PARIS SOUS LA SECONDE RACE
COUP d'œtl sur cette dynastie; tncubsion des normands.
Les majordomes {majores domùs)^ ou maires du palais, et les ducs, s'étaient, depuis la mort deDagobert L', emparés du pouvoir souverain, et avaient laissé aux descendants de Clovis un vain titre de roi. Ils parvinrent à les priver de ce titre, et à se l'attribuer. Pépin de Héristel, duc d'Austrasie, avait usurpé, dans cette contrée orientale de la Gaule, l'autorité suprême. Son fils, Charles- I. -^ 8
Martel, \mv son courage, ses exploits militaires et les services éniinents qu'il rendit à son pays en le délivrant des arnnées sarrasines, légitima et fit respecter cette usurpation. En l'an 752, Pépin H, dit le Bref , fils de Cliarles-Martel, en réunissant la Neustrie à l'Austrasie, mit toute la Gaule sous sa domination. Plus audacieux que ses pères, qui n'avaient porté que les titres de maires du palais ou de ducs, il se fit proclamer roi, et devint le chef de la dynastie carlovingienne. Charles, dit le (irmid, son fils, vulgairement nommé Charlemagne, doué d'autant d'audace et d'énergie, d'un génie plus vaste et plus entreprenant, succéda, en l'an 768, à son père Pépin H. En l'an 772, après la mort de son frère Carloman, il régna seul dans la Gaule et dans les autres contrées qui en dépendaient. Puis, en l'an 800, ayant étendu ses conquêtes en Europe, il fut, à Rome, proclamé empereur d'Occident et môme auguste. Sous Charlemagne, le gouvernement des Francs s'éleva au plus haut degré de splendeur; mais, dépourvu de bases solides et d'institutions robustes et nationales, et ne devant son énergie qu'à celle de son chef, ce gouvernement, malgré les changements utiles qu'il éprouva, tomba avec l'homme qui le soutenait. Les mêmes vices qui avaient causé la ruine de la dynastie mérovingienne causèrent celle des Carlovingiens.
Charlemagne voulut fortement l'amélioration de l'état civil et de l'état moral, voulut réformer leurs désordres et les abus; mais, en combattant les conséquences, il laissa subsister le principe. 11 fallait remonter à la source du mal, et la tarir; il ne fit que contenir ses effets. Il fallait changer les choses, il ne changea que les hommes : il destitua plusieurs ducs, plusieurs comtes; il déplaça plusieurs évèques , et leur adressa de vives réprimandes sur leur conduite désordonnée. Toutes ces tentatives n'eurent: que des succès éphémères. Le mal, dont il contint les développements pendant son règne, n'éclata qu'avec plus de force après sa mort. Il aurait dû restreindre les pouvoirs de la noblesse, les pouvoirs du clergé, et diminuer ses richesses immenses, souvent très-mal acquises et très -mal employées, comme lui-même le témoigne. Il conserva, dans son gouvernement, plusieurs coutumes que les Francs tenaient de leur barbarie originelle, et notamment celle qui autorise les fils à partager entre eux les États de leur père. Cette coutume avait, sous la première race, allumé, entretenu le feu des guerres civiles, et elle ne fut pas moins fatale sous la seconde. Charlemagne ne se doutait pas qu'il pût exister un régime préférable à celui que ses aïeux avaient adopté dans les forêts de la Germanie; il ne.connaissait que le despotisme, si commode pour les chefs des nations, et qui serait le meilleur des gouvernements, si les rois étaient les meilleurs des hommes. Charlemagne était plus propre à réparer qu'à construire un édifice politique. Cet empereur fut le premier prince franc qui, malgré plusieurs taches de barbarie qui ont souillé sa mémoire, offrit un caractère d'héroïsme, de magnanimité, et moTitra du génie. 11 fit de grands efforts pour ramener dans ses Etals le culte des lettres. S'il ne réussit pas complètement dans l'exécution de ce noble projet, il faut en accuser son siècle et les vices du gouvernement. Il rétablit des écoles de|)uis longtemps abandonnées : elles ne répandirent pas de grandes lumières, mais elles préservèrent les lettres de leur ruine totale.
sous I A SKr(>.M)K \\\(]\:. 50
(".harloina^iio promulj;ua un hvs-^rand nom])!!» do lois, cl eut la Ibrco de les lairo ox(Tiiler. Ses successeurs en puhlièiHMil beaucoup aiissi , mais elU^s ue l'urenl pas (oujours suivies de leur exéculiou.
Le "28 jauviei' Sli, (lliailemagne mourui daus sou palais d'Ai\-la-(lliapelie, el laissa uue reuonmiée de j^raudeur qu'il devait à sa vaste domiuatiou et à la supériorité de son génie. Je ne parlerai |)oiut ici de ses successeurs, de ce l.ouis-le-l)éhounaire, si dévot, si doux, si faible, et si cruellement outragé par sesllls; ni de Charles-lc-(^hauve, dont la méchancelé, la faiblesse et l'impérltie bâtèrent la ruine de la dynastie carlovingienne. Os princes, guidés ou plutôt li'ompés par la noblesse et le clergé, livièrent la (iaule aux plus alïVeux désor- (b'es, et se laissèrent entièrement dépouiller de l'autorité souveraine par ces deux classes.
Ainsi Tabsence de forfes institutions, l'usage des souverains de partager leurs lUats entre leurs fils, le caractère faible des successeurs de Charlemagne, l'ambition des ducs et des évèques, toujours prêts à profiter de cette faiblesse, répandirent sur la (iaule un torrent de calamités, et procurèrent aux dépens des rois et des peuples une désastreuse consistance au régime féodal, le pire /le tous les régimes. A ces malheurs il faut joindre les nombreuses incursions des Normands, qui, pendant près d'un siècle, vinrent à diverses reprises, et sur ditîérenls points, piller et dévaster la Gaule. Ces brigands, à la faveur du désordre général, purent souvent, sans rencontrer d'obstacles, assouvir leur barbare cupidité.
Paris eut sa part des événements désastreux qui affligèrent les autres lieux de la <jaule, et cette ville fut aussi une notable victime de la faiblesse des rois et du brigandage de ces étrangers.
Les pertes de Paris sous la seconde race ne furent compensées par aucun avantage, si ce n'est que ses églises s'enrichirent d'un très-grand nombre de reliques, objets alors d'une haute impoilance pour le clergé. Je dirai, dans la suite, comment ses richesses furent acquises; mais je dois auparavant exposer sommairement l'historique des incursions des Normands, et des maux qu'ils causèrent à cette ville. Dès Tan 808, ces barbares commencèrent à infester les cotes de la (iaule. En 820, ils firent remonter leurs barques par la Seine, et tentèrent de pénétrer dans l'intérieur de la Neustrie; ils en furent repoussés.
En 8il, ils remontèrent sans obstacle cette rivière, pillèrent tous les lieux d'habitation situés sur Tune et l'autre de ces rives, puis se retirèrent chargés de butin. Encouragés par ce succès facile, en 845, les mêmes étrangers, conduits par Ragenaire, montés sur cent vingt baniues, font une nouvelle expédition, et s'avancent jusqu'à Paris. Ils s'y présentèrent la veille de Pâques. Rien n'était disposé pour la défense, tant était faible et vicieux le gouvernement d'alors. On ne leur oppos"a aucune résistance. Les Parisiens désertèrent leur ville; les prêtres et les moines, avec leurs trésors et leurs reliques, prirent brusquement la fuite. Tout ce qui restait de biens dans cette place sans défense devint la proie des Normands. Cependant l'empereur (^barles-le-Chauve, à la tête d'une armée, s'avance jusqu'à l'abbaye Saint-Denis; mais, n'osant pas combattre ces ennemis, il s'arrête dans cette abbaye. Là, il traite avec eux, et, [)our s'en
débarrasser, il leur donne la somme de sept mille livres pesant d'argent. A la fin de décembre 856, nouvelle incursion de ces Barbares; nouvelles alarmes, nouvelles pertes, même imprévoyance. Sans éprouver la moindre résistance, ils pillèrent Paris pour la seconde fois, et continuèrent leurs dévastations pendant tout le mois de janvier 857. Voici ce que portent les Annales de Sain t- Bertin : « Les pirates danois envahissent la Lutèce des Parisiens (LofUiam Pari- » siorum)y et y mettent le feu... Les Danois, qui séjournent sur les rives de la » Seine, dévastent tous les lieux voisins ; ils entrent dans la Lutèce des Parisiens, " brûlent la basilique du bienheureux Pierre et de Sainte-Geneviève; d'autres ba- » siliques, telles que l'église de Saint-Étienne, celle de Saint-Vincent et de Saint- » Germain, et celle de Saint-Denis (Saint-Denis-de-la-(vhartre), se rachètent de » l'incendie moyennant des sommes considérables. >^ Les dégâts qu'ils commirent alors dans le monastère Saint-Vincent ou Saint-Gerniain, et dans Paris, sont plus détaillés par l'historien de cette abbaye." (^es brigands, dit-il, pénètrent sans obstacle dans ce monastère et dans l'église, où ils trouvent les moines occupés à chanter matines; ils les mettent en fuite, ou les réduisent à se cacher, pillent les vases sacrés et tous les objets précieux contenus dans le couvent, incendient le bâtiment du cellier, et tuent quelques familiers de l'abbaye, qui n'avaient pas eu le temps de fuir. De là ils abordent dans l'île de la Cité. A leur approche, les négociants épouvantés se pressent de transporter leurs marchandises sur leurs bateaux, et cherchent à échapper aux pillards; mais ceux-ci s'emparent des marchands et de leurs richesses, et réduisent en cendres les habitations de la ville. »
Pour la troisième fois, au mois de janvier 861, les Normands envahissent Paris, le brûlent ainsi que la basilique Saint-Vincent ou Saint-Germain-des-Prés et quelques maisons voisines. Enhardis par ces exploits sans obstacles, ces brigands, auxquels se joignaient plusieurs nobles ou princes francs, conçurent le projet de chercher, dans les pays situés au-dessus de Paris, des richesses qu'ils ne trouvaient plus dans des contrées situées au-dessous de cette ville, contrées et ville où il ne restait plus rien à prendre. Je pense qu'alors, maîtres de cette place, ils rompirent le Grand-Pont, ou Pont-au-Change, afin que leurs barques pussent facilement remonter la Seine. Ils durent le rompre, ])arce que ses piles, trop rapprochées les unes des autres, opposaient à leurs barques un obstacle qui les empêchait de porter leur brigandage |)lus loin. Toutefois, il est certain qu'alors ils remontèrent la Seine, et pillèrent, au-dessus de Paris, des contrées où ils n'avaient pas encore porté leurs ravages.
Arrivés avec leurs barques au-dessus de Paris, ils entrèrent dans la Marne, pillèrent l'abbaye de Saint-Maur, puis la ville de Meaux; une partie de leur, troupe alla prendre et ravager Melun. L'empereur Charles-le-Chauve restait ï Sentis pendant ces ravages, ne pouvant ou n'osant point en arrêter le cours. Ce prince faible et dévot, après la retraite des Normands, ordoinia, dit-on, la réparation des bâtiments', des églises, de l'abbaye Saint - Vincent ou Saint -Germam, et, par un diplôme, la reconstruction du (Jrand-Pont, que les Normands avaient (léiruil. Voici ce (lue porte ce diplôme : < l>our la tranquillité de toutnotre » royaume, pour la défense de la sainte Église de Dieu, et pour être préservé des
sors LA SECOM)!: KACK. ^^^^^^^ 61
» ravages dos Xorniands, il nous a plu, avec le consentonieut d'Énéo, évc^iue dv » Paris notre lidèle, de l'aire eonsiruire à Paris, et sur le territoire du monastère » de Saint-(ierniain, monnsfrrr (incienncmcnt nommé VAuxerrois''\)^ un grand » poni (OU le(irand-Pont, majorent J'acrrr pouf ew)^ aux dépens de notre trésor. » Charles-le-Chauve donne ensuite, pour l'amour de Dieu, de sainte Marie, mère de Dieu, et de saint Étieime, les jiroduitsde ce pont à l'évi^cpie de Paris et à ses successeurs. Les notes chronologiques de ce diplôme ne s'accordent pas entre elles. L'année où il fut donné est, suivant les uns, celle de 870; suivant les autres, celle de 8()1 ; de sorte qu'il n'est pas facile d'en déterminer l'époque.
Quoique ce diplôme porte, comme beaucoup d'autres, des caractères de fausseté, il est certain que le fait principal, la reconstruction du Grand- Pont, ne peut être révoqué en doute, puisque, dans la suite, lorsque les Normands firent une nouvelle incursion, ils trouvèrent ce pont reconstruit, ce qui rendait plus dinicile et contrariait leur projet de remonter leurs barques au-dessus de Paris. Alors, pour vaincre cet obstacle, ils eurent recours à des moyens extraordinaires dont je parlerai. De plus, Adon, dans sa (chronique, dit que « (Iharles-le-Chauve " lit construire un pont sur la Seine, pont dont les extrémités étaient munies " de forteresses afin d'arrêter l'impétuosité des Danois et des Normands. » (le [)assage confirm*' le fait de la construction d'un pont énoncé dans le diplôme, mais ne prouve rien au delà.
La situation de ce pont a fait naître de longues discussions, Plusieurs écrivains modernes ont prétendu que Clbarles-le-Chauve ne se borna pas à faire réparer le grand et le petit pont ; qu'il en fit, de plus, construire un troisième, qui aboutissait à l'ile de laflité, traversait les deux bras de la rivière, et se divisait en deux parties. Le plus grand nombre de ces savants placent ce pont un peu audessus du Pont-Neuf; mais c'est là une conjecture qui ne s'appuie sur aucun document authentique. 11 est évident que (Iharles-le-Chauve se borna à faire reconstruire le (irand-Pont, comme le portent le diplôme cité et la (^bionique d'Adon ; à le faire fortifier ainsi que le Petit-Pont, à placer des tours ou forteresses à leuis extrémités, afin d'opposer une barrière insurmontable à la navigation ultérieure des Normands. Ce diplôme, d'ailleurs, ne fait mention que d'un pont, que du Granâ-Ponl, inajorrm pontem. C'est ainsi qu'on nommait anciennement le Pont-au-Cbange, parce ([u'il était bâti sur le plus grand bras de la Seine; et, par opposition, le pont qui traversait le petit bras de cette rivière était appelé Petit-Pont. La chronique d'Adon ne parle aussi que d'un pont, muni de forteresses à ses deux extrémités, comme il l'était lorsque, dans la suite, les Normands firent le siège de Paris. Vax l'an 877, Charles-le-Chauve ordonna que la cité de Paris, les châteaux situés sur la Seine, et spécialement le "^ff" château de Saint-Denis, seraient rétal)lis ou réparés. Ces réparations mirent Paris en état de défense.
Vingl-(juatre ans s'écoulèrent, et Paris, pendant cet intervalle de temps, n'é-
'1)Cps mots, moHd.stère anciennement nommé l'Jurerroi.s, prouvent la faussclc du diiilùmc. Sous la première et la seconde race, celle église se Jiommait Saint-Germain-le-Bond. Elle a porté ce nom jusqu'au douzième siècle.
62 HISTOIUE DE PARIS -^
prouva aucune insulte de la pari des Normands ^ mais, en 885, on appril que ces brigands étrangers remontaient la Seine. Alors Goslin, abbé de Saint- Vincent ou de'Saint-Germain, et depuis peu évéque de Paris, guerrier prévoyant, se hâta d'ajouter de nouvelles fortilications aux fortifications déjà ordonnées par Charles-le-Chauve, ou peut-être ne fit-il que continuer celles que cet empereur avait prescrites.
Dès que l'on fut informé de l'existence de ces fortilications et des dispositions faites par l'évèque (ioslin pour résister aux Normands, la confiance s'établit, et la cité de Paris, munie de murailles, de tours et de guerriers, fut considérée comme une place inexpugnable. Alors les églises, les monastères des environs de Paris, et même de quelques contrées éloignées, s'empressèrent d'y apporter ce qu'ils possédaient de plus précieux, leurs corps saints et leurs reliques; Paris en fut surchargé. Mais si cette ville devint pour ces reliques un asile assuré contre les dévastations des Normands, elle ne le fut pas contre la mauvaise foi du comte et de l'évèque. C'est ce qu'on verra dans la suite.
Les Normands, montés sur leurs barques, dont le grand nombre couvrait la surface de la Seine dans l'espace de deux lieues, arrivent sous. les murs de Paris. Ils demandent la faculté de remonter la rivière, et promettent de ne causer aucun dommage à cette ville si on leur laisse le passage libre. C'était demander la rupture du Grand-Pont. L'évèque Coslin et Odo ou Eudes, comte de Paris, leur déclarent qu'ils ne peuvent le permettre. Alors les Normands se décident à faire le siège de Paris. On demandera pourquoi ces étrangers, ayant déjà, en 861, franchi cette barrière en rompant le Crand-Pont, n'employaient pas en 885 le même moyen. Voici la réponse. En 861, Paris était sans défense; et en 885, il se trouvait muni de fortifications et de gens de guerre. Chaque pont présentait à ses extrémités deux tours, comme on le verra dans la suite ; ces tours protégeaient ces ponts, et en rendaient l'approche diflicile et dangereuse aux Normands. Ils renoncèrent à l'attaque du pont. Le 25 novembre 885, au nombre d'environ trente mille combattants commandés par Sigefride, ils donnent un premier assaut, et attaquent particulièrement une tour ou citadelle construite en bois, et montée sur un massif de maçonnerie. Cette construction n'était pas encore achevée; elle le fut pendant la nuit suivante. H est vraisemblable que cette citadelle ou tour dépendait du palais du comte, aujourd'hui palais de Justice, et qu'elle s'élevait à la partie occidentale de l'île de la Cité. Les Normands donnèrent à cette place huit assauts successifs, l'assiégèrent pendant plus de treize mois, et, pour se dédommager (le rinulilité de leurs efibrts et du temps qu'ils perdaient à ce siège, ils ravagèrent et pillèrent tous les environs de Paris. L'empereur Charles-le-Gros, un (les successeurs de Charles-le Chauve, pressé de porter des secours aux Parisiens, airiva à la tête d'une armée, qu'il fit camper au bas de Montmartre; mais, n'osant ris(pier une bataille, il conclut, le 30 Novembre 886, une paix honteuse avec les Normands, et consentit à leur donner quatorze cents marcs (Targenl, ])ayables en mars 887, à condition qu'ils lèveraient le siège. Les Normands, moyen nanl (tI engagemeni, renoncèrent au siège de Paris, mais ne renoncèrent pas au projel de pilkr les contrées supérieures arrosées par la
sous LA SKCONDi: lUCK. t>:i
Seim», la Marne iM rVoniK'. Ia\ conséqiKMU'c, pour ronionlcM' la promiôre de ces rivières sans violer le traité, ils n'abattirent point 1(^ (iiand-l^ont; mais ils prirent le parti extraordinaire de tirer leurs banpies hors de l'eau, et de lestraînei' par terre dans un espace de deux mille pas, jusqu'au-dessus de Paris, où ils les remirent à Ilot, pillèrent et ravagèrent les pays qu'arrosent la Seine et autres rivières supérieures; iiprès avoir vainement assiégé Sens, ils vinrent [)onctuellement, au mois de mars 887, à Paris, pour y toucher la somme d'argent qui leur avait été promise par le traité; ai)rès qu'elle leur tut livrée, les .Normands retournèrent à leurs expéditions ordinaires.
Va\ 890, avec leurs i)aleaux chargés de butin, ils descendirent la Seine jusqu'auprès de i^aris, où ils rencontrèrent Tobstacle qui, quatre années aupal'avant, les avait si longtemps airètés. Pour le surmonter, ils eurent recours au moyen qu'ils avaient déjà employé : ils traînèrent leurs bateaux sur terre, et les remirent à tlot au-dessous*de cette ville. Depuis cette époque, Paris ne fut plus inquiété par ces hordes de brigands; cependant, en l'an 925, les Normands établis à Rouen, au mépris des traités, firent des incursions dans le Beauvoisis et dans l'Amiénois; les Parisiens tombèrent sur ceux de ces étrangers qui habitaient le pays situé en deçà de la Seine, bridèrent leurs villages et enlevèrent leurs bestiaux.
D'autres l)rigands aussi funestes au bonheur public, et honorés de titres imposants, tirent encore des environs de cette ville le théâtre de leurs fureurs. L'empereur Othon H, en guerre contre Ij)thaire, roi de France, au mois d'octobre 978, à la tète d'une armée de soixante mille combattants, s'avança jusqu'aux portes de Paris, bi'ida un taubourg de cette ville, qui ne peut être que celui du Nord, et soutint un combat dans son voisinage, où il perdit beaucoup de soldats, et notamment son neveu; mais il eut le glorieux avantage d'approcher d'une des portes de la Cité et de la frapper d'un coup de lance. Satisfait des ravages qu'il avait exercés sur le territoire parisien, satisfait de l'incendie d'un faubourg et d'avoir porté un coup de lance à une des portes de Paris, il monta triomphant sur la cime de Montmartre, et y fit chanter allrjvia. Bientôt cette fanfaronnade fut tioulHée par l'arrivée du roi Lothaire, qui, avec les forces réunies du comte Hugues Capet et de Henry, duc de Bourgogne, attaqua ce fier conquérant, le mit eri fuite, le poursuivit jusqu'à Soissons, et s'empara de tous ses bagages.
Lorsque le calme et la sécin'ité eurent succédé aux alarmes, et qu'on ne craignit plus les incursions des Normands, les chefs des églises et des monastères qui avaient abrité leurs reliques dans les églises de Paris vinrent les réclamer; mais le comte et i'évêque, dépositaires infidèles, en refusèrent la restitution, et retinrent le tout ou la plus grande partie de ces reliques. Ce refus produisit dans l'état des églises et chapelles de cette ville des changements importants.
C'est ainsi (lue la cal (uklralc conserva la chasse de saint Marcel, les corps de saint Severiii, de saint .Justin de Louvres, de saint Lucain de Moisy, une partie des reliques de saint Cloud et peut-être celles de saint Denis. L'église Samt- Germain-Ie-Vf'mtw; ancien baptistère situé dans la Cité, plac<' du Marché-Neuf, ne voulut restituer la chasse de saint (iermain qu'à condition (lu'elle garderait
un bras de ce bienheureux prélat. On pense que la chapelle Saint- Leuf roi, bâtie vers le milieu de la place du (irand-Chàtelet, possédait le tout ou une partie de la relique du saint dont elle portail le nom, et qui appartenait au monastère de Sainte-Croix-de-Leufroi, dans le diocèse d'Evreux. L'Église Saint- Maçfloirp, rue Saint-Denis, d'abord simple oratoire dédié à saint Georges et placé dans un cimetière, était la propriété des religieux de Saint-Rarthélemi de la Cité. Ces l'eligieux, se trouvant trop à l'étroit dans leur éghse, transportèrent leur précieuse relicpie dans l'oratoire Saint-Georges, et y construisirent un monastère qui devint si considérable par la suite, qu'il reçut le titre d'abbaye. Au K)*" siècle, il fut démoli en partie, et sur son emplacement s'élevèrent d'abord l'hôtel de Soissons, puis la Halle aux Farines. — Saint-Barthélemi, dont nous venons de parler, ancienne chapelle du palais, plus tard église royale et paroissiale, étaiî situé rue de la Barrillerie, en face du Palais de Justice. Sur l'emplacement qu'elle occupait, on établit le théâtre de la Cité, auquel succéda la salle des Veillées, enfin des loges de Francs-Maçons et le Prado. — La chapelle Noire-Dowe-des-Bois, dotée par Louis-le-Bègue et enrichie des reliques de sainte Opporfune, fut l'econstruite sur un plan plus vaste, et reçut le titre de collégiale. Otte basilique, qui s'élevait sur la place qui porte son nom, a été démolie en 1797. On ne sait rien de l'origine de la première église Saint-Landri dans la Cité. On pense qu'elle prit ce vocable après les invasions des Normands, et le dut à la possession de quelque partie, du corps de saint Landri, qui appartenait aux prêtres de Saint-Germain-l'Auxerrois. Cet édifice a^ été rasé complètement. En 1828 et 1829, on a découvert dans ses fondations plusieurs antiquités dont j'ai parlé. — C'est encore dans cette même période que fut fondée l'église Saint-Jean-des-Arcis, rue de la Vieille-Draperie, par Théodore, vicomte de Paris. Elle fut érigée en paroisse en 1130, et démolie en 1800. Une rue aboutissant à celle de la Pelleterie a été percée sur son emplacement.
ÉCOLES DE PARIS. Charlemaguc, après avoir parcouru les contrées de l'Italie, s'aperçut que «es Francs étaient fort inférieurs aux nations chez lesquelles se conservaient encore quelques restes de l'antique civilisation; il prit la résolution de faire renaître dans la Gaule le culte des lettres et d'y établir des écoles. Pour le^ seconder dans ce projet, le clergé gaulois, dont l'ignorance, à peu d'exceptions près, était extrême, ne lui olVrait que de faibles ressources. Il appela donc des savants étrangers, des chantres, des grammairiens, des arithméticiens. Il adressa à tous les évêques et abbés une lettre circulaire pour leur prescrire d'étal)lir, dans leurs églises ou dans leurs monastères, des écoles particulières ou publi(pir>s : il se faisait obéir. On enseignait, dans ces écoles, à lire, à écrire, l'arithmétique, l'astrologie, qui ordinau'ement se bornait au calcul i\]^)e\éro,jipuf,(m à lu méthode de déterminer les fêtes mobiles; enfin on y enseignait l'art de chanl(M' au lutrin, art qui donnait une grande considération à celui (pii le possédait parfaitement. Telle est l'esi)èce d'enseigiiement dont Charlemagnc gratifia ([uelques parties de la (iaule. Cet enseignement, qui n'agrandit |)as le foyer des lumières, du moins les enq)êcha de s'éteindre.
I/hisloire nous apprend que Oharlemagiie fonda une école dans son palais,
SOI s LA SKCONDR KACi:. 65
c'cst-à-iliro dans le palais qu'il hahitail lo plus oïdiiiairemeiil. Or, ce palais ne peut ("Ave celui de Paris, ou ce souveiaiii ne résida presque jamais. Les écrivains (pli Tout considéré comme le fondateur de VVnivenilé, ont donc avancé une opinion qui n'est pas soutenahle. (le (\u'\\ y a de certain, c'est qu'il existait dans Paris quehjues écoles pour les personnes qui se destinai(Mil au sacerdoce, et que, conformément à l'ordre de Cliarlemagne, il dut en être établi dans la maison épiscopale, dans les abbayes Sainte-deneviève, Saint-(iermain-des- Prés, etc. A la vérité, les monuments histoiiques du temps ne mentionnent (pie l'école de Saint-Ciermain-des-IM'és ; on connaît quelques-uns de ses professeurs et de ses élèves; on connaît même les ouvrages qu'ils ont comi)osés ; tandis ([u'on ne trouve aucune notion semblable sur les autres prétendues écoles de Pai'is.
On sait qu'Abbon, ([ui composa, en latin barbare, un poème sur le siège de Paris par les Normands, était élève de l'école de Saint-Germain-des-Prés, et cette production, il faut le déclarer, ne donne pas une idée bien avantageuse des talents de l'élève, ni des progrès de l'instruction dans cette école. On sait qu'en l'an 900, Rémi, moine de Saint-Germain-d'Auxerre, vint à Paris pour ouvrir une école de pbilosopbie ou plutôt de dialectique, école qui fut, à ce que l'on croit, la première en ce genre. On ij^nore en quel lieu il {professait; peutêtre son école fut-elle indépendante, comme dans la suite on en vit plusieurs à Paris. On sait aussi qu'il eut pour successeiu' Odon, son disciple. Mais ces écoles isolées, n'étant point régies par la même loi, ni soumises à des principes, à des règles, à des métbodes uniformes, et ne formant point corps d'enseignement, ne pouvaient constituer une université. Sous Charlemagne, et pendant plus de quatre cents ans après lui, il n'y eut à Paris ni la cbose ni le mot : la chose commença à se former sous le règne de Pbilippe-Auguste, et le mot d'Université ne figura pour la première fois, dans l'histoire, que sous celui de Louis IX. On a débité sur l'origine de ce corps enseignant plusieurs autres erreurs dont je parlerai plus loin.
TABLEAl PHYSIQUE DE PABTS»
L'enceinte de l'île de la Cité, la seule qui existât sous la première et la seconde race, reçut, en 885, lorsque les Normands vinrent en faire le siège, un accroissement de fortifications. Le comte Eudes et (ioslin, évêque de Paris, firent travailler à ces fortifications, et construire notamment une tour ou citadelle en bois, établie sur un massif de maçoimerie; tour située à l'extrémité occidentale de la Cité, objet des attaques réitérées des Normands. Les deux ponts en bois, les seuls par lesquels on pénétrât dans l'île de la Cité, furent aussi, en cette occasion, fortifiés par des tours placées à leurs extrémités. Ces tours qu'Abbon, dans son poème sur le siège de Paris, désigne par le mot de Phalœ, étaient en bois, comme les ponts qu'elles protégeaient : < Cité de Paris! tu es heureuse, s'écrie " ce poète, d'être placée dans une île : un fieuve te serre doucement dans ses » bras, et circule tout autour de tes murailles; à ta droite comme à ta gauche, w des ponts, qui s'étendent jusqu'aux rives opposées, sont fermés par des por-