‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 17 sur 96 · HISTOIRE DE 1>AÏ\1S · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE 1>AÏ\1S

adopter les habitudes des seigneurs de son temps, et guetter les marciiands sur les chemins pour les voler. Je parlerai plus amplement, dans la suite, de ces mauvaises habitudes du roi i>hilippe I«'".

Le seul établissement (lui eut lieu à l>aris sous le déplorable règne de ce prince, fut l'église NOTRE-DAME-DEs-viGNES OU DES-CHAMPS, située ruc d'Enfer. D'abord oratoire, bâti au milieu du cimetière antique dont j'ai parlé ci-dessus, puis chapelle, enfin couvent, cet établissementreligieux devint, sous la seconde race, la proie des seigneurs laïques. Adam Payen et Gui Lombard le possédaient, ainsi que leurs ancêtres l'avaient possédé, comme une propriété patrimoniale. En 1084, époque où le clergé commençait à revendiquer de pareilles propriétés, ces seigneurs donnèrent ou vendirent celle-ci à des religieux de l'abbaye de Marmoutier, propriétaires de quelques terres situées dans le voisinage de Saint- Étienne-des-Grés. Ces religieux s'y établirent et furent, en 1603, remplacés par des carmélites dont je parlerai dans la suite.

, PARIS sous LE BÈGNE DE LOUIS VI DIT LE GROS.

Louis VI, qui succéda à son père en 1 108, fut sacré à Orléans et non à Reims. Ce roi, qui, pendant la fin du règne de son père, avait vivement combattu les seigneurs féodaux toujours en état de rébellion contre le trône, continua avec la même ardeur, dès qu'il fut roi, à repousser leurs attaques, à réprimer les brigandages qu'ils exerçaient contre les églises, les monastères et les marchands; mais ces remèdes furent violents et quelquefois pires que le mal. Il opposait la guerre à la guerre, le brigandage au brigandage, et la cruauté à la cruauté. Ses succès accrurent les calamités publiques.

Son embonpoint excessif, qui le fit nommer Louis-le-Gros, ne ralentit jamais son activité naturelle. Presque tous les instants de sa vie furent employés à des marches militaires, à des combats; son continuel état d'agitation lui valut aussi les surnoms de Batailleur^ de V Éveillé [non dormiem).

Deux écrivains de ce temps disent que ce roi pouvait à peine sortir avec sécurité des villes où il établissait son séjour, tant il était harcelé par les chevaliers et les barons de son voismage, avec lesquels il eut à lutter pendant tout le cours de son règne. — Il fut le premier roi de France qui accorda, ou plutôt (jui vendit aux habitants de quelques villes ou bourgs le droit de commune, ou la faculté de régir eux-mêmes leurs propres affaires. Le souverain vendait ce (pi'il avait ravi, ce qu'il aurait dû gratuitement restituer. Les seigneurs ecclésiasticiues s'élevèrent scandaleusement contre cette restitution. Louis-le-Gros, le premier à (jui on attribua la faculté miraculeuse de guérir les éçrouelles par un simple attouchement, mourut le 1^» août 1137.

Écoles (le Paris. Du milieu des affreuses ténèbres (lui, depuis plus de trois siècles, abrutissaient l'espèce humaine en France, apparurent, sous ce règne, (piehpies étincelles de lumière. Les productions du génie des anciens, cachées dans les cloîtres, n'étaient accessibles qu'à un très-petit nombre d'hommes : l)resque toutes les parties de la population, occui)ées à s'attaquer, à se défendre les armes à la main, désolées par des brigandages continuels, désolées par de

SOI s un IS VI 1)11 LK (.nos. 79

lonjxnes lamiiios^ par d'IionihU's maladies, \\v soii^caioiil {^uèiv à réUide; mais, viM's la tiii du ou/iouu' siècle, dos ciiToiistaïuos lorUiitcs lireiil jaillir des lueurs nouvelles, faibles, iueerlaiiies et souveul l'ausses, il est vrai, mais qui devaieul graduellement s'accroître, s'épurer, i'ormer un immense loyer de claité, et ne plus s'éteindre. Les églisiîs cathédrales, les monastères étaient ordinairement |)ourvus d'écoles destinées à l'enseignement de ceux qui se consacraient à l'état ecclésiasli(iue. Les pluscomuiesà l»aris étaient l'école Kpiscopale, l'école de Saint-Germain -des-Prés et celle de Sainle-Cieneviève. Il a été parlé de leur origine.

ÉCOLE KPiscoPATE. Soii existcnce, douteuse au neuvième siècle, ne l'est t)lus à la lin du onzième : on connaît les noms de ceux qui y professaient. Au commencement du douzième, Adam-le-Petit-Pont y enseignait la grammaire, la rhétorique et la dialectique; et Pierre-le-xMangeur ou Comeslor, Michel de Corbeil, Pierre-le-Chantre, y professaient la théologie. Ces maîtres donnèrent à cette école une célébrité que lui disputaient celles des églises de Reims, d'Orléans, de Chartres, etc., et que parvint à lui assurer Guillaume de Champeaux qui, à la fin du onzième et au commencement du douzième siècle, y professa avec distinction la théologie. Cette école se tenait alors dans le cloître de Notre- Dame. Les enfants des rois venaient y recevoir les éléments de la grammaire.

ÉCOLES d'abeilard. Outrc les écoles dont je viens de parler, il s'en établit à Paris qui furent indépendantes et particulières. Pierre Abeilard, homme supérieur à son siècle par sa conception facile et son talent pour la discussion, après avoir suivi les leçons de Guillaume de Champeaux, aspira, encore adolescent, à l'honneur de professer. S'il prévoyait alors ses succès, il ne prévoyait certainement pas les dangers, les outrages et les persécutions qui l'attendaient dans cette carrière nouvelle.

Il établit d'abord une école à Melun. Quelques intrigues de prêtres l'obligèrent de quitter cette ville; il se rendit à Corbeil et y transféra son camp : c'est ainsi qu'il nommait lui-même son école, souvent tenue en plein air. L'excès du travail lui ayant causé une maladie, il se rendit à Paris, où sa santé, devenue meilleure, lui permit de suivre les leçons de rhétorique que donnait Guillaume de Champeaux. Il ouvrit ensuite, dans cette ville, une école où il enseigna la dialectique. Persécuté à Paris, il retourna à Melun, et y trouva de nouvelles persécutions qui l'obligèrent de revenir à Paris. Ce fut alors, vers l'an M 18, qu'il y ouvrit une nouvelle école où il réunit un très-grand nombre de personnes qui accouraient à ses leçons.

Abeilard jouissait du fruit de ses talents. Jamais professeur n'avait, à Paris, obtenu une célébrité aussi éclatante, n'avait attiré dans cette ville une aussi grande alTluence d'écoliers. Il y était considéré comme le plus grand philosophe de son siècle, et comme le seul qui entendît Aristote. Au milieu de tant de gloire et de prospérité, un événement fatal, très-commun, vint dégrader son existence, et empoisonner les jouissances que lui procuraient ses succès. Ses amours, l'affreuse mutilation qui les teimina, ont obtenu de la postérité un intérêt bien plus vif que ses talents, que ses écrits, aujourd'hui oubliés.

Jocelin, qui depuis fut évêque deSoissons, professait en même temps qu'Abei-

lard la dialectique à Paris et au mont Sainte-Geneviève; Albéric de Reims vint aussi professer dans le même lieu; mais leur réputation était bien inférieure à celle d'Abeilard. Il faut le dire, cet homme commença la réputation des écoles de Paris. Sa célébrité attira une alïluence considérable d'étudiants étrangers et nationaux, qui accrut beaucoup la population de cette ville. Il laissa des disciples et des admirateurs qui soutinrent sa réputation en propageant sa méthode. Rientôt après lui, dit un écrivain du douzième siècle, la multitude des étudiants surpassa dans Paris le nombre des habitants de cette ville, et l'on avait peine à y trouvei" des logements. Un ancien auteur du temps donne à celte capitale le nom hébreu de Cariath Sepher, c'est-à-dire la Ville-des-Lettres par excellence. Enfin, il est évident qu'au seul Abeilard est due la renommée des écoles de Paris, et que cette renommée produisit le rapide accroissement de la population de cette ville.

ABBAYE ET KCOLE DE SAiNT-vicroR. Il existait dcpuis longtemps, dans l'emplacement occupé par les bâtiments de cette abbaye, une petite chapelle dédiée à Saint-Victor; elle était déjà érigée en prieuré lorsqu'en 1108 Guillaume de Champeaux, épuisé par ses efforts pour soutenir sa réputation dans l'École épiscopale de Paris, se retira dans ce prieuré. Il y avait établi ou avait déterminé Louis VI à y établir un chapitre de chanoines réguliers, avec titre d'abbaye; cet établissement fut doté par une charte de ce roi, en l'an 1112, et confirmée par une bulle du pape Pascal- II. Le premier abbé ne fut pas Guillaume de Champeaux, mais Gilduin, son disciple; Thomas en fut prieur. En se retirant à Saint-Victor, Guillaume de Champeaux y continua d'enseigner la jeunesse. Abeilard lui-même assista à ses leçons; bientôt après l'école de Saint-Victor devint une des plus célèbres de France. Le désir naturel de surpasser ses semblables par une supériorité de connaissances acquises, n'était pas le seul stimulant qui portât la jeunesse à l'étude; un mobile plus puissant agissait sur elle, et lui faisait braver tous les dégoûts de l'école : l'ambition et l'espérance bien fondée de parvenir aux dignités ecclésiastiques et de posséder les honneurs qui en dépendaient.

Depuis les premiers règnes de la troisième race, on avait renoncé à l'usage antique de ne conférer des évéchés, des abbayes, etc., qu'aux personnes de la caste nobiliaire. Les évêques de cette caste étaient si ignorants et si adonnés à la débauche, à la chasse et à la guerre, qu'on sentit la nécessité de leur préférer des roturiers instruits. Ces derniers s'élancèrent avec ardeur dans la carrière de la fortune qui venait de leur être ouverte. Aussi vit-on, vers cette époque, presque tous les professeurs et les étudiants obtenir de riches bénéfices. Les résultats de cette concession nécessaire doivent être considérés comme les premières conquêtes que fit la civilisation sur la barbarie.

La réputation des écoles de Paris était relative au temps; nous trouvons aujourd'hui leur méthode vicieuse, leurs principes souvent erronés, les matières' enseignées très-futiles, et leurs connaissances très-bornées ; ces écoles eurent à traverser une longue série d'erreurs avant d'atteindre quelques vérités. Il y a plus, les maîtres de ces écoles étaient cruels; ce n'était qu'à force de coups qu'ils HicuUiuaienlla science, dit l'abbé Lebeuf : cequi rebutait beaucoup d'étudiants.

SOIS i.oris VI DIT m: (;iu)S. si

SAi.NT-JACOiiES-DE-l.A-noiCiiEHiK, ô^liso pjiroissialc, silure rue des Arcis. Celle éj>lise esl pour la première lois nommée, eu l'an 1119, dans une bulle de (lalixle II. " L'église Saiul-Jaeques, avec paroisse, dans le l'auboui'g de la ville » de Paris, porle celle bulle : fn siiburhio Pdn'siacœ vrbis rccleskmi Sancli Jucohi > cmn paroehià. » Klle devait exisler auparavant; mais on n'a rien de certain sur son origine. Le euré de celle paroisse était du noml)re des Ireize prétrcsc((n}inui(.v de la catbédrale de Paris. l/é<ilise Sainl-.laccpies devint, comme tant d'autres, la proie de (pielques laïques puissants. I^once Arc!iaml)erl en était propriétaire : il la donna au monastère Saint-Martin-des-Cbamps; donation qui devint une source de procès entre ce monastère et les curés de Saint-Jacques, impatients de leur dépendance. — I.e bâtiment de cette église, circonscrit et irrégulier dans son origine, s'agrandit successivement pendant le cours des quatorzième et quinzième siècles. Quoique sa construction ne fût pas aclicvée, révéque de Turin vint, le 24 mars 1414, en faire la consécration. Cet évêque, nommé Gérard de Montaigu, fut invité par les paroissiens à un dîner qui ne coûta que soixante-dix sous parisis. La construction de cette église ne fut terminée que sous le règne de François I^» ; les indulgences accordées à ceux qui fournissaient des fonds pour les frais des travaux, et les libéralités de quelques paroissiens, et notamment de Nicolas Flamel, qui fit construire à ses frais le petit portail du côté de la rue des Écrivains, contribuèrent à l'achèvement de cet édifice.

Nicolas Flamel, un des bienfaiteurs de cette église, mort le 22 mars 1417, y fut enterré. Quoique simple écrivain, cet homme, parla rapidité de sa fortune, par des fondations pieuses, et par de prétendues merveilles, obtint une certaine célébrité, et devint pour plusieurs personnes un être mystérieux. Sa fortune, fort au-dessus de son état, causa de l'étonnement, et tout ce qui étonne les ignorants leur semble surnaturel. De là des contes débités sur Nicolas Flamel : il avait découvert la pierre philosophale. Les inscriptions et les sculptures qu'il a fait exécuter sur les différents monuments de Paris étaient autant d'hiéroglyphes. Dans les caves de sa maison située à l'angle de la rue des Écrivains en face de l'église Saint-Jacques, on a trouvé, longtemps après sa mort, des vases, fourneaux, matras, et autres ustensiles propres au (jrandmivre. Nicolas Flamel et sa femme Pernelle n'étaient point morts : ils feignirent une maladie, s'échappèrent, et on enterra des bûches à la place de leurs corps. Paul Lucas, voyageur très-véridique, qui a vu le diable Asmodée dans la haute Egypte, parla aussi à un derviche qui connaissait beaucoup Nicolas Flamel et son épouse, et qui lui certifia que tous les deux jouissaient d'une parfaite santé, etc. Sa figure et celle de sa femme se trouvaient sculptées en plusieurs endroits de celle église, et notamment sur la porte qui s'ouvrait du coté de la rue des Écrivains. Celle porte fut murée en 1781, et les portraits disparurent. Une inscription, faite pour ce bienfaiteur et placée dans les derniers temps sur un pilier de la nef, était ainsi conçue :

" Feu Nicolas Flamel, jadis écrivain , a laissé par son testament à l'œuvre de >' cette église certaines rentes et maisons qu'il a acquestées et achetées de » son vivant, pour faire certain service divin et distribution d'argent, cha-

» cun an par aumosne, touchant les Quinze-Vingts, Hôtel-Dieu, et autres '> églises de Paris. »

Au-dessous était gravé un cadavre avec ces deux vers :

De terre suis venu , et en terre rctorne,

L'àme rends à toi .1. H. S. qui les péchiés pardonne.

Cet écrivain était membre de neuf confréries; il avait la manie des inscriptions, il en plaçait partout où il pouvait le faire.

L'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie avait droit d'asile. En 1405, on fit en conséquence bâtir sur la voûte de cet édifice une chambre pour ceux qui venaient s'y meltre en franchise; mais on a des exemples qui prouvent que cet asile ne fut pas toujours respecté par la justice. —Dans les solennités, cette église était, au quinzième siècle, décorée d'un tapis qui représentait les scènes du Roman de la Rose, et d'un autre tapis appelé le Dieu d'amour et de vieillesse, contenant plusieurs personnages. On trouve un grand nombre d'exemples de ce mélange du sacré et du profane.

Quelques usages remarquables avaient lieu dans cette église. Le jour de Noël, on offrait à la curiosité publique le spectacle de la Gésine de Notre-Dame, c'est-à-dire de l'enfantement de la vierge Marie. L'enfant Jésus y paraissait coitTé de deux bonnets fourrés d'étoffe d'or , et vêtu d'une robe pareillement fourrée et brodée en or. — Les confessionnaux étaient dans cette église, comme dans plusieurs autres, un objet de spéculation financière. Les confesseurs percevaient sur les pénitents une contribution dont les marguilliers de Saint- Jacques exigeaient une part. En 1476, un curé de cette église voulut forcer les confesseurs à leur remettre la contribution entière. En 1527, les marguilliers reçurent onze livres de quelques confesseurs qui avaient sollicité des places dans cette église pour entendre les confessions : point d'argent, point d'absolution. — Aux fêtes de saint Nicolas et de la Pentecôte, on faisait, par un trou delà voûte, descendre dans cette église un coulon blanc (un pigeon) et d'autres petits oiseaux; on y jetait aussi des étoupes enfiammées; on distribuait en même temps des oublies au peuple. Le même usage se pratiquait dans l)resque toutes les églises de Paris, et notamment dans celle Notre-Dame.

De cet édifice, démoli pendant la Révolution, il ne reste qu'une tour trèséievée, qui devint la propriété d'un particulier. Elle appartient maintenant à la ville. Cette tour est une des plus hautes de Paris et rivalise avec celles de Notre-Dame; ses fondements furent jetés en 1508; l'ouvrage ne fut achevé que vers l'an 1522; il coûta environ 1350 livres. Sa hauteur, depuis le sol de la rue jusqu'à la balustrade est de cent cinquante-cinq pieds; elle est carrée, et chacun de ses côtés a hors d'œuvre trente pieds neuf pouces. Sur la calotte de l'escalier, s'élevait à une hauteur de trente pieds au-dessus de la balustrade la figure de saint Jacques sculptée par un nommé Heault, tailleur d'images.

SAlNTE-GE.NEVIKVlvDtS-AUDENTS, dite autrefois SAINTE-GENEVIÈVE-LA-PETITE,

chapelle située rue Neuve de Notre-Dame, sur l'emplacement de la maison des

k lïë^iïi iâï JÂiS^iiis iLi^- lâ^i^siitsiis:.

PuLI'iP par Fiirne, l';irLs.

sors LOUÏS VI DIT LK GROS. 83

Enfants-Trouvés. Pendanl (jiio les écoles coniniençaieiit à (leurir à Paris, les pjuerres privées ne discontinuaient point. Les longues famines et les maladies contaj^ieuses, et notamment la maladie des ardents, étaient presque continuelles. Paris ne fut pas exempt de ce dernier fléau; l'art des médecins était impuissant pour en arrêter les ravages : on pria, on jeûna, on lit des processions à l'église Sainte-tieneviève; on implora la protection de cette sainte; enfin, on transporta sa châsse dans l'église cathédrale. Les malades la touchaient, et suhitement, assure-t-on , ils étaient guéris. On dit encore que, depuis la translation de cette chasse et la découverte de sa vertu miraculeuse, la contagion cessa, non-seulement à Paris, mais par tout le royaume : assertion démentie par les nombreux témoignages de l'histoire. Le pape Innocent Il vint en lYance en 1130; instruit de ce miracle, il en consacra, ajoutet-on encore, la mémoire par une fête. Ensuite on bâtit, près de Notre-Dame, une église appelée Sainle-Geneviève-la-Petiie , ou Sainte-Geneviève-des- Ardents.

Tel est en substance le récit qui se trouve dans la volumineuse histoire de Paris, par Félibien et Lobineau, sur la fondation de cette église. Tout ce qu'il contient de merveilleux paraît être une fable. L'abbé Lebeuf soutient que ce récit n'est appuyé sur aucune autorité digne de foi , que cette église ou chapelle existait longtemps avant l'époque des prétendus miracles; qu'elle portait et qu'elle a porté, plusieurs siècles après, le nom de chapelle Sainte-Geneviève dans la Cité ou la Petite, et que ce ne fut qu'en L5I8 que, pour la première fois, cette chapelle eut le nom du miracle des ardents : ce savant pense que cette fable fut imaginée par un curé, professeur en théologie, nommé Geoffroy Boussarf. Cette église fut démolie en 1747, pour faire place à l'édifice des Enfants-Trouvés. L'abbé Lebeuf dit avoir vu , lors de cette démolition , à une profondeur de douze à quinze pieds sous terre, plusieurs fragments de tuiles antiques. Cette découverte donne la mesure de l'exhaussement que le sol de la Cité a éprouvé depuis la période romaine.

SAiNT-piEURE-AUX-BOEUFS, églisc paroissialc, située rue de ce nom, dans la Cité. On ignore son origine. Elle est pour la première fois mentionnée dans une bulle d'Innocent II, de l'an il 36, qui l'appelle Capella sancti Pétri de Bobus. Le motif de sa dénomination n'est pas mieux connu. Sur la porte on voyait deux bœufs représentés en bas-reliefs. Ces figures ont-elles fait ainsi nommer cette église, ou est-ce le nom de l'église qui a causé le placement de ces figures? Peut-être le nom de Bœuf était-il celui du fondateur. Ces questions peu importantes sont restées et resteront sans doute longtemps indécises. Cette église fut reconstruite au treizième siècle, et supprimée en 1790; les bâtiments conservés, ainsi que le portail, sont devenus propriété particulière et servent d'atelier à un tonnelier.

SAiNT-KLoi, église et monastère situés dans la Cité, et sur l'emplacement du ci-devant couvent des Barnabites. Ce monastère, anciennement abbaye Saint-Martial, avait, comme il a été dit, changé de nom, d'habitants et de maîtres. La conduite déréglée des religieuses qui l'occupaient les en fit chasser. Ce fut Calon, évêque de Paris, qui opéra ce changement. « Les religieu- » ses de celte abbaye, suivant la charte de Philippe P»', se livraient, sans

Page 1