‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 33 sur 82 · HISTOIRE DE PARIS. (1S80-U9S · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (1S80-U9S

SOUS les bannières d'Anjou, de Berry et de Bourgogne, et la guerre civile allait éclater le lendemain du règne d'un prince surnommé le Sage. Jean Desmarets, avocat général , homme doué d'une éloquence persuasive, détermina les trois rivaux à soumettre la ! question à des arbitres. Ceux-ci décidèrent qu'après le sacre charles VI, quoique mineur, prendrait l'administration du royaume, qui serait gouverné en son nom par ses quatre oncles, jusqu'à l'époque prochaine de sa majorité. Les dissidents acceptèrent cette transaction. Le régent parut s'y prêter plus volontiers que ses frères, parce que le jugement arbitral portait que ce prince gouvernerait seul jusqu'au sacre ; cette clause lui donnait un délai de quinze jours.

Le dernier roi, sur son lit de mort, s'était repenti d'avoir chargé son peuple de lourds impôts et il avait ordonné de supprimer les aides : comme on tardait à donner cette satisfaction aux communes des soulèvements, eurent lieu. Les bourgeois, le prévôt des marchands en tête, vinrent en foule trouver le régent et demandèreut qu'on cessât de les opprimer par des impôts reconnus injustes et qu'ils refusaient désormais de payer. Le régent s'en tira par de vagues promesses ^t continua toutefois de prescrire beaucoup de rigueur aux agents du fisc. Pour se procurer de l'argent par d'autres voies il vendit aux Juifs, à beaux deniers comptants, l'autorisation de prolon* ger durant cinq ans encore leur séjour dans le royaume. Peu de jours après tout fut disposé en vue du sacre du jeune roi ; mais, avant de conduire Charles VI à Reims, le duc d'Anjou se signala par im acte de la plus odieuse tyrannie. Ayant appris, sur la foi de certains rapports, que Charles V avait laissé des richesses et des joyaux de

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prix sur lesquels il n'avait point réussi à mettre la main, il manda Philippe de Savoisy, trésorier du fçu roi^ et lui enjoignit de faire connaître le lieu où étaient déposés les lingots et Tor eu barre dont on révélait Texistence. Savoisy croyait, à juste titre, qu'il fallait soustraire ces trésors à l'avarice du duc d'Anjou et ne les livrer qu'au roi de France, dont on préparait le sacre. Il refusa de répondre. Le duc d'Anjou fit alors venir le bourreau et lui ordonna de trancher la tête au fidèle confident de Charles Y. Vaincu par le péril Savoisy livra les richesses du feu roi au duc d'Anjou, et le prince, après les avoir dérobées à son profit, se rendit à Reims, où devait avoir lieu la cérémonie.

Le sacre eut lieu le dimanche 4 novembre. Quelques jours après, le jeune roi, escorté de ses oncles , revint à Paris, où. son retour fut célébré par des réjouissances officielles que mentionne en ces terme Juvénal des Ursins : <f II entra à Paris vestu d'une robe bien riche, toute semée de fleurs de lys. Ceux de la ville de Paris allèrent au-devant de luy bien deux mille personnes, vestus tout un, c'est à sçavoir de robes mi«parties de vert et de blanc. Ëtestoientles rues tendues et parées bien et notablement, et y eut divers personnages et histoires. Et crioit-on Noél^ etfutreceu à très-grande joie. Et tout droit vint àNostre-Dame; si fut grandement receu par l'évesque, et s'en alla au palais et accepta les dons que la ville et autres luy faisoient, et par trois jours fît grands convis et joustes. Et furent les daiûes présentes, et y eut grande joie démenée (i). »

(i) Juvénal des Ursins, dans la Collection des Mémoires^ par MM. Michaud et Poujoulat, t. II, p. 34a, i'* série.

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Les réjouissances et les fêtes durèrent trois jours, la population, qui y prenait part, ne renonçait nuUeti à obtenir de gré ou de force la diminution des taxes j bliques. Les troubles ne tardèrent pas à recommencer le gouvernement, intimidé par es démonstrations multitude, promit de faire droit aux réclamationsde P^ Le vendredi ï6 novembre i38o, le peuple étant touj^ attroupé et armé, les conseillers de Charles Vl firent ] clamer l'abolition immédiate de tous les aides , subsi4 fouages, impositions, gabelles, treizième et quatorziè deniers qui avaient été établis depuis Philippe le Quelques nobles eurent part à ces réformes, obtenues ] la révolte ; ils s'armèrent contre les Juifs, ils soulevèré le peuple contre eux, et, à la faveur du tumulte et du pi lage , ils prirent et détruisirent les titres de créances les Israélites pouvaient leur opposer (i). Le peuple ne s'af rêta pas dans cette voie ; il démolit ou incendia les b« reaux de recettes des impositions supprimées, déchira oi brûla les registres, et se crut pour toujours à l'abri de odieuses taxes. De son côté le duc d'Anjou fit publier| son de trompe l'ordre de restituer aux Juifs, sous pek de mort, ce qu'on leur avait dérobée force ouverte et ^ violence; mais personne n'obtempéra à ce rescrit roj C'était par ces agitations et ces troubles que s'ouvraîtle

(i) Juvénal des Ursins, dans son histoire de Charles VI, rapporte, en termes précis, que les nobles furent les instigateurs du mouvement populaire qui éclata en ce moment contre les Juifs, a Aucuns nobks, et autres , dit-il , à ce les induisoient. » Le chroniqueur de Saint-Dênis ajoute : « Quelques nobles qui estoient pressés et obérés des usures des ■ Juifs avaient trouvé moyen de confondre adroitement leur intérestavec « celui du peuple. « {Histoire de Charles VI, p. 8. Anonyme de Saini' Denis, chapitre VI, p. i5.)

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P^gne de Charles Yl ; on voit que les traditions de la révo- ^ion de i356 n'étaient point entièrement effacées du llÀYenir du peuple. Le duc d'Anjou et les princes du sang qjBà composaient le conseil du roi ne semblaient guère s'en apercevoir, persuadés que cette agitation des multitudes seïait de courte durée et ne tarderait pas à être comprimée par des mesures de rigueur.

Hugues Aubriot, prévôt de Paris, n'avait pas cessé, (Jftoique déjà avancé en âge, d'exercer ses fonctions avec . Seul , peut-être , il s'occupait de faire creuser des uts, construire des quais, bâtir des ponts, achever les moments publics commencés sous les règnes précédents ; un mot il pourvoyait toutà la fois à la sûreté, à la saluité et à l'embellissement de Paris. Sous son administran on ne voyait ni vagabonds, ni mendiants; usant d'une lie sévérité envers eux, il donnait du travail et un salaire tous les bras inactifs. Hugues Aubriot avait souvent à jîprimer les désordres des écoliers, les plus turbulents des kbitants de la capitale, étrangers pour la plupart et Qpathisant peu avec les Parisiens. Tous les jours il Pevait entre ces derniers et les étudiants de vives disions, souvent des rixes, soit pour le prix du logement Sis occupaient , soit pour celui des effets ou des denrées >n leur fournissait , soit en raison des fréquentes priïés qu'ils prenaient dans les familles. Le prévôt de sévissait vigoureusement contre les délits des écot, et les prisons du Petit-Chàtelet se trouvaient souvent plies de ces délinquants.

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Les réjouissances et les fêtes durèrent trois jours, maisf la population, qui y prenait part, ne renonçait nulletn^t à obtenir de gré ou de force la diminution des taxes publiques. Les troubles ne tardèrent pas à recommencer, et le gouvernement, intimidé par es démonstrations de la multitude, promit de faire droit aux réclamations de Paris. Le vendredi 1 6 novembre i38o, le peuple étant toujmH^ attroupé et armé, les conseillers de Charles VI firent proclamer l'abolition immédiate de tous les aides , subside», fouages, impositions, gabelles, treizième et quatorzième deniers qui avaient été établis depuis Philippe le Bel* Quelques nobles eurent part à ces réformes, obtenues pair la révolte ; ils s'armèrent contre les Juifs , ils soulevèreût le peuple contre eux^ et, à la faveur du tumulte et du pillage , ils prirent et détruisirent les titres de créances que les Israélitespouvaient leur opposer (i). Le peuple ne s'arrêta pas dans cette voie ; il démolit ou incendia les bii-^^ reaux de recettes des impositions supprimées, déchira ou' brûla les registres, et se crut pour toujours à l'abri de ca odieuses taxes. De son côté le duc d'Anjou fit publier à son de trompe l'ordre de restituer aux Juifs, sous peiae de mort, ce qu'on leur avait dérobé à force ouverte et par violence; mais personne n'obtempéra à ce rescrit royal. C'était par ces agitations et ces troubles que s'ouvrait le

(i) Juvénal des Ursins, dans son histoire de Charles VI, rapporte, en termes précis, que les nobles furent les instigateurs du mouvemeDt populaire qui éclata en ce moment contre les Juifs, a Aucuns nobles, et autres , dit-il , à ce les induisoient. » Le chroniqueur de Saint-Dénis ajoute : « Quelques nobles qui estoient pressés et obérés des usures des « Juifs avaient trouvé moyen de confondre adroitement leur iotérestavec « celui du peuple. ■ {Histoire de Charles VI ^ p. 8. Anonyme de Saint- Denis t chapitre VI, p. i5.)

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règne de Charles Yl ; on voit que les traditions de la révolution de i356 n'étaient point entièrement efTacées du souvenir du peuple. Le duc d'Anjou et les princes du sang qui composaient le conseil du roi ne semblaient guère s'en apercevoir, persuadés que cette agitation des multitudes serait de courte durée et ne tarderait pas à être comprimée par des mesures de rigueur.

Hugues Aubriot, prévôt de Paris, n'avait pas cessé, quoique déjà avancé en âge, d'exercer ses fonctions avec zèle. Seul , peut-être , il s'occupait de faire creuser des égouts, construire des quais, bâtir des ponts, achever les monuments publics commencés sous les règnes précédents ; en un mot il pourvoyait tout à la fois à la sûreté, à la salubrité et à l'embellissement de Paris. Sous son administralion on ne voyait ni vagabonds, ni mendiants; usant d'une utile sévérité envers eux, il donnait du travail et un salaire à tous les bras inactifs. Hugues Aubriot avait souvent à réprimer les désordres des écoliers, les plus turbulents des habitants de la capitale, étrangers pour la plupart et sympathisant peu avec les Parisiens. Tous les jours il s'élevait entre ces derniers et les étudiants de vives discussions, souvent des rixes, soit pour le prix du logement qu'ils occupaient , soit pour celui des effets ou des denrées qu'on leur fournissait , soit en raison des fréquentes privautés qu'ils prenaient dans les familles. Le prévôt de Paris sévissait vigoureusement contre les délits des écoliers, et les prisons du Petit-Chàtelet se trouvaient souvent remplies de ces délinquants.

A chacune des arrestations l'Université jetait les hauts cris; elle adressait force requêtes au roi pour mettre fin à ce genre de punition , dont elle appelait comme d'abus,

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prétendant qu'elle seule avait le droit de punir ses subordonnés; ce qu'elle n'osait ou ne pouvait faire. On déféra le prévôt à l'Inquisition. « Et comme ledit Aubriot, disent les chroniques, ne comparut point devant les juges au joiu' dit, il fut déclaré contumace et comme tel excommunié; ^ ce qui fut annoncé et publié par toutes les églises de Paris, chaque jour, à la messe et aux vêpres. Le prévôt se décida alors à comparoître devant ledit évêque et inquisiteur, le premier jour de février. Il fut mis dans les prisons de l'évêque , tandis que l'on cominençoit son procès, et il fut absous de son excommunication, laquelle absolution fat publiée avec la même solennité. Le procureur de l'uni- ; versité de Paris, qui se porta partie adverse, l'accusa d'avoir dit plusieurs paroles contre notre foi. Il cita le fait suivant. Un sergent ne s'étant point rendu avec diligence aux ordres du prévôt, celui-ci l'en réprimanda, et le sergent s'étant excusé en disant qu'il étoit demeuré en l'église pour voir Dieu : « Ribauld, reprit Aubriot, ne saistu pas bien que j'ai plus grande puissance pour te nuire que Dieu pour te secourir? » Une fois un homme l'avoit engagé à assister à une messe que chantoit un évêque de Coutances, appelé messire Sévestrede la Cervelle ; le prévôt refusa , et dit que Dieu ne se laisseroit point manier par un homme tel que ledit évêque. On lui reprocha d'avoir fait sortir du Châtelet, de sa propre autorité, un prisonnier enfermé comme hérétique à la requête de l'inquisiteur, et d'avoir fait rendre aux Juifs les petits enfants qu'on leur avoit enlevés pour les baptiser. On porta plusieurs autres choses contre ledit prévôt , auxquelles il répondit, et le procès se fit contre lui. Quoique étant toujours prévôt de Paris , il resta en prison fermée, en la cour de l'évêque.

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En cette journëe il fiit placé sur uu échaffaut, près THôtel- Dieu de Paris, devant le parvis Notre-Dame. L'évêque prêclia, puis on lut la condamnation devant beaucoup de peuple, et le prévôt fit amende honorable. Il fut alors condamné à une prison perpétuelle. » Il eut pour successeur dans la prévôté de Paris un chevalier nommé Audouin Chauveron.

Les exactions du duc d'Anjou et de ses créatures amenèrent peu après une violente émeute. Rouen avait donné le signal. A Paris le peuple ne voulait pas entendre parler d'impôts. Le duc d'Anjou avait inutilement assemblé jus- # qu'à sept fois les notables de la ville, du clergé et de la noblesse, leur représentant les pressants besoins du roi et de l'État; il avait fait haranguer inutilement la multitude par Philippe de Villiers et Jean Desmarets. Les bourgeois, plus exaspérés et plus audacieux , prirent les armes, tendirent des chaînes et gardèrent les portes de la ville. Le i*'^mars i38i Ie3 percepteurs royaux furent chargés de recueillir la taxe du douzième sur les denrées alimentaires, taxe qui venait d'être arbitrairement imposée. Appuyés par un certain nombre de soldats, ils se présentèrent aux halles, et l'un d'eux commença à réclamer l'impôt du douzième denier sur un peu de cresson que venait de vendre une vieille femme. Un attroupement populaire se forma; l'agent du fisc fut attaqué, frappé, jeté à terre. Les rebelles, enhardis par la faiblesse de l'autorité, se portèrent à l'hôtel de ville, à l'arsenal, dispersèrent ou assommèrent les collecteurs royaux, assiégèrent les édifices publics , démolirent les bureaux de taxe , et prirent pour armes des maillets neufs que le gouvernement avait amassés en vue d'une attaque des Anglais et pour servir aux

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milices urbaines de Paris. Telle fut rinsurrectîon des MaillotinSy qui fut sanglante, et durant laquelle Tabbaye Saint-Germain des Prés, le Châtelet et révêché tombèrent au pouvoir de l'émeute. « Et ceux qui ce faisoient ( le désordre) estoient, disent les chroniques, meschantes gens et viles personnes de pauvre et petit estât, et si Tun crioit tous les autres y accouroient. Et pour ce qu'ils estoient mal armés et habillez, il sceurent que en l'hostel de la ville il y avoit des harnois ; ils y allèrent et rompirent les huis où estoient les choses pour la deffense de la ville, prirent les harnois et grande foison de maillets de plomb , et s'en allèrent par la ville ; et tous ceux qu'ils trouvoient fermiers des aydes, ou qui eu estoient soupçonnez, ils les tuoient et les mettoient à mort bien cruellement. Il y en eut un qui se mit en franchise dedans Saint-Jacques de la Boucherie, et, lui estant devant le grand autel, tenant la représentation de la Vierge Marie, le prirent et tuèrent devant l'église. Ils s'en alloient aux maisons des morts, pilloient et roboient tout ce qu'ils trouvoient, et une partie jettoient par les fenêtres, deschiroient lettres, papiers et toutes telles choses, enfonçoient les tonneaux après que tout leur saoul avoient bu. A la fin ils furent encore plus pires à exercer leur mauvaistié. Il vint donc à leur connoissance qu'il y avoit des impositeurs dedans l'abbaye de Saint-Germain des Prez ; si saillirent hors de la ville, et là vinrent et s'efforcèrent d'entrer dedans, demandant ceux qui s'y étoient retirés ; mais ceux de dedans se défendirent vaillamment , tellement que point n'y entrèrent. De là se partirent et vinrent au Chastelet de Paris, où il y a voit encore deux cents prisonniers pour délits et dettes, et rompirent les prisons et les laissèrent

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aller franchement. Pareillement firent-ils aux prisonniers de révêque de Paris; ils rompirent tout et délivré* rent ceux qui y étoient, mesmement Hugues Aubriot, qui et oit condamné , comme dit est. Ils lui demandèrent qu'il fust leur capitaine , lequel le consentit, mais il s'en alla pendant la nuit. Toujours croissoit la multitude de peuple ainsi desvoyé. On le pensoit arrester ; rien ne faisoit, et ils passoient la nuit en gourmanderies et beuveries. Le lendemain ils vinrent à l'hostel de Hugues Aubriot ; ils le pensoient trouver pour en faire leur capitaine ; et, quand ils virent qu'il n'y étoit pas, ils furent comme enragés et desplaisants, et commencèrent à entrer en fureur, et ils vouloient aller abattre le pont de Charenton. Mais ils furent ar restés par messire Jean Desmarests, et quelques-uns commençoient déjà à se repentir et refroidir. » Quoiqu'il en soit de ce récit, il est certain qu'on n'était point encore aux jours où les gouvernements succombaient en quelques heures sous les coups d'une insurrection parisienne. Les séditieux, à peine vainqueurs, furent plus intimidés qu'enorgueillis de leur triomphe. Le jeune roi et ses oncles, qui se trouvaient alors à Meaux, se rapprochèrent de Paris avec des troupes. De part et d'autre on appréhendait une lutte plus sérieuse, et des négociations furent ouvertes. Les maillotins, par l'organe de l'Université et des notables, firent demander pardon et amnistie. On y consentît, après avoir arrêté les chefs du mouvement, que le prévôt envoya au supplice. Au spectacle de cette justice royale les maillotins se soulevèrent de nouveau; on les apaisa, et on se borna à faire coudre dans des sacs et jeter à l'eau, pendant la nuit, ceux que l'on n'osait attacher publiquement au gibet. Le roi rentra

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à Paris ; les habitants l'y reçurent avec de grandes démonstrations de joie, et toutefois ils persistèrent à refuser obéissance aux dernières ordonnances fiscales provoquées parle duc d'Anjou.

Les états généraux avaient été convoqués à Paris dès Tannée i38o et au début de ces troubles. Convaincus que tout le mal provenait des exactions et des actes de pillage que se permettaient le duc d'Anjou et les oncles du roi, ils refusaient avec obstination de faire porter au peuple la peine de ces odieuses rapines et de légaliser de nouvelles taxes. D'une part ils persistèrent à exiger que les impositions publiques fussent replacées sur le pied où elles étaient avant Philippe le Bel, c'est-à-dire « sous le bon roy sainct Loys ; » d'autre part ils demandèrent la confirmation Ae& franchises^ immunités et libertés que les derniers rois avaient successivement accordées au peuple. Or ces privilèges étaient, entre autres, la commutation du service féodal en argent, la suppression des présents que faisaient les villes et les provinces lors du mariage des rois et de leurs enfants ou lorsqu'ils armaient leurs fils chevaliers, l'abolition du droit de gîte, très-onéreux aux classes pauvres. Il était bien de réclamer le rétablissement de ces privilèges, mais les états généraux auraient dû admettre que, puisqu'on ne les avait concédés au peuple que moyennant des droits et des redevances pécuniaires, il était juste que les habitants et les communes continuassent de payer ces mêmes redevances ; s'y refuser, c'était soi-même abolir le contrat, qui n'engageait pas moins le peuple que ses maîtres. C'est ce que ne surent point comprendre les états de la langue il'Oil, dominés qu'ils furent par le mépris et la haine que

leur inspiraient les déprédations du duc d'Anjou. D'un autre côté les populations françaises se disaient, non sans raison , que les revenus publics et le produit des taxes dont on voulait charger le peuple n'étaient pas exclusivement destinés à faire face aux besoins de l'État.

Tandis que Paris et les provinces du Midi étaient en proie au désordre ou mal contenus par les supplices, la Flandre se voyait à son tour ensanglantée par des dissensions interminables. C'était encore l'ancienne lutte des corporations de métiers, des marchands et des bourgeois, contre le pouvoir aristocratique. Le brasseur Artewelt, qui, sous Philippe le Bel, avait déjà organisé dans ce pays une tyrannie populaire dirigée contre les nobles et les riches, avait été tuéàGand en 1 345. Son fils, Philippe Artewelt, fut choisi pour chef par les rebelles de i382. Celui-ci se montrait plus affable et plus libéral que son père. Le mouvement insurrectionnel des Flamands semblait s'être rattaché aux soulèvements des Parisiens et des Normands. Le jeune roi, deux de ses oncles et le connétable Olivier de Clisson marchèrent contre eux et les exterminèrent à la bataille deRosebecque. Philippe Artewelt périt dans l'action, et son cadavre fut pendu par les vainqueurs. Cette défaite éteignit dans le sang les espérances du parti démocratique en Flandre et en France. La bataille de Rosebecque fut fatale aux Parisiens.

Le lo février r383, Pierre de Villiers, garde de l'oriflamme, ayant rapporté ce drapeau à Saint-Denis, le jeune roi vint dans la même église rendre grâces à Dieu de sa victoire Le même jour le prévôt des marchands et les principaux habitants de Paris se pré-

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