HISTOIRE D£ PARIS. (19M*lftl
hérauts qui jetaient de l'argent à la multitude en criant : « Largesse ! » Le roi^ dans la salle verte du palais, leur fit jurer sur la vraie croix paix, amitié et union avec le duc de Bourgogne et les autres princes du sang royal , et eo peu de jours toute Tautorité passa en leurs mains. Charles YI déclara solennellement, en lit de justice^ que tout ce qu'il avait ordonné contre eux avait été « tortionnairement et subrepticement impétré par séditieux, troubleurs de paix et coupables de lèze-majesté. » Les Cabochiens continuèrent d'être destitués, bannis, emprisonnésy et , par suite du même système, on mit dans tous les offices publics a des gens haineux du commun, et il fut ordonné que nul ne se meslast de choses que les seigneurs fissent, et que nul ne fust armé, si C'était décréter la déchéance politique de la bourgeoisie et du peuple. Jean* sans-Peur vil se succéder, l'un après Tautre, ces actes de haine ou d'offense , et, sûr que l'occasion de prendre sa revanche lui serait bientôt donnée , il attendit silencieusement des circonstances meilleure.
Cependant, tandis qu'il se bornait à écrire au roi et à lui demander satisfaction ou justice, les princes d'Orléans, les Armagnacs et la reine, qui s'était jointe à leur faction, précipitaient les choses à ce point que déjà l'on entrevoyait l'heure où leur faction succomberait sous le fardeau des récriminations et des haines. Bientôt. ils pesèrent sur le Dauphin lui-même autant que sur le peuple. Alors le duc de Bourgogne, à la tête d'une armée levée dans ses provinces, marcha sur Paris, et annonça à toute la France qu'il n'avait d'autre but que de soustraire le roi et son héritier à l'oppression des Armagnacs.
A peine venait-il d'entrer à Pammartin et d'y établir
(13W.1M5} LIVRE IX. CHAPITRE II. SaS
son quartier que Talarme se répandit dans Paris et que les Armagnacs envoyèrent à sa rencontre un corps de onze mille hommes. Les deux armées se rencontrèrent à Saint- Denis ; celle du duc de Bourgogne comptait à peine quatre ou cinq mille combattants; mais^ quoique inférieure en nombre, elle avait l'avantage des positions, et les Arma* gnacs se replièrent sur Paris. Peu de jours après, le 1 1 février i4i4î rarmée de Jean-sans-Peur se déploya entre Montmartre et Chaillot , et son avant-garde , aux ordres d'Enguerrand de Bournonville , occupa la butte des Moulins. Les Armagnacs, cette fois, étaient à couvert, protégés par des murailles , maîtres d'une grande ville ^ et fortement garantis par l'avantage de la position et du nombre. Le duc de Bourgogne les somma d'ouvrir les portes et de lui rendre dans les conseils du roi la place à laquelle l'appelait sa naissance. On ne daigna pas lui répondre et l'on attendit. Ce système eut un plein succès. Hors d'état de se frayer un chemin et de prendre de force une capitale bien gardée , le Bourguignon se retira, fît piller et dévaster quelques villages , et reprit la route de ses provinces flamandes. Des troupes royales, commandées par le roi et aiyant en tête Toriflamme, furent dirigées contre lui.
Il n'entre pas dans le cadre qui nous est assigné de raj conter les sanglantes péripéties de cette campagne entre- ' prise par des Français contre des Français. Elle durait enj core lorsque le roi d'Angleterre, Henri V, saisit l'occasion qui s'offrait à lui pour porter un dernier coup à la France. En i4i5 il débarqua à Harfleur, à la tête d'une armée. Les deux factions rivales trouvèrent un reste d'énergie pour s'opposer à ce dangereux* adversaire. L'armée française