‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 9 sur 64 · HISTOIRE DE PARIS. (4M · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (4M

quatre fils, Chariberl, Goutrany Chilpëric et Sighebert, songèrent à se partager entre eux les royaumes soumis à rëpée des Francs. Ciiilpëric, plus hardi et plus téméraire que ses cohéritiers, s'empara des trésors de son père et se porta rapidement sur Paris, oii il s'établit en roi, aspirant au gouvernement de la monarchie entière. Ses frères ne lui laissèrent pas le temps d'accomplir cette usurpation ; aidés de ceux des Francs qui leur étaient restés fidèles, ils unirent leurs îbrces, assiégèrent Chilpéric dans Paris et le contraignirent de se soumettre aux conditions du partage. Ijes quatre nouveaux royaumes furent tirés au sort, et Cliai ibert fut lOi dv. Paris. Lin grand prestige de suprématie continuait à être attaché à la possession de cette ville ; maïs Cliaribert, homme dur et grossier, ne Signalait sou pouvou* que par de brutales debauciies et ne semblait nullement disposé à soumettre ses frères par une série d'usui'pations adroitement calculées. Fortunat a composé des vers à sa louange, ce qui ne prouve rien ; mais Grégoire de Tours ne luciitioane aucune de ses rares qualités. Le silence de cet historien suffît pour attester que Paris eut à subir le joug d'un roi violent et livré à tous les désordres. « Le roi Charibert, dit Tévêque, prit pour femme Ingoberge, de qui il eut une fille qui fut en* suite mariée et conduite dans le pays de Kent (i). Ingoberge avait à son service deux jeunes filles dont le roi était très-amoureux. L'aînée, nommée Marcovèfe , portait l'habit religieux; l'autre s'appelaitMéroûède. Elles étaient filles d'un ouvrier en laine. Ingoberge, jalouse de ce que le roi les aimait, donna secrètement à leur père de Tou-

(i) Berthe ou £delberge, qui épousa £thelbert, roi de &eaty et contribua à la oonversioo des Anglo-Saxons au christiaDisme.

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vrage à faii*e, afin que, lorsque le roi le saurait, il eût les filles en mépris. Pendant que cet homme travaillait, elle fit appeler le roi, qui vint croyant qu*elle voulait lui montrer quelque chose de nouveau^ et vit de loin le père des deux jeunes filles qui raccoinmoJaiL les laines du palais. A cette vue, irrité de colère, mais contre Ingoberge, il la quitta et épousa Méroflède. Il eut aussi pour femme TeutéclUlde, fille d'un berger, qui lui douoa un fils mort au berceau. Enfin il prit en mariage Marcovèfe, sœur de Méroflède. Saint Germain, évêque de Paris, les excommunia tous deux, et, comme le roi ne voulut pas quitter Marcovèfe, elle mourut frappée du jugement de Dieu (t). m

Gharibert étant mort ne laissant aucun enfant mâle, ses frères Sigheberl , Chllpcric et Contran se partagèrent ses Ëlats. Chacun d'eux voulait avoir Paris; mais on convint que cette ville appartiendrait par portions égales aux trois fi'ères, et que nul d'entre eux ne pourrait y entrer sans le consentement des deux autres. Saint Hilaire, saint Martin et saint Polyeucle furent pris et invoqués pour garants de ce traité. Cependant de graves ressentiments animaient Tun contre Tautre Sighebert, i oi d'Austrasie, et Chilpéric, roi de Neustrie. Le premier avait épousé firunehault {^Brunerhilde)^ fille d'Athanagild, roi desGoths d'Espagne; Chîlpenc reçut à sou tour la main de Galswintlie, sœur de cette princesse. Galswinthe ne consentit à cette union qu'avec imc terreur mal dissimulée. Cliilpérie avait répudié Audowère, sa première femme, et se laissait dominer par Tune des servantes du palais, nommée Frcdégonde, que Ton disait capable de tous les crimes. C'était assez

(I) Gr^. Titr., lib. IV.

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pour remplir de crainte et de répugnance l'âme de Tinforluiiëe Galswintlie. Ses appreiiensions étaient fondées; peu de mois après avoir épousé Chilpéric elle mourut étranglée, et le roi, qui avait ordonné ce meurtre, ne tarda pas à épouser Frédégonde, sa complice. Brunehault aimait tendrement sa sœur GalswintRe ; à la nouvelle de sa mort elle entreprit de tii*er vengeance d'un - si grand crime et arma contre le meurtrier ses deux frères Si ghebert et Contran. Vers le même temps les royaumes gallo-francs et la ville dé Paris étaient en proie à des calamités d'un autre ordre et enduraient les ravages de plusieurs maladies pestilentielles, telles que le charbon et la pustule maligne. Ces divers fléaux, et la nécessité de soutenir des guerres contre les Lombards et les Avares, suspendirent durant quelques joui s les effets de la haine de Brunehault contre les assassins de Galswinthe. A la fin Sighebert envahit la Neustrîe et assiégea dans Tournay son frère coupable.' L'évêque de Paris, saint Germain, intervint alors pour reconcilier Sighebert et Chilpéric, et adressa à Brunehault (SyS) une lettre empreinte des exiiortations les plus miséricordieuses (i). NiSighebert, niBrunehaultne voulurent écouter

(i) Mentionnons le document historique qui témoigne de Pinterven-

tion des évéques gallo-francs en faveur de la civilisalion et de la paix :

« A la reine Brunechilde, fille en Jésus-Christ de la sainte Église, dame très-clémente et trcs-pieuse, etc., Germain , }>écheur.

« Votre bienveillance se réjouit de la vérité ; elle la tolère, elle ne s'en lasse jamais; voilà pourquoi nous osons vous exprimer; nous qui TOUS aimons jusques au fond de l'âme , les douleurs de notre cœur, plein de tristesse. Autrefois, quand le peuple chrétien, encore peu nombreux, obtenait, par la -grâce de Dieu, un peu de calme, les ap6tres disaient : ^oici maintenant te temps fit vorable^ voici le jour tta saint ! Aujourd'hui, au contraire, en lace de jouih tuiicstcs et dignes de pitié, nous nous écrions en pleurant : Foilà que les heures de notre misère

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les pieux coDseiis de l'évéque; ils avaient hâte d enlèvera

Cliilpéric la couronne et la vie. Réduite à de telles extré-

H de notre perte arrivent! âtalheur à noas^ car nous avons pèehé! Si tant de tribubdoDS et d'amertumes ne nous avaieot pas abattu « ri elles

n^avaient pas montré l.i ^îblesse de notre corp», nous nous serions fait nou«-mpme un devoir tl'alk r >oilu iti r votre piliê. Nous déposons dans votre <v\u ks hruils populaires qui se répandent et qui nous coinlilcnt d'épouvante. Oo dit que cVst par vos conseils que le rui Sighebert se propose de ravager entièrement notre malheureux pays. Si nous répétons ces rumeurs, ce n'est pas que nous ^ ajoutions foi ; cependant nous vous supplions de ne donner, en aucune manière, un prétexte de véns charger d'une si odieuse accusation. Il est vrai que ce pays est depuis lofigtemps à plaindre et qu*il touche à sa perte ; mais nous ne désespérons pas de la miséricorde divine. Il serait temps encore d'arrêter la vengeance i;e Dieu , si chacun pouvait alijurer la haine, qui médite le meurtre , l'avarice , qui est la source de nos doulcui s , la colère, qui écarte toute pensée de prudence. Notre Sauveur a dit, à l'heure de sa passion : Malheur à celui par gui te scandale arrive! Nous ne pouvons croire que tant d'actions détestables puissent demeurer impunies, et nous conjurons chacun d'entre œua qui nous écoutent de songer, dans leurs consciences , à leurs pensées et à leurs actes, afin de n'être pas at< leiots par ce terrible jugement prononcé contre le traître Juda. Aucun o'a voulu nous entendre ; voilà pourquoi nous vous adressons nos prières. Si vous renversez le royaume de vos ennemis, ce ne sera ni pour vous, ai pour vos enfants un grand sujet de triomphe. Pour que cette contrée , se réjouisse d'être tombée en votre pouvoir, il faut qu'elle reçoive de vous sa délivrance, et non sa mort. Je vous écris pénétré de douleur, car je vois comment les rob et les peuples se précipitent pour offenser le Seigneur . Il est écrit : Quiconque mettra sa confiance en son bras verra ta confusion , et non sa ificfoire. Quiconque , je vous le dis moi-même, croira pouvoir suffire seul au salut d'un peuple, verra plutôt approcher sa mort qu( son ti iomphe. Qnu otKitie sera gonflé par la superbe à la vue de ses richesses subira l'opprol)re de la pauvreté avant de rassasier son avarice. Le Juge éternel nous juge ; le pouvoir de nous juger lui ap* partient toujours; il ne se laisse point corrompre par des offres; il ne'se laisse point toucher par les venue des impies ; il voit les cœurs et rend a chacun selon ses œuvres.

• Vaincre son frère est une honteuse victoire ! humilier sa famille.

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mîtes I Frédégonde soudoya des assassins qui poignar* dèrent Sighebert,

La face des choses cliangea. La Neustrie se rangea plus humblement que jamais sous les lois de Chilpéric et sous l'influence fatale de Frcdcgonde; Bi uueliault eut à en- . durer la prison et Texil. A Rouen, oii Chilpéric Tavait fait détenir, elle réussit à se ikire aimer du jeune Mérovëe, fils de ce roi, et qui était chargé de veiller sur elle. Prétextât, évêque de Rouen, consentit à leur donner la bénédiction nuptiale. Chilpéric, pour se venger de cet évèque, assembla à Paris un concile devant lequel comparut Prétextât, dont les pouvoirs furent suspendus et qui fut pour quelque temps envoyé en exil. Grégoire de Tours, qui as* sista à ce concile, nous parle d'une entrevue qu'il eut alors

renverser et détruire les possesh>iuiis tie ses parents, ce sont de honteux triomphes ! Eu laisaut la guerre aux siens on combat contre son propre bonheur; ennemi de soi-même, on avance sa propre ruine. Au oommeo'oement du monde il y avait deux frères sur la terre; Gain, Tun d'eux, accomplit un fratricide, et sa punition fut sept fois plus forte que mii crime. Joseph fut vendu par la jalousie de ses frères, et ces méchants ne tardèrent pas à devenir ses propres serviteurs. Saûl avait juré de perdre saint David ; il eut bientôt besoin d'être épargné par la miséricorde de son ennemi. Ah>;il(iu tua son frère et voulut détrôner sow pcre : est^il besoin de vous redire ses revers et sa mort? Écoutez le prophète David : Les méchants seront exterminés, les justes auront la terre en héritage. Écoutez i'Apètre : Celai qui hait son frère est homicide : U marche dan* tes ténèbres, il ne sait oik U va* Écoutée le Sauveur : Heureux les paci» figues ; ils seront appelés les enfoMs de Dieu^ Je vous donne ma paix. Je vous laisse ma paix. Là où est la paix et Pamour, la est k religion. Méditons l'histoire d'Esthcr, de cette reine qui sauva sa nation. Employez votre prudence, votre foi et vos vertus , à delourner le seigneur rui d'oOenser Dieu, eop^ai^ez-le à donner le repos à ce peuple et à laisser au juge éternel le soin de la justice... Nous vous supplions de recevoir nos très-humbles salutions, que vous offrira Gondeulfe, porteur des préseules, ele« »

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près de Paris avec Chilpéric. « Deux flatteursi dit-il,

avaient dit au roi qu'il n'avait pas dans cette affaire de plus grand ennemi que moi ; aussitôt il m'envoya chercher* Lorsque j'arrivai, Chilpéric était auprès d'une cabane fakie de ramée ; à sa droite était Bertrand, évcque de Bordeaux, à sa gauche Ragnemode, évéque de Paris. Devant eux se trouvait un banc couvert de pain et de diiierents mets. En me voyant le roi m'adressa ces paroles : « Ton di'voir est de dispenser la justice à tous, et je ne puis l'obtenir de toi ; je vois bien que tu justifies pleinement le proverbe : Le corbeau n'arrache pomt les yeux du corbeau. — O roi, répondis-je, si Tun de nous s'écarte des voies de la justice, il peut être corrigé par toi ; mais si toi-même tu manques à tes devoirs, qui te reprendra ? Que peuvent nos exhortations si tu refuses de les enteodre?... Celui à qui se manifestent les cœurs connaît ma conscience... Tu as la loi et les canons; consulte-les, et, si tu u'observes pas ce qu'ils te counnanileiil, redoute le jugement de Dieu! » Ces courageuses remontrances firent peu d'impression sur le roi. On voit par ce récit qm; saint Germain avait eu déjà un successeur; l'illustre prélat, le vénérable protecteur et défenseur de Paris était mort en 576. Son corps fut enseveli dans l'église de Saint- V incent et de Sainte-Croix^ qui, depuis lors, fut appelée Saint-Germain des i^rés.

Grégoire de Tours, qui nous raconte les sombres tragé* dies mérovingiennes , mêle à sa narration quelques incidents de médiocre importance , mais que nous mentionnons parce qu'ils eurent lieu à Paris, et contribuent à nous initier aux mœurs ou aux coutumes de ia population de cette ville.

8o HISTOIRE DE PARIS. (*81-«2S)

Au témoignage de cet historien, et sous le règne de

Cliilpéric, la femme d'un des principaux leudes fut accusée d'adultèie par les parents de sou mari; ils menaçaient de la faire mourir si son père ne la justifiait lui-même. Le père offrit d'attester Tianoceuce de sa fille sur le tombeau de saint Denis ;* oit il se rendit accompagné de ses amis ; les parents de son gendre s'y trouvèrent aussi. Alors il étendit les mains sur Tautel et jura que sa fille n*ëtait point coupable et qu'on 1 avait caloiiiiiiée. Les accusateurs, voulant soutenir ce qu'ils avaient avancé ^ en vinrent aux voies de fait, et il y eut du sang répandu. L^affaire fut portée devant les juges; mais Taccusée, se sentant cou» pable, voulut se soustraire au jugement qu'on allait rendre contre elle et a'étmugla dit ses propres mains (S^g), L'année suivante parut dans la ville un homme étrange, vetu d'une espèce de robe sans uiaiiches, avec un linceul par* dessus. Il portait une croix d où pendaient des fioles remplies, h ce qu'fl disait, d'une huile sainte. Il publiait partout qu'il venait d'i^pagne et qu'il en avait rapporté les reliques de saint Vincent et de saint Félix. Il arriva à Paris au temps des Rogations. Gomme Févêque Ragnemode y à la tête du clergé et du peuple, allait ce jour-là en procession aux églises , Timposteur voulut en faire de même. On vit paraître un hommedansun équipage extraordinaire, qui portait une croix, et traînait après lui une troupe de mauvais sujets et de femmes du peuple. L'é* vêque , surpris de la nouveauté de ce spectacle , lui envoya dire par sou archidiacre : « Si vous portez quelques « saintes reliques, dëposez-les dans Téglise; passez avec « nous ces saints jours, et après la fête de l'Ascension « vous continuerez votre route, L'imposteur, au lieu

d*accepter l'offre de 1 eveque, commença à le charger d'injures et de malédictions en présence de son archidiacre. L evéque> voyant que cet homme était ua fourbe, le fit en* fermer dans une cellule. On le fouilla ensuite, et on trouva sur lui uu grand sac plein de racines de diverses herbes, de dents de taupes, d'ossements de souris, d'ongles, de graiwe d'ours , que l'éveque fit jeter à la rivière , de peur de quelque maléfice, et, après avoir ôté la croix à cet homme, il lui ordonna de sortir du territoire de Paris. L'imposteur, au lieu d'obéir, refit une croix et recommença son manège , ce qui obligea Tarchidiacre a le faire arrêter et mettre en prison cliargë de chaînes.

Grégoire de Tours, auteur de ce récit, se trouvait alors à Paris , logé à la basilique de Saint-Julien , près de la prison de l'évéché. L'imposteur, s'étant échappé la nuit suivante, se réfugia dans celte église, où il s'endormit. Ij'évéque Grégoire, ne sacliant rien de ve qui s était passé, se rendit au uiênie lieu, a minuit, pour l'office, selon sa coutume. Il fut bien surpris de trouver à sa place ordinaire un homme ivre et endoruu , qui exhalait une odeur insupportable. 11 fallut le porter dans un coin de l'église , oii il resta jusqu'au jour sans se réveiller. Le saint prélat, touché de compassion, intercéda pour ce mallieureux auprès de Tevéque de Paris. On reconnut que i imposteur était uu serviteur d'Améhus, évêque de Tarbes, et on se borna , pour toute punition, aie renvoyer dans son pays(i).

La ville de Paris, qui ne donnait qu'une attention médiocre aux rivalités et aux crimes des fils de Clovis , se

(i) M. de G^alle.

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