‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 23 sur 82 · SM-13M) LIVRE VIII. CHAPITRB III. I7I · texte numérisé non relu

SM-13M) LIVRE VIII. CHAPITRB III. I7I

avaitpassé sa jeunesse, et présenter au roi son fîis Yences^ las, récemment «lu roi des Romains. Contraint de nous renfermer dans un cadre trop étroit peut-être, nous nous bornons à citer quelques passages de ce curieux épisode.

« Avint, dit Christine de Pisan, en l'an i'i']']^ que l'empereur de Romme , Charles le Quart de cç tiom , escripst de sa main au roy Charles qu'il le vouloit venir veoir ; de laquelle chose le roy fut moult joyeulx, et en toutes manières se pourpensa comment selon sa digneté le pourroit honnorer et festoyer. Et quant il sceut le temps, tantost en^iya à Reims, josques à Mouson et à l'entrée de son royaume, par où l'empereur debvoit venir, le comte de Salebruche (i), etc.

ff Le lundi ensuivant, quart jour de jenvier, pour ce que entrer debvoit à Paris, se fist l'empereur en ladicte esglise de Saint-Denis porter devant les corps saints, et se fist porter tout en tour les chacés, et baisa les reliques, le chief, le clou et la couronne. Quant ses dévocions ot faictes, demanda à veoir les sépultures des roys, et par espécial du roy Charles et de la royne Jehanne, sa femme, du roy Phelippe et de la royne Jehanne, sa femme, èsquelz cours, ce dit-il , avoit esté nourris en sa jeunece, et que moult de bien lui avoyent fait ; aussi volt veoir le sépulcre du roy Jehan. L'abbé et le couvent pria affectueusement que, en présent, déissent à Dieu recommandacions des âmes de ces bons seigneurs et dames, qui là gisoyent; laquelle chose fu faicte. Après, quant en sa chambre fut venus, vint en la court, devant ses fenestres, le seigneur de la Rivière, et Colartde Tanques, escuyer de

(l)Saarbnick.

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corps y etj de par le roi, luy présentèrent un bel destrier et un courcier moult richement ensellez et à moult bel harnois aux. armes de France ; dont il mercia le roy grandemenl:^ et dist qu'il monteroit dessus à l'entrer à Paris. Se partit de Saint-Denis et vint en littiere jusques à la Clia pelle, car grief lui est oit le chevaucliier. Au-devant lui alerent le prévost de Paris et celluy des marchans, les eschevins, les bourgeois, tous vestus de livrée, en bel arroy et bien montez, jusques environ, qued'eulx que (tant d'eux que) des officiers du roy, quatre mille chevaulx. Le prévost de Paris, faisant la révérance, complimenta l'empereur, etc. »

Les Chroniques de Saint- Denis j racontant avec plus de préxîision encore le même événement, ajoutent ici : « Et alors lesdits prévôts et échevins avec les bourgeois vinrent ensemble jusques à Paris, et étoient bien en la compagnie, tant des officiers du roi que des gens de la ville de Paris, quatre mille chevaux et plus. Ledit empereur ainsi accompagné vint à la Chapelle Saint-Denis, et là se fit descendre de la litière de la reine en un hôtel, et fut rais à cheval sur le destrier que le roi lui avoit envoyé à Saint-Denis, lequel étoit morel (noir); et semblablement monta le roi des Romains sur celui que le roi lui avoit envoyé, lequel étoit pareillement noir. Et le roi de France les leur donna de cette couleur, parce que, suivant les coutumes de l'empire, les empereurs ont l'habitude d'entrer dans les bonnes villes de leur seigneurie sur un cheval blanc ; et le roi ne voulait pas que ce fût ainsi, afin qu'on n'y pût voir aucun signe de domination.

« Le même jour et à la même heure, le ix)i de France, monté sur un grand palefroi blanc, richement ensellé aux

armes de France, sortit du palais. Il étoit vêtu d'une cotte d ecarlate vermeille et d'un manteau fourré à fonds de cuve. En sa tête ëtoit un chapeau à bec, de forme ancienne, très-richement brodé et couvert de perles. En sa compagnie étoient quatre ducs, ceux de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et de Bar, les comtes d'Eu , de Boulogne, de Coucy, de Sarebuche, de Tancarville, de Sancerre, de Dammartin, dePorcien, de Grand-Pré, de Siaume et de Braine, et plusieurs grands seigneurs, bannerets, chevaliers, grands gentilshommes, si nombreux qu'on ne pouvoit les compter. Beaucoup de prélats allèrent au dehors de la porte Saint-Denis au-devant de l'empereur; ils étoient tous en chapes romaines, par l'ordonnance et commandement du roi, et étoient grandement montés et accompagnés de leurs chapelains et autres gens de leurs robes. Les seigneurs et princes dessus dits étoient montés sur grands chevaux, plus hauts que les coursiers, et grandement accompagnés de chevaliers et d'escuiers , portant cliacun les livrées de leur seigneur. Et aussi a voit le roi des officiers de tous états, en très-grant quantité, vêtus d'un costume divers ; c'est assavoir : chambellans , de deux paires de robes, les unes de velujrau (velours) et les autres de deux parties escarlates; les maistres d hôtel , de deux velours, inde et tenné ; les chevaliers d honneur^ de velours vermeil ; les écuyers du corps et d'écuyerie, de camocas bleu ; les huissiers d armes ^ de deux camocas partie de bleu et rouge, etc.

a Le roi, à cause de son nombreux cortège, mit à sortir de la cour du palais plus d'une demi-heure, et s'avança droit sur le chemin de Saint-Denis, en passant par la porte et bastille de Saint-Denis. L'ordonnance des

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gens du roi éloit si bien faite quHl y avoît peu de confusion, eu égard à la multitude: de gens. Devant marchoient tmis les chevaliers et ëcuiers-, les arimlétriers à cheval et les sergens d'arme&. Devant le roi étoient le maréchal de Blaiaville.et les écuîûrs de son corps, qui avoient deux, épées à ëcharpe et les chapeaux de paremens; puis le fils du roi de» Navarre et les comtes d'Harcourt et de Tancarville, et ' par derrière des huissiers d'armes. Et après les quatre ducs dessus dits et j^usieurs autres comtes et.barons, les prélats, venoient deux à deux, les archevêques et les évéquesen premier. Suivoient les grands chevaux et palefrois du roi^ très-ricfaement enselles^ que les valets conduisoient en bride, montés sur d'autres chevaux, vêtus tous d'une robe, et portant, en la manière accoutumée^ les paremens de France en écharpe. Le palefrenier du roi étoit devant les écoiers de corps« monté sur un grand cmirsier; il portoit le parement du roi en velours et brodé, et autour du cou les fleurs de Us pour filées de perles en écharpe^ suivant la coutume. Avec lessergeos d'armes du roi étoient devant les deux trompettes du roi, à trompes d'argent et penonceaux brodés, qui sonnoient de temps en temps pour donner le signal de la marche.

u £t ainsi chevaucha le roi depuis son palais jusqu'à moitié chemin du Moulin à vent et de la Chapelle, où il se rencontra avec l'enipereur. Il fallut du temps pour qu'ils pussent venir l'un à l'autre; tant étoit grande la foule. Ledit empereur ôta sa barrette et son cliaperon, et le roi fit de mêrate; mais le roi ne voulut trop approcher de l'empereur , de peur que son cheval ne touchât à ses jambes, où il avoit la goutte. Ils se prirent les mains l'un et

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Fautre et s'eatre-saluèrenf, et le roi dit à l'empereur qu'il étmt le bien-venu et qu'il avoit un grand désir de le voir« 11 alla ensuite saluer le roi des Romains de la même maoière^ puis retourna devers l'empereur, qu'il fit mettre à sa droite, bien que celui-ci s'en excusât longuement, et ie roi des Romains fut mis à gauche.- Ainsi chevaucha le roi entre l'empereur et son fils, tout le chemin et tout le long de la ville de Paris jusqu'à son palais , par l'ordonnance et en la manière qui s'ensuit. Premièrement fut ordonné par le roi que les gens de la ville , pour ce qu'ils étoient en trop grande quantité, demeurassent aux champs, sans rentrer dans la ville^ jusques à ce que l'empereur, le roi el tous leurs gens fussent entrés et passés en la ville, et ainsi fut fait. Le roi avoit aussi fait crier le jour devant que nul ne fût si hardi d'occuper à pied ou en voiture le chemin de la grande rue qui conduit au palaisj ni qu'il bougeât de la place oii il s'était mis pour voijf passer le cortège.

a Pour garder (pour s'assurer) que ainsi fi;st faict, f^rent missergenS'par les rues, qui gardoyeut le peuple d'eulx bougier de leurs, places .tant qu'ils fussent passez. A l'entrée de Paria descendirent .à pié , trente sergens d'armes, à tout leurs maces. d'argent. et leurs espées en escliarpes, bien garnies et ouvrées, prisrent fe .travers de la rue ; et comme l'jempereur eus^ fait dire au roy « que, drès qu'il « aeroit àfaris, il ne. voiiloit.e$tre servi ne mes des gens du « roy, en laquel garde il se mectoit, » le roy luy octroya ; et, pour ce, cçsdits . seirgeuî», ppur luy faire honneur et garder de la presse, estoyentenyicop, luy. Le roy fist convoyer devant, par le seigneur de Covfcy, les gens de l'empereur, et mener au paJJais, etc.

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<c A rentrée dudict pallais furent faictes barrières, et à l'entrée des merceries et de la grantsale, et sergens d'armes pour les garder ; et fil ordonné que, à l'entrée de la porte du pallais, nulz chevaulx ne s'arrestassent, ains passassent tout oultre ceulx qui là arriveroyent, et s^espandiss^t par les rues, affin que presse ne fiist à l'entrer; et ainsi fu fait. Parquoy, quant l'empereur et le roy arriva, il n'entra mie en la court plus de cent chevaulx , et tout à large y entrèrent lesdits princes, et ainsi arrivèrent droit au perron de marbre, environ trois heures après midy; et pour ce que aisiéement, pour cause de sa goutte, ne se povoit l'empereur soustenir, le roy fît estre preste sus ledit perron une chayère couverte de drap d'or; et là fii porté entre bras par les susdits chevaliers qui en avoyeot la garde, en ladicte chayère, et assis.

« Si comme l'empereur en la chayère seoit, le roy à lui vint et lui dist c que bien fust-il venus, et que on- « ques prince plus voulentiers n'a voit en son pallais veu. » Adont le baisa, et l'empereur du tout se deffulaet lemercia. Lors fist le roy lever l'empereur à tout sa cheyère, etcontremont les degrez porter en sa chambre. Et aloit le roy d'un costé, et ainsi le convoya en sa chambre de bois d'Irlande , qui regarde sus les jardins et vers la Saincte-Chapelle, qu'il lui avoit fait richement appareillier ; et toutes les autres chambres derrière laissa pour l'empereur et son filz ; et il fu logié es chambres et galatois que son père le roi Jehan fist faire.

« Lendemain le prévost des marchans et les eschevins, à l'eure que l'empereur disnoit, entrèrent en la chambre, et, de parle roy, luy présentèrent une nef pesant neuf vingt et dis mars d'argent dorez et très-richement ouvrée, et

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deux grands ûacoQS d'argent esmailliez et dorez, du poids de soixante-dix mars; et à son filz une fontaine moult bien ouvrée et dorez, du poids de quatre-vingt et treize marcs, avec deux grans poz dorez de trente marcs; dont Tempereur grandement remercia la ville et eulx aussi (i). » Les chroniques font une longue et minutieuse description du souper, qui eut lieu dans la grande salle du palais de justice. « Le souper, y est-il dit, fut long et servi à si grande profusion de mets qu'il seroit difficile de s'en souvenir. Audict souper, dans ladicte salle, furent, au rapport des hairaus (hérauts), de huit cents à mille chevaliers, tant du royaulmede France que de l'estranger, et une grande multitude de gens d'état. Cependant le service fut fait très-honnêtement et sans désarroi, et tous ceux qui mangèrent audit palais furent servis avec diligence, aussi bien les basses et lointaines tables comme les hautes et plus prochaines. Après souper le roi et le roi des Romains s'en allèrent en la chambre du parlement, accompagnés dts prélats, princes, seigneurs et chevaliers dessus écrits, tant qu'il put en entrer. Là étoient les ménestrels de bas instrumens, qui jouèrent comme d'ordinaire. Ladite chambre éloit noblement parée à fleurs de lys et noblement éclairée ; aux deux côtés du lit de parade étoient deux grandes chaises, au-dessus desquelles étoit un ciel à bordure de fleurs de lys. Quand on servit le vin et les épices le duc de Berry donna les épices au roi et le duc de Bourgogne donna le vin. Le roi se retira ensuite dans sa chambre, et il fit accompagner le roi des Romains à travers la salle par ses frères, les ducs dessus nommés et plusieurs autres

(i) Christine de Pisao, Histoire de Chattes l\

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