i HiSToniE ]>e< paris. (uis-uzq
Cornille de Compiègne, messire Hector de Chartres, messire Enguerrand de Martinet , Chariot Poupart , argentier du roi ; les seigneurs de la chambre de parlement, des requêtes y du trésor, et généralement tous ceux qui étoient es dites prisons ; desquels plusieurs y étoient pour débats ou pour dette, mesmement tenant la partie de Bourgogne. Et en cette fureur furent occises plusieurs femmes par la ville , et où elles furent mises à mort furent laissées. Et dura cette cruelle occision jusques au lendemain dix heures devant midi. Et pour tant que les prisonniers du grand Chastelet étoient garnis d'armures et de trait , ils se défendirent moult fort et navrèrent et occirent plusieurs merdailles d'icelles communes ; mais le lendemain, par feu, fumée et autre assaut, furent pris; et en firent les dessusdits saillir plusieurs du haut des tours aval , et les autres les recevoient sur leurs piques et sur les pointes de leurs bastons ferrés , et puis les meurtrissoient paillardement et inhumainement .
« A cette cruelle occision étoient présents le nouvel prévost de Paris, messire Jean de Luxembourg, messire Jacques de Harcourt , le seigneur de Fosseux y le seigneur de llsle-Adam, le vidame d'Amiens, le seigneur de Chevreuse , le seigneur de Chastellus , le seigneur de Cohen, messire Edmond de Bomber, le seigneur d'Auxois, et plusieurs autres, jusques au nombre de mille combattants ou au-dessus, tous armés sur leurs chevaux, pour défendre lesdits occiseurs si besoin étoit. Toutefois moult étoient émerveillés de voir faire telle dérision, mais rien n'osoient dire, fors : Mes enfants , vous faites bien (i). »
(i) Monstrelet, t. IV, chap. ckctii.
' Une affreuse épidémie se manifesta dans Paris à la suite des attentats du 12 juin, qui avaient coûté la vie à trois mille personnes ; le fléau décima rapidement la population de la ville et des faubourgs. La contagion semblait frapper de préférence cewi qui avaient pris part au massacre; un grand nombre de leurs complices moururent de remords et de désespoir.
I^ 14 juillet le duc de Bourgogne fit son entrée à Paris, accompagné de la reine, et le peuple accourut sur son passage , criant a Noël ! Noël ! au duc , qui abolit les tailles et les gabelles! » Les milices bourgeoises formaient une double haie sur le passage de Jean- sans-Peur et dlsabeau ; les femmes jetaient des fleurs par les fenêtres; on n* osait se montrer que paré du sautoir de Bourgogne, et le roi, toujours en démence, parut retrouver un peu de raison pour s'associer à l'enthousiasme des Parisiens et pour se courber sous une autre tutelle. On tint plusieurs conseils ; puis on se laissa aller à ce que dans les temps modernes on a énergiquement appelé la curée des places. Les créatures de Jean-sans-Peur furent pourvues des premiers postes. Robinet de Mailly fut fait grandpannetier; Eustache de Laître fut confirmé dans ses fonctions de chancelier de France, que la reine lui avait déjà conférées à Troyes; Philippe de Morvilliersfut nommé premier président du Parlement ; le duc de Lorraine , connétable ; le duc de Bourgogne , gouverneur de Paris. I^ Parlement, la chambre des comptes, la cour des monnaies furent remplis de nouveaux officiers, et bientôt , noalgré la guerre qui • se continuait en Normandie et l'épidémie qui désolait la capitale, le gouvernement, dirigé par d'autres mains, reprit ses allures accoutumées.
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Le massacre des prisons , les emportements furieux de la démagogie ne portèrent pas bonheur à l'autorité du duc de Bourgogne, et déjà fermentaient , dans les couches inférieures de là société , des passions et des vengeances dont la noblesse 9 la riche bourgeoisie et les gens modérés avaient tout à craindre. Jean-sans-Peur, bien qu'il parût encore l'idole de la multitude , était hors d'état de contenir ses violences. Le m août i4i8 l'un des chefs des niveleurs, le bourreau Capeluche, souleva de nouveau le peuple contre les classes nobles , sous prétexte d'exterminer jusqu'au boiit la faction des Armagnacs ; à la tête de l'insurrection marchaient encore les maîtres bouchers et écorcheurs , les I^goix , les Saint-Yon , les Caboche et les oratetirs à leur solde, que les chroniques du quinzième siècle appellent « les faux sermonneurs et les prêcheurs de l'Université. » Les uns et les autres accusaient les princes d'épargner les coupables et de sauver la vie aux riches Armagnacs pour en obtenir de grosses rançons. Les attroupements populaires, guidés parles chefs , se portèrent d'abord sur la prison du grand Châtelet . On leuren refusa l'èfiïrée et lès détenus se défendirent eux-mêmes. A la fin la forteresse toihba au pouvoir du peuple, qui mît à mort ceux qui s'y trouvaient renfermés. Quelques heures après, les prisonniers détehus au petit Châtelet eurent le même sort. Les vainqueurs se dirigèrent ensuite sur la Bastille et en firent le siégé. Lé duc de Bourgogne accourut sur le théâtre de l'insurrection et chercha à calmer l'effervescence des masses ; il poussa la faiblesse et le déshonneur jusqu'à toucher la main de Finfâme Capeluche; mais cel abaissement ne désarma poitit rëmeute, et il fallut confier à la bonne foi des insurgés un grand nombre de prison-
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niera qui fur^t inhumaînemeitt mis à mort. Editre ceux qui périrent, et (|a'ûn évalue à près de quatre oents^ figu* rèrent a messire Jacques dé Montmor et tnessire Louis de Corail , chambellan du roi j avec moult d'autres notables gentilshommes et gens d'Église (i). »
Paris était en proie à des sicaires et à des bandits que dévorait la soif du sang; pour donner le change à leurs fureurs le duc de Bourgogne eut Tidée de proposer une expédition contre Montlhéri et Marcoussis , positions im-portantes alors occupées par les Armagnacs, et d'où l'on empêchait les arrivages de grains et de denrées destinées à la capitale. Les égorgeurs se laissèrent enrégimenter et sortirent dé Paris. A peine eurent-ils franchi les portes de la ville qu'on ferma derrière eux les barrière et qu'on leur interdit le retour. Jean-sans-Pear mit à profit l'abs^ce de ces hommes ' dangereux pour faire arrêter et suf^licier les principaux complices qu'ils avaient laissés à Paris, et lèbourreau Capelùcbe fut décapité par son propre valet. £n même temps^ pour donner satisfaction aux instincts sanguinaires des' démagogues ^ on fit trancher'la tête à plusieu^ magistrats accusés d'avoir appartenu à la faction des Armagnacs.
Au milieu des horreurs qui épouvantaient la France Henri V envahit la- Normandie, s'empara de Rouen et s'y fit donner le titre de roi dé France. Bientôt après, en 1 4 1 9, des conférences eurent lieu entre le duc de Bourgogne et le Dauphin , au pont de Montereau , sur la Seine. Dans Tune de ces conférences Jean-sans-Peur fut assassiné, sous les yeux du Dauphin, de la main de Tanneguy DuchâteK
(i) Monstretet, chap. cciv.
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A la nouvelle de Tassassinat du duc de Bourgogne le peuple de Paris fut saisi dune sorte de fureur frénétique^ et déjà il allait faire main basse sur tous les partisans du Dauphin lorsque « les bourgeois les plus notables, s'étant réunis en armes , firent proclamer, au nom du roi^ dans tous les carrefours de la ville , la défense expresse, sous peine de mort , de porter une épée ou un poignard , ou d attenter à la vie de qui que ce fût sans autorité de justice. Il fut aussi enjoint à tous, par ordonnance royale et à son de trompe , qu'ils eussent à porter sur leurs tuniques ou leurs chaperons la croix de saint André , comme du vivant du feu duc. 11 fut défendu, sous peine de mort, à ses gens de guerre de passer dans le parti des Armagnacs. . . Us s'accordaient tous à témoigner leur horreur pour le crime affreux dont le duc avait été victime et vouaient les infâmes assassins au supplice du traître Judas. Afin de mieux témoigner leurs profonds regrets ils prirent tous le deuil , comme pour la perte d'un père, et firent célébrer dévotement, avec grande pompe, dans les principales églises, des services funèbres pour le repos de l'âme du feu duc. D De son côté le Dauphin, voulant donner une autre direction aux manifestations de r(^inion publique y écrivit à la ville de Paris et aux autres bonnes villes du royaume pour leur annoncer ce qui venait de se passer.
Le successeur de Jean-sans-Peur, Philippe le Bon, s'allia à Henri V, et, pour venger son père , livra la France aux Anglais. La reine Isabeau de Bavière se joignit à ce prince coupable. Cette marâtre, foulant aux pieds les droits de son fils et l'honneur de la France , consentit à reconnaître Henri d'Angleterre pour héritier de Charles VI, à la condition d'épouser Catherine, l'une de ses