‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 21 sur 96 · HISTOIRE DR PARIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DR PARIS

Bons-EnjanU, collèges qui, faibles et pauvres, servirent de modèles aux nombreux établissements du m^me genre qu'on verra figurer dans les périodes suivantes. Le nombre des boucheries s'augmenta, et un marché considérable et clos de murailles, sous le nom des Halles, accrut les revenus du fisc en favorisant le commerce. Le gouvernement commençait à s'apercevoir que ses intérêts étaient liés à ceux des citoyens. Pour la première fois, quelques principales rues de Paris furent pavées, ainsi que nous l'avons dit. En 1186, Philippe-Auguste fit environner de murailles le cimetière des Innocents, qui, comme le dit Guillaume-le-Breton, était un dépôt général d'immondices et de saletés, servait de lieux d'aisances à la plupart des habitants, et, qui pis est, de lieu de débauches aux femmes publiques. Ainsi on faisait une grande injure aux morts et l'on profanait un lieu respectable et sacré. Deux aqueducs, réunissant chacun les sources de Ménilmontant et de Belleville , procurèrent aux habitants le bienfait de leurs eaux; et pour la première fois, le faubourg et les quartiers septentrionaux de Paris eurent des fontaines. Sur la rive droite de la Seine, fut élevée une enceinte de fossés et de murailles, siège de la domination royale, effroi des vassaux, prison menaçante, qui ajoutait à la physionomie déjà peu gracieuse de Paris un nouveau caractère de sévérité féodale. L'enceinte que Philippe-Auguste fit bâtir autour de Paris et de ses faubourg donna à cette ville une extension qu'elle n'avait jamais eue, et fut le changement le plus notable qu'elle éprouva pendant cette période.

TROISIÈME ENCEINTE DE PARIS. Philippe-Augustc, en 1 188, avaut SOU départ pour la croisade, fit plusieurs dispositions. Il imposa d'abord sur le clergé une contribution nommée dixme snladine, qui excita de grands murmures parmi les chefs ecclésiastiques. Cependant il semblait juste que ceux-là mêmes qui avaient porté ce roi à entreprendre cette folle expédition, en payassent une partie des frais. Il ordonna de plus aux bourgeois de Paris de faire, sans délai, travailler à une enceinte de leur ville, composée d'une muraille solide, garnie de tourelles et déportes; ouvrage, dit Rigord, que nous avons vu achever dans un court espace de temps. Il ne s'agit ici que de la partie septentrionale de Paris qui fut la première entourée de murs. En voici la description.

Ce mur d'enceinte, commencé en 1190, partait de la rive droite de la Seine, à quelques toises au-dessus de l'extrémité septentrionale du pont des Arts. Là s'élevait une grosse tour ronde qui, pendant plusieurs siècles, a porté le nom de Tour qui fait le coin. De cette toui', le mur d'enceinte traversait l'emplacement actuel de la cour du Louvre, et se prolongeait, en suivant la direction de la rue de l'Oratoire, jusqu'à la rue Saint-Honoré, qui portait, vers ce temps, le nom de la Charronnerie. Là, le mur interrompu présentait une entrée fortifiée par deux tours rondes. Cette entrée se nommait la Porte Saint-Honoré. Cette porte se trouvait presque à coté du portail du temple de l'Oratoire. Elle reçut aussi le nom de Porle-avx-Aveuf/les, à cause du voisinage de la maison des Quinze-Vingts. De cette porte le mur d'enceinte s'étendait entre les rues de Grenelle et d'Orléans, jusqu'au carrefour où aboutissent les rues de Grenelle, Sartine, Jean- Jacques Rousseau et Coquillière. Une porte de ville, appelée Porte de liahaifjne ou de Bohême, à cause d'un hôtel voisin ainsi nommé,

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et Porte Cix/ui/lier ou CoquiUièrc, à cause do la lamilUî Cof/uillirr qui [)OSS('Hlai(. une maison tout aupiôs, s'ôlovait dans ce carrclour. De la Porta Coquillirrc la iiuu'aillc se [)i()lonjj:cail (Mitro les l'ues .loau-Jacques Kousscau et du Jour. Ce lui entre ce mur de la ville et l'éjjjlise Saint-Kustache que, dans la suite, Charles V lit bâtir une maison, avec jardin et écuries, etc., nommée Séjour du roi. La rue percée sur rem[)lacement de ces bâtiments royaux a reçu W, nom de Jour au lieu de Svjovr. Parvenu, à travers ce quartier, jusqu'à la rue Montmartre, le mur d'enceinte laissait à la voie pul)li(iue un passa^n' appelé Porte. Montmartre ou Porte Saint- Eustacke , à cause de la proximité de l'église de ce nom. Cette Porte Montmartre était située en l'ace des n"^ 15 et 32. Dans la troisième cour de cette même maison, on voit une muraille qui a paru construite aussi avec les débris de celte porte. De la porte Montmartre le mur d'enceinte se continuait derrière le coté septentrional d(^ la rue Mauconseil, suivait la direction de cette rue et traversait la rue Française, autrefois nommée rn^ de Bourgogne, à cause de l'hôtel de ce nom, situé dans le voisinage.

Presque à l'angle septentrional formé par les rues Mauconseil et Saint- Denis, était une porte de ville, appelée Porte Saint- Denis ou Porte aux Peintrea. Un cul-de-sac, situé en face de la rue Mauconseil, a conservé le nom de Porte aux Peintres. Lorscpie, dans la suite, Charles V eut fait construire sur cette rue une enceinte plus vaste et une autre porte {>lus distante du centre de Paris, elle reçut le nom de seconde porte Saint-Denis, — De la porte Aux- Peintres, le mur perçait le massif des maisons qui sont directement en face de la rue Mauconseil, enserrait l'emplacement de la rue aux Ours, traversait la rue Bourg-l'Abbé, et allait aboutir à l'angle méridional que forme la rue du (Îrenier-Saint-Lazare en détwuchant dans la rue Saint-Martin. Une porte de ville, précisément bâtie en cet endroit, n'était qu'une fausse porte ou poterne, nommée dans les titres Porte de Nicolas Huideton. De cette porte, le mur d'enceinte allait aboutir à la rue Sainte-Avoie, entre le coin de la rue de Braque et l'hôtel de Mesmes, occupé depuis par l'administration des contributions indirectes; traversait rem[)lacement, les bâtiments et les jardins de cet hôtel et tombait dans la rue du Chaume, à l'angle que forme avec cette rue celle de Paradis. Là était ime porte appelée Porte de Braque, parce qu'anciennement la rue du Chaume était ainsi nommée. On la nommait aussi Porte neuve ou mieux Poterne neuve. On est autorisé à croire que cette porte ne fut pratiquée dans le mur d'enceinte qu'environ un siècle après, sous le règne de Philippe-le-l5el.De la ruedu Chaume et de cette porte, le mur d'enceinte suivait à peu près la direction de la rue de l^aradis, et joignait la vieille rue du Temple entre les rues des rrancs-Uourgeois et des Rosiers, rentre ces deux rues et sur celle du Temple, se trouvait une entrée nommée Porte ou plutôt Poterne Barf)et/r , à cause de l'hôtel Barbette, situé dans le voisinage. De cette porte, et sans interi'ui)tion, le mur, décrivant une courbe un peu sensd)le, traversait les emplacements qui se trouvent entre la vieille rue du Temple et la rue Culture-SainleCatherine, et aboutissait presque à l'extrémité méridionale de cette dernière rue, en face de l'église Sainte-Catherine-du-Val-des-

Écoliers, aujourd'hui transformée en marché public. Près de là, et sur la rue Saint- Antoine, était une porte, appelée Porte Baudet ou Baudoyer, qui, aux quatorzième et quinzième siècles , servait de point de réunion aux oisifs de ces quartiers.

De la porte Baudoyer le mur d'enceinte traversait l'emplacement de l'église paroissiale Saint-Louis et Saint-Paul, et du collège Charlemagne. Puis il passait à travers l'enclos du couvent de YAve-Maria, où existait encore, du temps de Sauvai, une tour qui servait de chauffoir aux religieuses; traversait l'emplacement de la rue des Barrez, ou l'on perça, dans la suite, une petite porte appelée /«W5.çe poterne Saint -Paul, et aboutissait à la rive droite de la Seine. Là, entre les rues de l'Étoile et Saint-Paul, vers le milieu du massif de bâtiments qui sépare le quai des Ormes du quai des Célestins, s'élevait une tournelle ou fortification, où fut pratiquée une porte nommée Porte Barbette ou Barhéelsur-Vyeau. Cette fortification terminait à l'est de Paris l'enceinte de la partie septentrionale de cette ville.

Je passe à l'enceinte de la partie méridionale, dont les travaux commencèrent vers l'an 1208. En face de la Tour qui fait le coin dont j'ai parlé, tour située près le Louvre sur la rive droite de la Seine, et à l'endroit même du pavillon oriental du collège Mazarin, qui contient la bibliothèque Mazarine, s'élevait une haute tour correspondant avec la première. Cette tour, appelée d'abord tournelle de Philippe- Amelin , reçut ensuite le nom de Nesle. Du temps de Philippe-Auguste, elle était une fortification, mais non une porte de ville; il y en eut une, dans la suite, nommée Porte de Nesle. C'était le point où commençait, du côté de l'ouest, l'enceinte méridionale. De la tour de Nesle, le mur d'enceinte, laissant en dehors l'emplacement de la rue Mazarine et du collège Mazarin, en suivait la direction jusqu'au point où le côté oriental de cette rue cesse d'être en alignement, traversait l'emplacement de la rue Dauphine, suivait la ligne de la rue Contrescarpe, et aboutissait à la rue Saint-André-des-Ars. Là se trouvait une porte, dite dans la suite Porte de Buci.

Cette porte, que l'on commençait à construire en 1209, fut, en cette année, donnée par le roi aux religieux de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à la charge par eux de la couvrir de mérain et de tuile, quand elle sera construite, afin de les dédommager des terres qu'il avait fallu prendre à ces religieux pour la construction de l'enceinte. Dans l'acte de cession, ce roi nomme cette porte Poterne de nos înurs. En 1550, ces religieux la vendirent à Simon de Buci, premier président au parlement. Depuis elle reçut le nom de Buci, qu'elle a conservé longtemps, et que porte encore une rue voisine.

De cette porte le mur d'enceinte, laissant en dehors la Cour du Commerce, se dirigeait, parallèlement à sa ligne, entre ce passage et l'hôtel de Tours, et aboutissait rue des Cordeliers , aujourd'hui de l'École de Médecine, à l'endroit de cette rue où se voit encore l'ancienne fontaine dite Fontaine des Cordeliers , près de laquelle était une porte appelée Porte des Cor délies ou des Cordeliers, porte des frères Mineurs, à cause du couvent des Cordeliers, situé dans le voisinage; et ensuite porte Saint-Germain, nom qu'elle a conservé jusqu'à l'époqu(' (le sa drinolition. Vu parlant de cette porte, le mur d'enceinte, traversant

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les rues (le Touraiiio, de l'Observance, se prolonj^eail en dmile ligne, entre la rue (les Fossés-Monsieur-le-Pi'inc(î et l'enclos du couvent des Cordeliers, puis aboutissait à la place Saint- Michel et k l'extrémité supérieure de la ruo de la Harpe. A l'endroit même où cette rue débouche dans cette place, et où se voit la fontaine qui la décore, était une porte de ville qui a reçu différents noms : ceux de porte (Ubcrt ou Gibard, nom que portaient la place Saint-Michel et un pressoir situé rue d'Enfer. Dans les Gestes des évoques d'Auxerre, on lit : Porte (l Enfer, anciennement nommée de Fert; Porta inferni, quœ antiqiiitUs solebat nominari de Ferto, En 1394, Charles VI donna, dit-on, à cette porte le nom de Saint-Michel, en mémoire de la lille qu'il eut d'Isabeau de Bavière, fille appelée Michclle. — De la porte Saint-Michel, le mur d'enceinte longeait l'enclos du couvent des Jacobins. On voit encore, sur l'ancien emplacement de ce couvent et sur celui des propriétés voisines, une grande partie de ce mur qui allait aboutir à la rue Saint-Jacques. Vers le milieu de l'espace qui se trouve entre les rues Soulllot et des Fossés-Saint-Jacques, était une porte appelée de Saint- Jacques y parce qu'une chapelle ainsi nommée, située sur l'emplacement du couvent des Jacobins, domia son nom à la rue, à ce couvent et à la porte. On l'appela aussi Porte de ISolre-Dame-des-ChampSy parce qu'on y passait pour aller au faubourg et au monastère de ce nom. — De cette porte, le mur d'enceinte se prolongeait sur les emplacements qui sont au nord, et à environ dix toises du côté septentrional des rues des Fossés-Saint-Jacques, de l'Estrapade, et, ayant enserré la maison, l'église et les jardins de Sainte-Geneviève, aboutissait à la rue Bordet, près de celle de Fourci. — De la porte Bordet, le mur d'enceinte suivait la direction de la rue des Fossés- Saint-Victor. Dans les cours de quelques maisons de cette rue, on voit ce mur bien conservé. 11 traversait l'enclos du collège de Navarre, aujourd'hui École Polytechnique, et s'étendait jusqu'à la rue Saint- Victor, où était une porte de ville appelée Porte Saint- Victor, à cause de sa proximité de l'abbaye de ce nom.

CependanI, il ne faut pas croire que les parties existantes de ce mur fussent toutes du temps de Philippe-Auguste; plusieurs de ces parties ont, à différentes époques, été reconstruites depuis le règne de ce prince. La porte Saint- Victor était précisément située entre les extrémités inférieures des rues des Fossés-Saint-Victor et d'Arras. De la porte Saint-Victor, le mur traversait l'emplacement du séminaire des Bons-Enfants, depuis nommé de Saint-Firmin, ceux de divers chantiers, et s'étendait en droite ligne jusqu'au bord de la Seine, dans une direction parallèle à celle de la rue des Fossés-Saint-Bernard. A l'endroit où le mur aboutissait à la rive de la Seine était une porte et fortification, a[)|)elée la Toxirnelle, qui terminait le mur d'enceinte de la partie méridionale de Paris. La forteresse de la Tournelle se trouvait directement en face de celle de liarbclle sur l'eau, située sur la rive opposée. Entre ces deux points était un large intervalle (pii se composait de deux bras de la Seine et de l'île dite aujourd'hui de Saint-Louis.

Suivant un devis tiré d'un registre de Philippe- Auguste, l'enceinte méridionale, ou, comme le porte ce devis, le mur, du coté du Petit-Pont, avait douze cent soixante toises d'étendue. Chaque toise fut payée à raison de cent

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sous, y compris les tourelles, dont l'épaisseur devait être pareille à celle du vieux mur bâti dans la partie du Grand-Pont, c'est-à-dire dans la partie septentrionale.

Ainsi, dans l'enceinte entière, on comptait treize portes ou poternes; la muraille, couronnée de créneaux, fortifiée, à peu près de vingt en vingt toises, de tours rondes engagées dans le mur, n'était, dans son origine, défendue par aucun fossé. Plus de trente années furent employées à sa construction : la partie septentrionale, commencée en 1190, ne fut achevée, à ce qu'il paraît, qu'après dix-huit ans; la partie méridionale, commencée en l'an 1208, dut coûter au moins quinze années de travaux. Quoique ce roi n'eût point fait construire à ses frais l'enceinte de Paris, en vertu de sa royauté il s'en appropria les murs et leurs dépendances, qui, dans divers titres, sont qualifiés de murs du roi . ainsi il accrut les revenus de son fisc en soumettant aux perceptions des entrées un plus grand nombre d'habitants. 11 ne borna pas là ses envahissements : il se prélendit seigneur de tous les terrains contenus entre les murs d'enceinte. Cette prétention fut une source d'altercations entre ce roi et les seigneurs de Paris, tous seigneurs ecclésiastiques, et par conséquent peu disposés à céder la moindre partie de leurs droits, de leurs revenus sacrés : les débats qui s'élevèrent à ce sujet durèrent au delà du règne de Philippe-Auguste.

I/espace compris entre les murs d'enceinte se composait en grande partie de champs en culture, de vignes, de prés et d'enclos.

Sous le règne de Louis VUl, Paris et ses environs éprouvèrent une extrême famine et d'affreuses tempêtes. En décembre 1206, la Seine déborda extraordinairement et causa de grands ravages dans cette ville. Henri, abbé de Saint- Denis, accompagné d'une procession composée de prêtres et de laïques qui marchaient les pieds nus, vint au secours de la ville : il portait le saint clou, la sainle couronne et le très-saint bois, dit Uigord : il donna sa bénédiction à la Seine, qui depuis diminua sensiblement.

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