‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 40 sur 82 · HISTOIRE DE PARIS. (UM-IMQ · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (UM-IMQ

siasme excité par la curiosité et l'imprévu lut de peu de durée. Ija présence des Bretons mécontentait le peuple de Paris, ety la nuit suivante^ on complotait déjà contre eux. Cette émotion s'apaisa devant des concessions et grâce à la conduite prudente de la reine. Deux jours après, le 28 août y la duchesse d'Orléans , suivie de ses enfants en grand deuil y entra à son tour dans Paris. liC roi était à Melun j malade , et hors d'état d'avoir conscience de ses actes politiques. Le 5 septembre, en l'absence de ce malheureux prince, on tint au Louvre une grande assemblée où se trouvèrent la reine , le Dauphin , les princes du sang royal, les comtes deSaint-Pol, de Mortaing, d'Alençon , de Clermont , de Tancarville et de Dammartin , la duchesse de Guienne et madame de Charolab , le connétable, le chancelier, les présidents du Parlement , un grand nombre d'archevêques, d'évêques et d'abbés, le prévôt de Paris et le prévôt des marchands, et les grands officiers de la couronne. Là maître Juvénal des Ursins, avocat du roi , prit la parole , et au nom de Charles VI, dont on se servait toujours pour toutes les causes , il proclama et annonça que le gouvernement de l'État était désormais confié à la reine et que cette princesse exercerait tous les pouvoirs de la régence durant la maladie du roi son époux. Immédiatement après, la duchesse d'Orléans, vêtue de noir, fut introduite dans l'assemblée, où, s'étant agenouillée devant le Dauphin, elle demanda, contre le duc de Bourgogne , justice de la mort de son mari et permission de faire défendre sa mémoire.

L'affaire fut de nouveau instruite, et Jean deSerisy, avocat de la maison d'Orléans , réfuta le plaidoyer de Jean Petite en usaut d'ailleurs d'une éloquence semblable,

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Un nouveau jugement fut rendu ; Jean-sans-Peur fut déclaré ennemi de l'État^ sans aucun égard aux lettres da* boUtion qviil aiHÙt obtenues du roi. On assembla* des troupes et Paris fut mis en état de défense. Mais les bourgeois refusèrent de payer un léger impôt , nécessité par les frais de la guerre , et les partisans de la maison de Bourgogne ameutèrent le peuple en disant qu'on voulait eulever aux Parisiens les chaînes des rues. Le prévôt de s marchands reçut même des billets si menaçants qu'il ne parut plus dans la ville qu'avec une forte escorte. La reine, effrayée de cet esprit de révolte , se retira à Tours avec le roi et le Dauphin. Quelques jours après, Jean-sans-Peur, vainquenrdes Liégeois révoltés, rentrait à Paris à la tcte d'une petite armée.

11 y avait donc à Paris deux partis distincts ; mais la populace était pour le duc de Bourgogne. Sur ces entrefaites, le jeune duc d'Orléans, Charles, venait d'épouser la fille de Bernard, comte d'Ârmagnac ; cette union lui donnait, sous un chef actif et hardi , un parti puissant dans la noblesse de Gascogne , et il s'allia les ducs de Bretagne, de Bourbon et de Berri, jaloux de la puissance de Jean*saiis«Peur. Ces deux partb de Bourgogne et d'Armagnac ruinèrent et avilirent la France dans leur misérable querelle. I>e prévôt des marchands et les principaux bourgeois de Paris parvinrent un moment à les réconcilier, et les deux factions signèrent un traité à Chartres, le 9 mars 1409. Pour cimenter cette union on conclut le mariage du comte de Vertus , frère du duc d'Orléans , avec la fille du duc de Bourgogne ; mais cette paix dura si peu de temps et fut signée avec tant d'hypocrisie qu'on la surnomma la paix fourrée.

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L'exemce du pouvoir appartenait de nouveau au duc de Bourgogne; soutenu parla détestable popularité qu'il s'était acquise,- ce prince ne songeait désormais qu'à assouvir ses vengeances particulières. De retour à Paris il destitua, dépouilla et persécuta les ançiensamis de la maison d'Orléans. Le sire de Montaigu, l'un des plus habiles ministres de Cliârles V, qui, depuis vingt ans, gouvernait les finances de la France, fut arrêté par le prévôt Desessarts , examiné par les commisjsaires du Parlement et mis en jugement comme dilapida teur des finances. Ce , chef d'accusation ne pouvait entraîner la peine capitale; Jean-sans-Peur voulut que Montaigu fût incriminé comme complice des prétendus crimes dont Jean Petit avait souillé la mémoire du duc d'Orléans. Soumis à d'affreuses tortures qui disloquaient ses membres et faisaient sortir ses entrailles, Montaigu avoua tout ce qu'on exigeait de lui; il se reconnut coupable de magie et de sorcellerie; il déclara que, pour seconder les volontés du àuc d'Orléans, il avait fomenté le schisme et l'hérésie et attenté à la vie du roi. L'exécution se fit aux Halles le 17 octobre. Arrivé sur l'écliafaud Montaigu rétracta tous les aveux qu'on lui avait arrachés par la violence des tourments et ne confessa d'autre tort que d'avoir trop légéronent ordonné des dépenses inutiles. Comme l'aspect de ce malheureux agitait le peuple et faisait verser des larmes, os se hâta de lui trancher la tête et dépendre à Mont&ucon ses restes sanglants. Tous ses biens furent confisqués. Sa mort fut le signal de nouvelles exactions, et le duc de Bourgogne accrut démesurément ses richesses et celles de ses frères. Pour apaiser les colères de la reine Isabeau de Bavière Jean-sans-Peur 'se concilia par des dons et des

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promesses cette femme méprisable, et, le 1 1 novembre^ il condut avec elle une nouvelle alliance dont se ren* dirent garants le duc de Bavière , le roi de Navarre %t le comte de Hainaut. Le duc de Bourgogne chercha d'ailleurs à se concilier de plus en plus les Parisiens en leur rendant leurs privilèges , leurs milices j leurs magistrat tures.

La guerre civile n'était que momentanément assoupie ; les d'Orléans et le parti des Armagnacs la recommencèrent l'année suivante (avril i4io). Ils avaient pour soldats des Gascons, des Lorrains et des mercenaires allemands. Ces hordes sans frein promenèrent sur leur passage le meurtre et l'incendie. Les Armagnacs avaient j)our signe de ralliement une croix blanche, à angles droits, et pour enseigne un bâton noueux ; les Bourguignons se reconnaissaient à la croix de Saint- André, oblique et rouge, et un rabot leur servait d'enseigne. Opprimées par les pillards et les gens de guerre des deux partis, les populations lais» saient éclater leur volonté de conclure la paix, et cette disposition des esprits ne laissait pas que d'entraver les haines et les conflits des princes. Les bourgeois de Paris eux-mêmes, malgré leurs sympathies ouvertehnent déclarées en faveur du duc de Bourgogne , se fatiguaient de servir d'instruments à Tambition de Jéah-sans-Peur et résistaient à ses ordres. Dans toutes les églises on chantait cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, prenez en pitié votre « peuple ; né livrez pas à sa perte le royaume de France, « mais dirigez les prihees dans la voie de la paix. » Au milieu de la misère du peuple et de l'affliction des gens de bien l'Université intervint à son tour et chercha à interposer ses bons offices. Cette démarche, quoique res-

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pectueusement accueillie, n'amena point une suspension d'armes , et les violences continuèrent de part et d'autre. Cependant l'hiver approchait; on ne trouvait plus de vivres dans les campagnes, la pluie avait rompu les chemins^ et le conseil du roi réussit à poser et à faire accepter les bases d'un arrangement pacifique. Le 2 novembre i4io un traité en dix articles fut signé à Bicêtre : ce n'était qu'une trêve de courte durée. L'année suivante (juillet i4ii ) la guerre éclata de nouveau entre les deux factions, et Paris embrassa avec ardeur la cause du duc de Bourgogne. Aux pillards, aux sicaires du parti d'Orléans, qui , répandus autour de la ville , dévastaient les campagnes, désolaient les villes ouvertes, incendiaient les villages et se livraient à tous les excès, on résolut d'opposer des hommes de pareille trempe , que ne feraient reculer ni le crime, ni la pitié, ni la clémence, ni le sang. C'étaient les barbares armés contre les barbares. Disons-le encore, c'étaient les vieilles luîtes, les antiques haines de peuples et de races qui se manifestaient dans leurs dernièies et terribles convulsions. La lie des provinces d'outre Loire, les meurtriers provençaux, gascons, auvergnats, bretons, allaient se trouver aux prises avec des aventuriers et des assassins recrutés en Picardie, en Brabant , en Flandre, en Lorraine, partout où la Jacquerie avait laissé des continuateurs et des héritiers.

Le comte de Saint-Pol, gouverneur de Paris et partisan dévoué du duc de Bourgogne, lui chercha des alliances dans ce que la population avait de plus grossier et de plus redoutable. Les bouchers formaient alors une corporation puissante ; un petit nombre de familles enrichies parle monopole dont elles jouissaient, lesl^goix, les

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Saiat-YoD^ les Hubert, composaient une sorte d'aristocratie et avaient à leur suite de nombreux valets^ toujours armés de couteaux et dévoués à leurs ordres. Le comte de^Saint-Pol cliargea les trois fils du boucher Legoix, maîtres de la boucherie de Sainte-Geneviève , de former parmi les leurs une compagnie de cinq cents hommes et leur donna des armes. Ils s'associèrent au nommé Simon Caboche , écorcheur de bêtes à la boucherie de THôtel- Dieu j homme remarquable par sa cruelle grossièreté ; ils lui adjoignirent maître Jean de Troyes , cliirurgien , qui était un orateur populaire et un discoureur de bornes ; à leur suite ils enrôlèrent des pelletiers, des tailleurs et des gens sans aveu disposés à tous les crimes. Cette populace armée entra dans la querelle des princes avec ses passions brutales et féroces. Maîtresse de Paris elle égorgeait sans merci tous les Armagnacs qui lui tombaient sous la main ou tous ceux qu'elle avait intérêt à traiter comme tels; elle imposa même ses volontés au conseil royal. Uneordon* nance déclara traîtres et rebelles les princes d'Orléans, dont l'armée exerçait dans l'Artois et la Picardie toutes sortes de cruautés, et appela le duc Jean à la défense du roi. Celui-ci entra aussitôt en France avec toute sa noblesse^ cinquante mille Flamands bien armés et un corps auxiliaire qu'il n'avait pas eu honte de demander à l'Angleterre en s'alliant à elle. Les Armagnacs , dgnt l'armée, composée presque entièrement de noblesse, ne comptait pas moins de trente mille chevaux, s'avancèrent jusque près de Paris , et les environs de cette malheureuse ville devinrent le théâtre des plus odieuses atrocités. Le duc Jean marcha au secours des Parisiens, et son entrée dans la ville excita des transports de joie parmi le peuple. Une

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ordonnance du roi remit entre ses mains tout le gouyer** nement ; puis^ aidé des Anglais^ il se jeta à la poursuite des Armagnacs; il leur reprit Saînt-Qoud, dont ils s'étaient emparés^ et dont la garnison fut tout entière mas* sacrée.*

Neuf cents chevaliers ou écuyers armagnacs périrent dans cette lutte impie ; trois cents autres qui s'étaient réfugiés dans les caves furent découverts après la victoire, et on les égorgea sans pitié (9 novembre). Le duc d'Orléans, qui, de la rive opposée, voyait ce désastre, en fut effrayé et se replia d'abord sur Saint-Denis, puis sur Etampes. Leduc de Bourgogne, suivi du duc d'Aquitaine, son gendre (le Dauphin), attaqua Etampes, Corbeil et la Bretonnîère, et se rendit maître de ces villes. Les garnisons qu'y avaient placées les Armagnacs furent obligées démettre bas les armes, et, parmi les soldats dont elles se composaient, les uns furent immédiatement pendus, les autres envoyés à Paris pour réjouir le peuple du spectacle de leurs supplices. La guerre civile fut à peine suspendue parles rigueurs de l'hiver (i4ii-i4i^)- Le bourreau, d'ailleurs, ne connaissait pas plus de relâche que lesgeos d'armes , et les plus illustres captifs étaient chaque jour décapités aux Halles. Quant à ceux qui, entassés dans les prisons, attendaient leur mise en jugement, leur sort était encore plus déplorable. « Moult grand' partie d'iceux, dit ' Monstrelet , très-misérablement mouroient par force de froid, de mésaise et de famine, et, après qu'ils estoient morts, on les portoit dehors la ville en aucunes fosses, et là les laissoit'on manger des chiens, oiseaux et autres besfes. * On se fatiguerait à énumérer, départ et d'autre, les bourgades prises et pillées, les églises détruites et pro-

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fanées , les monastères d'hommes et de femmes em* portés de vive force , et déshonorés par le meurtre et le crime des vainqueurs. Armagnacs ou Cabochiens, auame faction n'avait le droit de se dire plus pure et plus hu«> maine que l'autre. Â la faveur de leurs luttes impies et sans pardon les Anglais entamèrent le royaume et s'établirent victorieux sur plusieurs points de l'Ouest et du Midi. Au lieu de les combattre des deux cotés on re« chercha leur appui , et, à vrai dire, dans celte guerre d'extermination qui s'engageait entre la Somme et la Loire, surtout autour de Paris, les Anglais étaient moins odieux aux Français du "Nord que les Français du Midi. Chaque fsiction en vint donc à solliciter Tappui des ennemis du dehors qui envahissaient la France ; cha^ cune d'elles offrit de démembrer le royaume, d'en donner tine partie aux étrangers , afin de conquérir et de gou* vcrner l'autre par leur appui. Tout se réunissait pour aggraver les maux du peuple : ambition et jalousie, meurtres et vengeance , famine et pillage. Les princes luttaient pour se disputer quelques lambeaux de pouvoir, les riches et les pauvres pour conserver ou prendre, le Nord et le Midi pour régler ensemble un arriéré dé plusieurs siècles d'agressions ou de haines. Au<^dessuS de cet affreux chaos était un roi insensé , abandonné , trahi par sa femme , et bien souvent dépourvu des soins les plusnécessaires à la vie.

Les deux factions s'alliaient successivement à l'Angleterre, et, quand cette alliance était rompue, elles se. renvoyaient le reproche, mérité par l'une et l'autre , d'in-troduire l'étranger au cœur de la France et de favoriser Vinvasion anglaise. La guerre prit de grandes propor-'

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lions , et les Bourguignons , traînant le roi à leur suite , assiégèrent Bourges. En 1 412 un nouveau traité de paix intervint , qui fut désigné dans nos annales sous le nom de paix d'Auxerre. Les Anglais ne posèrent pas les armes et continuèrent de désoler nos provinces et d'assiéger nos places fortes. En i4i3 leur roi Henri IV mourut, laissant la couronne à son fils aîné, qui lui succéda sous le nom de Henri Y. Quant au gouvernement de Charles VI, il se détermina à convoquer les états généraux, qui siégèrent à Paris.

L'attitude molle et réservée de cette assemblée déplut à l'Université et au peuple. Le i3 février i4i3, dans une audience solennelle où se trouvaient présents les ducs de Bourgogne , de Bavière et de Lorraine , les comtes de Nevers, de Vertus, de Charolais, et plusieurs grands du royaume, maître Eustaclie de Pavilly, de l'ordre des Carmes, donna lecture au Dauphin, duc d'Aquitaine et fils aîné de Charles VI, des doléances de la bourgeoisie parisienne et de l'Université, r très-humble et très-dévouée fille du roi ».

Ici apparaissent encore, sous une forme tantôt rude, tantôt adoucie, les franchises populaires et municipales dont les villes et les corporations étaient investies au quinzième siècle , et qui sont comme autant de traces des anciennes origines de la liberté constitutionnelle , sous la monarchie. Le premier article se rapportait à « l'entretennement » (la durée) de la paix entre les princes. On se plaignait de ce que cette paix n'était pas sincèrement observée; on s'étonnait de ce que, la paix ayant été jurée par ceux des bonnes villes et autres , elle ne l'eût pas encore été par les seigneurs et par les principaux servi-

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leurs du roi ; on se plaignait « du trop petit remède » qui était mis aux ravages et aux incursions des Anglais dans le royaume, et de ce que le comte d'Armagnac, sujet du roi , n'avait point eu v cure de la paix » et avait, au contraire , maintenu la guerre dans le Midi. On de^ mandait que des ordres formels et impératifs fussent sans retard adressés aux officiers du roi pour remédier à d'aussi graves abus. Le second article avait pour objet d'exposer au roi, par l'entremise du Dauphin , les plaintes du peuple en matière de finances et de taxes. Après avoir fait connaître quel emploi légitime les fonds de l'État devaient recevoir, la /ille du roi et les réclamants né craignaient pas de dire : a II appert clairement comment lesdites finances ne sont point employées es choses dessusdites ; laquelle chose est à la charge de vos trésoriers, par lesquels vos finances dessusdites sont distribuées... pourquoi les églises chéent en ruines , et est délaissé le service divin à estre fait, au préjudice des âmes de vos prédécesseurs et à la charge de votre conscience. » Partant de là, les bourgeois et clercs s'étonnaient de l'accroissèment prodigieux des dépenses personnelles du roi et du Dauphin, a On lève, disaient-ils, tant sur le domaine que comme sur les aides quatre cent mille francs , et pour icelle dépense n'étoit levé au temps passé que quatrevingt-treize mille francs , et adonc (cependant) vos prédécesseurs menoientun bel état, et les marchands et les autres gens estoient payés de leurs denrées; mais maintenant, nonobstant ladite somme, les marchands dessusdits ne sont point payés.... Quant au salaire des serviteurs de votre hostel , ils se plaignent beaucoup des de votre chambra aux deniei's; souvent ils ji^

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peuvent avoir nouvelle de leurs gages ^ et vivent ainsi dans.la gène et dans la pauvreté... Vos édifices , hostds, chasteaux^ moulins et fours ^ vos chaussées , ponts, ports, bacs et' passages ne sont pas rëpai*és et.toniba[it ea raine... :>! Les auteurs des doléances se plaignaient ensuite des gaspillages auxquels donnait lieu Feniploi des fonds alloués pour le service de la reine et pour le bien de l'État ; a et il faut isavoir, ajoutaient-ils , où est cette finance, car outré et sur la somme on prend certaine quantité d'argent par forme de mandement extraordinaire. i> Un peu plus loin ils disaient encore : « Il &ut nécessairement reconnoistre que le gouvernement de présent a eu cours depuis trente ans en çà , et paravant a été dévc^é par plusieurs officiers qui n'ont point ea l^gard au bien de vous et de votre royaume ^ mais. seu« lemcnt à leur singulier profit, s» Venait ^isuite l'exposé 4'un grand nombre d'abus de détail , de msdversations ^% de concussions dont les pétitionnaires ne craignaient pas de désigner les autmirs; puis ils ajoutaient : ce Esta démontner comment vous , la reine et le duc d'Aquitaine estes mangés et dérobés ; c'est à savoir que, quand vous avez alTaire de promptes finances pour la cause, de voti^ guerre ou pour autres grandes vos besognes ^ il £iut aller à certaines personnes, marchandes d'ârg^it, qui, par ilsures et rapines illicites, trouvent et font finances de monnoie... Et tant faut que vous en perdez par an &i telles usures... Il est nécessaire que vous sachiez où est l'argent de votre royaume de deux ou trois ans ea çà dessus , et, outre le domame et les aides , auquel temps ont été levées pluûeurs tailles, dixièmes, demi-dixièmes, impositions^ maltostes^ reformations, et autres plusieurs

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joaaières d'avoir finance; desquelles choses le prévôt de Paris s'est entremis, comme il est notoire, et s'est fait appeler souverain maître des finances et gouverneur général... N'est pasà oublier comm^it aucuns grands officiers, x^omme le prévôt de Paris et autres, qui ensemble ont tenu grand nombre d'offices , et vendu et reçu les deniers, ont mis iceuxen leur sac en votre préjudice, et contre vos ordonnances royaux, et aussi delà chose publique, dont il s'ensuit maintes fois que gens inutiles et non sachant, et de mauvais gouvernement , sont mis èsdits offices. ».

Ce long exposé des réclamations pojpulaires se terminait ainsi :

. « £t jà soit-ce que votre fille et vosdits sujets vous aient en bref exposé les défauts et coulpes des devantdits, toutefois il nesuffijt pas; car plusieurs jours ne suffiroient pas à vous exposer le mauvais régime des dessusdits et de leurs semblables. £t pour ce queplusiipurs autres personnes £n sont coupables, desquelles personnes et de plusieurs autres choses votredite fille et vosdits sujets s'en passent pour le présent, en espérance de le vous déclarer autrefois plus clairement pour le bien de vous et de votre royaume.

« Et pour venir, notre très-souverain seigneur, aux dessusdits aide , confort et conseil que vous avez requis de vos dessusdits nobles et bourgeois, que vous pour le présent avez mandés, votre fille et vos sujets devantdits voudroientbien qu'il plust à Dieu de eux donner grâce de vous bien conseiller et conforter ; car à ce faire sont prests de, pour vous, exposer leur corps et leur avoir de bon et loyal cœur, et ils y sont tenus. »

Or, après avoir ainsi énuméré les abus et les désordres,

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dénoncé les coupables, provoqué la juste sévérité du roi contre les dilapîdateurs et les parasites officiels, la bourgeoisie parisienne et la fille du roi (l'Université) proposaient de suspendre les agents et fonctionnaires de Tordre fiscal jusqu'à ce qu'ils eussent rendu leurs comptes, de s'assurer de leurs biens, de révoquer tous les dons royaux, toutes les pensions imméritées, et de s'enquérir, auprès des députés des provinces, de l'existence des méfaits et injustices dont ils avaient connaissance, afin d'y remédier sans retard. La lecture de ce cahier de doléances fut à peine terminée que des sentiments très-divers se manifestèrent. Les députés, les clercs, les bourgeois, et, parmi les seigneurs, beaucoup de ceux qui déploraient les abus, loin d'y prendre part, adhérèrent énergiquement aux plaintes de l'Université et du peuple ; mais ceux qui tiraient profit du gaspillage et du désordre, et ils étaient hauts placés, n'hésitèrent pas à paraître indignés. Il y eut des débats assez vifs jusque dans le sein du conseil du roi, et, à la tournure que prirent les choses, on comprit, on devina que l'influence dfu duc de Bourgogne fléchissait, et que le duc d'Aquitaine, gendre de ce prince, commençait, ou, pour mieux dire, continuait à s'isoler de lui et à lui refuser son concours. Héritier du trône, exerçant de fait ou de droit, pendant la maladie de son père, la régence du royaume, le Dauphin affectait de braver Jean-sans-Peur, de le contrarier dans le conseil, de mortifier ses créatures, de les éloigner. Le duc de Bourgogne, par prudence et par dissimulation, évitait de se plaindre et de laisser paraître au dehors son mécontentement ; mais il attendait une occasion favorable, et, sûr de sa force, il se tenait prêt à frapper de grands coups. Pierre des Essarts, longtemps affîdé ou complice du dqç

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de Bourgogne, avait cessé de lui être fidèle, et, menacé d'une enquête sur sa gestion financière, hautement dénoncé par rUniversitéde Paris comme un malversateur, il s était réfugié à Cherbourg. Pour complaire au peuple le duc de Bourgogne forma le projet de Vy poursuivre et de le ti'aiter en ennemi. Sur ces entrefaites il apprit que des Essarts venait de rentrer à Paris, et quele Dauphin, en signe de confiance et d'honneur, lui avait donné le commandement de la Bastille (2S avril). Jean-sans-Peur se hâta de relever le gant que lui jetait ainsi le duc d'Aquitaine. Usant d'une ressource extrême, il en appela à ces démagogues de. bas étage dont il avait su flatter les passions et que, depuis plusieurs mois, il retenait à grand'peine dans l'inaction. Ayant donc fait répandre en secret les rumeurs les plus alarmantes^ et particulièrement celle d'une alliance clandestine entre le Dauphin et les Armagnacs , il vit éclater une sédition dont il feignit de s'étonner et que lui seul avait préparée. Les frères Legoix, Denis de Chaumonf, Hubert et Jean de Troyes , ces factieux qu'on était toujours sûr de rencontrer dans la voie du crime, soulevèrent les bouchers, les écorcheurs, les Cabochiens de toutes sortes, et des attroupements se portèrent vers THôtel-de- Yille , sommant le prévôt des marchands de déployer la bannière du peuple, invitant à grands cris les dizainierswet les çinquanteniers à armer leurs hommes et à les suivre. Ce soulèvement n'eut pas d'autres suites le premier jour de la sédition, mais le lendemain la situation prit un caractère plus grave ; ce jour-là le prévôt des marchands, les échevins, les çinquanteniers firent des efforts inutiles pour calmer l'irritation populaire; les masses attroupées et en arme3 se plaignaient du roi et surtout du Dauphin,

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<[ui dédaignaiéot les doléances des magistrats de Parîs^ oe tenaient nul. compte des remontrances et des conseils des homnies sages, et; précipitaient le royaume dans l'abîme. Ge!& dispositions hostiles étaient soigneusement entretenues par les agents du dud de. Bourgogne , et, entre autres, par les sires de Jacquevilk et 4e Mailly . A la fin, l'émeute ayaot pris. des proportions considérable» le peuple se porta contre la Bastille et en fit le siège. Le sire des Sssarts, qui commandait cette forteresse imprenable, ne se crut pas en mesuipede résister m% séditieux et chercha à parlementer. Xie.duc de Bourgogne Tinvita à se rendre auprès de lui «t garantit que sou$: sa sauye^gairde il iie lui serait fait aucuù mal;.en;atteiid£int il le fît conduire au Louyre. Cependant la.multitude armée se k*ua sur Thôtel du Dau* «piiin, duc d'Aquitaine. On avait liabilement désaffectionné j!^ esprits^:^t lei peuple, oubliant qu'il s'agissait de Théri* iier du trône, proférait contre lui les clameurs les plus injurieuses, lui reprocliait sa légèreté, son faste, ses plaisirs, ses débauches, et l'aceusait d'être la cause des maHieurs publics^ lie duc de Bourgogne n'eut garde de^se mél(er aux agitateurs qui menaçaient ainsi le fils de Charles YI, son -propre gendre, et, s'étant rendu auprès de ce jeune prince, il lui conseilla d'ouvrir la fenêtre, de se montrer au peuple et de lui parler avec douceur.

Vingt mille insurgés çernaiient l'hôtel Saint-Paul, et les bouchers, qui déployaient à leur tête la bannière municipale de; Paris, a^>elaient eux-mêmes le Daujdiin en poussant (de grands gris. Ce prince se montra à eux paient tremblant. « Mes cliers amis, leur dît^il, je suis prêt à vous entendre, et je ferai tout Ce que vous me consdllerez. » Alors la foule appela le chirurgien Jean de Troyes, l'un de

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ceux qui conduisaient F insurrection et le plus habile ord* teur des carrefours. Jean de.Troyes prit la parole et denianda, avec une hypocrite modération, que les conseillers du Dauphin fussent livrés aux vengeances populaires. On essaya d'éluder ces sanguinaires réclamations; le chancelier désira connaître lés noms des traîtres qu'il fallait sacrifier. Alors celui iqui jportait la parole lui présenta un papier contenant une liste d'environ cinquante des principaux chevaliers et écuyersde la maison du Dauphin > en tête de laquelle se trouvait le chancelier lui-même ; il l'invita même plusieurs fpisà lire cette liste à haute et intelligible voix, he prince éprouva une vive indignation en s'entendant sommer par cette troupe de misérables de livrer les prétendus traître^ qui lui étaient dé^gnés. c< Tout confus d'un tel affront^ dit un chroniqueur contemporain, il se retira dans la chambre du roi ; mais, pendant qu'il réfléchissoit avec amertume et douleur à l'outrage qu'il venoit d'essuyer et au danger de ses serviteurs , ces forcenés brisèrent les portes avec fureur et entrèrent dé force dans la chambre. Ils parcoururent aussitôt le palais dans tous lest sens, ainsi qu'ils en étoient convenus, en fouillèrent les réduits les plus secrets, et y ar** rétèrent monseigneur le duc de Bar, cousin du roi , le chancelier du duc, Jean de Vailly, Jacques de la Rivière, son chambellan , messire Jean d'Angennes et messîre Jean de fioissay, les frères Gilles et Micliel de Yitry, ses valets de chambre, Jean du Mesnil, son écuyer tranchant, et septau-» très dont je ne me rappelle pas les noms ; ils leur ordonnèrent, au nom du roi^ de se rendre en prison. Ils poussèrent même la violence jusqu'à fouler aux pieds tous les égards dus au rang suprême, et osèrent, avec une brutalité qui eût fait horreur aux hommes les pli^s ss^wvages ^ arracher

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des bras de madame la duchesse de Guienne Michel de Vitry, qu'elle vouloit sauver. Puis ils les emmenèrent tous à cheval , en la compagnie du duc de Bourgogne et de plusieurs autres seigneurs, jusqu'à Thôtel dudit duc (i). » ~ Un certain nombre de ceux que la populace emmenait captifs au Louvre furent brutalement assaillis et massacrés par les écorcheurs. Bientôt on chassa delà ville les favoris et les gens de cour ; on donna les offices royaux aux hommes de la plus basse condition. Simon Caboche fut nommé commandant de Saint-Cloud et de Charenton; Jean de Troyes devint gouverneur du palais , et son fils gouverneur de la Bastille. Maîtres du pouvoir, les bouchers et leurs principaux adhérents se crurent en droit de se présenter chaque jour à l'hôtel Saint-Paul pour y faire parade de force et d'autorité. Bien isouvent ils se plaisaient à humilier le Dauphin , à lui faire sentir le poids de leur tutelle et entendre de dures et de grossières remontrances sur les désordres de sa vie privée. Le Dauphin n'était point en mesure d'opposer une attitude fière et digne à ces insolentes requêtes; il promettait tout ce qu'on réclamait de lui , il écoutait avec douceur et patience les discours des factieux, et se bornait à leur recommander d'user d'indulgence et de compassion envers ceux qui, tombés entre leurs mains, attendaient justice. Sur ces entrefaites, les Gantois ayant envoyé à Paris des députés chargés de demander au duc de Bourgogne qu'il envoyât dans leur ville, pour les administrer, le duc de Charolais, son fils aîné, les Parisiens accueillirent ces délégués de la bourgeoisie flamande ^avec de grandes démonstrations de joie et fraternisèrerU avec eux.

(i) Chronique du religieux île Saiqt-Deots,

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En signe de communauté et d'alliance politique les citoyens de Paris et leurs hôtes adoptèrent le chaperon blanc y symbole de la liberté gantoise , et jurèrent de se prêter un mutuel appui. Les révolutionnaires parisiens ne se bornèrent pas à se mettre en rapport avec un seul peuple; ils envoyèrent immédiatement dans les bonnes villes de France des émissaires chargés de cimenter le pacte d'union et de faire prendre le même signe de ralliement. Bientôt le chaperon blanc devint, tant à Paris que dans les provinces, Temblème du parti populaire. Les bouchers de Paris allèrent en corps Toffrir au duc de Bourgogne^ au duc de Berri et aux membres du conseil, a et obtinrent, dit la chronique, qu'ils les portassent en témoignage de TafTection qu'ils avoient pour la ville et le peuple [villam et habitantes) de Paris » . Le Dauphin, pour sa part, se résigna à se parer de cet insigne révolutionnaire, mais sa condescendance ne désarma pas l'audace des séditieux. Le Dauphin eut l'imprudence d'écrire aux princes de venir le délivrer ; les bouchers interceptèrent ses lettres , et redoublèrent de surveillance, faisant jour et nuit des rondes, autour de l'hôtel Saint-Paul, « pour la sûreté du roi et de monseigneur le duc de Guienne. » Le i8 mai le roi rentra pour un moment dans son bon sens, et, selon l'usage établi depuis le commencement de sa maladie , il sanctionna et revêtit de sa signature tous les actes dont ceux qui le gardaient avaient pris l'initiative. Il reçut le chaperon blanc des mains de Jean de Troyes, son geôlier; il entendit docilement une harangue débitée par maître Eustache de Pavilly, docteur en Sorbonne, et dans laquelle on prouvait que les arrestations, les meurtres et les actes de sédition accomplis depuis un an par les écor-

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cheufs avaient eu lieu pour le plus grand bien du roi et de son peuple. Cependant de nouveaux attroupements se formèrent sur le passage de Charles VI et autour de son hôtel ; des arrestations eurent lieu jusque dans Tenceinte du palais , et parmi ceux qui furent conduits en prison on remarqua Louis de Bavière, frère de la reine, Jean de Nyelle , nouveau chancelier du Dauphin , cinq ofliriers de ce prince , l'archevêque de Bordeaux et quinze dames du service de la reine (23 mai). Le lendemain parut une ordonnance royale qui avait pour but de justifier et de légitimer, pour la forme, ces arrestations dont s'effrayaient la bourgeoisie et les gens riches. Le surlendemain, a5 niai, on publia une ordonnance, ou pour mieux dire un codè^ en deux cent "cinquante-huit articles, rassemblés en dix chapitres généraux , et qui, faisant droit aux réclamations multipliées de la commune, de l'Université et du peuple, réformait les abus dont on s'était plaint si souvent et opérait , âù moins en principe et en théorie , la réforme de l'administration et du royaume. Or, trois ou quatre mois après la promulgation de cette charte , on la déclara nulle et de nul effet, et on Tabolit, comme ayant été obtenue par la crainte.

En attendant Paris avait vu s'accomplir de nouvelles réactions. Les douze commissaires qui avaient reçu mission de juger les prisonniers poursuivis par la vindicte des révolutionnaires firent trancher la tête à messire Jacques de la Rivière, et Hélyon de Jacqueville, l'un des afBdés du duc de Bourgogne, qui avait essayé de le tuer d'un coup de marteau, publia qu'il s'était suicidé. Le même suppHce fut infligé à un jeune gentilhomme attaché au service du Dauphin él qu'on a(|ppelait Jean du Mesnil.

ta Lorsqu'on le conduisit à la mort ^ dit la chronique^ les signes qu'il donna de son repentir et de sa dëvotion exci« tèrent partout la pitié et firent répandre des larmes (i). » Bientôt on mit à mort Pierre des Essarts^ eet ancien agent du duc de Bourgogne , disgracié par son maître , qui s'était vendu au Dauphin , et dont le peuple récla<* mait le supjdice après l'avoir longtemps adulé. Après de longues épreuves , et avec l'adhésion du duc de Boùr-* gogne, qui s'effrayait lui-même des crimes de ses partisans, un nouveau traité fut signé à Pontoise, le 8 août i^ïZ. On y interdisait^ sous peine de mort, l'usagé des couleurs et des signes de ralliement adoptés par les factions^ et on ordonna le licenciement des gens de guerre. Avant de ratifier les clauses delà capitulation Charles VI eh envoya une copie au Parlement, à l'Université et à la Ville, qui l'approuvèrent. L'un deséchevins, Robert de Belloy/ reténu à de' Meilleurs seutimen ta, déclara que ceux qui s'y opposeraient devaient passer pôU^ des traîtres. A ces mors Henri de Trôyos , fils de Jean de Troyes, se leva et mterpelU l'orateur avec insolence. ^ Là paix de Pôntoîse, ajouta-t-il, est une paix fourrée de péail de renard. Du reste, il y en a ici qui ont trop de saifigj ils ont besoin qu'on leur en tire ; il en faudra venir aux couteaux. 39 Quelques Bourguignons proposèrent alors de remettre l'assemblée au samedi suivant; mais la multitude demanda la délibération par quartiers. Ënvain deux parti-î sans desLegoix et des Saint-Yon^ qui étaient armés., voulorents'y opposer; Fmiidesquarteniers, Gnîltaume Cirace, charpentier du cimetière Saint-Jean, leur répondit qu'il

(1} Chronieorum Karoli Sexii r, 34. (Le Religieux de Saint-Denis.)

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fallait s'en tenir à la pluralité des voix, a £h bien! répondirent les Bourguignons, la chose se décidera malgré vous en place de Grève. — Elle se décidera par quartiers, repartit Girace, et, si vous voulez y faire oppositioa, souvenez-vous qu'il y a à Paris autant de frappeurs de cognée que d'assommeurs de bœufs. » A l'instant la muU titude s'écria : Par les quartiers ! par les quartiers! et chassa les bouchers.

Ils ne désespérèrent pas cependant. Jean de Troyes, qui demeurait au palais, dont il était concierge, assembla le lendemain de bonne heure les quarteniers de la Cité au cloître Saint-Benoît. Il commençait à leur lire un Mémoire contre les Orléanistes , lorsque Juvénal des Ursins arriva et annonça au peuple que le roi voulait apaiser les troubles et pardonner en même temps toutes les fautes et délits commis pendant la guerre civile. La paix ! la paix l s'écria la foule, qui se précipita sur Jean de Troyes et lui arracha son Mémoire. Les autres quartiers imitèrent cet exemple d'obéissance, à l'exception de ceux des Halles et de l'hôtel d'Artois. Juvénal des Ursins se présenta aussitôt après chez le roi pour lui rendre compte de ces événements. Le Dauphin promit de faire observer la paix; il permit aux bourgeois de s'assembler, le lendemain, dans la cour de l'hôtel Saint*Paul , pour l'accompagner par la ville ; il fit demander sur-le-champ au duc de Bourgogne les clefs de la Bastille, qu'il donna à Renaud d'Angennes, et il ôta à Jean de Troyes celles de la Conciergerie. Les bourgeois allumèrent des feux dans les carrefours et restèrent en armes toute la nuit, mais ils ne purent empêcher les Cabochiens de s'emparer, au nombre de quatre cents, de l'Hôtel-de- Ville. Dès le matin le duc de Bourgogne,

am^lAlS) LIVBE IX. CHAPITRE II. 32 f

aveiti de ce qui se passait, monta à cheval et courut au quartier de Saint-Germain l'Auxerrois , où les bourgeois avaient pris les premiers les armes sous la conduite d'un nommé Pierre Augier, homme de réputation^ disent les historiens. Il les exhorta à rentrer chez eux. L'agitation ne s'apaisa point si aisément, mais à la longue on réussit à la calmer, et la paix fut imposée à tous les partis.

Un changement politique s'accomplit alors. Le Dauphin revint à Paris avec l'appui des milices bourgeoises. Le duc de Berri.et le duc de Bourgogne montèrent à cheval et escortèrent le jeune prince , bien que Jean-sans-Peur, en subissant les ordres du Dauphin, ne se fût pas dissimulé qu'il allait travailler lui-même à détruire l'œuvre de ses partisans. Le cortège se porta d'abord au Louvre et délivra les prisonniers que le peuple avait faits dans les jours d'émeute; le duc de Bavière fut préposé à la garde du Louvre, le duc de Bar au gouvernement de la Bastille , et la capitainerie de Paris fut rendue au duc de Berri. Vaincus avant d'avoir pu combattre, Caboche et ses principaux complices se dispersèrent au liasard et sortirent de la ville. Il est superflu de dire que les jours suivants furent marqués par des exécutions et des supplices , surtout par la destitution de tous les fonctionnaires que le parti populaire avait naguère installés au pouvoir. Toutes les réactions se ressemblent.

Le duc de Bourgogne, dépouillé de son prestige, témoin de la ruine de ses espérances, se lassa d'assister aux châtiments qui frappaient ses partisans et ses complices. Tandis qu'il se retirait en Flandre sans être inquiété, les princes de la ligue d'Armagnac entrèrent dans Paris au bruit des acclamations populaires et précédés par des

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