‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 27 sur 82 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Agrandifsement de Paris sous les premiers Valois* — Nouvelle

enoexnte*

Nous avons à plusieurs reprises parlé des agrandissements de l'ancien Paris, de César à Philippe- Auguste. Lorsque cette ville.se trouvait renfermée dans Tîle de la Cité elle avait pour défense une épaisse muraille et pour fossé le lit même de la Seine ; deux places d'armes, le Grand et le Petit-Châtelet, couvraient les points qui rattachaient l'île aux deux rives opposées du fleuve. On a vu que, dès la période capétienne, une seconde enceinte avait été construite pour protéger les quartiers, les faubourgs et les bourgs qui s'étaient successivement établis au nord et au midi de la ville. Cette enceinte, que beaucoup d'historiens attribuent à Louis le Gros, n'avait pas tardé à devenir trop étroite, et nous savons que, vers l'an 1188, avant de partir pour la croisade, Philippe-Auguste avait prescrit aux bourgeois de Paris de faire travailler immédiatement à l'édification d'une enceinte nouvelle , garnie de tours et de portes. On sait que la portion septentrionale était terminée , vers 1 208 , lorsqu'on entreprit de bâtir l'enceinte méridionale , qui fut presque entièrement construite avant la fin du règne de ce même souverain. On sait également quel était au nord et au midi le parcours de la troisième enceinte de Paris. Le mur septentrional partait de la rive droite de la Seine , un peu au-dessous du lieu où aboutit le pont çle» Arts, point où

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s'élevait alors une tour ronde longtemps nommée Tour qui fait le coin. De cette tour il décrivait une vaste ligne circulaire dont nous avons mentionné ailleurs le tracé , et venait aboutir au fleuve, entre les rues de l'Étoile et de Saint-Paul, vers le milieu du massif de bâtiments qui, de nos jours, sépare le quai des Ormes de celui des Célestins. Là était construite une autre tq|uir*sou6 l'aigri de laquelle fut ouverte la porte Bar belle on Bar béelrsur^t* eau. Nous rappelons également que, sur la rive gauche, l'enceinte commençait à la fameuse Tournelle ou Tour de Neslcj sur l'emplacement de laquelle s'élève aujourd'hui le pavillon oriental de l'Institut. L'enceinte, de ce même coté, enveloppait l'Université et plusieurs faubourgs, et, vers l'extrémité de la rue des Fossés-Saint-Bernard, aboutissait au fleuve et s'y rattachait à une autre petite forteresse également nommée la Tournelle. Des inscriptions posées rue Dauphine, n® 5o, rue Saint-Jacques, à l'angle de la rue Saint-Hyacinthe, dans la cour de la maison Oudot, et rue Mouftard, n^iog, indiquent la place qu'occupaient alors les portes de Buci, Saint-Jacques et Saint- Marcel. Les travaux de continuation de la rueSoufflot ont amené la destruction d'une cour et d'une courtine à laquelle les Jacobins avaient adossé leur couvent vers la fin du treizième siècle. Un fragment du mur de Philippe-Au^ guste existe dans la rue Clovis, ,près la rue des Fossés- Saint-Victor ; on peut aussi voir un autre reste de, tour dans une autre maison delà rue Mazarine, derrière l'Institut.

De très- vastes espaces, couverts de bois, de jardins ou de vignes , se trouvaient enveloppés dans l'enceinte de Philippe- Auguste. En moins d'un siècle ils avaient été successivement livrés aux constructeurs de quartiers et de

5IOO HISTOIRE DE PAIlIS, (186ft-188ft)

rues, et des milliers d'habitations, pour la plupart petites, sombres et mal aérées, avaient été élevées sur ces cultures. Une fois l'enceinte bien garnie d'édifices , d'hôtels , de maisons et de ruelles, il avait fallu de nouveau bâtir des bourgs aux abords des portes de Paris et peupler la banlieue. Les quartiers de la rive droite , qu'on appelait la Ville ou rOutre-Grand-Pont , étaient habités par une bourgeoisie riche et commerçante, et, alors comme aujoui> d'hui, constituaient à eux seuls la plus grande partie de Paris. Les quartiers d'Outre-Petit-Pont ou de l'Université, sur la rive gauche, étaient beaucoup moins étendus, quoique fort considérables ; leur population , qui excédait à peine celle de la Cité , était généralement adonnée aux lettres, aux arts et aux sciences. Le berceau de Paris, l'île de Lutèce, était couvert d'édifices publics et d'églises, et dan s les intervalles qui séparaient les palais, les monuments, les marchés, d'ailleurs fort peu grandioses, de la Cité, on avait ouvert comme au hasard un labyrinthe de rues étroites, de ruelles tortueuses et sombres , que peuplaient alors des marchands , des bourgeois, des magistrats, des officiers publics , et qui , après avoir servi depuis trois siècles d'asile à une population moins distinguée, tombent aujourd'hui sous le marteau des démolisseurs et font place à de vastes et utiles monuments.

Les divisions administratives de la ville étaient alors les mêmes que les divisions ecclésiastiques. Le quartier de la Fille (la rive droite) renfermait quatofze paroisses, la Cité douze et VUniy^ersité huit, sans compter Saint Marcel et Saint-Germain des Prés, dont la circonscription, en trèsgrande partie, était demeuréeen dehors du mur d'enceinte. Paris tout entier se trouvait donc réparti en trente-quatre

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paroisses, nombre que Ton peut porter à trente-cinq en y comprenant l'église Notre-Dame des Champs, à laquelle le titre de paroisse.n'ëtait point encore donné, mais qui en avait l'importance. D'après de savantes explorations, qui font honneur à M. Géraud, Paris comptait, à la fin du treizième siècle^ outre ses trente -quatre paroisses, trois ceat cinquante-deux rues, dix places, onze carrefours, vingt-cinq portes, trois ponts, cinquante couvents', hôpitaux et chapelles , soixante-quatre monuments affectés au service de l'État ou de la ville, et vingt-six bains publics. Sa superficie {intra muros) était d'environ sept cent quarante arpents (mesure de Paris ), et sa population, s'il e&l p^mis d'asseoir cette évaluation sur des bases contestables et incertaines , atteignait un chiffre d'environ deux cent quinze mille âmes.

Vers le milieu du quatorzième siècle Etienne Marcel, durant les orages de sa magistrature populaire , entreprit d'agrandir l'enceinte de Paris, et les travaux qu'il ordonna dans ce but furent à la fois poussés vigoureusement sur tous les points extrêmes des quartiers de la rive droite. En même temps, et par ses ordres , de nombreux ouvriers furent employés en permanence à réparer et à remanier les anciennes murailles qui, depuis Philippe-Auguste, ceignaient les quartiers de la rive gauche. Sur les deux rives on fortifia les portes par des tours et d'autres ouvrages ; on creusa au pied des remparts des fossés larges et profonds, avec des contre-fossés, et l'on put en remplir quelques-uns à l'aide des eaux de la Seine. Par suite de ces travaux, et avec moins de formalités qu'on n'en met aujourd'hui à évincer les propriétaires dont il faut abattre les maisons, on déposséda diverses communautés religieuses, notamment les

202 HISTOIRE DE PARIS. (13«ilS8l)

Cordeliers, les Jacobins^ les moines de Saint-Grerjnain des Prés, deJSainte-Geneviève et de Saint- Victor, des terres et des bâtiments qui leur appartenaient dans une zone assez étendue autour de l'enceinte. Plus tard on lesdédommagea par la concession de divers domaines ou par Tattribution de certains droits et privilèges.

Les faubourgs de la rive gauche ne furent pas autrement défendus, Tautorité se réservant de les détruire si Tintérét public en faisait une obligation et en cas de siège. Il n'en fut pas de même sur la rive droite du fl^ve, dans la faille proprement dite. De ce coté les faubourgs constituaient déjà des quartiers populeux et étendus ; le TemjJe Saint-Paul, Sainte-Catherine, Saint-Martin , \e^ Filles* Dieu, Saint-Sauveur, Saint-Honoré, les Quinze- Vingts, le Louvre lui-même se trouvaient situés au delà des murs ; Etienne Marcel résolut de les comprendre dans Paris. La nouvelle enceinte entreprise , par ses soias, durant la captivité du roi Jean et la régence du Dauphin, n'était pas entièrement terminée lorsque Charles V monta sur le trône. Ce prince, comme on Va vu plus haut, était un grand bâtisseur; il acheva la construction des remparts de Paris.

La quatrième enceinte se composait en priiK^ipal d'un mur crénelé, reliant entre elles des tours carrées que, dans le langage du temps, on appelait bastilles. Nous avons déjà mentionné celle de ces bastilles ( vou* ci*contre ) qui existait à la porte Saint- Antoine et qui servit si longtemps de château fort et de prison; nous ne tarderons à la décrire plus complètement. Quanta la muraille, flanquée de ces nombreuses tours et protégée, de distance en distance, par /les pièceç de p^Qpn déjà en usage, elle était environnée aw

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dehors de fossés larges et profoads, garnis d'arrièrefossés. Cet ensemble reposait sur un terrassement en élévation formé par les ferres qu'on avait extraites des fossés et disposées en talus d'escarpe. Le mur lui-même était couronné de créneaux ; les parapets crénelés des tours et des portes reposaient sur des consoles dentelées, dont les intervalles formaient des vides nombreux, nommés mâchicoulis . Un nombre considérable d'appendices et d'ouvrages en saillie sur les fossés s'y trouvaient placés de distance en distance, qui permettaient de faire tomber des projectiles sur les assaillants devenus maîtres des fossés» Le grand fossé s'ouvrait, ducotédela camj)agne, à quelques mètres du pied de la muraille d'enceinte. Il avait trente mètres au moins de largeur et était. creusé en entonnoir jusqu'à la profondeur de sept à huit mètres, non compris la cunette, étroit canal pratiqué au fond. Un intervalle de plusieui*s mètres séparait le grand fossé. L'espace compris entre les deux fossés formait une chaussée que l'on nommait balte en dos d'âne, et sur laquelle se trouvaient construits les avant-portes fortifiées qui précédaient les portes principales. Du côté

2o4 HISTOIRE DE PARIS. (136WM»)

de la ville le rempart offrait une terrasse gazonnée formant une espèce de colline à laquelle le mur d^enceinte servait de revêtement du côté du fossé. Entre le rempart et la ville régnait un chemin de ronde d*oîi partaient, de distance en distance, des montées ou rampes en pente douce destinées à faciliter le transport des machines de guerre sur la plate- forme (i).

La nouvelle enceinte , partant de l'ancienne porte Barbette , située à l'extrémité orientale du quai des Ormes, remontait sur le bord de la Seine jusqu'au pointoîi débouche le fossé actuel de l'Arsenal. A l'angle formé par ce fossé et par le cours de la Seine on éleva une tour ronde, trèshaute, nommée tour de V Ecluse ou de Billy^ et qui a subsisté jusqu'en i538, époque où elle fut détruite par l'explosion des poudres qu'elle renfermait. De ce point la muraille suivait la direction du fossé jusqu'à la rue et jusqu'à la bastille Saint-Antoine. De cette petite forteresse, qui reçut plus tard des agrandissements considérables, la muraille, laissant le boulevard actuel en dehors, suivait la direction de la rue Jean-de-Beauvais jusqu'à la rue du Temple, où était une autre porte fortifiée, appelée bastille du Temple; puis celle de la rue du Rempart (rue Meslay) jusqu'à la rue Saint-Martin , où se trouvait une porte du même nom. De là, suivant la ligne de la rue Sainte-Apolline, l'enceinte aboutissait à la bastille Saini^Denis ; puis, se dirigeant le long de la riie Saint^Come du milieu des Fossés (rue Bourbon-^^illeneuve et rue Neuve-Saint-Eustache), elle arrivait à la porte Montmartre^ située dans cette rue. L'enceinte se continuait par la rue des Fossés-

(i) M. A.-J. Memdte f Hist , de Paris.

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Montmartre^ traversait la place actuelle des Victoires, coupait remplacement de l'hôtel de Toulouse, aujourd'hui Banque de France , celui de la rue des Bons-Ënfants et de la rue de Valois, et enfin le terrain occupé de nos jours par le jardin du Palais^Royal. Le mur, traversant ensuite ce jardin et la rue moderne qui porte le nom de Richelieu, suivait la rue du Rempart et arrivait à la porte Sainte Honoré, De là, suivait la direction de la petite rue Sabt-Nicaise , aujourd'hui démolie, il se prolongeait jusqu'à la Seine et aboutissait à la Tour de Bois.

Par la construction de cette enceinte l'église Saint- Paul, le monastère du Petit-Saint-Antoine, celui de Sainte- Catherine du Val-des-Ecoliers, les bourgs de Saint-Paul, du Temple , de Saint-Martin, une grande partie du village appelé f^illeneuvej l'église Saint-Sauveur, celle de Saint- Honoré, le bâtiment des Quinze- Vingts , les églises de Saint-Thomas du Louvre, de Saint-Nicolas, etc., enfin le château du Louvre, auparavant situés hors de la ville, se trouvèrent, pour la première fois, compris dans son intérieur et protégés par des remparts.

L'île Saint-Louis, alors nommée Isle de Notre-Dame^ fut aussi fortifiée par un fossé qui la divisait en deux parties et par une tour qu'on appelait tour Loriaux. Le cours de la Seine, du côté d'amont comme du côté d'aval, était fermé par des chaînes tendues à travers la rivière.

La réparation de la muraille de l'enceinte méridionale , l'extension considérable donnée à l'enceinte de la partie septentrionale, les constructions et le creusement des fossés coûtèrent, en monnaie du temps, 162,520 livres tournois, somme qui aujourd'hui équivaudrait à près de 800,000 francs.

!2o6 HISTOIRE DE PARIS. (iBMlSSI)

Dans le livre des Antiquités de Paris Sauvai nous a transmis quelques détails, trop minutieux peut-être, au sujet de cette enceinte.

« Tous les historiens disent que cette clôture ftit résolue depuis la prison du roi Jean , pour mettre à couvert les faubourgs des courses de TAnglois, qui se préparoit à venir assiéger Paris. Quant à ceux qui ont parlé de cette clôture, tons conviennent qu*en i358 Etienne Marcel, prévôt des marchands^ fit des murailles et des fossés depuis le bord de la rivière, oii est maintenant l'Arsenal, jusqu'à cette fausse porte que nous nommons la Porte^Neuve^ où forent employés quatre mille ouvriers qui, en un an, achevèrent l'ouvrage. Le continuateur de Nangis cependant, qui y vit travailler, assure , au contraire , que M arc*el fut tué en i358, que de son temps on ne fit que des fossés et des arrière-fossés avec de petits murs entre deux, qui furent garnis de quelques poites, tours et bastilles, munis d'hommes, d'arbalètes, de traits et de toutes les autres machines de guerre de ce temps-là, et que le tout fot commencé en i356, deux ans auparavant, et de plus que les fortifications n'étoient pas encore fautes en iSôy... En i356 on commença à creuser des fossés tout autour du quartier de la Ville et de l'Université, et, pour fournir aux frais, il fut mis un impôt sur le vin, la bière et sur les autres breuvages, tant de la ville que des faubourgs; et quoiqu'alors on n'y travaillât que par l'ordre du prévôt des marchands, à la vérité en apparence avec le consentement du Dauphin, les bourgeois avec tout cela, qui forent chargés du soin et de la conduite de l'ouvrage, voulurent être déchargés de la recepte de l'argent qui se levoit et du payement , ce qui fut fait quant h la recepte et à la mise;

mais quant à l'ouvrage ils en furent toujours les conduc^ teurs et les ordoniuiteurs. Â Fëgard donc de Timpot et dé la levée des deniers , Pierre d'Esparnon , changeur, fut dmsi^ avec plusieurs comptables, afin de recevoir des mains de ce nouveau receveur l'argent, le distribuer aux pionniers et en rendre compte au prévôt des marchands. La même année^ le 1 5 octobre, un mois ou environ après la prison du roi, Marcel, prévôt, avec les échevins, qui étoient Charles Toussac , Pierre Bourdon , Jean Belot et Philippe Gifiart, se rapportèrent à dix-huit bourgeois de la conduite de tous les fossés. Jacques et Nicolas le Flamand , Jean de risle le jeune et Jacques du Châtel eurent le soin de ceux qui furent creusés depuis les Tuileries jusqu'à la chaussée delà rue Saint-Denis , près les Filles-Dieu. Jean de Pacy, Jean du Cellier, Jacques de Boullay , Jean Arrode, Simon Le Paulmier et Jean Malaise -conduisirent ceux qu'on fit depuis les Filles-Dieu jusqu'à la rivière, entre les Célestins et les Béguines, autrement Yjé\^e-Maria. La même année, le i5 novembre, Jean Pizdoë, ou son fils, Jean de Saint* Benoist, Re^auld et Nicolas Dacy, Jean de Fourcy, Jean GifFard, Ymbert de Lyons et Simon Bourdon se chargèrent de la. conduite dç ceux de l'Université. Pour payer les pionniers qui travailloient du côté de la Ville on donna aux premiers (et le tout de leur consentement) Robert Le Violeur^ aux seconds Jean Montoir et aux derniers Philippe Dacy. Dans plusieurs autres comptes^ rendus à la chambre par Pierre d'Esparnon, il paraît qu'en i356, le 4 décembre, .le prévôt des marchands supplanta Jean de Montoir, l'un des comptables, pour donner sa commission à Jean Parisi , et qu'en iSSy^ le ^4 juillet, Jean de Senlis et Pierre de la Court-Neuve furent nommés à la place de

:2o8 HISTOIRE DE PARIS. (UM-UM)

Jacques le Flamand et de Jean de l'Isle le jeune. Je n aurois jamais fait si je voulois particulariser les noms de tous les bourgeois et des comptables qui y furent employés. Il suffira de dire que, de tous les comptes que j'ai vu là-dessus à la chambre, soit pour continuer et achever les fossés, on s'en rapporta toujours à dix-huit bourgeois et à trois comptables , et, de plus, que chaque bourgeois, pour ses vacations, n'avoit par jour que 5 sols parisis. »

Sauvai ajoute encore :

« Outre ceci nous apprenons de quelques autres régistrès de la chambre des comptes qu'encore bien que l'isle Notre-Dame fût presque couverte de fossés, et si bien deffendue de ces enceintes, tant de la Ville que de l'Université, que j'ai décrites, néanmoins, ne la croyant pas tout à fait en sûreté, on l'environna encore de fossés revêtus de gazons. Une chose ici à remarquer en passant est que , quoiqu on commençât à y travailler en 1 358 dès le 8* d'avril, et que sans discontinuer les ouvriers fussent toujours après, ils ne l'achevèrent qu'en i36o, et encore sur la fin. Cependant la dépense ne monta qu'à i3o,oi6 livres 2 sols 9 deniers parisis , ce qui est bien peu de chose pour une si grande et si longue entreprise. Aussi les maçons ne gagnoient-ils alors que 4 et 5 sols par jour, les porteurs 2 sols , les manœuvres 3 sols, les pionniers 5 sols. La toise de maçonnerie ne coût oit que 8 sols de façon, et celle du pavé fait sur les murs et les terrasses des portes que 9 sols. Le cent de clous à lattes ne valoit que 10 sols parisis, le cent de fer ouvre que 7 écus et un quart, le muid de plâtre 3, et l'écu que 28 sols. Dans l'Université on ne recula pas les fossés si loin que du côté de la Ville ; ils furent creusés au pied des anciennes murailles bâties par Philippe- Auguste, et ce sont

(lMft-i»0) LIVRE VIII. CHAPITRE V. 309

ceux-là mêmes que nous voyons encore aujourd'hui , dont tout le monde regarde avec étonnement la largeur et la profondeur. Pour lors il n'y avoit que quatre faubourgs en ce quartier-là : celui de Saint-Germain, ceux de Notre- Dame des Champs, de Saint-Marceau et de Saint-Victor; de plus, si éloignés de la ville, si petits et de si peu d'importance qu'on les y laissa sans y faire de fossés. De crainte pourtant que les ennemis s'en saisissent et ne s'y fortifiassent, le lendemain de Pâques, en i36o, on commença à jeter tout par terre, et après le feu y fut mis ; mais, afin que, ceci s'exécutât plus promptemait, chacun eut permission d'y travailler, et les démolitions étoient pour lui. Le continuateur de Nangis rapporte qu'il y alla tant de monde,, et la foule y fut si grande, que ce jour-là quantité de belles maisons, à la vérité, furent ruinées et brûlées, mais non pas toutes (i). »

(i) Sauvai, t. P*", p. 38 et sniv.

BIST. DE PAMS. — T. II. |4

aïO HtSTOlliE DE PARIS. (IMMHQ

CHAÏ>ITRE VI.

MoDuments et oonttruotioiit durant la même périodea

$ V*,^ Édifices religieux. — ÉgUaes. — Monastères. — . Hospices.

Vers le commencement du quatorzième siècle quelques fidèles qui avaient fait vœu d'aller à Jérusalem, ou qui déjà avaient visité la Terre-Sainte, formèrent entre eux une confrérie. Ayant obtenu de Louis de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, un don de deux cents livres parisis, ils achetèrent rue Saint-Déni^ un emplacement sur lequel ils entreprirent d'élever une église, La première pierre fut posée en grande solennité , en présence de plusieurs princes et princesses des cours de France , de Bretagne et d'Angleterre, et, en iS^g, par lettres patentes de Philippe de Valois , la confrérie fut définitivement autorisée. Dès son origine elle eut à lutter contre le chapitre de diverses paroisses, entre autres de Saint-Merry et de Notre-Dame, qui voyaient avec inquiétude surgir la nouvelle institution (i). En dépit de ces obstacles les pro-

(i) Ces différends furent terminés, dès iSog, par un arrangement dont voici plusieurs dispositions : « Les confrères bâtirontf' une église « sur deux places qu'ils ont achetées du chapitre de Saint-Merri , et un « hôpital avec cloches et clocher ; ils doteront chanoineries , prébendes « et chapelles, et autres bénéfices, si bon leur semble, dont lacollalion « appartiendra au chapitre de Notre-Dame ; et, pour le regard jies trois « prébendes qu'ils ont déjà fondées, de 4o livres chacune, moitié en gros, « moitié en distribution, les gouverneurs présenteront la première et la « troisième fois, et la deuxième demeura à la pleine disposition du cfaa-

(IMI-im)^^ LIVRE VllI. tnkPTtKE Vf. 21 î

grès de cette œuvre furent trës*rapides. C'est ce qu'attesté Fëlibien. « On voit, dit^il, par W registres de cette église, que, dès l'an i333, la confrérie du Samt-Sépulcre estoit déjà de plus de tnille confrères, entre lesquels il se trouvoit des roys, des reines^', des princes et des genâ de toute condition et de tout pays. Le jour de la feste, qui est le troisième dimsuM^e après la Pentecoste, ils faisoient un grand festin/ dont la dépensé se trouva monter, en i36o, à cent cinquanté-'une livres^ qui estoit une somme consi* dérable pour le temps. Pendant le repas il y avoit sermon prononcé par un religieux qui estoit payé par les con^ frères. Louis de Bourbon, qu'ils regardoient comme le principal bienfaiteur et protecteur de leur confrairie, escriviten ï 336 une lettre circulaire aux archevesques de Reims, de Sens, Bourges, Rouen et Tours, pour avoir la permission de faire dés questes dans l-éstéridue de leurs métropôîès, àfih;d*aècélérer le bastimént de 1 église du Saint-Sépulcre des deniers qui en proviendroîetot (i). » Les confrères du Saint-Sépiulcre ne parvinrent sans doute qiie très Jenteméùl à se procurer lés ressources dont ils avaient besoin pour la construction du nouvel édifice; aussi sommes-nous dans l'obligation, pour en parler d'une

« pitre de NoU'e-Danie, et en cette sorte sera procédé tant à ces pré- « bendes qu'aux autres qui seront fondées. Seront ces chanoines du « chœur de l'Éj^îse de Fans et à sa correction , et hii prêteront serment « en présence des gonveroeurs de la oonfrairie. Les chanoines deSttOt- • Médéric se contenteront de dix livres parisis pour tout le droit qu'ils « peuvent prétendre sur le bien du Sépulcre, comme étant situé en leur « terre foncière. Les gouverneurs payeront aussi annuellement la somme « de dix livres au chapitre de Notre-Dame, à cause de ki processbn qu'il

I « y fera, et de la grand'messe qu'il y chantera une fois l'an, le jour de la

I « fête de l'hôpitoK »

(i) Félibien, tome l^'^ page 568.

ai 2 HISTOIRE DIS PARIS. (tMft-18M)

manière complète, d'anticiper sur les dates, et de dire dès à présent quelles en furent les destinées. Au témoignage des annalistes de Paris, la dédicace de V église du Sainl-Sépulcre ne put être faite qu'en i5a6, et le monument luimême ne fut achevé qu'en i655. Le portail, historié avec assez de goût , était une œuvre estimée . Près de la porte était une fort belle statue de Jésus-Christ^ par Jean Champagne, l'un des meilleurs élèves de Bernin. On admirait î^ussi les vitraux peints en grisaille et la menuiserie du grand autel^ ouvrage d'un nommé Langlacé, qui, suivant l'expression de Brice, €:)ccelloit dans ces sortes de choses. Au-dessus de l'autel était une Résurrection peinte' par Lebrun, et qui avait été donnée, dirent plusieurs écrivains^ par le grand Cplbert . Hurtaut et Magny ont relevé cette erreur* « Dans le temps que Louis XIV porta la guerre en Franche* Comté , le corps de la mercerie prêta à Sa Majesté une somme considérable , qui fut rendue peu après avec une autre somme en présent. Le ministre, chargé de. notifier a^ corps de la mercerie les volontés du pripce , marqua daïis sa lettre que l'intention du roi étoit que ce présent fut çmployé à la décoration de leur chapelle et à des prières'pour Sa Majesté. On résolut en conséquence de consacrer une partie de cet argent à un tableau que l'on placeroit sur le maître-autel de l'église du Saint-Sépulcre, où le corps de la mercerie fait faire son office. Le fameux Lebrun remplit parfaitement les désirs de cette compagnie, et, en peignant Jésus-Christ sortant du tombeau, il représenta Colbçrt, le protecteur du commerce et des arts, tenant un des coins du linceul (i). »

( i) Hurtaut et Magny.

(186WS80) LIVRE VllI. CHAPITRE VI. 2l3

Les deux compilateurs que nous venons de citer ajou»-N tcnt :

<c La nouvelle de la rapide conquête de la Franche- Comté, faite par Louis XIV en personne, étant arrivée sur ces entrefaites, l'autre partie du présent de S, M, fut employée à faire des actions de grâces les plus solennelles. L'illustre Santeuil composa sur ce sujet une pièce latine, dans laquelle ce grand poète, en célébrant la gloire dii conquérant^ fit une mention honorable de la générosité du monarque envers le corps de la mercerie et de la reconnoissance de cette compagnie. Cette pièce, qui a été traduite par l'un des Corneille, est conservée précieusement, avec la traduction, dans les registres du bureau de la mercerie. L'éditeur des Œuvres de Santeuil n'en a fait nulle mention dans son recueil ; on ne la trouve imprimée que parmi les Œuvres diverses de Pierre Corneille. »

La confrérie et hôpital du Saint-Sépulcre (♦c'est le nom qu'elle portait) se maintint longtemps sous la protection de nos rois. Cependant en 1692 le gouvernement de Louis XIV la réunit à la confrérie de Saint-Lazare-, L'année suivante on les sépara de nouveau ; mais deux arrêts du conseil , en date du i a juin 1693 et du a6 mars 1694^ accordèrent aux chanoines du Saint-Sépulcre l'administration et la régie des biens, à l'exclusion de leurs confrères. Le clergé desservant de cette église jouissait de tous les droits paroissiaux ; mais, par l'un de ces singuliers usages si communs au moyen âge, il ne pouvait faire pour lui ce qu'il faisait pour les autres; les chanoines et bénéficiers du Saint-Sépulcre ne pouvaient recevoir les derniers sacrements et la sépulture que d'un bénéficier de Notre- Dame, député par le chapitre. Enfin, au siècle suivant,

:2l4 HiSXOUi£ D£ PARIS. (iSM-tW)

seXie confrérie fut réunie pour la seconde fois à celle de Saint-I^azare. Alors une confrérie semblable se forma en 1^75; les membres, qui célébraient chaque assemblée par un grand repas, reçurent de quelques plaisants le surnom de confrères de V Aloyau. Us s'étaient créé des: grades et des décorations ; un édit^ du 2 juin 1 776 leur dâfendît de porter le titre et la décoration de cett^ prétendue cheva* lerie.

Au nioyen âge la foi et les pratiques de la religion sanctifiaient et relevaient toutes les professions , toutes les conditions sociales ; l'égljse Saint^Julien des Ménétriers l'atteste, ne f^t-ce que par $0|i titre. Deux joueurs d'il»truinents, alors. appelésyb/ig'/éz^r.f ou ménétriers, Jacques Grure et' Hugues pu IJuet le I-iorrain , fondèrent cette église, ainsi qu'un hôpital attenant; mais ils n'y parvinrent qu'après avoir éprouvé beaucoup d'obstacles. Us achetèrent d'abord de l'abbesse de Montmartre un emplacement , puis par le moyen de quêtes ils formèrent une somme suffisante pour faire face aux frais de la construction d'un, hôpital et d'une chapelle^ laquelle fut dédiée à $aint Julien et à saint Genest. Ces construçti<)ns étaient ter- .mînéçs en ï335. Les confrères contribuèrent par des dons annuels à l'entretien d'un chapelain, Les ménétriers ou jongleurs étrangers, passant par la ville de Paris, étaient hébergés dans cet hôpital.

." Les ménétriers, jongleurs, jppgleresses forn^aient alors à Paris une corporation ; ils habitaient la.même rue, appelée autrefois rue des Jongleurs et aujourd'hui des Méné^ trier s. Dès l'an iSai , au mois de s^te^fibr^, ik avaient consolidé leur association par uni'èglement so^Ué à la prévôté de Paris.

^tôMMt) LIVUB VIII. CHJlPITBE VI. 31 5

Les seuls jongleurs et ménétriers de la corporation de Paris avaient le droit de faire entendre le bruit de leur musique aux fêtes et aux noces qui se célébraient dans cette ville et d'y rester pendant toute leur durée. Les ménétriers étrangers ne devaient point s'y présenter ; s'ils ^'en avisaient ils étaient condamnés à une amende. Ces ménétriers étaient gouvernés par un roi et par le préi>ot de Saifd'Julien ; Tun et l'autre étaient autorisés à bannir de Paris, pendant un an et un jour, les ménétriers parisiens qui, ne faisant pointpartie delà corporation, et qui, n'ayant point juré d'observer ses règlements , tenteraient d'exercer leur métier dans cette ville.

Les anciens annalistes qui parlent de l'église de Saint- Julien des Ménétriers la considèrent comme un monument peu remarquable ; de nos jours ce jugement assez sévère a été rectifié par l'étude des dessins et des vieilles gravures qui représentaient cet édifice. Aux deux cotés du portail on remarquait la statue de saint Julien et celle de saint Genest ou Génois; ce dernier, qui était comédien à Rome, souffrit le martyre sous le règne de Dioctétien. Avant la révolution française on lisait, au-dessus de cette même porte, Tinscription suivante :

« L'an 1 33 1 , sous le règne de Philippe de Valois, roi de France, cette chapelle et église a été bastie et fondée par un des vingt-quatre violons du roi et par un des maîtres de la ville de Paris, dont les vingt-quatre violons et les maîtres joueurs d'instruments et à danser de la ville de Paris ont été et sont de temps immiémorial fondateurs, patrons laycs , seuls possesseurs , dotateurs , gouverneurs ei administrateurs d'icelle. Cett^ inscription a été posée, du consentement de la communauté| en Tannée MDCGXIXy

2lG

par les soins de messieurs François Bourdin , Charles Goupy-Auroi et Pierre Deshayes,jurés-dëputésencliarge. »

La confrérie de Saint-Julien avait <t un sceJ pour sceller les quittances des dons et lais qu'on leur faisoit et autres lettres, lequel estoit de letton rond , et au milieu estoit Nostre-Seigneur dans une nef en guise de ladre. Sainct Julian en l'un des bouts, tenant deux avirons, et à Tautre bout sa femme, tenant un aviron d'une .main, de l'autre une :Ianterne. Au-dessus de l'espaule dextrede Nostre*Seigneur

(ISWIMO) LIVRE VIIÏ. CHAPITRE VI. 217

y avoit une fleur de lys. Auprez sainct Julian estoh sainct Génois, tout droit, tenant une vielle comme s'il vielloît, et estoit entre deux hommes agenouillez. Autour du scel estoit esorit : Cest le sceau de Vhospital de Sainct' Julian et Saînct-GenoiSy lequel a esté vérifié en Cliasteletet à la cour de Tofficial; et scelloient en cire rouge. » Voici l'explication du sujet représenté sur le sceau ; il fait allusion à un fait rapporté dans la légende du patron des musiciens. « Sainct Julian, après avoir longuement voyagé, s'en revint en sa maison, et, trouvant deux personnes couchez en son lict, pensa que ce fust un adultèreavec sa femme, et les tua tous deux; et c'estoient ses père et mère que sa femme avoit charitablement receus pendant qu'il estoit absent. Après avoir cogneu sa faute il prend congé de sa femme pour s'en aller en pays incogneu faire pénitence le reste de sa vie. Mais elle ne voulut 1 abandonner y et s'en allèrent tous deux auprez une rivière fort dangereuse à passer, où ils bastirent un petit hospital pour recevoir les pauvres, et firent un basteau pour passer l'eau à ceux qui se présenteroient. Faisant cet office, il mérita recevoir Nostre-Seigneur en forme de ladre, lequel luy annonça son péché luy estre pardonné, et incontinent ce diparut. C'est pourquoy il est figuré au milieu du basteau, pendant que sainct Julian et sa femme avironnent (i). »

En 1 348 , quelques habitants de la Bretagne et de la Touraine, s' étant formés en confrérie, obtinrent de l'évêque de Paris l'autorisation de construireune chapelle rue Saint- Jacques, au coin de la rue des Noyers , sous l'invocation

(i) DubreuiJ, cité par M. de Gaulle.

2X8 HISTOIRE BB PABI9. (IM^ISM)

de saint Yves, prêtre breton, qu'oaappelait de son vivant l'avocat des pauvres et qui venait d'être canonise. Les écoliers originaires de la Bretagne voulurent contribuer aux frais de cette construction (i). La confrérie qui administrait cette chappelle se composait presque entièrement d avocats et de procureurs.

(i) Dans le oours de la rue Saint-Jacques l'on trouve l'église de Saint- YveSy à un des coins de celle des Noyers. Elle fut bâtie en i348 , aux dépens des écoliers bretonsi étudiants à Paris. Cest, l'on croit, la première qui ait été dédiée sous l'invocation de saint Yves, qui n'avoit été canonisé que le 19 de mai de l'an i347 V^^ ^^ P^P^ Clément YL Saint Yves étoit d'une famille ancienne et qualifiée. Son père, nommé Hélort étoit seigneur de Kermartin, auprès de Tréguier. Sa mère s'appeloit Jzon. Son grand-père paternel étoit un chevalier qui s'étoit acquis beaucoup de réputation dans les armes. Saint Yves» quelquefois surnommé Héhri, c'est-à-dire ^/# d'Héior, vint à Paris à l'âge de quatorze ans pour y faire ses études de philosophie, de théologie et de droit canon. Il en sortit âgé de vingt-quatre ans, pour aller étudier le droit civil à Orléans, sous Pierre de la ChapeHe, qui fut depuis cardinal. Il fut ensuite officiai de l'évéquede Rennes, puis de celui de Tréguier, et enfin curé de Lohance. Il fut souvent l'avocat des pauvres, et vécut dans une austérité surprenante jusqu'à sa mort, arrivée à l'âge de cinquante ans, 19 mai i3o3. I/église ou chapelle qui donne lieu à cet article appartenoit à une confrérie composée d'avocats, de procureurs et de marchands , qui prennent tous le titre de gouverneurs et administrateurs de cette chapelle. On en choisit un tous les deux ans, dans ce nombre, pour être administrateur en charge, et avoir inspection tant sur le vicaire que sur les autres desservants. Outre ce gouverneur, il y a deux, autres gouverneurs honoraires, Pun ecclésiastiques, qui l'est à vie, et l'autre laïque, pour trois ans.

Il y a dans cette église plusieurs chapellenies qui sont à la présentation des confrères ; elles sont d'un très-modique revenu. Il y a une très-ancienne transaction entre les adminisstrateurs de Saint-Yves et les chanoines de Saint-Benoit, comme curés primitifs, laquelle a été renouvelée en 1740, au sujet des inhumations à Saint-Yyes des personnes décédées sur la paroisse de Saint-Benoit, qui ont désiré d'être enterrées en ladite église de Saint- Yves, laquelle est dans la censive dudit chapitre. ( Hurtaut et Magny. )

(lUft^lMê) LIVRE VIII. CHAPITRE VI. 21^

Un intervalle assez longs^écoula entre la fondation de la chapelle Sainl^Y{f€S et celle de l'église et de r hôpital du Saint'Esprit. Cet hôpital fut fondé^en 1 362 , sur la place de Grève, par une confrérie charitable qui, à cet effet, acheta -une maison et Une grange attenant à l'ancien hôtel aux Dauphins, a A cause des guerres qui estoient en France le peuple se trouva reduict en grande nécessité , de sorte que grand nombre d'enfans, orphelins de père et de i»ère, demeuroient à Paris, gisans es rues sans aucune retraite. Dequoy esmeues plusieurs bonnes personnes retirèrenl\en divers lieux quantité d'iceux, l'Hostel-Dieu n'ayant aucun moyen de les recevoir. Et considérans que les particuliers ne pourroientlongement porter ceste charge^ plusieurs notables personnes, le 7 février i362, allèrent vers révérend Père en Dieu . messire Jean de Meulant, évesque quatre-vingt-huitième de . Paris , auquel firent entendre la nécessité et misère de ces pauvres enfans, qui périssoientde famine et de froidure, plusieurs d'eux gastez de mal de galle et de teigne, dont ils mouroient misérablement, et les pauvres filles violées de nuict ; ce qui causeroit de grands malheurs à la ville, s'il n'y estoit pourveu. Pour à quoy obvier ledit sieur évesque leur donna permission d'instituer et ériger une confrairie du Saint-Esprit, aux fins de bastir tin hospital ^ qu'ils nommèrent l'hospital des pauvres du Saint-Esprit y et donna par ses lettres à chacun de& conirères quarante jours d'indulgences. Et pour s'aschemliîer.à ce pieux dessein ^s achetèrent une maison et une.grange en la place, de Grève, contre l'hostel du Dauphin, à présent hostel-de-ville de Paris, où ils retirèrent ceste,multitude de pauvres enfans, et y construisirent un hospital « » (JJubrçuil, ) Le pape Urbain V con-

220 HISTOIRE DE PARIS. (ISôft-ttM)

firma cette fondation , et donna un an et quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteraient ce nouvel hôpital. Ces indulgences furent renouvelées depuis par Grégoire IX et Clément VII. Les confrères du Saint-Esprit reçurent en même temps la permission d'élire quatre d'entre eux, notables bourgeois , pour estre mestres gouverneurs desdites confrairie et hospitaL En i4o6 ils firent construire la chapelle, qui fut bénite le 4 août i4i?> par Gérard de Montaigu, évêque de Paris, et dédiée solennellement le 17 juillet 1 5o3 . Plus tard, lorsqu'on entreprit la construction de riiôtel-de- ville, on eut besoin, pour régulariser le plan de cet édifice, d'un terrain en saillie qui appartenait à Téglise du Saint-Esprit ; la municipalité fut autorisée à disposer de ce terrain en indemnisant l'hôpital.

Le couvent et V église des Célestins étaient situés, sous le règne de Charles V, vers l'emplacement où de nos jours existent le quai Morland et l'entrée des cours de l'Arsenal. Les Carmes, amenés en France par saint Louis, avaient habité durant quelques années ces liumbles édifices avant d'aller occuper leur couvent de la place Maubert; l'emplacement qu'ils délaissaient fut vendu, et Garnier Marcel, échevin, le possédant à titre d'héritage, le céda en i353 à six religieux célestins qui, d'une maison de la forêt de Cuisse, près de Compiègne, vinrent à Paris pour s'y établir. Sur cet emplacement étaient deux chapelles. Charles Y aimait les bâtiments ; il ordonna la construction d'une nouvelle église destinée aux Célestins. Le ^4 mai-s 1367 il en posa la première pierre, et fit à cette occasion de riches présents à ces religieux. Guillaume de Melun, archevêque de Sens, qui fit la dédicace de l'église, leur donna une image de saint Pierre tout en argent. Le

(iS«k-iSM^ LIVRE VIII. CHAPIT|IE VI. 221

jour de cette consécration le roi présenta à l'offrande une grande croix d'argent doré, et la reine une image de la Vierge, aussi d'argent doré. Les bienfaits de ce roi et de cette reine leur valurent le titre de fondateurs, et leurs statues en pierre furent placées sur le portail de Téglise.

Voisins de l'hôtel Saint-Paul, où résidait le plus ordinairement Charles V, les Gélestins eurent une ample part aux pieuses libéralités de ce prince. Les personnes de sa cour suivirent son exemple, et les secrétaires du roi fondèrent dans leur église une confrérie dont ils étaient tous membres. Charles V exempta les Gélestins de toutes, contributions publiques, même de celles que payait ordinairement le clergé. Ses successeurs rimitèrent.

L'église des Gélestins, construite selon les règles de l'art du quatorzième siècle , mais d'une façon lourde et par de vulgaires ouvriers, devint peu à peu très-remarquable par les monuments dont elle fut décorée , non-seulement au moyen âge^ mais sous la Renaissance et en des temps plus modernes. Louis d'Orléans, second fils de Cliarles V, dont nous ne tarderons pas à raconter la mort , y fît bâtir une magnifique chapelle qui porta son nom , et sous l'autel de laquelle il fut inhumé en habit de célestin (i).

(i) Un accident, dont le duc d'Orléans fut la cause innocente» occasionna la constructioD de cette chapelle. Charles IV s'étant déguisé en satyre, avec quelques seigneurs de sa cour, se rendit à un bal qui se donnait à Toocasiou du mariage d'une des dames de la reine. Leduc d'Orléans, qui ctoit à ce bal, s'étant approché avec un flambeau pour reconnaître ces masques, le feu prit à l'habit d'un d'entre eux et se communiqua aux autres d'autant plus facilement que ces habits étaient enduits de poix^ afin d'y faire tenir du coton et du lin pour figurer le poil des satyres ; d'ailleurs, ces masques étant enchaînés ensemble, ib ne purent se débarrasser assez promptement pour éviter l'embrasement ; plusieurs en pé'^'

322 RISTOIBE JDE PjUlIS. (i^-ffS80)

La confrérie des Seetétaires du roi tenait ses séances aux Cëlestins. Cette association avait des statuts dont une

refit; le roi lui-même courut risque de la vie ; il ii*écfaap|pft que par l'attention qu'eut la duchesse de Berry de jeter son manteau sur le roi et d^étoufTer les flammes en le serrant étroitement. On rendU au Ciel les acti^ de grâces les plus solenneUes , et le duc d'Orléans, pour expier son imprudence, fit bâtir aux Cékstins la chapelle qui porte son nom.

« Il n*y a point d'église de France, dit Hurtaut, après celle de l'abbaje de Saint-Denis > qui renferme un plus grand nombre de tombeaux de personnes augustes ou illustres que celle-ci.

« Devant le maitre-autel a été inhumé le oceur du roi Jean , mort à Londres le 8 avril i364 ; celui de Jeanne , comtesse de Boulogne, seconde femme du roi Jean^ morte en i36i. Le portrait du roi Jean se voit dans une vitre qui est au fond du chœur, vers la sacristie, et dans une autre , qui est à l'opposite, est celui de Charles Y.

« Philippe de France^ premier duc d'Oriéans, fils puîné du roi Phi- Hppe VI ^ dit de Faloisi et de h reine Jeamne de Bourgogne^ sa première fenvme , mourut Tan iS^i et fut inhumé en cette égliae devant le sanctuaire. »

iflurtaut mentionne ensuite les monuments de ISenri de Bar et de Jean Budé ; puîi^ il ajoute :

n' Dans le mur,, i^roche dû sanctuaire, du côté de l'évangile, est le maosolée de lÀon de Lusigrian, roi d'Arménie , avec cette épitaphe ^ qui est du P. Etienne Cameau :

« Léo Lusignaneus, Armenorum rex novissimus ab Otkomemms soliode» turbattts, a Carolo VI ^ Pnotoomm rege^ bemgnissimè exceptas » ipsUa sumptibus hoc in loco regaliter sepultus fuit , anno Domini iSgS.

«Léon de Lusignan ayant été chassé de son royaume par les Turcs, qui avoient massacré sa femme et ses enfants, se retira à Paris, l'an i385^ où le roi Charles VI le reçut avec de)^randes démonstrations' dSmitfé;' et hjî donna la maison de Saint-Ouen , pour hyrs la plus bdle qu'il' y eût en France, 6,000 livres, de rente pour soutenir sa dignité, et 5,oooHvres d'kr^ gent comptant pour s'équiper et pour se meubler. Si l'on croit Froissard^ auteur contemporain, ce prince avoit besoin de ces secours ; cet historien assure que le roi Léon de Lusignan n'avoit apporté avec lai pour tout bien qu^ un grand eatip, beaucoup de mérité et une haute réputation, Juvénal des Ursins, autre historien contemporain, parle hien différemment; car, selon hii , les débris de la fortune de ce roi n'avoient pas été

[ttmm) LIVRE VHI, CHAPITRE VI. 2^3

disposition mërite d'être cîté^. Lorsqu'un des membres tombait dans Tindigence, chacun de ses confrères était

B imJlieQreax qui! ii'eâft sauvé quantité de bijoux précieux et fnéme quelque trésors, U mourut, le 29 de novembre de l'an iSgS, à l'hôtel des Toaradlesy «pi appartenoitpour lors au cbanodter d'Orgemonl. U fut inhamé dans Féglise des Géleatim, et on observa à ses funérailles les ce» rémoQtes que les Arfl&éniens pratiquent aux funérailles de leurs roîa^ InuDédiatement après sa mort ^ son corps fut exposé sur un lit de parade bkoc. U étoit vêtu «l'habîts royaux de la môme couleur» et ta tète étoit œinte d'une couronne d'or* Les amis et les domestiques de ce prince étoient aussi habillés de blanc et porCoienI chacun un flambeau de cire bbndie. Un grand nombre de princes, de seigneurs, et une populace infinie, a3sistèrent à celte pompe funèbre. »

Parmi les autres monuments funèbres on remarquait ceux de Jeanne de Bourbon, reine de France , et de Jeanne de Bourgogne, femme du duc deBedford, q«â fut régent de France durant Tinvasion anglaise.

< Auprès de la reine, dit encore Hurtaut, furent inhumés les corps de d«u fils de Louis, duc d'Orléans, et de Valentinede Milan, lesquels mourareot en bas fige.

« Du même o6té «st le tombeau ^ André d' Espvnay^ cardinal, ardie^ véque de Bordeaux et de Lyon, et petit-neveu de Louis, duc d'Oiiéaus. Ce prélat est très^r^commandable-dans l'histoire' de Qiarles VIIl. Il se trouva à la bataille de Fornoue et y tint toujours compagnie au roi, avec sa mitre, son s«iplis et un morceau de la vraie Croix. Il mourut dana l'bôt»! dm Toumi^es et isA inhumé dans cette Église, 4)ù l'on lit celte épitaphe :

« Cj gist Père en Dim messire André d'Espinay, cardinaly archevêque de Lyon et de Bordeaux f primat de France et d* Aquitaine, zélateur et bienfaiteur de i'ordrsdes CélestinSy qui trépassa à Paris , aux TourneUes, le ic^ Jour de noventôre, Pan de grâce i5oo. Priez Dieu pour lui,

« La 'chapelle d'Orléans, comme on l'a dil^ ci-dessus, a été bâtie des li*bénjftés de Louis de France, ,duc d'Orléans, fils du roi Charles Y, et un des principaux bien£aiteurs des (^élestins, auxquels il donna, entre autres dioses, làte^edePoreké-Fontaine, auprès de Versailles, !i,ooo livres pour b -fondation d'une messe qui se dit tous les jours à l'autel privilégié de cette chapelle , et pour ua obit solennel que ces religieux célèbrent tous les ans le aS de. novembre, jour du décès de ce prince. Il n'y a pas de lieu dans le royaume phia digne de la curiosité des amateurs des beaux-arts ;or les cheft-d'oMivre de scu^ure y son^ pour ainsi dire, entassés.

22^ HISTOiES D£ PARIS. (IMI^ftSai)

obligé de lui prêter :aio sous parisis tous les am, qu'il n'était obligé de rendre que si ses affaires se rétablissaient. Les eonfrèresne pouvaient s'habiller de robes rayées ou mi-parties de deux couleurs, ou tuniques à mouffles^ c'est-à-dire

« Le tableau qui est sur l'autel de cette chapelle rapréMnte une descente de croix ; il est de François Sahiati, peiatrefloreatiD^ dont les ourrages sont assez estimés.

« Au milieu de cette chapelle s'élève un tombeau de marbre blanc, orné dans son pourtour des statues des douze ApÂtres ; quatre fissures, qui sont celles de Louis de France, duc {P Orléans ^ de FalefUine deMUan^ sa femme, de Charles, duc d'Orléans^ leur fib aioé» et de Philip^ d^Orléans, comte de Vertus, leur fils puiné. •

La chapelle dite d* Orléans était bordée et remplie d'obélisques , de colonnes, de sarcophages , de tombeaux, de statues, de vases funéraires , d'qpitaphes, etc., etc. ; et, quoique cette chapelle fût vaste, l'observateur avait à peine l'espace nécessaire pour admirer toutes ces productions des beaux-arts.

. A l'entrée s'élevait une colonne torse, isolée, d'ordre composite , en marbre blanc, ornée de feuillages, dont le chapiteau supportait une statue de la Justice en bronze, et une urne de même métal contenant le cœur d'Anne de Montmorency, connétable de France.

« Assez près de ce tcHubeau, dit le compilateur Hurtaut, et du côté de l'autel, l'on voit un piédestal sur lequel sont les trois Grâces], sculptées en albâtre et hautes comme nature. Elles sont debout, le dos tourné l'une à l'autre ; elles se tiennent par les mains, ainsi que les anciesos nous les ont représentées^ et soutiennent sur leurs têtes une urne de bronze doré, dans laquelle est le cœur du roi Henri H, celui de la reine Catherine de Médicis, sa femme , celui de Charles IX, roi de France , et celui de François de France, duc d'Angou, son frère, mort à Château-Thierry k i8 de mars de l'an i554* Ce monument est un des chefs-d'œuvre de Germain Pilon, et fut fait par ordre et aux dépens de la reine Catherine de Médicis.

^ Il est dilEcile, dit Hurtaul, de voir ailleurs un morceau de sculpture plus parlait que celui-ci, soit qu'on considère la noble simplicité de la composition, ou la correction du dessin , ou l'élégance des contours^ ou la disposition , la vérité et la légèreté des draperies; mais on peut trouver à redire que Ton ait placé un monument aussi profane, et digne d'orner le temple des faux dieux, dans un4ieH aussi respectable que celui-ci. •

(ttW-ttM) LIVRE Vllt. CHAPITRE VI. 2^5

à longues manches, ui porter des souliers à la poulaine,

La bibliothèque des Célestins, fort riche et fort belle,

devint surtout remarquable par les éditions anciennes

qu'elle renfermait (i). Le cloître lui-même, qui ne fut

(i) Dalaure a prétendu méchamment que les Gélestins, qu'il représente comme des moines ignorants et oisifs, se servaient fort peu de leur bililiotbèqae. Cet ordre a laissé d'honorables souvenirs.

« Parmi les religieux célestins, dit Hurtaut, qui par leur piété et leur savoir ont illustré le monastère de Paris, l'on compte non-seulement ?iirrt Bard, Denis Le Fèvre et Etienne Cameau, dont on a parlé, mais eocore Pierre Poquel, qui étoit Bourguignon et docteur en l'un et l'autre droit. Il fit profession dans le couvent des Gélestins de Paris l'an i3i9, et six ans après fut fait premier prieur du monastère de Mantes, que le roi Charles Y venoit de fonder. Il étoit si judicieux et si savant dans h jarisprudence, que le parlement de Paris confirma souvent ses décisions ; mais ce qu'il y avoit de plus estimable en lui étoit le talent qu'il avoit pour conduire les âmes dans la voie du salut. Il fut directeur du bienheureux Pierre de Luxembourg, cardinal, et de Philippe de Maizières, Ce fut lui aussi que Louis de France, duc d'Orléans, nomma pour être un des exécuteurs de son testament. Le fameux Gerson eut pour lui une estime et une amitié particulières, et le mit au rang des grands hommes de son siècle dans une lettre qu'il écrivit au duc de Berry. Le Père Poçuet mourut à Paris l'an i4od.

« Jean Basson étoit de Besançon , docteur es droits et prieur de Saint- Pliol de Besançon, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin, et avoit environ trente ans lorsqu'il fit profession dans le monastère des Gélestins de Paris, le 5 de janvier de l'an iSgS. Il fut chargé dans la suite de plusieurs commissions importantes touchant le gouvernement de son ordre » et ce fut pendant qu'il tâchoit de s'acquitter de la dernière qu'il mourut dans le monastère de Collemadelès-Aquilaf dans l'Abruzze ultérieure, leaô août de l'an il^k^, âgé quatre-vingt-cinq ans, dont il en avoit passé cinquante sept mois et vingt-deux jours dans l'ordre des Célestins. L'évéque d'Aquila lui fit faire des obsèques fort honorables, et ce fut Jean ^ Capistran, vicaire général de l'ordre des Frères mineurs, et qui a été mis depuis au nombre des saints, qui fit son oraison funèbre, et qui prit poortextece que l'Évangile dit de saint Jean-Baptiste : Fuit homo missus a Deo, eui nomen eral Johannes» On dit qu'il s'est fait plusieurs miracles à son tombeau. Ce fut à sa persuasion que Félix f^,pape, consentit à sa déposition.

IIIST. DE PARIS. — T. II. 15

226 HISTOIRE BB PARIS* (l<6ft-lS8«

achevé qu'en 1 550, était regardé conime l'un des plus beaux édifices de la Renaissance.

« Guillaume Romain, clçrc de Paris, fit ses vœux dans ce mcmastèrei le 27 juillet de l'an i435 . Il fut envoyé en Italie pour les affaires de sa congrégation et s'y fit connoitre du pape Nicdas V. De retour en FVaoce il fut trois fois provincial, et prêcha avec tant d'ékM{uence et d'oiio* tion que le roi Louis XI albit souvent à Saint-Paul pour Fentendre *

Hurtaut cite encore d'antres noms et ajoute :

« Le Père Louis Beurrier étoit né à Chartres et fit sa profession dans le monastère des Célestins de Paris, le aS d'avril de Tau 161 3. U donna asu public, en x63i, une Introduction au traité des Sacremens ; en i63a, les Jnalogies et Antithèses de VIncarnatUm du Fils de Dieu et des actkms tes plus notables de sa vie, etc.; en 1634) deux ouvrages historiques, dont l'un intitulé Sommaire des vies des Fondateurs et Réformateurs des of' dres religieux , et l'autre, Hisioire du monastère des Célestins de Paria,

< Le Père Beurrier mourut le 8 avril de l'an i645. Il étoit firère da Père Beurrier, abbé général des chanoines réguliers de Sainte-GenevièTe.

« Le Père Antoine Becquet étoit né à Paris et est mort le 20 janvier 1780, bibliothécaire de ce monastère. Il étoit très-versé dans la counoissance des livres et dans l'histoire de son ordre. Il donna au public, en 17 19, un volume in<4® intitulé : Gallice CeiœstinorumCongrêgationisMonasieriorum FundationeSy etc.

« Depuis l'an 1417 les Célestins de ce royaume compost une cx«grégation particulière, 'nommée ^la congrégation de France,\cj^ est aujourd'hui de ai monastères dans le royaume; car, par acte passé da. i" mai de cette année, Tabbé du monastère à^x Saint'^Esprit-de Sulmont^ général detdut l'ordre, et le chapitre général. ^ assemblé pour lors .dads ce monastère, permirent aux Célestins de France d'assembler, leur chapitre tous les J rois ans, et pins souvent même s'ils le jugent nécessaire, et d'y élire un provincial, auquel l'abbé général donne tout son pouvoir, tant pour le spirituel que pour le temporel, à condition néanmoins que le provincial sera tenu d'aHer, ou d'envoyer un moine fondé de sa procuration, et de celle de la congrégation, au chapitre général cpi se tiendra tous les six ans, et qu'il sera permis à l'abbé général de visiter en personne les monastères de ladite congrégation toutes les fois qu'il le jugera à propos. Cet acte fut confirmé par une bulle du pape Martin Y, datée du V des calendes d'octobre et de la sixième année de son pontificat. »

Après la suppression de Tordre des Célestins et la confiscation de leurs biens par la révolution française, les débris des monuments d'art que renfermait leur église furent transférée au Musée national, et les bâtiments de leur monastère furent transformés en caserne. C'est encore aujourd'hui leur destination (i).

Des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Augustin , dont la maison principale était à Vienne, enDauphiné, possédaient à Paris un petit établissement charitable alors appelé le Petit' Hospice. Charles V n^étant encore que régent du royaume augmenta cet établissement par le don d'un manoir nommé la Saussaje^ avec toutes ses appartenances, et ayant sa sortie sur la rue du Roi-de-Sicile. Ce manoir avait été confisqué sur Drocon et sur Jean De vaux, partisans du roi de Navarre contre leur légitime souverain. ' ^

Pierre de Lobet, abbé et général de l'ordre dé Saint- Antoine, érigea, conjointement avec le chapitre général de son ordre, cette nouvelle maison de Paris^ en commanderie, et envoya, pour la gouverner, Aymar Fulcevilli, religieux de l'ordre, dont les provisions sont du 3 septembre i36i . Celui-ct amena avec lui un nombre suffisant de religieux

(i) La plupart des bâtiments qui servaient au logement des religieux avaient été reconstruits en 1682 et 1730; mais celui qui longeait la rue du Petit-Musc, et qui subsista encore, remonte à une date bien plus ancienne. Uoe inscription latine placée au-dessus de la principale porte rappelait qu'il avait été élevé, en t455, par Arthus de Montauban, archevêque de Bordeaux.

L'ordre des Célestins fut supprimé en France en 1773. Leur maison fut d'abord destinée aux Cordeliers, qui revinrent bientôt à leur couvent. Eq 1783 on y établit un hospice médico-électrique ^ dirigé par Ledru père et fils. C'est Ledru père qui devint si célèbre plus tard dans la physique amusante sous le nom de Comus.

228 HISTOIRE D£ PARIS. (iSfiftUM)

pour y faire l'office divin et y exercer l'hospitalité envers les pauvres attaqués de la maladie appelée feu sacré ou de Saint'Àntoitie , maladie épidémique qui a duré en France pendant quatre ou cinq siècles, mais qui a cessé comme plusieurs autres, telles que les ardents^ la ladrerie y le Jeu Saint' Fiacre , le mal de Saint -Marcou et de Sainte Main.

Ces religieux n'eurent d'abord qu'une chapelle; mais Charles Y étant parvenu à la couronne leur fît bâtir une église qui fut achevée en i368 et qui subsistait encore au commencement delà Révolution.

Le curé de Saint-Paul , dans la paroisse duquel était situé le monastère du Petit-Saint-Jntoine, éleva une contestation qui fut terminée par une transaction passée le 26 février i365, par laquelle Hugues d'Optève, commandeur de cette maison, s'obligea, pour lui et ses successeurs en ladite commanderie, à payer tous les ans dix livres au curé de Saint-Paul, et à partager avec lui l'honoraire de ceux qui seroient inhumés dans la nouvelle église. Celte transaction fut confirmée par Etienne, évêque de Paris, et par Pierre de Lobet, général de l'ordre.

Peu de temps après il y eut un autre différend entre Hugues de Châteauneuf, successeur de Hugues d'Optève, et le prieur de Saint-Éloi, à l'occasion du manoir de la Saussaye, qui relevait de son prieuré. Cette contestation fut terminée moyennant une rente annuelle de f^o livres que le commandeur s'obligea, pour lui et pour ses successeurs, à payer au prieuré de Saint-Éloi. En i373, le 4 juin, Ponce, abbé de Saint-Antoine, unit la commanderie de Paris à celle de Bailleul ou de Flandres , et cette union dura jusqu'au temps de Charles-Quint. Pour compléter les

détails qui précèdent et ne plus revenir sur l'histoire de cet établissement, nous dirons qu'en i6i5 la commanderie de Paris fut supprimée. On convertit alors cette maison en un séminaire ou collège pour l'instruction des jeunes religieux de l'ordre. On nommait ce monastère le Petit- Saint-Antoine pour le distinguer de l'abbaye de Saint- Antoine , située dans le faubourg de ce nom et qui était beaucoup plus ancienne.

La confrérie de Saint-Claude était établie depuis fort longtemps dans l'église du Petit-Saint- Antoine ; mais on la trouvait, dans le siècle dernier, bien déchue de la réputation qu'elle avait eue au moyen âge, principalement sous le règne de Charles VI, qui s'y fit recevoir en grande cérémonie, avec les principaux seigneurs de sa cour.

L'église du Petit-Saint- Antoine fut très-endommagée, en 1705, parle feu qui prit à une maison voisine occupée par un artificier. On voyait au maître-autel un tableau représentant l'adoration des Mages j peint par Gazes. L'enclos du couvent avait cent pas sur quatre-vingts. Les bâtiments d'habitation des religieux avaient été rétablis en 1689.

Les biens de la commanderie de Saint- Antoine furent réunis dans la suite à l'ordre de Malte ; cet ordre fit des pensions aux religieux et leur accorda le droit de porter la croix de Malte,

Le couvent et l'église du Petit-Saint-Antoine furent détruits en 1 792 , après la suppression des ordres monastiques. Sur leur emplacement on ouvrit le passage du Petit-Saint-Antoine.

23o UISTOIHE DE PARIS. (iSâO-ISM)

§ II. — Édifices royaux et monicipaax. — M/anuments diTers.

Nous avons parlé du Parloir aux Bourgeois^ de la Maison aux Piliers^ qui furent, sous Charles V, les humbles commencements de Thôtel de ^ille. On lui donnait également le nom de Maison de Grèi^e^ parce qu'elle était située sur la place de ce nom. Il existait plusieurs édifices municipaux affec|;és aux besoins du commerce et qui étaient pour Paris ce que sont aujourd'hui la maison de ville et la bourse. Les débris de ces ipstitutions subsistaient encore au dix- huitième siècle (i).

(i) « Quoiqu'on ne parle plus depuis longtemps, écrivait Félibien en ly^S, ni de la Maison de la MarohaneUse, m ûvk Parloir tHix Bourgeois, ces deux noips ne laissent pas de subsister encore, puisque, des dix sergients de la ville, il y en a quatre qui prennent la qualité de serments de la mat' chandise et SIX qui se nomment sergents du Parloir aux Bourgeois, » Les trois parloirs des bourgeois de Paris subsistèrent encore plusieurs siè* clés après avoir été abandonnés ; ils faisaient partie de l'ancien domaine de la ville, (f^oir Félibien, t. 1, p. lxxix, 617, 63a.) — Le parloir situé près du Grand -Châtelet ne fut démoli qu'en 1687. « Il remplissoit l'espace qui s'étend depuis et joignant l'arcade du Châtelet jusque vers le lieu où étoit ci-devant la chapelle de Saint-LeufTroi. Il ne conlenoit que seize toises et quatre pieds de superficie ; mais le peu d'étendue de cette maison commune est une des marques de son antiquité et répondoit assez bien à la petitesse de la ville. Plusieurs marches qu'il falloit descen*" dre pour parvenir dans Tantique salle qu'il y ayoit par bas témoignent que le rez-de-chaussée de cette maison avoit quelque rapport avec celui du bas de Saint'Denis de la Chartre, que l'on croit être le premier rezde-chaussée de l'ancien Paris. Sa structure basse et surtout sa situation peut nous faire penser qu'elle étoit aussi ancienne que le Châtelet même, car elle étoit adossée immédiatement à cette forleresse , dont elle avoit peut-être originairement fait partie; du moins lui étoit-elle si étroitement jointe qu'il y avoit communication de l'une dans l'autre. » — « Deux maisons du voisinage du Grand-Chastelet portent le nom du Parloir-aux- Bourgeois dans les aveux et dénombrements de l'Hostel-dc- Ville, dont

(IMft-lSM) LIVRE VIII. CHAPITRE VI. 33l

Nous avons également mentionné la fondation , par le même roi , de l'hôtel Saint-Paul , résidence affectée aux souverains, et qu'il désignait sous le titre A^ Hôtel solennel des grands esbattements. Les origines de ce palais sont minutieusement relatées dans les chartes. On sait qu'en i36o Giarles Y fît l'acquisition d'une maison appartenant à un nommé Simon Verjat et qui était située rue^ Pute-j- Mucey ou selon Dulaure, rue Puteymuse, Deux ans après le roi acheta l'hôtel des abhés et religieux de Saint-Maur, et quelques années ensuite celui des archevêques de Sens. Charles Vpayaà Guillaume deMelun, archevêques de Sens, la somme de 1 1 , 5oo livres, dont on employa i ,5oo à l'acqui*sitionde la maison de Jehan de Hestonienil, située près des Béguines, et leroi la céda au prélat. L'hôtel Saint-Paul, ainsi nommé de l'église paroissiale qu'il avoisinait,fut uni et incorporé au domaine par un édit de juillet i364, ordonnant quHl n'en fut jamais démembré pour quelque cause et raison que ce pût être y disposition que les successeurs de Charles V ne respectèrent pas toujours. La grande façade et l'entrée principale de l'hôtel Saint-Paul se trouvaient placées du côté de la Seine vers le quai des Célestins.

Cette demeure royale, ainsi formée de la réunion de plusieurs hôtels et de diverses maisons de structure diffé-

l'une, où pendoif pour enseigne le Bénistieri tenoit au inesme Giastelet, et l'autre^ qui avoit pour enseigne la Teste-Noire, appartient depuis longtemps au chapitre de Saint-Germain-l'ÂUxerrois. Il est inesme probable que Pancienne maison presbytérale de Saint-Leuffroy, attachée à la Teste- Noire, et celles de la Salamandre et'du Mouton-d'Or, basties derrière, sur la me de la Joaillerie ou du Pont-au-Ghange, composoient leParloir-aux- Bourgeois avec la maison du Bénistier, vu que les prévost des marchands et eschevins sont seigneurs de toutes ces maisons, qui sont en leur censive, et doivent à la Ville 3 sols parîsis de rente. >

rente et inégale , contenait de grands appartements^ la plupart accompagnés de chapelles, de jardins, de galeries, pour le roi, la reine, les enfants de France, les princes du sang, le connétable , le chancelier et les principaux personnages de la cour. Charles V avait tout orné et disposé avec le luxe d'un roi et les recherches d'un malade. « La magnificence de cette demeure, la splendide hospitalité qu'y trouvaient les princes et les seigneurs étrangers , faisaient illusion sur l'état du royaume. Le sire de la Rivière, l'aimable et subtil conseiller de Charles V, le gentilhomme accompli de ce temps j en faisait les honneurs. Il leur montrait la noble demeure de son maître, ces galeries^ ces bibliothèques, ces buffets chargés d'or, et ils l'appelaient le riche m (i). »

(i) M. Michelet.

Charles V occupait dans cet étrange et vaste palais le corps de logis qu'on appelait encore l'hôtel des archevêques de Sens. Un porche de bois d'Irlande richement sculpté, à plusieurs faces, et haut de neuf à douze pieds, donnait entrée dans les appartements royaux, composés d'une ou deux salles, d'une antichambre, d'une garderobe, d'une chambre de parade {chambre à parer) ^ d'une chambre à coucher, appelée chambre où gît le roij et de la chambre des nappes^ c'est-à-dire probablement la lingerie. Puis se trouvaient une chapelle haute , une chapelle basse, trois galeries de quinze , vingt-quatre et quarante-deux toises de longueur, la grand* chambre du retraitj la chambre du petit retrait et de V étude , une chambre de bains, une détus^es et deux ou trois autres nommées chauffe^doux^ à cause des poêles qu'on y mettait pendant l'hiver. Il y avait en outre dans ce même hôtel un jardin , un parc, des lices, un jeu de paume, une volière , une chambre pour les tourterelles , des ménageries de grandeur différente affectées aux sangliers et aux lions.

Indépendamment des appartements particuliers du roi il y avait à l'hôtel Saint-Paul deux chambres du conseil. Dans la plus grande (i) Qiarles V assemblait ordinairement ses conseillers d'Etat, et faisait souvent yenir le Parlement.

La reine avait aussi des appartements magnifiques, comprenant un grand nombre de chambres, de cabinets, avec plusieurs galeries, deux chapelles, des étuves, etc.

(i) La grande chambre du conseil était longue de huit toises quatre pieds et large de quatre toises quatre pieds. Elle était contiguê à une chambre basse où dînait Charles V,

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