolin, il se contenta d'y envoyer quelquesuns de ses disciples, qui furent reçus avec faveur àParis, vers l'année 1 216 ou 121 7, et s'y établirent, mais d'abord à titre provisoire ( 1 ) .
« Dans les lettres de l'éveque de Paris touciiant l'établissement des Cordeliers en cette ville , datées du mois de niai 1 23o, il est dit que Tabbé et les religieux de Saint-
(i)M. de Gaulle.
(liSMltt) LIVRE V. CHAPITRE III. 363
Germain ne firent que prêter, et non piisdonner,auxFrère$
de Tordre des Mineurs le Heu et les maisons qu*ils habitèrent comme hôtes dans la paroisse de Saint-Corne et Saint- Damien^ prodie de la porte Gibert , joignant les murs du roi, à condition quHls n'auraient ni cloches, ni cimetière , ni autel consacré, et quë Tabbaye conserverait sa justice temporelle sur ces lieux ^ sauf les droits curiaux de Saint- Corne. Â quoi on ajouta que, si les Frères mineurs allaient s*ëtablir en queic^ue autre lieu dans la suite , la place qui leur avait été accordée , avec tous les bâtiments que l'on y avait élevés, demeurerait en propriété a l'abbaye , sans aucune réserve. Nous connaissons par là que l'esprit de saint François et de ses premiers disciples était de n'avoir rien du tout en propre f soit en commun , soit en particulier, pas même les maisonsoîiils demeuraient. C'est pourquoi ils ne les recevaient qu'à titre de prêt et supposaient que la propriété en appartenait toujours à leurs fondateurs; car la subtilité des esprits ne s'était pas encore exercée sur ce point f comme elle le fit dans le siècle suivant, où plusieurs docteurs voulurent rendre soit le pape, soit TEglise romaine, propriétaire des couvents des religieux mendiants, sans que les uns ou les autres en fussent plus riches ni plus pauvres dans la réalité.
« Dix ans après rétablissement des Cordeliers à Paris Tabbé et les religieux de Saint-Germain leur permirent d'avoir une église avec doches et dmetière , et dans la suite les Frères mineurs accrurent considérablement le lieu de leur habitation. Nous trouvons qu en 1234 communauté de Saint»6ennain des Prés leur donna un grand lo* gis, à la recommandation de saint Louis^ qui céda en recompense à Tabbaye cent sous parisis de rente qu'elle faisait
364 HISTOIRE DE PABI8. (it8H»9
au rai depuis un traité passé eu 1209 avec PhiIippe«Au*
guste , pour trois jours de pêche tous les ans que nos rois s'étaient réservés dans l'étendue de la rivière de Seine ^ donnée autrefois à T abbaye par le roi Ciùldebei 1 1" , son fondateur. Le pape Grégoire IX ordona depuis à Simon , ahbé de Saint-Germain, et à ses religieux, de permettre qu'il fut acheté, à Tusage des Frères mineurs, quelques portions de terre situées au dedans ou hors des murs , selon que le réglerait Adam, ëvêquedeSeulis, d'autant que les proprié* taires voulaient bien les vendre, et qu'il se trouvait des particuliers mus de charité qui voulaient les acheter pour en faire présent à ces reUgieux. On acheta effectivement deux pièces déterre, partie dans le domaine et partie dans lacensivede l'abbaye. L'abbé et ses religieux consentirent à Taliénation de ces deux pièces de terre en faveur des G>rdeliers , saui les droits , la propriété et la seigneurie temporelle et spirituelle de l'abbaye , à condition que les CordeUers n'auraient ni entrée ni sortie au mur contigu de leur couvent, le long du chemin qui conduisait de la porte de la ville au bourg de Saint^Germain ; permis cependant à eux, dans la nécessité, de faire quelque ouvrage ou réparation sur les lieux , de rompre le mur, pourvu qu'ils le fissent incontinent rétablir à leurs frais. Ils promirent en même temps de ne pas s'étendre davantage sur le fonds de l'abbaye , et renoncèrent dès lors à toutes les permissions que le saint-siége pourrait leur en accorder dans la suite (i). »
Nous verrons plus tard le nom des Cordeliers très* fréquemment mêlé aux annales de Paris , dans les temps
(i) Félibieo, Hist. de la vUle de Paris, t. p. a84.
(1180-1229) LIVRE V. CHAPITB£ III. 365
d'agitation et de luttes. Leur couvent, comme ou peut en juger par^la citation qui précède, était situé rue de rÉcolc^-de-Médedne, au coin occidental de la rue de Inobservance.
Ainsi qu'on Ta vu plus haut, en Fan 5ia, sainte Gene» viève, l'auguste patronne de Paris, avait été inhumée sur une colline qui ne tarda pas à porter son nom. Ses reliques se trouvaient déposées claiis une petite chapelle dépendante de Tabbaye de Sainte-Geneviève, et autour de laquelle de pauvres maisons n'avaient pas tarde à tUre construites. D'abord dédiée à Motre-Dame, l'humble chapelle où se &isaitle service des serviteurs et colons de Fabbaye reçut plus tard le vocable de Saint- Jean l'Évangéliste. Cette époque, qu'il n'est pas possible d'indiquer avec précision, est évidemment rapprochée de celle oii Philippe- Auguste fit clore de murs les quartiers de la rive gauche qu'on appelait l'Liuversité, etie clos de l'abbaye, à moitié compris dans la nouvelle enceinte, se trouva divisé en deux parties, Tune dans la ville, l'autre en dehors de la ville. Ou ne tarda pas à bâtir la portion qui venait d'être englobée dans Paris, à établir des écoles dans la rue du Fouarre, et à construire divers collèges, qui furent autant de dépendances de la seigneurie de Sainte-Geneviève. En l'an T22I le chroniqueur Guillaume le Breton parle de l'église et de l'aumônerie de SmrU-Éiienne du Mont i^Sancti Stephani de Monte) vers la même époque les chartes du moyen âge relatent un contrat passé entre i'évêque de Paris et l'abbé de Sainte-Creneviève pour la nouvelle délimitation des paroisses. L'abbé cédait à l'évéque la cure de Sainte-Geneviève de la Cité, dite desAr^ dents ^ et l'evèque donnait à Tabbaye sa vigne du clos BrU"
3GG HISTOIRE DE PARIS; (118«-i2S}
nèau. Sur ce territoire furent peu à peu ouvertes de nou*
velles et étroites routes qui, lorsqu oa les eut bordées de maisons, devinrent les rues de Saint-Julien le Pauvre, du Fouai re, des Rats, des Trois-Portes , de la Bùcherie, etc. 11 résulta de ce surcroît de population que la chapelle de Sainte-Geneviève, trop cU oUc pour contenir les fidèles, fut agrandie et transformée en église distincte, laquelle, après avoir remplacé la crypte primitive, fut définitivement dédiée sous le vocable de Saial-Ëtienne. On y entrait par l'église, de Tabbaye, sous deux arcades que Ton remarque encore dans le mur de l'aile droite de Tégiise Saint Etienne du Mont. Mous dirons ailleurs sous quek règnes cette église, aujourd'hui Tuue des plus remarquables de Paris, fut successivement agrandie et reconstruite. Pour le moment il nous suffît d'indiquer son origine et de mentionner ses premiers développements.
Une certaine étendue des terres de Saint-Germain des Prés avait été comprise dans la nouvelle enceinte de Paris, et révéque de la ville prétendait les faire entrer sous sa juridiction. I/arciiiprétre de Saint-Sëvenu revendiquait les mêmes droits. De leur coté l'abbé de Saint-Germain des Prés et le curé de Saïut-Sulpice invoquaient ieuni privilèges antérieurs. Des arbitres à qui fut remis l'examen de cette affitire accordèrent à Tévéque la juridiction dans la ville, à l'abbé la continuation du droit de justice sur la paroisse de Saint-*Séverin et la faculté de construire, dans l'espace de trois ans, une ou deux églises paroissiales et d'en nommer les curés. Uég^isedeSaifU'^ndréiles Arcs fut une de ces églises, i^a construction commeu^a immédiatement dans une partie du territoire qui avait appar* tenu ju que-là à l'abbaye Saiut-Germaiu des Prés, et
{iiWhim) LIVRE V. CHAPITRE III. 867
peut-être sur remplacement de quelque ancienne cliapelle.
Vabbaye Saint^jinioine des Champs ( aujourd'huJ l'hôpital Saint- Antoine) dut son origine à d'autres causes. YersTan 1 198 Foulques, curé de Neuilly, étonna Paris par ses prédications éloquentes. Il s'attachait particulièrement à ramener à Dieu les chrétiens égarés, les usuriers et les femmes de mauvaise vie. Un grand nombre de pécheurs abjurèrent leur vie de scandale et firent pénitence; la plupart des courtisanes converties par la parole de Foulques de Neuiily renoncèrent au monde pour se renfiermer dans un cloître, et ce fiit alors que, pour donner satisfaction à leur repentir, on institua l'abbaye royale de Saint-AntoiniB.
Cette célèbre abbaye rerul ia règle de l'ordre tle Cîtcaux ( 1204)» et, eu égard à la réputation de sainteté que s'acquirent les religieuses auxquelles elle servait de refuge, elle ne tania pas (1:21 5) à obtenir du curé de Saint-Paul et de rëvéque de Paris l'exemption des droits^ dont elle était grevée pour le temporel. Ces immunités la rendirent fort riclie en tr^-peu d'années, et vers la fin du règne de Phi* lippe- Auguste les religieuses de Saint- Antoine possédaient déjà^ entre autres biens, deux maisons dans la ville, un enclos de quatorze arpents attenant à Tabbaye ^ onze arpents de terre entre Paris et Yincennes (i).
(1) Oo D'est pas bien fixé sur la date précise delà fondatioD de cette abbaye; Dnbreoilla fixe cd ti8i> LacaUleeu xiSa» Lemaireen 11 90, Germ. Brice en 1193» Riford» Nangîs et Cbrroset eD 1x98» Albéric en 1 199. n est certain, par le témoignage de tous les contemporains, qae ce fut en 1198 qu'eurent lieu les fameuses prédications qui produisirent les premières religieuses de celte abbaye, et en même temps il existe uu contrai de vente faite à la maison de Saint- Antoine en 11 90. Il est pro*
368 HISTOIRE DE PARIS. (il8a-12U)
Vers l'an iao4 B.eQold Chereins et sa femme Sybille donnèrent neuf arpents de terre qu'Us possédaient près des murs de Paris, sur le clienùn qui conduit à Clichy, pour l'entretien d'un prêtre destiné à desservir une chapelle qu'ils avaient rintention d'y bâtir. La même année ils y joignirent un arpent, et, quelque temps après, trois autres, sur lesquels ils firent construire la chapelle. On y établit des chanoines dont la nomination appartenait alternativement à l'évoque et au chapitre de Saint-Germain. Cette église , qui fut dediee sous le vocable de Saint- Honoré, était située en dehors de l'enceinte de Paris et près du marciié aux Pourceaux ; pendant près de deux siècles elle demeura entourée de champs et de vigni».
En j 2 i 2 on érigea en église paroissiale une chap>elle qui existait rue du Martroi, derrière l'emplacement actuellement occupé par rHôlel-de-Vîlle; cette église reçut le nom de Saint' Jean en Grèçe. La décision qui en fit une paroisse fut motivée par Taccroissement considérable de la population de la paroisse de Saint-Gervais, que Pierre de Nemours, évéque de Paris, partagea en deux, du consentement de Tabbc du Bec et du prieur de Meulan, patrons de Téglise Saint-Gervais, lesquels se réservèrent le droit de présenter à la nouvelle cure de Saint-Jean. L'éveque de Paris voulut aussi que le curé de Saiut-Jean supportât une partie des redevances auxquelles le curé de Saint- Gervais était tenu envers le chapitre de ^otre-Dame.
A une époque que les historiens n'ont pas bien exactement déterminée , mais qui, postérieure à 1 1 79, est anté-
bablc, comme le pense Jaillot, qu'il existait au même endroit, ami Foulques, une chapelle de Saint- Aotoioe qui lui parut convenable pour recevoir les femmes qu'il convertit, et qu'en eilet ce foi la qa'il les pla^
(fiSMaSS) LIVRE V. CHAPITRE Ifl. 36^
rieure à j i88, Robert , comte de Dreux, quatrième petitfils de Louis-le-G ros j fit construire 3 Paris , près du Louvre, une église dédiée sous le vocable de Saint^Thomas, et qui fut érigée en collégiale en même temps qu*on y fonda quatre canonicats. Robert II, fils et héritier du comte de Dreux , confirma par une charte de 1 1 88 cette fondation, qui lut également reconnue par l'autorilé du Saint-Siège, en 1187 et 1 189, et par une charte de Philippe-Auguste, en 1192. Ces divers titres apprennent qu'à cette époque les principaux revenus de cette église consistaient dans les dîmes de Torcy, de Cailly et de Brie- Comte-Robert, une rente de cents sols parisis, une vigne et un arpent de terre situés près de ses raurs j que l'église était sous l'invocation de saint Thomas de Gantorbéry; que Robert de Dreux avait donné des maisons et des biens pour loger et nourrir les prêtres chargés de la desservir, et qu^îl avait établi au même lieu un hôpital et un collège pour de pauvres étudiants. Cet hôpital est devenu depuis l'église collégiale de Saint-Nicolas du Louvre.
En 1217 il existait à Paris un hôpital fondé pour les étudiants pauvres et appelé Hôpital des pmwres Clercs; cet établissement fut, trois siècles plus tard, transformé en église collégiale sous le vocable de Saint-Nicolas du ixjuvre. Déjà, c'est-à-dire eu 121 2, on avait rebâti, au coin de la rue de la Harpe, Téglise paroissiale de Saint- Corne et Saint-Damien ; cette construction avait été faite aux dépens deTabbé et des religieux de Saint-Germain des Prés, sous le patronage desquels la nouvelle église demeura longtemps placée. Vers le même temps, et sur l'emplacement occupe de nos jours par la chapelle de l'hôpital de la Charité, on remarquait encore une petite église dont la fon-