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PARIS SOUS PHILIPPE IV, DIT LE BEL

Le 6 octobre 1285, Philippe-Ie-Bel succède à Philippe III, dit le Hardt\ son père. La nature avait doué ce prince d'un caractère éminemment énergique; Il n'eut ni la bigoterie ni la droiture de son aïeul saint Louis; il eut plus de génie, plus de lumières et autant d'ambition et d'activité que Philippe-Auguste. II porta des coups violents à la féodalité, fit des ordonnances contre les guerres privées des seigneurs et contre les duels judiciaires, diminua considérablement les cas où ces coutumes barbares pouvaient être autorisées; il fit plus: il sut faire exécuter ses lois. Il donna une organisation nouvelle et meilleure aux diverses administrations de ses États. En affaiblissant le pouvoir des nobles, il fortifia son gouvernement, lui imprima le caractère monarchique qu'il n'avait guère avant son règne; mais, pendant trois fois consécutives, à l'exemple de ses aïeux, il altéra, les monnaies : ce qui lui valut le surnom de Faux-Monnayeur. Cette iniquité causa divers désordres à Paris. Les bourgeois riches ne voulaient point recevoir, pour sa valeur nominale, cette monnaie affaiblie, ni la recevoir pour les loyers de maisons ; le peuple s'en plaignait, s'irritait. En 1306, il se porta chez un bourgeois, appelé Etienne Barbette, brûla, détruisit sa maison de plaisance, appelée Courtillc-Bdrbette, en arracha les arbres du jardin ; puis il assaillit l'hôtel dudit Barbette, situé dans la rue Saint-Martin, et le dévasta. Le roi s'étant, pendant cette insurrection, réfugié au Temple avec ses barons, le peuple l'y assiégea. Le calme s'étant rétabli, ce prince , premier auteur de cette émeute, fit pendre vingt-huit hommes avx qucitre entrées de Paris, Le 29 novembre 13Li, Philippe-le-Bel mourut, à Fontainebleau, d'une chute de cheval. Voici les institutions qui eurent lieu à Paris sous son règne. couDELfÈREs DU lAUBOUuG SAiNï-MAucEL. Ce couvcnt, situé luc de rOurcine, ir' 95, fut fondé ])ar Marguerite de Provence, qui, vers l'an 1284, donna sa maison à ces cordelières. Ces religieuses conservaient le manteau royal de saint Louis, et se déterminèrent, au dix-huitième siècle, à le dépecer pour le convertir en un ornement d'autel. Aujourd'hui, les bâtiments de cette communauté sont en partie démolis, et ce qui en reste est employé à une blanchisserie et à une manufacture de laine.

CARMES RILLETTES, situés ruc dcs Billcttes, ir» 16 et 18. Voici le motif de l'établissement de ce couvent. En 1290, une femme de Paris avait, pour la somme de trente-sous, mis quelques vêtements en gage chez un Juif appelé Jonathas. Elle vint lui demander ces vêtements pour les porter le jour de Pâques, en lui promettant de les lui rendre ensuite ; le Juif alors lui répondit que, si elle voulait lui apporter le pain de l'euchaiislie, il lui rendrait son gage sans argent. La femme y consentit; elle reçoit le jour de Pâques Thostie consacrée, et la porte au Juif. Celui-ci, à coups de canif, perce cette hostie; il en voit sans effroi couler le ,sang en abondance; puis il prend un clou et renfonce à coups de marteau dans

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l'hostio. Il la jolie au IVii, elle voIli};e au-dessus des (lanuncs; il la jilonge dans unocliaudièiT d'eau houillaïUe, qu'elle rougit de sou sang, elle n'en re(;oit aucun dommage, (les prodiges n'épouvantent pas Jouai lias. Le lils de ce .lu il', témoin de ces actes étranges, voyant des chrétiens aller à la messe, leur dit : (^cst en vnin que vous allez adorer roire Dieu , won père Ca l/uê. Une voisine, sous piétexte de demander du reu,pénèlre dans la maison de Jonalhas, qui ne s'oppose pointa ce (pTelIe soit témoin de ses horribles sacrilèges, il lui laisse, sans dillieulté, recueillir l'hostie dans sa robe : elle la place ensuite dans un vase de bois, et la porte au curé de Saint-Jean-en-Grève, auquel elle raconte ce qu'elle a vu. L'évéque de Paris fait arrêter .lonathas (jui avoue, dit-on, le l'ait, (-e prélat veut le convertir : le Juif s'y refuse; il est bridé vif.

Un bourgeois de Paris, nommé Rainier Flamming, lit construire, en 1294, sur une partie de la propriété de ce Juif, une chapelle qu'on nomma la maison (les miracles, et Guy de Joinville y fonda un monastère que Phili[)pe-le-Bel, en 1299, agrandit, en accordant à ce fondateur la totalité de la propriété de Jonathas, et de plus quelques maisons voisines. Ues religieux de ce nouveau monastère, qui se qualiliaient d'Hospitaliers de la maison de Noire-Pame, n'appartenaient à aucun ordre connu. Le pape, en 13i6, leur imposa la règle de saiul Augustin. Le 24 juillet 1031, on les remplaça par des carmes réformés de l'observance de Rennes. On ne sait pourquoi ce couvent et la rue où il est situé oui reçu le surnom de Billetles.

Kn 1790, le gouvernement supprima ce couvent. L'église a, vers l'an 1812, été concédée aux protestants de la confession d'Augsl)ourg. Dans les autres bâtiments monastiques sord deux écoles d'enseignement mutuel pour les jeunes gens de cette confession.

LE TEMPLE , édifice situé rue de ce nom, servait d'abord de demeure au grandprieur des Templiers, dont j'ai déjà parlé. Au treizième siècle , l'enclos du Temple s'était considérablement accru par des acquisitions de terrains, et avait été embelli de bâtiments magnifiques. Get enclos servait d'asile ordinaire aux banqueroutiers et autres personnes poursuivies pour dettes. On en nommait l'ensemble et les dépendances Ville neuve du Te^nplc. Henri III, roi d'Angleterre, lorscpi'en 125i il vint à Paris, prêtera loger au Temple qu'au palais que lui offrait saint Louis.

La tour du Temple, fameuse dans nos fastes, bâtie en 1222 par frère Huberl, trésorier des Tem[)liers, se composait d'un édifice carré, formé de très-épaisses murailles, et dont les quatre angles étaient munis de tourelles. C'est dans celte tour que les rois de France ont longtemps déposé leur trésor; là étaient aussi les archives des Templiers et celles du grand-prieuré de l'ordre des chevaliers de Malte , qui , en 1313 , leur a succédé. Le 11 août 1792, Louis \\T fut enfermé, comme chacmi sait, dans cette tour avec sa famille; depuis, cette tour servit de prison d'État, et fut démolie en 1811.

Philippe-le-Rel, après avoir aboli l'ordre des Templiers, s'empara de leur mobilier et de leur trésor. Les biens inuTieubles furent donnés à l'ordre des Hospitaliers de Sainl-Jean-de-Jérusalem, nommé depuis o?y//y' ^M Malle. Le Temple de Paris devint alors le chef-lieu du grand-prieuré'de France. Les jjrieurs y avaient

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un palais qui, après la su})pression de l'ordre de Malte, devint national. Ce palais fut, dans les années 1812 et 1813, considérablement embelli pour servir au ministère des cultes; mais les événements de l'an 1814 ont fait changer la destination de cet édifice; il a été occupé par madame la princesse deCondé, ancienne abbesse de Rémi remont, et par les dames de son ordre. Les murs fort élevés de l'enclos du Temple furent, en 1802, presque entièrement démolis.

ILE LOUviEii, située en face de l'Arsenal, dont elle n'était séparée que par la route appelée autrefois le Mail, et par un bras de la Seine assez étroit que *# l'on vient de combler. Elle a porté plusieurs noms : ceux de Vile aux Javeanx, des Meules-aux-Javeaiix , paraissent les plus anciens. Au quatorzième siècle, elle a aussi, à ce qu'il paraît, reçu le nom de Bouteclou , et alors elle était plantée d'arbres. En 1427, l'auteur du Journal de Paris, sous Charles Vï, l'appelle Vile aux OurmeliauXj, sans doute à cause des ormes qui l'ombrageaient. Son nom de Louvier lui vient de ce qu'elle a été possédée, au quinzième siècle, par une famille ainsi nommée. Elle appartenait, au dix-septième siècle, au sieur d'Entragues, dont elle porta quelquefois le nom. Ce seigneur, en 1671, la vendit à la ville. Elle servit alors de dépôt aux foins, aux fruits, aux bois de charpente; mais, peu de temps après, elle fut destinée à être un chantier de bois à brûler. On doit y bâtir deux rues.

ILE SAINT-LOUIS. Il cst pi'ouvé quc, dès le neuvième siècle, cette île appartenait à l'église cathédrale : c'est pourquoi elle a porté, jusque vers le milieu du dix-septième siècle, la dénomination d'/Vc de Notre-Dame. Pour compléter les fortifications de Paris, au treizième siècle on ouvrit , dans la largeur de cette île, un retranchement qui la divisa en deux parties. La partie orientale fut nommée Ile aux Vaches, l'autre reçut le nom d'//e Tranchée; mais l'ensemble de l'île porta toujours celui de Notre-Dame. En 1640,1e roi en fit l'acquisition. Aux quatorzième et quinzième siècles, elle était inhabitée et servait à des jeux et au blanchissage des toiles. Ce ne fut qu'après 1614 que l'on commença à y bâtir.

ILE DE LA ciTK , dite aussi quelquefois lie du Palais. Vers la fin du règne de Henri III, lorsqu'on commença à construire le Pont-Neuf, cette île fut agrandie à son extrémité occidentale, par l'adjonction de deux îles qui s'y trouvaient, et dont je parlerai. Elle reçut aussi de l'accroissement à son extrémité orientale, par sa réunion à un vaste amoncellement de gravois appelé la Motte-aux-Papelards, ou le Terrain, sur lequel a depuis été bâti le quai Catinat, achevé en 1813. On y comptait, avant la révolution, vingt églises ou chapelles.

l'île aux juifs. Elle a porté dilTérents noms; on l'a nommée lie aux Vaches, parce que les Parisiens, moyennant une contribution payée à l'abbaye Saint- Cermain-des-Prés, y faisaient paître leurs vaches; l'abbé et les moines de cette abbaye en étaient seigneurs. Il est dilFicile de lui assigner tous les noms (pi'elle a reçus sans craindre de les confondre avec ceux d'une île voisine pareillement inhabitée, et à laiiuelle, lors de la construction du Pont-Neuf, elle a été réunie. L'Ile aux Juifs avoisinait le jardin du Palais et le couvent ou le quai y des Augustins. C'est dans cette île que furent hrùlés vifs Jacques Molay, grandmaître des Templiers, et Cuy, commandeur de Normandie. Bientôt après, l'abbé

sous PII Ml PIM. IV DIT LK HKI. 1<i:j

do Sainl-(icrinaiM-des-Piés, se plaigiiil au loi de ccî (juc, par ccKc exécution, il avait attenté aux droits de sa seigueuiie. Philipi)e-Ie-Hel , dans sa réponse, déclara qu'il n'avait pas eu celle intention. — dette île paraît t>lre celle qu'on nommait Ile à lu Viourdaiiie, mot qui signille le bac ou bachot dont on se servait pour y aborder.

IKK DE Buci. Une île moins grande que celle dont je viens de i)ai'ler, située au nord de rile-aux-Juils, en était séparée par un canal élroil. (le nom lui lut doimé à cause du moulin de Buci , situé auprès de celte île. Klle devait occuper une partie de re;îiplacement du (|uai de l'Horloge et de la place Dauphine. Cette île, que je nomme avec hésitation iiussi ou Byci, pourrait aussi avoir été appelée V/le-au- Bureau, parce qu'une de ces deux îles appartenait, en 1642, à Hugues Bureau. Elle a porté encore, à ce que je conjecture, le nom de VIle-aux-Treilles,

CHAPELLE ET HOPITAL DES UAUDRiETTES, situés quartier de l'Hôtel-de-Ville rue des Haudriettes, n"1 , fondée par Etienne Haudri , panetier du roi. Uiie charte du mois d'avril 1306 est le plus ancien et le plus certain monument que l'on connaisse sur ces établissements. Etienne Haudri y avait fondé un chapelain, ses fds en fondèrent trois autres. On voit dans une bulle de Clément VH, de 1386, que l'hôpital contenait trente-deux veuves, qui sont nommées ^ow/^r.v *^ femmes de la chapelle d' h tienne Haudri. Cet hôpital fut administré par des femmes qualinées, dans des statuts de 1414, déférâmes hospitalières, et présidées par une maîtresse. Au commencement du dix-septième siècle, il n'existait déjà plus d'hôpital. Ce n'était qu'un simple couvent, dont les religieuses furent, en 1623, transférées dans celui de l'Assomption, rue Saint-Honoré.

COLLEGES. Pendant cette période, on fonda plusieurs collèges; nous citerons d'abord celui des Cholets situé dans la rue SaintSymphorien-des-Vignes, qui depuis a pris le nom des Cholets, et celui du cardinal Lemoine, qui était placé rue Saint-Victor, n" 76. Le 3 janvier de chaque année, on y célébrait une fête nommée Ut solennité du cardinal Lemoine, dont voici quelques détails : Un l'ami- Jier de ce collège jouai le personnage du cardinal : vêtu des habits de sa dignité, il le représentait à l'église et à table, et recevait gravement lea hommages , les compliments en vers et en piose, que venaient humblement lui adresser les écoliers de cette maison. Pendant la messe on voyait flgurer les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui exécutaient des morceaux de musique en l'honneur du cardinal, et s'acquittaient d'un tribut de reconnaissance pour les bienfaits que leur théâtre avait reçus des personnes de la famille de ce prélat, qui possédaient, dans la salle de ces comédiens, une loge longtemps nommée loye du cardinal Lemoine.

Le collège de Navarre rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, mérite aussi d'être mentionné. Le roi en était le premier boursier, et le revenu de sa bourse était alfecté à acheter les verges destinées à la correction des écoliers. Les bâtiments de ce collège logent actuellement l'École Polytechnique. Nous devons enfin indi(iuer le collège de Bayeux, rue de la Harpe, n" 93, et celui de Laon et de Pres^ /-".s, rue de la Montagne-Sainte-Ceneviève, n*» 22. j^

PARLEMENT. Au Commencement de la troisième race, les rois avaient des

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conseils, composés de barons et d'évèques, où se traitaient les grands intérêts de l'État. On commença, à la fin du douzième siècle, à donner à ces assemblées extraordinaires le nom de parlement. Les matières contentieuses s'accrurent au treizième siècle à la cour de France. II fallut des juges pour vider les procès toujours plus nombreux : les ofTiciers dci conseil du roi ne pouvaient y suffire; on en augmenta le nombre. Alors ce conseil suprême, à la fois politique, administratif et judiciaire, continua à porter le nom ùo^ parlement. Ce parlement ne s'assemblait point à des époques fixes : on le convoquait au besoin. Pour la première fois, en 1291 , il commence à obtenir une organisation. Pbilippe-le-Bel, en cette année, ordonne que quelques membres de son conseil écouteront les requêtes, que d'autres les expédieront, et donneront leur décision ; que quelques autres liront les enquêtes, et en feront leur rapport ; et que les enquêteurs ne viendront à la chambre des plaùls que lorsqu'ils y seront mandés. En 1302, le même roi ordonne qu'il sera tenu à Paris deux parlements par année, c'est-à-dire deux sessions, l'une après l'octave de Pâques, et l'autre après celle de la Toussaint; et que chacune de ces sessions durera deux mois. Une autre ordonnance de Philippe-le-Bel, de l'an 1304, porte que le parlement sera composé de deux prélats, de deux seigneurs laïques, de treize clercs et de treize laïques; que la chambre des enquêtes aura cinq personnes, et celle des requêtes dix, dont cinq pour la langue d'oc, et cinq pour la langue d'oil ou la ngue j'ra n çais e .

Dans les premiers temps où le parlement fut organisé et sédentaire, c'est-àdire dans les quatorzième et quinzième siècles, ses jugements, dictés par le caprice et l'arbitraire, étaient des plus cruels et disproportionnés avec les crimes et les délits. Les coupables de meurtres, de mutilations subissaient une peine moindre que celle qu'on infligeait aux voleurs. Ceux-ci, traînés à la queue d'un cheval jusqu'à la potence, y perdaient la vie par la strangulation. On condamnait les meurtriers à des amendes, à des fondations de chapelles, à des pèlerinages, à l'exil, etc. Vers l'an 1316, le parlement fut permanent. Le nombre des chambres de cette cour s'accrut, ainsi que celui des membres qui les composaient. Voici les noms et les attributions de ces chambres : La Grand' Chambre du par lementétait, dans les derniers temps de son existence, composée d'un premier président et de neuf présidents « mortier (espèce de toque de velours noir, bordée d'un galon d'or, qui les distinguait des conseillers), de vingt-cinq conseillers-laïques et de douze conseillers-clercs ou prêtres. Il s'y trouvait en outre un nombre indéterminé de présidents et de conseillers honoraires, c'està-dire inutiles. La Chambre de la Tournelle était destinée aux jugements des affaires criminelles : on comptait, de plus, trois Chambres des Enquêtes et une Chambres des Requêtes.

Le parlement de Paris se (pialifiait de covr souveraine et capitale du royaume. Cette cour a eu pendant longtemps la haute police sur les habitants de son vaste arrondissement. Elle jouissait du droit de sanctionner, par ses enregistrements, les ordonnances, édits, lettres, etc., des rois ; de faire dos remontrances sur ces ordonnances, et même de refuser de les enregistrer : ce qui leur otait force de loi. Ce droit fut surtout exercé depuis l'établissement de la vénafité des

soi's piiimpim: iv m r i.k hKL. ii)5

charges. Sous François !•', les membres du parlement étant, dès lors, propriétaires de leurs ollices, et cessant d'être olliciers à gages, se montrèrent plus indépendants dans leurs décisions, et devinrent, dans l'Ftat, un pouvoir politique qui balança souvent celui du monarque. Ces deux pouvoirs, dans l'action de l'un sur l'autre, n'étaient point séparés par des limites certaines et solidement fixées. 11 en résultait des luttes Irétpientes. Lorsipie le relus d'em*egistrer paralysait les actes despoticpies du roi ou de ses ministres, le monarque, 'contrarié, employait les moyens extrêmes desjw.v.s/ow.ç, des ///.s de justice, des exils; et, comme la résistance du parlement avait souvent des motifs d'intérêt public, il résultait que l'odieux des lois tyranniques, dont le parlement refusait l'enregistrement, retombait sur la cour du roi, et (lue la gloire attachée aux actions courageuses, ainsi qu'à l'intérêt qu'inspirent les persécutés, était le partage du parlement. Les membres du parlement, du reste, se montraient autrefois fort intéressés. Lorsque les rois, toujours nécessiteux, ne pouvaient payer leurs gages, ces membres suspendaient le cours de la justice, et fermaient leur audience.

En 1771, Louis XV, ou plutôt le chancelier Maupeou parvint à supprimer tous les parlements, et à leur substituer des conseils supérieurs; mais Louis XVI les rétablit avec quelques modifications. Ce corps de magistrats fut dissous en 1790. — Depuis que le parlement était devenu permanent, il avait siégé constamment dans le palais des rois, qu'on nomme aujourd'hui le Palais de Justice,

PALAIS DE JUSTICE. Je ne reviendrai pas sur l'origine et les accroissements de ce palais; j'en ai déjà parlé : je me bornerai à dire qu'habité par les rois de la ^ première race, il ne le fut point par ceux de la seconde, et que les douze premiers rois de la troisième y résidèrent. Le roi Robert le fit rebâtir. Quelquesuns de ses successeurs l'agrandirent , et saint Louis fut de ce nombre. On attribue à ce roi les salles basses , situées au-dessous de la grande salle du Palais, dite des Pas-Perdus ^ salles basses dont l'une porte encore le nom de Cuisine de saint Louis; à l'étage supérieur, la grand'chambre, qui sert aujourd'hui à la cour de cassation , a longtemps porté le nom de Chambre de saint Louis. Ces traditions sont presque des preuves. Philippe-le-Bel fit exécuter dans l'intérieur de ce palais, des travaux considérables, qui ne furent terminés qu'en i3i3. Quoique quelques-uns des successeurs de ce roi aient habité le château du Louvre, alors situé hors de Paris, le palais de la Cité fut encore la résidence la plus ordinaire de ses princes. Charles V y résida longtemps, et ce ne fut qu'en Li31 que Charles Vil l'abandonna entièrement au parlement.

On y voyait, comme dans tous les anciens châteaux ou palais des hauts barons, une vaste salle qui servait à la réception des hommages des vassaux, aux audiences des ambassadeurs, aux festins publics et aux noces des enfants des rois. Cette salle, simple dans sa construction et seulement couverte en charpente, était ornée des elTigies des rois de France, depuis Pharamond jusqu'à François P». On voyait, vers une des extrémités de cette salle, la fameuse Table de marbre dont la grandeur devait être considérable. Sur cette table , dans les grandes solennités , se faisaient les festins royaux; autour d'elle, s'as-

seyaient alors les personnages à tête conronnée; les princes et seigneurs mangeaient sur des tables particulières. A diverses époques de l'année , cette table servait de théâtre où les clercs du Palais, dits Clercs de la Basoche, montaient et jouaient publiquement des scènes bouffonnes ou satiriques. Autour de cette ^^^k^ table siégeaient aussi trois tribunaux, la Connélablie, l'Amirardé, Eaux et Forêts ^^ de France; tribunaux qui, malgré la destruction de la table, lors d'un événement dont je vais parler, ont conservé jusqu'en 1790 la dénomination de Table (le marbre. Dans la nuit du 5, au 6 mars 1618, le feu prit à cette salle ; favorisé par un violent vent du midi , il la consuma ainsi que plusieurs autres parties du Palais ; les statues des rois et la table de marbre furent brisées et anéanties pour jamais.

* Il fallut réparer tant de ravages et construire une salle nouvelle. Jacques de

Brosses, habile architecte, fut chargé de ce travail; il le termina en 1622. Cette salle, nommée Salle des Procureurs, puis Grand' Salle ou Salle des Pas-Perdus, sert de rendez-vous et de promenoir aux plaideurs et à tous les habitués du Palais. On y voit les entrées de plusieurs tribunaux de Paris.

Il n'existe point en France de salle plus vaste. Sa longueur est de deux cent vingt-deux pieds, et sa largeur de quatre-vingt quatre. Son intérieur est divisé en deux nefs égales, par un rang de piliers et d'arcades. Ces piliers et ces arcades contribuent à supporter les deux voûtes cintrées et en pierres de taille qui la couvrent. Elle est éclairée par de grandes fenêtres vitrées qui se trouvent aux extrémités de chaque nef, et par des œi!s-de-bœuf pratiqués sur les flancs des deux voûtes.

x\u-dessous de cette salle est un étage inférieur aussi étendu qu'elle, mais que des murs de refend divisent en plusieurs pièces. L'architecture de cet étage inférieur est gothique ; les voûtes sont en ogive avec des nervures qui en dessinent les arêtes. On y trouve une salle très-vaste, bâtie dans le même style , et plus élevée que les pièces contiguës; aux quatre angles sont quatre cheminées de grandes dimensions et remarquables par leur construction; cette salle est nommée les Cuisines de saint Louis. On voit, dans ces cuisines, un escalier par lequel on montait à la salle supérieure, sans doute pour y transporter les mets, lorsque les rois y donnaient des festins. Près de ces cuisines, un autre escalier descendait jusqu'à la rivière.- On a été obligé, dans les années 1816 et 1817, de reprendre en sous-œuvre les piliers et les voûtes de ces salles souterraines dont le sol est dix pieds plus bas que le sol du quai de l'Horloge. Cet étage inférieur se composait encore, du côté qui avoisine la Conciergerie, de huit cachots et de quatre grandes chambres, établies au-dessus , qui servaient pareillement de prison : celles-ci étaient un peu éclairées. ipl Un second incendie, arrivé le 19 janvier 1776, consuma toute la partie du

Palais qui s'étendaient depuis l'ancienne galerie des prisormiers jusqu'à la porte de la Sainte-Chapelle. Cet incendie nécessita des réparations qui devinrent très-avantageuses à l'édifice du Palais.

En 1787, toutes les constructions mesquines situées du côté de la rue de la Rarillerie disparurent, ('etlc rue fut considérablement élargie, et bordée de maisons modernes. \]n^. place demi-circulaire fut établie aux dépens de quel-

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qucs parties d'un quarlitM' sombre el malsain. Celle plaee s'ouvre devaul la cour de la nouvelle façade du Palais.

Cette laçade et autres constiuelion accessoires ont été exécutées par MM. Moreau, Desmaisons, Couture et Antoine, (piatre membres de rAcadémie d'architecture. Une grille en fer précède la cour et occupe toute sa longueur : elle l)résente trois grandes portes à double ballant; celle du milieu , ordinairement fermée, avait pour principal amortissement un globe doré d'une grande proportion et accompagné de guirlandes, ('et amortissement a disparu depuis quel- (pies années. Cette vaste grille est plus remarquable par ses détails et sa richesse que par le goiU de ses formes.

Au centre de la façade s'avance un vaste escalier. La première rampe a 60 pieds de largeur. Cet escalier mène à une première galerie où Ton entre [lar trois portiques. Des deux cotés et au bas de cet escalier, sont deux larges arcades : l'une mène à l'audience du tribunal de ï)olice municipale; par l'autre, on arrive à la Conciergerie, maison de justice du département, bâtie sur l'eml>lacement de l'ancien jardin des rois, nommé Préan du Pahm.

Le milieu de la façade présente un avant-corps orné de quatre colonnes doriques. Au-dessus de l'entablement règne une balustrade ; et sur quatre de ses piédestaux sont posées quatre statues allégoriques : la Force, l'Abondance, la Justice et la l^rudence. Elles s'élèvent à l'aplomb des quatre colonnes, et se dessinent sur un fond lisse de maçonnerie qui supporte un dôme quadrangulaire. Les deux ailes de bâtiment qui, partant de cette façade, forment les deux côtés de la cour semblent étrangères au reste de l'édifice.

Le Palais, considéré dans son ensemble, présente des parties qui portent les diverses empreintes de l'architecture des siècles où elles furent bâties. Sur le quai de IHorloge, deux grosses tours rondes, voisines l'une de l'autre, terminées par une toiture en forme conique, paraissent appartenir au treizième siècle, ainsi qu'une troisième tour qui n'en est pas éloignée, mais dont les dimensions sont moins fortes. Les pieds de ces trois tours, avant la construction ^ du quai de l'Horloge, étaient baignés par les eaux de la Seine.

La tour carrée de l'Horloge, qui s'élève à l'angle du Palais formé par la rencontre du quai et de la rue de la Barillerie, décèle le genre d'architecture du seizième siècle. L'horloge qu'elle contient est la première de cette dimension qu'on ait vue à Paris : elle fut fabriquée en 1370, par un Allemand, nonmjé ,. Henri de Vie, que Charles V fit venir en celle ville. Le cadran fui refait et doré sous Henri IIL La lanterne de cette tour contenait une cloche appelée foesin : elle jouissait de la prérogative de n'être mise en branle que dans de rares occasions, lors de la naissance ou de la mort des rois et de leurs fils aînés. Cependant on lui fit enfreindre celle loi pour devernr rinslrument d'un des plus horribles attentats (|ue la lyrainiie et le fanatisme puissent commettre : elle fut une des deux cloches de Paris qui, dans la nuit du -ii août L572, donnèrent le . signal des massacres de la Saiiit-Barthélemi; c'est pour celte cause, dil-on, qu'elle a été détruite pendant la révolution. 4t

Le mur du Palais, contigu à celte tour, et qui fait face au Marché-aux-FIeurs,

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est décoré de deux ligures synjboliques de grande proportion représentant la Justice et la Force; elles sont l'ouvrage du célèbre Germain Pilon.

AUTRES couus DE JUSTiCK. La C OU/' des .4 /(/<?*-, avant la révolution, occupait la salle qui sert aujourd'hui au Tribunal d'appel ou Cour royale. On y arrive par un escalier situé en face de la principale entrée du Palais. Dans la cage de cet escalier est une niche contenant une statue de la Loi , qui tient d'une main un sceptre, et de l'autre un livre ouvert, où sont écrits ces mots : Ï7i legi- Inis salus. Quelques autres cours ont leur entrée dans la grand'salle. La plus considérable est la Cour de cassation; elle occupe le local de l'ancienne grand'chambre, qu'on nommait Chambre de saint Louis. Sur la porte d'entrée est un vaste bas-relief qui représente une figure de la Justice entre deux lions. L'intérieur de cette salle, réparé, décoré et doré sous le règne de Louis XII, le fut de nouveau, en 1722, sur les dessins de Germain BolTrand. Sur la cheminée, un bas-relief représentait Louis XIV entre la Vérité et la Justice, par Goustou le jeune : au-dessus du siège on voyait un crucifix peint par Albert Durer. La troisième salle des Etiquetes, qui a servi à la Cour prévôtale, sert à la septième chambre du tribunal de j)venii(>re instance] son plafond, décoré de peintures par Vouet, représente le Jugement dernier.

Le parlement, après deux mois de vacances, faisait chaque année, le lendemain de la fête de saint Martin, une rentrée solennelle. Dans la grand'salle était alors disposé un autel, dédié à saint Nicolas, où l'on célébrait la messe du Saint- Esprit, dite aussi la Messe rouge, parce que les présidents et conseillers y assistaient en robes de cette couleur. MM. les gens du roi recevaient les serments des avocats et des procureurs. Les présidents et les conseillers, dans cette cérémonie, se saluaient réciproquement, non à la manière des hommes, mais comme le font encore quelques femmes, en fléchissant et écartant les genoux. On a rétabli, depuis 1815, le vieil usage de la Messe rouge, mais non celui des révérences féminines. Depuis 1830, il n'est resté de tout cela que les mercuriales ou discours de rentrée.

CHAMBRE DES COMPTES. Elle était située hôtel de la Préfecture de police, dans l'enclos du Palais, à l'occident de la Sainte-Ghapelle. Les gens des comptes n'avaient point, dans l'origine, de siège fixe, ni de résidence à Paris; ils suivaient la cour du roi, recevaient, écoutaient et corrigeaient tous les comptes, tant ordinaires qu'extraordinaires, les signaient comme notaires, et les scellaient du grand sceau du roi. On ignore l'époque précise où les gens des comptes devinrent une compagnie fixe, eurent des bâtiments consacrés à leurs opérations. Ils furent, dit l'abbé Lebeuf, établis par saint Louis et rétablis par Philippe-le-Bel, à peu près dans le môme temps qu'il rendit le parlement sédentaire, c'est-à-dire vers l'an 1302. Philippe-le-Long, en 1320, et Gharles-le Bel en 1323, réglèrent le travail et les attributions de cette chambre.

D'abord considérée comme faisant partie du parlement, elle en fut distraite dans la suite, et on l'érigea en cour spéciale dont les jugemeiits étaient en dernier ressort. Elle était alors composée de deux présidents, l'un clerc et l'autre laïque, et de cinq maîtres, dont trois clercs et deux laïques. Ges maîtres

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