PARIS SOUS PHÏLIPPE-AUGUSTE
Le 29 mai (180, Philippe II, surnommé Dieu-Donné, puis AïKjmle , parce (|uil était né dans le mois d'août, succéda à son père Louis VIL
La puissance royale, depuis llugues-Capet, toujours en butte aux attaques de la puissance féodale, |)ril sous ce règne une consistance plus respectable. Philippe-Auguste, par ses conquêtes, recula les limites de ses États, et leur donna une étendue que les précédents rois de la troisième race n'avaient pu obtenir. Dans le système delà féodalité, accroître l'étendue de ses États, c'était diminuer le pouvoir de ses rivaux. — Les monuments historiques, moins rares pendant cette période, laissent moins de place aux conjectures. Les établissements d'utilité publique se multiplient et rivalisent avec ceux qui ne sont pas d'une utilité spéciale. On s'aperçoit que la vérité cherche à s'affranchir des erreurs qui l'entravent, et que la civilisation fait quelques pas en avant.
Philippe-Auguste eut les opinions et les vices de son temps; mais il se distingua par une volonté forte, une énergie de caractère que soutint constamment son ambition démesurée. Il lit avec succès la guerre contre la haute noblesse. Dès son jeune âge, il montra contre elle des dispositions hostiles. Peu de temps après la mort de son père, il éclata contre lui une conspiration tramée par les hommes de cette caste. A cette nouvelle, Philippe, sans s'étonner, dit en présence de sa cour : Quels que soient leurs outrages et leurs vilenies, je suis iuaintenant contraint de tout endurer de leur part; mais ils vieilliront, ils s'affaibliront, et moi je croîtrai en force et en pouvoir; et, à tnon tour, s'il plait à Dieu ;, je me vengerai d'eux tant que je pourrai .
Phili[)pe parvint, en effet, par des voies que la justice et la loyauté ne peuvent pas toutes approuver, à vaincre plusieurs comtes, et à s'emparer de leurs Etats. Il ne savait pas qu'en cédant à sa passion ambitieuse, il portait les ])remiers coups au régime féodal, à la barbai'ie, et (jucn substituant sa propre tyrannie à la tyrannie de plusieurs, il commençait à ouvrii- aux générations futures une carrière moins calamiteuse. Les successeurs de Philippe-Auguste se trouvèrent assez forts pour repousser avec avantage les attaques des grands vassaux, et les contenir dans le respect et la crainte.
• Ce roi eut i)Our les constructions un goût qui tourna au profit de Paris, et contribua à diminuer l'état misérable de cette ville. Sous son règne, l'architecture était complètement transformée; et Paris vit, pour la première fois, s'élever dans son sein un vaste édifice dans le style ogival. Ce nouveau genre, improprement ap{)elé sarrasin, gothique, lit oublier l'aivliitecture grecque, introduite dans la Caule par |es Uomains, architecture dont la pureté avait reçu, vers la fin de l'empire d'Occident, plusieurs atteintes, et (pii acheva de se dégrader pendant la domination des Francs. Sous les rois de cette nation, les églises, les palais olïVaient de lourds massifs de maçonnerie assez générale-»
ment dénués de goût, de formes et d'ornements caractéristiques. Les colonnes, leurs bases et leurs chapiteaux avaient communément les proportions de l'ordre corinthien; mais ces chapiteaux, au lieu de feuilles d'acanthe, présentaient des figures bizarres, grotesques et souvent indécentes. L'architecture ogivale, à la fin du douzième siècle, succéda à ce genre abâtardi. Son caractère, tout différent, consiste dans des formes sveltes d'une légèreté excessive, et dans des hardiesses de construction qui font naître dans l'àme du spectateur un sentiment mêlé de plus de crainte que de plaisir : il consiste aussi dans des fûts de colonnes d'une longueur disproportionnée; ces colonnes sont souvent groupées avec plusieurs autres, toujours couronnées de chapiteaux à feuillages, d'où s'élèvent, en porte-à-faux, des nervures qui, comme les branches d'un arbre, se déploient et vont dessiner les arêtes des voûtes angulaires ou en ogive. Tels sont les principaux caractères de l'architecture et particulièrement de celle de l'église Notre-Dame de Paris, dont je vais parler.
NOTRE-DAME, ÉGLISE CATHÉDRALE DE PARIS, située près de l'cxtrémité orientale de l'île de la Cité. J'ai parlé de l'origine inconnue de cette basilique, de son état presque ignoré sous la première et la seconde race; je vais m'occuper de ce qu'elle était à la fin du douzième siècle , et de ce qu'elle est aujourd'hui.
Maurice de Sully, homme supérieur à son temps, qui, né dans une classe alors méprisée, s'éleva de lui-même au siège épiscopal de Paris, eut le courage d'entreprendre l'entière reconstruction de la cathédrale. L'ancienne basilique n'était plus en proportion avec la population croissante; de plus elle tombait en ruine. Ce double motif justifiait cette immense entreprise. Les travaux en furent commencés vers l'an 1163. On conjecture que le pape Alexandre III posa, en cette année, la première pierre de l'édifice. En 1182, le grand autel fut consacré par Henri, légat du Saint-Siège; ce qui fait présumer qu'alors le chœur, ou du moins le chevet, était achevé. Maurice fit aussi reconstruire la maison épiscopale; mais, en 1196, avant de voir la fin de ces travaux , il mourut, et laissa à ses successeurs le soin de les faire continuer. Ils s'en acquittèrent sans doute avec beaucoup de négligence, puisqu'une inscription, placée sur le portail méridional, atteste qu'en 1257 cette partie de l'édifice n'existait point encore, et qu'au mois do février de cette année la construction en fut commencée par un maçon appelé Jean de Chelles. Enfin, le portail septentrional fut bâti vers 1312, avec les biens pris aux Templiers. On ne connaît pas l'époque de l'entier achèvement de cette église; mais on sait qu'au quinzième siècle Charles VII donna des secours considérables pour terminer ce monument, et qu'on y construisait encore des chapelles. Ainsi on peut dire que les travaux ont duré près de trois cents ans. Cet édifice est fondé sur un gravier ferme et non sur pilotis, et s'élevait autrefois sur treize marches qui ont disparu pnr l'exhaussement du sol du parvis Notre-Dame ; sa longueur, dans œuvre, est de trois cent quatre-vingt-dix pieds ; sa largeur, prise à la croisée entre la nef et le chœur, de cent quarante-quatre pieds; sa hauteur, depuis le sol jusqu'à la partie la plus élevée de la voûte, est de cent quatre pieds. La façade, vaste et imposante, (pioique noircie et détériorée en quelques parties par le temps, a cent vingt pieds de développement.
Ro-a<irp-ue Preres del, 8. scalp
M-^il- DÀÏlïl
Public par Furiir . l'an
sous IMn LIPPE-AUGUSTE. 119
Elle présente au rez-de-chaussée trois porticiues de (orme et de hauteur inégales : ces porlicjues, chargés d'une multitude d'ornements, l'étaient aussi de statues dont plusieurs ont, pendant la révolution , été dégradées ou détruites. Un de ces portiques, celui qui est placé au-dessous de la tour septentrionale, est remarquable par un zodiaque qui offre cela de particulier que onze signes seulement, chacun accompagné de l'image des travaux champêtres ou attributs qui y correspondent, sont sculptés tout autour de la voussure du portique; et (jue le douzième signe, celui de la Vierge, au lieu d'être rangé parmi les autres, suivant l'usage, se trouve en une bien plus grande proportion, adossé au pilier qui sépare les deux portes de ce portique, et représenté sous la tlgure de la vierge Marie, rétablie en 1818. — L'auteur de ce zodiaque crut sans doute donner une preuve éclatante de sa perspicacité en mettant la vierge Marie, qui tient l'enfant Jésus dans ses bras, à la place de Cérès, dite la Vierge sainte, tenant aussi son enfant dans ses bras, et en offrant dans ce signe zodiacal le symbole d'une fécondité miraculeuse. — Les portiques qui se voient aux deux extrémités de cette façade sont surmontés par deux grosses tours carrées, hautes chacune de deux cent quatre pieds, depuis le sol jusqu'à leur terrasse supérieure. Ces portiques ont des portes remarquables par leurs ornements en fonte de fer. Elles sont l'ouvrage d'un serrurier appelé Biscornet, et présentent des enroulements multipliés et travaillés avec une rare délicatesse. Cet ouvrage parut alors si merveilleux que l'on crut que le diable s'en était mêlé.
Dans la tour du sud est la fameuse cloche dite le Bourdon, qu'on ne sonne que dans les grandes fêtes. Elle pèse près de trente-deux milliers. Fondue en 1682, et refondue en 1684, elle fut alors solennellement baptisée ou plutôt bénite. Louis XIV et la reine son épouse furent ses parrain et marraine. Elle reçut le nom d'Emmanuel-Louise-Thérèse. Le battant qui, mis en mouvement, frappe les bords intérieurs de cette cloche et fait retentir des sons graves et lugubres, pèse neuf cent soixante-seize livres. — Au-dessus de l'ordonnance inférieure on voit, sur toute la ligne de la façade, vingt-sept niches où, avant la révolution , étaient placées vingt-sept statues, plus grandes que nature, représentant une suite de rois francs depuis Childebert jusqu'à Philippe-Auguste. Au-dessus de ce rang de niches se présente la fenêtre circulaire, appelée rose. Les deux faces latérales de Notre-Dame offrent chacune une pareille fenêtre, délicatement travaillée. Ces trois roses ont chacune quarante pieds de diamètre. Cette or- ^donnance est surmontée par un péristyle composé de trente-quatre colonnes, péristyle qui s'étend sur toute la façade. Ces colonnes, qui se font remarquer par leur longueur et par l'extrême ténuité de leur diamètre, sont chacune d'une seule pierre, et su[)portent une galerie à balustrade.
L'intérieur de l'église est vaste et imposant : il présente une nef, un chœur et un double rang de bas-côtés, divisés par cent vingt gros piliers qui supportent les voûtes en ogives. Tout autour de la nef et du chœur, et au-dessus des bascôtés, règne une galerie ornée de cent huit petites colonnes, chacune d'une seule pierre; c'est là que se placent les spectateurs lors des cérémonies extraordinaires. L'église est éclairée par cent trei/.e vitraux, sans y comprendre les
trois grandes roses , dont l'une est à la façade principale, et les deux autres aux faces latérales. Quarante-cinq chapelles entouraient et servaient comme de rempart à cet édifice. Des réparations, exécutées à différentes époques, ont fait réduire ce nombre de beaucoup.
Le chœur, pavé en marbre, a cent quinze pieds de long sur trente-cinq de large: il présente de chaque côté, au-dessus de la corniche des stalles, quatre grands tableaux. IVun côté, est VAssomplion de la Vierge, par Laurent de la Hire; la PrésenlaUon de la Vierge au temple, par Philippe de Champagne; une Fuite en Egypte, pai- Louis de Boulogne ; et la Présentation de Jésus-Christ au temple, par le même. De l'autre côte, est V Adoration des Mages, par Lafosse; la Naissance de la Vierge, par Philippe de Champagne; le Magnificat, ou la Visitation de la VVm/é', par Jouvenet; et V Annonciaiion de la Vierge, par Halle.
Le sanctuaire, pavé en marbre de compartiment, fut, en 1714, entièrement réparé, sur les dessins de H. Mansart et de Cotte, et reçut un caractère moderne. On disposa les ogives du rond-point en arcade à plein-cintre. Il en résulta un contraste choquant entre ces réparations et le style général de l'édifice. Six anges en bronze, portant chacun des instruments de la Passion, et posés sur des socles de marbre blanc, sont aux côtés de l'autel. Ce sanctuaire est entouré d'une belle grille en fer poli et doré, exécutée en 1809 par MM. Vavm, serrurier, et Forestier, fondeur-ciseleur, d'après les dessins de MM. Fontaine et Percier. L'autel principal n'est remarquable que par les basreliefs exécutés par M. Deseine.
Derrière cet autel et sous l'arcade du milieu est un groupe en marbre, qu'on appelle le Vœu de Louis XI II. Ce roi fit , en 1638, vœu de mettre son royaume sous la protection de la sainte Vierge, et de réparer le principal autel de cette église. Louis XllI oublia ce double vœu; le cardinal de Richelieu, le protecteur réel ou le tyran du royaume, ne l'en fit pas ressouvenir. Louis XIV se chargea d'accomplir ce vœu : il posa solennellement, en 1699, la première pierre de cet autel; mais le groupe qu'on nomme le Vœu de Louis XI II ne fut exécuté qu'en 1723, par Coustou. Ce Vœu, ou le groupe qui le compose, présente une grande croix en marbre blanc, sur laquelle est jetée une draperie. Au bas, on voit la vierge Marie assise tenant sur ses genoux le corps mort de Jésus.
Au dehors du chœur, sur les faces de son mur de clôture, on voit des figures sculptées en plein relief et enluminées, représentant divers sujets de l'Ancien Testament. Avant les réparations, le chœur était entièrement entouré de pareilles sculptures, ouvrage de Jean Ravi, maçon de l'église Notre-Dame, et^ de son neveu; maître Jean Routeiller, ([ui les termina en 1351.
Dans les chapelles situées derrière le chœur sont divers tombeaux remarquables. Je ne citerai que celui de Henri-Claude, comte d'Hacourt, mort en 1769. Sa veuve fit élever ce moimment, en 1776, sur les dessins de Pigalle. Il se compose de (luatre ligures en marbre, jilus grande que nature. On y voit le défunt à demi sorti du tombeau dont un Cénie lève le couvercle; il tend des bras affaiblis vers son épouse, laquelle semble se précipitei* vers lui. La Mort infiexible, sous la foime d'un squelette, anrionce, en montrant son sablier, que le temps est écoulé. Le Cénie éteint son fiambeau, et la tombe va se refermer
sons PIIII.IPPK-AlKaiSTK. 121
pour toujoui's. Celto scène poéticiuc lui, dil-on, iniaj^inre par la vcuvtî du roiîîte (rilarcourl. — Dans une aulic cliapelle, situôo derrière le chœur el réparée en 1S18, on a placé le mausolée en marbre du cardinal de Helloi, archevécpie de Paris, qui mourut presque cenlenaire. Ce mausolée, composé de plusieurs figures, est l'ouvrage de Deseine.
lue autre chapelle, située an rond-point de l'église et correspondant à Taxe de l'édifice, est consacrée à la Vierge. On y a placé la l)elle ligure en albâtre représentant la vierge Marie, sculptée à l\ome par Antoine Uaggi, d'après un modèle du cavalier Uernin. dette ligure, avant la révolution, se voyait dans l'église des Carmes-Déchaussés de la rue de Vaugirard.— I.a net', autrefois chargée d'une multitude de tableaux, dont plusieurs offraient de hideuses images de supplices et dérobaient aux yeux les formes architecturales de l'édifice, commence à s'en garnir de nouveaux. — Dans une chapelle du côté droit est, sur l'autel, un tableau fort estimé, représentant le Saint-Esprit descendant sur les Apôtres; il est l'ouvrage de Blanchard.
On voyait, en 1785, au premier pilier de la nef, à droite, une statue de saint Christophe, de vingt-huit pieds de proportion, et au bout de la nef, à droite de l'entrée du chœur, se trouvait une statue équestre de Philipjje-le-Bel , grande comme nature, élevée sur un socle et supportée par deux colonnes. Le cheval était presque entièrement couvert d'un caparaçon, et le roi était représenté la visière de son casque baissée, l'épée à la main, dans l'équipage où il était lorsque, après la guerre contre les Flamands, il entra à cheval dans l'église .Notre-Dame poui' remercier Dieu et la vierge Marie de la victoire qu'il avait remportée. Cette statue équestre était intéressante comme monument du costume et de l'état des arts de ce temps. Quelques savants ont cru qu'elle représentait Philippe de Valois; mais une longue discussion, qui s'est engagée sur ce point peu imi)ortant , a démontré que c'était Philippe-le-Bel.
Les façades latérales de Notre-Dame , moins imposantes que la principale, sont hérissées d'une infinité d'obélisques fieuronnés et d'autres ornements qui appartiennent au style ogival des treizième et quatorzième siècles.
La charpente du comble, appelée la forêt y à cause du grand nombre de poutres et de solives dont elle est composée, a trois cent cinciuante-six pieds de long, trente-sept de large, et trente de hauteur; elle est recouverte de mille deux cent trente-six tables de plomb, chacune longue de dix pieds, large de trois, épaisse de deux lignes, et dont l'ensemble pèse quatre cent vingt mille deux cent quarante livres.
DÉPENDANCES DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME. Devant la principale façade est une place nommée le Parvi!> Aolre-Damr. Elle fut très-agrandie en 1748, lorsqu'on abattit les églises Saint-Christophe et Sainte-Ceneviève-des-Ardents pour construire l'hôpital des Knf cuits- Trouvés, dont le bâtiment fait face à l'église cathédrale. La rue où se trouve la grande entrée de cet hôpital , et qu'on nomme rue IS'€uve-i\olre-Da)fie, fut ouverte, en 116'f, par l'évêque Maurice de Sully. Sur cette place et près de l'Hôtel-Dieu s'élevait autretôis une grande statue de pierre, portée sur un piédestal, représentant, selon Dubreuil, le dieu Lsculape, et, selon Sauvai, Mercure ; suivant d'autres, Erchinoalde, comte de Paris. Enfin,
on a cru qu'elle représentait Jésus-Christ. Je n'admettrai aucune de ces opinions : il faudrait avoir vu la statue pour la juger. Piganiol nous apprend que le peuple la nommait waîlre Pierre, le Jeûneur, et M. Leyris. Elle a été détruite en 1748, lorsqu'on a agrandi le parvis Notre-Dame. Le sol de cette place a été fort exhaussé. Sous le règne de Louis XII, on montait treize marches pour arriver dans l'église cathédrale. Aujourd'hui on n'en monte pas une.
A droite en entrant dans la place du Parvis, on voit l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et sa façade moderne. Il se trouvait anciennement autour de l'édifice Notre- Dame plusieurs petites églises qui en dépendaient : telles étaient celle Sainl- Jean-le-llond, ou baptistère de la cathédrale, dont j'ai parlé, la chapelle de l'Hôtel-Dieu, l'église Saint- Denis-dii-Pas et ceWe Sainte-Geneviève-rJes- Ardents, dont je traiterai ailleurs. Il faut y joindre la chapelle du palais archiépiscopal. Tout était sacré dans cette partie de l'île de la Cité, excepté le Val-d' Amour ou la rue de Glatigny, peuplée, depuis un temps immémorial , de femmes livrées à la prostitution.
Le palais archiépiscopal était situé au midi de l'église cathédrale. Maurice de Sully le fit bâtir vers la fin du douzième siècle; il a été reconstruit depuis, et beaucoup agrandi dans les années 1772, 1812 et suivantes, et enfin démoli en 1831. Sur son emplacement on a planté de fort jolies promenades.
Au nord de l'église cathédrale était le cloître du chapitre. La clôture fut démolie, mais les maisons des chanoines restèrent; elles laissaient entre elles el l'église une rue étroite, qui, en 1812, a été fort élargie : elle a conservé son nom de rue du Cloître Noire-Dame, et sa continuation , qui aboutit au pont de la Cité, porte celui de rue de Bossuet. Au bout de cette dernière rue sont deux nouveaux quais : l'un, dit le quai de la Cité, est à gauche; l'autre, nommé le quai de Catinat, est à droite. Ces quais ont été terminés en 1813. L'élargissement de ces rues, la construction de ces quais, ont donné à l'île plus d'étendue, par l'adjonction d'un emplacement situé à son extrémité orientale; emplacement qu'on appelait le Terrain ou la Motte-aux- Papelards .
for-l'évéque. L'évèque de Paris tenait sa cour de justice dans un bâtiment situé sur le territoire et dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Ce bâtiment, nommé Forum Episcopi, For-l'Évêque, fut en grande partie reconstruit en 1652. Alors on le destina aux personnes détenues pour dettes, aux comédiens réfractaires ou incivils. En 1780, devenu inutile, on le démolit. Le prévôt ou juge de l'évèque y faisait autrefois sa demeure. Les diverses peines qu'il infligeait par ses jugements étaient, suivant la gravité du délit, subies dans des lieux difTérents. S'agissait-il de faire pendre ou brûler vifs les condamnés, l'exécution avait lieu hors de la banlieue de Paris. S'agissait-il de la bagatelle de leur faire couper les oreilles, le prévôt de l'évoque avait alors le droit incontestable de faire exécuter ce jugement sur la place du Ira hoir (1). C'est ce que nous a])prend l'abbé Lebeuf, qui produit le texte manuscrit d'un acte authentique où ce droit du prévôt de l'évèque est reconnu. DROITS ET USAGES DE i/ÉGUSE NOTRE-DAME Dans ccttc églisc étaient reliai) A l'cndroil où la rue de l'Aibre-Sec Uéljouclie dans la rue Sniiit-IIonoré.
sous IMIII.IIM^E- AUGUSTE. 123
^^icusomonl conscM'vés un grand nombre de reliiiues et de corps saints, la plupart illéj;iliniemenl aniuis, comme je l'ai déjà dit ailleurs. Je ne citerai ([u'un doiiit de saint Jean-Baptisle et une grande partie de la tôte de saint Denis, reliques dont rautlienticité a été vivement contestée par les moines de l'abbaye de ce nom. Dans le trésor des chasses se trouvait aussi un couteau pointu, dont le manche d'ivoire portait une inscription contenant l'acte par lequel un nommé Gî/y investit le chapitre de Notre-Dame de plusieurs portions déterre situées devant l'église cathédrale. Ce couteau avait appartenu à Foucher-Dubreuil : il fut remis, sous le règne de Louis-le-Gros, comme signe d'investiture, à Drogon, archidiacre de Notre-Dame. Cette manière de constater les transactions était fréquente alors. Il a été déposé à la Bibliothèque Royale. — Dans les armoires de l'argenterie de cette église, on conservait un morceau de bois long d'un demi-pied, épais d'un pouce, et taillé à quatre faces ; sur ces faces, on lisait une inscription portant que deux serfs du chapitre, Ébrard et Hubert, demeurant à Épone, au diocèse de Chartres, s'étant permis, sans l'autorisation des chanoines, de jouir d'une propriété que leur père avait acquise, font au chapitre cession de cet héritage paternel. Ce morceau de bois inscrit constate l'état misérable des serfs et la rigueur tyrannique des seigneurs ecclésiastiques. Un monument pareil, mais plus riche, et conservé dans les armoires de cette église, consistait en une baguette d'argent doré, longue d'environ deux pieds, que les enfants de chœur portaient, dans certaines solennités, en guise de sceptre. Cette baguette était certainement le signe d'un hommage forcé rendu aux droits du chapitre, comme le fut une semblable baguette que le roi Louis Vil déposa sur l'autel de cette église.
Le chapitre de Notre-Dame avait une prison située dans le voisinage, ou peutêtre dans son cloître : elle fut le théâtre d'un événement dont je parlerai dans la suite.
On observait dans cette église des coutumes qui méritent d'être signalées. - On pratiquait à Notre-Dame, comme ailleurs, dit l'abbé Lebeuf, l'usage de » jeter par les voûtes, des pigeons, oiseaux, fleurs, étoupes enflammées et " oubUes, le jour de la Pentecôte, pendant l'office divin. » On faisait croire au peuple que ces différents objets partaient de la voûte céleste, que leur diverse nature annonçait la satisfaction ou la colère de Dieu, et que l'étoupe enflammée représentait le feu du Ciel. C'est ainsi qu'on abusa d'une pratique qui, dans son origine, offrait l'image de ce qui se passa lorsque Dieu envoya son Saint-Espril à ses Apôtres.
M. l'abbé Lebeuf , infatigable investigateur des antiquités ecclésiastiques, a découvert qu'il existait dans les temps barbares, à l'entrée de l'église Saint- Jean-le-Rond, dépendante de celle Notre-Dame, de grandes cuves, destinées, dit-il, à contenir l'eau bénite. Il cite un acte juridique qui se termine par ces mots : Fait dans l'église de Paris, auprès des cuves, » et une autre pièce qui prouve que les médecins s'assemblaient près de la cuve de Notre-Dame. Ces cuves, près desquelles on passait des actes juridiques et où s'assemblaient des médecins, n'auraient-clles pas servi plutôt aux épreuves appelées ordalies ou jugements de Dieu? y èia\i-Q,e pas dans ces cuves, remplies d'eau froide ou
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chaude, que l'on plongeait les accusés pour connaître leur culpabilité ou leur innocence? Je n'oserai contredire l'opinion de l'abbé Lebeuf , mais je sais que près de là s'exécutaient des combats nommés jiigements de Pieu. C'était d'ailleurs dans la première cour de la maison épiscopale qu'avaient lieu, depuis M 09, les monomachies ou duels judiciaires.
Une cérémonie, qui pourrait bien remonter aux temps du paganisme, se pratiquait dans la cathédrale, comme dans plusieurs églises de France. Aux processions des Rogations, le clergé de Notre-Dame portait la figure d'un grand dragon d'osier; et le peuple i)renait plaisir à jeter dans la gueule énorme et béante de ce dragon, des fruits et des gâteaux. Cet usage dura jusques environ l'an 1730 : alors le chef de la procession borna la cérémonie à donner sa bénédiction à la rivière. On croit que ce dragon est la figure de celui dont saint Marcel délivra, dit-on, Paris; mais les habitants des autres villes où cet usage se pratiquait avaient donc aussi un dragon qui les désolait et un saint qui les on délivrait? Cette fable est partout la même(1).
On célébrait aussi, dans l'église Notre-Dame, des fêtes appelées Fêles des Fous y Fêtes des Sous- Diacres ou Diacres-Soûls, dont j'ai déjà donné la description. J'ajouterai qu'Eudes de Sully, successeur de Maurice, fut le premier évoque de Paris qui en parut scandalisé. Ces espèces de saturnales, continuées par les chrétiens depuis les temps du paganisme, avaient donc été tolérées par tous les évèques ses prédécesseurs ; ou peut-être, sous Eudes de Sully, leur licence fut-elle portée à un excès insoutenable? « H s'y commettait, dit-il, d'innombra- » blés abominations, des crimes énormes. Ce n'était pas seulement des laïques " qui y liguraient; mais ce qui est horrible à dire, ces scènes scandaleuses, ces » turpitudes étaient commises par des ecclésiastiques, dans l'église même, au » pied des autels, pendant qu'on célébrait les messes et qu'on chantait les louan- » ges de Dieu. « Après avoir ordonné, en 11 98, l'abolition de la Fête des Fous, cet évêque, l'année suivante, tenta d'abolir celle des Sous-Diacres célébrée le jour de Saint-Étienne. Il eut l'adresse d'assigner une rétribution particulière aux chanoines et aux clercs qui assisteraient à la solennité de ce saint et à celle de la Circoncision, à condition qu'ils en seraient privés si les désordres de la fête des Sous-Diacres recommençaient. Il mettait ainsi l'intérêt personnel aux prises avec la routine. Il faut le dire, ce fut la routine qui triompha. Les fêtes des Sous-Diacres et des Fous, suspendues pendant quelque temps, reprirent leurs anciennes allures, et ne furent entièrement supprimées ((u'au quinzième siècle.
ÉGLISE ET ciMETiÈUE DES INNOCENTS, situés ruc Saint-Dcuis, à l'angle que formait cette iiK^ avec celle dite aux Fers m au Fiwre, dont il n'existe qu'un côté, et sur uiu« partie de l'emplacement du marché des Innocents, (ieoffroi, prieur
[l) Le (liaiion appelé à Met/ (iarotiUU; le ilraBim de saint liienhettré, à Vendôiuc; le dragon de la Uoche-Tnipiii, pirs Monloiiv; h- dia-on .le Saint-André, près de Villiers, à deux lieues et demie de \.'ndouic;lediai,'on .!<• Saint-Heitiand de Comminges; le dragon appelé \a Gramle-Gueule, ou la bonne sainfr I rrminc, à l>oitiers; le dragon qu'on nommait Cavi^onille, à lîonen ; le drason appelé In Tfirasque,i\ Taras, on; le drag.m nommé, à Troves, la Chair salve, .>le., .sont rej.ré.<entes à peu près de la même manière, rt uni tous, .onune .rlni de Paris, été \ainrus |)ar un saint qui en a délivré le pays. 1 ouïes lesé^'liscs d,. |;, (Jaulr avaient, au treizième siècle, leur dragon : Durand, dans son Rafional, en pa-lc eommc étant .l'un u.sage général. Ces dragons, suivant lui, si^niliaient le Diable.
s(His imiimimm:-au(;i]Stk. 125
(le Vigrois, dit, dans sa rhroniciiio, (jnc Tô^liso des Saints-Innocents à Paris l'ut l'ondée à l'occasion d'nn certain iUcliard, jeune homme (jne les Juifs, en mépris du Christ , avaient l'ait mourir, et parce que, sur l'emplacement de cette église, il s'était manifesté des signes divins. Cet écrivain ne donne point l'époque de cette fondation. Suivant la chronique de Lamhert de Waterlos, ce fut à Paris, en l'an 11(>3, qu'un adolescent y fut crucilié par les Juifs. Rohert Dumont dit que le lieu de la scène fut à Pontoise et dans l'année 1171. Ces traditions incertaines et contradictoires n'établissent que le doute. Je pense qu'un oratoire élevé dans ce cimetière de Paris, comme il s'en trouvait dans tous les anciens cimetières, a donné naissance à cette église. M. l'abbé Lebeuf en place la construction primitive sous le règne de Philippe-Auguste. Tout porte à croire qu'elle avait alors le titre de paroisse. Le bâtiment de cette église fut réparé à plusieurs reprises, comme on le remarquait parles différences très-apparentes de ses parties. Ce fut, sans doute, après une de ces réparations, qu'en 1445 Denis Dumoulin, évêque de Paris, en fit la dédicace.
A la fin de juin 1437, il s'éleva dans cette église, une querelle entre un homme et une femme pauvre. La femme, d'un coup de quenouille, fit une légère égratignure au visage de l'homme; il en sortit quelques gouttes de sang qui fournirent à l'évéque de Paris, Jacques de Chastelier, un prétexte suffisant pour interdire l'église. Pendant vingt-deux jours, toutes cérémonies religieuses y furent suspendues, et les portes de l'édifice et du cimetière fermées; aucun mort ne )>ut y être enterré. Cet évèque exigeait un forte somme pour réconcilier l'église; les paroissiens et les confréries furent obligés d'aller prier à l'église Saint-Josse. Son successeur, Denis Dumoulin, fit, en i440, fermer le cimetière des Innocents pendant quatre mois; « et on n'y enterrait personne, petit ni grand, dit un con- '5 temporain; on n'y faisait ni procession ni recommandation pour personne. » L' évèque, pour en permettre l'usage, voulait avoir trop grande somme d'ar- » gent, et l'église était trop pauvre. »
A côté de celte église était une chambre étroite uù des femmes et des filles dévotes s'emprisonnaient volontairement pour le reste de leur vie; on les nommait reo/w.se.s ; elles en faisaient murer la porte, et ne recevaient l'air et les aliments que par une petite fenêtre qui donnait dans l'église. On connaît les noms de deux dévotes qui se sont ainsi séquestrées du monde dans ce triste réduit. La plus ancienne est Jeanne la Vodrière, qui s'y enferma le 8 octobre Ui2; la seconde est Alix de Burgotte, qui y mourut le -29 juin 1466. Il s'y trouvait aussi des récluses forcées : telle était Renée de Vendomois, femme noble, adultère, voleuse, qui fit assassiner son mari, Marguerite de Saint-Barthélemi, seigneur dcSoirldai. Le roi, en 148.5, lui fit grâce de la vie, et le parlement la condamna à demeurer perpétuellement recluse au cimetière des Innocents. Sur un des piliers de la chapelle de la Vierge était adossée la figure de la recluse Alix de Burgotte, ligure en brorr/e que fit faiie le roi Louis XL
Le Cimetière des hinocents fut longtemps ouvert aux passants, et même aux animaux. Ln 1186, Philippe-Auguste le fit clore de murailles. Dans la suite, on construisit tout autour de la chMure une galerie voûtée, a])pelée les (Charniers. C'est là qu'on enterrait ceux que leur fortune mettait à même d'être se-
parés du commun des morts. Cette galerie sombre, humide, servait de passage aux piétons; elle était pavée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres et d'épitaphes, et bordée d'étroites boutiques de modes, de lingerie, de mercerie, et de bureaux d'écrivains publics. Cette galerie fut construite, à diverses époques, aux frais de différents particuliers. Le maréchal de Boucicaut, vers les premières années du quinzième siècle, en fit bâtir une partie, et le fameux philosophe hermétique Nicolas Elamel, toute celle qui bordait la rue de la Lingerie. Il y fit placer le tombeau de son épouse, tombeau orné de plusieurs figures d'anges et de saints, d'inscriptions en latin et en vers français. D'un côté, la galerie occupait une partie de la largeur de la rue de la Ferronnerie (nommée autrefois, ainsi que la rue Saint-Honoré, rue de la Charonnerie)-^ c'est sous cette portion de la galerie qu'était peinte la curieuse danse macabre ou danse des morts. L'auteur du Journal de Paris sous les règnes de Charles VI et de Charles VII, dit qu'en 1429 un fameux prédicateur, nommé frère Richard, prêchait sur un échafaud haut d'environ une toise et demie. Il avait, dit-il, le dos tourné vers les charniers des Innocents, contre la Charonnerie, à l'endroit de la danse macabre. Dans une partie du charnier, proche de l'église, on voyait un tombeau couvert d'une table sur laquelle était représenté un squelette en marbre blanc, sculpté par Germain Pilon (1).
Le cimetière était celui de la paroisse des Innocents et de plusieurs autres paroisses de Paris. On voyait au milieu une croix ornée d'un bas-relief représentant le triomphe du Saint-Sacrement, exécuté par Jean Goujon, et une lanterne en pierre, qui s'élevait à la hauteur d'environ quinze pieds, en forme d'obélisque, telle qu'on en voit dans plusieurs cimetières de France. On y plaçait une lumière qui, pendant la nuit, faisait respecter le séjour des morts. En 1786, l'éghse et les charniers des Innocents furent démolis. La fontaine des Innocents, située à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, ainsi que les précieux bas-reliefs dont Jean Goujon l'avait ornée, ont été transportés au centre de l'emplacement du cimetière, qui a été converti en un vaste marché. (Vouez Marché des Innocents.)
SAiNT-THOMAS-DU-LOuviiE, dcpuis uommé SAINÏ-Louis-Du-LOUVRE, église collégiale, située dans la rue de ce nom, près du Louvre. Robert, comte de Dreux, fit, en 1187, bâtir cette église, sous le titre de Saint' Thomas, archevêque de Cantorbéry, et y fonda quatre canonicats : le nombre en fut augmenté dans la suite. Le 15 octobre 1739, cette église s'écroula. Elle fut rebâtie, quelques années après, sur les dessins de Germain, orfèvre célèbre, mais architecte sans goût; elle reçut alors le nom de Saint- Louis-dii- Louvre. On y voyait le tombeau en marbre, orné de figures allégoriques, du cardinal de Fleury, moit ■-f/^k en 1743; ce tombeau avait été érigé d«,près les dessins de Lemoine. Cette église, qui pendant plusieurs années a servi au culte protestant, est aujourd'hui entièrement démolie.
•l)INirnii les iiomhrouscs épi la plies do ces charnliTiJ, on rcmaniuait celle-ci : « Ci i;ist VoUaiide » //r///j, qui dépassa l'an IM'», la (luatre-Ningt-luiilième année de, son âge et la qnarante-denxiènie » de son ^('ll\M^(', latinelle a vn on a pn voir, de\ant son trépas, den\ cent qnalre-vinsl-lieize en- » fants issu> d'elle. »
sous i>iiiijimm:-aii(;i]sïi:. 127
SAiNT-NicoLAS-DU-LOUVRE. Cetto collo^ialc, siliioc pi'ès et au sud de Saiiitriionias, lut, dans sou oiigiue, un liopilal poui' les pauvres étudiauls. Plulipiie de Dreux, mort eu 1217, la nomme /'hôpila/ des ixivvrcs clercs : il leur lait don, par testamcut, de .jO livres poui' hàlir leur maison. Dans la même année, IMerre, évèque de Paris, leur permit d'avoir une chapelle et un cimetière. Kn 15il, le cardinal Jean du Helley, évi^iue de l^aris, supprima le maître de riiôpilal avec les boursiers, et mit à leur place dix chanoines. L'hôpital utile devint alors une collégiale, ([ui l'était moins, et qui subsista jusqu'api'ès la chute de l'église Saint-ïhomas-du-Louvre, arrivée en 1739. Alors ce qui reslait du chapitre de cette église écroulée l'ut réuni à celui de Saint-Nicolas; et de cette réunion se forma une seule collégiale, sous le nom de Saint- Louh-du- Louvre. Cette église Saint-Nicolas, située au midi de celle Saint-Thomas el plus près qu'elle de la rive de la Seine, a donné son nom au port voisin. Saint Nicolas est le patron des nautonniers, il a remplacé Neptune.
SAINTE-MADELEINE, église paroissiale, située rue de la Juiverie, en la Cité. Philippe-Auguste ayant, en 1183, chassé les Juifs, ordonna que leur synagogue serait convertie en une église dédiée à sainte ^ladeleine. Cette synagogue de juifs, devenue église des chrétiens, fut réparée et agrandie à diverses époques, et notamment en 1749, lorsqu'on y réunit les paroisses Saint-Christophe et Sainte-Ceneviève-des-Ardents.
Dans cette église fut instituée la grande confrérie des bourgeois de Paris, qui prit la place, à ce que conjecture l'abbé Lebeuf , de la confrérie des marchands par eau de la ville de Paris. Il est fait mention, pour la première fois , en 1205, de cette grande confrérie, qui avait des propriétés, une censive, et un clos situé rue Saint-Jacques, celui évidemment qu'on nommait clos des Bourgeois. Cette confrérie était présidée par un chef qui prenait le titre d'abbé; elle est, dans un mémoire publié en 1728, pompeusement intitulée : La grande Confrérie de Nofre-Dame , aux seigneurs, prêtres et bourgeois de Paris.
Le bâtiment de cette église fut démoli au commencement de la révolution, et sur son emplacement on a établi le passage de la Madeleine.
SAINTE-GENEVIÈVE, abbaye de chanoines réguliers, située sur le plateau de la montagne de ce nom. J'ai déjà eu occasion de parler plusieurs fois de cette abbaye et de son église, qui, fondées au commencement de la première race, presque entièrement ruinées sous la seconde, furent reconstruites, en 1177, parles soins de l'abbé Etienne. Après l'an 1180, sous le règne de Philippe- Auguste, les travaux de cette église étant terminés, on put y célébrer les cérémonies du culte. En 1196, le pape Innocent 111 accorda à Jean, abbé de Sainte-Geneviève, pour orner sa dévotion et honorer son église, la faculté de porter la mitre. L'époque de l'achèvement de cet édifice me fournit l'occasion de le décrire entièrement, et d'en parler pour la dernière fois.
L'église, contiguë à celle Saint-Étienne-du-Mont, s'élevait sur remi)lacement qui se voit au sud de cette dernière église, et sur lequel on a ouvert plus lard ht rue (^lovis. La façade était aussi sim[)le que celle de l'église Saint- (iermain-des-Prés. L'abbé Lebeuf a cru reconnaître, dans la construction de rédilice de Sainte-Ceneviève, quelques parties appartenant au bâtiment
primitif; il a remarqué en outre, sur cette façade, un anneau de fer d'un volume considérable, soutenu par une grosse pierre représentant une tête d'animal. Il pense que l'église Sainte-Geneviève était un lieu d'asile, et que ceux qui voulaient s'y réfugier se trouvaient affranchis de toutes poursuites dès qu'ils avaient passé le bras dans ce vaste anneau : il cite plusieurs autorités à l'appui de son opinion. L'intérieur ressemblait à celui de l'église Saint-Germaindes-Prés, mais il avait moins d'étendue. On y voyait une crypte ou chapelle souterraine dont la construction n'avait pas échappé aux ravages des Normands, comme le prouvaient diverses réparations faites à des époques postérieures; dans cette crypte étaient, disait-on, les tombeaux de sainte Geneviève et de sainte Prudence, dont les corps en furent retirés pour être placés plus honorablement dans des châsses posées sur le grand autel.
La chasse de sainte (ienevjève, objet principal du culte de cette église, fut, pour la seconde fois, fabriquée, au treizième siècle, par un orfèvre, appelé lionard, qui employa pour ce travail 193 marcs d'argent et sept marcs et demi d'or. Cette chasse était, lors des grandes calamités publiques, solennellement promenée dans les rues de Paris. Il existe des témoignages de plusieurs de ces processions. « Moult honorablement la faisoit porter le roi Charles V, dit » un ancien écrivain... quart quand il la faisoit porter, celx de Nostre-Dame, » celx des autres collèges, tant réguliers que séculiers, alloient nuds pieds, et » par ce il cm venoit toujours aucuns bons oiTices. » La châsse de sainte Geneviève, chasse très-vénérée, plus riche que belle, offrait une infinité de détails, beaucoup d'or et de pierreries. Elle était supportée par quatre statues de vierges plus grandes que nature. Au-dessus brillaient un bouquet et une couronne de diamants, deux présents faits, le premier par Marie de médicis, et le second par Marie-Élisabeth d'Orléans, reine douairière d'Espagne.
Le 6 juin 1483, le tonnerre tomba sur l'église Sainte-Geneviève et y causa de grands dommages; il brûla le clocher, fondit les cloches, et renversa plusieurs parties des bâtiments de l'abbaye. Le pape Sixte IV accorda aux religieux des indulgences qui devaient être distribuées pour les réparations à faire : moyen fort en usage pendant le moyen âge.
L'abbaye Sainte-Geneviève élait le chef-lieu d'une congrégation composée de neuf cents maisons en Erance^elle nommaiî à plus de cinq cents cures, dont elle disposait toujours en faveur de ses religieux. L'abbé était électif, portait le titre de généra/, et jouissait du droit, bien glorieux pour un abbé, de se parer, en olliciant, de la crosse, de la mitre et de l'anneau. — La bibliothèque de cette abbaye était et est encore publi(iue. Le plan de la salle qu'elle occupait présente une croix. Au centre, ou point d'intersection, est un dôme dont le plafond fut peint, en 1730, par Restout père. On comptait, dans celte bibliothèque, près de quatre-vingt mille volumes imprimés. Le nombre en est beaucoup augmenté de})uis la révolution. On construit actuellement, sur l'un des cotés de la place du Panthéon , un bâtiment où cette bibliothèque sera bientôt déposée. L'église, réparée sous les règnes de Charles YIII et de Henri IV, a été démolie en 1807. Avant d'opérer cette démolition, on ordonna des fouilles qui mirent à découvert, au-dessous du grand autel, environ quinze sarcophages.
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dans un ôtat de désordre et de bouleversement. Quatre de ces tombeaux et leurs couvercles olVraient extérieurement de petites croix gravées sans régularité ; l(\s autres étaient en plaire ou en pierre tendre dite lambourde. Tous ces sépulcres avaient été ouverts ou spoliés, sans doute par les Normands. Les tond)eaux de Clovis, de Clotilde , ont dû éprouver le même sort; le corps de sainte (ieneviève paraît n'avoir pas été plus respecté par ces barbares. — Dans la démolition de l'abbaye n'a pas été comprise une tour carrée Tort élevée, qui se trouve engagée dans les anciens bâtiments de l'abbaye, aujourd'bui Collège de Henri IV. Sa partie inférieure est d'un style qui appartient au onzième siècle, sa partie supérieure est un ouvrage du quinzième.
SAiNT-ÉTiENNE-DU-MONT, églisB paroissialc , située à coté de l'emplacement de l'ancienne église Sainte-Geneviève. Elle doit son origine à une cbapelle basse attenante à cette dernière église, et portant le nom de Chapelle du Mont. Si Ton en croit Guillaume le Breton, elle portait, en 1221, le titre & église; elle était accompagnée d'une aumônerie : Domus cleemosynœ ante rcclesiam sancH Stephani de Monte, » la maison de l'aumônerie devant l'église Saint-Éliennedu-Mont. » Cette maison Tut, à la fin de juillet 1221, frappée par le tonnerre. Ce fut après cet accident qu'en 1222 on demanda au pape Honorius 111 l'autorisation de faire reconstruire cet édifice sur de plus grandes proportions, et de l'ériger en église paroissiale, pour qu'il pût servir aux babitants du quartier, dont le nombre s'augmentait depuis que Philippe-Auguste avait fait entourer !*aris d'une enceinte. Cette nouvelle église fut entièrement assujettie à celle Sainte-Geneviève : elles différaient entre elles comme un vassal diffère de son seigneur. L'église vassale n'eut point la permission d'avoir une porte particulière. On ne |)ouvait y entrer qu'en passant par la maîtresse église. En 1491, le bourg Sainte-fieneviève devenant toujours plus populeux, les marguilliers de Saint-Étienne-du-Mont demandèrent à l'abbé quelques toises de terrain et quelques vieux bâtiments voisins pour agrandir leur église; ils demandèrent aussi la permission d'élever leurs clochers , d'avoir quatre cloches et une porte particulière. L'abbé, moyennant une somme d'argent, consentit à ces diverses demandes, à l'exception de la dernière, qu'il refusa obstinément : ce ne fut qu'en 1517 , époque où l'on reconstruisit l'église, que l'abbé permit au curé et aux marguilliers de Saint-Étienne-du-Mont d'avoir une entrée particulière, et d'ouvrir une porte.
La faç:ade principale de cette église affecte la forme pyramidale et offre un caractère étrange qui n'est pas sans agrément. La première pierre en fut posée, en 1611 , par la première femme de Henri ÏV, Marguerite de Valois, qui , pour avoir cet honneur , donna la somme de trois mille livres. L'ensemble du bâtiment, construit au commencement du seizième siècle, est un mélange des styles ogival et de la renaissance qui s'y montrent avec tous les rallinements, toutes les gentillesses et les formes délicates ou élégantes que les architectes de cette époque donnaient à leurs constructions. Le jubé, ses ornements, ses deux escaliers qui s'élèvent en spirale autour du fût d'une colonne jusqu'aux galeries supérieures; ces galeries qui tournent autour du chœur, sont des modèles de légèreté et de délicatesse. Ce jubé a été achevé en KJOO,
comme l'indique le millésime qui s'y trouve. Au milieu de la voûte de la croisée pend et descend de deux toises ce qu'on nomme vulgairement cul-de-lam.pe ou clef pendante. Cette construction est formée des nervures de la voûte, qui, après en avoir suivi la courbure, retombent en s'unissant et présentent une masse suspendue et sans appui. Ce tour de force dans l'art de construire cause aux spectateurs un véritable étonnement. Les fûts des colonnes, dont la longueur est démesurée, sont dépourvus de chapiteaux. Les nervures des voûtes naissent du nu de la colonne. L'église Saint-Nicolas-des-Champs offre un autre exemple d'une pareille construction. Les arcades de la nef appartiennent au dix-septième siècle.
Les vitraux, qui sont du seizième, méritent de fixer l'attention des amateurs de la peinture sur verre; nous citerons surtout \q jugement dernier, et un sujet allégorique rapportant à l'effusion du sang de Jésus-Christ, Vémanation des grâces que le Saint-Sacrement confère, par N. Pinaigrier. Cette peinture occupe une des fenêtres de la chapelle de la Vierge. La chapelle de sainte Geneviève offre encore la pluie de la Manne, le sacrifice d'ÉHe etc., par Jean Cousin.
Une seule tour, placée au nord de l'édifice, sert de clocher; elle est fort élevée, et son architecture est d'un genre peu ordinaire.
L'intérieur de cette église renfermait quelques objets intéressants; trois bas-reliefs de Germain Pilon et plusieurs tableaux. La chaire à prêcher, sculptée par Claude Lestocard d'après les dessins de LaHire, peut servir de modèle en ce genre. La chapelle de la Vierge, située au rond-point de l'église, offre répitaphe latine du célèbre Biaise Pascal qui mourut en 1662, à l'âge de trente-neuf ans. Ce monument, qui ne consiste que dans une pierre gravée, est suffisamment orné par le nom du défunt. Dans cette même chapelle, on voit quelques patits tableaux votifs. H faut distinguer celui qui représente l'intérieur de cette église, peint, en 1808, par M. Gosse. Dans la croisée, deux très -grands tableaux, qui se font face, décoraient l'ancienne église Sainte-Geneviève; ils furent votés par les échevins de Paris : l'un, à l'occasion de deux années de famine, fut voté en 1669, et peint par Largillière ; l'autre, à l'occasion de la famine causée par l'hiver de 1709, fut peint par de Troy.
Vers la fin du seizième siècle, le curé de Saint-Étienne-du-Mont se plaignit à Pierre de Gondy, évêque de Paris, qu'un de ses paroissiens, nommé Michaud, qui venait de se marier, et dont il devait bénir le lit nuptial, l'avait fait attendre jusqu'à minuit. L'évêque, d'après cette plainte, décida qu'à l'avenir la bénédiction du lit nuptial se donnerait pendant le jour, ou au moins avant le souper de noces (1).
SAINT-ANDRÉ-DES-ARS , église paroissiale, située rue de ce nom.
(t) Les curés anciennement ne permettaient point aux nouveaux époux de coucher ensemble avant la bénédiction du lit nuptial, bénédiction qu'ils se faisaient toujours paver. D'autres curés, et même des évêques, ne se bornaient pas ù exiger le droit de la bénédiction du lit nuptial ; ils défendaient aux nouveaux époux de consommer le mariage pendant les trois ou quatre premiers jours qui suivaient sa célébration à l'église. Pour s'exempter de cette servitude gênante, les plus pressés ou les plus riclies payaient M. le curé ou M. révéque. ^
sous 1>1IIMIM>I:-AII(.11STI:. 131
La nouvelle enceinte dont Plulippe-Anp^uste ordonna la construction autour de Paris, en morcelant les propriétés et les terres seigneuriales, lit naître plusieurs querelles entre révé(pie, l'abhé de Saint-(ïerniain-des-rrés et l'abbé de Sainte-Ceneviéve. Il l'allut du temps pour concilier tant d'intérêts. 11 fut enlin convenu, pour dédommaj;er l'abbaye Saint-Cermain-des-Prés de ses pertes, que cette abbaye serait autorisée à l'aire bâtir pour elle deux églises dans la nouvelle enceinte de Paris; l'une fut celle Saint-André-des-Ars, et l'autre celle Saint-Côme et Saint-Damien. Les églises étaient alors considérées comme propriétés particulières, comme un domaine productif.
La construction de la basilique Saint-André était commencée en 1210, sur le territoire appelé de Lias ou de Laas, nom d'où, à ce qu'il paraît, est dérivé celui de la rue des Ars qui a été écrit tout à la fois Saint-André-des-Ars, des Arcs, et enlin des Arts; Au seizième siècle, une grande partie de cette église, et notamment la nef, fut bâtie. La façade principale était un ouvrage du dixseptième siècle. Sur le grand autel on voyait un tableau de Restout, et aux côtés du sanctuaire, deux tombeaux : l'un d'Anne Martinosi, princesse de Conti, morte en 1G72, exécuté sur les dessins de Girardon; et l'autre, de François- Louis-Armand de Hourbon, prince de Conti, son époux, décédé en 1683. Ce dernier tombeau était l'ouvrage de Costou l'aîné, à qui l'on pouvait reprocher l'inconvenance de placer dans un sanctuaire des chrétiens la déesse Pallas, qu'on y voyait appuyée sur un lion et tenant le médaillon du prince. Plusieurs personnes distinguées avaient leur tombeau dans cette église : Le Nain de Tillemont, savant bistorien ; Nanteuil, habile graveur; Charles Dumoulin, Henri d'Aguesseau, deux hommes dont le barreau s'honore; La Motte-Houdard, de l'Académie Française; l'abbé Le Batteux, littérateur estimé; sur le monument consacré à ce dernier on lisait : Amicus amico. La famille de Thou avait, dans cette église, une chapelle destinée aux tombeaux et à la mémoire de ses membres, dont plusieurs ont acquis une célébrité durable. On y lisait une épitaphe en vers français de Matthieu Chartier, conseiller au parlement, surnommé le père des pauvres : elle était remarquable par l'énergie de la pensée et de l'expression. Une chapelle de cette église avait appartenu à Jacques Coctier, et renfermait ses cendres. Cet homme fut le médecin de Louis XI; par ses prédictions menaçantes, il faisait peur à ce méchant roi, qui, comme on sait, était l'effroi de tous ses sujets. On voyait aussi dans une chapelle un ex-voto placé par Armand Arouet, frère de Voltaire. Le vitrage d'une des chapelles représentait Jésus- Christ placé sous un pressoir; au bas de cette représentation on lisait ce passage d'Isaïe : Quare ruhrum est indumentum tuurn ? Torcular calcavi solus.
Cette église, supprimée en 1790, fut démolie dans la suite; cette démolition a laissé vide un emplacement qui donne de l'aisance et de la salubrité aux maisons voisines et à plusieurs rues qui viennent y aboutir.
SALNT-COME ET SA iM-i)AMiEN, église paroissialc, située au coin de la rue lîacine et de celle de l'Fcole-de-Médecine, ci-devant des Cordeliers, et fondée à la même époque et par le même motif que le fut l'église Saint-André-des-Ars, dont je viens de parler. Cette église resta assujettie à l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés jusqu'en 1345, époque d'une querelle très-vive et même sanglante,
132 HISTOIHK DK PAIUS.
qui s'éleva entre les étudiants de n'niversité et les serviteurs de cette abbaye. Par l'accord qui lut conclu, la nomination de la cure de Saint-Côme fut attribuée à l'Université. ()uoique les dépendances de cette église fussent trèscirconscrites, il s'y trouvait un cimetière, des charniers, et un lieu oii se rendaient, le i)remier lundi de cliaciue mois, des chirurgiens pour y visiter les pauvres malades et leur doimer des consultations gratuites. Un petit bâtiment était destiné à cette bonne œuvre.
Dans le cimetière de cette église, qui a été complètement démolie dans ces dernières années, fut enterré François Trouillac, qu'une étrange difformité rendit célèbre et malheureux. Dès l'âge de sept à huit ans, il lui était survenu une corne au front, qu'il avait grand soin de cacher. Il travaillait à une charbonnière, dans la forêt du Maine, lorsque le marquis de Lavardin, étant à la chasse, le fit arrêter, parce qu'il n'avait pas devant ce seigneur ôté son bonnet qui cachait vsa corne. Ce malheureux fut ensuite conduit à la cour de Henri IV, comme une curiosité. Ce roi le donna à tin de ses vcdeis pour en tirer profit, dit l'Estoile. François Trouillac, promené de foire en foire et devenu un objet de risée publique, en mourut de chagrin. On lui fit cette épitaphe ridicule :
Dans ce petit endroit à paît, Car il l'était sans avoir femme.
Gistun très-singulier cornard, Passants, priez Dieu pour son âme.
SAiNï-HiLAiRE, églisc paroissialc, située rue du Mont-Saint- Hilaire, n" -2. Elle existait, dans le douzième siècle, avec le titre d'oratoire. Vers l'an 1200, on la voit figurer en qualité de paroisse. La population , qui s'accroissait toujours dans Paris, nécessitait de pareilles érections. Le portail, construit au treizième siècle, fut, ainsi que l'édifice, entièrement réparé au commencement du dix- huitième. En 1513, cette église fut profanée par les coups que se portèrent deux peintres qui s'étaient vivement disputés sur la question de savoir si, dans un tableau (Y Adam et d'Eve, ces personnages, qui n'avaient point ou de mère, devaient être représentés avec un nombril. — Cette église a été démolie vers l'an 1785; elle est remplacée par une maison particulière.
sAiNT-HONORÉ, église paroissialc, située rue de ce nom. Vers l'an 1204, Renold Chereins, boulanger, et son épouse donnèrent neuf arpents de terre, qu'ils possédaient hors des murs de Paris, pour l'entretien d'un prêtre destiné à desservir une petite chapelle qu'ils se proposaient de bâtir. Le prieur de Saint-Martin leur céda un arpent de terre près de là, sur lequel ils firent élever la chapelle. Les fondateurs y établirent ensuite des chanoines; puis des personnes dévotes concoururent à ce pieux établissement , en augmentant, par des donations, le nombre des chanoines. — Cette église située près de la place aux Pourceaux (1 ), en porta le nom.
La fondation de cette basilique, sa dotation et les élections des chanoines de-
{1)Lci place 011 le marché aux Pourciaux fut, après la construction de renceinlc de Charles V, transférée au dehors de cette enceinte, sur un emplacement que traverse aujourd'hui la rue Sainle- Auue.
sous PHILIPPK-AUCUSTr.. 133
vinrent une source de discordes entre révc'ique de Paris el le elhopitrc de Saint- Cermain-l'Auxerrois : leurs querelles à ce sujet lurent scandaleuses par leur vil motif et parleur longue durée. Klles n'étaient pas encore terminées à la fin dudix-sei>tième siècle. — L'église Saint-llonoré l'ut, en 1579, agrandie et réparée: l'édifice n'était ni beau ni vaste. Dans une chapelle, à droite, était placé le N^mbeau du fameux cardinal Dubois, tombeau "exécuté sur les dessins de Cousiou le jeune. M. Couture, recteur de l'Université, fut chargé de faire l'épitaphe de ce cardinal. 11 ne pouvait décemment dire la vérité sur les faits et gestes du défunt; il ne pouvait lui donner des éloges sans encourir le blâme public; il se tira avec adresse de cette dilïïculté. il avait à parler d'un homme dont la conduite honteuse était couverte par le voile des fonctions éminentes qu'il avait remplies , des titres et des dignités séculières et ecclésiastiques dont il fut gratifié : il s'attacha uniquement à dénombrer ces titres pompeux, et à démontrer toute leur vanité; il finissait par exhorter les passants à rechercher une gloire plus solide et plus durable , et nous apprenait que le cardinal Dubois mourut en 17i^3.
Cette église a été démolie en 1792, et , sur son emplacement, ainsi que sur celui des maisons qui en dépendaient, on a établi des passages bordés de boutiques, et la rue Montesquieu.
SAiNT-iMCOLAS-DES-CHAMPS, église paroissialc , située rue Saint-Martin, et à côté de l'abbaye de ce nom. Elle dut, comme beaucoup d'autres, son origine à une simple chapelle que l'accroissement de la population fit convertir en église paroissiale. Ce changement s'opéra un peu avant 1220, puisqu'en cette année le prieur de Saint-Martin accorda un cimetière à la nouvelle paroisse. Au seizième siècle , devenue trop étroite pour le nombre des habitants (jui s'y rendaient, cette église fut considérablement agrandie.
Cet édifice est d'une longueur disproportionnée avec sa largeur. La nef , qui appartient à l'église primitive, a deux rangs de bas-côtés et des colonnes dénuées de chapiteaux ; de sorte que les nervures qui se déploient, en suivant les arêtes des voûtes, prennent leur naissance sur le fût même de la colonne, La construction de la croisée et du chœur est d'un temps beaucoup plus moderne que celle de la nef. Le grand autel est décoré de colonnes corinthiennes et de quatre anges en stuc exécutés par Sarrazin, et d'un tableau de Vouet, représentant V Assomption de la Vierge. La chapelle de la communion doit sa décoration à l'architecte Boulan. CuillaumeBudé, un des plus savants hommes de son siècle; Pierre Cassendi, physicien célèbre; fleuri et Adrien de Valois, qui ont rendu de grands services à la science de l'histoire; Théophile Viaud, poète français, qui fut condamné à être brûlé vif, mais qui ne le fut qu'en effigie, pour avoir composé un ouvrage intitulé le Parnasse français; Laurent Magnière, sculpteur, etc., ont leur sépulture dans cette église. Saint-Nicolas-des- Champs est aujourd'hui l'église paroissiale du sixième arrondissement.
SAiNT-GEKVAis, églisc paroissiale, située rue du Monceau-Saint-Gervais. J'ai déjà parlé de l'oratoire qui existait sous ce nom eu l'an 576. Cet oratoire, situé au milieu d'un vaste el antique cimetière, était sans doute productif par ses revenus et par les offrandes que les fidèles y portaient, puisque, vers le
commencement de la troisième race, les comtes de Meulan s'en emparèrent, et en jouirent pendant longtemps : ils le donnèrent depuis au monastère Saint-Nicaise de Meulan. On ignore à quelle époque il fut érigé en paroisse. En 1212 , pour la première fois , Saint-Gervais figure en cette qualité dans un acte contenant les redevances que le curé de cette église payait à l'église Notre- Dame. Je reviendrai dans la suite sur cet établisement.
SAINT-PIERRE OU SAINT-PÈRE, églisc paroissialc , située rue des Saints-Pères. C'est ainsi qu'était nommée une chapelle dont on ignore l'origine , et qui existait sous le règne de Philippe-Auguste, avec la qualité de paroisse du bourg Saint-Germain. On construisit dans la suite, près de cette église, une maladrerie, qui a depuis reçu le nom de la Charité. Nous en parlerons plus loin.
SAiNT-JEAN-EN-GRKVE, églisc paroissialc , située derrière l'Hôtel-de-Ville. C'était, comme la plupart des églises de Paris, une chapelle que l'accroissement de la population fit ériger en paroisse. Vers l'an 1212, elle obtint ce titre qui lui fut vivement disputé par le curé de Saint-Gervais, dont l'église était voisine. Je passe sous silence les longs et ennuyeux débats occasionnés par l'institution de cette nouvelle paroisse. Cette église fut rebâtie en 1326; j'en parlerai à cette époque. 11 suffira de dire, quant à présent, que la mile Saint- Jean de l'Hotel-de- Ville en faisait partie.
COUVENT DES MATHURiNS, sîtué rue de ce nom. 11 existait vers 1208, avec le nom des Malhurins, parce qu'il remplaçait un hôpital dédié au saint de ce nom, saint qui autrefois était fameux par la guérison des personnes atteintes de folie. Les Mathurins étaient qualifiés de religieux de la Très-Sainte-Trinité, de la Rédemption des Captifs. Jean de iMatha , docteur à Paris, et Félix de Valois furent les auteurs de cette institution, dont le but très-louable consistait à racheter des Musulmans les esclaves chrétiens, et des chrétiens les esclaves musulmans qu'ils donnaient en échange. Ces religieux vivaient d'une manière simple et austère. Ils ne se servaient que d'ànes pour monture; c'est pourquoi le peuple les nommait les Frères aux ânes. Rutebeuf , dans sa pièce des Ordres de Paris y donne à ces religieux des éloges qu'il est loin d'accorder aux autres monastères de cette ville. L'épitaphe suivante, que j'ai vue gravée sur une table de bronze fixée dans le mur du cloître de cette maison , tend à prouver que ces religieux se faisaient honneur des travaux les plus serviles :
Ci gist léal Mathiirin.
Sans repiOLiche bon serviteur, Qui céans garda pain et vin, Et fust des portes gouverneur,
Paniers ou hottes, par honneur, Au marché volent ier portoil ; Fort diligent et bon sonneur ; Dieu pardon à l'àme lui soit.
Ce couvent et son église étaient les lieux où l'Université de Paris tenait ses assemblées et célébrait ses solennités religieuses.
Dans le cloître, on voyait la tombe et les figures, gravées au trait sur la pierre, de deux écoliers, l'un nommé Léger Dumoussel et l'autre Olivier Rourgeois, qui , ayant volé et assassiné des marchands sur un chemin , furent poursuivis, arrêtés et pendus par le prévôt de Paris. L'Université se récria de toutes ses forces contre cet acte de justice, fit valoir ses droits, sqs privilèges, menaça
sous 1>1III.IIM>I:-AI CliSTK. 135
(le fermer les écoles de l*aris, et parvint à faire condamner le prévôt de cette ville aux humiliations suivantes. Il fut contraint de détacher lui-môme du gihet les deux écoliers pendus, de leur donner un haiser sur la bouche, de les conduire sur un char couvert d'un drap mortuaire, escorté de ses sergents et archers et suivi d'une procession de curés et de religieux, au Parvis Notrehame, pour les présenter à Tévècpie, et de là dans l'église des iMathurins, où le coi'tége remit ces corps au recteur de l'Université, qui, le 10 mai 1408, les lit inhumer honorablement. Ainsi, par respect pour les privilèges de l'Université, le cours de la justice était interrompu et les crimes restaient impunis.
Ce couvent, bâti sur une partie de l'emplacement du palais des Thermes, est devenu, dès Tan 1790, une propriété particulière. L'église est démolie.
COUVENT DES JACOBINS, DominicaiDs, ou Frères Mineurs, situé rue Saint- Jacques. Saint Dominique vint à Paris en l'an 1219, et il y vit avec plaisir que les sept moines de son ordre (ju'il avait envoyés dans cette ville pour y fonder un couvent s'étaient fait beaucoup de prosélytes, et que ce nouveau monastère comptait déjà trente religieux. Ils s'étaient d'abord établis dans une maison destinée aux pèlerins, près de laquelle était une chapelle de saint Jacques. Les nouveaux desservants de cette chapelle acquirent une telle réputation, que son nom fut donné à la rue où elle était située, et que les religieux dominicains reçurent celui de Jacopins^ puis de Jacobins^ qui en dérive. Je continuerai, dans la période suivante, l'historique de ce couvent.
ABBAYE SAiNT-ANTOiKE-DES-CHAMPS, aujourd'hui Hôpital Saint- Antoine , située rue du Faubourg de ce nom. Elle fut fondée, en 1198, par Foulques de Neuilly, célèbre prédicateur, auquel on attribue beaucoup de miracles. Il guérissait toutes sortes de maladies par l'imposition des mains et le signe de la croix. Il donnait la lumière aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, dit l'auteur des Grandes Chroniques de France, qui ajoute que plusieurs n'y croyaient guère : aucuns ne les croyent pas légic/rement. Sans doute qu'alors il ne resta plus de malades à Paris. 11 s'associa Pierre de Roussy, autre prédicateur, qui, par ses sermons, convertit plusieurs usuriers et femmes publiques de Paris. '< Et aussi, ajoute-t-il, les folles femmes qui se mettoient aux bordeaux » et aux carrefours des voyes (des rues), et s'abandonnoient, pour petit prix, à » tous, sans avoir honte ni vergogne. » Ces femmes prostituées, après avoir entendu Foulques de Neuilly, se coupèrent les cheveux et renoncèrent à leur infâme métier. Les unes tirent des pèlerinages, nu-pieds et en chemise, les autres furent recueillies par le prédicateur, et devinrent les premières religieuses de ce monastère, qui, dans la suite, reçut des accroissements considérables, et fut honoré du titre d'abbaye royale. L'abbaye Saint-Antoine était environnée de fortes murailles, et formait une espèce de bourg. Ce fut vers une partie des fossés de cette abbaye que Louis XI conclut, en 1465, une trêve avec les princes armés contre lui, pendant la guerre dite du bien public. Cette trêve fut violée par ces princes rebelles; et, dans la suite, ce roi (it élever en ce lieu une croix dont, en 1562, on déterra une pierre où se trouvait l'inscription suivante : L'an iV. ce ce. LXV fut ici tenu le lundi t des trahisons^ et fut par unes trcsves quij'U' vent données ; maudit soit-il qui enfui cause.
Cette abbaye donna son nom à la rue qui y conduisait, et au faubourg où elle est située. Les bâtiments de ce monastère et le sanctuaire de son église furent, vers l'an 1770, reconstruits sur les dessins de l'architecte Lenoir, surnommé le Romain, Ils sont vastes et commodes. L'église était richement décorée. On y voyait plusieurs tombeaux de personnes distinguées par leur rang élevé, de princes, princesses, et notamment ceux de Jeanne et de Bonne de France, filles du roi Charles V.
Cet établissement fut supprimé en 1790, et ses bâtiments reçurent depuis une destination plus utile. Un décret de la Convention nationale, du 17 janvier 1795, les convertit en un hôpital, assimilé à celui de Y Hôtel- Dieu.
HOPITAL DE LA TRINITÉ, situé au coiu dcs rucs Saint-Denis et Crenétat. Pendant que Foulques de Neuilly et Pierre de Roussy prêchaient, convertissaient des femmes publiques, et les réunissaient en communautés religieuses; que Philippe- Auguste recevait, en 1 198, des sommes considérables des Juifs pour les rétablir, après les avoir expulsés et s'être emparé de leurs richesses en 1 181 ; pendant que ce roi, excommunié par le pape pour avoir changé d'épouse, chassait les évêques de leurs sièges, les abbés de leurs monastères, les curés de leurs paroisses, confisquait leurs revenus, mettait en fuite l'évêque et les curés de Paris qui avaient adhéré à la sentence du pape; pendant que les écoliers de cette ville se battaient contre ses habitants, que le prévôt Thomas maltraitait ces écoliers, et que le roi , à son tour, maltraitait le prévôt; pendant que l'évêque de Paris se disputait scandaleusement avec l'abbé de Sainte-Geneviève, deux particuliers paisibles, obscurs, Jean Palée et Guillaume Estuacol, s'occupaient de fonder un hôpital pour les pauvres malades. Cet établissement fut d'abord wommk^X hôpital de la Croix-de-la-Reine , et dans la suite il reçut le nom de la Trinité, 11 éprouva, de la part des seigneurs ecclésiastiques, de grandes ditficultés : leurs droits et leurs privilèges étaient des obstacles continuels aux institutions les plus utiles.
11 fut établi , pour le service de cet hôpital, une communauté de frères qui, peu riches eux-mêmes, portaient des secours aux pauvres, et donnaient l'hospitalité aux pèlerins. 11 leur était défendu, par leurs statuts, de monter à cheval; ils ne voyageaient que sur des ânes, c'est pourquoi ils furent nommés frères dniers ou frères de la Trinité-aux-ànes .
11 fallait des prêtres pour desservir la chapelle : on y plaça des religieux Prémontrés d'Hermières. Ces religieux ne tardèrent pas à s'emparer des propriétés de la maison : dès lors elle cessa d'être utile aux pauvres. L'hospitalité n'y l'ut plus exercée : ces moines se firent à eux-mêmes le bien qu'ils devaient faire aux autres. Rutebeuf leur reproche d'être devenus riches, et d'avoir renoncé aux ânes et pris des chevaux pour montures.
Vers la fin du quatorzième siècle, ces religieux louèrent la plus grande salle de l'hôpital à des comédiens nommés les confrères de la Passion^ dont je parlerai dans la suite. Ces comédiens y tinrent leur spectacle jusqu'à l'an 1545, époque où le parlement destina les bâtiments de cet hôpital à l'éducation des orphelins des deux sexes, au nombre de cent garçons et de trente-six filles. Les artistes qui s'y établissaient pour instruire ces orphelins gagnaient leur
sous IMIIMPPK-AUGUSTE. 137
maîtrise. Ces enl'aïUs assislaieiil aux eiUerremenls : on les eoimaissait sous I(î nom d'enfattts bleus, à eause de la eoiileiir de leurs habits.
Les l)àtimeuts de cet hôpital lurent entièrement démolis dans les premières années de hi révolution : on a l)àti sur leur emplacement, des maisoimettes disposées en rues régulières, l/église, quon avait t'ait reconstiuire en 1598, et dont le portail fut élevé en 1071, sur les dessins d'Orbay, a été démolie en 1817. HOPITAL SAiNTE-CATHEUiNE, situé rue Saint-Dcuis , au coin méridional (ie la rue des Lombards, fondé vers Tan 11 8i. Il porta d'abord le nom ({/fôpila/ des pauvres de Sainte-Opportune, et fut administré par des frères hospitaliers (1). Une bulle du pape Honoré 111, de 1222, met cet hôpital sous la protection du Sainl-Siége, et le nomme V Hôpital de fa Maison- Oieu-Sainte-Catherine. Aux frères hospitaliers se joignirent des sœurs. On ne sait quels désordres résultèrent de cet amalgame; mais, en 1521, François Poncber, évêque de Paris, renvoya les frères et conserva les sœurs. Ces religieuses de l'ordre de Saint- Augustin avaient, dans l'origine, pour principale obligation, celle de loger les pèlerins, de loger et de nourrir, pendant trois jours, les femmes ou fdles qui cherchaient à entrer en condition, ou qui, venant à Paris pour d'autres affaires, n'avaient pas le moyen de se procurer un asile. — Les bâtiments de cet hôpital furent démolis pendant la révolution, et des maisons particulières se sont élevées sur son emplacement.
A la suite de la notice des églises et des maisons religieuses, il convient de placer celle des établissements non moins utiles , des collèges et des écoles qui , pendant cette période, commençaient à prévaloir à Paris; j'y joindrai la notice des institutions civiles.
roLLÉr.E DE CONSTANTINOPLE OU COLLEGE GREC, situé cul-dcsac d'Amboisc, près la place Maubert. On a dit sans preuve qu'il fut fondé en 1206, à l'occasion du projet de reunion des églises grecque et latine. Quoi qu'il en soit, ce collège existait au quatorzième siècle; en 1362, mal administré, il tombait en décadence, puisqu'il n'y restait plus qu'un seul bouisier. Alors Jean de la Marche le prit à loyer, et en forma un nouveau collège qui, dans la suite, reçut le nom de Petite-Marche, el fut, en 1420, réuni au collège de ce nom.
COLLÈGE DES BONS-ENFANTS , situé daus la rue qui porte ce nom, près du Palais-Royal. C'est le second ou le troisième collège établi à Paris, et c'est le premier qu'on y ait destiné à des nationaux : il fut fondé en 1208 par quelques personnes qui avaient contribué à l'établissement de l'église Saint-llonoré. Ci; collège reçut d'abord le nom iïHùpitxd des pauvres Ecoliers; ils méritaient cette dénomination ; car ces jeunes et malheureux élèves étaient obligés chaque jour, pour vivre, de demander l'aumône dans la ville, comme le faisaient plusieurs communautés religieuses.
Les libéralités de quelques personnes bienfaisantes, notamment celles du célèbre Jacques Cœur, procurèrent à ce collège un revenu sulTîsant , et les écoliers ne furent plus réduits à im[)lorer la charité des habitants de Paris. Dès que ce collège eut obtenu de l'aisance, il devint la proie du chapitre de Saint-lfonoré, au-
(I) En dehors de chaque porte de la seconde enceinte de Paris se trouvait un hôpital on liôiellerlc,
138 HISTOIRE DE PAKiS
quel ses biens furent, en 1605, totalement réunis. Al3sorbée par ce chapitre, il ne resta de cette institution que le nom, encore porté par la rue où elle était
située.
COLLÈGE DES BONS-ENFANïS, situé ruc Saint-Vîctor, n'^s 66 et 68. Il paraît qu'on donnait alors le nom de bons enfants aux jeunes gens qui se livraient à l'étude. C'est ainsi que, par opposition, on nommait mauvais garçons ceux qui vivaient dans la débauche et le brigandage. 11 existe à Paris deux rues qui portent le nom de Mauvais-darçons, On ignore le nom des fondateurs , et l'époque précise de l'établissement de ce collège. Il devait exister vers le règne de Philippe- Auguste, et avant l'an 1257, puisqu'en cette année le pape Innocent ÏV y autorisa la fondation d'une chapelle. Les bâtiments furent dans la suite occupés par un séminaire d'ecclésiastiques, sous la direction des prêtres de la maison de Saint- Lazare, fondé par Vincent de Paul et nommé Séminaire de Saint- Finnin. Dans les premiers jours de septembre 1792, de prétendus patriotes, envoyés par le pouvoir municipal, autorité suprême à Paris, firent arrêter, enfermer dans cette maison, devenue une prison, plusieurs ecclésiastiques et les firent massacrer. Les détails de cette horrible scène, je les passerai sous silence; ils révolteraient l'écrivain et ses lecteurs.
Vlîislituiion des jeunes Aveugles a occupé cette maison depuis 1807 jusqu'à ces dernières années.
ÉCOLES DE PARIS. Philippc-Auguste sentit que les revenus de son fisc croissaient avec la population de Paris, et que cette population prospérait par la grande afïluence d'écoliers qui venaient étudier dans cette ville. Il voulut, poui' les y maintenir, leur assurer beaucoup d'indépendance; il leur accorda des privilèges : on ne savait pas alors protéger autrement. Par une ordonnance de l'an 1200, ce prince veut que les habitants de Paris qui seront témoins d'une insulte faite à un écolier, viennent en rendre témoignage en justice; que ces habitants, lorsqu'ils verront un écolier frappé avec des armes, des bâtons ou des pierres, soient tenus de venir à son secours, d'arrêter l'agresseur et de le livrer à la justice. Si l'agresseur n'est pas pris en flagrant délit, on informera contre lui; et si, par l'enquête, il est trouvé coupable, quand même il nierait le fait, et offrirait de se purger par le duel ou par le jugement de l'eau, les olîiciers du roi en feront aussitôt justice. Il est défendu au prévôt du roi, et à son olTicier, de mettre la main sur un écolier et de le conduire en prison. Si , par la gravité de son délit, il mérite d'être arrêté, il ne pourra l'être que par la justice du roi. Elle l'arrêtera sur le lieu, sans le frapper, à moins qu'il ne fasse résistance; et elle le remettra à la justice ecclésiastique. En aucun cas, on ne peut arrêter un écolier hors du flagrant défit. Les serviteurs des écoliers jouiront des mêmes avantages. Ce privilège, et quelques autres de la même nature, ouvrirent un vaste champ aux désordres. Les écoliers, sans crainte du prévôt et forts de la protection du roi, se livrèrent à tous les excès qu'inspire la fougue du jeune âge enhardie par Tassurance de l'impunité. Les insultes, les attaques, les combats de ces aspirants à la prêtrise, se multiplièrent; à l'excès et restèrent pres(ïue toujours impunis.
Les écoles ont leurs vicissitudes. Celles de Paris s'étaient, du temps d'Abeilard,
SOIS PlIlLIIMMvAlK.LJSTK. 130
rendues célèbres par uneéimilation admirable. Le zèle pour l'étude se refroidit sous le règne de Pbilippe-Auuusle; plusieurs écrivains de ee lenips s'en i)laignent. Les carnificiens {c'es[ ainsi (ju'on nonunait alors les partisans de la barbarie^ appelaient les hommes studieux hœujs d'Abraham, dncs de JMaam; mais ces injures elaieid-elles sullisanles poui" arriHer la noble impulsion domiée à renseignement? Plusieurs autres causes durent concourir à ce refroidissement, peut-être fut-il TelVet natuiel de la marche de l'esprit humain, qui, après de grands etlorts, se ralentit; toujours est-il certain qu'alors l'ardeur pour l'étude parut s'éteindre. " Ils sont plus adonnés à la gloutonnerie, disait, en parlant » des écoliers, un écrivain de cette époque, qu'ils ne le sont à l'étude; ils » préfèrent (/mder de l'arf/ent plutôt que de chercher l'instruction dans les » livres; ils aiment mieux contempler les beautés des jeunes filles que les beau- » tés de Cicéron....; toute science est avilie, l'instruction languit, on n'ouvre >' plus les livres. >^ Il se trouvait cependant à Paris des écoliers laborieux; mais il ne paraît pas qu'ils fussent en grand nombre. Philippe Harveng, abbé de Bonne Lspérance, dans une de ses lettres, donne des témoignages d'estime aux étudiants de cette ville, qui, dit-il, aiment mieux être dans les écoles que dans les foires, lire des livies que de vider les verres, et qui préfèrent la science à l'argent. La culture des lettres, pour être négligée, ne fut pas abandonnée : les connaissances acquises ne sont jamais entièrement perdues pour l'humanité. Paris conserva le feu sacré, et ses écoles prédominèrent celles des autres villes du royaume. « Des savants les plus illustres y professaient toutes les sciences; on •» y accourait de toutes les parties de l'Europe; on y voyait renaître le goût •' atti(|ue, le talent des Grecs et les études de l'Inde. » Tels sont les éloges que quel(|ues contemporains donnent aux écoles de Paris. Je dois avertir que lorscjue les écrivains de ce temps entreprenaient de louer, ils s'en acquittaient avec une prodigalité sans l)ornes : l'exagération était leur figure favorite.
Les écoles de Paris ne reçurent que sous le règne de saint Louis le titre d'Université : j'en parlerai à cette époque.
PRË-AUX-CLEKcs. A l'oucst et au nord de l'abbaye et du bourg Saint-Germain étaient de vastes prairies qui s'étendaient depuis ce bourg jusqu'à la ! ivière de Seine, et depuis la rue des Saints-Pères jusqu'à l'esplanade des InvaHdes. Le nom de clercs s'appliquait alors à tous les ecclésiastiques, même aux étudiants de rUniversité de Paris. Ges clercs étaient en usage de venir s'y promener, et de s'y permettre beaucoup de désordres.
Déjà, en 11 63, une grande discussion s'était élevée entre les moines de Saint- Germain et les écoliers, au sujet du Pré-aux-Clercs; et cette discussion avait paru assez grave pour être soumise au jugement du concile de Tours, où se trouvaient dix-sept cai'dinaux et cent vingt-quatre évêques : elle y occasionna de longs débats. Les clercs y furent condamnés à un éternel silence. On ne connaît point d'autres détails sur cette atfaire.
En 119-2, on voit, d'une manière plus certaine, le Pré-aux-Glercs figurer sur la scène historique. Les écoliers de i»aris, qui regardaient ce pré comme leur propriété, y commirent divers excès. Les habitants du bourg vSaint-Germain voulurent les repousser; un écolier y perdit la vie, d'autres furent blessés. Cette
140 HISTOIUE l)i: PAUIS
(jucrelle sanglante en fit naître une autre entre les écoles de Paris et l'abbaye de Saint-Germain. Les deux i)artis recoururent à l'autorité du pape qui ne prononça rien. Tel était le déplorable état delà législation que, pour une simple contestation de propriété, on était obligé d'invoquer la décision d'un prince étranger. II paraît constant, par un règlement de l'an 1215, que les écoliers avaient la propriété de ce pré, ou au moins la faculté d'en jouir en s'y promenant.
Le Pré-aux-Clercs, qui a subsisté jusque sous Louis XIV, fut presque toujours un théàlre de tumulte, de galanterie, de combats, de duels, de débauches et desédition. J'en parlerai dans la suite.
LES HALLES. IMiilippe-Auguste tira de la dépouille des Juifs qu'il venait de chasser de ses États, les moyens d'augmenter les produits de son fisc. En M83 il fit, à rinstigation d'un de ses sergents, bâtir deux halles hors de Paris, dans une partie du territoire de Champeaux, où son aïeul Louis-le-Gros avait déjà, comme il a été dit, établi un marché. 11 acheta des administrateurs de la maladrerie Saint-Lazare une foire qu'il transféra dans ces halles : il les fit entourer d'une muraille percée de portes qui se fermaient pendant la nuit, et y fit établir des étaux couverts, afin que les marchands y pussent abriter leurs marchandises. Dans la Cité et devant l'église de la Madeleine il existait, avant cette époque, un marché qui fut, quelques années après, réuni aux halles de Champeaux. Telle fut loriginede rétablissement qu'on nomme aujourd'hui les halles: jl reçut, dans la suite, divers accroissements.
NOUVELLES BOUCHERIES. Lcs ficrs chevaliers du Temple, dont j'ai, dans le chapitre précédent, indiqué l'établissement , ne crurent pas déroger à leur noblesse en fondant une boucherie dans leur enclos, pour en tirer un revenu. Les bouchers de Paris, lésés dans leurs intérêts, s'opposèrent à cette nouveauté. Après plusieurs débats, il fut convenu, en 1182, que la boucherie des Templiers leur resterait , mais qu'elle n'aurait que deux étaux , larges chacun de douze pieds. Le roi, pour dédommager les bouchers de la ville, leur accorda la faculté d'acheter et de vendre du poisson d'eau douce. On pense qu'ils établirent alors la Poissonnerie de l'apport de Paris , et retendirent jusqu'à la rue Pierre-aux-Poissons , appelée de|)uis la Petite- Saulne rie.
PAVÉ DE PARIS. En 1185, Philippe-Auguste, occupé de grandes affaires, dit l'historien Rigord, se promenant dans son palais royal (1), << s'approcha des fe- » nêtres où il se plaçait quelquefois pour se distraire par la vue du cours de la >^ Seine. Des voitures, traînées par des chevaux, traversaient alors la Cité, et, » remuant la boue , en faisait exhaler une odeur insupportable. Le roi ne put y " tenir, et même la |)uanteur le poursuivit jusque dans l'intérieur de son palais. » Dès lors il conçut un projet très-dilficile, mais très-nécessaire; projet qu'aucun » de ses prédécesseurs, à cause de la grande dépense et des graves obstacles que >' présentait son exécution, n'avait osé entreprendre. 11 convoqua les bourgeois » et le prévôt de la ville, et par son autorité royale, leur ordonna de paver, avec » de fortes et dures pierres, toutes les rues et voies de la Cité. » Guillaume-le-
(i) Aujourd'hui Palais tic Justice.
SOLS Pllll.lPPIi-ALCUJSTi:. lil
Breton dit que ce pavé était composé de pierres earrées. QueUiues écrivains prétendent que (;érard de Poissy, atlaclié aux iiiiances du roi, contiihua aux IVais de ce pavé pour la somme de onze mille marcs d'argent, ce (pii semble douteux. On sait que Philippe-Auguste s'adressa, pour l'établissement de ce pavé, aux prévôts et aux bourgeois de Paris, (jui, à ce (ju'il paraît, payèrent tous les Irais de cette entreprise. Cette amélioration, (]uoique lrès-im[)arraite, a le mérite d'un premier exemple; étendue et perl'eclionnée dans la suite, elle l'ut un bieid'ait pour l^aris. Mais ce bienfait s'opéra avec lenteur; car, sous Louis XIII, la moitié des rues de cette ville n'étaient point encore pavées. H est certain que sous Philippe-Auguste on ne pava que les rues qui formaient ce (ju^on nommait la Croisée de Paris, deux rues qui se croisaient au centre de cette ville, dont Tune se dirigeait du midi au nord, et l'autre de l'est à l'ouest.
Ce pavé était composé de grosses dalles ou carreaux de grès, dont les dimensions en longueur et en largeur avaient environ trois pieds et demi, sur à peu [)rès six pouces d'épaisseur, qmdratis lapidibiis , suivant Guillaume-le-Breton. L'abbé Lebeuf dit avoir vu plusieurs carreaux de ce pavé au bas de la rue Saint-Jacques, à sept ou huit pieds sous terre. C'est sans doute du nom de ce pavé qu'est dérivé celui de la rue des l^etits-Carreaux, ainsi que les expressions proverbiales, laisser sur le carreau, [)Our dire renverser l'ennemi que l'on combat: èlrc sur le carreau , pour être sans place, sans domicile, expression qu'on a rendue dei)uis par celle-ci, être sur le pavé. Ce savant ajoute qu'on apercevait, entre le pavé de Philippe-Auguste et le pavé actuel, un pavé intermédiaire; ce qui prouve qu'en cet endroit le sol a été successivement élevé.
AQUEDUCS ET PREMIÈRES FONTAINES. Dcux aqucducs, du temps des Homains, conduisaient de l'eau dans les quartiers voisins de la Cité. L'un partait de Chaillot et se dirigeait sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le jardin du Palais- Hoyal : l'autre, plus connu, faisait parvenir au palais des Thermes une partie des eaux du Hungis. On présume (jue ces aqueducs, dont j'ai déjà parlé, furent détruits par les Normands. Voici la notice des aqueducs modernes.
l'aqueduc SAiNT-Gi:RVAis foumit des eaux qui proviennent des hauteurs de Romainville et de Ménilmontant, et se rendent à un réservoir commun situé dans le village du Pré-Samt-Cervais, d'où elles sont conduites, par des tuyaux de plomb, à la fontaine Saint-Lazare et à d'autres foidaines de Paris. En plaçaid la construction de cet acpieduc sous le règne de Philippe-Auguste, je me suis fondé sur des notions certaines, sur les présomptions très-vraisemblables (|u'elles font naître et sur l'ouvrage de M. Cirard, ingénieur en chef de Paris. Cet aqueduc existait au treizième siècle, et ses eaux alimentaient la fontaine Saint-Lazare bien avant l'an 1265. Otï peut donc en reporter la construction au règne de Philippe-Auguste, qui vivait encore en 12-23. (>e roi acheta, en 118.3, des administrateurs de la léproserie de Saint-Lazare, une foire qu'il transféra aux halles de Paris. Le paiement de cette acquisition dut procurer de l'aisance à cet établissement, qui, en 1181, se trouvait dans un état de prospérité, car r'église était desservie par un clergé assez nombreux. Ce fut sans doute dans ces circonstances que les administrateurs de cet hôpital s'occupèrent de
142 HISTOIKE DE PAUIS
la construction d'un aqueduc, pour y conduire des eaux, si nécessaires à un pareil établissement.
Les eaux de cet aqueduc alimentèrent d'abord la fontaine Saint-Lazare, ensuite celle des Filles-Dieu, rue du faubourg Saint-Denis, puis celle des Innocents aux coins des rues Saint-Denis et au Fèvre, et enlin celle de la Halle.
AQUEDUC DE BELLEViLLE. Le même règne vit encore s'établir cet autre aqueduc qui, recueillant les eaux venues des hauteurs de Belleville, les conduisit jusqu'à l'abbaye Saint-Martin-des-Champs où elles alimentèrent la fontaine de ce monastère, fontaine qui existait déjà en 1244. L'époque de la construction de l'aqueduc a dû être plus ancienne encore, et remonter au règne de Philippe- Auguste. Cet aqueduc en maçonnerie a d'abord fourni des eaux au monastère Saint-Martin-des-Champs, puis à la fontaine Maubuée, etc.
Ces deux aqueducs et fontaines publiques furent, depuis le temps de la domination romaine, les premiers ouvrages entrepris pour conduire des eaux dans la partie septentrionale de Paris.
PETIT-PONT DE PARIS. Après avoir été souvent entraîné par la Seine, il fut, vers l'an 1185, reconstruit en pierres par la libéralité de l'évêque Maurice de Sully. Un débordement de la Seine, arrivé en 1196, le renversa encore. Rétabli quelque temps après, il ne put, en 1205, résister à un autre débordement dont parle Cuillaume-le-Breton. « En décembre, dit-il, il y eut une si grande » inondation que, depuis un siècle, on n'en avait vu de pareille. Le Petit-Pont » de Paris s'écroula, l'eau s'élevait jusqu'au second étage des maisons; pour » communiquer de l'une à l'autre, on se servait de bateaux. >^
LE LouviiE. Philippe-Auguste fit bâtir, hors de Paris, une tour ou forteresse, nommée en latin Lupara, et en français Louvre. Plusieurs lettres et ordonnances, datées de cette forteresse par les rois qui y résidaient, portent ces mots: Apud Luparam, propè Parisios, au Louvre, près de Paris. On a établi plusieurs conjectures sur l'origine de ce nom : je n'en augmenterai pas le nombre. L'époque précise de la construction de la tour du Louvre est inconnue; mais on sait qu'en 1204 cette construction était terminée depuis peu de temps, puisqu'en cette année ce roi déclara qu'il devait trente sous aux prieur et religieux de Saint-Denis-de-la-Chartre , à cause de la tour du Louvre qu'il avait bâtie sur leur terre. On voit en effet que, dès la seconde race, le bord de la Seine, du côté où est situé le Louvre, était nommé le rivage de Saint-Denis. Cette nouvelle tour se trouvait, en outre, située, dans la seigneurie de l'évêque et du chapitre de Notre- Dame de Paris. H fallut les dédommager : Philippe-Auguste chargea le prévôt de Paris de faire payer le dédommagement par les Parisiens. On voit que ce roi faisait ses acquisitions avec l'argent des autres. Ce prince voulut faire élever un mur d'enceinte autour de sa nouvelle forteresse, et pour cela il lui convenait d'avoir un fonds de terre situé près de l'église Saint- Thomas-du-Lonvrc^ et appartenant à l'évêque de Paris. Sauvai rapporte l'acte d'échange, daté de janvier 1209, par lequel on voit que IMnlippe-Auguste, pour le fonds de l'évêque, (jui ne rapportait (jue onze deniers, lui cède un autre fonds dont le produit était de quinze deniers.
Le Louvre avait alors, comme la plupart des châteaux de ce temps, une triple
SOI s LOI IS VIN DIT M. I ION. 14;]
deslinalion : il servait de séjoui' aux rois, de loileresse el de prison. (Tesl ainsi que Ferdinand, eointe de Flandre, qne le vulgaire nommait l'crranil., l'ut enfermé dans le Louvre, el y lan{;uil jus(|u'à ee (ju'il eut consenti à céder tousses États au roi PliiiipiKv IMusieurs princes eurent dans la suite un sort pareil, et la prison du Louvre devint l'elVroi des hauts hai'ons. dette tour tut aussi destinée à contenir le trésor des rois. Louis VIII, dans son testament de l'an 1^2-25, parle de cette tour du Louvre, située, dit-il, près de Saint-Thomas, laquelle contenait son or, son argent, etc. — .le parlerai, à leur épo(pie, des divers changements qu'éprouva cette forteresse.
Philippe-Auguste, après avoir opéré plusiem^s changements utiles dans Paris, après avoir agrandi cette ville, en rentourant d'une vaste enceinte que je décrirai, mourut le W juillet 1223.
PARrs sous LOUIS VTTÏ, dit lk lton.
(^e prince succéda immédiatement à son père Philippe-Auguste. Il était doué d'un grand courage et d'une faible santé. Il serait parvenu à chasser les Anglais du continent , s'il n'eût pas cédé aux instigations des prêtres et entrei)ris la malheureuse guerre de religion qui se faisait alors contre les Albigeois. Philippe- Auguste l'avait prévu : « Les gens d'église, disait-il, engageront mon fds à faire " la guerre aux hérétiques albigeois; il ruinera sa santé à cette expédition, il y " mourra, et le royaume restera livré à une femme et à un enfant. » Après quelques déplorables succès, revenant à Paris, il tomba malade à Monpensier, en Auvergne. Les médecins, attribuant sa maladie à sa longue continence, introduisirent, dit un historien, une jeune fdle dans son lit. Le malade repoussa le remède; il expira le 8 novembre 1226. Aucun changement, aucune institution, n'eurent lieu à Paris pendant la courte durée de ce règne. Nous apprenons de Guillaume Guiart, dans son livre intitulé la Branche aux roijaux liç/na- </?.s-, que les reines Isemburge, Blanche et Marguerite, pendant que Louis VIII était à la guerre, firent exécuter à Paris, pour le succès de ses armes, une belle |)rocession où les ligurants étaient nu-pieds et en chemise, et plusieurs entièrement nus : ces nudités n'empêchèrent pas du reste, les trois reines d'y assister.