HISTOIRE DE PARIS. (IMSIU
rue Saint-Martin. Legoix, Tancien boucher, défendait la porte Baudet. Les Anglais criaient : « Saint-Georges! « Saint-Georges! Traîtres de Français, vous tous à mort! » Mais les habitants se retirèrent d'abord dans leurs maisons, et Ton ne rencontrait personne dans les rues. Seulement deux braves bourgeois, Jean Leprêtre et Jean des Croûtes, furent massacrés et mis en pièces devant l'église de Saint-Merry. Le préyôt commit aussi un acte odieux : un de ses amis, nommé Le Vavasseur, riche boulanger du quartier des Halles, était venu au-devant de lui. « Mon « compère, lui avait-il dit, songez à vous; je vous pro- « mets que cette fois-ci il faut faire la paix ; autrement « nous sommes tous perdus. — Ahl traître , répondit le a prévôt, tu as donc tourné de l'autre côté! » Et il le frappa de sa hache, puis ses gens l'achevèrent. Ces violences ne pouvaient suffire pour paralyser l'élan national des citoyens de Paris. De toutes parts on tendait des chaînes dans les rues; le peuple prenait de plus en plus courage et s'animait de fureur contre les Anglais. Les hommes et les femmes leur lançaient par les fenêtres des pierres, des bûches, des tables, des tréteaux; ils avaient beau tirer des flèches et faire mille menaces, personne n'avait plus peur d'eux. Leurs anciens partisans, ceux mêmes qui venaient de s'armer en leur faveur et qui tout à l'heure criaient contre la trahison , voyant le succès de l'entreprise, s'en allaient l'un après l'autre se joindre aux honnêtes bourgeois, et disaient bien haut que c'était pour le roi qu'ils s'étaient armés; ils n'étaient pas les moins empressés à se montrer bons Français (i). Sur ces entre-
(i) M. de Barante.
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faites le connétable^ le sire de rile-Adam, Danois s'avan* cèrent au milieu des acclamations de la foule, faisant lire dans tous les quartiers les lettres de pardon. Toutes les cloches sonnaient; chacun remerciait Dieu d'une délivrance aussi miraculeuse. Les gêna des princes de France ne commirent aucun désordre , aucune violence. Le connétable se rendit à Notre-Dame , où il entendit la* messe tout armé. Les écorcheurs qui assiégeaient la tour du Venin, entendant retentir le beffroi, comprirent que Paris était au pouvoir des troupes de Charles VII et accoururent pour avoir part au pillage. Le connétable les fit arrêter aux portes. Le sire de Ternant, Bourguignon, fut nommé prévôt de Paris; Michel Lallier, qui avait présenté au connétable ses soumissions au nom de la bourgeoisie, fut nommé prévôt des marchands. Quelques vaillants Français furent faits chevaliers, et parmi eux on remarqua Sanse de Lalaing et Robert de Neuville , tous deux nés en Picardie. Le Parlement prit en main le gouvernement de la ville. I^s Anglais, réfugiés à la Bastille, effrayés des menaces qu'ils entendaient gronder autour d'eux, la rendirent par capitulation et se retirèrent en hâte vers Rouen, poursuivis par les injures du peuple. « Si eurent sauf-con* duit du connétable de France, sous lequel ils s'en allèrent, par eau et par terre, et à leur département ( départ ) fî* rent lesdits Parisiens grande huée en criant : ^ la queue ! Et issirent iceux Angloys par la porte des champs. »
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