GG HISTOIRE DE PARIS
» tes, et protégés par des tours élevées, tant du côté de la Cité qu'au delà des » deux bras de la rivière. - Aucune enceinte ne protégeait les faubourgs du midi et du nord; rien, dans le poème d'Abbon, n'en l'ait soupçonner l'existence. Au delà des tôtes de ponts, situées à l'entrée de la Cité, il n'existait aucune fortification. L'bistoire des églises et monastères situés dans ces faubourgs nous prouve, au contraire, que nul obstacle n'arrêta les Normands qui les pillèrent.
La Cité était partagée en deux parties par un chemin qui, partant du Petit- Pont, s'étendait en tournant parla rue de la Calandre jusqu'au (;rand-Pont, aujourd'hui Pont-au-Change. Dans la partie occidentale dominait le comte, dont le palais était situé sur l'emplacement du Palais de Justice actuel ; dans la partie orientale dominait l'évèque, résidant dans la ma/son de Véglise : c'est ainsi qu'on nommait alors l'habitation de l'évèque et de son clergé ; elle ne portait pas encore l'appellation fastueuse de palais éphcopal. Un semblable partage existait alors dans toutes les cités de la Gaule où résidaient un comte et un évêque. — Au delà de l'île de la Cité s'étendaient, au nord et au sud, deux faubourgs souvent ravagés par les armées; et, au delà de ces faubourgs, on voyait des groupes de chaumières dominés par les édifices de quelques églises ou monastères; tels étaient les faubourgs Saint-Marcel, Sainte-Geneviève, Saint-Germaindes-Prés, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Martin-des-Champs, etc. On a vu qu'une tour ou citadelle de la Cité, que les ponts et les tours qui les protégeaient étaient en bois. 11 paraît que ;si l'on excepte la cathédrale, le palais, les églises et les chapelles les maisons des particuliers n'offraient pas dans leur construction une matière plus précieuse.
l^aris soulTrit beaucoup des grands changementè indispensables qui, sous la seconde race, s'opéi'èrent dans le régime i)olitique de la (iaule. La gloire de Charlemagne, l'incapacité de ses descendants et les ravages des Normands contribuèrent à la ruine de cette ville. Elle cessa d'être la résidence des rois, la capitale d'un royaume, le centre des atïaires administratives, et fut considérée comme la plus petite des cités de la (iaule. Maf/nilîidwp cœfen's urbibus inferiO' rem, dit un écrivain de ce temps.
Il paraît que pendant cette période orageuse le palais des Thermes et l'aqueduc qui y conduisait les eaux de Rungis, ouvrage des Romains, furent en partie dévastés.
ÉTAT CIVIL DK PARIS
La France, circonscrite dans des bornes étroites pendant une grande partie de la durée de la seconde race, ne figurait dans l'empire que comme une province, et fut simplement qualiliée de duché. Paris, cessant d'être la résidence d'un roi, la capitale d'un royaume, devint la résidence d'un comte, et le cheflieu d'un comté et du duché de France, (iérard était comte de Paris dans les années 75*) et TGO. il eut, sous le règne de Pépin, un procès contre fabbé de Saint-Denis, au sujet des contributions qu'il [)ercevaitsui' le marché de cette abbaye.—Elienne remplissait, sous le règne de Charlemagne, la fonction de comte. Ce prince, en l'an 802, le nomma, avec Fardulfus, abbé de Saint-Denis, jnissvs
sous I.A SKCONDi: nXCK. 67
^dominicifs, c'est-à-dire roirimissaiiT pour iiis|HH't(M" l'exercice delà justice dans les territoires de Paris, de Melmi, de Chartres el autres lieux.
Charlenia^tie, poiu' arrtHer le cours des uoiubreux abus ([ui existaient dans radininisl ration des comtes, vicomtes et auti'es Ibnctioimaires, avait institué, en cette aniuv, des commissaires appelés )n/ssi dominici. dette institution, pendant les dei'nières années du règne de cet empereur, suspendit les vexations qu'exerçaient ces Ibnctionnaires; mais api'ès sa mort le mal rei>rit son activité première. En l'an 8n>, son lils, Louis-le-Dél)onnaire, ordonna aux m/ssi dominici de destituer les comtes et vicomtes coupables de tyrannie envers leurs subordonnés; de destituer ceux (pii eidevaienl les biens des particuliers, qui les privaient de leur liberté, qui établissaient des imp(Ms et des péages arbitraires, onéreux pour le peuple et les commerçants.
Etienne est qualilié de comte de l^aris dans un capitulaire de Charlemagne, ou dans une addition que cet empereur lit à la loi salique. < Ces Capitules, y est-il " dit, furent signifiés au comte Etienne, pour qu'il les fît publier dans la cité de >• Paris et dans une assemblée publique [mallo puhlico)^ et lire en présence des >' échevins [corfon scabineis)-^ ce qu'il fit. L'assemblée déclara qu'elle voulait •' toujours observer ces Capitules; et tous les échevins, les évoques, les abbés et '■> les comtes, les signèrent de leur propre main. » Ce fragment donne une idée de l'organisation civile de Paris ; on y voit quelle était la forme des publications importantes; que plusieurs comtes, évèques et abbés étaient convoqués pour y assister; on voit (pie les lois étaient consenties sans discussion. On aurait une fausse idée du régime intérieui' de cette ville, si l'on })renait ces échevins ou scabins pour des officiers d'un corps municipal, pour les membres d'une institution populaire; ces échevins n'étaient que des assesseurs du comte, que ses auxiliaires dansTadministration de la justice. — Etienne existait encore en qualité de comte de Paris en l'an 81 1, époque où, concurremment avec Amaltrude, son épouse, il donna des biens à l'église cathédrale de Paris, alors qualifiée de Sainte-Marie et de Saint-Étienne. — Bigon, Biegon ou Picopin fut, après Etienne, nommé comte de Paris par Louis-Ie-Débonnaire, qui, l'ayant pris en amitié, lui donna en mariage sa fille KIpheide. H mourut en 816. — (iérard II fut aussi comte de Paris. On ignore s'il succéda immédiatement à Bigon ; mais on est certain qu'en 837, lorsque, a})rès l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, Louis-le-Débonnaire eut donné une grande partie de la Caule à son lils (Charles, Paris et son territoire se trouvant compris dans cette donation, Hilduin, abbé de Saint-Denis, et Gérard, comte de Paris, vinrent [)rèter serment à leur nouveau souverain, (Charles, surnommé le Chauve; mais ce comte et cet abbé s'apercevant que, dans la guerre qui s'éleva entre les deux frères (Charles et Lothaire, ce dernier était le plus fort, ils violèrent le serment qu'ils avaient prêté à Charles, se rangèrent, en l'an 840, dans le |)arti de Lothaire, son ennemi, et lui jurèrent fidélité.
Lothaire alors confia la garde du cours de la Seine au comte Gérard, qui, pour s'acquitter dignement de cette commission, détruisit tous les gués, submergea toutes les barques, et démolit tous les ponts qui se trouvaient sur cette rivière. Chuonrard ou Coru^ad, fils de Conrad comte d'Auxerre, était, en 879,
après la mort de Louis-le-Bègue, comte de Paris. A cette époque Goslin, abbé de Saint-Germaiii-des-Prés, séduisit ce comte par de tlatteuses promesses, et le détermina à trabir son devoir , à renoncer au parti des fils du roi mort, et à favoriser celui de Louis, roi de (;ermanie ou de Saxe. Cet abbé et ce comte eurent alors assez d'autorité pour convoquer une assendjlée d'évèques, d'abbés et d hommes puissants. Dans cette assemblée il tut décidé qu'on enverrait un message aui)rès du roi de Germanie pour l'engager à se rendre en France. Louis de Germanie accepta la proposition, et passa le Rhin à la tète d'une armée nombreuse : armée qui ajouta de nouvelles dévastations à celles qu'exerçaient alors les Normands dans cette région. D'autres comtes, instruits des machinations de l'abbé (;oslin et du comte de Paris, députèrent auprès de Louis de Germanie pour lui offrir la [)artie du royaume de Lothaire dont Charles-le-Ghauve et Louis-le- Bègue avaient joui, et pour l'engager, en faveur de cet abandon, à se retirer en Saxe. Louis se contenta de cette otfre, et rejeta celle de l'abbé Goslin et de Conrad. Ceux-ci, couverts de honte, déchus de leurs esi)érances, revinrent de Verdun à Paris, et, en chemin, se livrèrent à des rapines et à toutes sortes de brigandages dans les lieux où ils purent pénétrer.
V^ers la lin du neuvième siècle, à la faveur des grands désordres de cette époque, une partie de la A'eustrie fut érigée en un duché nommé duché de France. Son territoire, dans lequel se trouvait Paris, s'étendait en longueur de- })uis Laon jusqu'à Orléans inclusivement : dans la suite le royaume fut réduit au duché de Erance, qui s'étendait depuis Pontoise jusqu'à Montereau. Ce pays, qui dans plusieurs monuments historiques est \\o\i\\^^\'d.J'^rance du milieu^ média franc/a, forma les États des premiers rois de la troisième race. Le plus ancien duc de France, mais dont l'existence en cette qualité n'est pas la mieux prouvée, est Hugues, comte d'Anjou et d'Orléans, surnommé l'abbé : il portait le titre de duc eu 884. Robert, successeur et frère du roi Odo ou Eudes, était, en 9i22, comte de Paris et duc de France. Hugues-le-Grand, tils du roi Robert, obtint, en l'an 943, le duché de France, que lui conféra le roi Louis d'Outre-Mer. En 95 i, le roi Lothaire le confirma dans la possession de ce duché. Ce duc mourut en 956. 11 dut le titre de Grand à une grande énergie de caractère, et non à des actions grandes et louables: il fut le tléau des peuples et surtout des rois. Tous ces comtes de Paris et ducs de France s'emparèrent des plus riches abbayes, jouirent de leurs revenus, et priient même le titre d'abbés. — Hugues Capet, fils (le Hugues-le-(;rand, hérita des litres et des biens de son père, et fut, de plus, élu roi de France. Ces comtes de Paris, devenus des persoiuiages importants, devenus ducs, rois, ahbés, dédaignèrent les soins de leur administration, et en chargèrent des vicomtes. On connaît au moins trois de ces fonctionnaires à Paris : (irimoard, (pii l'était en 900; Theudon, dans les années 926 et 927 ; et Burchard ou Buchard, comte de Melun, en 981. Odo ou Eudes fut celui qui offrit le premier exemple d'un comte de Paris devenu roi, et le premier exenq)le d'un roi (pii fut, par la voie de l'élection, élevé sur un trône jusciu'alors héréditaire. Deux autres comtes de Paiis, IU)bert, frère de Eudes, et Hugues Capet, eurent la même destinée, fous ces dncs, ces comtes, se partagèrent, s'arrachèrent les lamheaux de l'empire de Charlemaune.
sors LA SKCONDK WXCK. (\<)
Le comte, révèque, les abhés de Paris exerçaient dans leurs arrondissements respectifs, et sur les viHaj^es (ju'on leur avait concédés, une autorité souveraine; ils avaient leurs troupes, leur palais, leur cour, leurs olliciers à l'instar des rois; ils percevaient à leur gré des contributions, levaient des armées, et faisaient la guerre. Toutes ces usurpations ont, dans la suite, reçu la (pialificalion de lêyitimes, et se sont maintenues comme des droits.
La classe de ces seigneurs souverains était celle des nobles, des oppresseurs, et des hommes qui détruisent. J.a classe des habitants non nobles, divisée en f/)(/énus, ou hommes libres, en serfs ou esclaves, était celle des opprimés et de ceux qui produisent. On voit, [)ar dilTérentscapitulaires, que les iiujâius étaient, jmur les nol)les seigneurs, les objets d'une persécution continuelle, ils les tourmentaient par des vexations de toute espèce. Ils les forçaient à venir dans leurs maisons i)our y faire un service pénible et humiliant. Possédaient-ils des richesses, les comtes, les vicomtes, les évèques, les abbés, ou leurs ofïiciers, sous de vains prétextes, et i)ar des moyens iniques, les dépouillaient de leurs biens. Etaient-ils i)eu favorisés de la fortune, ils les choisissaient pour les faire marcher à la guerre; ou bien, s'ils étaient dans l'aisance, ils les faisaient condamner à des amendes qui excédaient la valeur de leurs propriétés. Alors ces malheureux, pour subsister dans un pays et dans un temps où l'industrie était étouffée, se voyaient réduits à renoncer pour toujours à leur lil)erté, et à livrer leur personne et leur postérité aux chaînes de l'esclavage. —La condition des serfs différait peu de celle des animaux domestiques: leurs maîtres les achetaient, les vendaient, pouvaient les battre et les tuer, (lent cinquante coups de fouet étaient la punition qu'ils leur infligeaient pour les fautes les plus légères. Commettaient-ils des fautes i)lus graves; on leur coupait les oreilles, le nez, un pied, une main; on leur arrachait les yeux ou la vie.
Sans nous arrêter aux actes tyranniques des comtes et d'autres seigneurs féodaux, actes exercés sur la portion la plus utile de la société, remarquons qu'à mesure que la féodalité acquérait des forces, les calamités publiques croissaient et devenaient toujours plus graves. •
Dans l'espace de vingt-trois ans, les chroniques indiquent quatorze années de famine extrême. Et pendant quatre aimées, celles de 850, de 855, de 868 et de 873, la disette fut si grande, qu'elle porta les hommes à s'entr'égorger pour se nourrir de chair humaine. Ainsi, depuis 843 jusqu'en 876, le nombre des années où les hommes mouraient de faim surpassa celui des années où ils pouvaient vivre. Si à ce tableau des famines je joignais celui des fréquents incendies de châteaux, de villes, celui des massacres de leurs habitants, enfin celui des dévastations causées par les guerres continuelles de l'anarchie féodale, on s'indignerait contre les orateurs, les écrivains et les fonctionnaires, assez ignorants ou assez pertides pour louer et regretter le régime infernal qui a produit tant de maux. On vit encore, pendant le reste de la période carlovingienne; un très-grand nombre d'années de famine et de pestilence; mais pour ne pas fatiguer les lecteurs, je ne citerai que les années 895, 899 et 940, pendant lesquelles l'humanité eut encore à gémir de voir de malheureux affamés arracher la vie à leurs semblables pour les dévorer.
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La mauvaise nourriture que prenaient les peuples pendant ces disettes engendra cette cruelle maladie, inconnue dans les temps civilisés, et appelée \ejeu sacré, la maladie des ardents, le mal d'enfer. Le territoire des Parisiens fut, en Tan 945, désolé par cet horrible fléau : les malheureux qui en étaient frappés sentaient leurs membres dévorés par un feu intérieur, supplice qui se terminait par la mort. Quelques-uns de ces malades, pour être soulagés, allaient dans réglise de Paris; et Flodoard dit que plusieurs y furent guéris : il ajoute que le duc Hugues les nourrissait à ses dépens : cependant on en vit qui, n'éprouvant nul soulagement, retournaient dans leur pays : mais le mal, dit ce chroniqueur, augmentait à mesure qu'ils s'éloignaient de cette ville, tandis qu'ils étaient radicalement guéris lorsqu'ils retournaient à Notre-Dame.
COMMEUCK. Pendant les premiers temps, les temps prospères de cette période, le commerce, malgré les nombreuses entraves qui contrariaient sa marche, malgré la gêne toujours croissante des contributions et des péages, se maintint à Paris, comme il s'y était maintenu sous la première race; mais après la mort de Charlemagne, les guerres intestines, causées par l'ambition ou la cupidité des princes, des ducs, des évêques el des comtes, et par les incursions fréquentes des Normands, le détruisirent entièrement. Les Annales de Saint-Bertin rapportent que ces brigands, après avoir, en l'an 861, incendié l'abbaye Saint- Vincent et Saint-Germain (Saint-(iermain-des-Prés), mirent en fuite les négociants, les navigateurs sur la Seine, et les firent prisonniers. Cette incursion des Normands fut suivie de plusieurs autres, qui durent être encore plus funestes au commerce de Paris. Depuis cette époque jusqu'au treizième siècle, le commerce sur la Seine paraît avoir été entièrement interrompu : on ne trouve point d'indices de son existence. Les Juifs, dont l'avidité bravait les dangers, les avanies, amsi que les extorsions des hommes puissants, se livraient ordinairement à un genre de négoce plus propre à détruire l'industrie qu'à la faire prospérer : ils restèrent encore à Paris. Les marchands Syriens, qui abondaient dans cette ville, sous la première race, en disparurent pour toujours. L'horrible anarchie qui signala les derniers temps de la seconde race n'était guère propre à faire revivre le commerce, à favoriser cette précieuse branche de l'économie sociale.
Il existait à Paris un établissement où l'on frappait monnaie, comme on le voit par un capitulairede Charles-le-Chauve, de l'an 864.
Paris était tiop pauvre, ses habitants trop misérables, trop ignorants pour qu'il put s'y établir des spectacles publics. CiCtte absence est peut-être l'indice d'un défaut de prospérité; mais elle ne doit pas être regrettée; car, pendant cette [)ériode, ces amusements étaient extrêmement grossiers. Charlemagne, dans un capitulaire donné à Aix-la-Chapelle, en 789, défend aux Jlls de prêtres et à tous les chrétiens d'assister à ces spectacles, oii l'on ne voit, dit-il, que des indécences.
TABLEAU MORAL DE PARIS
Le tableau des mœurs des honnnes puissants de la seconde race ditfère peu
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lie celui des maniis dos piiiuvs et des dues de la ])reniière. Si Ton eu excepte les reloues de IVpiu-le-lirer, de (llunleniaiiue, et môme celui du iail)le Louis-le- Débouuaii'e, rèj;ues ([ui ue soûl cerlaiuemeut [)as exempls de lâches, ou trouve daus les priuces carlo\ iuj^ieus les mêmes désordres, les mômes erreurs, les mômes crimes (pie chez les priuces mémviugieus. Le naturel des Fraucs, comprimé par (Iharleuiaiïue, ue lui i)oiul chau<>é. La harharie, quoique attaquée, couservail eucore sou empire. Ou peul eu juger par les atroces moyeus employés })ar ce! empereui* lui-môme |)our couvertir les Saxons à la religion chrétieime. (les brutales el san»iuiuaires conversions ne sont pas seulement consignées daus les |)ages de l'hisloire, elles le sont encore dans les lois qu'il a prouudiiuées. Mahomet disait : (.rois ou je te lue; (Iharlemagne, inspiré par des prôtres peu chrétiens, adressait aux Saxons cette menace législative : Si quelqu'un panai vous se cache pour échapper (tu baplè/ne, qu'il meure.
Je me bornerai à dire que, par l'impéritie ou les vices des successeurs de Chailemague, le mal s'accrut; que toutes les hal)itudes immorales, les désordres, les usurpations et la féodalité qu'avait contenus cet empereur, les superstitions (ju'il avait combattues, s'élevèrent, rompirent une digue fragile, et, comme un torrent débordé, entraînèrent les institutions civiles et le trône des Carlovingiens. Ce fut au milieu de cette débâcle morale et politique que quelques comtes de Paris, érigés en ducs de France, se firent, comme je l'ai dit, proclamer rois de ce pays.
Les princes et les rois de la seconde race, comme ceux de la première, offrirent fréquemment le spectacle scandaleux de neveux armés contre leur oncle, de frères contre leurs frères, de fils contre leur père; parleurs guerres continuelles, ils précipitèrent la chute de leur dynastie, et, ce qui est aussi criminel, on vit des princes s'unir aux ennemis communs, aux plus horribles dévastateurs de la patrie; s'unir aux Normands contre l'intérêt général. Hugues, fils de Lothaire, fut convaincu de ce crime : son père, [)our l'en punir, lui fit couper sa chevelure et arrachei' les yeux.
Tout se ressentit de ce bouleversement généi'al : de simples fonctionnaires devinrent des souverains; le troue, d'héréditaire (pi'il était, fut électif; des laïques, ducs, comtes, possédèrent des abbayes, des évèchés; des abbés, des évoques, des prêtres, se métamorphosèrent en chefs militaires, eu guerriers, et quelquefois en brigands. Sous la dynastie méioviugieune, on avait vu [)Our la première fois dans les Gaules, et vu avec étonnement, des évoques marcher à la guerre et y combattre. Sous la seconde race, le noud)re des évoques et des abbés guerriers fut bien plus considérable; on ne s'en étomia plus. Ils acquirent aussi un accroissement de richesses et de })uissance; (pielques-uns devinrent souve- Crains. Ils disposaient des trônes par leurs armes et leurs intrigues. Corrom})US dans les cours, corrompus dans les camps, éclairés j)ar de faibles ou de fausses lumières, ou aveuglés pai' des passions ambitieuses, ces prélats leur sacrifièrent les lois ecclésiastiques, les préceptes de l'Évangile et de la morale. Leur dérèglement correspondait au dérèglement général.
Quant aux mœurs particulières aux Parisiens, elles devaient peu ditï'érer de <-% celles des autres j)euples de la (iaule : voici les seules notions que l'histoire nous
ait conservées. On a vu ci-dessus le comte et l'évêque de Paris, dépositaires infidèles, s'approprier tout ou partie des reliques dont on leur avait confié la garde. On a vu Conrad, comte de Paris, et Goslin, abbé de Saint-Germain-des- Prés, faire révolter une partie de la France contre leur souverain, marcher contre lui à la tèt€ d'une armée, et l'on a vu ce comte et cet abbé, au retour de cette expédition, piller, dévaster tout le pays situé sur leur passage. Plusieurs autres comtes de Paris méritent le titre d'usurpateurs et de brigands; mais, en blâmant leurs vices, je ne dois pas omettre leurs actions louables. Parmi ces comtes, Hugues-le-Grand, ou le-Blanc, coupable d'ailleurs de plusieurs attentats politiques, se distingua par quelques vertus sociales. 11 alimenta journellement, dit-on, les pauvres qui, attaqués du >//«/ des ardents, venaient à l'église Notre- Dame de Paris pour y obtenir leur guérison.
Abbon, dans son poème sur le siège de Paris, nous a conservé quelques traits du caractère des Francs, qui défendirent cette ville contre les attaques des Normands : il leur reproche trois vices principaux, auxquels il attribue les malheurs de la patrie. Ces vices sont l'orgueil, la débauche et le luxe des habits. L'orgueil, vice commun aux hommes ignorants et puissants, est mentionné sans ùtre exposé avec détail par cet auteui'. Voici le tableau qu'il fait de leurs autres imperfections. << Tel est l'excès de votre luxure, dit-il, que vous souillez » sans pudeur la couche de vos parentes, que vous ne respectez pas môme celle » des religieuses consacrées au Seigneur, et que même vous portez la débauche » jusqu'à faire des outrages à la nature, tandis que vous trouvez assez de fem- « mes disposées à vous satisfaire. » L'écrivain parle ensuite du luxe des vêtements. « Une agrafe d'or fixe la partie supérieure de votre habillement; pour » vous préserver du froid, vous couvrez votre coi'ps de la pourpi'e de ïyr : vous " ne voulez d'autre manteau qu'une chiamyde chargée d'or; la ceinture qui » presse vos reins doit être ornée de pierres précieuses; enfin il faut que l'or » brille sur votre chaussure et sur la canne que vous portez. Telles sont vos » mœurs; les autres nations n'en ont point d'aussi dépravées. 0 France! s'écrie » ensuite noire poète, si tu ne repousses de ton sein ces trois vices, qui, suivant » le témoignage de l'Écriture sainte et des prophètes, sont la source de tous les » crimes, tu perdras ton courage et ta patrie I >
Les criminels étaient condamnés à se promener nus et chai'gés de fers (nudi ciim ferro). En parcourant les campagnes, ils abusaient de la crédufité publique : une ordonnance de Charlemagne les assujettit à rester dans le lieu où ils ont commis leur crime, et à y subir la pénitence qui leur est imposée. — Si un homme avait égorgé un de ses })arents, et qu'il fût traduit devant le tribunal de l'évêque, celui-ci le condamnait à être dépouillé de ses habits; lui faisait attacher au cou le poignard dont il s\'Mait servi pour ce meurtre, et le faisait charger de chaînes, de manière que ses bras étaient fortement liés sur son corps. Dans cet état on le chassait de son pays. -—Les femmes dont le libertinage était scandaleux, subissai<MU une i)eine à peu près semblable; elles étaient forcées de parcourir, pendant cpiarante jours, les campagnes, nues depuis la tête jusqu'à la ceinture, et portant sui- leur front un écriteau oii leui' délit était désigné.
Charlemagne, s'il ne fit pas tout le bien qu'il put et dut faire pour civiliser ses
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sujets ol anu'lioivr leurs nueurs, s'appliijua iiéainnoiiis, vers la lin de son règne, lorscpi'il eut ae(|uis de l'expérienee, à ('<)nd)allre les erreurs, les abus el les viees dont la barbarie el le régime politicpie des Kranes étaient les sources. 11 lit plus : il créa des institutions enseignantes, niulliplia les écoles, toujours profitables à la vérité et aux bonnes mœurs, et lit de noml)reux efl'orts pour dissiper les ténèbres de l'ignorance. C'est par ce bienfait, ([ui ne l'ut pas continué par ses successeurs, plus que par ses conquêtes, utiles à lui seul, fatales à taiiL de nations, qu'il mérita la reconnaissance de la [)Ostérité, et le titre de Grand.
Après la mort de cet empereur, la civilisation ne sembla sortir de ral)îmeque pour s'y plonger plus profondément. J.e dixième siècle, qui termine à peu près cette période, fut, par l'absence de lois, de vertus et de raison, par la présence des erreurs et de toutes les calamités sociales, le plus affreux des siècles. " Chacun, dit un savant moderne, faisait ce qu'il lui plaisait, méprisant les lois
» divines et bumaines Les puissants opprimaient les faibles, exerçaient des
» violences contre les pauvres et des pillages contre les églises. La porte fut » ouverte à tous les vices, et l'impunité assurée. « — L'ignorance était extrême : les ecclésiastiques mômes, sacbant à peine lire, ne comprenaient pas ce qu'ils lisaient, et, par insouciance ou incapacité, ne donnaient aucune instruction au peuple. On voyait des vieillards qui méconnaissaient entièrement les premiers principes de la religion, et ne savaient pas même le Symbole ni l'Oraison ''V^
dominicale. Frotier, évêque de Poitiers , et Fulrade, évêque de Paris, ne trouvant dans leur diocèse aucun prêtre capable d'instruire, furent obligés de charger Abbon, moine de Saint-Cermain-des-Prés, de composer des formules de petits sermons et d'expositions évangeliques, afin que leurs prêtres pussent les réciter au peuple.
Mais l'ignorance est un mal moindre que l'erreur : les superstitions les plus absurdes furent adoptées, et servirent de règles. L'astrologie, les divinations, les augures, la magie, les sortilèges, et surtout les épreuves par le feu et le fer chaud, par l'eau froide ou bouillante, etc., épreuves auxquelles on donnait le nom imposant de jugemenU de Dieu, furent alors en grand crédit, et autorisés par les évêques et même par des conciles. Celui de Narbonne en 902, et celui de Tours en 925, montrèrent une entière confiance dans ces pratiques misérables et impies. La barbarie des Francs et les vices de leur gouvernement avaient tellement dégradé l'espèce humaine, que, sous le rapport intellectuel, les animaux se trouvaient alors, il faut le dire, supérieurs aux hommes. L'instinct des premiers les sert bien; les erreurs des seconds les égarent et les dégradent.
La plus forte preuve des vices du gouvernement résulte des calamités qu'éprouvèrent les gouvernés. — Or, pendant un siècle environ, notre patrie fut affligée par vingt-trois années de famine excessive, dont huit furent souillées par des actes d'antliropoph/ff/fe. Quelle moralité, quels actes de vertu peut-on attendre d'une |)opulation corrompue par l'exemple de la conduite désordonnée des prélats et des comtes, tourmentée par des guerres continuelles, par d'affreuses maladies, et désespérée par une faim excessive! Telle était l'espèce de prospérité que produisait le gouvernement des Carlovingiens.
Pendant que dominaient ces erreurs, ces désordres, ces crimes, ces calamités, la double aristocratie cléricale et nobiliaire renversa le trône de Charlemagne, comme elle avait renversé celui des Mérovingiens; et ce fut sur ses ruines que s'élevèrent des trônes nouveaux, et que s'établit une dynastie dont je vais parler.