‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 51 sur 82 · CHAPITRE vu · texte numérisé non relu

CHAPITRE vu

Parif )otti GiMrlei Vni ( 1483^1488 ).

Charles VIII n'avait pas treize ans accomplis quand il monta sur le trône. Louis XI, se flattant, comme font tous les mourants, que ses dispositions pour lé gouverne* * ment, pendant le bas âge de son fils, seraient respectées, en avait confié les rênes à Anne de France, sa fille- aînée ^ sosur du jeune roi, de treize ans phis âgée que lui. Elle était mariée à Pierre de Bourbon , cadet de sa maison et sire de Beaujeu.

Tous les historiens reconnaissent à cette princesse un génie profond, de la sagacité^ du courage, les grâces de sou sexe et les qualités des grands hommes.' Elle se mit en possession de l'autorité , secondée par son mari, homme d'esprit, mais qui fut éclipsé par sa femme.

Malgré la volonté de Louis XI bien signifiée et To* béissance promise et jurée »itre ses mains^ plusieurs concurrentsasjnrèrent à la tutelle du jeune prince et à la régence du royaume. La reine douairièare, Charlotte de Savoie, toujours éloignée des affaires par son mari, se mi( la pretnière sur les rangs; mais l'obstacle qu'elle présenta à sa fille ne fut ni embarrassant ni long, parce qu'elle avait peu de partisans, qu'elle était languissante, et que sa mort ne tarda pas à suivre celle de son mari. Le duo de Bourbon, frère aîné du sire de Beaujeu, montra du mécontentemept de voir son cadet préféré et muni de toute

(IA»-i«9Q LIVRE IX. CHAPITRE YII. l^O']

l'autorilë. On l'apaisa en lui envoyant dans son lit , où la goutte leretei^iait, l'épéede connétable, qu'il désirait depuis longtemps, et le diplôme de lieutenant général du royaume. Mais le plus difficile à satisfaire fut Louis, duc d'Orléans, premier prince du sang, beau -frère de la princesse Anne et du jeune roi j dont il avait épousé la sœur.

Le duc était beau, bien fait, adroit à tous les exercices, af£3d)le, généreux ; son titre d'héritier présomptif de la couronitô , smis un. roi ei>core enfant et d'une santé délicate, .réunissait autour de lui presque tous les autres princes et les seigjneurs empressés de faire passer la souveraine puissance entre les mains de celui qui, leur en ayant obligation , ne pourrait guère se dispenser de la partager avec eux. Anne de Beaujeu résolut de lui tenir tête et de faire prévaloir ses droits de régente, contestés par les princes. De part et d'autre on convint de s'en remettre à la décision des^ états généraux. Cette assemblée nationale, convoquée à Tours en i484) confirma le testament de Liouis XI et maintint à madame de Beaujeu l'administration du royaume. Ce fut pendant la tenue de ces états justement célèbres que le seigneur de la Roche ^ député de la no- Uessé de Bourgogne, prononça ces paroles : <c S'il s'élève quelques contestations relatives à la succession royale ou à la régence, à qui appartient- il de les décider, sinon à ce même peuple qui a d'abord élu ses rois, qui leur a conféré toute l'autorité dont ils se trouvent revêtus, et en qui réside foncièrement la souveraine puissance? Car un État ou un gouvernement quelconque est la chose publique, et la chose publique est la chose du peuple. » Quand de nos jours on litee discours, prQQoacé au quinzième siècle, on est

4o8 HISTOIRE DE PARIS. (Ifttt-lttt}

bien obligé de reconnaître que ce qu'on appelle aujourd'hui la souveraineté nationale n'est point une invention moderne, et que la liberté^ même sous l'ancienne monarchiei était souvent reconnue en principe.

Les états demandèrent le rétablissement de la pragmatique sanction et la réforme d'un grand nombre d'abus. Us ne voulurent voter l'impôt que pour deux ans, réclamant la convocation périodique et bisannuelle de leur assemblée. C'était introduire une révolution dans Tordre politique du royaume. Fidèle aux traditions de Louis XI, madame de Beaujeu ne tint en aucune façon compte da vœu des états , leva des impots sans leur assentiment et évita de les réunir à des intervalles périodiques. Ce fut là une violence qui prévalut contre le droit. La France ne put l'empêcher; elle se composait de forces diverses qui, une fois isolées, étaient impuissantes.

Mécontent de la décision des états généraux, le duc d'Orléans prit les armes ; le roi marcha contre lui à Beaugency et l'obligea à se soumettre (i485). L'année suivante ce compétiteur ambitieux leva de nouveau le drapeau de la révolte, et une partie des seigneurs suivirent son exemple. Le duc d'Orléans se retira en Bretagne ; le comte d'Angoulême et Dunois soulevèrent quelques villes de Guienne. L'archiduc Maximilien favorisait ces rebelles.

Cependant le roi et madame de Beaujeu partirent de Tours à la tête d'une armée pour contraindre ces vassaux à l'obéissance. Us pacifièrent d'abord la Guienne, puis l'Anjou. La même année Charles se porta en Picardie et repoussa l'archiduc Maximilien, qui déjà s'était {rendu maître de Térouanne (i486).

L'année suivante trois armées entrèrent en Bretagne

(1483-im) LIVRE IX. CHAPITRE VII. ^OQ

et y obtinrent des succès mêles de revers. En 1 488 La Tr&monille, que Guichardin appelle le plus grand capitaine du monde^ s'empara d'Ancenis, enleva Fougères, et tailla en pièces Tarmée des confédérés à la bataille de Saint^Aubin du Cormier. Le duc d'Orléans, le prince d'Orange et d'autres vassaux puissants furent faits prisonniers ^ et le duc de Bretagne mourut en sollicitant la paix. Il ne laissait pour héritière de son duché qu'une fille , la célèbre Anne de Bretagne. Cette princesse épousa, en i49i> le jeune roi de France et lui porta eu dot son riche patrimoine. Ce fut seulement à cette époque que Charles VIII se saisit du pouvoir. Le premier usage qu'il en fit fut de rendre à la liberté le duc d'Orléans; puis il restitua dans leurs biens et dans leurs honneurs ses cousins Jean et Louis d'Armagnac, fils de Jacques d* Armagnac, duc de Nemours, décapité sous Louis XI. Le duc d'Orléans avait beaucoup contribué à favoriser le mariage de Charles VIII et de l'héritière du duché de Bretagne. Cependant Aline était fiancée à Maximilien d'Autriche, et Charles VIII devait épouser la princesse Marguerite, fille de ce prince. Son mariage avec la duchesse de Bretagne fit donc éprouver à l'archiduc un double affront. La guerre allait éclater; mais Charles la conjura en rendant à la maison d'Autriche la Franche-Comté et l'Artois (i 493). La même année, pour capter l'amitié du roi d'Aragon, il lui rendit le Roussillon et la Cerdagne. C'était se montrer follement prodigue du sol et des conquêtes de la France, et défaire sans honneur et sans nécessité le puissant édifice si laborieusement élevé sous Louis XI.

Nous n'avons pas à raconter ici la brillante et merveilleuse conquête du royaume de Naples; ce fut un voyage

4lO HISOrOIRB PB FARIS. (tMM4M)

triomphal par toute l'It^ie. Mab au bout de trois mois les Napolitains étaient las des Français, les. Français étaient las de Naples. En même temps le pape, les Vénitiens , les Milanais, soutenus par les grandes puissances enn^nnies de la France y formèrent une ligue contre Charles VIII et tentèrent de l'enfermer dans le royaume ^'il venait de conquérir. En redescendant les Apennins il rencontra à Fornovo l'armée des confédérés , forte de quarante mille hosnmes; les Français n'étaient que neuf mille. Après avoir demandé inutilement le passage ils le forcèrent , et l'armée ennemie, qui essaya de les arrêter, fut mbe en fuite par quelques charges de cavalerie (dimanche 5 juillet i49^)* Ainsi le roi rentra glorieusement en France, ayant justifié toutes ses imprudences par une victoire.

Si les conquêtes de Charles VIII s'étaient faites sans difficulté, elles furent perdues en aussi peu de tenaps. Il songeait cependant à renouveler son entreprise sur Napfes; il avait fait même demander à la ville de Paris un vaisseau de guerre , et les bourgeois avaient prêté cent mille écus pour cette expédition, lorsque le roi mourut, âgé de vingt-huit ans, au château d'Amboise, le 7 avril 14989 des suites d'un coup qu'il s'était donné à la tête en visitant ce château , qu'il faisait reconstruire dans le goût italien. Il fut enseveli à Saint-Denis.

L'histoire de Paris présente peu d'événements remarquables sous ce règne. En janvier 1497 ^^^^0^^ déborda et inonda Paris et la banlieue; à la Grève elle allait jusqu'au Saint*£sprit ; à la place Maubert elle approchait de la croix des Carmes, et au pont Saint-Midiel elle envahissait la rue Saint-^ André des^Arcsv Suivant Tusage il y eut à cette occasion de nombreuses et solenndles pro*

ilMMm} LIVRE IX. CHAPITRE Vil. 4<^

cessioQS. En commémoralioa de cet événement on éleva au coin de la vallée de Misère une image de la sainte Vierge.

Aucun des fils ({ue Charles VIII avait eus de son ma* riage avec Anne de Bretagne ne lui ayant survécu, Louis, due d'Orléans^ dont les révoltes avaient troublé les pre* mières années de son règne, plaça sans contestation la couronne sur sa tête (1498).

Avec Charles VIII s'éteignit la première branche des Valois. Ce prince, presque difforme de corps, esprit faible, roi sans portée, n'avait jamais cessé de se croire appelé à de hautes destinées ; troublé par un enthousiasme guerrier puisé dans les romans de chevalerie, il ambitionnait la gloire de Charlemagne ; il aimait à être comparé à ce grand empereur, et jamais il n'y eut intelligences et renommées plus inégales. Il ne s'était proposé rien moins que de chasser les Turcs d'Europe et de délivrer l'empire grec, but vaste et digne d'éloges que son génie étroit ne pouvait atteindre. Charles VIII n'était point sans vertus ; parfois il avait des vues utiles, des idées sages, mêlées à des projets imprudents ou dangereux. Bien que Louis XI eût, dit-on, borné son éducation à cette seule maxime : Celui qui ne sait pas dissimuler ne sait point régner, il fut loyal, affable, bienveillant , et, dit Comiues, // était si bon qu'il ri était point possible de voir meilleure créature. Cette phrase résume son caractère ; les fautes de son règne ne permettent pas de lui donner d'autres éloges.

Sous ce même règne un Génois se présenta à la cour de Charles VIII et lui offrit de découvrir, au delà de rOcéan occidental, une route nouvelle pour arriver à un

4l4 HISTOIRE DE PARIS. (i88»-14M)

Saint-Maur des Fossés et transforma les mystères chantés en actions mimiques. Le roi, pour accroître les revenus de la Confrérie de la Passion, à qui il avait déjà donné de grands privilèges et des faveurs considérables, et « pour exciter un chacun à s'y associer , lui permit pour toujours de faire représenter et jouer quelque mystère que ce fât, tant de la Passion et Résurrection que tous autres , même de saints et de saintes j soit en présence du roi , soit en public , en quelque lieu que les confrères pourroient trouver, soit à Paris ou dans la prévoté, à condition qu'il assisteroit à leurs représentations quelque officier du roi, au choix des confrères. Du reste, permis à eux d'aller et de venir paisiblement par la ville^ habillés sdion le personnage qu'ils devroient faire dans le mystère qu'ils auroient entrepris , sans qu'on leur pût apporter aucun empêchement, et, pour les mettre à couvert de toute insulte, le roi les prenoit sous sa protection durant le cours de leurs jeux. »

Lorsque , de nos jours, on étudie les œuvres sceniques que représentaient les confrères, on est surpris d'y trouver parfois des vers énergiques et des pensées profondes (i).

(i) Voicî la description de l'enfer telle qu'on la trouve dans le Mystère de la Passion :

An pins bas est te hidem gouffre,

Tout de déieipérance let'n/,

où sans fin ard ( brûle ) l'étemel soufre

na fén qui n*est jamais esteint*.

Hideux puis, abisme parfons,

Remplis de pécheurs Jusqu'au fons.

Qui Ut reçoivent leurs soutdées t

Là crient les âmes damnées

En leur Créateur blasphémant..

lieura regrets sont molt pardnrables,

Et leurs cria de piteux hélas;

fM8»-tWQ} UVltX X. CHAPITRE I. ^iS

On jious a transmis quelc[ues délaik assez curieux sur le théâtre et la mise^n scène. L'avant-soèae était disposée à peu près comme dé nos.jours^ mais le fond était occupé par des estrade^ , nommées établis j dont Tusage était désigné par de grands écriteaux. Le plus élevé était le Paradis j sur lequel se tenait assis le Père éternel, entouré dés saints et des anges. Celui qui. se trouvait au<-dessous, c'était l'endroit le plus éloigné du lieu oii la scène se passait; le troisième , en descendant , représentait la maison de Pi-latey etc., suivsmt la pi^e que Ton représentait. Souvent la décoration était pli» compliquée. Dans le mystère de Xlnc€urnation et nativité de Nostre^Seigneurj il y avait, dit ime chronique 9 six établis ce qui estoient hors des autres , en diverses places et parties. » C'étaient les places de six prophètes: Balaam, David, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel» » On voyait aussi « le limbe des Pères, feict en manière de cfaartre (prison), et n'estoient veus sinon audessous du faux du corps. ^) Dans ce limbe étaient « Adam, Eve, Abraham; Jacob et Hély, père de Joseph, mari de Notre-Dame. » JJ enfer était une énorme gueule de dragon, placée sur le bord du théâtre, d'où sortaient le diable et ses su[^ts, personnages qui produisaient toujours sur les spectateurs une vive inlpression. Sur Pun des cotés était une niche avec des rideaux , formant une petite chambre. Partout des trappes et des machines,' ce qui suppose une

Léon tourtnenU» peine iatolérabte, < Sans Jamais espoir de sottlas. • .

Là sont condamnés' et jetés ' Cenx qui meurent en griefs pécbés t Mal reposent les mal couchée.

Là sont jjeors amesltourmentées, - AbreuTées de l'ire de Dieu, Et tràt-asprenent agitées, etc.

4l6 HISTOIRE DE PARIS. (1S80-1MI)

certaine perfection dans cette partie de l'art théâtral. Enfia on voyait sur les deux: cotés de la scène d'immei^ses gradins sur lesquels les acteurs se tenaient assis lorsqu'ils ne paraissaient pas. Ils se levaient et montaient sur les estrades lors de leur réplique. Dès qu'un des personnages revenait s'asseoir sur les gradins il était censé absent j le public se prêtait alors volontiers à l'illusion. Pendant les changements de machines ou les jeux de théâtre on exécutait des chœurs oii l'orgue jouait des symphonies.

Les Mystères exigeaient un grand nombre e personnages {les Actes des Apôtres en ont [\è&) ; xm faisait un cry et proclamation^ cérémonie solennelle qui remplaçait alors assez avantageusement nos affiches de spectacles. Ce cortège se composait d'abord du trompette ordinaire de la ville et du crieur-juré, suivis de six trompettes aux armes du roi , des sergents et archers du prévôt de Paris, vêtus de leurs hoquetons paillez d! argent et armoriés^ des officiers de ville, à robes de couleurs, avec le navire d'argent brodé sur leurs habits ; puis , montés sur deux beaux chevaux , s'avançaient les deux hommes qui devaient faire le crf et proclamation ; ils avaient une robe de velours noir avec des manches tricolores (jaune, gris et bleu). Venaient ensuite les deux directeurs du mystère, vestus honnestemefit et bien montés selon leur estât, et les quatre entrepreneurs à pourpoint de velours noir, suivis de quatre commissaires du Châtelet et d'un grand nombre de bourgeois, tous bien montés j suii^ant leur estât et capacité. Le cortège s'arrêtait à chaque carrefour. Les trompettes sonnaient trois fanfares, le crieur réclamait le silence au nom du roi et du prévôt, et l'on faisait au peuple l'annonce du spectacle :

(iSM-im) LIVRE X. CHAPITRE I. 4' 7

On fiât sçavoir à son et crys publiques Que dans Paris un mystère s'apprête, Représentant Actes apostoliques.

Notre bon roi, que Dieu garde puissant, Bien le consent •

Venez, cité, ville, université ; Tout est cité; venez, gens héroïques, Graves censeurs, magistrats, politiques, Exercez- vous au jeu de vérité Représentant Actes apostoliques.

On avertissait ensuite les assistants que ceux qui voudraient jouer dans la pièce devaient se rendre au jour et au lieu indiqués pour être choisis par les directeurs et les entrepreneurs, qui distribuaient les rôles. Les confrères de la Passion étaient d'ailleurs de bons bourgeois de Paris, des artisans j des marcliands , et quelquefois même des nobles et des clercs (i).

L'impulsion étant donnée , ces divertissements se multiplièrent^ et les singuliers artistes dont nous parlons finirent par varier les sujets représentés sur la scène. Sous les successeurs de Cliarles VI les clercs de la Basoche établirent un théâtre sur la table de marbre du Palais de Justice; les clercs du Châtelet imitèrent ceux du Parlement ; plusieurs collèges de Paris élevèrent aussi des théâtres où figuraient les professeurs et les écoliers. Il en fut établi jusque sous les halles de Paris.

Le théâtre des Enfants SanS'Souci était dirigé par le Prince des Sots.

Les confrères de la Passion ne se bornèrent à pas rer présenter la Passion de Jésus-Christ; ils varièrent la

(t) m. de Gaulle. — Voir également les curieuses Recherches de M. Onésime Leroy sur les Mystères.

BIST. DE PARIS. — T. II. 27

4l8 m$TOIU DE PAIMSé (iSSMMS)

scène en puisant leurs sujets dràmatkpies dans les Actes des Apôtres, dans la Bible et dans la vie des saints.

Les clercs de la Basoche jouaient des farces, sotties ou moralités^ et puisaient les sujets de leurs pièces dans les événements publics, dans les abus, les fautes et les excès des grands personnages de la cour ou dans les ridicules de la société.

Le théâtre des Halles avait pour objet de diriger l'opinion publique dans les intérêts du gouvernement.

Les théâtres temporaires dressés dans les collèges mettaient en scène des événements qu'offre Thistdire ancienne, sans négliger les événements modernes .

La licence de^ farces et des prétendues moralités était révoltante. Pour amuser le public, que semblait préoccuper trop sérieusement la représentation des mystères religieux, les entrepreneurs de ces fêtes introduisirent des intermèdes qu'ils appelaient entremets^ et qui consistaient en farces satiriques, en danses burlesques. C'étaient des Bibauds qui dansaient et chantaient en chemise ; un Rci de la Fèi^e ; un Tournoi d'enfants; un Homme s€awage; un Loup qui filait ; un Rossignol et d'autres oiseaux qui chantaient; enfin la vie entière du Renard^ d^ abord iné* decin et chirurgien, puis clerc chantant une épître et un évangile, puis évêque^ puis arcKevêque ^ puis pape, e^ toujours mangeant poules et poussins.

Le Parlement et le clergé finirent par se montrer sévères envers les auteurs et les acteurs de ces indécentes comédies. Par un arrêt du i5 mai 1476 la cour défendit ai^x basocbien& des deux juridictions « de jouer publiquQ- « ment au Palais, au Châtelet, ou dSA^vx^, farces, sotties^ « moralités, sous peine de bannissement et de confiscation

(IWMAI^ UTHE X. CHAPmtX I. 4^9

« de kuvfi hÊBBSi » L'àprét défendait meuve ûxxx clercs dé demander à la cour la permission de jouer ces farces.' Le^ mesures de poUce. que prenait le Parlement étaient alors trèsrmal exécutées. iL'année suivante les basochiens se disposaient à jouer leurs comédies ordinaires^ lorsque le Parlement, par arrêt du 19 juillet 1477? défendit aux clercs, du palais^ et à Tun deux,. nommé Jean l'Éveillé, se disant roi de la Basoche^ de jouer, sous peine^ par les contreçenantSfiTëôre battus de verges par les carrefours de Paris et bannù du royaume. Ces peines rigoureuses ne furent que très-rarement appliquées et le scandale ne diminua guèiie,, tant les diverses elasses de la population se montraient avides de* spectacles et disposées à l'indulgence envers ceux qui égayaient leurs loisirs.

Depii^' deux siècles' la poésie • du moyen âge allanguîssait; il gavait mx affaissement dans le génie littéraire et dans les croyances. Sous les Valois, au milieu des calamités qui pesaient sur la France, la poésie devint pédante ou narquoise. C'est une ère assez triste pour les manifestations intellectuelles. Dès ce moment le Roman de la Rose inaugurait une détestable école de meta* physique galante et d'allégories compassées. La littéra» tUre s'emprisonnait dans les formes de la jurisprudence; ce n'étaient . plus q\i'Enquétes\ uirrêts d amour ^ Débats ^ Plaida fers ^ Chants royaux. Une rhétorique artificielle et glaciale anéantissait toute inspiration. La poésie alignait machinalement des adages et des lieux communs. Malgré toutes les nuances que l'érudition, armée de sa losipe, a cru découvrir dans ces rimeurs monotones, on ne distingue guère l'un de l'autre Crétin de Molmet et Ëustacfae Deschamps de Gringoire. Deux ex-

422 HISTOntE D2 PAAIS. (18»-1«8)

avalent gardé TauciEen habit long,, dont la forme majestueuse était plus digne du trône. Alor», eonune toujours, on multipliait les lois et les odits contre Le luxe des vêtements et de la table, mais les ordccs ^de l'autorité échouaient contre l'orgueil ou Tintempérancei

L'architecture continuait, d'ailleurs , à élever^ pour ie service de Dieu ou pour les besoins des hommes, œs cathédrales, ces châteaux, ces édifices ipQunicipaux^.ces palais et ces forteresses qui font encore l'admiration des^peuples. Il importe toutefois de remarqu^j* qu'une double iendanœ se manifestait alors dans cet art sujet à des transformations si nombreuses; d'une part^ depuis un, demi^^èck, l'Ita^ lie entrait daqs une réaction dont le^but étut de râabi-' liter sous toutes ses faces les liladitions de Fart grec, les règles de la statuaire ^t de l'architecture paieimes; d!autre part l'art chrétien, qu'on persiste à désigner si peu exactement sous le nom d'art gothique, s'altérait par l'abu^ de sa propre puissance, par la recherche excessive des effjsts, par la^prpdigi^uf^^taçcinniilfttiQn.desdKGBcpltés^ des détails,^ des orne^tept^. et dj?^ liehess^^^ > . . . ., .

Le sty}e nrchitectpn^iie du ^uiozièAie »ècle appaîrtWt plusque.tout aut|:eai^geAre/?a//f^/a»/y sohslamain des artistes de cett^ époque; Ja pidrre semble être ductile et mollq; elle se plie et se cpurbe.de liïille ifaçàns, et tcAijours avec grâce , selon leur fantiaisie ; toutefois il est &cile de reconnaître, en dépit de ces merveilleux efïortô, que le iiaractère de l'art gothique dégénère et que Fartiste marche vers une période^ de décadence* Les monuments de cette époque, surchargés de dentelures et de feuillages, avec leurs pinacles découpés à jour, leurs arcades festonnées, leurs niches et leurs aiguilles toiirmentées, leitrs lignes

(1SM-I49ft) UVRE X. CHAPITRE I. 4^3

brisées et leurs moulures prismatiques^ attestent ta patieuce et la fatigue de l'ouvrier, et ne sont plus, au même degré, les symboles d'une pensée exclusivement chrétienne, d'une contemplation uniquement élevée vers Dieu. Sans douie les hommes du métier peuvent dire que le style du quinzième siècle se distingue par l'absence de /ore saillant et de colonnes cylindriques, remplacés par des nervures à arêtes tantôt vives, tantôt mousses^ pressées les unes contre les autres et s^rées par des rainures, etc< Les artistes peuvent admirer les nervures qui tournent en spirale autour d'une colonne ronde ; ils peuvent s'extasier devant les choux frisés et contournés, les feuilles aiguës et déchi* quetées du chardon, lés rinceaux de branches de vigne^ imités avec une fidélité prodigieuse, formant des guir'» kmides et ornant les corniches aussi bien que Tarchivolte des arcades ; il n'en est pas moins vrai que la statuaire a perdu beaucoup desa na'iyeté saint^nept cbréti«qite, et que, tà>idi^ qUé^k' sculpture atteste un progrès véra^rfanitatiott exacte de^ foroies, elle a cesse de naiettre sous les ,yieux du peuple tes types religieux et sévères de l'histoire de l'Église. On i^ût dit que dans toutes les sphères, de la pensée les calamités qui pesaient sur le monde catholique exerçaient une réaction fatale^ qixe- le protestantlinae hllait surgir au.ihilièu ^es peuples chea^ lesquels i la: fû s'était affaiblie, et que l'homme, livré aux passions et en proie au doute, ne songeait plus à faire à ses croyances un abri immortel. Désormais on ne bâtit phis de ces gigan*tesques cathédrales qui s'élevaient par les efforts de tout un peuple d'ouvriers; on bâtit surtout des manoirs. et (ks palais dont les formes disparaissent génératemeni sous les festons et sous lés qrîiem^nts de pierre. Le style ogival avait

4^4 HISTOIAS DE PAKIS. (ISSO-IMS)

reçu, jusqu'alors , son principal caractère de sa tendance vers les formes verticales; au quinzième siècle l'ogive s'affaisse comme écrasée sous le poids des pinacles et des fron* tons ; l'art est dévié de sa voie normale, et ses créations n'offi^nt aux regards qu'une architecture bâtarde prête à céder la place à l'art païen v restauré en Italie. Et cependant toute trace de l'art du moyen âge ne disparaît point encore ; on continue de construire des flèches hardies et ornementées avec élégance ; les tours sont carrées ou polygonales, leurs angles sont solidifiés par des éperons; leurs plates-formes sont décorées de balustrades et de gargouilles. L'intérieur des églises perd de sa régularité, mais une foule de chapelles accessoires, bâties par de riches personnages, se multiplient autour des monuments et sont décorées avec beaucoup de luxe ; les sculptures peintes continuent d'être fort communes, et les murs intérieurs sont rehaussés d'arabesques ou de peintures religieuses.

Au quinzième siècle le sculpteur s'élève au rang d'artiste, et l'on sent à la fois l'empreinte des prétentions de l'atelie dans les poses et les physionomies exagérées et bizarres des figures, aussi bien que dans le jeu de plus. en plus tourmenté et amaigri des draperies, et lé fruit des études de ce même atelier dans l'habileté à rendre les inoindres détails du modelé de la chair vivante et morte et l'expression des passions humaines. C'est surtout dans la représentation en marbre ou en albâtre des têtes et des mains sur les tombeaux, ainsi que dans la composition des petites figures exécutées de même, avec des matériaux précieux, que se déploie cette habileté du quinzième siècle à faire vivre et surtout à faire pleurer ses personnages. Quant aux nombreuses statues dont il peupla les portails

ÉGLISE SAINT SKVERIN

(ISM-im) . LIVRE X. CHAPITRE I. 4^^

et les piliers buttants de ses églises exécutées à la hâte par des artistes secondaires, elles présentaient, au contraire , peu de relief et de vie.

Les pavés des églises du quinzième siècle sont souvent composés de pierres sépulcrales richement sculptées. Ces pierres se distinguent par une grande finesse dans la gra«vure des ornements. On rencontre aussi, dans les monu* ments de cette époque, des terres cuites vernissées et émaillées de diverses couleurs, industrie qui, plus tard, fut portée à une grande perfection. On les employait soit aux pavages soit aux couvertures.

L'architecture civile et l'architecture militaire étaient en progrès dans un siècle oîi l'art désertait les œuvres de foi pour se mettre au service de l'orgueil ou de la force. Les. maisons élégantes, dans les villes, ont toutes, au quinzième siècle, un de leurs pignons tourné du coté de la rue, et percé d'abord de fenêtres ogivales , un peu plus tard de croisées kmenaux^^vismàûques. Les portes et les fenêtres, en cintre surbaissé ou en accolade, se rapprochent de plus en plus de la forme rectangulaire. On emploie assez fréquemment la brique dans la construction des châteaux ou des maisons considérables ; les étages sont établis en en" corbellement les uns au-dessus des autres, de telle sorte que, sur la rue, les pièces du premier étage sont plus grandes que celles du rez-de-chaussée, et que , grâce à cette disposition, les piétons peuvent circuler à l'abri.

Ij' aspect que présentait alors Paris a été poétiquement résumé par M. Victor Hugo; nos lecteurs nous sauront gré de faire passer devant eux cette succession d'images pittoresques.

(K Au quinzième siècle la Seine baignait cinq îles dans

426 blSTOntE DE t>A^IS« (1580-1498)

Teaceinte de Paris : l^le Loôvîerà, où il y avait alors des arbres... ; Hfe aux Vaches et l'île Néti'è-Dttîrie, toutes deux désertes, à une masure près, toutei Aewi 'fiefs de Févêque... ; enfin la Cite, et à sa pointé lllot du'Passeor aux Vaches , qui s*est abimé depuis sous le terre-plein du Pont- Neitf. La Cité avait alors cinq ponts : ti'ois à droite, le Pont*Notre*DameetlePont-au-Change, en pierre, le Pont aux Meuniers, en bois ; deux à gauche, le Petit-Pbnt, en pierre, le Pont-Saint-Michd, enbois, tous chargés de maisons. L*Université avait six portes bâties par Phi!ippe*Auguste; c'était, à partir de là Tonrnelle, la porte Saint-Victor, la porte Bordelle, là porte Papale, la porte Saint- Jacques, la porte SaîAt-Michel, la porte Saint-Germàîn. La Ville avait six portes, bâties par Charles V ; c'était, à partir de ia tour dé fôlly, la porte Saint-Antoine, laporte dùTettiple, la porte Saint-Martin, la porte Saint-Dénh , la porte Montmartre, la .porte* Saint^^Honoré.' Toutes ces portes étatîêntîortes, et bëïlè^aussî,' ce qui ne gâté pasïa forcé. TJn fosslé large, profond, à côtirâîitvrf dans lès crues d^'lriver, làwkiï le pîèd des niùraillès tout autour dé Paris ; la Seine fiSùfBSssâit Peau. lift liiiit ôh fermait lés portes, i6n barrait là riVîêre aux deux bouts dé la ville avec de grosses chaînes de fer, et Paris dormait tranquille. ' ^ > -

^ tf Vus' à vol d^oîseau, ces trois boiirgs, ilâ Cité, FUni- Versité, la ViHe, présentaient chacun à Toeil ttà tiricot inextricable de rues bizarrement brouillées. Cependant, au premier aspect, on reconnaissait que ces trois fragments de cité formaient un seul corps. On voyait tout de suite deux longues ruesparâllèles , saris rupture^ sans perturbation, presque en ligne droite, qui traversaient à la fois trois vilîcs d'un bout à l'autre, du midi au nord, perpeiidiculaîfement à la

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Seine, les liaient^ les mêlaient, infusaient, versaient, trans* vasaiént sans relâche le peuple de Tune dans les murs de l'autre, et des trois n'en faisaient qu'une. La première de ces deux rues allait de la porte Sainte Jacques à la porte Saint-Martin ; elle s'appelait rue Saint-Jacques dans l'Université, rue de la Juiverié dans la Cité^ rue Saint-Martin dans la Ville; elle- passait deu* fols Teausous le nom de Petit-Pont et de Poht-Notrc-î)ameu La seconde, qui s'appelait rue de U Harpe- sur la rive gauche, rue de faBarillette daiïs l'île, rue Saint-Denis sur là rive dr5ite,''Pont* Saint-Michel sur un b^s de la Seine, Pon|;-a«i-Change sur l'autrebras, allait de )à porte Saint-Michel^ dans l'Université, à te porte Saint^Denis, dans la Ville. Dui^este, sous tant de noms divers, ce il* étaient toujours que deux i^es, nàaîs les deux rues mères, les deux ^ rues génératrices, les deux'artères de Paris, Toutes les autres^ veines de la triple ville venaient ou y puiseï* ou s'y dégorger.

« Indépendamment de ces deux rues pridcipaks, diamé^ traks,' pèrçailt Paris de part=eiïpai»t danssà largeur, communes à la capitale entière, la Ville et l'Université avaient èh^cune leur grafndp rue particulière,^ <jiA courâiÉ daiis le sens dp leur' léngueiir, parallèlemeM à la^S^inë,- et en^pâ»* àant *' coupaient â» angle- droit- iës ^déux rues ârtîérièllèsi Ainfâ, dans la Ville, on'desêeridait? en droite ligné de là porte. Saint- Aritoîne à la porie 'Saiint-Hohor^y dans'l^nî«i versité, de la porte Saint- Victor à la porte Saint-Germain. Ces deux grandes voies, croisées avec les deux premières^ formaient le canevas sur lequel reposait^ noué et serré en ^ tout sens, le réseau dédaléen des rues de Paris. Dans lé dessin inintelligible de ce réseau on distinguait, eh outre, en cxàminattl avec attention, comme deux gerbes* élargie^,

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ime grève nue, eomUfie au delà des Bernardins, .tantôt un eatassemrat de maisons ^ui avaient le pied dans Teau, comme entre les deux podts.^. L'Universitsé faisait.ua bloc à l'oçil } d'un bout à l'autre c'était un tout homo* gène et compacité».. Qaarante*deux collèges y étaient disséminés d'une. maoi^re assez égale, et il y en avait partout..., Qi,ieli;ues( beaux botels faisaient çàét là de magnifiquessaiUi^es .sur les greniers pittoresques de la rive gauche : le logis de NèVers, le logis de Rome, le logis de Reims, qui ont disparu ; Thotelde Cluny, qui subsiste encore pour la consolation de lartiste... Il y avait aussi force abbayes d'une beauté plus dévote, d'une grandeur plus grav« que les hôtels, mais non moins belles, non moins grandes... Les églises (et elles étaient nombreuses et splendides dans l'Université , et elles s'échelonnaient là aussi dans toite les âges de Tàrchitecturè, depuis les pleins cintres de Saint- Julieà jusqu'aux ogiveis de Saint-Sé vérin ), les églises do* minaient le tout, et^ comme une harmonie de plus dans cette masse d'harmonies, elles perçaient à cltaque instafit la découpure multiple des pignons de flèches taill^idées', (ie clochersàjoury d'aiguilles déliées... < Quand, après avoir longtemps considéré l'Université, vous vous tourniez vers la rive droite, vers la» Ville, le spectacle changeait brusquement de caractère. La Ville, en effét^ beaucoup plus grande que l'Université, étak aussi moins une. Au premier aspecË on la voyait se diviser en plusieurs masses singulièrement dictînctes.' D'abord, au levant..., quatre hôtels presque adhérents, Jouy, Sens, Barbeau , le logis de la reine, miraient dans la Seineleurs combles d'ardoise coupés dé-sveltes tourelles; ces quatre édifices emplissaient Tespaeedans la rue des Nonains d'Hyères à l'alAaye

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des.Çélestins, jdont l'aiguille relevait graçleusemeiit leur ligne de pignons et de créneaux... Derrière ces palais courait dans toutes les directions, tantôt refendue , pa<» lissadée et crénelée comme une citadelle, tantôt voilée dç grands arbres comme une chartreuse, l'enceinte immense et multiforme de ce miraculeux hôtel de Saint-Pol où le roi de France avait de quoi loger superbement vingt-deux princes de la qualité du Dauphin et du duc de Bourgogne, sans compter les grands seigneurs et l'empereur, quand il venait voir Paris, et les lions qui avaient leur hôtel h part dans Thôtel royal... Après avoir franchi un ravin profond, creusé dans les toits de la Ville, lequel marquait le passage de la rue Saint-Antoine, l'œil arrivait au logis d'Angoulême^ vaste constru.ction de plusieurs époques.., Derrière s'élevait la forêt d'aiguilles du palais des Tournelles : pas de coup d'œil au monde, ni à Chambord, ni à TAlhambra, plus magique, plus aérien, plus prestigieux que cette futaie de flèches, de clochetons, de cheminées,, de girouettes, de spirales de vis , de lanternes trouées par h jour, qui semblaient frappées à l'emporte-pièce , de pavillons, de tourelles en fuseaux^ toutes diverses de forme, de ^ hauteur et d'attitude. On eût dit un gigantesque échiquier de pierre... A droite des Tournelles...^ ce donjon beau? coup plus percé de meurtrières que de fenêtresj c'était la Bastille. . . Au pied du formidable édifice la porte Saint- Antoine, enfouie entre ses deux tours.. ^ Le centre de la Ville était occupé par un monceau de maisons à peuple... Cet amas d'habitations bourgeoises, pressées comme les alvéoles dans la ruche, avak sa beauté ; il en est des toits d'une capitale comme des vagues d'une mer : cela est. grand. «• Il y avait là aussi de beaux.édifices... c'é-

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tait le CbAtelet, tour féodale du treizième siècle... c'était le riche clocher carré de Saint^Jacques de la Boucfaerie, avec ses angles tout émoussés de sculptures , déjà admirable au quinzième siècle quoiqu'il ne fût pas achevé... C'était la Maîson-aux-Piliers, ouverte sur la place de Grève; c'était Saint-Gervais..., Saint-Méry, dont les vieilles ogives étaient presque encore des pleins cintres; Saint- Jean^ dont la magnifique aiguille était proverbiale; c'était vingt autres monuments qui ne dédaignaient pas d'enfouir leurs merveilles dans ce chaos de rues noires et profondes... Avec ces deux quartiers, l'un d'hôtels, l'autre de maisons, le troisième élément de l'aspect qu'offrait la Ville, c'était une longue zone d'abbayes qui la bordait, dans presque tout son pourtour, du levant au couchant, et, en arrière de l'enceinte de fortifications qui fermait Paris, lui faisait une seconde enceinte intérieure de couvents et de chapelles. A côté du parc des Tournelles, entre la rue Saint-Antoine et la rue Vieille-du-Temple, il y avait Sainte-Catherine, avec son immense culture; entre la vieille et la nouvelle rue du Temple il y avait le Temple, sinistre faisceau de tours, haut , debout et isolé au milieu d'un vaste enclos crénelé... C'était l'abbaye Saint-Martin, au milieu de ses jardins, superbe église fortifiée... C'était l'enclos de la Trinité, les Filles-Dieu. . . Enfin le quatrième compartiment se dessinait de lui-même dans l'agglomération des toits de la rive droite ; c'était un nouveau nœud de palais serrés au pied du Louvre, le vieux Louvre de Philippe-Auguste. Cet édifice démesuré, dont la grosse tour ralliait vingt-trois maîtresses tours autour d*elle, sans compter les tourelles, semblait de loin enchâssé dans les combles gothiques de l'hôtel d'AIençon et du Petit-Bour-

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bon. Cette hydre détours, gardienne géante de Paris, avec ses vingt-quatre têtes toujours dressées, avec ses croupes monstrueuses, plombées ou écaillées d'ardoises, et toutes ruisselantes de reflets métalliques, terminait d'une manière surprenante la configuration de la Ville au couchant. »

Rien n'a comme la poésie la puissance de faire revivre le passé dans le souvenir; rien ne jette mieux que lès poètes un manteau de pourpre et d'or sur les nudités chétives et sur les corps souffreteux. Le remarquable coloriste à qui nous avons emprunté quelques traits d'un splendide tableau, présent à la pensée de tous nos lecteurs, aurait pu compléter cette image en faisant passer sous nos yeux les aspects regrettables de ce Paris du quinzième siècle qu'il voit si merveilleux à vol d'oiseau. Dans ce dédale de rues étroites et boueuses on ne pouvait se frayer une route qu'à travers la fange et les immondices; le soleil, qui ruisselait sur les toits aigus, sur les pignons travaillés, sur les clochers dentelés, sur les coupoles métalliques, ne pouvait pénétrer jusqu'au fond de ces ruelles infectes et noires dont l'humidité et la puanteur étaient repoussantes, et où toutes les épidémies, depuis la consomption jusqu'à la lèpre, tenaient leurs assises permanentes. Pas d'éclairage municipal, aucune police de voirie, aucun système de balayage, aucune surveillance active et énergique ne correspondaient aux besoins de sécurité et d'ordre qui tourmentaient la grandeagglomération humaine renfermée dans l'enceinte de Paris; il y avait partout défaut de garanties et de protection ; on s'y traînait dans les privations et dans l'incurie; la vie de Thomme y était courte et mauvaise.

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