Histoire de Paris et de ses monuments
Présenter dans un tableau rapide les points saillants de l'histoire et de la physionomie de Paris , telle est la pensée qui a inspiré ce livre. Les volumes ne manquent assurément point sur notre grande capitale, les gros volumes surtout, qu'on ne lit point ou qu'on lit peu. Ajoutons que le seul qui soit répandu dans le public , l'ouvrage de Dulaure , est un des livres les plus froidement systématiques et irréligieux de notre temps.
Dulaure avait assisté et participé à cette Saint-Barthélemy de dix ans qu'on nomme la Révolution , cette Saint-Barthélemy des croyances , des traditions et des hommes ; et de cette terrible expérience il concluait que la civilisation datait précisément parmi nous de l'ère révolutionnaire.
Il avait rencontré dans le passé des peuples féconds et énergiques dont le bon sens savait créer des mstitutions durables, et la foi des monuments sublimes ; et , en présence de nos catastrophes , en présence de nos monuments dessinés au calque , il s'était dit : « La France autrefois était ignorante et esclave; ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle est savante et libre. »
Il avait traversé, en remontant le cours des siècles, des calamités sans nombre , des passions, des pestes, des famines; et il n'avait pas pris garde que la plus terrible des passions est celle qui naît du pervertissement réfléchi de la pensée ; il n'avait pas compris que, de toutes les famines, celle qiù
tue le mieux les peuples , ce n'est pas la famine du corps , mais la famine de Famé lorsqu'elle n'a plus ni foi ni respect.
Dulaure passa sa vie à trier les documents. Ce n'est pas ainsi qu'on peut écrire un livre vrai.
Quant aux ouvrages d'érudition proprement dits, ils ont pour la masse des lecteurs le défaut trop habituel de disséquer au lieu d'animer. Nos villes, nos monuments sont cependant autre chose que des amas de pierres et des dépôts d'archives. Ils ont eu , à toutes les époques , une vie agitée et bruyante , une physionomie caractéristique et mobile. Pourquoi ne pas chercher à leur rendre cette physionomie et cette vie ? Je l'ai tenté du moins pour notre vieille Lutèce , comme je le tentais , il y a dix ans , pour Rome 1 . J'ai suivi , du point élevé des siècles, le panorama mouvant de son existence; puis j'ai interrogé à part chacun de ses monuments ; j'ai voulu entendre la voix qu'il y a dans ces pierres.
Au lieu de me borner à décrire les palais et les églises , j'ai tenu en outre à savoir quels étaient les saints et les grands hommes qui avaient prié dans ces églises , quels étaient les vertus ou les crimes qui avaient illustré ou souillé ces palais.
Mon livre sera peut-être un peu court pour des érudits , un peu long pour des touristes : je l'offre aux esprits studieux et jeunes comme je l'étais lorsque j'arrivai à Paris; je l'offre à tous ceux qui, dans l'art comme dans l'histoire, cherchent surtout des impressions et des souvenirs.