‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Tom. 2Chapitre 16 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Paris Jurant la dernière période du régne de Charles VII (1*36-14*1).

Paris était enfin délivré des Anglais , Charles VII se détermina à reparaître dans cette ville. lie 1 2 novembre 1^7 il vint coucher à Saint-Denis. Le lendemain il fit dans Paris, en grande pompe, une entrée solennelle que les chroniques du quinzième siècle décrivent en ces termes :

« Si estoient en la compagie du roy son fils, le Dauphin de Viennois, le connétable de France , messire Charles d'Anjou, les comtes de Perdiac et de Vendosme , le jeune comte de Tancarville, messire Christophe de Harcourt, le bastard d'Orléans, et autres en très-grand nombre, nobles et grands seigneurs, chevaliers etécuyers; et siyétoit Lahire en très-bel et noble appareil. Et de là s'en alla ledit roi en la cité de Paris. Et vinrent au-devant de lui, jusques à la Chapelle, le prévost des marchands, échevins et bourgeois, en très-grand nombre, accompagnés des albalestriers et archers de la ville, tous vestus de robes pareilles, de pers (bleu) et de vermeil. Et quand ils furent venus devant le roi ledit prévost des marchands lui présenta les clefs de la ville de Paris, et le roi les bailla en garde au connétable de France. Si mirent iceux prévost et échevins un ciel bleu couvert de fleurs de lys d'or, et le portèrent toujours par-dessus le chef du roi.

« Après vint le prévost de Paris, accompagné de ses sergents de pied, qui a voient chacun un chaperon parti de

vert et le vermeil. Et en suivant iceux sergents vinrent les notaires, procureurs, avocats et commissaires duChastelet. En après vinrent les personnages des sept péchés mortels et des sept vertus, montés à cheval ; et étoient tous habillés selon leurs propriétés; lesquels personnages suivoient les seigneurs du Parlement et des requestes. Après suivoientles présidents; etyavoit très-grande multitude de peuple.

« Et ainsi alla le roi, très-authentiquement et très-noblement accompagné, entrer par la porte Saint-Denis en la ville et cité de Paris. Sur laquelle porte étoit un écu de France que trois angles (anges) tenoient élevé, et audessus dudit écu étoient angles chantants , et au-dessus y avoit écrit :

Très-excellent prince et seigneur, Les manants de votre cité Vous reçoivent en tout honneur Et en très-grande humilité. .

« Au Poncelet avoit une fontaine en laquelle y avoit un pot où étoit une fleur de lys qui jetoit bon hypocras, vin et eau, et dedans ladite fontaine étoient deux dauphins, et au-dessous avoit une terrasse voûtée de fleurs de lys; et dessus ladite terrasse étoit un personnage de saint Jean-Baptiste qui montroit X Agnus Dei; et y avoit anges chantant moult mélodieusement. Devant la Trinité étoit la Passion : c'est à savoir comment Notre -Seigneur fut pris, battu, mis en croix, et Judas, qui s'étoit pendu. Et ne parloient rien ceux qui refaisoient, mais le montrèrent par jeux de mystère, et furent les manières bonnes et bien jouées, et vivement compassionnées et moult piteuses. A la seconde porte étoient saint Thomas, saint Denis,

saint Maurice, saint Louis de France et sainte Geneviève au milieu. Au sépulchre étoit comment Notre-Seigneur ressuscita et comment il s'apparut à Marie-Madeleine. A Sainte-Catherine, en la rue Saint-Denis, étoit le Saint- Esprit qui descendoit sur les apostres. Devant le Chastelet étoit l'Annonciation, faite par Fange aux pastoureaux, chantant Gloria in cxcelsis Deo. Et au-dessous de la porte étoit le lit de justice, la loi divine, la loi de la nature et la loi humaine, et à l'autre costé, contre la boucherie, étoient le jugement, paradis et enfer ; et au milieu étoit saint Michel l'ange, qui pesoit ses ames. Au pied du grand pont, derrière ledit Chastelet, étoit le baptisement de Notre- Scigncur, et y étoit sainte Marguerite, contrefaite, issant d'un dragon.

« S'en vint le roi au portail de Notre-Dame de Paris, où il descendit; et vint devant lui l'Université, qui proposa en bref. Et audit portail étoient les prélats; c'est à savoir les archevesques de Toulouse et de Sens, et lesévesques de Paris, de Clermont et de Saint-Mangon-lez-Montpellier ; les abbés et les ministres de Saint-Denis, deSainl- Maur, de Saint-Germain-lez-Paris, et aussi pareillement de Saint-Magloire et de Sainte-Geneviève. Et là fit le roi le serment à l'évesque de Paris, et puis entra en l'église de Notre-Dame, en laquelle étoient trois arches, comme à Amiens, la nuit de l'an, bien pleines de chandelles et de cire. Et de là s'en alla le roi, après qu'il eut fait son oraison, au Palais, oîi il coucha pour celle nuit. Et à son entrée étoient environ huit cents archers bien habillés et en moult ordonnance, lesquels le comte d'Angoulesme conduisoit. Et étoient le roi et le Dauphin armés de plein harnois, réservé leur chef; et sur le harnois du roi etoit

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une tourmolé couverte d'orfèvrerie, et sur son cheval étoit un pers (bleu) velours, tout tissu de grands fleurs de lys d'or moult riche, et battoit jusqu'à terre; et a voit un chanfrain d'acier , sur lequel avoit un très-bel pluinail. Et devant lui alloit , tout au plus près de sa personne, Pothon de Sainte-Treille, lequel portoit le heaume du roi, sur un baston appuyé contre cuisse, lequel heaume étoit couronné d'une moult riche couronne ; et sur le milieu de ladite couronne avoit une double fleur de lys. Et menoit son cheval, tout à pied, un gentilhomme nommé Jean d'Olon, et toujours portoit-on le ciel dessusdit par-dessus lui. Et après lui suivoient les pages, qui étoient très-richement et noblement habillés et ouvrés d'orfèvrerie, et leurs chevaux pareillement. Et un petit devant ledit Pothon alloient le connétable, les comtes de Vendosme et de ïancarville, et plusieurs autres grands et notables seigneurs moult noblement montés et habillés. Et un petit ensuivant le roi chevauchoit et ledit Dauphin, tout couvert d'orfèvrerie, lui et son coursier moult noblement, et semblablement ses pages et leurs coursiers ; et étoit accompagné de messire Charles d'Anjou, son oncle, des comtes de Perdiac et de la Marche. Et tout derrière suivoit le bastard d'Orléans, armé de plein harnois, tout couvert d'orfèvrerie, lui et son cheval; et avoit une moult riche écharpe d'or, qui alloit par derrière jusque sur le dos de son cheval ; et menoit la bataille du roi, où il y pouvoit avoir environ mille lances, fleur de gens d'armes , et habillés eux et leurs chevaux.

« Et quant aux autres chevaliers et écuyers etgentilhommes, en y avoit en grand nombre, qui étoient, eux et leurs chevaux, tout chargés d'orfèvrerie. Desquels entre les au»

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que Paris ne retombât encore au pouvoir des Anglais ; car ils étaient maîtres des environs et ils venaient de s'emparer du château de Saint-Germain en Laye. Mais Adam de Cambrai, premier président du Parlement, Simon-Charles, président à la cour des comptes, Ambroise de Loré et Michel Lallier, prévôts de Paris et des marchands, demeurèrent pour ranimer le courage de leurs concitoyens et garantir Paris des entreprises des Anglais. La disette et la cherté des vivres causèrent en même temps une famine horrible, et Paris devint si désert et si désolé que les loups y pénétrèrent ; ils étranglèrent, dit la Chronique, et dévorèrent en pleine rue plusieurs personnes.

Le peuple fut longtemps persuadé que Jeanne d'Arc n'était point morte ; aussi vit-on paraître plusieurs aventurières qui, exploitant la crédulité publique, se firent passer pour l'héroïne de Vaucouleurs. « En r43<), dit le Journal d'un Bourgeois, les gens d'armes en amenèrent une qui fut reçue très- honorablement à Orléans, et la grande erreur recommença de croire fermement que c'étoit la Pucelle. Alors l'Université et le Parlement la firent venir à Paris bon gré malgré, et la firent montrer au peuple sur la table de marbre du palais. Elle fut prêchée, puis elle avoua toute sa vie. Elle dit qu'elle n'étoit pas pucelle et qu'elle avoit été mariée à un chevalier dont elle a voit eu deux fils, qu'elle avoit commis plusieurs actions dont elle devoit aller demander pardon au Saint-Père, comme d'avoir porté la main sur son père et sa mère, sur prêtre ou clerc ; car pour garder son honneur elle avoit frappé sa mère par mésaventure, croyant que c'était une autre. Elle partit donc pour Rome, vêtue en homme, et fut

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