HISTOIRE D£ PARIS
sentèrent à lui, . l'assurant que la ville rattendait avec une parfaite soumission , prête à lui obéir en toute chose. Ils firent plus; persuadés que Charles Yl, auquel on pré* tait des projets de vengeance, se montrerait plus doux et plus clément si on parvenait à Pintimider, ils déployèrent toute la milice de Paris du côté de Montmartre, aux abords de la ville et sur le chemin du roi. Il y avait là vingt mille hommes armés de maillets et de piques, un corps d'arbalétriers et un corps de soldats portant le bouclier et l'épée. A la vuq de cette armée le connétable et les seigneurs qui accompagnaient Charles VI se mirent à dire : < Voyez l'orgueilleuse canaille et sa jactance! Ils n'avaient qu'à venir avec cette belle armée servir le roi en Flandre; mais ils s'en sont bien gardés, et, au lieu de sonner les cloches pour célébrer nos victoires, ils osent se présenter en armes devant leur seigneur. » On envoya des hérauts qui demandèrent aux Parisiens : « Où sont vos chefs? Lesquels de vous sont les capitaines ? j> Les Parisiens répondirent : « Nous n'eu n'avons point d'autres que le roi et ses seigneurs. » lies hérauts demandèrent alors si le connétable et quatre barons pourraient entrer en sûreté. « Ah! vous nous raillez, repartirent les Parisiens. Allez leur dire que nous sommes prêts à recevoir leurs ordres. » Le connétable arriva au milieu d'eux. « Eh bien! gens de Paris, dit -il, qui vous a donc fait sortir ainsi de la ville? 11 semble que vous vouliez combattre le roi votre seigneur. — Monseigneur, dirent-ils, nous n'en avons nulle volonté et ne l'stvons jamais eue ; nous désirons seulement que le roi voie la puissance de sa bonne ville de Paris. Il est bien jeune et ne sait pas ce qu'il pourroit faire de nous si
jamais il en avait besoin. — C'est bon, c'est bon ! s'écria le connétable ; retournez paisiblement en vos logis et mettez vos armures bas si vous voulez que le roi descende à Paris? »
a Le roi, dit Juvénal des Ursins, fit alors crier en son armée que tous fussent prêts et armés pour entrer en ladite ville de Paris. Le lendemain matin les gens du roi s'approchèrent de la porte Saint-Denis et abattirent et rompirent les barrières et la porte. Il y eut alors trois batailles (corps d'armée), toutes à pied. En la première étoient le connétable de Clisson et le maréchal de Sancerre ; en la seconde étoit le roi, grandement accompagné de ses parents, et ils étoient tous à pied , excepté le roi , quoique certains disent que ses oncles fussent aussi à cheval. Au-devant du roi vinrent humblement le prévôt des marchands et foison de ceux de la ville, pour lui faire révérence et aucune hrieli>e proposition. Mais il les refusa, et ne voulut qu'ils fussent entendus, ni qu'ils fissent révérence, ni dissent parole, et passa outre. Il vint à Notre-Dame, et, descendant de cheval, entra à l'église, où il fit son oraison et, son offrande en bien grande dévotion , ainsi que ses oncles et autres seigneurs. Il s'en xevint au portail de l'église, monta à cheval et vint descendre au palais. Les gens d'armes étoient logés dans les différents quartiers en hôtelleries, et il fut crié à son de trompes qu'on ne dît aucunes paroles injurieuses, ni qu'on prît bien ou qu'on fît dommage à autrui. Il y en eut qui usèrent d'aucunes manières séditieuses et de mauvais langages ; ils furent pris aussitôt et pendus à leurs fenêtres. Les ducs de Berri et de Bourgogne chevauchèrent par la ville , bien accompagnés , et firent pendre bien trois cents habitants, entre autres messire