HISTOIRE DE PARIS - ^|W
» précaution , sans pudeur, aux excès de la fornication; méprisant tous les .. conseils, toutes les corrections, elles persistaient publiquement dans leur >. désordre, et profanaient le temple du Seigneur par leur libertinage accou-
» tumé. "
Des lettres du pape avaient autorisé la conduite de l'évèque Galon; et, en l'an 1 107 , il fut convenu que cette maison serait donnée à l'abbé deSaint-Maurdes-Fossés; qu'au lieu du titre d'abbaye elle recevrait celui de prieuré; que douze moines de Saint-Maur remplaceraient les religieuses; que ces changements ne préjudicieraient point aux anciens droits dont l'évèque de Paris jouissait sur cette maison, laquelle fournirait comme à l'ordinaire, aux chanoines de Notre-Dame, deux repas par an. Or, voici en quoi consistaient les fournitures de ces repas de chanoines. Six cochons gras, deux muids et uemi de vin, à la mesure du cloitre, et trois setiers de froment suffisaient au premier repas. Le second devait se composer de huit moutons, d'environ deux muids et demi de vin; de plus, pour ce repas, la maison de Saint-Éloi devait payer six écus et une obole.
L'abbé de Saint-iMaur-des-Fossés, par des motifs inconnus, fut, quelques années après, forcé de céder le prieuré Saint-Éloi à l'évèque de Paris. Cet évèque en jouit jusqu'à l'an 1134, époque où il fut contraint, par une bulle du pape, de le restituer à l'abbé de Saint-Maur. Innocent II, par une bulle de 1136, confirma cette restitution. 11 paraît que ce fut par suite de ce changement de maître que s'établirent, sur le territoire de la maison de Saint- Éloi, les chapelles Saint-Pierre-des-Arcis, Sainte-Croix, Saint-Pierre-aux- Bœufs, etc.
Une partie de ce monastère tombait en ruine; il fut abattu, et l'on y pratiqua une rue qui porte encore le nom de Saint-Éloi. Du chœur de cette église on forma celle Saint-Martial, et de la nef on composa une autre église, sur l'emplacement de laquelle on a depuis bâti l'église des Barnabites.
Sous le règne de François I'», les religieux de Saint-Maur-des-Fossés s'avisèrent de tirer un parti très-lucratif du vaste enclos de ce monastère Saint- Eloi; ils y ouvrirent des rues et y tirent bâtir des maisons. Le revenu de ces religieux et la population du quartier en profitèrent. Cet enclos comprenait l'espace (jui se trouve entre les rues de la Barillerie, de la Calandre, aux Fèves, et de la Vieille-Draperie, et a porté longtemps le nom de Ceinture de Saint-Eloi,
SAiNT-iMcoLAS-DES-ciiAMPS, égUse paroissiale, située rue Saint-Martin, aujourd'hui paroisse du sixième arrondissement. Elle est, pour la première fois, dans une bulle de CaUxte II, de l'an 1119, mentionnée en quaUté de chapelle. Elle fut vers l'an 1176 érigée en paroisse, rebâtie vers l'an 1420, et agrandie en 1575. On construisit alors le |)ortail méridional , dont les sculpluros sont estimées. Le grand autel, décoré par une ordonnance corinthienne, ollVc un tableau de Vouet, représentant la sainte Vierge, et quatre anges en stuc, ouvrage de Sarazin. La chapelle de la Conmiunion a été bâtie par l'architecte Roulan.
On voit dans cette église une statue en marbre de la sainte Vierge, qui
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(\sl un ouvrage de M. Dolaislro. CoUc église contenail les tombeaux du sculpleur Laurent Maguière, de (iuillaume lUidé, l*ierre Gassendi, Henri et Adrien de Valois, livres, et savants historiens; Madeleine Scudéri, auteur de plusieurs romans; Théophile Viaud, poète, hrùlé en elïîj,ne eomme auteur d'un recueil inlitulê : Le Paniasse suliriqiie^ etc.
SAiNT-DEMS-DUPAS , eglise située au chevet de l'église Notre-Dame; elle existait certainement sous le règne de Louis VI, et peut-être auparavant. S5n bâtiment tombait en ruine; il fut reconstruit après l'an 1148, et ne portait alors que la dénomination iVOraloire ; Oratorhun sancli Dionydl de Pansu. Lorsqu'en17is tut abattue l'église Saint-Jean-le-Uond, le chapitre et le titre de paroisse de cette église démolie furent attribués à celle Saint-I)enis-du- Pas. Cette église, par suite des événements de la Révolution, fut affectée au service de l'Hôtel-Dieu , ainsi que le palais archiépiscopal, et convertie en une salle de réception pour l'admission des malades.
ÉGLISE aïONTMAKTKE. 11 cxistait alors une église dans le village de ce nom : elle était, suivant l'ancien abus qui s'est perpétué jusque sous Louis XIV, possédée par des seigneurs laïques : un nommé Payen et son épouse Hodierne tenaient cette église en fief de Burchard de Montmorency. Ces deux époux, ayant obtenu le consentement de Burchard, la donnèrent ou la vendirent, en 1096, avec les produits des sépultures, ceux de l'autel, etc., aux religieux de Saint-Martin-des-Champs. Louis-le-Cros céda, en 1133, à ces religieux de Saint-Martin-des Champs l'église Saint-l)enis-de-la-Chartre; et les religieux, en échange;, lui cédèrent l'église Montmartre. Après cette transaction, le roi et son épouse Adélaïde fondèrent, à côté de l'église Montmartre, un monastère de religieuses (1).
FORTIFICATIONS DE PARIS. Jamais roi de 1^'rance n'eut plus que Louis VI besoin de se mettre en garde contre les attentats des seigneurs, et de fortifier la ville de Paris où il faisait sa demeure ordinaire. Les ducs et comtes voisins de son duché de France n'étaient pas les seuls qui l'inquiétaient; il avait à se défendre contre les barons de ce duché, contre ses propres vassaux. Il avait aussi à protéger les biens des églises, les marchands sans cesse attaqués, dépouillés par des seigneurs et leurs chevaliers. 11 n'était pas même en sûreté dans Paris, lieu de sa résidence. Dans cette position embarrassante, il ne dut rien négliger pour mettre Paris en état de défense : il dut l'entourer de murailles, construire des forteresses ou tètes de pont, pour rendre l'accès de cette ville plus difficile. Un écrivain contemporain nous apprend que « ]>ouis-le-Cros, en 1122, ayant vaincu ses ennemis et rétabli la paix, tint » une assemblée à Paris avec ses principaux ofilciers, régla les alTaires de » son État, et résolut, pour se mettre en garde contre les événements futurs, > de construire, dans un lieu nommé Karoli-Vana^ un chàle'du (casi non) des-
(1) A la iiième épociue se lappoilciit les l'oïKlatioiis de plusieurs églises peu importaiiles, et qui ont été démolies pendant la révolution. En voici l'énumération : Chapelle Saint-Jigna/i, rue Chanoinessc; dans la cilé, église Saint-Marlin, \\ l'angle seplenlrional de la rue des Franes-Rourgcois ; l'église Sainte-Croix, rue de la Vieille-Draperie, au coin de la rue Sainte-Croix; l'église Saint-Bon, dans la rue du même nom, no 8.
» tiné â protéger le pays parisien contre les attaques de ses ennemis. » Ce château fut, dit-on, ensuite nommé Saint-Germain-en-Laye. Ce fait sert à prouver que Louis VI s'occupait de fortifications. On peut en induire que, s'il en établissait hors de Paris, il devait à plus forte raison en élever dans cette ville, où il faisait sa demeure , et de laquelle il ne pouvait sortir avec sécurité. C'est ce qui porte à croire qu'il fit construire le grand et le petit Chàteîet, et comprit les faubourgs de Paris dans une enceinte.
GRAND CHATELET. Il u'cxistc aucunc notioii certaine sur l'origine de cette forteresse. Il est probable que Louis-le-Cros, à la place d'une tour en bois qui s'élevait, sous la seconde race, à l'extrémité septentrionale du Pont-au- Change, fit construire une autre tour ou forteresse aussi en bois, mais plus considérable. C'est sous le règne de Louis VII, fils de Louis-le-Gros, qu'on a des preuves certaines de l'existence de cette forteresse. Dans une charte de ce roi, de l'an 1147, on lit qu'il fit don à l'abbaye de Montmartre de la place des Pêcheurs, située entre la maison des bouchers et le chàtelet du roi, inter domum carnificium et régis caslellucium. Ces mots, chàtelet du rot, qui, dans aucun acte postérieur, ne se trouvent plus réunis, portent aussi à croire qu'ils signifiaient le chàtelet bâti par le roi. On a aussi la certitude que ce Chàtelet, sous le même règne de Louis VU, était la demeure du prévôt de Paris. Cette forteresse en bois ou en pierre a pu être construite sous le roi précédent, Louis VI, prince bien plus entreprenant que son fils. Voilà tout ce que la disette des monuments historiques me permet de dire en faveur de ma conjecture, qui est bien plus vraisemblable que celle qui fait remonter la construction de cette forteresse au temps de Jules César. Je reviendrai sur cet édifice, sur sa prétendue antiquité, et sur le tribunal qui y fut établi, lequel reçut la dénomination de Chàtelet,
PETIT CHATELET, situé à l'extrémité méridionale du Petit-Pont. Je présume que ce petit Chàtelet fut fondé en même temps que le grand. Louis VI avait besoin de protéger Paris du côté du midi comme du côté du nord. S'il a bâti le grand Chàtelet, il a dû bâtir le petit. L'une et l'autre de ces forteresses formaient têtes de pont. Les fortifications de cette ville eussent été incomplètes si l'une eût existé sans l'autre. Il est certain que le petit Chàtelet existait avec son enceinte sous le règne de Philippe-Auguste en 1222. Ce roi, dans un accord fait avec l'évêque de Paris, en cette année, parle de cette forteresse et de son enceinte, et ïiomme l'une et l'autre {acciîictus Casfelli Varvi Pontis) l'enceinte du chàleau du Petit-Pont. Il devait exister avant cette époque. C'était au passage du petit Cihàtelet que se percevaient, du temps de saint Louis, les péages et droits d'entrée. Un tarif, cité par Saint-Foix, porte qu'un marchand qui y fera J^ <Mili(M' un singe pour le vendre paiera quatre deniers; que, si le singe appartient à un jongleur, cet homme, en le faisant jouei' et danser devant le péager, sera (piitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il aura apporté pour wSon usage. De la vient le proverbe paijcr en monnaie de singe. Les jongleurs se- ^ ront aussi (piittes du péage, en chantant un couplet de chanson devant le '" péager.
4^ Le 20 décembre I2î)0, une inondation extraordinaire de la Seine abattit les
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deux [lonls, los maisons (ju'oii y avail bâties, cl ahinia les moulins placés audessous. Ou allail eu haleau daus les rues de la (^ilé; plusieurs bàlimenls el le polil Chàlelet l'ureut renversés par les eaux. Il est présumable (ju'à l'exemple de la plupart des l'orlcresses, ce chàtelel n'était encore hàti (pfeu bois, (^barles V le lit reconstruire en pierre, en l:]()î), par le i)rév(M de Paris, Hugues Aubriot, dans le dessein de contenir la turbuleucedes écoliers de l'iiniversité, dont les émeutes se renouvelaient IVéïiuemment. (^barles VI, en 1402, destina cette forteresse sombre, ou espèce de pi'ison, à la demeure du prévôt de Paris, comme un logement honorable, honorahiliummwo. En 1782, cet édifice, qui obscurcissait el attristait le voisinage, et sous lequel était une route étroite, gênante et dangereuse pour les passants, l'ut enfin démoli ; et cette démolition répandit la salubrité et la lumière dans ce quartier, qui, depuis longtemps en était privé par cette vieille et hideuse construction.
SECONDE ENCEINTE DE PARIS. La Cité sculc, vers la fin de la domination romaine, ainsi que pendant la première et la seconde race des rois francs, fut fortifiée par un mur d'enceinte. Louis VI, dit le Gros, fut, je crois, le premier qui entreprit de protéger par ime muraille les faubourgs du nord et du midi; je sais que des écrivains, prodigues d'illustrations antiques, ont fixé l'époque de cette construction dans la période romaine; que d'autres, plus réservés et moins généreux, se sont bornés à la placer sous la seconde race. J'ai déjà établi que cette dernière opinion était affaiblie par le silence d'Abbon, auteur d'un poëme sur le siège de Paris par les Normands, pOëme où il décrit diverses attaques, divers combats, et où il ne fait nulle mention de l'enceinte des faubourgs de cette ville. J'ai aussi établi que l'unique fondement de cette opinion consistait dans les expressions d'une charte, et que ce fondement était ruiné par la preuve de la fausseté de cette pièce. En outre, il est certain, au moins pour la partie du nord de Paris, que l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie n'était pas encore, en l'an 1119, comprise dans la seconde enceinte. Une bulle du papeCalixte 11, de celte année, qualifie l'emplacement de cette église de faubourg de Paris {in suburbio Parisiacœ urbis ecclesiam santi Jacobi\ etc. Si le quartier de l'église Saint- Jacques-de-la-Boucherie eût été compris dans l'enceinte de cette ville, ce pape ne lui aurait sans doute pas donné le titre de faubourç/.
Voici la description, certaine en quelques points, conjecturale en quelques autres, de cette seconde enceinte : je la commence parla partie septentrionale.
Le mur devait partir de la rive droite de la Seine, dans le voisinage de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, église qui, parce qu'elle avait beaucoup souffert des ravages des Normands, devait avoir été plus spécialement mise à couvert de pareils événements. Le mur enserrait cette église et ses dépendances; une rue voisine atteste, par sa dénomination des Fossés-Saint-Germain-VAuxerrois, que cette église a eu longtemps des fortifications à sa proximité. Cette* muraille devait suivre ensuite la direction des rues de Béthisy, des Deux- Boules, anciennement nommée de Male-Parole, delà rue et place du Chevalierdu-Cuet, enfin de la rue Perrin-Casselin, et aboutir à la rue Saint-Denis. Là était une porte de ville, située au nord, en face et à peu de distance du grand Chàtelet. Cette porte n'est indiquée que par le surnom d'un changeur appelé Gue-
heri, lequel possédait les boucheries et une maison qui leur était contiguë; cette circonstance lit que ce changeur tut nommé Gîteheri de la Porte. De cette porte, qui devait être située au point où la rue d'Avignon débouche dans celle Saint- Denis, le mur d'enceinte se dirigeait le long de cette rue d'Avignon, le long de celle des Écrivains, enserrait l'église Saint-Jacques-de-la Boucherie, etaboutissait à la ruedes Arcis, où se trouvait une porte de ville. Cette porte est suffisamment indiquée par l'abbé Suger, qui déclare avoir acheté une maison au-dessus de la porte de Paris, du côté de Saint-Merri , domum quœ mperest portœ Parisiensi, versus Sanctum Medericwn. Les produits de cette porte avaient depuis quelque temps été concédés à l'abbaye Saint-Denis : l'abbé Suger dit que ces produits, avant d'appartenir à son abbaye, ne se montaient pas à plus de douze livres par an, et qu'il parvint, par son industrie, à les élever jusqu'à la somme de cinquante. Cette porte, par laquelle on passait pouraller à Saint-Merri, l'ut nommée la porte ou l'archet de Saint-Merri. De cette porte, le mur d'enceinte se continuait dans la direction des rues Jean-Pain-Mollet et Jean-l'Épine, et aboutissait à la place de Grève, et de cette place au bord de la Seine; là se terminait, du côté du nord, la seconde enceinte. Ce qui me détermine à adopter cette opinion, c'est que, sous le règne de Louis VII, la place de Grève et le quartier du Monceau-Saint-(jervais sont considérés comme étrangers à la ville de Paris. Ce roi, par une charte donnée à Château-Landon, en 1141, vend aux bourgeois de la Grève et du Monceau-Saint-Gervais la place de Grève, proche la Seine, laquelle est vide de bâtiments, et où se trouvait un ancien marché. Paris n'est point nommé dans cette charte. Quelques maisons, situées sur les bords de la place et au Monceau-Saint-Gervais, formaient un bourg situé hors de la ville. C'était anciennement à l'entrée des villes que se tenaient les marchés; c'était pourquoi il s'en trouvait un sur la place de Grève. Cette vente se lit moyennant la somme de 70 livres. Si la place de Grève eût fait partie de Paris, Louis VII n'eût pas manqué de l'exprimer dans cette charte. Cette seconde enceinte se terminait donc, en 1141, à la place de Grève; mais dans la suite, à une époque inconnue, le mur de cette enceinte, prolongé, enveloppa le bourg du Monceau-Saint-Gervais. Dans ce bourg se trouvaient l'église Saint-Gervais, un autel appelé le vieux Temple, des moulins sur la Seine, et une tour nommée du Pet-au-Diable.
Cependant la partie méridionale de Paris, qui contenait plusieurs édifices religieux, restait sans défense et ouverte à tous les brigands; elle supporta cet état d'inquiétude pendant l'espace de vingt années. Enfin, il fut résolu que cette partie de Paris serait close d'une muraille. Voici la ligne de direction que je crois devoir donner à cette clôture. Cette ligne devait partir du bord de la Seine qui avoisinait les bâtiments et dépendances du couvent des Grands-Augustins, aujourd'hui marché à la volaille. Sur cette rive, il a existé depuis longtemps un vieil édifice qui ne fut démoli que sous le règne de Louis XIV. Cet édifice ou espèce de fortification était remarquable par une tour ronde. Il a porté le nom {\eChâteaii-Gitlard. 11 était isolé, et l'on ignore le motif de sa construction; on ne s'en servait nullement, excepté Brioché qui y a donné quelquefois le spectacle de SCS marionnettes. De ce point fortifié, qui correspondait alors à la pointe
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ik' l'îlo (lo la Cik' cl siM'vail à sa dôronsc, la lij^iie d'cMicriiilo aUeignail la lue Saiiit-Aïuiiv-des-Arls. Là se (roiivail imc porte, indi(jiiée par le nom de la Barre; deux rues voisines du eonvent des Auguslins portaient le même nom; c'était à la barre que l'on percevait les droits d'entrée. Ce mur aboutissait ensuite à la rue llautet'euille, (jui portait ancieimement le nom de la Barre, nom qui iudiipiait une autre porte; de la rue Hautet'euille, le.mur devait suivre la direction de la rue Pierre-Sarrazin, et traverser la rue de la Harpe. Cette rue était coupée là, puisqu'elle portait deux noms; depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des Matburins, elle se nommait rue de la Herpe ou de la Harpe, et depuis la rue des Matburins juscpi'à la place Saint-Micbel, elle recevait les noms des Hoirs d'Hareourf, de Saint-Cosme, etc.
De ce point, le mur devait se diriger à peu près comme la rue des Mathurins, et aboutir à la rue Saint-Jacques. vSur cette rue, et dans l'espace qui se trouve entre l'extrémité de la rue des Mathurins et celle de la rue du Foin, devait se trouver une porte; car cette rue depuis longtemps était une voie publique, une voie royale, la graiide rue. Lorsque, dans sa partie supérieure, fut établie une chapelle de Saint-Jacques, cette partie en reçut le nom, ainsi que ceux de Saint-Benoit, de Saint-Mathelin; la partie inférieure conserva celui de rue du Petit-Pont. Cette différence dans les dénominations données à une même rue me fait conjecturer que la partie inférieure, séparée par une porte, était dans la ville, et la partie supérieure dans le faubourg.
Le mur d'enceinte suivait évidemment, de cette porte, la direction de la rue des Noyers jusqu'à la place Maubert, où se trouvait une autre porte qui s'ouvrait sur la voie conduisant à Sainte-Geneviève, à Saint-Marcel, etc. De là le mur, se prolongeant entre les rues Perdue et deBièvre, aboutissait à la rive gauche de la Seine, vers le point de cette rive appelé les Grands-Degrés y point qui correspondait à l'extrémité orientale de l'île de la Cité. En cet endroit de la rive était une tour, nommée Tonr de Saint-Bernard et Tourelle des Bernardins, laquelle devait terminer l'enceinte. Cette tour est indiquée par des articles de deux comptes du domaine de Paris, l'un de l'an Li6:2, et l'autre de 1475 : ils en lixent la position sur la rive de la Seine, près du point de cette rive appelé les Grands- Degrés, et aux extrémités des rues Perdue et de Bièvre.
Voilà tout ce que j'ai pu recueillir sur la seconde enceinte : la description de la troisième, établie par Phijippe-Auguste, n'olTrira point de pareilles incertitudes.
PARIS sous LOUIS Vil, DIT LE JEUNE.
Le t«'' août 1137, Louis VII hérita de la couronne de France; il avait déjà en octobre 1133, été sacré à Beims. * Il se hâta, dit un contemporain, de pré- » venir les maux qui arrivent ordinairement à la mort des rois, c'est-à-dire les » émeutes, les rapines, les scandales, et se rendit promptement de Bordeaux à « Orléans. Cette dernière ville était troublée par quelques hommes insensés qui, « au préjudice de la Majesté royale, demandaient une charte de commune; il ré- » prima ces mouvements audacieux : plusieurs de ceux qui en étaient les au-
>' leurs furent punis : et il en fit mourir plusieurs dans les supplices. 11 partit de .> là pour Paris, siège de son royaume, où, à l'exemple des rois ses aïeux, il fit » sa résidence ordinaire. « — Cet exemple et plusieurs autres prouvent que ce roi, entièrement dirigé par les ecclésiastiques, n'imita point son père qui avait accordé, ou plutôt vendu, des chartes de commune à diverses villes. Louis Vil détestait autant que le clergé ces chartes d'alTranchissement; il prit même les armes contre les habitants de Vézelai, qui, ayant obtenu du comte de Nevers une charte de commune, ne purent en jouir parce que les moines de l'abbé de Vézelai s'y opposèrent fortement. — Ce roi avait pour les ecclésiastiques un respect ridicule. Dans les cérémonies, il leur cédait toujours le pas : Par les Saints de Bethléem ! (c'était son juron J je ne marcherai pas, c'est à vous à passer devant, disait-il au moindre prêtre, 11 était faible, dissimulé, facilement irritable, cruel, et peu propre à arrêter le torrent des maux qui inondaient ses États. Il n'aurait pu se soutenir sur le trône sans les conseils de l'abbé Suger, qui tint, pendant son expédition dans la Palestine, les rênes du gouvernement. 11 se brouilla, pour de légers motifs, avec le pape qui l'excommunia et mit son royaume en interdit. Louis Vil, pour se venger du Saint-Père, pilla la maison de révêque de Paris, s'empara de ses biens et de ses serfs ; puis s'en prit à Thibaud, comte de Champagne, ravagea ses terres, brûla le bourg et le château de Vitry, et fit périr dans les flammes treize cents personnes qui s'étaient réfugiées dans le château ou dans l'église de ce bourg.
Quelques années après, il partit pour la croisade. Le succès de cette expédition, malgré les promesses de saint Bernard et ses prédictions, qui ne s'accomplirent point, fut déplorable. — Sans talent, sans courage, ce roi fit presque toujours la guerre à ses voisins ; guerre où l'on dévastait plus qu'on ne se battait. — 11 fut trompé et méprisé par son épouse Aliénore, qui, après son divorce, reprit l'Aquitaine qu'elle lui avait apportée en dot, et donna sa main à Henri, duc de Normandie, ennemi puissant de Louis VII.
Le 18 septembre 1180, ce roi mourut et fut enterré à l'abbaye de Barbeau, près Melun, abbaye qu'il avait fondée en 1147.
Sous le règne de ce prince, Paris s'accrut par les établissements suivants :
COLLÈGE DES DANOIS OU DK DACE, situé d'abord rue Sainte-Geneviève, ensuite rue Galande. Voilà le premier collège fondé à Paris; voilà un heureux résultat de la célébrité des écoles de cette ville, et le premier exemple d'une institution destinée à la fois au logement, à la nourriture et a l'enseignement de la jeunesse. Les Danois, qui donnèrent cet exemple, eurent bientôt après, parmi d'autres étrangers et parmi les nationaux, plusieurs imitateurs. On ignore les détails de cette fondation. On sait seulement qu'elle fut effectuée vers l'an 1147; que ce collège, d'abord établi rue de la Montagne-Sainte-Ceneviève, fut, en 1380, lorsqu'on agrandit le couvent des Carmes de la place Maubert, transféré dans un autre bâtiment de la même rue; et, par un échange fait, le 23 août 1430, entre les écoliers du collège de Laon et ceux du collège de Dace, il fut accordé à ces derniers une maison située près le Pelit-Font, sur la rue Calande.
SAiM-LAZARE, rue du Faubpurg Saint-Dcuis, u*' 117, était une ancienne lépioserie, ou maladrerie, nommée autrefois Saint-Ladre, et dont on ignore l'ori-
SOIS LOUIS Vil DIT LE JIUJNE. î)l
giiic. Louis VI ï, avant do partir pour la croisade, et revenant de Saint-Denis, où il était allé, en 1147, prendre rorillamme, visita cette léproserie, lacjuelle était composée d'un assemblage de I)araques [officinœ], II y passa quelques instants, dit un écrivain du temps; action louable et peu imitée. Les administrateurs de cette léproserie possédaient une Ibire (jue Philippe-Auguste acheta, en 1183, pour l'accroissement de son lise, et qu'il transféra à Paris, au lieu de Champeaux. Il doima à la léproserie une pension ainnielle, qui fut réglée d'après l'estimation du produit de cette foire. — C.ette léproserie avait une église qui fut, à ce (ju'on croit, élevée sur l'antique basilique Saint-Laurent. — Dans renclos de Saint-Lazare était un bâtiment appelé la Logis du Roi , où se rendaient ordinairement les rois et les reines pour y recevoir le serment de fidélité des habitants de Paris, avant de faire leur entrée dans cette ville, et où l'on déposait leurs cercueils, avant de les porter à Saint-Denis.
Les prêtres chargés de desservir l'église de cet hôiiital envahirent les revenus destinés aux pauvres malades. Pareils abus ont existé à Paris dans plusieurs maisons hospitalières. —Dans cette léproserie se retiraient les personnes atteintes de la lèpre. Cette maladie contagieuse, résultat de la malpropreté et de la misère extrême du peuple, s'est maintenue à Paris, depuis les temps barbares jusqu'au dix-septième siècle. — Les désordres étaient excessifs à Saint- Lazare, lorsqu'en 1632 cette maison fut donnée au bienfaisant et respectable Vincent de Pauly qui, après avoir réglé les affaires d'intérêt de cet établissement, en fit le chef-lieu de sa Congrégation des Missions. Il y existait alors encore beaucoup de lépreux, puisque l'archevêque de Paris lui imposa l'obligation d'y recevoir les lépreux de la ville et des faubourgs. Ce sont les prêtres de la congrégation qui ont fait élever de 1681 à 1684 les vastes bâtiments qui existent encore aujourd'hui. (Voyez ci-après l'article Prêtres de la Mission.)
Cette maison fut, en juillet 1789, pillée, dévastée, et une de ses granges incendiée par des brigands étrangers, poussés on ne sait par qui. La milice parisienne, instituée le même jour, vint le soir arrêter les progrès de ces dévastations. Cet établissement en 1793 fut converti en prjson; plus de douze cents personnes y furent renfermées; entre autres les poètes Boucher et André Chénier. L'enclos de cette prison, un des plus vastes de Paris, est, depuis 1821, converti en rues et se couvre de maisons.
Saint-Lazare a servi longtemps de maison de correction. Aujourd'hui on y renferme des filles publiques et les femmes condamnées à la réclusion. Ces prisonnières y sont occupées à des filatures, à la couture et à la broderie.
HOPITAL SAINT-GERVAIS, OU HOSPITALIÈRES DE SAINT-ANASTASE. Cct hôpital, situé d'abord au parvis de l'église Saint-Gervais, fut, en 1171, fondé par quelques particuliers pour héberger les pauvres passants. Tant qu'il fut gouverné par des séculiers, l'intention des fondateurs fut remplie; mais on y introduisit au quatorzième siècle des religieuses hospitalières, sous le titre de Saint' Anastase, qui s'y multiplièrent à tel point, que les pauvres n'y trouvèrent plus de place, et que ces religieuses n'eurent pas assez de bâtiments pour s'y loger elles-mêmes. Le but de l'institution fut entièrement détourné.
En 1655, ces religieuses achetèrent l'hôtel d'O, dans la vieille rue du Tem-
pie, abandonnèrent leur bâtiment primitif, le vendirent, et ne conservèrent que la chapelle qui était située rue de la Tixeranderie. On y voyait encore, du temps de Félibien , la ligure d'un ancien hospitalier de cette maison, peinte, sur la muraille de la chapelle, représenté à genoux aux pieds d'un crucifix : il était vêtu d'une chape et d'un chaperon ou capuce de couleur verte. Quant aux hospitalières transférées à l'hôtel d'O, vieille rue du Temple, elles s'y maintinrent jusqu'en 1790, époque de leur suppression. Cet hôtel fut démoli, et sur son emplacement est un marché.
LE TEMPLE. Dcs expéditions nouvelles amènent de nouvelles institutions. Les croisades produisirent l'ordre des Templiers : association bizarre de deux conditions opposées, de moine et de soldat, et qui prouve l'extrême dérèglement des idées dans ces temps de barbarie. Cet ordre, qui fut institué dans des intentions pieuses, changea bientôt le but de son institution. Les premiers membres étaient tenus de servir les pauvres malades dans l'hôpital du Temple de Jérusalem : ces garçons de salle devinrent des chevaliers, les plus riches et les plus orgueilleux de toutes les chevaleries. L'époque précise de l'établissement des Templiers dans Paris est inconnue. Certainement il y existait une maison de Templiers avant 1147, puisqu'en cette année ils tinrent dans cette ville un chapitre où ils se trouvèrent au nombre de cent trente; mais il n'est pas certain que ce chapitre fût tenu dans le lieu aujourd'hui nommé le Temple. Les Templiers possédaient une autre maison plus ancienne, voisine de Saint- Gervais, où ils auraient pu s'assembler. On a la certitude qu'ils étaient établis dans l'emplacement actuel du Temple, avant l'an 1182. Je reviendrai sur cet article.
SAiNT-jEAN-DE-LATRAN, situé ruc de Cambrai, en face du collège de France. Pendant le même règne, une autre maison de soldats-moines, connue sous les dénominations A' Hospitaliers de Saint-J ean-de- Jérusalem , de Chevaliers de Rhodes, de Chevaliers de Malle, fut en 1171 fondée à Paris, dans un clos de vignes appelé Clos Bruneau. Cet établissement porta le nom de Commanderie de Malle; il consistait en un clos qui s'étendait depuis la place de Cambrai jusqu'à la rue des Noyers, et communiquait à la rue Saint-Jean-de-Beauvais. On voyait, dans l'enceinte de cette commanderie, une ancienne tour destinée, dit-on, au logement des pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, et une église paroissiale desservie par trois religieux conventuels de l'ordre. On remarquait dans cette église le tombeau de Jacques de Souvré, grand- prieur de France, qui fit bâtir l'hôtel prieural du Temple. 11 mourut en 1670. Ce tombeau, remarquable par sa magnificence, représente la figure de ce commandeur, à demi couché sur un sarcophage de marbre noir, et soutenue par un enfant en pleurs. 11 fut composé et sculpté par François Angier, artiste célèbre : il était |)lacé dans le chœur. 11 fut pendant la révolution transféré au Musée des monuments français, et faisait un des ornements de la salle de Louis XiV. Dans la chapelle de la Vierge, on voyait le tombeau de Jacques Rethun de Ralfour, aichevêque de Glascow, ambassadeur d'Ecosse en France mort en 1()03. Prosper Jolyot de Crébillon, poëte tragique, décédé le 17 juin 1762, reçut les honneurs funèbres dans cette église.
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L'enclos de cette coiiiiuaiiderie élait rempli par l'église, la vieille tour dont j'ai parlé, l'hùtel du coniinandeur, et par plusieurs maisons parliculières bâties sans ordre autour d'une grande cour. L'ordre de Malte ayant été supprimé en 1792, celte propriéti» l'ut vendue à différents parliculiers. L'église, démolie en 1824, servait alors de magasin à un tonnelier.
SAiNT-MKUAUD, église i)ar()issiale , rue Mouffetard, était, avant l'an 1163, une cha[)elle dépendante de l'abbaye Sainte-lieneviève, chapelle qui devint l'église paroissiale d'un bourg ou village appelé RicheOourf/^ vUkuje de Saint- Mard ou Samt-Médard. Ca bourg ne se composait, au douzième siècle, que d'un petit nombre de maisons, et ne fut peuplé abondamment qu'au seizième siècle. On y trouvait les clos du Chardonnet , du Jheuil, du Mont-Cétard ^ des ^fors'Fossé.s , des 7're///e.s, de Copeau, de Oratard, des Saussayes, de la C'e/îdrée^ow Locus chierum, etc. On ignore l'époque où la chapelle Saint-Mèdard fut érigée en paroisse. Le bâtiment de l'église, réparé, agrandi en divers temps, présente des échantillons de plusieurs genres d'architecture. Le grand autel fut entièrement reconstruit en 1655. Le sanctuaire est entouré de colonnes cannelées et sans bases , qui supportent des arcades à plein cintré, colonnes et arcades d'un genre bien différent de celui du reste de l'édifice. On a dérobé en partie le contraste de ces deux genres d'architecture , en masquant avec de la boiserie les piliers de la nef, qui sont de style ogival. La chapelle de la Vierge, au rond-point, offre une imitation mesquine des jours célestes qu'on admire dans les églises Saint-Sulpice et Saint-Roch. Cette basiii- (jue renferme plusieurs tableaux dont la plupart sont très-médiocres. On doit remarquer, à la croisée du côté méridional, une perspective représentant la peinture d'un des bas-côtés qui manque à cette église. Cette perspective fait illusion. — Plusieurs hommes célèbres ont reçu leur sépulture à Saint-Médard : Olivier Patru, habile avocat surnommé le Quintilien Français, (\\x\^ en 1681, mourut pauvre et honoré; Pierre Nicole, connu par ses Essais de morale, etc. Derrière le chœur est un petit cimetière où l'on voyait une tombe s'élevant un peu au-dessus de terre : c'était celle du fameux diacre François Paris, qui, après sa mort, excita tant de convulsions et d'étranges miracles, dont je parlerai dans la suite. Cette église est aujourd'hui la troisième succursale delà paroisse Saint-Étienne-du-Mont, douzième arrondissement.
SAiNT-HiPPOLYTE, église situéc rue de ce nom, quartier Saint-Marcel. Elle est pour la première fois mentionnée en 1178, avec le titre de chapelle. Au commencement du treizième siècle, elle fut érigée en paroisse. Reconstruite au seizième siècle, réparée au dix-septième, elle n'en fut pas plus régulière. On l'a démolie pendant la révolution.
SAINTE-GENEVIÈVE. Cette abbaye fut réformée sous ce règne; les dérèglements des chanoines devinrent le motif de leur réforme : l'événement suivant en fut l'occasion. Le pape Eugène 111, chassé de Rome, vint à Paris en 1145. Quelques jours après son arrivée, il voulut célébrer la messe à Sainte-Ceneviève. Les chanoines, pour l'honorer, tirent étendre devant l'hôtel un grand tapis de soie, sur lequel le pape s'agenouilla pour prier. Ce pontife, après la messe, s'étant retiré dans la sacristie, ses domestiques, prêtres ou laïques,
s'emparèrent de ce tapis, prétendant qu'il leur appartenait, par cela seul que le pape s'en était servi. Les serviteurs des chanoines, d'un avis contraire, arrachèrent le tapis des mains des valets du pape. Le tapis, objet de la querelle, tiré d'un côté, tiré de l'autre avec violence, est bientôt mis en pièces. Aux injures succèdent les coups de poing, les coups de bâton. Le roi, présent à ce tumulte, s'avance pour le faire cesser: son autorité est impuissante contre les mouvements furieux des combattants : il est même frappé dans la mêlée. La victoire reste aux familiers de Sainte-Geneviève. Ceux du pape vinrent, les habits déchirés, le visage ensanglanté, se présenter à leur maître, qui se plaignit au roi, et lui demanda justice d'une telle insulte. Le pape et le roi convinrent de réformer le monastère Sainte-Geneviève. On nomma, en effet, un nouvel abbé, et l'on introduisit douze chanoines nouveaux, tirés de l'abbaye Saint-Victor, lesquels furent solennellement installés dans l'abbaye Sainte- Geneviève, au grand déplaisir des anciens chanoines qui mirent tout en œuvre pour se débarrasser de ces étrangers. Ils employèrent contre eux la calomnie, les menaces, les mauvais traitements. Dans l'excès de leur animosité, ils chargèrent leurs domestiques d'aller, pendant la nuit, enfoncer les portes de l'église, s'emparer de la place, et empêcher les nouveaux chanoines d'y chan ter matines, en poussant des cris qui ne leur permettaient pas de s'entendre. Il fallut employer la force pour soumettre ces chanoines irrités. Us retinrent, malgré les ordres de l'abbé Suger, une grande partie de leur trésor, détachèrent de la chasse de Sainte-Geneviève des ornements d'or qui pesaient quatorze marcs, dans le dessein de former une somme assez forte pour l'envoyer au pape, et l'engager à changer de résolution. On répandit même le bruit que ces chanoines furieux coupèrent la tête de sainte Geneviève et l'enlevèrent de sa châsse. Pour détruire ce bruit alarmant, on lit solennellement ouvrir cette châsse, et l'on montra le corps de la sainte, muni de sa tête, puis on chanta le Te Deum. Depuis longtemps, il n'existait dans sa châsse ni le corps ni la tête de sainte Geneviève.
Ce monastère, ruiné depuis trois cents ans par les Normands, n'avait qu'imparfaitement été rétabli. L'église, brûlée par ces barbares, tombait en ruines. Etienne de Tournay, élvi abbé de Sainte-Geneviève en 1177, lit réparer les murailles dégradées par l'incendie, reconstruire les voûtes et recouvrir la toiture de lames de plomb. Le chapitre, le cloître, le dortoir, la grande chapelle intérieure de la Vierge , le réfectoire , etc., furent pareillement rétablis par cet abbé, qui remit la discipline en vigueur, et divisa l'école de ce monastère en deux classes : l'une, pour les religieux, était dans l'intérieur; et l'autre, placée à l'entrée, servait aux écoliers du dehors.
ABBAYE ET ÉCOLES SAINT-VICTOR. La fcrveur de cette institution récente fut bientôt amortie. Fondée pendant le règne précédent, elle offrait déjà, sous celui-ci, l'image du désordre et de l'immoralité; l'inconduite, la débauche de l'abbé Erneise pervertirent tout le monastère. Cet abbé se montrait le protecteur de tous les religieux qui favorisaient son penchant à la dissolution, et persécutait les hommes instruits et attachés à la règle. Un évêque de Danemark lui confia trois cents marcs d'argent. Erneise viola ce dépôt et mit de l'étain
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en place du précieux mêlai. Celle alVaire causa beaucoup de rumeur. L'abl)»^ lut déposé et relégué dans uu prieuré près de Clievreuse, où il coulinua de se livrer à ses habiludes dissolues, (iarin fut ensuile nommé abbé. Il réiablit l'or dre dans le monastère; mais à celle régularité passagère succédèrent bientôt ' le relàcbement et la licence. L'histoire de presque toutes les maisons religieuses des deux sexes n'oIVre (pi'une succession alternative de régularité et de débordement.
KGLïSE saint-(;ehmain-des-i»ués. Cette église, dont j'ai eu occasion de parler plusieurs t'ois, l'ondée par Cbildebert, au sixième siècle, ravagée à diverses reprises par les Normands au neuvième, fut, au commencement du onzième, reconstruite, comme il a été dit, par l'abbé Morard. Sa reconstruction ne s'acheva entièrement qu'en 1163, époque où le pape Alexandre III en fit la dédicace et la consécration. L'évèque de Paris se présenta pour assister à cette cérémonie; mais les religieux ne voulurent point le recevoir, et engagèrent le pape à lui ordonner de se retirer, parce que les évoques de Paris n'avaient aucune juridiction sur l'abbaye Saint-Cermain-des-Prés. L'évèque fut obligé d'obéir, et le pape fit, en conséquence, un beau sermon au pubUc, non pour l'instruire des vérités évangéliques, mais pour faire connaître les droits de cette abbaye. Afin de justifier cette incivilité, je dois dire que saint Cermain, évêque de Paris, avait accordé, en l'an 566, de grands privilèges à cette abbaye; il l'affranchit de toute autorité, excepté de celle des rois, et voulut que l'abbé s'opposât à ce qu'aucun évêque métropolitain ou suffragant entrât dans ce monastère, qui jouissait de la juridiction temporelle et spirituelle dans le bourg de Saint-Germain. En 1108, Galo, évêque de Paris, avait, par des moyens de séduction, déterminé Guillaume, nouvellement élu abbé de Saint-Germain, à lui soumettre ce monastère. En conséquence, cet abbé consentit à être solennellement institué et béni par l'évèque; mais lorsqu'il revint vers son abbaye, il en trouva les portes fermées. Les elTorts qu'il fit pour se les faire ouvrir furent inutiles : les moines, indignés de la condescendance de Guillaume, avaient résolu de ne pas le reconnaître pour abbé; ils nommèrent à sa place Rainald, autrefois abbé de Saint-Germain, qui avait renoncé à cette abbaye par simplicité, ou plutôt pour se soustraire aux tracasseries qu'il éprouvait de la part de l'évèque et du chapitre de Notre-Dame. Ainsi Guillaume perdit son abbaye, et le monastère conserva son privilège.
La longueur, hors d'œuvre, de l'égUse Saint-Germain, y compris l'espace occupé par la tour carrée qui s'élève à son entrée, est de deux cent quatrevingt-dix-huit pieds. Sa largeur, sans y comprendre les chapelles qui l'entourent, est de soixante-dix pieds. L'intérieur présente d'abord une nef, séparée des bas-côtés par cinq piliers à droite, et autant à gauche. Chaque pilier se compose d'un massif où sont engagées quatre colonnes de diverses dimensions. Ces piliers supportent des arcades à plein cintre. Vers les deux tiers de la longueur de cette église est un grand autel, et plus loin, à l'extrémité du chœur, en est un autre consacré à la Vierge, derrière lequel s'élève une construction en pierre de Conflans, nommée contre-retable, dont le dessin est d'une belle simplicité. Elle présente une niche couronnée d'un fronton, lequel
est supporté par deux colonnes d'ordre corinthien. Dans la niche on a placé une figure de la Vierge. Les travaux de cette construction, commencés en 1816, ont été achevés en 1811). Le chœur est entouré de colonnes isolées, qui, sur les côtés, supportent des arches à plein cintre, et, au rond-point du chœur, des arches en ogives. Les fenêtres du rond-point, et même du chœur, sont aussi en ogives : ce qui autorise à croire que cette partie de l'église date du douzième siècle, ainsi que le portail.
La grosse tour carrée, simple et dépourvue d'ornements, qui s'élève à l'entrée et qui lui donne l'aspect d'une forteresse ou d'une prison, plutôt qu'un caractère religieux, est évidemment la partie la plus ancienne de l'église.
Les deux tours latérales, placées à l'autre extrémité de l'église, offraient un genre de construction différent de celui de l'intérieur, et leur architecture était plus recherchée. Elles paraissaient appartenir au temps de l'abbé Morard, au commencement du onzième siècle. En 1822 et 1823, ces tours qui menaçaient ruine, ont été démolies.
Les piliers de la nef sont aussi du même temps : leurs colonnes engagées, leurs chapiteaux imités du corinthien et chargés de figures et d'ornements bizarres, leurs bases doriques, les doubles arceaux séparés et soutenus au milieu par une colonne qui leur est commune, signalent l'architecture du onzième siècle. La construction du rond-point du chœur, dont les arches sont en ogives, est d'un temps moins ancien. Peut-être en 1163, lorsque cette église fut consacrée et dédiée, n'était-elle pas entièrement achevée. Nous avons beaucoup d'exemples d'églises consacrées, quoique n'étant qu'à demi construites. Ainsi , cette partie du chœur, portant ce caractère de l'architecture ogivale, appartiendrait au temps de Louis VIT, époque où se fit la consécration de cette église, et où ce genre d'architecture commença à s'introduire à Paris.
En 1653 et dans les années suivantes, on fit beaucoup de réparations au bâtiment de Saint-(iermain; des murs, des voûtes, etc., furent reconstruits : on reconnaît sans peine ces parties réparées à leurs formes régulières et aux chapiteaux pareils à l'antique.
On a remarqué, et le fait est certain, que l'axe de la nef et celui du chœur ne forment pas une ligne droite; que l'axe du chœur s'écarte de celui de la nef, quoique d'une manière peu sensible, et incline du côté du sud.
J'ai parlé des rois et des reines enterrés dans cette église. 11 serait trop long de citer les noms des personnes considérables dont on y voyait les tombeaux.
Des fouilles ayant été faites, au mois de mai 1799, sous le grand autel de cette église, on découvrit à sept pieds au-dessous du sol un tombeau que Montfaucon avait indiqué comme pouvant être celui de Charibert, roi de Paris. Ce tombeau avait six pieds de long, et son couvercle en marbre, en forme de dos d'Ane, était orné d'écaillés imbriquées, de palmes et d'une branche de vigne. Ce couvercle levé, on vit un squelette vêtu, à côté duquel était un long bâton ou crosse en bois, terminé à sa partie supérieure par une pomme en ivoire, en forme de béquille. On jugea que ce tombeau était celui de l'abbé Morard, qui fit reconstruire le monastère de l'église, et qui mourut en 990. Voici la descri-
sors i.oins vu dit i.i: .iiuinf. 07
ption du vi^temont de cet abbé. Il était double. I.e premier présentait un manteau ample, dont les extrémités descendaient jusqu'aux pieds. Ce manteau était de satin, d'un tissu très-fort, à {^jrands dessins et d'une couleur rouge foncé. Le second vêtement consistait en une tunique de laine, couleur pourpre brun, ornée d'ime broderie aussi de laine, sur laquelle on avait gaulTré des ornements. Des espèces de panloulles, d'un cuir noir et bien tanné, lui servaient de chaussure : elles n'avaient ni oreilles ni boucles.
On découvrit un second tombeau, et l'on conjectura qu'il était celui d'un abbé ingon, mort en 10:25. Son s(juelette était couvert d'un vêtement de taffetas violet, ressemblant assez à l'habit des bénédictins. Les coutures de chaque pièce de ce large vêtement étaient couvertes d'un galon de soie verte, avec des étoiles en broderie d'or. Cette espèce de tunique avait pour bordure une belle bande d'étoile à grands dessins, relevés en dorures sur le fond. Sa coiffure consistait en une mitre de soie blanche moirée. Ses mains étaient couvertes de gants d'un tissu de soie à jour, fait à l'aiguille. Il avait au doigt une bague d'un métal mélangé en cuivre et argent, dont le chaton, en forme de croissant, renfermait une turquoise décolorée. Sa chaussure consistait en une espèce de guêtres d'une étoffe de soie, couleur violet foncé, ornées de dessins très-variés et du meilleur goût : on y voyait des cartels de forme polygone où se trouvaient tracés en or des lévriers et des oiseaux. Ces riches étoffes se fabriquaient en Orient.
Le 26 février 1819, on transféra, en cérémonie, du Musée des monuments français, les cendres de Montfaucon , de Mabillon et de René Descartes, et on les déposa dans la chapelle dite de Saint-François-de-Sales, où des tables en marbre noir portent des inscriptions qui attestent l'époque de leur mort et celle de leur translation en ce lieu. — Les cendres de Boileau Despréaux furent, le 14 juillet 1819, pareillement déposées dans la chapelle de Saint-Paul, située en face de celle de Saint-François-de-Sales. Une inscription latine, gravée sur une table de marbre noir, marque l'époque de la mort et de la translation des cendres de l'auteur de VArt poétique et du Lutrin.
V Enclos du monastère contenait plusieurs édifices dont je parlerai bientôt. Il s'y opéra, après l'an 1368, de grands changements. Charles V, craignant l'attaque des Anglais, ordonna que cet enclos fût fortifié. On répara les murailles, les tours, et l'on creusa des fossés tout autour. Pour faire ces réparations, il fallut sacrifier plusieurs bâtiments, démolir la chapelle Saint-Marlindes-Orges, et faire des transactions avec des voisins auxquels on prenait ou l'on abandonnait du terrain.
La principale entrée de l'enclos du monastère était située à l'est, vers l'emplacement occupé aujourd'hui par la prison militaire de l'Abbaye; en cet endroit, on traversait le fossé sur un pont, et Ton arrivait à l'église par sa porte méridionale. Une autre entrée était à l'ouest de l'enclos, dans la rue depuis nommée Sarrit-Benoît , presque en face de la rue des Deux-Anges, rue qui n'existait pas alors. Cette entrée, nommée Porte Papale, rarement ouverte, était flanquée de deux tours rondes, et l'on y arrivait par le moyen d'un pontlevis.
Vers l'endroit où la rue de Furstemberg aboutit à celle du Colombier, s'élevait une vieille tour ronde. De cette tour le mur de clôture très-élevé s'étendait en droite ligne jusque vers le bas de la rue Saint-Benoît; à l'angle de cette rue était une seconde tour pareille à la précédente. A ce point le mur, retournant presque à angle droit, suivait la direction de la rue Saint-Î'enoît, rencontrait la porte Papale, et aboutissait à une troisième tour ronde. Là se présentait un angle rentrant, qui laissait une petite place dont on voit encore un reste aux extrémités des rues Saint-Benoît et Sainte-Marguerite. Après cet angle, le mur suivait la direction de cette dernière rue jusqu'à la forteresse où se trouvait l'entrée principale du monastère. Ce mur était crénelé, soutenu par des piliers butants, et, de distance en distance, garni de tourelles élevées sur des culsdelampe. Ce mur était défendu par un fossé rempli par les eaux de la Seine, qu'y conduisait le fossé ou canal dit Petite-Seine. L'intérieur de cet enclos offrait plusieurs places vides et plusieurs édifices construits à diverses époques, dont voici la notice. Au sud et à l'entrée de l'église existait et existe encore la chapelle Saint-Symphorieti, que saint Germain avait fait construire, et où, en l'an 576, il fut enterré. En l'an 754, on transféra son corps dans la grande église. Cette chapelle Saint-Symphorien fut souvent reconstruite ou réparée. Au nord de l'église étaient la sacristie, le cloître, le réfectoire et la chapelle de la Vierge. La sacristie contenait la relique dite la ceinture de sainte Marguerite, qui possédait des vertus miraculeuses dont l'abbé Thiers a parlé en incrédule. Le réfectoire^ remarquable par la beauté de son architecture, ressemblait plutôt à un vaste temple qu'à une salle à manger; sa longueur était de cent quinze pieds, sa largeur de trente-deux, et sa hauteur de quarante-sept pieds sept pouces; il avait été construit en 1239 par le célèbre Pierre de Moîitreuil. Il servit de prison en 1793. La chapelle de la Vierge., située au nord et à quelque distance de l'éghse, commencée en 1244 sur les dessins du même Pierre de Montreuil, remplaça une chapelle de la Vierge tombant en ruine. Dans le chœur de cet édifice était la tombe de Pierre de Montreuil, architecte de cette chapelle et du réfectoire, lequel enrichit Paris d.^ plusieurs beaux ouvrages; il y était représenté avec une règle et un compas à la main. Autour de cette tombe on lisait son épitaphe, dont voici les deux premiers vers :
Flos plemis morum, vir tloctor latomorum, Musteiolo natuSyjacet hîc Pet rus tumulatus.
Tout auprès était aussi inhumée son épouse Agnès, avec cette épitaphe : Ici gist Annès^ femme jadis feu mestrc Pierre de Montreuil; priez Dieu pour Vâme d'ele. La chapelle de la Vierge fut détruite pendant la révolution. — Une rue, nommée rue de l'Jbbaye, occupe la place d'une partie des bâtiments du grand cloître, du chapitre, de la nouvelle sacristie, etc.; etdu côté septentrional de cette rue, des maisons particulières couvrent les lieux où s'élevaient le réfectoire et la chapelle de la Vierge. — Aux (juinzièmeel seizième siècles, il s'opéra de grands changements dans l'intérieur de l'enclos Saint -Germain -des- Prés. (Charles de Bourbon, cardinal, archevêque de Rouen et abbé de Saint-Ger-
* sous I.OIIIS vu DIT LK JEUNK. 00
niain-des-Prés, on 1585, céda les fossés aux rclii^ieux, (|ui les enserrèrent dans l'enclos, et tirent élever des murs sur le bord extérieur. Le môme cardinal connnença, en l'année suivante, la construction du palais Cardinal, orné de beaux jardins iiue le cardinal de Furstemherg, aussi abbé de Saint-(iermain, lit, en If)9î), considérablement embellir, (le fut lui qui tit construire les écuries et la rue (jui, de celle du (lolombier, se dirige en face de ce palais, rue qui porte encore son nom. La hihliothcqiie, (jui faisait partie d'un des corps de bâtiments du cloître, et dont l'extrémité septentrionale était adhérente au réfectoire, ne devint considérable qu'au commencement du dix-huitième siècle; elle était une des plus curieuses de Paris, et fut enrichie, en 1718, de celle de l'abbé d'Estrées; en 1720, de celle de l'abbé Renaudot; des bibliothèques de M. de Coaslin, évêque de Metz, etc.
Parmi les riches manuscrits qu'elle contenait, on citait quelques ouvrages de saint xVugustin écrits sur le papyrus, au sixième siècle. Le Cabinet d'antiquités, établi par Montfaucon, attenait à la salle des livres; il était précieux : on y trouvait une collection de monuments égyptiens, grecs, étrusques, romains et gaulois, et une autre collection de morceaux d'histoire naturelle. Cette bibliothèque, ouverte tous les jours au public, fut en partie détruite par l'explosion de quinze milliers de salpêtre déposés dans le bâtiment du réfectoire; explosion qui se manifesta le 2 fructidor an ii (19 août 1794), à neuf heures du soir. On put sauver les manuscrits, qui furent transférés à la Bibliothèque f
royale. > .
En 1699, l'abbé-cardinal de Furstemberg aliéna des parties de son enclos abbatial à divers particuliers, pour y bâtir des maisons à leurs frais. Par suite de cette aliénation furent établies les petites rues de V Abbaye et Cardinale. Dans l'enclos des religieux on fit ouvrir, en 1715, la rue Childebert et celle Sainte- Marthe qui est en retour, établir un porche et un parvis devant la principale entrée de l'église. Tous les fossés étaient comblés, et des masses de maisons s'élevaient à leur place. Tel fut l'effet des changements de l'état de la France et des progrès de la civilisation, que les religieux de Saint-Germain, au lieu de faire des dépenses pour fortifier leur enclos, détruisaient leurs fortifications j)our accroître leur revenu. Au lieu de deux entrées, dont l'une ne s'ouvrait que très-rarement, on y établit quatre entrées publiques maintenant démolies : la porte de Bourbon-Château, en face de la rue de ce nom : la porte Sainte- Marguerite , sur la rue du même nom; celle Saint-Benoît sur la rue de ce nom , et vis-à-vis de la façade principale de l'égUse ; la porte Furstemberg, sur la rue du Colombier qui servait d'entrée au palais abbatial. Au dehors de l'enclos étaient, au quatorzième siècle, divers objets que je dois faire connaître. A l'est de cet enclos, sur la place située au-devant de la porte qui alors était la principale entrée de l'abbaye, s'élevait \q pilori, construction en forme de tour ronde, n'ayant qu'un étage, percé de grandes fenêtres. Au sud de l'enclos était un terrain vague, où l'on pratiqua un chemin qui, après 1635, fut converti en une rue, appelée d'abord do. Madame Valence, et puis Sainle-Marr/nerile, à cause de la chapelle dédiée à cette sainte, chapelle placée à l'extrémité de la partie septentrionale de la croisée de l'église, et restau-
Uni versTfaJ*
iOO HISÏOIHE DE PARIS
rée en 1675. En 1635, fut aussi construite, par l'architecte Gamart, la prison * de l'Abbaye, située à l'extrémité orientale de cette rue. (Voyez Prisons.) A l'ouest s'étendait, depuis le passage du Dragon jusqu'à la rue Jacob, un clos entouré de murailles, appelé la Courtille^ou le clos de VAbba^je, dans lequel a été ouverte la rueTaranne. Au delà de cet enclos était la chapelle Saint-Pierre, qui a donné son nom à la lue des Saints-Pères. Au nord, et au delà du fossé, était un chemin qui longeait le petit Pré aux Clercs, et qui reçut le nom de chemin aux Clercs. X partir de l'an 1640, ce chemin fut bordé, de part et d'autre, de maisons, et, à cause d'un colombier élevé sur le mur d'enceinte de l'abbaye, on lui donna le nom de rue du Colombier.
Tel était, au quatorzième siècle, l'état physique de l'enclos de l'abbaye Saint- Germain-des-Prés ; tels furent les changements qui s'y opérèrent dans la suite.
Les religieux de cette abbaye s'étaient, au quatorzième siècle, affranchis du joug monastique; le désordre et la débauche avaient remplacé la régularité. E'abbé (Guillaume Briçonnet, en 1513, voulant établir la réforme, introduisit dans l'abbaye Saint-Germain trente religieux du monastère de Chezal- Benoît, dont le régime austère déplut aux anciens religieux, qui préférèrent quitter le couvent. Une bulle du pape, de février 1516, déclare excommuniés les moines fugitifs, si, dans trois mois, ils ne sont pas rentrés dans l'abbaye. En 1631, nouvelle réforme : on introduisit dans ce monastère la règle de la congrégation de Saint-Maur. Mais cette réforme ne s'opéra pas sans beaucoup de résistance. — Cette abbaye tenait sous sa puissance féodale la grande moitié delà partie méridionale de Paris; elle possédait, de plus, sur toute l'étendue du faubourg Saint-Germain, la juridiction spirituelle et la juridiction temporelle. L'abbé avait son grand-vicaire et son oflTicial; il était indépendant de révêque de Paris, ne relevait que du pape, faisait des mandements, enfin exerçait dans son faubourg la puissance qu'un évêque exerce dans son diocèse.
En novembre 1667, Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, publia un jubilé dans tous les lieux de sa juridiction et dans le faubourg Saint-Germain, qui n'en dépendait pas. E'alarme fut au monastère. L'abbé Henri de Bourbon, qui voulait se démettre de son abbaye pour se marier, se mit peu en peine de cette invasion de pouvoir: son grand-vicaire s'y opposa; mais, n'étant point soutenu, il accepta comme les autres religieux les propositions de l'archevêque. La juridiction de l'abbé fut d'abord bornée à l'enclos de l'abbaye. Louis XIV, par un édit de mars 1674, ayant supprimé toutes les justices particulières de Paris et les ayant réunies au Chàtelet, l'abbaye Saint-Germain, qui avait son prévôt, ses archers, sa police, sa prison; qui jouissait des droits de déshérence, d'aubaine, de bâtardise, de confiscation, et autres droits féodaux, allait être dépouillée d'une grande partie de ses revenus. Pélisson composa un mémoire où il détailla toutes les j)ertes que l'édit du roi faisait éprouver à cette abbaye : il en résulta un arrêt du conseil d'État, du 21 janvier 1675, qui' laissa la haute justice à l'abbaye, mais dans son enclos seulement : on permit, en conséciuence, à l'abbé d'établir un bailli et autres oflîciers de justice. Cet arrêt ne fut mis à exécution qu'en 1692. — Par décret du 13 février 1792, l'abbaye de Saint-Germain, comme toutes les autres, fut supprimée : son église, par l'etTet
s*oi s Koris vil DIT u: jiujni:. loi
du concordat de 1802, devint succursale de la [>aroissc Sainl-Sulpicc, et l'eet encore.
GUANDE BOUCHERIE, situéc au Hord et proche du grand Châtelet. Elle avait existé, sous le règne précédent, dans la maison de Gueheri le changeur. Louis VI , en donnant cette boucherie à Tabbaye de iMontmartre, excita le mécontentement et les réclamations des bouchers. Après de longues contestations, ceuxci furent mis en possession de cette boucherie, moyennant une rente de 30 livres parisis, (pi'ils convinrent de payer aux religieuses de Montmartre. Cette boucherie contenait alors vingt-trois étaux.
TABLEAU PHYSIQUE DE PAKIS. J^î /
La description de la seconde enceinte qui enserrait les faubourgs du nord et du midi peut donner une idée d'une partie de l'état de cette ville. Voici quelques autres traits qui pourront en compléter le tableau.
Les événements politiques delà France influaient puissamment sur le physique de ses villes. Les guerres privées, les révoltes et les brigandages des seigneurs exposant les produits de la culture des terres à des ravages continuels, on sentit la nécessité d'enclore de murs les terres cultivées. Telle est évidemment la cause des nombreuses clôtures qui, sous le nom de Clos, se trouvaient alors aux environs de Paris. Voici la notice de ceux qui sont les plus connus :
CLOS DE LA PARTIE MÉRIDIONALE DE PARIS. Lcs clos Scùnte-Geneviève ^ Salnt-Germam-des-Pré.s, Saint-Victor^ contenaient les églises, bâtiments, cours et jardins de chacune de ces abbayes , et occupaient une portion considérable du sol méridional de Paris. Il faut y joindre les €los Saint-Médard et Saint-Marcel, et plusieurs autres, dont voici la nomenclature : Clos des Vignes, ou Coiirtillc. 11 appartenait à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés; il s'étendait depuis la rue des Saints Pères jusqu'aux rues Saint-Benoît et de l'Égout. — Clos Saint- Sulpice. W s'étendait sur une partie de l'emplacement du jardin du Luxembourg. — Clos Vignerai. Il occupait une partie du jardin du Luxembourg et de l'enclos des Chartreux. — Clos Saint-Étienne-des-Grcs. \\ était contigu à l'église de ce nom et au clos Sainte-Geneviève. Près de ce clos était le Pressoir du Roi. — Clos de Meauvoisin et de Car lande. Ils étaient séparés par la rue Galande, qui en a pris son nom et avoisinaient la place Maubert. — Clos l'Évêgve. Il était situé près du clos Garlande. — Clos du Chardonnet, sur lequel fut construite l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. A l'est de ce clos était la Terre d'Alez, dont je vais parler. — Clos Bruneau. Deux clos portaient ce nom à Paris. Le plus considérable et le plus ancien contenait l'espace compris entre les rues des Noyers, des Carmes, Saint-llilaire et Saint-Jean-de-Beauvais; l'autre était situé dans le voisinage de l'Odéon, entre les rues de Tournon et de l'Odéon. La rue de Condé a été ouverte sur ce dernier clos. — Clos Saint'Symphorien. Il était planté en vignes et compris entre les rues des Cholets, de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grès. — Clos Tyron. Il appartenait à l'abbé du monastère de ce nom, et était compris entre les rues des Fossés-Saint-Victor et des Boulangers. — Clos des Arènes. Il était com-
pris entre les rues Copeau, des Fossés-Saint-Victor et de Saint-Victor. - Clos le Roi. C'est sur son emplacement qu'ont été construits l'église et l'hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas. — Clos des Mnreaux , ou FrancsMureanx , plus anciennement nommé de Cuvron, situé faubourg Saint-Jacques, au sud du clos le Roi. La rue delà Rourbe était sa limite méridionale. Clos des Bourgeois ou de la Confrérie des Bourgeois de Paris. Il était, je crois, situé entre les rues d'Enfer et Saint-Jacques, au nord du clos le Roi. — Clos des Jacobins. Au delà des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste, les Jacobins possédaient un terrain assez vaste, entouré de murailles; il était situé au nord du clos des Rourgeois, borné par les fossés de la ville, par la rue d'Enfer et la rue Saint-Jacques.— Clos des Poteries, ou des Métairies. On y entrait par la rue des Postes, qui, comme on le conjecture, doit son nom de Postes à celui de Pots. Le cul-de-sac des Vignes a été ouvert sur son emplacement. — Il existait encore, dans cette partie de Paris, le clos Drapelet, le clos Entechelière; mais on ignore leur emplacement. — La Terre d'Alez était un vaste territoire qui s'étendait depuis le clos du Chardonnet jusqu'au point où la Rièvre se jetait dans la Seine. Il comprenait originairement l'emplacement de l'abbaye Saint-Victor et ses dépendances, l'emplacement du Jardin des Plantes, etc. Il existait, au quatorzième siècle, une rue parallèle à celle des Fossés-Sain t-Rernard, depuis cul-de-sac qui portait le nom à'Alez^ nom qui signifie terre limitante.
CLOS DE LA PARTIE SEPTENTRIONALE DE PARIS. On trouvait à l'CSt de la
Grève, dont l'emplacement était beaucoup plus étendu qu'il ne l'est aujourd'hui, les clos suivants :
Clos Saint'Gervais , situé entre les rues Saint-Gervais, Cultures-Saint-Gervais, du Temple, etc. — Clos ou Cimetière Saint-Éloi, et ses dépendances, situé dans l'emplacement où l'on a depuis bâti l'église, la rue et l'hôtel de Saint- Paul, ainsi que l'Arsenal. Au nord de ce clos se trouvait le Clos Margot, sur lequel on a ouvert, en 1481, la rue Saint-Claude au Marais. — Les Enclos du Temple et de ïabbaije Saint-Martin, Saint-Merri et Saint-Magloire, etc., occupaient une grande portion de l'espace qui se trouve entre la rue Saint-Denis et la portion orientale de Paris.— Les Champeaux, en latin Campelli, qui occupaient l'espace contenu entre la rue Saint-Denis et le Palais-Royal : les Halles, l'église Saint-Eustache, les rues Croix-des-Petits-Champs et Neuve-des-Petits-Champs, furent établies sur ce vaste territoire.
Grand-Marais. Au delà et au nord des lieux que je viens d'indiquer, était un vaste marais, situé entre Paris et Montmartre; il s'étendait, suivant une charte de l'an 1176, depuis le Pont-Pétrin [Pont-Perrin, rue Saint-Antoine) jusqu'au-dessus du village de Chaillot. Ce marais, arrosé par les eaux pluviales venant de Paris et par le ruisseau de Méniimontant, fut, en 1154, concédé par les chanoines de Sainte-Opportune à divers particuliers, pour être défriché, à raison de douze deniers par arpent. £r< Ville-VÉccqiie , ferme ou séjour champêtre de l'évèque de Paris, qui devint dans la suite un village, était situé au delà de ce marais. On voyait aussi entre Paris et Montmartre les clos suivants : Clos de Malevarf, depuis connu sous le nom de la Conrtilte. — Clos Geor geauy situé au bas de la butte Saint-Roch, et dont une rue, qui communique de
sous LOUIS Vil DIT LK .IKUNK. 103
la rue Traversière à collo Sainlc-Amu', a conservé le nom. —Clos (iavlkicr ou des Mastires, sur kuiuel a été ouverte la rue SanU-Pierre-Montinartre. — Clos du tiallicr, où se trouve aujourd'hui la rue du Faubourg-Poissonnière.
Tels étaient les clos, les territoires et l'état du sol des environs de Paris suilequel cette ville s'est depuis étendue; il s'y opéra, pendant cette période, un changement dont je vais parler.
CANAL DE lUKViiiî. Le cours de la rivière de ce nom avait, jusqu'au règne de Louis Vil, suivi son lit naturel; et ses eaux se versaient dans la Seine au point où elles s'y versent aujourd'hui, lorsqu'on 1 148 les chanoines de Saint-Victor, désirant avoir dans leur enclos un moulin à farine et un courant d'eau pour le l'aire mouvoir, parvinrent, par l'entremise de saint Bernard, à déterminer l'abbé de Sainte-Geneviève à leur accorder, pour une somme d'argent, la permission de creuser un nouveau canal à cette rivière. Ce canal, large de neuf pieds, recevait les eaux de la Bièvre à cent quarante toises environ au-dessous du point où le cours de cette rivière est traversé par la rue du Jardin des Plantes. Là, une digue arrêtait les eaux, et les faisait entrer dans le nouveau canal, qui, traversant l'enclos de Saint-Victor, passait au nord et près de l'église, y faisait tourner un moulin; puis, sortant de l'enclos, traversait l'emplacement de l'extrémité méridionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, se prolongeait parallèlement à la rue Saint-Victor, derrière les maisons qui la bordent au nord, puis entre la rue des Bernardins et celle de Bièvre allait se jeter dans la Seine, vers l'endroit dit des Grands-Degrés.
Ce canal, subsista jusqu'au seizième siècle; mais au quatorzième, sous le règne de Charles V, une partie de sa direction était changée; et, au lieu de verser ses eaux dans la Seine à l'endroit des Grands-Degrés, les eaux, détournées vers la partie méridionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, se rendaient dans la Seine vers l'extrémité opposée de cette rue. Je parlerai dans la suite de ce canal, de sa nouvelle direction et de ses graves inconvénients.
RUES DE PARIS. Dcs rues étroites, tortueuses, telles qu'on en voit encore dans les plus anciens quartiers de cette ville, et notamment dans celui qui est au nord du parvis Notre-Dame, bordées, si l'on en excepte les édifices publics, de tristes chaumières ; des rues qui, dénuées de pavé, jamais nettoyées, devaient être bourbeuses, pleines d'immondices, puantes, hideuses à voir, pénibles à parcourir et malsaines à habiter, offraient l'unique moyen de communication qu'eussent les Parisiens.
Leurs noms grossiers, ridicules, même obscènes, se trouvent en harmonie avec leur mauvais état. Les uns désignent la malpropreté de ces rues, comme les noms de Merderais , Merderet, Merderianx, Merderel, Orde~Rue, rue Breneuse : il s'en trouvait plusieurs de ce nom : Trou-Pmials, ce dernier nom était celui de plusieurs cloaques, ainsi que ceux du Trou-Bernard, de la Fosse-auœ- Chiens, autrefois, nommée Fosse-aux-Chieurs ; rues Tire- Pet, du Pet, duPetil- Pet, du Gros-Pet, du Pet-au- Diable, du Cvl-de-Pet, etc. D'autres dénominations ne sont que ridicules, comme celles des rues Pavé dandouilles, Trop-va-quidure, ou Qui-mi-trouva -si-dure j du Puits-qui Parle , Bertrand-qui-dort , Brise-
Miche, raille-Pain, Jean-Pain-Mollet, Trousse-Vache, etc. D'autres noms indiquent'les intenlions ou les habitudes malfaisantes de ceux qui les habitaient. De ce nombre sont les rues de Maudestour, Mauco7iseil, Maldésirant, Maleparole, Malivaux, Mauvoisin ou Mauvais-Voisin, et deux rues dites des Mauvais-Garçons, etc. D'autres noms de rues caractérisaient les dangers qu'y couraient les passants, ou les événements fâcheux dont elles furent le théâtre: telles sont la rue dite du Coup -de-Bâton, les rues Tire-Chappe, Vide- Gousset , Coupe-Gorge, Coupe-Gueule , etc. 11 en était d'autres qui attestaient la misère publique, comme celles de la Grande-Truanderie , de la Petite-Truanderie: on sait que le mot /rwfl?2c/me indique l'action de demander l'aumône; la Vallée-de-Misère, etc. Plusieurs autres rues indiquaient par leurs noms la débauche dont elles étaient les repaires; telles que les rues Pute-y-Muce, Putigneuse, le cul-de-sac Piitigneux, etc. Ce serait blesser toutes les bienséances que de reproduire les noms orduriers que portaient anciennement les rues TraMS-Nonain, Tire-Boudin, Deux-Portes-Saint-Sauveur, du Pélican, de Marie- Stuarty etc.
Ainsi, les malheurs, les désordres et l'immoralité des siècles passés avaient laissé leur empreinte jusque sur les noms des rues de Paris.
PETIT-PONT. Ce pont, emporté en grande partie vers l'an 885 par un débordement de la Seine, fut sans doute rétabU dans la suite et détruit de nouveau. Puis , suivant Geoffroy de Saint-Victor , Jean de Petit-Pont et ses disciples le reconstruisirent en pierres de taille , à leurs frais et de leurs propres mains , vers la fin du douzième siècle. Ils bâtirent de plus pour chacun d'eux, de petites maisons situées sur ce même point; ils y demeuraient, et y enseignaient le peuple. Geoffroi de Saint-Victor fait un grand éloge de la magnificence de ces constructions qui n'étaient pas toutes en pierres de taille , puisque cet écrivain dit que des piles recouvertes en airain le soutenaient; donc il y entrait du bois. Il ajoute que la route de ce pont était pavée, et prédit qu'il durera longtemps; mais cette prédiction ne s'accomplit point. Le Petit-Pont fut encore abattu par un débordement et reconstruit en 1185. J'en parlerai dans la suite. Jean, surnommé de Petit-Pont, parce qu'il l'avait bâti et qu'il y demeurait , était chef d'une secte philosophique de ce temps. Ses sectateurs et ses disciples étaient, pour la même cause, nommés Parvipontains.
Paris, pendant cette période, s'accrut de quelques églises ou chapelles, d'un hôpital et d'un collège qui fut le premier établissement de ce genre. Cette ville fut détruite deux fois par des incendies. Le premier se manifesta en 103i, le second en 1059. Les chroniques s'accordent à dire que la France , dans la même année, fut désolée par une famine excessive qui dura pendant sept années.
Dans l'hiver de 11 10, la Seine, débordée par les pluies continuelles, dévasta ses rivages, engloutit les maisons et les cultures qui s'y trouvaient: Paris et Rouen éprouvèrent de grandes pertes. Quelques mois après, un ouragan furieux dessécha, pendant quelques moments, les eaux de la Seine, de sorte que, si l'on avait osé, on aurait pu franchir à pied sec la largeur de cette rivière, u Paris, dit Orderic Vital , fut témoin de ce spectacle, et en fut épouvanté. ^>
SOIS LOUIS Vil DIT LE JEUNE. i"* 10
ii^
KTAT CIVIL DK PARIS.
Les comtes de Paris, devenus rois, lurent remplacés par un prévùl, qui résidait dans la forteresse du (^rand-CMiàtelet. Les prévôts s'occupaient moins alors de leurs devoirs que de leurs prétendus droits, ils achetaient cette l'onction des rois, et en retiraient le prix par le moyen des vexations arbitraires qu'ils exerçaient sur les habitants de Paris. Louis VI, ou le (iros, avait concédé, ou plutôt vendu à plusieurs villes et bourgs de France des chartes de commune ou de franchise : son llls Louis VII ne l'imita point : il refusa cet avantage aux habitants d'Orléans, et n'en accorda pointa la ville de Paris. Les rois ses successein's ne furent pas plus généreux envers les habitants de cette capitale , qui n'eut jamais de charte de franchise. Les finances du roi et son autorité en auraientsoulTert; il se serait privé des produits de plusieurs exactions : les Parisiens furent donc maintenus dans leur état de servitude. Mais ce roi, sans doute pour les dédommager, leur accorda par une ordonnance de l'an 1131 , des droits dont, ils ne jouissaient pas, et qu'on nommait alors des privilégies. En voici les principaux articles. Louis Vï concède à la partie des habitants de Paris qui sont ses justiciables , et non aux justiciables des seigneurs ecclésiastiques, la faculté de poursuivre leurs débiteurs, de saisir leurs meubles, et, dans le cas où ces Parisiens ne pourraient pas prouver leur créance, ils étaient, malgré ce défaut de preuve, exempts envers le roi d'une amende qu'ils auraient encourue sans ce privilège. Les Parisiens justiciables du roi pouvaient en outre recourir au prévôt de Paris, qui devait leur fournir des secours dans leurs poursuites contre les débiteurs. Ces articles semblent prouver qu'avant cette ordonnance de Louis VI, l'autorité du roi et celle de son prévôt n'agissaient sur les sujets que pour lever des amendes, et exercer de violentes exactions dont je vais parler; que ces autorités ne se mêlaient nullement de la justice distributive; qu'avant l'an 1134 les Parisiens n'avaient pas le droit de poursuivre leurs débiteurs , et que, lorsqu'ils s'avisaient de réclamer sans preuves ce qui leur était dû , on les condamnait à une amende envers le roi. Par cette ordonnance, le roi autorise en même temps ses bourgeois justiciables à saisir eux-mêmes les biens de leurs débiteurs, partout et de quelque manière qu'ils pourront le faire, ubicumque et quocumque modo poterunt, pourvu qu'ils ne saisissent pas des valeurs excédant leur créance. Voilà les bourgeois de Paris érigés en sergents, saisissant, sans jugements préalables, tout ce qu'ils pourront saisir de leurs créances : voilà l'arbitraire et le désordre érigés en loi. En accordant ce prétendu privilège à ses justiciables de Paris, Louis-le-Gros se garda bien de les exempter du droit de prise, vrai brigandage qu'il exerçait sur eux, et qui livrait les ha])itants de cette ville à la merci d'une bande de pillards royaux appelés chevcmeheurs et preneurs. Ces preneurs, lorsque le roi rentrait dans Paris après quelque absence, enlevaient dans les maisons des Parisiens, pour le service du roi, de la reine, des princes et des grands odiciers , les meubles, les denrées, les provisions qu'ils y trouvaient, sans paiement, sans compensation. Louis VII rendit, en 1165, une
ordonnance où il restreignit cette exaction féodale: il défendit d'enlever les meubles. Voici une partie du préambule de cette ordonnance : « Chaque fois « que nous venions à Paris, nos sergents étaient en usage d'entrer dans plu- « sieurs maisons, et d'y enlever pour notre service, les matelas, les lits de
» plumes qni s y trouvaient »
Malgré cette ordonnance, le droit de prise, que Louis VII qualifie de mauvaise coutume, d'exaction illicite, se maintint encore longtemps; et j'aurai occasion d'en parler dans la suite avec de plus grands détails. Pendant cette période fut établie, surtout dans les justices ecclésiastiques, la coutume barbare des com6a/«>6/zcmwus, c'est-à-dire la coutume de se battre devant les juges au lieu de plaider. Je parlerai plus longuement de cette jurisprudence brutale. Cependant quelques traits de lumière commençaient à briller au milieu de ce chaos de désordres et d'erreurs. En 1135, on découvrit, à Amalfi , un Vieux manuscrit des Pandectes deJustinien. L'étude de la jurisprudence reçut, par cette découverte, une grande impulsion.
Le droit romain fut enseigné à Paris; mais un décret du pape Honorius III , d'environ l'an 1220, y prohiba cet enseignement, et ce ne fut qu'au 18 février 1563 qu'il fut établi dans cette ville une chaire spéciale de ce droit.
Si, au douzième siècle, le Code de Justinien résista aux déclamations de saint Rernard, aux prohibitions des papes et des conciles, il ne put échapper à l'ignorance de ses commentateurs, ni à l'usage établi par les légendaires d'envelopper de mensonges merveilleux les plus simples vérités. Les premiers commentateurs crurent illustrer ce Code en l'accompagnant de contes ridicules.
TABLEAU MORAL DE PABIS
Il serait difficile de trouver dans les annales des nations un état social plus désordonné, des opinions plus fausses, des malheurs plus grands, plus soutenus, des crimes plus graves et des mœurs plus corrompues que chez les habitants de la Gaule pendant cette période. Les onzième et douzième siècles, qu'on a nommés siècles de plomb, seraient plus exactement caractérisés si on les qualifiait de siècles de ténèbres, de boue et de sang.
Les rois n'offraient aux seigneurs et aux peuples que des exemples d'immoralité, qui ne furent que trop imités. C'est ainsi qu'on a vu Philippe I^"^, de concert, et sans doute par les insinuations de son prévôt Etienne, faire, dans l'église de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés , une tentative de vol qui n'eut pas de succès. On va voir maintenant ce roi, si le souverain pontife de Rome n'est pas un calomniateur, renouveler les mêmes tentatives sur un plus grand théâtre, et avec un succès plus réel.
Le pape Grégoire VU adresse à tous les évoques du royaume une lettre, datée du 19 septembre 1074, dans laquelle il esquisse le tableau des mœurs corrompues de ce royaume et de son roi : « Toutes les lois y sont méconnues, >• toute justice est foulée aux pieds, dit-il. Est-il quelque infamie, quelque » e':;pèce de cruauté, quelques actes vils, intolérants, qui ne s'y commettent
sous 1.01 IS VII DIT LE JEIINK. 107
>» impunément? Depuis un certain temps, la puissance royale arfaiblie n'a plus '• de lois à opposer aux délits, n'a plus de force pour les punir. Les Francs, » ennemis entre eux, usurpant chacun le droit commun des nations, lèvent " des troupes et se font la guerre pour venger leur propre injure. Ces querelles » particulières désolent la patrie, la remplissent de meurtres, d'incendies, et " d'autres calamités que produisent les guerres. Chose étrange et déplorable '- » la perversité, comme une maladie contagieuse, les a tous frappés. Souvent, » et sans y être contraints par la nécessité, ils se rendent coupables de forfaits » horribles, exécrables. Ils méprisent également les lois des hommes et celles « de Dieu. Sacrilèges, incestueux, parjures, ils sont, pour le moindre intérêt, « disposés à se trahir réciproquement. On voit parmi les Francs ce qu'on ne >. voit point chez les autres nations de la terre; les uns sont en guerre contre .. les autres, les parents contre leurs parents, les frères même contre leurs >. frères. C'est par cupidité, c'est pour extorquer les biens de leurs adversaires, » c'est pour les plonger, le reste de leur vie, dans une misère extrême, qu'ils <> prennent les armes. Ils arrêtent les pèlerins qui se rendent à Rome pour y vi- .. siter les tombeaux des Apôtres, ils les plongent dans les cachots, leur font -> éprouver les tortures les plus douloureuses pour les obliger de payer des ran- .. çons, dont la somme surpasse souvent tout ce que ces malheureux possèdent. »
On ferait des volumes si l'on recueillait, dans les monuments historiques de ces temps barbares, toutes les notions qui constatent les expéditions que les nobles faisaient sur les chemins contre les marchands et les voyageurs, et surtout celles qu'ils dirigeaient contre les églises et les monastères. Les moyens variés, mais toujours inutiles, qui furent employés pour arrêter ce débordement, pour corriger ces habitudes viles et subversives de tout ordre, le récit des nombreuses et continuelles guerres privées de seigneurs entre eux, les cruautés qu'ils exerçaient les uns contre les autres, les ravages, les pillages, les massacres, les incendies, en tous temps, en tous lieux, les calamités causées par cette dévastation générale, offrent, pendant six ou sept siècles, les exploits ordinaires des hommes puissants, la matière principale de notre déplorable histoire et les traits les plus caractéristiques de l'anarchie féodale.
Je n'entreprendrai point de tracer le tableau de ces siècles passés ; je vais me borner à parler de la conduite de quelques seigneurs habitants des environs de Paris, et à offrir quelques résultats propres à donner une juste idée des désordres et des maux causés par la féodalité,
Burchard, dit /e Barbu ^ tige de la maison de Montmorency, possédait un fort dans l'île de la Seine, aujourd'hui nommée Ile Saint-Denis. H partait de ce fort pour faire des incursions sur l'abbaye Saint-Denis, qu'il pillait et dévastait fréquemment. Vivien, abbé de ce monastère., s'en plaignit au roi qui ordonna au noble baron de mettre fin à ses brigandages. Le noble baron n'obéit point. Le roi fit abattre le fort de l'île. Burchard, plus furieux que jamais, se vengea sur les propriétés de l'abbaye et sur les pauvres habitants qui les cultivaient. Le roi , trop faible pour contenir ce brigand , imagina de lui faire consentir un accord avec l'abbé de Saint-Denis. Il fut convenu que Burchard serait autorisé à construire un château dans un lieu
108 HISTOJKE \)K PARIS
appelé Montmorency^ près de la fontaine de Saint- Valerl, à trois milles de Saint- Denis; qu'il ferait hommage à l'abbé pour le fief qu'il possédait dans l'île ; que ses chevaliers , habitant son château de Montmorency , seraient tenus de se rendre deux fois par an , le jour de Pâques et le jour de Saint-Denis, dans l'abbaye de ce nom , et d'y rester en otages jusqu'à ce que les objets volés par ledit Burchard,les dommages faits par lui aux biens de l'abbaye, fussent restitués ou réparés. Cet accord est de l'an 1008. On voit, par sa teneur et par les précautions qui y sont prises, que Burchard était un voisin fort dangereux pour l'abbaye Saint-Denis. Les monastères, pour se préserver des attaques des seigneurs, employèrent un grand nombre de moyens rentre autres, ils payaient un ou plusieurs chevaliers chargés de les protéger contre les brigands. Ces chevaliers portaient le iitved' avoués, de défenseurs, etc.; mais la plupart, brigands eux-mêmes, rendirent cette fonction héréditaire dans leur famille, usurpèrent l'autorité, opprimèrent les moines, et pillèrent les monastères qu'ils étaient chargés de défendre.
Le comte Drogon jouissait, en qualité d'avoué de l'abbaye Saint-Cermaindes-Prés, des revenus de plusieurs villages des environs de Paris, appartenant à cette abbaye. Ce comte, comme plusieurs autres défenseurs, possédait cette fonction par droit héréditaire. Ses pères avaient usurpé l'autorité suprême sur les habitants de ces lieux, les accablaient de contributions injustes, d'exactions, de mauvaises coutumes, dont le poids, quoique insupportable, fut encore aggravé par le comte Drogon. Le roi Robert, en 1031, fit défense au comte de continuer la perception de ces iniques servitudes; mais ce roi ne se faisait jamais obéir.
En 1043, le roi Henri rendit une sentence à peu près semblable contre un chevalier appelé Nivard, défenseur des biens de l'abbaye Saint-Maur-des-Fossés , chevalier qualifié dans cette sentence de très-inique voleur {iniquissimus prœdo), qui, pendant les fréquents séjours qu'il faisait dans un village appartenant à cette abbaye, en sa qualité de défenseur, écrasait les pauvres cultivateurs de ce village par des vexations nombreuses et insupportables.
Louis VI, dit le Gros^ du vivant même de son père Philippe, combattit la plupart des brigands qui désolaient ses États : tel était Èbles de Rouci, fils de Guischard, qui, poussé par un esprit de démence ou de cupidité , et par sa méchanceté , dit l'abbé Suger, ne cessait de dévaster et piller les compagnes. Le jeune prince parvint à réduire ce tyran : mais le remède fut aussi funeste que le mal; ses troupes volèrent ceux qui volaient; si furent robes cil qui soiiloienl rober les autres, portent les (irandes Chroniques de France.
Burchard IV, seigneur de Montmorency, à l'exemple de son aïeul Burchard P'^ dont j'ai parlé, exerçait, en 1101, des brigandages contre l'abbaye de Saint- Denis. L'abbé Adam défendait les propriétés de son monastère les armes à la main, et avec le courage de ce temps; c'est-à-dire que les deux ennemis, à l'envi l'un de l'autre, brûlaient les villages, les récoltes, massacraient, emprisonnaient, torturaient dans leurs cachots les malheureux cultivateurs, qui, étrangers à ces ([uerelles , en étaient toujours les victimes. L'un brûla la terre de l'autre, disent les Grandes Chroniques de France, Le prince Louis ordonna
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au seip;neur de Moiilinoreiicy de se rendre auprès du roi son père à Poissy. (le seigneur refusa d'obéir, et lui eondannié |)ar la eour du roi ; il ne se soumit point à eette sentence, et rassembla au contraire ([uelciues seigneurs de son voisinage pour résister aux Ibrces royales. Le prince Louis vint assiéger Montmorency. " Il entra, disent les Grandes Chroniqueur dans la terre de Burchard, et (jasta tout par feu et par (//aire, fors soncliastel qu'il prit. » Le seigneur rebelle fut forcé de se soumettre.
Je ne m'arrêterai pas à décrire les perfidies, les brigandages, les rébellions, les vols, les incendies de Hugues de Puiset, des seigneurs de (iournay, de C-recy, de Montlliéri, de la iloche-(iuyon, ni les excès du prince Pbilippe, lils du roi Philippe U' , et de la duchesse d'Angers, qui, avec ses chevaliers, descendait de sa tour de Montlhéri, pillait les passants, et dévastait les campagnes du voisinage.
. Pour mettre un terme à ce débordement de toutes les mauvaises passions, le clergé employa d'abord l'arme redoutable de l'excommunication ; puis vinrent les excommunications aggravées et réaggravées : ensuite on proféra dans les églises, contre les profanes spoliateurs, diverses formules de prières appelées cris à Dieu, cris de tribulations^ et diverses formules de malédictions des plus énergiques. On sonnait les cloches à chaque heure de la journée, et notamment la cloche du chœur, nommée cloche en colère^ campana irata. On déposait par terre les reliques des saints et le crucifix; on les plaçait sur des épines. Dans la suite, on donna de l'extension à cette cérémonie sacrilège : on jeta par terre avec etîort les reliques, les images des saints, de la Vierge, le crucifix, le livre des Évangiles; on alluma, on éteignit et on jeta à terre des cierges, en prononçant les malédictions, les imprécations les plus horribles, les plus recherchées, contre les brigands féodaux. On alla plus loin encore : on traîna les statues des saints, de la Vierge, et le crucifix autour de l'église; et, suivant l'antique usage des païens qui, lorsqu'ils soulTraient de quelques calamités, injuriaient et frappaient leurs dieux, on injuria, on frappa les statues des saints, on frappa leurs tombeaux et les autels qui contenaient leurs reliques, afin de réveiller leur vertu assoupie, ou d'exciter leur colère contre les envahisseurs des biens des églises où ils recevaient un culte.
Tous ces moyens ne guérissant pas le mal, on imagina de réunir, dans diverses églises, un nombre considérable des reliques les plus renommées; on invita les seigneurs à s'y rendre. Us aimaient à figurer en magnifiques équipages dans les grandes réunions. Ils s'y rendirent, et jurèrent sur ces reliques qu'ils renonçaient à leurs brigandages accoutumés. Ils juraient volontiers; puis, sortis de l'église, ils oubliaient leurs serments. Un évoque de Limoges, appelé Alduin, imagina le premier, pour épouvanter les nobles brigands, de faire cesser tout service divin dans son diocèse. Cet exemple fut imité par plusieurs évèques. Le mal, cependant, allait en empirant, et les mêmes désordres se manifestaient dans toutes les parties de la France. Pour les faire cesser, on assembla inutilement plusieurs conciles: à Charroux , en 988; à \arbonne,en 990; à Reims, en 993; à Limoges, en 99i; à Poitiers, en 1000; à Airy, diocèse d'Auxerre, en 10^0; à lleims, en 1027; à Bourges, en 1031.
Enfin, au diocèse d'Elne, à trois lieues de Perpignan et dans la prairie de Tulujes, se tint un concile mi-parti composé de laïques et d'évôques, où l'on décréta pour la première fois la Trêve de Dieu, monument éternel des forfaits delà barbarie et de la féodalité; témoignage irrécusable de la corruption des mœurs, de l'excès du désordre général et de la malheureuse condition du peuple; législation étrange, où la loi compose avec le crime, et lui fait sa part. Dans ce concile, il fut arrêté que, pendant trois jours et deux nuits de chaque semaine, les nobles étaient autorisés à faire la guerre, à piller, à massacrer, à incendier : le brigandage leur était interdit pendant les autres jours. Dans d'autres conciles tenus par la suite, on trouva que l'espace de temps accordé aux brigands était insuffisant, et l'on permit leurs dévastations pendant quatre jours et trois nuits par semaine, et même pendant près de six jours et cinq nuits. Je ne ferai aucune réflexion sur les décrets de la Trêve de Dieu; il suffira d'annoncer que, dans les diocèses où cette trêve fut reçue comme une loi, des seigneurs demandèrent et obtinrent le privilège de n'y pas obéir ; qu'en vigueur pendant plus d'un siècle , et constamment violée par ceux-là même qui l'avaient provoquée , qui l'avaient solennellement jurée, elle tomba en désuétude, faute de forces pour assurer son exécution. Si la Trêve de Dieu opposa quelques digues au torrent du brigandage nobiliaire , elle ne put jamais en arrêter le cours. Le clergé essaya aussi, pour tempérer la barbarie des nobles, le mobile de la confession ; et cette tentative, qui s'opéra au onzième siècle, n'eut qu'un succès éphémère. Une chronique du temps s'exprime ainsi : « Les princes qui jusqu'alors, à cause de leurs cruautés et » de l'effroi qu'ils causaient, s'étaient montrés semblables à des lions, sem- » blables à des léopards par leurs innombrables iniquités, en faisant très- » humblement leur confession et se soumettant aux mortifications , furent pu- » rifiés et rendus plus blancs que neige. » Elle ajoute que quelques seigneurs se firent moines et donnèrent du bien aux églises.
Ne. pouvant offrir ici, sur l'abîme de maux où la barbarie des Francs et le régime féodal avaient plongé la France, que des aperçus rapides, je me bornerai à dire que, pendant la durée des trois règnes de Hugues-Capet , de Robert et de Henri [«», qui comprennent un espace de soixante-treize années, on compte quarante-huit années de famine, dont trois au moins furent si violentes, que les hommes, poussés par la faim, devinrent anthropophages, et dont presque toutes étaient accompagnées ou suivies de grandes mortalités et de cette contagion appelée mal des ardents (1). Qu'opposeront à ces résultats incontestables les aveugles partisans du régime féodal , les apologistes du temps passé?
Sous les trois règnes suivants, ceux de Philippe 1*"% de Louis VI et de Louis VII, dont l'intervalle est de cent vingt ans, le mal diminue et l'histoire ne
(1) Voici quel remède on ni)portait à ces maliidie? dans l'al)lta\e de Saint-Vannes : l'évèque de cette ville faisait tremper les reli(iues de son patron dans de l'eau l>énile et dans du vin; à ce mélange il ajoutait un peu de raclure d'un morceau de pierre du Saint-Sépulcre, qu'il faisait infuser dans du vin : il mêlait le tout et l'olViait aux malades; il en remplissait un vase qu'il laissait à la portée du public. [Recueil des Historiens ùc France^ t. XI, p. 145.)
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nous fait connaitre (|ue Irente-lrois années de lamine, dont deux seulement lurent caractérisées par des antlnopopha^ies. Il faut attribuer cette diminution de mal à diverses causes : le gouvernement, tout vicieux qu'il était, avait reçu des rèj;les et de l'aplomb; le temps ayant donné un caractère de légitimité aux usurpai ions, on les respectait un peu plus; les lumières commençaient à faire quelques progrès; mais la cause puissante de cet allégement est la fureur des croisades qui éloignaient de notre pays la plupart des seigneurs, auteurs de ces maux.
Ce n'était pas, comme le rapportent les chroniqueurs, l'apparition des comètes, des aurores boréales, les éclipses, etc., qui causaient ces famines; c'était le régime de la féodalité qui, essentiellement destructeur, autorisait le désordre et les crimes, et tarissait toutes les sources de prospérités. Les seigneurs, entretenaient des guerres presque continuelles sur toutes les parties de la France, et s'appliquaient plus à enlever, à torturer dans leurs prisons les paisibles laboureurs, à brûler les villages et les récoltes, à piller et à dévaster, qu'à combattre : de sorte (\\ie souvent de vastes étendues de pays restaient pendant plusieurs années sans culture. Us ruinaient l'industrie et le commerce, en pillant les voyageurs et les marchands sur les chemins et sur les rivières : ils étaient les ennemis de tout le monde. Les écrivains contemporains de tant de calamités appréhendèrent l'extinction, totale de l'espèce humaine dans la Gaule. La Chronique de Verdun, après avoir offert un tableau déplorable de la famine des années 1028 et 1029, dit que dans un concile on chercha un remède à tant de maux, et un moyen d'empêcher la population d'être entièrement détruite et^ le pays d'être réduit en désert. On crut que la fin du monde était prochaine; que l'antechrist allait paraître, et dans l'église de Paris un jeune homme monta en chaire et prédit cet effroyable événement : la peur s'empara de tous les esprits ; les riches s'empressèrent de donner aux monastères des biens qui désormais leur devenaient inutiles. Les moines ne partagèrent pas cette peur, mais en profitèrent. Le monde devait finir au dimanche de Pâques de l'an 1000. Ce jour arriva, et le peuple ne vit ni la fin du monde ni la fin de ses maux.
Plusieurs évoques et abbés, c'est-à-dire des seigneurs ecclésiastiques, doivent partager les reproches que méritent les seigneurs laïques; ils se livraient comme ces derniers aux excès des guerres privées; comme eux, ils contri huaient aux affreuses calamités dont je viens de donner une esquisse. Si l'histoire de ces temps désastreux offre quelques exemples de prélats éclairés et vertueux, on peut dire, en général, qu'ils mettaient une opiniâtreté sans bornes, un orgueil indomptable, à défendre leurs droits temporels : en voici un exemple frappant que je choisis entre beaucoup d'autres.
Le roi Louis VU, se rendant à Paris, fut surpris par la nuit; il soupa et coucha dans le village de Créteil, aux dépens des habitants. Ce village et ses habitants appartenaient au chapitre de Notre-Dame. Les chanoines irrités résolurent de se faire restituer cette dépense, et de se venger avec éclat de ce roi coupable d'avoir ainsi attenté aux propriétés de leur église.
Le lendemain, étant à Paris, Louis VII, suivant son usage, se rendit à l'é-
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glise Notre-Dame pour assister aux ofTices. A son arrivée , il vit avec surprise que les portes de cette église lui étaient fermées; il demanda la cause de cet affront; des chanoines lui firent cette réponse : « Quoique tu sois roi, tu » n'en es pas moins cet homme qui, contre les libertés et les coutumes sa- >. crées de la sainte Église, a eu l'audace de souper à Créteil, non à tes dépens, .. mais à ceux des habitants de ce village : voilà pourquoi l'église a suspendu » les offices, et t'a fermé sa porte. Tous les chanoines ont pris la résolution » de se soustraire à ton autorité; et, plutôt que de souffrir la moindre at- «teiîite aux lois de leur église, ils sont prêts, s'il est nécessaire, â endurer » toute sorte de tourments. »
A ces mots, le roi, frappé de terreur, gémit, soupira, versa des larmes, et s'excusa en disant aussi humblement qu'il lui fut possible : « Je ne l'ai point ). fait exprès; la nuit m'a surpris en chemin; il était trop tard pour que je » pusse continuer ma route, et aller jusqu'à Paris; les habitants de Créteil se o sont empressés de fournira mes dépenses; je ne les ai point forcés, et je » n'ai pas voulu repousser leur accueil obligeant; qu'on fasse venir l'évêque » Thibaud et le doyen Clément, tout le chapitre et même le chanoine pré- » vôt de ce village; si je suis déclaré coupable, je ferai satisfaction. Je m'en >> rapporte à leur décision sur mon innocence. »
Cependant Louis Vil, resté à la porte de l'église, attendait le résultat de ses demandes, et récitait dévotement ses prières. I^'évôque faisait des démarches auprès des chanoines, sollicitait en faveur du roi et offrait d'être caution de ses promesses. Les chanoines intraitables ne se confièrent ni aux paroles du roi, ni à celles de leur évêque; ils ne cédèrent que lorsque ce prélat leur entremis deux chandeliers d'argent pour gage de la promesse de ce prince. Alors seulement ils lui ouvrirent les portes de leur église.
Louis Vil, après avoir restitué les frais de son souper à Créteil, vint déposer solennellement sur l'autel de Notre-Dame, comme un monument éternel du respect dû aux biens des prêtres, une baguette sur laquelle était inscrit le récit succinct du délit et de sa réparation.
Les seigneurs ecclésiastiques avaient l'orgueil des seigneurs laïques, et partageaient avec eux les autres vices des dominateurs féodaux ,* en voici un exemple entre autres : En l'an 1133, Etienne, évêque de Paris, accompagné de quelques ecclésiastiques de cette ville, se rendit à Chelles pour rétablir le bon ordre dans Tabbaye de ce nom. A son retour, il fut assailli par les hommes du château de (tournai, c'est-à-dire par les neveux de Thibaud Notier, archidiacre de Paris : « Nous marchions en portant la paiœ^ ditl'évê- ') que Etienne dans une de ses lettres, et nous étions sans armes, puisque c'était un jour de dimanche; ils se jettent sur nous, leurs épées nues à la » main; et, sans respecter Dieu, le jour saint, ni moi, ni les personnes véné- )) lables (jui m'accompagnaient, ils percent de coups mortels cet innocent » (Thomas, abbé de Saint-Victor), et m'ordonnent de m'éloigner promptement, si » je veux éviter la mort. Nous nous jetons à travers les épées, nous tirons ') des mains de ses bourreaux le corps de ce malheureux à demi mort et cruel- '. lement déchiré, etc. « L'évêque seplaignitde cet assassinat à plusieurs prélats,
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au pape huioceiil II , aux pères du eoucile, assemblés à .louanc, puis il se retira àUilairvaux; mais, avaul de parlir, il excommunia, aualhémalisa, fit, par ses archiprôtres , excommunier el auathémaliser l'archidiaere Thibaud Nolier, ses complices et tous ceux (pii communii|uaient avec lui.
Dans le même temps, plusieurs monastères de Paris olVraient des exemples de désordres, de rébellion et de débauche. On a vu les moines de Saint- Germain-des-Prés chasser Tévêque de Paris de leur monastère; ceux de Saint-Victor prendre pour modèle de conduite la profonde immoralité de leur abbé; ceux de Sainte-(ieneviève, dans leur église, en présence du roi et du pape, se battre contre des familiers de ce dernier, dépouiller le reliquaire, et profaner les reliques de leur patronne; on a vu les religieuses du monastère Sain t-Éloi scandaliser le public par l'excès de leur libertinage, etc. On vit aussi, pendant cette période, des monastères, des églises de I*aris et de ses environs, solliciter une institution qui caractérise fortement la dégradation de la raison humaine et l'état d'avilissement où l'ordre social était tombé. Je veux parler de cette jurisprudence barbare qui consistait à mettre au rang des preuves les plus certaines, les plus propres à éclairer la conscience des juges, l'agilité du corps et la force musculaire des plaideurs. On leur ordonnait de se battre en champ-clos, de déduire leurs moyens d'accusation ou de défense à grands coups d'épée, à grands coups de bâton. Le vaincu perdait son procès, de plus on lui infligeait une peine très-grave. On donnait à cette plaidoirie brutale les noms de champ clos , de duel ou de combat judiciaire , de ga(/e de balaille et même de jugement de Dieu.
Les moines de Saint-Denis paraissent être les premiers, dans le territoire parisien, qui aient obtenu du roi Piobert, par un diplôme de l'an 1008, cette inique et barbare prérogative. Les moines de Saint-Germain-des-Prés étaient aussi en possession de ce prétendu droit. L'an 1027, dans un diplôme du roi Uobert, on lit qu'un nommé (iarin, dit Pipinelle, étant vicaire ou vicomte des villages d'Antony et de Verrières, près de l^aris, accablait les habitants de contributions arbitraires, nommées exactions ou maUotes. Les moines de Saint- Germain-des-Prés s'en plaignirent au roi Hobert, qui ordonna que Gann, pour établir son droit, se battrait contre les serfs de ces villaiies. (^es habitants étaient préparés au combat {regali conflictu duelli eranl resistere parati). (iarin refusa de se présenter, et le roi le destitua de sa vicairie; mais cette destitution fu' sans elTet : on n'obéissait point à ce roi.— Ln 1 109, leschanoines de Notre-Dame de Paris, jaloux de ces mêmes prérogatives, obtinrent de Louis VI le droit de faire plaider leurs serfs à coups de bâton, et celle de les admettre en témoignage : Habeant teslijicandi et bellandi licentiam, porte le diplôme. La faculté de témoigner, accordée à des serfs, fait soupçonner dans ceux qui la sollicitèrent, des intentions déloyales : les serfs ne pouvaient déposer que conformément à la volonté de leurs seigneurs. Le pape Pascal II eut la complaisance de confirmer ce droit absurde. Un écrivain du douzième siècle, Pierre-le-Ghantre, dit: « Il est des églises qui ont le droit de duel, et pensent que les combats » doivent être ordonnés entre leurs serfs; elles les font battre dans la cour de » justice de l'église, ou dans le parvis de la maison épiscopale, ou de celle de
« l'archidiacre, comme on fait à Paris. Le pape Eugène III , consulté sur l'u- » sage de ces combats, répondit: Co7itinuez à suivre votre coutume [utimini ^> consuetudine vesirâ).^^ En 1118, Louis VI confirma aux abbayes Saint-Germain-des-Prés, Saint-Maur-des-Fossés, etc. , le droit de faire vider les procès de leurs sujets avec ces forces brutales.
Ces luttes, presque toujoui's sanglantes, presque toujours terminées par un supplice , étaient les spectacles que les seigneurs ecclésiastiques offraient journellement aux habitants de Paris. L'attention de ces habitants était aussi de temps en temps réveillée par des processions où figuraient forcément des hommes, des femmes en chemise, ou entièrement nus. Parmi ces condamnés, les uns portaient, dans leurs chemises, des pierres enchaînées, d'autres, sans chemises, étaient flagellés ou piqués aux fesses avec des aiguillons. Ces scènes étaient la partie intéressante de la marche processionnelle. Mais un spectacle qui s'offrait moins fréquemment à la curiosité des Parisiens, et qui par cela même devait la piquer davantage, consistait dans une cérémonie ecclésiastique nommée Fête des Fous. En voici la description. Dans l'église Notre-Dame on célébrait d'abord la Fête des Sous-Diacres , qu'on nommait par dérision Fête des Diacres soûls ; puis suivait celle des Fous. La première avait lieu le 26 décembre , jour de Saint-Étienne , et servait de prélude à la seconde , dont la célébration durait du 1^^ janvier suivant jusqu'au jour des Rois. Dans la première fête on s'occupait à élire, parmi les diacres et les sous-diacres de cette capitale, un évèque des fous; on le bénissait, et cette cérémonie consistait en actions et en paroles grossières et ridicules; ensuite le clergé s'avançait processionnellement vers l'église, portant la mitre et la crosse devant le nouvel élu, qui, arrivé et installé sur le siège épiscopal, donnait avec une feinte gravité sa bénédiction aux assistants, bénédiction dont la formule bouffonne était une véritable malédiction. La seconde fête, celle des Fous, offrait un spectacle bien plus scandaleux que la première. Le clergé allait en procession chez révêque des fous, le conduisait solennellement à régfise, où son entrée était célébrée par le tintamarre des cloches. Arrivé dans le chœur, il se plaçait sur le siège épiscopal : alors commençait la grand'messe. Les ecclésiastiques y figuraient sous divers costumes : les uns vêtus en habits de baladins, les autres en habits de femmes; leur visage était barbouillé de suie, ou couvert de masques hideux et barbus, masques qui ont fait donner à cette fête, ou à des fêtes pareilles, le nom de Barhatoires. Ces ecclésiastiques, au milieu du chœur, se livraient à toute espèce de folies et de désordres : les uns y dansaient, sautaient; d'autres, pendant la célébration de la messe, venaient sur l'autel même jouer aux dés, jeu alors sévèrement prohibé; y buvaient, ety mangeaient de la soupe, des boudins, des saucisses; les offraient au prêtre célébrant sans les lui donner; faisaient brûler dans un encensoir de vieux souliers, et le forçaient à en respirer la désagréable fumée. Après cette messe, les ecclésiastiques, enhardis par l'usage et par les fumées bachiques, se livraient au délire d'une joie grossière et bruyante, et offraient l'image des antiques saturnales, qui se célébraient à la même époque. Des sauts, des danses lascives, des luîtes, les gQstesde la luxure, des cris, des chansons obscènes étaient les principales
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actions de celte orphie, mais n'en étaient pas les seules. On voyait des diacres, dessous-diacres, enllanunés par le vin, se dépouiller et se 'livrer entre eux aux débauches les plus criminelles. D'autres, chez lestjuels la colère avait succédé à la joie, augmentaient le vacarme en se querellant, en se battant. II arrivait quelquefois que le sol de l'église était ensanglanté. Cet accident était alors considéré comme très-grave et exigeait de notables expiations. La fête ne se bornait pas là. Les ecclésiastiques, sortis de l'église, se répandaient dans les rues ; les uns , montés sur des tombereaux chargés de boue et d'ordures , s'amusaient à en jeter sur la foule du peuple qui les suivait, et marchaient ainsi en triomphe dans les places et les rues assez larges pour le passage d'un tombereau. D'autres ecclésiastiques, confondus avec des séculiers libertins, dressaient des tréteaux en forme de théâtre, et représentaient les scènes les plus scandaleuses. La plus ordinaire était très-digne du temps. Des acteurs, vêtus en moine, attaquaient d'autres acteurs vêtus en religieuses : ces dernières succombaient, et alors, à la honte de ce siècle, on les voyait, dans des postures indécentes, simuler des actes dont la publicité est interdite chez tous les peuples civilisés (I).
Quelques hommes sages firent, à plusieurs reprises, de vaines tentatives pour abolir cette fête scandaleuse. Plusieurs conciles la condamnèrent; des ordonnances royales la proscrivirent : cependant elle existait encore au quinzième siècle, époque où elle trouva des défenseurs, même parmi les ecclésiastiques, et où elle finit par être abolie.
Puisque à Paris on pouvait publiquement offrir en spectacle des scènes aussi luxurieuses, le libertinage devait y être excessif, et surpasser celui des autres villes de France. La rareté des écrivains , aux onzième et douzième siècles , laisse à désirer un plus grand nombre de témoignages sur l'état moral de cette ville. J'ai réuni déjà plusieurs traits sur cette matière ; j'ajouterai que Pierre, abbé de Celles, représente Paris comme un séjour fort dangereux pour les mœurs; il dit qu'il s'y trouve en abondance du pain, du vin, des plaisirs et des sociétés joyeuses; enfin que la débauche et la luxure y dominent. — L'ignorance y était extrême et, dans les écoles qui commencèrent à s'y former, on n'enseignait à peu près que des erreurs. Paris, comme le reste du royaume, ne présente, à cette triste et nébuleuse époque, que crimes et calamités, et le flambeau qui dirigeait les études parmi ces ténèbres était un flambeau éteint.
Passons aux superstitions, aux croyances absurdes. Chaque phénomène de la nature, dans ce temps d'ignorance, était considéré comme un présage sinistre, comme l'annonce de malheurs nouveaux. Les comètes, les éclipses de lune et de soleil devenaient des signes incontestables de mort, de désastre
(l)Ces fêles profanes qui aUestent la profonde ignorance, l'extrême corruption du clergé et du peuple, se célébraient non-seulement à Paris, mais dans presque toutes les cathédrales et collégiales de France. Quelques-unes portaient des' noms dillerents, tels que la Fête des Calendes, la Fête des Sots, la Fête des Innocents, la Fête de VÂne, celles de V Abbé des Canards, de Y Abbé des Esclajfards, etc., etc. Dans chacune on observait des rites particuliers. Ces fêtes, qui se signalaient toutes par des actes ridicules et par une extrême licence, étaient imitées de plusieurs orgies du paganisme. Les nations de l'antiquité, qui avaient admis la religion astronomique, célébraient, à la même époque, par des fêles joyeuses, la naissance du Dieu du jour.
et de calamité. Apparaissait-il une aurore boréale? les peuples y voyaient tout ce que leur imagination lugubre et facile à effrayer leur faisait craindre; ils y voyaient des lances menaçantes, des armées se combattant, d'énormes dragons prêts à tout dévorer. Les cbroniques de ce temps abondent en récits de ces présages. Plus un conte était bizarre, épouvantable, plus il était facilement adopté. On n'examinait rien, on croyait tout. On croyait aux enchantements, aux sortilèges, à la magie et autres opérations faites par le secours du diable. Un homme était-il supérieur par ses talents et son savoir? il était sorcier. Ainsi (icrbert, qui devint pape sous le nom de Sylvestre II, et Béranger, qui eut sur l'Eucharistie des opinions extraordinaires, furent tous deux traités de nécromanciens.
En l'an 10G6, Éberhard, évèque de Trêves, persécutait cruellement les Juifs de son diocèse. Un de ces Israélites, pour se venger de cette persécution, forma en cire une image de ce prélat, la (it dûment baptiser par un prêtre du monastère de Saint-Paulin, appelé Chrétien , qui se prêtait à cette pratique superstitieuse pour quelque argent. Cette image avait sans doute une mèche, puisqu'elle fut employée comme un cierge; on l'alluma, on la plaça dans la lampe de l'église. L'évêque, en célébrant l'olfice, se sentit défaillir à mesure que l'image ardente se consumait, et expira lorsqu'elle s'éteignit. Voilà le premier exemple que je connaisse de cette pratique superstitieuse et criminelle; exemple qui a été souvent imité. Les images de cire jouent un grand rôle dans notre histoire; on les y trouve en tout temps, jusque sous Louis XIII.
Toutefois, pendant cette période, il vivait à Paris et en France (juelques hommes estimables. On peut citer Charles, dit le Bon, comte de Flandre, et quelques prélats qui connaissaient les vertus, les pratiquaient sans doute, et qui se sont distingues par leurs préceptes, par leur droiture, plus que par leur raison : à la vérité, ils ne sont pas nombreux. Plusieurs prêtres profitaient des excès contre lesquels ils déclamaient; ([uelques autres ne déclamaient point, portaient les armes, allaient à la guerre, et se montraient doués de tous les vices des soldats de ce temps. — En 1109, on avait introduit dans les écoles de Paris un livre sur la métaphysique, venu de Constantinople, traduit du grec en latin et attribué à Aristote. Craignant que ce livre ne donnât naissance à (luehiue hérésie, les théologiens le condamnèrent au feu, et défendirent, sous peine d'excommunication, de le transcrire, de le lire et d'en conserver des copies. C'est ainsi (lue la barl)arie arrêtait le progrès.
Cependant les écoles de Paris, accréditées par les talents d'Abélard, faisaient naitre quelques étincelles de lumière qui, encore trop faibles pour triompher des ténèbres de l'erreui', no servirent d'abord qu'à égarer ceux qui suivaient leur direction. Mais, s'accroissant dans la suite, ces lumières tirent apercevoir la route par laciuelle l'homme pouvait sortir de son état de dégradation intellectuelle et morale.
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l'AlU^ IU:1HjIS le UÈGiNK DE IMll Ll IM>E-AUGUSTE JUSQU'A CELUI