‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 8 sur 64 · HISTOIRE DS PARIS* (4SI · texte numérisé non relu

HISTOIRE DS PARIS* (4SI

prenant Tainé par le bras , le jeta par terre et le tua en lui

enfonçant son couteau sous l'aisselle. A ses cris son frère Gonthaire se prosterna aux pieds deChildebert» et, lui saisissant les genoux, lui dit a\ec larmes : « Mou père, mon bon père, secours^moi ; fais que je ne meure pas comme mon frère! » Childebert fîit ému ; il dit à Clotaire en pleurant: ce Mon cher frère , je t'en prie, accorde-moi la vie « de cet enfant ; je te donnerai tout ce que tu voudras ; je « te demande seulement de ne pas le tuer. » Mais Clotaire, «près l'avoir accablé d'injures, lui dit : « Repousse-le loin a de toi, ou Lu vas mourir à sa place. C'est toi (jui m'as a excité à cette affaire , et voilà que tu reprends ta foi ! » Childebert, effrayé, repoussa Tenfant et le jeta à Clotaire, qui l'atteignit d'un coup de couteau entre les côtes et le tua ; ensuite ils mirent à mort les gouverneurs et les domestiques. Après ces meurtres Clotaire monta à cheval , sans se troubler aucunement de l'assassinat de ses neveux , et se rendit avec Qiildebert dans les faubourgs de la ville. La reine, ayant fait posersur un brancard les deux petits corps des jeunes princes morts, les conduisit, avec une immense douleur, à l'église Saint-Pierre, où ils furent inhumés. L'un deux avait dix ans et Tautre sept. On ne put prendre le troisième , Clodoald , que les grands ( barones) étaient parvenus à faire évader. » Il demeura caché pendant quelques années, et, lorsqu'il fut devenu grand, il se coupa les cheveux de ses propres mains pour marcpie de renoncement au monde, il se mit ensuite sous la conduite cie saint Séverîn, qui vivait retiré dans un monastère près de Paris, et reçut de lui l'habit monastique, il se bâtit un monastère sur les bords de la Seine , dans un village appelé Nogent, à deux lieues de la ville. U y assembla une communauté de

raoiiies, et ce fiit dans ce lieu, appelé depuis Saint-Goad,

qu'il finit ses jours vers Tan 56o (i). On croit que cet horrible drame s'accomplit dans le pa*

laisméiuc que les rois mérovingiens occupaient daiis la Cité et sur remplacement duquel a été construit plus tard le Palais de justice. C'était la résidence où les rois se livraient aux soins de l'administration , et oii, avant Finvasiou des Francs, se tenaient les réunions de la curie parisienne, composée des juges et des niagistrals municipaux. Après le meurtre des fils de Clodomir le roi Childebert se retira dans les faubourgs et se rendit vraisemblablement au palais des Thermes, le séjour ordinaire de la famille mérovin*

gienue. La reine Clotilde ayant appris la mort tragique de ses petits-fils vint tout en pleurs relever leurs corps et les fit inhumer dans Téglise des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, près du sépulcre ou reposaient déjà Clovis et sainte Geneviève. Dans cette basilique, et vingt ans plus tard, on ensevelit Clotilde, , que 1 Eglise honore comme l'une des saintes protectrices de notre patrie.

Le paganisme , en dépit des efforts des Denis , des Martin, des Marcel et de plusieurs autres illustres pontifes, n'était point entièrement détruit dans le royaume de Paris. Une loi de Childebert, qui porte date de 554^ est amsi conçue ; « Mous ordonnons à ceux qui auront dans leur champ, OU dans un autre lieu, des simulacres ou idoles dédiés au démon, de les renverser aussitôt qu'ils en seront avertis. Nous leur défendons de s'oppo^ ser à ce que les évéques les détruisent, et si, après s'être engagés par caution à les détruire, ils les conservent

(i) Voir Grég. de Tours, MÊist, du Prancê, liv. V, c. iS.

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encore^ nous voulons qu'ils soient traduits en notre présence. Nous Jciciuloiis aussi les désordres qui se commettent pendant la nuit à la veille des fêtes, même de celles de Pâques et de Noël, veillées où l'on ne s'occupe qu'à ' chanter, boire et s'enivrer, et où l'on se livre à d'autres débauches. Nous défendons aussi aux femmes qui^ le jour dedunanche, parcourent les campagnes en dansant, de continuer cette pratique, qui offense Dieu, d ( Capilularia Baluziij t. 1, p. i .) On voit aisément que, si Childcbert a revêtu cette loi de son nom et de son seing , il n'a fait qu'enregistrer un monitoire ouuneréclamation desévêques, les conseillers et les guides accoutumés des rois méroviagiens dans toutes les affaires où étaient engagés les intérêts de la civilisation chrétienne. S'ils avaient beaucoup à faire pour extirper les vestiges de l'idolâtrie parmi les populations gauloises , leur travail était encore Lien plus rude lorsqu'il s'agissait de soumettre à la foi orthodoxe les leudes et les guerriers fi aiics. « Ces bai bai ts, dit Procope, ont une manière d'être chrétiens qui leur est propre ; ils observent encore plusieurs usages de l'idolâtrie ancieaue, et offrent, pour connaître l'avenir^ des sacrihces impies et des victimes humaines. »

En Cbiidobert et les chefs mérovingiens iranchirent les Pyrénées et firent la guerre aux Wisigoths. Ils mirent le siège devant Saragosse. Cette ville impiui a Tintercession de saint Vincent, son patron, dont elle vénérait les reliques. L expédition fut malheureuse pour les Francs, qui se Virent rejetés sur la Gaule après avoir perdu un grand nombre d'hommes. Cependant ils rapportèrent dans leur pays une partie des trésors qu'ils avaient enlevés aux Wisigoths des bords de l'Ébre, des vases sacrés et la tu-

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nique de saint YiDcent> que Childebert déposa en grande solennité dans l'église par lui fondée non loin des jardins du palais des Thermes, et qui fiit dédiée sous le double vocable de Saint- Vincent et Sainte-Croix. Nous ne tarderons pas à lui voir donner le nom de Saint-Germain des Prés.

même Childebert, qui cherchait à racheter ses fautes par des fondations pieuses, orna, embeUit et décora spleU'* didement une autre église de Paris, que Ton croit avoir été l eglise de Saint- Etienne, et sur les assises de laquelle fut élevée, vers la fin du douzième siècle, la grande cathédrale de Paris. I/histoire ne doit pas se montrer trop rigoureuse envers ces barbares, qui, malgré les entraînements de leur natui e, et bien(jue participant aux violences de leurs contemporains, firent des efforts pour étendre sur leurs peuples et sur eux-mêmes le saint empire de la religion . On voit ce qu'ils furent quoique chrétiens : qu auraient-ils été s'ils étaient demeurés ensevelis dans les ténèbres du paganisme?

Peu de temps avant sa mort Childebert accorda de vastes

possessions à labasilKiue de Saint-Vincent et Sainte-Croix; puis, étant décédé , il fut inliumé dans cette même église. Plus tard sa fenune Ultrogothe et ses dcwx filles, Chrotebcrgc et Chrotesinde, furent ensevelies près de lui. Sur la tombe oii Childebert était représenté, tenant d'une main le modèle de l'église , de l'autre le sceptre royal , oa traça cette inscription beaucoup trop laudative : a II triompha des Allol)r()^es, des Daces , du roi des Bretons, des Gotlis et de fEspagne ; il fonda le palais ( aula) de Saint-Vincent, en* richitlcs temples de Dieu, distribua de l'argent aux pauvres, et accumula ainsi dans le ciel des trésors éternels. » {De regali abbatia Sancti'GermaniA

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S011S le règne de Childebert, saint Germain étant éTe-

que de Paris^ et en l'anui^e jS^^ on dut à Paris un concile dont les actes nous ont été transmis. Quatorze évéques ou ai chevêques y assistèrent, sous la pi cbidcace de Probien, archevêque de Bourges, et parmi eux i( s'en trouva huit que l'Eglise a mis au rang des saints. Cette assemblée travailla à remédier à différents désordres contraires aux immunités de TÉglise ou dus à la violence des Francs. Excommunication fut prononcée coalise ceux qui usurpaient les biens de l'Église par ordre ou avec le consentement du roi. Ia\s hiens ecclésiastiques doiit les leudes et les princes francs s'étaient emparés, depuis l'invasion, devaient être restitués, alors iiirme qu ils seraient passés aux mains des héritiers des détenteurs. Défense fut faite de contraindre des vierges ou des veuves à contracter mariage malgré leurs parents. Exconnnunicatiou fut prononcée contre quiconque usurperait Tépiscopat par Tautorité du prince et sans l'aveu du métropolitain ou des autres évrcpics de la province. Ces canons, rédigés au temps de Childebert, furent publiés sous le règne de son sucesseur, Clotaire, et confirmés par une constitution de ce prince, à Texception de celui qui interdisait aux rois de nommer des évéques au mépris des formes canoniques.

Peu d*années avant la tenue du concile dont nous venons de résumer les actes, une autre assemblée du même ordre avait eu lieu, à laquelle s'étaient trouvés réunis vingt-sept évéques. 11 s'agissait de juger Saffarac, évêque de Paris et successeur d' Amélius. Saffarac s'étant reconnu coupable de plusieurs crimes fut dépost'i par le concile et relégué dans un monastère. On le remplaça par l^usèbe, qui ordonna prêtre Clodowalde (saint Cloud)eteutà son tour

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pour successeur saint Germain, originaire d'Autuii. Saint Germain fut le vingtième ëveque de Paris^ en comptant saint Denis pour le premier.

Le règne de Ghildebert avait duré qiiarante*sept ans. Signalé dans les Gaules et au delà t]( s Pyrénées par des expéditions assez rarement heureuses, il avait été, pour la ville de Paris, une période d'agrandissement, de repos et de Lien-être. La présence coutu^ue de la famille royale soit au palais de la Cité, soit au palais des Thermes, avait donné Tessor à des constructions et à des embellissements dont BOUS ne pouvons suivre la marche^ mais dont on peut se faire une idée. Les immenses trésors dérobés à l'Aquitaine et aux Wisigoths d'Espagne avaient été employés, en grande partie, à élever des monuments religieux ou des asiles pour le pauvre. Le clergé avait imposé à Ghildebert d apaiser les remords de sa conscience en faisant un saint emploi (le ces biens, dont la restitution n'était plus possible et qui, d'ailleurs, n'avaient pas tous une injusteorigine. La C .itcavait vu s'élever, à la place des huttes gauloises et des chétives habitations romaines, plusieurs quartiers qui nous sembleraient aujourd'luii fort misérables, mais qui alors présentaient un véritable progrès sur les constructions antérieures. On vient de voir que, sur la place où s*ëlevaît jadis le monument desNautes, sans doute de médiocre étendue, onavaitd'abordbatirégliseSaint-Etienne,et que, plus tard, parlessoinsdeCiiiidebert, on y éleva une cathédrale mieux en harmonie avec le nombre et l'affluence des fidèles. A l'occasion de fouilles récentes, entreprises près du parvis, on découvrit des débris de mosaïque, des colonnes, des chapi'^ teaux en marbre d'Aquitaine, qui avaient appartenu à cette anciennebasilique. a Trente colonnes de marbre, dit un poète

conlempoiaiii (V. Fortunat), soutenaient le spleiitlitlc édifice f ses fenêtres, garnies de vitraux éclatants, recevaient ^ les premiers rayons du jour ; ses lambris et ses murs brillaient du plus vif éclat. Prêtre et roi, comme un autre Melchisédeeh, Childebert avait voulu enricliir de ses dons ce temple magmiique ^iiù, 1 1 , cai m, lo).» Il iicfaut pas prendre dans le sens littéral ces éloges hyperboliques, trcs-oi (iiiiairessous la plutiic deFortuiiat \ mais, en les réduisant à leur juste valeur, ils attestent Texistence d*un édifice vraiment reiiiar([uable.

Nous avons déjà mentionné les vastes^ proportions et la magnificence de l'église des saints apôtres Pierre et Paul, commencée par ordre de Clovis, et achevée, sous le règne de son fils, parles soins de sainte Clotilde, et nous avons dit d'après saint Otien , que cette église avait un triple portique oii étaient peintes les histoires des patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. Quanta la fondation de Saint-Vincent, elle eut lieu, comme on Ta vu, vers la fin du règne de Childebert , ce qui est attesté par une cliarte de donation commençant ainsi : « Qiilde* bert, roi des Francs, homme illustre. . . . MoiCliildebert, avec le consentement des Francs et des Neustrasiens, et sur l'exhortation du très-saint Germain, pontife de la ville de Paris ( saint Germain n'était évcque que depuis un au), et du consentement des évéques, ai commencé à construire un temple dans ladite ville, près des murs de la Cité, sui* un terrain qui aspecte le fisc d*Issy, en un lieu nommé Loco» litius (c'est toujours le nom donné au faubourj» de la rive gauche), eu l'houneur du saint martyr Vincent, dont nous avons rapporté les reliques d'Espagne, ainsi que de la sainte Cioix, de saint Étiennc, de saint Ferrcol, etc. » Cet édi-

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fice était magnifique; ïl avait la forme d'une croix laliiu'; il était souteuu par de grandes colonnes de uiarbre, percé de nombreuses fenêlres, et couvert d*un lambris doré. Des peintures à fond d*or embeliissaieut les murs; une riche mosaïque formait le pavé, et des lames de cuivre doré qui fonnaieat la toiture jetaient un si vil i c la t que le peuple ne tarda pas à surnommer cette basilique Saint-Germain le Doré. Tout auprès de l'église on fonda un vaste monastère cil révéque saint Germain appela des religieux, de Saint- Symplioriend^Autun, sonancien séjour : ils suivaient la règle de saint Anloine et de saint Basile, alors encore ia plus répandue, et avaient pour abbé Doctrovéc, plus tard mis au rang des saints. Bientôt ces religieux reçurent la règle de saint Benoît, le grand réformateur de la vie monastique eu Occident.

Jusqu'à la fondation de Tabbaye de Saint-Denis, au

septième siècle, l'église de Saint-Vincent servit de sépulture ordinaire aux rois et aux princes issus de Mérovée; vers la fin du dix-seplième siècle ces tombes, qui renfermaient de curieusesdépouilles, furent ouvertes et étudiées.

Childebert étant mort sans laisser d'enfants mâles, le quatricme fils de Clovis, ClotaireP', roi deSoissons, accourut à Paris et se fit reconnaître roi de tous les États gallo-francs, La puissance de Clovis, trop longtemps morcelée entre plusieurs princes, se trouva donc réunie de nouveau sur une seule tete, mais ce ne fut pas pour une longue durée. D'ailleurs Paris, sous le règne de Clotaire, ne fut témoin d'aucun événement dont l'histoire puisse faire mention, et c'est au point de vue des annales i\c cviiv. ville que nous résumons les souvenirs de l'ère mérovingienne.

Quand le vieux et féroce fils de Clovis fut mort, ses

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