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SAINT-GERMAIN-L AUXERROIS

« Voilà longtemps , dit un jour Frédégonde à Chilpérik, que la bonté divine supporte nos crimes; elle nous a frappés, et nous ne nous sommes pas amendés. Déjà nous avons perdu des fils, et voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins vont causer la mort de ceux qui nous restent. Nous thésaurisons , et nous ne savons plus pour qui ; voilà que nos trésors demeurent dénués de possesseurs , pleins de malédictions et de rapines. Viens donc, si tu y consens*', et brûlons ces injustes registres ; qu'il nous suffise pour notre fisc de ce qui suffisait à ton père, le roi Clôtaire, » Chilpérik jeta les registres au feu et entendit pour la première fois les bénédictions des peuples.

Ce fut sans doute dans un de ces heureux moments que le Néron , l'Hérode des Gaules, pour parler comme Grégoire de Tours , frappé d'admiration pour les sublimes vertus de Germain, évèque de Paris, résolut d'édifier une église qui lui servît de tombeau. Cette église, connue au ixe siècle sous le nom de Saint- Germain -le- Rond , ne reçut pas toutefois les glorieuses reliques qui lui étaient destinées , par suite de l'opposition sans doute des moines de Saint-Vincent, chez lesquels le bienheureux évèque avait été enseveli. Dès l'époque de sa fondation , il s'y forma d'ailleurs une école qui ne tarda pas à devenir célèbre, et fut en quelque sorte la mère de la

grande université de Paris. Les noms de quai de l'Ecole et de place de V Ecole sont aujourd'hui encore un vivant témoignage de cette initiative de science et de charité que prirent , dès le vie siècle, les prêtres de Saint -Germain.

Saint-Germain fut le premier édifice qu'envahirent les Normands lorsqu'ils vinrent camper sous les murs de Paris.

Germanî teretis contemnunt littora sancti.

Avant cette époque, le corps de saint Landri était l'objet d'un pieux pèlerinage dans cette église; l'approche des Normands le fit transporter, comme tous les corps saints, derrière les fortifications de la Cité; mais bientôt après nous le retrouvons à Saint - Ge rmain , où deux fois , au xne et au xve siècle , il fut l'objet de solennelles élévations.

Cependant les Normands s'étaient établis dans Saint- Germain-le-Rond comme dans une tour; ils l'avaient entouré de fossés qui ont donné leur nom à la rue des Fossés-Saint-Germain ; puis , lorsqu'ils furent obligés de battre en retraite , ils détruisirent l'église.

Saint-Germain ne fut rebâti qu'au xie siècle par le roi Robert, et ce fut alors qu'il prit le vocable du grand évèque d'Auxerre, pour se distinguer sans doute du monastère de Saint -Vincent , qui venait de prendre celui de Saint - Germain de Paris. La vie de saint Germain d'Auxerre , de l' évèque inspiré qui avait lu sur le front de Geneviève enfant les saintes grandeurs que lui réservait l'avenir, avait été d'ailleurs trop intimement liée à celle de la glorieuse patronne de la capitale, pour ne pas

avoir droit, près de son tombeau, à un pieux souvenir.

Cependant le monument construit par le roi Robert disparut à son tour <îomme celui construit par Chilpérik ; mais de ses ruines sortit , partie par partie , une autre église non moins riche et non moins vaste. Le clocher actuel, privé de la flèche qui le surmontait, semble appartenir au xne siècle ; le chœur, au xive ; le transsept , la nef et les chapelles , au xve ; c'est également du xve et du règne de Charles VII que date le narthex ou portique qui s'élève devant la principale entrée 1 .

L'extérieur de Saint-Germain-1' Auxerrois frappe par je ne sais quoi d'incomplet. Cette tour sans pyramide , cette façade sans pinacles et sans clochetons offrent un aspect d'humilité qui contraste av^c le titre de royale porté de tout temps par cette église et avec le voisinage du Louvre. Cette impression d'ailleurs n'est que passagère; les brillantes peintures dont le portique a été récemment orné , le relief qu'elles donnent aux antiques statues de rois, de reines , d'évèques qui demeuraient inaperçues dans l'ombre du portail, annoncent désormais tout au moins par leur richesse l'œuvre des rois et la paroisse des . rois.

A l'intérieur , architecture , décors , étendue , tout est grand, tout est splendide, et si la main du xvnf siècle n'eût passé par là , dissimulant l'ogive, supprimant les meneaux des croisées et des roses, etc., l'impression produite par ce monument eût été plus puissante encore.

1 Le portail et les statues furent l'œuvre de Jean Gansel. Il commença le tout en 1435, et le termina en 1439. Parmi ces statues se trouvent celles de Childebert et d'Ultrogothe, auxquels on attribuait alors l'édification de l'église.

Disons au reste que l'immense travail de restauration dont Saint-Germain a été naguère l'objet a fait disparaître la plupart des traces de ce funeste passage.

En sa qualité de paroisse du Louvre , l'histoire de Saint- Germain se trouve liée à celle de plusieurs de nos rois. Plusieurs d'entre eux ont suivi ses processions, ont prié dans ses murs.

Nous ne rappellerons à cet égard que quelques souvenirs. En 1534 , une expiation publique est ordonnée à la suite des sacrilèges commis par les huguenots ; les châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel sont transportées pour la première fois au delà des ponts et font stations dans l'église de Saint -Germain - l'Auxerrois. Parmi la foule qui les suit chacun reconnaît François Ier. En 1594, le 3 avril, jour de Pâques fleuries, Henri IV, à peine rentré depuis une semaine dans sa capitale , se présente bonnement à Saint - Germain , dont le curé , Jean Ceuilly, tonnait, la veille encore, contre lui, duhautde la chaire , et y suit la procession, un grand rameau à la main. En 1 661 , le feu prend au Louvre ; la voix publique demande que le Saint -Sacrement soit apporté , suivant un pieux usage de nos pères; puis, lorsque le feu a cessé, Louis XIV reconduit à pied l'hostie sainte jusqu'à l'église. Encore une date , ce sera la dernière. Le 6 avril 1 790 , la famille royale de France se pressait sous les voûtes de Saint -Germain -l'Auxerrois pour assister à la première communion des enfants de la paroisse. Vous eussiez vu là pieusement agenouillés Louis XVI , Marie -Antoinette , Mme Elisabeth, les prédestinés du martyre, et confondue avec son voile blanc parmi Jes voiles blancs des jeunes

filles , marchant à son rang à l'autel , celle qui bientôt allait être Y Orpheline du Temple.

Il y a vingt-cinq ans encore , la Semaine sainte ne s'écoulait jamais sans que le roi et sa famille vinssent s'agenouiller devant la table sainte , à Saint-Germain- PAuxerrois ; aussi les marques de la munificence royale étaient-elles plus nombreuses à Saint-Germain qu'en aucune autre église. Les voûtes en avaient été peintes; les boiseries en étaient d'une richesse dont le bancd'œuvre peut aujourd'hui encore donner une idée ; les tableaux l'or, le bronze, les marbres précieux y étincelaient partout à l'œil ; enfin le sanctuaire fut séparé de la nef, jusqu'en 1745, par un jubé de la Renaissance dessiné par Lescot et sculpté par Goujon; six colonnes de porphyre entouraient le maître-autel, dont l'enceinte était fermée par un balustre de marbre blanc.

Cette splendeur qui lui venait de la royauté n'empêcha pas Saint-Germain-l'Auxerrois d'être une des églises où retentirent le plus bruyamment les prédications de la Ligue. Le cardinal de Lorraine surtout s'y fit fréquemment entendre dans cette même chaire du haut de laquelle Olivier Maillard adressait, sous Louis XI, à tous les vices du temps , ses violentes apostrophes. « Je vous ferai jeter à la rivière, lui avait fait dire Louis XI, qui s'était cru plus d'une fois désigné par Maillard. — Dites au roi , avait répondu le prédicateur, que je serai plus vite en paradis par eau qu'il n'y arrivera avec ses chevaux de poste. » Tout le monde sait que la poste fut une des créations de Louis XI.

Parmi les personnages qui avaient leur sépulture dans

cette église , nous nous contenterons de citer Malherbe , les chanceliers de Bellièvre et d' Aligre , Guy Patin, Coysevox , Coypel , et le garde des sceaux Poncher. Le mausolée de ce dernier le représente couché près de sa femme sur une tombe de marbre noir. Les deux figures sont d'albâtre ; à leurs pieds est un lion , et sur le soubassement se font remarquer cinq statuettes représentant la Vierge , des Vertus et des saints. Peu d'ouvrages d'art portent plus visiblement le caractère des belles œuvres de la Renaissance.

La plupart de nos monuments religieux n'ont souffert qu'une fois de la Révolution ; il était réservé à Sainte Germain-l'Auxerrois d'en être deux fois victime, Il l'avait éié en 1793, il le fut de nouveau en 1831 l. Quelques années avant cette dernière époque , le 25 mars 1820, à une époque de deuil mais d'espérance , un orateur célèbre , le R. P. Mac-Carthy, rappelait, du haut de la chaire de cette église , la prophétie de Siméon : 77 a été placé pour la ruine et pour la résurrection d'un grand nombre en Israël. « Voyez ces hommes , s'écriait-il , qui ne peuvent « supporter le repos ni permettre au monde de vivre en « paix ; voyez-les poussés par un esprit de vertige à « ourdir de nouvelles trames, mettant mie fois encore « leur esprit dans les assassinats et les bouleversements , « et creusant ainsi, de plus en plus, le gouffre où la « divine justice se prépare à les engloutir. Voilà la ruine « des auteurs de révolutions ; posilus est hic in ruinam « et in resurrectionem. »

1 On se rappelle que ce fut à l'occasion d'un service anniversaire pour l'infortuné duc de Berri.

MO HISTOIRE DE PARIS

La révolution est revenue depuis lors ; elle a saccagé Saint-Germain-l'Auxerrois ; elle a inscrit sur sa façade : mairie du ive arrondissement : c'était i disait-elle , une -sauvegarde; les philosophes du temps comptaient plus , en effet, sur le respect dû à une mairie que sur le respect dû à Dieu.

Et maintenant où sont-ils? que deviennent leurs œuvres ? Dieu cependant est rentré à Saint-Germain ; la foule s'y presse plus nombreuse au pied de ses autels; on a vu la vieille église , condamnée par la Révolution , condamnée par la voierie qui rêve toujours de symétrie et de ligne droite , se rouvrir tout à coup plus riche et plus splendide par les soins mêmes du gouvernement qui avait assisté à sa ruine. Ne semble-t-il pas que la voix du PèreMac-Carthy y retentit encore : « Il a été placé pour la ruine et pour la résurrection ; positus est hic in ruinam et in resurreclionem. »

SÀINT-GERVAIS

Dès le vie siècle, Fortunat nommait Saint-Gervais et Saint-Protais parmi les églises où le grand saint Germain de Paris avait coutume de prier. Une fois même , racontet-il , saint Germain en ouvrit de sa seule parole les serrures et les verrous. Le titre de basilique , qui est donné à Saint-Gervais dans un testament duvnie siècle, basilica

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domini Gervasii, prouve en outre son importance. L'époque de sa fondation est d'ailleurs complètement inconnue. Quant au bâtiment actuel , il porte à la fois les caractères duxiif, du xve, du xvf et du xvne siècle. Commencé en 1212 , il fut dédié en 1420 , considérablement agrandi en 1581, et ne fut réellement terminé qu'en 1616, par l' édification du portail. Deux styles fort différents s'y font remarquer : le portail construit par Jacques de Brosses appartient à Fart grec, dont il sera toujours une des plus majestueuses inspirations; tandis que la nef, le transsept , le chœur, les chapelles appartiennent à cet art ogival , qui exprime si poétiquement la tendance incessante de l'âme du chrétien vers le ciel-. Les voûtes de Saint - Gervais figurent même parmi les plus hardies qu'aient tentées les audacieux maçons du moyen âge ; toutefois aux clefs pendantes qui terminent quelquesunes de leurs nervures , il est aisé de reconnaître une déviation de l'art qui annonce de près sa décadence. Ces clefs pendantes prises isolément , celle de la chapelle de la Vierge surtout , sont d'ailleurs d'inimitables monuments de légèreté et de délicatesse. La science du irait et la finesse du ciseau y ont épuisé toutes leurs ressources.

Parmi les richesses de cette église on citait autrefois

de célèbres vitraux de Cousin et de Pinaigrier. Ceux de

Cousin représentaient la Samaritaine , le Paralytique , le

martyre de saint Laurent et la vie de sainte Clo tilde ;

ceux de Pinaigrier, le mont Saint-Michel gravi par de

nombreux pèlerins. Aujourd'hui malheureusement il ne

reste plus que des fragments mutilés de ces belles pein-

tures \ Les tableaux de Le Sueur et de Philippe de Champagne qui ornaient l'église ont également disparu.

C'était à Saint-Gervais que reposaient, sous un riche cénotaphe , les restes de Michel le Tellier, de cet homme incomparable dont Bossuet a dit qu'il était la sagesse même; le chancelier Boucherat , le chancelier Voisin , le savant duCange, le célèbre peintre Philippe de Champagne et le burlesque Scarron y avaient également leurs sépultures. Ajoutons enfin que ce fut à Saint-Gervais que Marie de Babutin-Chantal reçut , en 1644, la bénédiction nuptiale de son oncle de Neuchèze , évêque de Senlis , et avec elle, ce nom de Sévigné qu'elle devait rendre à jamais célèbre.

Jusqu'à ces dernières années , le portail de Saint-Gervais s'ouvrait sur un étroit carrefour ombragé d'un orme sous lequel se donnaient jadis les assignations. Ainsi certaines rentes étaient payables sous l'orme Saint - Gervais: certaines conventions devaient être passées sous l'orme Saint-Gervais. L'orme Saint -Gervais avait enfin l'insigne honneur de figurer sur les armoiries de la paroisse , entre les effigies des deux saints martyrs de Milan. Cet arbre vénérable a été déraciné au commencement de notre siècle ; puis , il y a quelques années , le carrefour s'est élargi, et le portail pyramidal de de Brosses, qu'on ne pouvait que soupçonner au milieu du dédale de rues qui l'enserraient de toutes parts, est soudainement apparu dans toute l'imposante majesté de ses formes, à l'extrémité d'une large voie et en face même des somptueuses

1 Les vitraux qu'on voit aujourd'hui encore dans la chapelle de la Vierge sont de Pinaigrier.

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constructions de l'hôtel de ville. Grandeur de proportions, harmonie de style, tout concourt à faire de ce [joint de vue une des belles perspectives de la capitale.

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