HISTOIEE DE PARIS* aMS-MlQ
du roi 9 né en 1 398) et qui n'était point encore âgé de dixhuit ans. Le nouveau Dauphin avait épousé Jacqueline de Bavière y fille du comte de Hainaut et nièce du duc de Bourgogne.
Craignant d*être placé sous la tutelle du comte d'Armagnac, il s'abstint de venir à Paris prendre possession de son titre, et il continua de résider dans le Hainaut, près de son beau-père. La puissance politique était exercée sans partage par le lieutenant général , connétable ; bientôt; la tyrannie de cet homme ne connut plus de bornes. Secondé par les aventuriers et les condottieri de Gascogne, dont il était entouré; aidé du prévôt de Paris Tanneguy-Duchâtel, l'un des plus implacables ennemis du duc de Bourgogne , il donna de nouveau l'essor aux persécutions » atix vengeances, aux meurtres* Rendons* lui toutefois justice; au milieu des crimes dont il se souilla aussi bien que ses ad* versaires, il prit en main la défense du territoire contre les Anglais, il devint le chef du parti national. Or, tandis qu'il cherchait à tenir tête aux Anglais, les affîdés de Jean* sans-Peur mettaient à profit son absence et organisaient en secret une conspiration pour livrer Paris au duc de Bourgogne. D'après les révélations qui furent recueillies, les conjurés devaient sans distinction égorger tous les Orléanistes, emprisonner le roi, la, reine et le chancelier^ mettre aux fers le duc de Berri et le roi de Sicile, les» çgorger ensuite en face du peuple, et confondre dans un même massacre tous les princes et tous les seigneurs qu'on pourrait atteindre* On ajoutait que le duc de Bourgogne encourageait de si grands attentats' et qu'il avait lui* même envoyé aux chefs du complot des ordres revêtus de sa signature. Il est permis de croire à beaucoup d'cxa-
gération de la part des rëvëiateurs. Quoi qu'il en soit, on assurait qu'une heure avant le massacre la femme d'un changeur, nommé Lallier, avait surpris les secrets des conih pirateurs et les avait dénoncés à Bureau de Dammartin , membre du conseil . Celui-ci se hâta de donner l'éveil à la reine et aux princes. Tanùeguy-Duchâtel ressembla à la bâte des trempes, s'empara des halles, déconcerta les séditieux, mit la main sur leurs chefs, et fit remplir les prisons d'agents bourguignons ou de gens suspects d'attachement au duc de Bourgogne. Averti de ce qui se passait le comte d'Armagnac revint à Paris en toute hâte, fit décapiter en plein jour ou noyer pendant la nuit ceux de ses ennemis qu'on soupçonnait d'avoir pris part au complot , et, poussant plus loin les mesures de prévoyance , il fit enlever aux Parisiens ce qu'il leur restait d'armes et de chaînes, et abolit la plupart des corporations factieuses , entre autres celledesboucherst(i4i6).
Le connétable, ayant appris que la reine entretenait de secrètes intelligences avec le duc de Bourgogne, fit réso^ lument arrêter cette princesse et la relégua prisonnière à Tours. Un gentilhomme qui passait pour complice des désordres d'Isabeaude Bavière fut cousu dans un sac et jeté à la Seine. On exécutait ainsi les criminels qu'on n'osait mettre en jugement , de peur de quelque scandale , ou à l'égard desquels il était impossible de produire des preuves judiciaires. Sur ces entrefaites les troupes du duc de Bourgogne et de ses complices parcouraient les provinces voisines de Paris, brûlaient les villages, mettaient à contribution les petites villes et augmentaient dans une progression rapide les souffrances du peuple. Les soldats du connétable leur rendaient guerre pour guerre;
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ils donnaient , de leur coté , la chasse aux Bourguignons, ne faisaient grâce ni aux roturiers , ni aux nobles , et pendaient leurs prisonniers aux arbres de la route.
Le Dauphin Jean , qui avait fait alUance avec le duc de Bourgogne, mourut à Compiègne le 4 ^vril i4i7< IjC nouveau Dauphin, Charles de Valois, qui n'avait point encore atteint sa quinzième année , était placé sous ia protection du connétable d'Armagnac. Celui-ci profita de cette circonstance favorable pour garder en main toute Tautorité et pour prolonger l'exil de la reine Isabeau de Bavière. Le parti bourguignonne se laissa point intimider, et une longue série d'exactions, de meurtres et d'incendies, signala la guerre entre les deux factions eanemies. Pour Jean-sans*Peur, duc de Bourgogne, d'accord avec Isabeau , il se ligua clandestinement avec les étrangers qui occupaient la moitié du royaume.
Le comte d'Armagnac, encore maître de Paris et de quelques cantons de l'Ile-de-France , perdait chaque jour du terrain et se trouvait hors d'état de résister à la fois au roi d'Angleterre, à Isabeau et à Jean-sans-Peur ; mais plus sa puissance s'amoindrissait, et plus redoublait sa tyrannie, que marquaient chaque jour d'injustes massacres. A la fin ce joug intolérable fut brisé. Ainsi que toujours il arrive en pareil cas , ce fut à la suite d'un incident assez imprévu. Un nommé PérinetLe Clerc, fils d'un marchand de fer quartenier (commissaire d'un quartier), avait été insulté par un domestique au service d'un Armagnac, membre du grand conseil. Il porta plainte au prévôt Tanneguy-Duchâtel ; mais on refiisa de lui faire justice , et il promît de tirer vengeance de cette iniquité. Un chef bourguignon , TIsle-Adam , qui commandait à
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Pontoise y eut connaissance de ce qui venait de se passer, et, ayant appris qu'il était permis de compter sur le courage , la discrétion et Tîntelligence de Périnet Le Clerc , il se mit en rapport secret avec ce jeune homme, et organisa avec lui , par l'entremise de certains affidés , une conspiration en faveur du duc de Bourgogne. Le père de Périnet Le Clerc, en sa qualité de quartenier, avait chez lui en dépôt les clefs de la ville de Paris ouvrant les portes voisines du faubourg Saint-Germain ; Périnet s'en saisit pendant la nuit, et réussit à introduire un corps de cavalerie que risle-Adam avait fait avancer à la faveur de 1 obscurité du soir , sous le commandement des sires de Chastellux et Guy de Bar. Il était deux heures du matin. Les Bourguignons, qui comptaient dans leurs rangs les seigneurs de Chevreuse, de Vargines, de Bournonville et de Gouy, se portèrent sans retard au Châtelet, y trouvèrent quatre cents hommes des milices bourgeoises qui les attendaient, et, après les avoir admis dans leurs rangs, ainsi que plusieurs gens de bas étage, ils se mirent tous ensemble à donner le signal de l'insurrection aux cris convenus de La paix ! la paix ! et Fi^^e Bourgogne ! (28 mai 1 4 1 8 .) Au bruit des hommes et des chevaux la population de Paris s'éveilla , et en quelques instants des attroupements se formèrent qui grossirent dans une proportion rapide la 'troupe des conjurés. Avant le lever du jour l'hôtel Saint-Paul était cerné, envahi, et les Bourguignons plaçaient violemment à leur tête le roi malade, afin de s'autoriser de sa présence. D'autres détachements occupaient de vive force la maison du chancelier et celle des principaux agents du pouvoir. Cependant Tanneguy- Duçliâtel, averti de ce qui se passait, s'était- rendu près
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du Dauphin y encore endormi, l'avait piris dans ses \m& et trans^rté à demi nu à la Bastille. Les Bourguignons, maîtres de Paris par surprise ^ avec l'assentiment des bourgeois , cherchaient le comte d'Ârmagnac, qui s'était enfui dans une maison obscure. Intimidé par les proclamations menaçantes du parti vainqueur, le propriétaire de cette petite habitation livra son hdte, qui fut traîne à la conciergerie du Chàtelet. On emprisonna de même les prélats et les seigneurs de la faction proscrite , et^ les cachots étant partout remplis de suspects , on convertit en prisons un grand nombre de maisons particulières. C&pendanty à la faveur de la crainte qu'inspirait la Bastille, et protégé par une troupe dévouée à ses ordres, Tanneguy- Duchâlel réussit à conduire le Dauphin à Melun. Quelques jours après ^ ayant mis le prince en sûreté, le prévôt se joignit au maréchal de BieuK et à Barbasan , et reviot brusquement sur Paris pour s'en rendre maître. A peine avait-il passé la porte Sainte-Antoine, en criant f^içe U Roiî Vwe le J}auphin\ Viye Armagnac \ que le sire de l'Isle-Açlam se porta à sa rencontre avec une troupe armée , et de part et d'autre on engagea iine. lutte sanglante et opiniâtre. A la fin )es Bourguignons l'emportèrent, et Ta^neguy-Duchâtel., cédant au noi^bre, se replia sur la. Bastille, laissant quatre cents des sieos étendus inorts dans la rue. Les Bourguignons n'avaient perdu que quarante des leurs ; toutefois ib n'étaient point en mesure de s'emparer de la Bastille autrement que par un long siège , et ils s'arrêtèrent aux abords de cette forteresse. Ce fut un temps d'arrêt que les vaincus mirent à profit pour faire rétrogradc^r leurs troupes sur Meaux, sur Corbeil et sur Melun, Tje 3 juin, la garnison qu'ils
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avaient laissée à la Bastille ouvrit d'elle-même les portes aux troupes du duc de Bourgogne, et le parti de ce prince devint entièrement maître de Paris. Bientôt les places que les Armagnacs occupaient encore dans rile-de-France et en Picardie demandèrent à capituler et arborèrent la bannière de Jean*sans-Peur.
Cette révolution, qui succédait à une domination ty-» rannique détestée par le peuple, fut souillée par des mas^cres et par des attentats tels qu'on pouvait les appréhender de la {)art des Cabochiens et des écorcheurs. a Et après toutes ces besognes, dit la chronique, le douzième jour de juin en suivant, s'aâsepiblèreut les com-> munes gens de Paris de petit état , jusques à soixante mille en plus , environ quatre heures après midi^ et tous armés, doutant ^ comme ils disoient, que les prisonniers qui étoient détenus ne fussent mis à délivrance, nonobstant le désenhortement du : nouvel prévost de Paris , et plusieurs autres seigneurs , embastonnés de vieik maillets, haches 9 cognées ^ massues, et moult d'autres bastons dissolus, en faisant grand bruit^ criant : Yive le roi et le duc de Bourgogne! s'en altèrent à toutes les prisons de Paris, c'est à savoir au Palais , à Saint-Magloire, à Saint-»' Martin des Cha^nps, au grand Châtelet^^. au. Temple^ et autres lieux où étoient les prisonniers; rompirent les-* dites prisons , tuèrent chepier (geôlier) et chepière (geô-^ lière), et tous ceux qu'ils y trouvèrent, jusquesau nombre de seize cents environs ; desquels furent les principaux le comte d'Armagnac , connétable de France ; maître Henri de Marie, chancelier du roi; les évêques de.Coutances^ deBayeux, d'Évreux, de Senliset.de Saintes; le comte de Grand -Pré ^ BeiQpi^net de la Guerj^ç , l'ahbé de Saint-