‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 38 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PmtU «ont Lowi Vm, dH GiMnr-de-Limi (1918 ^ ltt8>

Le roi Louis VIII^ surnommé Cœur-de-Lion à cause de

son courai^e et de sa grandeur d'ame, ne fit qu'apparaître sur le trône. Sous le règne de Philippe- Auguste, son père , il avait conduit en Angfleterre , au secours de la noblesse révoltée coutre le roi Jean, une expédition franoaise dont le souvenir sera h jamais mémorable. Le fils de Piulippe-Auguste , en effet, était entre victorieux dans Londres et y avait ceint la couronne royale. Cependant le pape avait désapprouvé celte intervention armée du prince Louis dans les affaires intérieures de l'Angleterre, et, le roi Jean étant venu à mourir, le fils de Philippe- Auguste , abandonné par ceux qui l'avaient appelé, puis assiégé dans I^ondres, n'avait obtenu la liberté qu'en promettant aux. Anglais de leur rendre un jour tout ce que son père leur avait enlevé'. Devenu roi, il ne regarda cette promesse arrachée par la violence que comme un prétexte de poursuivre la guerre contre les Anglais.

Après son sacre Louis Cœur-de-Lion fit son entrée solennelle à Paris. Les Parisiens le reçurent avec cette joie populaire qui saluait toujours l'aurore des nouveaux règnes; les bourgeois lui offrirent de riches présents, et toute la ville lut en fêtes pendant plusieurs jours. Pour reconnaître ce bon accueil le roi donna la liberté à plusieurs serfs et gracia tous les prisonniers hormis les félons détenus dans les geôles pour avoir pris les armes contre le feu roi

lUS-m^) LIVRE V. CHAPlill£ IV. S']^

Philippe j de cet nombre étaient les vaincui» de £ouvînes : Ferrand, comte de Flandre , Renaud, comte de Boulogne, et leurs compagnons. Les vassaux du roi et les seigneurs eurent une large part aux munificences de cet avènement; Louis leur accorda un don magnifique et néanmoins fort peu coûteux : il promulgua une ordon«nance portant abolition des intérêts de toute somme due aux juifs et accordant trois termes fort éloignés pour le remboursement du capital.

Parvenu au trône dans de telles conditions, Louis VI 11 refusa de rendre la Normandie à Henri III, roi d'Angleterre, et se prépara au contraire à conquérir le Poitou, dont son père ne s'était point assuré la possession* Après plusieurs victoires signalées il assiégea la Rochelle. Le succès de la campagne dépendait de la prise de cette ville, et Savary de Maulcon venait de s'y jeter avec un renfort de chevaliers dévoués au parti des Anglais. Aussi les Parisiens, se souvenant de leur amour pour Philippe-Auguste, témoignèrent-ils en cette occasion de leur vif intérêt pour la gloire de son fils; ils demandèrent publiquement au Ciel la prospérité de ses armes, en célébrant une procession générale de toutes les églises de la ville, à laquelle assistèrent trois reines : Isemberge, veuve de Philippe- ^ Auguste; Blanche de Castille, femme du roi de France, et sa nièce Bérengère, reine de Jérusalem. « La procession partit de Notre-Dame et se rendit à Saint-Antoine des Champs. Tout le monde étoit nus-pieds et en chemise, même les trois reines (i). » (2 août 122^.)

Vers le même temps Louis YIII convoqua un concile na-

(i) Histoin mamuenie ée samt Lotos, par Le Nain de TUlemont, p.aao, Ms, Bièl. imp, Suppl. fr., n« aoi3.

Ô'JL^ HISTOIRE DE PAJllS. (1225-1230)

tional à Paris. Lecârduial Conrad, légat du Saint-Siège,

pr&ida cette assemblée, et prononça, au nom du pape Honoré lîlj la révocation de l'indulgence publiée dans le concile de Lali aii eu iaveur de ceux qui prendraient la croix contre les Albigeois. « £t dans ce parlemeni, disent les clirouiques de Saint-Denis, fut dénoncé et prouvé que Raymont, conte de Thouloze, estoit bon crestien, et vivoit selon Dieu en la foy crestienne. »

Cependant, la Rochelle ayant capitulé et le roi ayant soumis les fiefs anglais jusqu'à la Garonne, il revint triompbalement dans cette ville et y reçut publiquement le ferment de fidélité du vicomte de Thouars.

Le 28 janvier 1:226 un nouveau concile national lut convoqué à Paris au sujet du comte de Toulouse; mais cette fois ce fut pour excouununier iiaynioud. Le légat du pape prononça la sentence qui le condamnait comme fautieur de l'hérésie des Albigeois, délia ses vassaux de l'obéissance qu'ils lui devaient et adjugea tous ses domaines au poi de France. Aussitôt Louis, qui depuis longtemps sollicitait cette sentence si favorable pour lui, se hâta de conclure une trêve avec Henri III et tourna ses armes contre le Languedoc.

La nouvelle croisade, bien que marquée par quelques succès, ne fut point lieureuse ; la prise d Avignon par le roi Louis VIII en fiit] l'événement le plus considérable. Bientôt après, Louis VIII, réduit à se contenter d'une conquête purement nominale , reprit avec les débris de ses troupes la route du Nord. Comme il passait en Auvergne, il s'arrêta à Montpensier, atteint d'tme maladie dangereuse , et ne tarda fpas à succomber à ses souffrances

(1223-1226) UVUE V. CHAPITA£ IV. ô^b

Sous le règne de Louis Gœur-de-Lion Guillaume d*Auvergne, évéque de Paris, avec l*appui du roi et de la reine Blanche, fonda entre Paris et le bourg de Saint- Lazare un célèbre couvent de filles repenties, qui prirent le nom de Fil /es-Dieu, JjQ terrain sur lequel fut élevé le nouveau monastère avait été donné à Févêque et à la ville par un pieux bourgeois de Paris, nommé Pierre Barbette.

Page 1