‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 3 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ëvénemenit généraux^ (1830-1848).

La révolution d^ Juillet, accomplie en trois jours, avait donné au inonde la mesure de la prépondérance que la ville de Paris exerçait désormais sur la France. Tout le royaume, se soumit aux exemples de la capitale, et la royauté de Louis-Philippe s'installa sans obstacle tandis que la famille aînée des Bourbons s'acheminait vers l'exil.

Les premiers jours furent donnés aux joies et aux espérances des vainqueurs, et inquiétés néanmoins par les protestations plus ou moins violentes de 1^ démocratie et les sourdes résistances du royalisme. Le 29 août i83o Louis-Philippe P', comme pour imposer silence aux partis et recevoir une sorte de consécration populaire, passa

en revue la garde nationale de Paris, Les lëgions, rassemblées au Champ-de-Mars, formaient un effectif de près de cent mille hommes qui acclamèrent avec une exaltation bruyante la nouvelle dynastie. En réalité îa révolution de i83o était, çpmmé,celUs de i789'€t 17921, une révolution toute parisienne; pour la faire, soit par ses armes , soit par ses votes, la capitale n'avait ni consulté l'opinion, ni demandé l'assentiment des provinces. Comme elle l'avait pratiqué tant de fois,, elle leur envoyait son histoire toute faite avec le drapeau et le gouvernement de son choix. Les provinces acceptèrent la révolution nouvelle; elles accablèrent les Parisiens de louanges; elles répétèrent le chant nouveau de la Parisienne; elles ne parlèrent qu'avec enthousiasme de l'héroïque population des trois journées; elles envoyèrent des députations pour féliciter Paris et fraterniser avec ses habitants; enfin, à l'imitation des provinces de l'empire romain, qui avaient élevé , en l'honneur de Rome, des temples et des statues, elles proposèrent d'élever j aux frâis^ dé toutes les communes, un monument en l'honneur de la capitale , avec ces mots : y4 Paris la patrie reconnaissante. *

Des désordres de tout genre ^succédèrent, en peu de jours à ces transports du libéralisme victorieijxi A la suite dé la commotion politique de Juillet les intérêts matériels avaient peur. Les classes moyennes craignirent à la fois la guerre civile et la guerre étrangère ; le spectre de la République apparut menaçant, et le commerce, paralysé par l'absence de crédit, cessa ses opérations', d'où dépendait le bien-être de toutes les classes. 11 y 'eut des soulèvements et des émeutes. Les ouvriers de Paris voulurent briser les machines, et l'on eut beaucoup de p^ine à

(IBSO-mq LIVRB XIX. CHAPITRE I. i

comprimer ces agitations causées par la faim et le manque de travail. Le parti républicain, déconcerté par la subite intronisation de Louis-Philippe, saisit avec empressement les occasions de prendre sa revanche. Il organisa des ma« nifestations révolutionoaires, des démonstrations bruyantes qui redoublaient la juste terreur de la bourgeoisie. Tantôt on réhabilitait les suppliciés politiques de la Restauration, tantôt on portait au Panthéon les effigies des coryphées de la démocratie. On formait des clubs, on Élisait appel à tous les instincts de la révolte, on exhumait les hideux emblèmes du jacobinisme , on se préparait à détruire l'ombré de royauté qui subsistait encore en engageant contre le pouvoir une longue série de luttes et de batailles durant lesquelles il devait inévitablement s'affaiblir et disparaître.

La chambre dés Députés avait mis en accusation les derniers ministres de Charles X ; la chambre des Pairs procéda à leur jugement au mois de décembre. Pendant la durée de ce procès célèbre, des multitudes d'hommes égarés, avides de vengeance ou de pillage, environnaient le palais du Luxembourg en poussant des cris' de mort. Le général La Fayette, énergiquement secondé par la garde nationale, parvint à sauver la vie des accusés et des juges. Le prince de Polignac fut condamné à la déportation; les autres ministres, à la détention perpétuelle.

Les légitimistes, voyant la liberté largement accordée à leurs ennemis et à leurs vainqueurs, en profitèrent à leur tour pour organiser une manifestation destinée à prouver les sympathies dont ils étaient pénétrés envers la famille royale exilée. I^ 14 février i83i était le onzièmç anniversaire de la mort du duc de.Berry; ils

4 HISTOIRE DE PARIS. (t»04tt8)

obtinrent de l'archevêque de Paris qu'un service funèbre serait célébré à Saint-Germain l*Auxerrois en mémoire de ce prince. Bientôt on vit se presser dans l'église une grande afïluence de notabilités royalistes. La cérémonie commença vers onze heures du matin ; le curé de Saint- Germain TAuxerrois officiait lui-même, et, durant Toffîce, on plaça sur le catafalque une image du duc de Bordeaux , couronnée d'immortelles. Au spectacle de cette démonstration imprudente les émissaires du parti révolutionnaire, qui s'étaient introduits dans l'église, firent entendre des cris injurieux et des sifflets. L'autorité crut devoir intervenir pour faire-évacuer l'église et on opéra quelques arrestations. L'émeute, qui avait le mot d'ordre, ne se laissa point apaiser par ces mesures. Des rassemblements se formèrent; on pilla la maison du curé; puis on ouvrit de force l'église et on y exerça les plus indignes dévastations. Le maire du quatrième arrondissement, au Heu de faire appel à la police et de provoquer des mesures de répression et d'ordre, crut plus habile de faire une concession aux bandits et aux pillards qui osaient s'appeler le peuple, et il fit abattre la croix de Saint- Germain l'Auxerrois, sous prétexte qu'elle était ornée de fleurs de lis. Plusieurs compagnies de la garde nationale assistaient, l'arme au pied, à ces désordres sacrilèges, et nul n'osait contribuer à y mettre fin. Le roi Louis-Philippe et plusieurs de ses femiliers n'étaient point trop fâchés de ce qui se passait ; ils se félicitaient de ce qu'on * s'en prît aux légitimistes pour leur faire peur, et ils disaient qu'il fallait s'abstenir ^X, faire la part du feu.

Le 1 5 au matin les scènes de la veille continuèrent ; ce jour-là finissait le carnaval, et, tandis qu'on voyait des

Page 1