‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 24 sur 96 · PAKIS SOUS LOUIS IX, DIT SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

PAKIS SOUS LOUIS IX, DIT SAINT LOUIS

Le 8 novembre 1226, Louis IX, à l'âge de douze ans, succéda à son père Louis Vlll. Blanche de Castille, sa mère, fut régente pendant sa minorité. Cette femme était belle, impérieuse, et douée d'un caractère très-énergique qui dégénérait quelquefois en tyrannie ou en méchanceté. Elle ne pouvait souffrir que le roi, son (ils, vît, pendant le jour, sa femme Marguerite de Provence. Cette contrariété détermina ces jeunes époux à user souvent de stratagèmes pour se réunir à l'insu de la reine-mère.

Louis IX fut le premier roi de la troisième race qui montra dans sa conduite des mœurs régulières et des principes de justice et de probité. Il sentit les vices du gouvernement féodal, et voulut en abolir les plus odieuses coutumes, telles que les combats judiciaires et autres; mais s'il n'eut pas assez de force pour faire ce bien, il eut la gloire de le proposer. Ses lois, connues sous le titre d'efahlissement, malgré les déplorables concessions qu'elles font aux usages désordonnés du siècle, tendent constiîmment vers un meilleur état de choses. Son courage égalait sa moralité. 11 aurait mérité d'être proclamé le meilleur des rois, si la barbarie des institutions et celle des mœurs et des habitudes de son temps n'eussent rétréci ses conceptions, contrarié ses projets louables, et s'il eût eu d'autres instituteurs que des moines. Ils en firent un superstitieux, un fanatique; ils en firent presque un moine, et parvinrent à lui inspirer la plus aveugle confiance. ^jfÊ^

Ce roi ne fut heureux dans presque aucune de ses entreprises; ses lois furent sans force contre les habitudes féodales; celles qu'il fit pour la réforme des mœurs n'eurent qu'une exécution transitoire : il voulut faire des hommes pieux,

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il lit des hypocrites. Ses deux expéditions de croisades, toutes deux malheureuses, toutes deux funestes à son pays et à lui-même, si elles offrent des témoi- {];nages éclatants de sa persévérance et de son courage, donnent aussi le droit de lui reprocher d'être venu, deux fois de suite, échouer sur le même écueil. Ses ordonnances contre les Juifs, contre les hlasphémateurs, sont celles d'un tyran, d'un fanaticpje. — Il fonda un très-grand nomhre de monastères; son règne fut rage d'or des communautés religieuses; mais la plupart de ces pieuses fondations contrihuèrent plus au scandale qu'à l'édilication puhlique. Paris eut une honne part à ce genre de libéralité. On doit aussi à ce roi quelques institutions utiles. Aucun de ses prédécesseurs n'avait donné autant d'exemples de sollicitude pour les pauvres. 11 érigea divers hôpitaux, et augmenta les biens de plusieurs autres. Voici la notice des établissements faits dans Paris pendant le cours de son règne.

SAiNTE-CATHERiNE-DU-VAL-DES-ÉcoLiERs, uiaisou religieuse située rue Saint- Antoine, sur l'emplacement du marché actuel de Sainte-Catherine. CqHq institution a deux causes coïncidentes. La première se trouve exposée dans les inscriptions suivantes, qui se lisaient sur l'ancien portail de l'église de cette maison : A la prière des sergents d'armes , monsieur saint Loys fonda cesie église ^ et y mist la première pierre. Ce fitst pour la joie de la viltoire quijust au pont de Bovines f l'an 1214. — Les sergents d'armes pour le temps gardoient ledit pont, et muèrent que, si Dieu leur donnait vittoire, ils fonder oient une église en r honneur de madame sainte Katherine; ainsi fust-il.

La seconde cause résulte de la résolution formée, dans le même temps, par les chanoines du Valdes-Écolieis, au diocèse de Langres, d'établir une maison à Paris, pour que les jeunes gens de leur ordre pussent suivre les leçons de l'Université. Alors les sergents d'armes, pensant à accomplir leur vœu, s'accordèrent avec les chanoines du Val-des-Écoliers, et ils bâtirent l'église de Sainte- Catherine sur le terrain que ces chanoines possédaient, près de la place Baudet. Llle servit aux sergents d'armes et aux chanoines réguliers. Quoique la maison de la Culture-Sainte-Catherine, comme on la nommait, fût riche par elle-même et par les bienfaits de saint Louis, ceux qui l'habitaient n'étaient pas fiers, et ne craignaient [)as d'aller chique jour demander l'aumône dans les rues de Paris. — Cette maison, ayant cessé d'être collège, fut habitée par des prêtres dont le dérèglement était extrême. Ln 1636, elle fut réunie à la congrégation deSainte-(ieneviève. — Son portail fut élevé sur les dessins du célèbre François Mansard. Ln 1767, on transféra les chanoines réguliers de cette maison dans celle des Jésuites, rue Saint Antoine, et en 178:2 les bâtiments de Sainte-Cathel'inc furiMil démolis. Sur remplacement on a elabli un marché, ai)pelé Marché Sainte-Catherine, dont M. d'Ormesson, contrôleur-général des finances, {)osa la première pierre le li) août 178:î.

sAiNT-Nicoi.As-ni'-ciiAKDONNET, églisc i)aroissiale, située rue Saint-Victor, au coin (1(^ celUMles lU'rnardins. Une chapelle fondée en l-illO dans le clos du Cbardoiuiel, donna naissance à cette église qui, ipiin/e ans ai)rès, fut érigée en paroisse.

Ln 1656,011 enlrepril la reconstruction de l'église; les travaux, bientôt sus-

sors I.ODIS IN DIT SAINT LOIIS. 150

pendus, furent repris (mi ITOô, et achevés eu I7()îi, à Texeepliou du portail, qui est resté sans être lerniiué. L'intérieur est orné de pilastres eomposites dont les cliapiteaux n'ont qu'iui l'an^ de l'euilies d'acanthe, (M doul les socles sons revêtus en niarhre. Le cIulhu* est pavé de maihre, cl le maître-autel est surmonté d'une j;loire d'un bon elVet. Lu 1820, on replaça dans cette église les tombeaux du peintre Lebrun et de sa mère. Au mois de lévrier 1818, on y avait transporté le corps du poêle Santeuil, mort à Dijon en 1^97.

L'église de Saint-Nicolas-dudhardoimet est la première succursale de Sainl- Ltienne du-Mont, douzième arrondissement.

JACOBINS DE LA RUE SAINT-JACQUES. .l'ai parlé, daus la période précédenle, de l'origine de ce couvent de dominf'cnins on frères prcvhcurs. Saint Louis vit avec satisl'action prospérer cette nouvelle colonie de religieux mendiants, il leur donna une partie de l'amende à laquelle il avait condamné Enguerrand, seigneur de Couc;;, coupable d'avoir fait pendre trois jeunes écoliers qui s'amusaient à chasser dans ses bois : avec cette i)artie d'amende, il lit bâtir les écoles et le dortoir de ces religieux. Il leur concéda de plus l'emplacement d'un hôpital voisin et choisit pour son confesseur un des religieux de cette maison, (ieolVroi de lieaulieu, qui, suivant l'usage du temps, le fustigeait avant de l'absoudre. Os moines, fiers de la prérogative de i)rècher, de confesser et de fustiger le roi, repoussèrent avec indignation les injonctions qu'en 1253 leur til riJniversité, frappèrent les bedeaux qui venaient leur signifier un décret de la pai't de cette corporation. Le recteur el trois maîtres es arts se présentèrent «'«isuite dans le monastère des Jacobins, ils furent battus et chassés comme leurs bedeaux : de là naquit entre les jacobins et l'Université une inimitié constante, (pii, à chaque occasion, éclatait par des explosions terribles et toujours scandaleuses. Nous en parlerons à l'article / nivorsité. La fierté de ces moines ne les empêchait pas d'aller, tous les matins, solliciter à grands cris la charité des Parisiens, et demander l'aumône dans les rues.

Le poète lUitel)œuf, ([ui écrivait au treizième siècle, dans sa pièce intitulée les Ordres de Paris, nous représente i)ourtant les jacobins comme une communauté puissante et riche. < Ils disposent à la fois, dit-il, de Paris et de Home, et sont " rois et pape; ils ont acquis beaucoup de bien, car ils damnent les âmes de " ceux qui meurent sans les faire leurs exécuteurs testamentaires: ils veulent » qu'on les croie des apôtres, et ils auraient besoin d'aller à l'école... Personne 'Mi'ose dire la vérité sur leur compte, dans la crainte d'être assommé, 'tant ils se montrent haineux et vindicatifs. Il s.M'ait dangereux d'en parler -' avec ma liberté ordinaire ; jt' me borne donc à dire qu'ils sont des hommes. »

Kn 1.>()1 , on tenta d'introduire la réforme chez les jacobins; ils refusèrent de s'y soumettre. On les chassa de leur couvent; ils y revinrent bientôt armés et accomi)agnés de douze cents écoliers qu'ils avaient recrutés : ils tirent le siège de leur propre maison, « y entrèrent et y commirent de grands excès, dit " lean Danton; ils battirent leur gardien, qui là se trouva, (irands murmures

"Cl scandales lurenl poui- cette alïaire, lors à Paris Mais ils vidèrent la

" ville, et ainsi s'en allèrent les pauvres jacobins vagabonds et dispers. •>

L'église de ce couvent était ornée d un très-grand nombre de tombeaux en

iCO HISTOIIIE l)i: PARIS

marbre couverts de la figure couchée des défunts : on y voyait ceux des chefs des trois branches qui ont régné en France, de celle de Valois, d'Évreux et de Bourbon, tels que le tombeau de Charles, comte de Valois, chef de la branche de ce nom ; celui de Louis d'Évreux, et celui de Robert, sixième tîls de saint Louis. Devant le grand autel était le tombeau d'Humbert II de la Tour-du-Pin, dernier dauphin du Viennois, et dans une chapelle particulière, les tombeaux et épitaphes de la famille de Dormi. Dans le cloître fut enterré Jean de Meung, surnommé Clopinel, parce qu'il était boiteux; il est auteur d'une partie du fa meux Roman de la Rose, ouvrage qui fait très-bien connaître les mœurs, les usages et surtout les opinions des treizième et quatorzième siècles.

Dans cette église était la célèbre Confrérie du Rosaire ou du Chapelet, mode de prier inconnu aux premiers chrétiens, mis en vogue par saint Dominique, et que les Croisés imitèrent des religions de l'Orient. Les chevaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem et du Temple, ne sachant pas lire, récitaient le chapelet comme des Musulmans. Cette manière d'intercéder Dieu , en répétant toujours la même prière, était fort ancienne, puisqu'on la trouve prohibée dans le sixième chapitre de l'Évangile selon saint Matthieu.

Ce monastère a produit quelques prédicateurs plus zélés que raisonnables : il a aussi produit Jacques Clément, assassin du roi Henri III, et Edmond Bourgoing, prieur de cette maison, instigateur, apologiste de ce meurtre, et qui, de sa propre autorité, mit le meurtrier au rang des saints. — En 1790, l'ordre fut supprimé; l'emplacement, réservé pour des embellissements projetés dans ce quartier, n'a point été vendu : le gouvernement, pendant les années 1816 et 1817, ordonna des réparations aux bâtiments qui ont servi quelque temps de maison de refuge pour les jeunes détenus.

Je parlerai des autres couvents de Jacobins établis dans la suite à Paris.

CORDELIEUS OU FRÈRES MINEURS DE LORDRE DE SAlNT-FRANCOIS, situés

rue des Cordeliers, dite aujourd'hui rue de l'École-de-Médecine, au coin de celle de l'Observance. Une colonie de religieux de Saint François-le-Séraphique vint en 1217 à Paris, et parvint avec beaucoup de peine à obtenir de l'abbaye Saint - Germain • des - Prés un emplacement qu'elle possédait. Cet emplacement ne fut point donné, mais prêté, en payant un prix de location, et à condition que les moines nouveaux venus n'auraient ni cloches, ni cimetière, ni autel consacré. Les cordeliers passèrent plusieurs années dans cet état précaire et assujettissant : ils s'adressèrent à saint Louis, qui parvint à obtenir pour eux, de l'abbé de Saint- Germain-des-Prés, des cloches, un cimetière et un grand bâtiment où ils se logèrent. Cette concession leur permit, en 12i0, d'acquérir deux pièces de terre qui leur convenaient. Dans la suite, saint Louis, avec une partie de l'amende de dix mille francs qu'il fit payer à Enguerrand de Coucy, fournit aux frais de la construction de l'église, et autorisa les cordeliers à couper, dans ses forêts, les bois nécessaires à la charpente. Cette église fut dédiée, en 1262, sous le titre de S ainte-Made le iiie. — ÏLn indiquant tous les traits qui caractérisèrent les cordeliers j'irais trop au delà des bornes que je me suis prescrites; en les passant sous silence, j'ôterais au lecteur les moyens d'apprécier le mérite de leur institution. Entre ces deux partis j'adopte

sons LOUIS l\ DIT SAINT LOUIS. 161

le terme moyen : de dire ce qui sullit j)our faire eomiaître leurs mœurs. A peine lurent-ils tranciuilles possesseurs de leur étahlissement, (jue, de concert avec les jacobins, ils cherchèrent à «'mpiéter sur les droits de l'Université. 11 s'éleva entre ces moines et ce corps enseignant des (pierelles très-vives et toujours alors accompagnées de violences et de coups, (pierelles ipie l'entremise du roi saint Louis et celle de plusieurs papes ne purent jamais entièrement assoupir. Les cordeliers furent hientôl en guerre entre eux. Au commencement du quatorzième siècle, il s'éleva dans ce couvent, ainsi que dans plusieurs autres du même ordre, deux partis acharnés l'un contre l'autre : les spiriluels et les vonvenliœls. L'objet de cette grave querelle consistait dans la distinction des mots propriété et jouissance appliqués aux aumônes qu'ils recevaient. Les spirituels soutenaient qu'ils n'étaient pas propriétaires du pain et autres choses qu'on leur donnait, parce que la règle leur défendait de posséder; et les conventuels, au contraire, prétendaient que ce pain était leur propriété. On étendit l'objet de la question jusque sur les biens meubles légués à ces moines. Les papes Mcolas 111 et Jean XXII la décidèrent tour à tour dans un sens opposé, et prouvèrent par leurs décisions contraires qu'ils n'étaient point infaillibles.— En 1401 , le provincial des cordeliers s'avisa de faire, dans le couvent de Paris, bâtir une écurie. Cette construction fut un signal de guerre. Les religieux étrangers, qui étudiaient dans ce couvent, voyaient dans la construction de cette écurie une infraction manifeste aux statuts de l'ordre; les religieux français alléguaient plusieurs raisons pour prouver que le provincial ne pouvait se passer d'écurie. Les tètes s'échauirèrent; au lieu de s'entendre et de raisonner on se battit. A mort tous les Frajiçais! crièrent les étrangers partisans de la règle. A ces mots, le combat commence : les moines, armés de pierres, de bâtons, s'assomment, s'estropient, se tuent. Les cris des combattants, des blessés et des mourants jettent l'alarme dans le voisinage. Le roi en est averti; il envoie des troupes pour rétablir la paix; les portes leur sont fermées; les soldats les enfoncent, entrent. Alors les deux partis ennemis se réunissent pour résister aux troupes du roi ; ils le font avec courage, blessent et sont blessés; mais ils ne peuvent tenir longtemps, ils se rendent.— En 1501, le légat du Saint- Siège entreprit de réformer tous les couvents de Pans. Pour opérer la réforme de celui des Cordeliers, il commit le prédicateur Olivier Maillard : l'éloquence du sermonneur échoua devant l'obstination des cordeliers. Alors les évèques d'Autun et de Castelmare, commissaires du légat, se présentèrent dans le couvent, et y furent reçus de la manière suivante. A l'approche de ces deux évoques, les cordeliers se retirèrent dans leur église, exposèrent le Saint-Sacrement sur l'autel, s'agenouillèrent tout autour, et, dès que les évèques parurent dans l'église, ils se mirent à chanter des hymnes : lorsque l'une était achevée, ils en recommençaient aussitôt une autre. Les prélats attendaient toujours la fin de ces chants pour remplir leur mission : mais, voyant qu'ils ne Unissaient plus, impatientés d'attendre, ils ordonnèrent à haute voix aux chanteurs de cesser et d'écouter les ordres qu'ils avaient à leur transmettre de la part du légat. Les cordeliers, sans s'étonner, chantèrent toujours, et chantèrent pendant quatre heures, jusqu'à ce que les évèques , perdant l'espoir de se faire obéir,

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sortirent de l'église et allèrent raconter au légat le résultat de leur mission.

Le lendemain, les mêmes évêques, escortés du procureur du roi , du prévôt de Paris et de ses archers, se rendirent au couvent des Cordeliers ; ils trouvèrent les moines dans leur église, employant le stratagème qui leur avait réussi la veille. Ils chantaient à tue-tête, sans paraître faire attention aux ordres des évêques et des magistrats. Alors le procureur du roi, le prévôt et ses archers leur commandèrent d'un ton menaçant de garder le silence. Les moines suspendirent leurs chants, écoutèrent les réformateurs , Orent valoir leurs privilèges , et, après avoir défendu leur cause , ils versèrent des larmes et consentirent à se soumettre à la réforme; mais ils se vengèrent de leur soumission forcée sur Olivier Maillard, qu'ils regardaient comme l'auteur de cette persécution , et le chassèrent avec violence de leur couvent.

Ces désordres et beaucoup d'autres déterminèrent le général de l'ordre à venir à Paris exprès pour réformer le couvent des Cordeliers. Il s'y présenta dans le mois de juillet 1582, et éprouva , de la part de ces moines , la plus opiniâtre résistance; ils se divisèrent en deux partis, et, suivant l'usage, en vinrent aux mains. Alors le nonce du pape fit arrêter les religieux les plus récalcitrants; ils furent conduits et fustigés dans la prison de Saint-Germain-des-Prés.

La tranquillité paraissait rétablie; mais, à trois reprises différentes, ce couvent devint un champ de bataille. On se battait à coups de pierres, d'épée et de dague. Le général de l'ordre s'était présenté pour calmer la fureur des combattants; mais il se trouva fort heureux de se sauver de la mêlée, et de monter promptement dans une coche que le duc de Nevers lui envoya. Il vint ensuite implorer l'assistance du parlement ; et l'on remarque, dans les registres de cette cour, que, pour rendre sa prière plus touchante, il se mit à genoux devant le président, l^ne force armée imposante vint mettre fin à ces scènes scandaleuses. Ces registres du parlement ne disent pas si les moines furent punis. On y voit seulement qu'on découvrit, dans ce couvent, une femme qui fut arrêtée, et dont on fit le procès.

L'église du monastère des cordeliers, bâtie par saint Louis, dont la statue en pied se voyait à la principale entrée, adossée contre un pilier qui séparait les deux battants, fut, en 1580, entièrement consumée. Un novice, pris de vin, s'endormit dans une stalle du chœur, laissant près de lui un cierge allumé. Le feu du cierge atteignit la boiserie du jubé, qui s'enflamma, et dans l'espace de trois heures, l'église, à l'exception de quelques murs, fut réduite en cendres. Les cordeliers aussitôt accusèrent les protestants d'être les auteurs de cet incendie, et les jacobins accusèrent les cordeliers d'avoir eux-mêmes mis le feu à leur église, afin d'être autorisés à .solliciter des aumônes, et obtenir de la faiblesse des i)ersonnes dévotes d'abondantes libéralités; mais on ne fut dupe ni de la méchanceté des cordeliers ni de celle des jacobins. Cependant Henri III, ce roi aussi renommé par la dépravation de ses mœurs que par sa dévotion superstitieuse, donna des .sommes considérables pour faire reconstruire le chœur ; et Tordre du Saint-Lsprit, nouvellement institué par ce roi, contribua, avec Christophe et Jacciues de Ihou, au rétablissement du reste de l'éditice. Les cordeliers, pour éterniser les bienfaits de Henri 111, firent placer, au-dessus du grand

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autel, la ligure de ce roi représenté à genoux ; mais on sait que la reconnaissance (les moines est peu durable : le 5 juillet 1589, ceux-ci eurent l'ingratitude de renverser cette figure et de lui couper la tête.

La maison des cordeliers servait de collège aux jeunes religieux de l'ordre, qui venaient y étudier la théologie. C'est dans la salle de cette école qu'au commencement de la révolution, le fameux district des Cordeliers, et ensuite la section du Théâtre-Français, ont successivement tenu leurs séances auxquelles une partie de ces religieux assistaient régulièrement. C'est dans une autre salle de ce môme couvent que se tenait antérieurement le chapitre de Tordre de Saint-Michel.

L'ordre des cordeliers ayant été supprimé en 1790, l'église fut dans la suite démolie, et son emplacement a formé la place depuis longtemps désirée, qu'on voit devant la façade de l'École de Médecine. Il ne reste plus que peu de chose des bâtiments du monastère. On a utilisé les jardins en y élevant plusieurs pavillons de dissection. Le réfectoire, qui présente la forme d'une église, est dans son entier; on le voit dans la cour située en face de la rue Hautefeuille; il renferme une curieuse collection de pièces anatomiques appelée ynusée Dupiiy- Jreti. Sur une partie de l'emplacement de ce cloître, on a établi divers bâtiments : un hôpital, entre autres, où se fait un cours de clinique chirurgicale. Ces bâtiments ont été réparés et agrandis en 1834. C'était également dans les bâtiments situés dans la cour qui fait face à la rue Hautefeuille, que se trouvait, il y a plusieurs années, la manufacture royale de mosaïque.

FILLES-DIEU, mouastère de tilles, situé, dans son origine, sur l'emplacement (ju'occupent aujourd'hui le cul-de-sac des Filles-Dieu et la rue Basse-Porte- Saint-Denis, et depuis, rue Saint-Denis sur l'emplacement où sont bâtis la rue et les passages du Caire.

Cuillaume III, évêque de Paris, étant parvenu à convertir plusieurs filles publiques, les réunit dans une maison ou hôpital alors situé hors de Paris, et sur un terraiii dépendant de Saint-Lazare. Cet hôpital fut bâti vers 1226, et reçut le nom singulier de Filles-Dieu. Le but de cette fondation était de retirer des pécheresses qui pendant toute leur vie avaient abusé de leur corps , et à la fin étaient en mendicité. Joinville dit que saint Louis fit bâtir la maison des Filles- Dieu, « et fit mettre grande multitude de femmes en l'hostel qui, par povreté, " estoient mises en péchié de luxure, et leur donna quatre cents livres de rente

pour elles sustenir. » Le nombre de ces pécheresses se monta à plus de deux cents. A la ferveur, qui se manifeste toujours au commencement de toute institution religieuse, succéda le relâchement ; elles s'acquittèrent avec négligence et dégoût du service de l'hôpital confié à leur soin. La maison des Filles- Dieu fut ravagée par la peste en 1280, et détruite par les Anglais sous le règne de Charles V. - Ces religieuses cherchèrent alors un asile dans l'intérieur de Paris. — Dans la rue Saint-Denis il existait un hôpital ou Maison-Dieu, fondé vers l'an 1216, sous le titre de Sainte- Madeleine, destiné à recevoir], 'pour une nuit, les femmes mendiantes qui passaient à Paris. Le lendemain matin on les renvoyait en leur donnant un pain et un denier. Les Filles-Dieu s'accommodèrent de cet établissement, et y firent bâtir des édifices convenables.

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Mais, peu de temj)s après, les bâtiments tombant en ruines, l'hôpital fut abandoime; le service divin ne se taisait plus. J.e 15 juin 1495 furent installés, dans ce couvent, huit religieuses et sept religieux de l'ordre de Fontevrault. On sait que, dans cet ordre fondé par Robert d'Arbrisselle, les religieuses vivent en communauté avec les religieux, et (lu'elles ont l'autorité sur eux. La communauté des Filles-Dieu étant régénérée, on entreprit, dès l'an 1496, la construction d'une nouvelle église (jui fut achevée en 1508. Elle a existé jusqu'à la révolution; elle n'offrait rien de remarquable. Le 24 mars 1648, ces religieuses éprouvèrent un assaut auquel les couvents de tilles à Paris ont souvent été exposés. Les sieurs de Charmoy et de Saint-Ange, masqués, armés et accompagnés d'une nombreuse suite, entrèrent pendant la nuit, avec violence, dans leur couvent, et y exercèrent plusieurs voiea défait et de viotement, lit-on dans les registres manuscrits du parlement.

A la face extérieure du chevet de cette église était placé un crucifix devant lequel on conduisait autrefois les criminels qu'on allait exécuter à Montfaucon ; on le leur faisait baiser, on leur donnait de l'eau bénite, et les Filles-Dieu leur portaient trois morceaux de pain et un verre de vin.

SAiM-LEU ET SAINT-GILLES (1), église paroissialc, située rue Saint-Denis. Fn 1235, les religieux de Saint-Magloire permirent, à certaines conditions, au curé et aux paroissiens de Saint-Rarthélemy, paroisse du palais, d'établir une chapelle succursale dans la rue Saint-Denis pour la commodité de ceux qui habitaient ce quartier. Cette chapelle, dédiée à saint Leu et à saint Gilles, fut reconstruite en 1320, érigée en paroisse en 1617, réparée et changée intérieurement en 1727. l^armi les réparations faites alors, on entreprit de transporter, d'une tour qui menaçait ruine, sur une autre tour nouvellement bâtie, la charpente tout entière du clocher sans la démonter. Cette opération ditïicilefut exécutée avec le plus grand succès par Guillaume Guérin, habile charpentier. D'une tour à l'autre il se trouvait une distance de vingt-quatre pieds. En 1780, M. de Wailly rehaussa considérablement le sol du chœur, pratiqua dessous une chapelle souterraine dans laquelle on descend par deux escaliers, et décora le grand autel.

Aujourd'hui plusieurs grands tableaux ornent le sanctuaire. En 1823, on a encore exécuté dans cette église des réparations considérables. L'église de Saint-Leu est aujourd'hui succursale de la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, sixième arrondissement.

SAiNTE-CHAPRLLiî DU PALAIS. Lcs ducs, Ics comtcs avaient autrefois, auprès ou dans l'enceinte de leurs châteaux ou palais, une chapelle toujours qualifiée de s(fi7ilr. Dans le voisinage ou dans l'enclos du palais de la Cité, les ducs de France, les comtes de Paris et les rois eurent la chapelle Saint-Rarthélemy, qvii, |)endant quelque temps, a porté le nom de Sainl-Ma(jtoire, et, en outre, les chapelles Saint -George, Saint - Michel ^ et celle de Saint- Nicolas y que l-ouis VII lit réparer et à laquelle il donna le nom de la Vierge Marie. Raudouin,

ij 11 cMsliiii ;i PiHisniit' iiiihc [H'tilc paroisse qui portait la même dénomination : elle était desser- ^il' dans l'égli^ii' Sdint-Symphorien, en la Cité.

sous LOI IS l\ DIT SAINT UKIS. 165

empereur, vtMidit à saint Louis la couronne d'épines (jui avait, dit-on, servi à la passion de notre Seij;neur Jésus-Christ. Celte reli(|ue coûta près de 100,000 francs; et cependaiil nue autre couronne d'épines, (pii , pareillement, avait servi à la passion de notre Seigneui', existait dei)uis longtemps dans l'abbaye SainlT)enis;(|uelIe que soit la vraie couronne, celle (|ue saint Louis avait chèrement achetée, arrivée d'Orient le 10 août 1 2:^9, tut déposée à Villeneuve- PArchevèque, où ce roi et toute sa t'amille se lendirent avec beaucoup de solennité. Trois cassettes, l'une dans l'autre, contenaient cette relique : la première était de bois, la seconde d'argent , la troisième d'or. Elles furent toutes trois ouvertes, et, aux yeux du public curieux, on exposa la sainte couronne. De ce lieu, portée parle roi, par Robert, comte d'Artois, et par plusieurs seigneurs qui marchaient nu-pieds, elle fut transférée jusqu'à la ville de Sens. Huit jours après, cette couronne et son cortège arrivèrent à Paris. On fit une station dans l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs. Là fut dressé un échafaud en pleine campagne, et plusieurs prélats, magnifiquement vêtus de leurs habits pontificaux, exposèrent aux regards avides des Parisiens cette sainte couronne. Tous les chapitres et monastères de Paris, même ceux de Saint- Denis, eurent ordre de venir processionnellement, avec leurs plus précieuses reliques, à l'abbaye Saint-Antoine, pour rendre hommage à la sainte couronne et l'escorter dignement jus(iue dans la Cité. Les moines de Saint-Denis n'apportèrent point, en cette circonstance, la couronne d'épines qu'ils possédaient déjà. Les chanoines i\v Sainte-Ceneviève refusèrent d'y transporter la chasse de leur patronne; ils dirent, pour motiver leur refus, que cette châsse ne sortait point de leur église à moins (pie celle de saint ^Marcel, conservée dans l'église Notre-Dame , ne vînt l'y inviter. Saint Louis se contenta de cette excuse. Le jeudi 18 août 1239, ce roi, vêtu d'une simple tunique, les pieds nus, se chargea, avec son frère Robert, de porter sur les épaules la sainte relique qui était précédée par plusieurs prélats et seigneurs, marchant égalela tête et les pieds nus, et suivie d'une longue procession. Le cortège se rendit d'abord à l'église cathédrale de Notre Dame, et de cette église à la sainte chapelle Sainl-IS i colas ^ dans l'enceinte du Palais.

Quelques mois après, Baudouin, empereur de Constantinople, voyant que le commerce des reliques lui était profitable , fit proposer au roi de France de lui en vendre plusieurs autres. Voici quelles étaient ces reliques mises en vente; un grand morceau de bois , qu'il disait avoir fait partie de la croix que sainte Hélène apporta dans (Constantinople; un morceau de fer, qu'on reaardait comme le fer de la lance dont avait été percé le côté de Jésus-Christ sur la croix , une partie de Vêponfje qui servit à lui donner du vinaigre; le roseau dont on lui fit un sceptre; une |)artie de son manteau de pourpre; un morceau de liwje àoni Jésus-Christ se servit pour essuyer les pieds de ses Apôtres; une partie de la pierre du saint sépulcre, uiie autre portion de la vraie rroi.r; une Croix, nommée Croix de triomphe, parce (jue ceux (|ui la portaient à la guerre étaient sûrs d'obtenir la victoire. Sans doute (|ue Baudouin croyait peu à la vertu merveilleuse de cette croix, puisiju'il la vendait dans une circonstance oii il aurait eu grand besoin de sa vertu. Toutes ces reliques furent reçues à Paris,

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le 14 septembre i241, avec les mêmes solennités^ le même respect, qu'on avait mis à recevoir la sainte couronne.

Pour loger dignement tant de richesses, saint Louis fit bâtir une nouvelle Sainte-Chapelle qui, commencée, vers l'an 1242, fut achevée en 1248. Pierre de Montreuil, le plus habile architecte de ce temps, fut chargé de cet ouvrage. Il a laissé dans cette construction un monument précieux de son talent. « Pour » lesquelles reliques, dit l'auteur de la Vie de saint Louis^ il fist fere la chapele, » à Paris en laquele l'en dit que il despendit bien quarante mille livres de tour- » noiset plus. Etli benaiez rois aourna d'or et d'argent, et de pierres précieuses » et d'autres joiaux, les lieux et les chasses où les saintes reliques reposent. Et » croit l'en que les aournemenz desdites reliques valent bien cent mille livres » de tournois et plus. »

La Sainte-Chapelle fut bâtie sur l'emplacement de l'ancienne chapelle Saint- Nicolas. Ce nouvel édifice est double ou à deux étages. La chapelle inférieure était destinée aux habitants de la cour du Palais, et dédiée à la Vierge (1).

La chapelle supérieure, destinée au roi et à ses officiers, portait le titre de Sainte-Couronne et de Sainte-Croijr. Elle est longue de trente-six mètres dans œuvre, et large de neuf mètres. La hauteur des deux étages, depuis le sol inférieur jusqu'au sommet de l'angle du fronton, est de trente-six mètres. Ainsi la hauteur totale de cet édifice égale sa longueur. Félibien évalue la dépense de cette chapelle, le prix des reliques et de leurs ornements, à trois millions, valeur de son temps. 11 faudrait aujourd'hui doubler cette somme afin d'avoir, en valeur actuelle , la somme exacte des dépenses que fit saint Louis pour cette chapelle et pour les reliques qu'elle renfermait.

Ce roi fit construire, dans le trésor de cette chapelle, un fieu sur et commode pour y déposer sa bibliothèque, composée de livres pieux et notamment des écrits des saints Pères, qu'il avait fait copier. — En 1246, il établit, pour desservir cette église, cinq principaux chapelains, deux marguilliers, qui devaient être diacres ou sous-diacres, et leur assigna des revenus considérables. Ces libéralités s'accrurent encore sous les rois ses successeurs. — La flèche ou clocher de cette chapelle, ouvrage remarquable par sa hardiesse et sa légèreté, menaçait ruine : on fut ol)ligé, peu d'années avant la révolution, de la démolir. Dans l'intérieur on voyait, aux deux côtés de l'entrée du chœur, deux autels décorés de deux tableaux en émail, ouvrage de Léonard de Limoges, accompagné des portraits de François P' et de Claude, de Henri H et de Diane de Poitiers. Ces émaux précieux, exécutés d'après les dessins dePrimatice, font partie du Musée du Louvre. Sur le principal autel s'élevait une châsse ayant, en petite proportion, la forme exacte de l'édifice de la Sainte-Chapelle. Elle était de vermeil, enrichie de pierreries, et contenait, , à ce qu'il paraît , les ossements de saint Louis. Derrière était une autre châsse plus grande, en bronze doré, près de laquelle

(1) Les roir?, les hauts barons, les évèques, les abbés, etc., étaient si persuadés île leur supériorité sur les hommes vulgaires, qu'ils auraient cru s'avilir et compromettre leur dignité en priant Dieu dans la même église où priaient les hommes des classes inlerieures de la société. A Saint-Germaindes-Prés, à Sainte-Geneviève, à Notre-Dame et ailleurs, il existait une église pour les seigneurs, et une autre pour ceux qu'on nommait les vilains.

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Puiiite pair Forac. * Vkris

SODS LOUIS l\ DIT SAINT LODiS. 107

on arrivait \n\v deux petits escaliers. Klle eoulenail loutes les reli(|ues que saint Louis aclieta de Baudouin. On voyait, tlans cette même chapelle, à gauche en entrant, un bas-reliel représentant une Dame de Pitié, du célèl)re(;ermain Pilon, ouvrage endommagé par la négligence de ceux qui réparèrent cet édifice.

La chapelle inférieure renfermait le tombeau où fut enterré le poète Nicolas Boileau Despréaux, et où gisaient déjà son père et d'autres membres de sa famille. — La Sainte-Chapelle a servi, jusque dans ces derniers temps, de dépôt à une partie des archives de la (]our des (Comptes. Maintenant cet édifice est l'objet d'une restauration intelligente dirigée par M. Duban. Bientôt la Sainte- (Ihapelle nous apparaîtra aussi complète, aussi éclatante de peintures, que lorsqu elle sortit des mains des architectes du treizième siècle.

Le premier dignitaire de la Sainte-Chapelle ne porta d'abord que le titre modeste de maître chapelain, ensuite celui de maUre gouverneur, puis de trésorier, et enfin à' archi chapelain. Clément Vil accorda, en i379, à ce dignitaire, le privilège d'olTicier avec la mitre, l'anneau et autres ornements pontificaux, et même de donner la l)énédiction au peuple pendant les processions qui se faisaient dans l'enclos du Palais. Cette éminente [)rérogative enfia prodigieusement l'orgueil de l'archichapelain : il prit le titre di^ prélat; et, dans les registres du parlement, on le trouve qualifié àç pape de la Sainte-Chapelle. C'est un de ces dignitaires dont Boileau, dans son Lutrin, a peint avec tant de talent la vie voluptueuse, l'orgueil et l'ignorance. Les règlements obligeaient trois clercs et un chapelain de passer la nuit dans la Sainte-Chapelle pour veiller à la garde des reliques et du trésor. La vigilance de ces sentinelles fut sans doute en défaut, puisque, dans la nuit du 19 au 20 mai 1575, le plus grand morceau de la vraie croix fut volé. Ce vol jeta l'alarme dans Paris ; on lit plusieurs recherches pour découvrir l'objet volé et le voleur. La commune opinion de ce temps, suivant TEsloile, était que le roi Henri 111 avait lui-même enlevé cette relique, et l'avait mise en gage chez les Vénitiens pour une somme considérable.

Pendant la nuit du vendredi au samedi Saint, il se célébrait, dans cette Sainte- Chapelle, une cérémonie dont je dois faire connaître les détails. Tous les possédés du diable y venaient régulièrement chaque année à cette époque pour être alTranchis de l'obsession de cet esprit immonde; ils y faisaient mille contorsions, poussaient des cris et d'afireux hurlements. Bientôt le grand-chantre du chapitre apparaissait, armé du bois de la vraie croix. A cette apparition, tout rentrait dans l'ordre, et aux mouvements convulsifs, aux accents de la rage, succédait un calme parfait. Cette cérémonie se pratiquait encore sous le règne de Louis XV: elle eut lieu en l'année 1770.

COLLKGE DE SOKBONNE. Bobcrt Sorbon, chapelain du roi saint Louis, connaissant les difilcultés qu'éprouvaient les écoliers sans fortune pour parvenir au grade de docteur, établit, en 1253, une maison qu'il destina à un certain nombre d'ecclésiastiques séculiers qui, vivant en commun et tranquilles sur leur existence, seraient entièrement occupés d'études et d'enseignement. Saint Louis, bientôt après, voulut participer à cette fondation utile; il acheta et lui donna, en 1256, une maison située rue Coupe-Gueule, devant le palais des Thermes, et, en 1258, deux autres maisons, l'une située rue des Deux-Portes et Tau-

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tre nie des Maçons : il les Ht rebâtir convenablement. Le prix des locations fut destiné à l'entretien de cent pauvres écoliers. Le roi donna de plus à ces pauvres écoliers ou pauvres clercs, aux uns deux sous, aux autres un sou, ou même dixhuit deniers par semaine, pour les aider à vivre. Ce collège prit d'abord la dénomination très-modeste de pauvre maison, et les maîtres qui enseignaient, celle de pauvres maîtres. Les maîtres du collège de Sorbonne, enrichis , fortifiés par le temps, oublièrent enfin leur humble origine, troublèrent souvent par leurs décrets l'ordre social, furent presque toujours les plus forts soutiens du fanatisme, et quelquefois devinrent la terreur des rois. Cette association de docteurs formait un tribunal redoutable qui jugeait sans appel tous les ouvrages et les opinions théologiques, condamnait le pape et les rois, et disposait de leur trône et même de leur existence.

C'était dans le collège de Sorbonne que résidait la faculté de théologie. Un proviseur élu chaque année présidait cette faculté. Les écoles se divisaient en intérieures et extérieures. Les premières se tenaient dans les bâtiments contigus à l'église, et les secondes dans un corps de logis qui se voit encore sur la place de ce collège. « Pour être en droit de porter le titre de docteur de Sor- » bonne, dit M. l'abbé Duvernet, il fallait avoir fait ses études dans ce collège , y )> avoir, pendant dix ans, argumenté , disputé et soutenu divers actes publics ou » thèses, qu'on distingue en mineure, en majeure, en sabatine ^ en tentative, en » petite et (jrande sorlmnique. C'est dans cette dernière que le prétendant au "doctorat doit, sans boire, sans quitter la place, soutenir et repousser les » attaques de vingt assaillants ou ergoteurs qui, se relayant de demi-heure » en demi-heure, le harcèlent depuis six heures du matin jusqu'à sept heures « du soir. »

Les bâtiments et la chapelle de la Sorbonne étaient peu remarquables et tombaient de vétusté, lorsque le cardinal de Richelieu, devenu tout-puissant en France, se rappelant avec intérêt ces écoles où il avait fait son cours de théologie, et désirant laisser à la postérité un monument de sa munificence, fit reconstruire ces bâtiments sur un plan plus vaste et plus magnifique. En 1629 fut commencée la construction du collège, et en i(>35 celle de l'église, qui ne fut achevée qu'en 1659. Une rue assez large mais peu longue, nommée rue de Richeheu, communique de la rue delà Harpe h une place carrée qui précède la façade de l'église de la Sorbonne. Cette façade, œuvre de le Mercier, est composée de deux ordres, l'un sur l'autre, dont le supérieur est couronné par un fronton. Au-dessus de cette façade s'élève, du centre de l'édifice, un dôme accompagné de quatre campanilles , et surmonté par une lanterne. Sur le côté septentrional de cette église est une autre façade qui donne sur la grande cour du collège. Elle est aussi chargée de deux ordonnances. L'intérieur était entièrement pavé en marbre. La peinture de la cou[)ole du dôme, ouvrage de Philippe de Champagne, est encore assez bien conservée. Au milieu de la nef on admire le tombeau en marbre du cardinal de Richelieu. Cette belle et simple composition est un chef-d'œuvre de Girardon. Les bâtiments de la Sorbonne sont occupés maintenant par l'académie de Paris, les trois facultés de Théologie , des Sciences et Lettres.

SOI s ions l\ DIT S.VIM LOL'IS. KiO

coLf.ÉciH DKS BEKNAUiHiNS, siliiô i)ivs (Ic la lMace-au\-Vt"aux, sur raiicieri clos du Chardonuet, entre le (luai des Mirainioues et la rue Saint-Victor. Etienne Lexington, ahbé de Clairvaux, roussissant de l'ij^norance des relij^neux de son ordre, demanda et obtint la permission d'élal)lir ee collège, alin que les religieux bernardins lussent à portée de prendre des grades dans l'Université. Il tut l'onde vers l'an l-ii4. On a ouvert (juelques rues sur l'emplacement de ce colléiic :soii ancien dortoir sert de dépôt aux farines.

COLLÈGE ET HOTEL SAINT-DENIS, il était situé dans l'espace compris entre les rues U.ontrescarpe, Saint- And ré-des-Ars, et une partie des rues Dauphine et des Grands-Augustins. On ignore l'époque précise de la fondation de ce collège et de cet hôtel : l'auteur du livre intitulé : /.es- Miracles de saint Louis parle de la maison que l'abbé de Saint-Denis avait, en 1274, à l^aris. Rabelais dit que l*entagruel était logé à l'hôtel Saint-Denis, et qu'il se promenait avec Panurge dans le jardin de cet hôtel, (l'est à cause de cet hôtel et collège que la rue des Grands-Augustins a porté les noms de rue à Vahbéde Sain^-Denis, T[ie dv Collège Saint-Denis, des Écoles et des Écoliers de Saint-Denis^ des Charités de Saint-Denis. Cette rue s'appelait auparavant rue de la Barre. Ce collège et cet hôtel Saint- Denis furent en partie démolis et vendus, lorsqu'en 1607 Henri IV fit percer la rue Dauphine.

sainte-mari£-l' ÉGYPTIENNE, et par corruption la jussienne, chapelle située au coin des rues Montmartre et de la Jussienne, n« 25. Elle existait sous le règne de saint Louis. Ce fut près de cette chapelle que les religieux augustins eurent leur premier établissement à Paris; ils y demeuraient en 1259.

Cette chapelle servait à la communauté ou confrérie des drapiers de Paris, une des plus anciennes confréries de cette ville. On y remarquait la peinture d'un de ses vitraux, où sainte Marie l'Égyptienne était représentée sur un bateau, troussée jusqu'aux genoux, devant le batelier; au dessous de cette peinture, on lisait ces mots : Comment la sainte offrit son corps au batelier pour son passage. En 1600, le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois fit enlever cette peinture indécente. — Cette chapelle, reconstruite au quatorzième siècle, fut démolie en 1792; elle a été remplacée par une maison particulière.

les frères sachets , ou Frères de la Pénitence de Jésus-Christ. Leur couvent, situé sur le bord de la Seine, à l'endroit où s'établit depuis le couvent des Augustins, et où est aujourd'hui la halle à la volaille, fut fondé, en 1261, par saint Louis. Ces moines, que l'on nommait aussi Frères au sac, recevaient ces noms parce qu'ils étaient vêtus d'un sac. Comme la plupart des religieux de l'aris, ils allaient, tous les matins, dans les rues quêter du pain.

Huteba}uf , dans sa pièce des Ordres de cette ville, parle de ces frères, dit que leur couvent est pauvre, qu'ils se sont établis trop tard à Paris; qu'ils doivent leur existence d'abord à leur habit, qu'ils disent être semblable à celui que Dieu portait, et aussi à celui d'un homme qui les soutient; dès (^ue cet homme, ajoute-t-il, aura cessé de vivre , les frères aus sas seront réduits à retourner à leur charrue d'où ils sont venus. — En 1293, ces frères firent avec les augustins un accord par lequel ils leur cédèrent l'emplacement de leur maison. Ils furent supprimés dans la suite; on ignore à quelle époque.

170 histoirf: dk paris

SOEURS SACHETTES. îl existait eu même temps à Paris des sœurs du même ordre. On sait que leur couvent était situé rue du Cimetière-Saint-André-des-Ars, rue qui, au treizième siècle, portait le nom de rue des Sacheltes. A l'instar des autres communautés religieuses de Paris, tous les matins ces sœurs allaient dans les rues de cette ville quêter du pain. Ces espèces de dévotes, vêtues d'un sac, sont, dans quelques écrits du temps, qualifiées de pauvres Femmes des sacs. On n'a aucune autre notion sur l'état de ce couvent, qui fut sans doute supprimé en même temps que les frères Sachets.

GRANDS-AUGUSTiNS. Mouastère situé sur le quai dit des Augustins ou de la Vallée, dans l'emplacement occupé aujourd'hui par la rue du Pont-de-Lodi et par la halle ou marché de la volaille et du gibier. Diverses congrégations d'ermites formées en 1200, en Italie, furent réunies en 1246 par le pape Alexandre IV; quelques-uns de] ces ermites réunis vinrent ensuite à Paris, attirés par la protection et la faveur que le roi saint Louis accordait à toute espèce de moines. Ils s'établirent d'abord rue Montmartre, au delà de la porte Saint-Eustache, dans un lieu environné de bois, et où se trouvait une chapelle dédiée à sainte Marie l'Égyptienne. Ils y demeuraient en 1250. Mécontents de leurs logements, ils allèrent s'établir dans le clos du Chardonnet, et dans l'emplacement qu'a depuis occupé le collège du cardinal Lemoine. En 1293, ils traitèrent avec les moines mendiants, appelés Frères Sachets, qui occupaient un couvent établi sur le bord de la Seine, et se maintinrent dans ce dernier lieu.

Leur église fut rebâtie sous le règne de Charles V; elle était vaste, sans avoir rien de remarquable dans sa construction. On y voyait plusieurs tableaux relatifs aux réceptions des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, et peints par Vanloo, de Troy et Philippe de Champagne. On y distinguait un tableau de Jouvenet représentant saint Pierre dont l'ombre guérit les malades. Dans une chapelle à droite était le tombeau de Nicolas de Grimonville, seigneur de Larchant, et de Diane de Vivonne de la Chàtaignerie, son épouse. Sur ce tombeau étaient représentées à genoux les figures des deux époux. Une chapelle contenait le tombeau de l'historien Philippe de Comines. A coté de ce tombeau ^»tait celui de sa fille. Le principal autel, décoré d'après les dessins de Charles Lebrun, offrait huit belles colonnes d'ordre corinthien de brèche violette, supportant une demicoupole ornée avec goût. Cermain Pilon avait sculpté les menuiseries de la chaire et des stalles, et une belle figure de saint François, en terre cuite, qu'on avait placée dans le cloître de ce monastère.

Dans les salles de cette maison se tenaient, depuis 1579, les assemblées de l'ordre du Saint-Esprit. Ces salles, ornées de boiseries, l'étaient aussi de portraits, et du blason de tous les chevaliers et commandeurs reçus dans cet ordre. Les assemblées du clergé de France se sont tenues, depuis 1605, dans une des salles de cette maison. Ce clergé y avait ses archives et ses registres. Le parlement, en diverses circonstances, a siégé également dans ce couvent. L'emploi de ces divei'ses salles prouve que les bâtiments des augustins étaient vastes et excédaient les besoins de ses habitants ordinaires.

Le couvent des Augustins a été le théâtre de quelques événements qui caractérisent les mœurs de ces religieux, et peuvent faire juger du mérite de leur

sous LOUIS IX DIT SAINT LOUIS. 17!

institution. Kn 14iO, ou c\\ rannce précédente, iNicolas Aimcry, nfiaitre en théologie, s'était réfugié, on ne sait pourquoi, dans l'église des Angustins, comme dans un asile inviolable. Des huissiers entrèrent dans le couvent pour se saisir de cet homme. Les religieux augustins s'y opposèrent; les huissiers repoussèrent la force par la force; un augustin, appelé Pierre Gongis, fut tué dans le combat. L'Université, réunie aux Augustins, fit valoir ses [)riviléges; alors le préviH de Paris, effrayé, condamna les huissiers à faire trois amendes honorables, sans chaperon, nu-pieds, tenant chacun une torche ardente du poids de quatre livres, demandant à tous pardon et miséricorde. — Les augustins, pour éterniser la mémoire de cette réparation soleimelle, firent exécuter un bas-relief où l'on voyait les huissiei s subissant leur condamnation, et le firent poser dans un lieu très-apparent.

Le '26 août 1588, les augustins , s'occupant de l'élection d'un vicaire, furent divisés dans leur choix. Cette division échauffa les têtes monacales; bientôt les deux partis en vinrent aux mains, et ces misérables s'entre-tuaient dans leur couvent. Le procureur-général du parlement en fit sa plainte, et la cour défendit au prieur de faire aucun acte de sa fonction , et ordonna la réforme des religieux.

En 1629, nouveaux désordres dans ce couvent. Le cardinal de Bérulle fut chargé d'en réformer les religieux, et s'y prit d'une manière très-violente : les augustins se plaignirent au parlement. Le roi ne voulut point que cette cour semèlàt de cette affaire, et dit à ses membres : // me déplaît fort que vous délibériez sur raff aire des augustins : ce sont de mauvais moines qui vivent licencieusement; /approuve tout ce que fait le cardinal Bérulle. En 1641, les augustins, pour des motifs ignorés, éprouvèrent encore une réforme; mais bientôt ils cherchèrent à s'affranchir de cette dépendance. Un 1642 ils soutinrent un siège dont les détails sont curieux. Les religieux refusèrent d'obéir à un arrêt rendu parle parlement; et le parlement employa les moyens de force pour les y contraindre. Les augustins se disposèrent sérieusement à se défendre, et à soutenir un siège : ils firent des provisions d'armes, de cailloux, et murèrent leurs portes. Les archers de la ville, ne pouvant entrer dans ce monastère fortifié, résolurent d'en escalader les murs. L'assaut fut donné et repoussé avec une égale vigueur : on se battait avec fureur sur un point, tandis que sur un autre une troupe d'archers faisait une brèche au mur de clôture qui se trouvait du côté de la rue Christine. Les moines assiégés, voyant le péril de cette dernière tentative, tirèrent de son sanctuaire l'objet le plus sacré de la religion, le Saint-Sacrement, et le posèrent sur la brèche, afin de désarmer les assaillants, ou de forcer la Divinité à opérer un miracle en faveur des assiégés. L'objet vénéré, placé entre les combattants, n'en imposa point aux archers; ils s'indignèrent de cette lâche et sacrilège ruse de guerre et redoublèrent de courage. Les moines, voyant l'inutilité de leur stratagème, demandèrent à capituler. « On donna des otages de ' part et d'autre, dit l'historien de ce siège mémorable; le principal article " de la capitulation fut que les assiégés auraient la vie sauve : alors ils aban- « donnèrent la brèche, et livrèrent leur poste. Les commissaires du parlement, '> étant entrés, firent arrêter onze de ces religieux mutins qui furent menés

172 HISTOIUE DE PARIS

» prisonniers à la Conciergerie. ^ Au bout de vingt-sept jours, ces moines, protégés par le cardinal Mazarin, Curent mis en liberté.

COUVENT DES BÉGUINES, dcpuis nonimé l'ave-maria, situé rue des Barrés, il fut fondé, vers l'an 1264, par saint Louis. Thomas de Champré parle de leurs mœurs et de leur piété avec des éloges que méritent presque toujours les institutions naissantes. D'autres auteurs qui ont écrit un peu plus tard, sur la fin du treizième siècle, feraient croire que la première ferveur de ces béguines était déjà éteinte. Hutebœuf nous les représente comme des femmes inconstantes, qui renoncent facilement à leur communauté pour prendre un époux. Il suffît, dit-il, d'avoir le visage baissé et de porter de très-larges robes pour être béguine. Sous Louis IX, ces béguines n'étaient pas en meilleure réputation.

Dans l'origine, elles étaient, dit-on, au nombre de quatre cents ; en 1471, elles étaient réduites à trois. On ne connaît point la cause de cette étrange dépopulation. Louis XI saisit la circonstance de la presque viduité de cette maison pour y établir un nouvel ordre de religieuses, appelé de la Tierce ordre pénitence et observance de Monsieur saint François, et ordonna que cette nouvelle communauté serait nommée r>4t'e-*na; dénomination bizarre, conforme au génie du fondateur, qui, zélateur de la Vierge Marie, institua le premier la prière dite X Angélus ou le salut.

L'église du couvent de YAve-Maria n'avait de remarquable que quelques tombeaux, tels que celui qui renfermait le cœur de dom Antoine, roi de Portugal, mort à Paris en 1595; celui deCharlotte-(.atherinede la Trémouille, femme de Henri de Bourbon, prince de Condé, morte le 29 août 1629. Elle fut emprisonnée pendant sept ans, parce qu'étant grosse d'un page appelé Belcastel, et craignant les reproches de son époux, elle le lit empoisonner. Henri IV, qui avait eu part aux faveurs de cette dame, fit, lorsqu'il fut roi, supprimer toute la procédure, déclara et fit déclarer par la cour du parlement cette femme innocente, et son fils légitime. Dans une chapelle était le mausolée, aussi en marbre, avec la figure à genoux, de Claude-Catherine de Clermont, fameuse, sous le règne de Charles IX, par son esprit et son érudition. En vertu d'un privilège obtenu du pape, Matthieu Mole, garde des sceaux, et Renée Nicolaï, sa femme, furent enterrés dans le chapitre de ces religieuses.

Ce couvent, supprimé en 1790, a été converti en caserne.

les carmes du graxd-couvenï. Ils furent situés d'abord sur l'emplacement des Célestins, port Saint-Paul, et puis près de la place Maubert, entre la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève et celle des Carmes, à l'extrémité orientale de la rue des Noyers.

Ces moines ont, plus que tous les autres, cherché à relever la gloire de leur ordre par l'antiquité de son origine. Leur historien fait descendre cet ordre en ligne directe du prophète Élie, qui fut, dit-il, premier supérieur des carmes. C'est en raison de cette descendance que ces moines portaient un manteau tout semblable à celui que ce prophète jeta, du haut du ciel, à son disciple Elisée. L'auteur range dans l'ordre des carmes tous les prophètes successeurs d'Élie, tous les chefs de secte, Pythagore, Numa-Pompilius, Zoroastre, les druides de la Gaule et Jésus-Christ lui-même.

SOIS LOriS l\ DIT SAINT LOUIS. 173

On sait que cet ordre est t(«it simplemeiil originaire du Mont-Caimel, et que saint Louis en amena ciiKi ou six moines avec lui, dont il gratifia la ville de Paris. Ce fut en grande partie à ses frais qu'il les établit dans un emplacement sur le port Saint-Paul, (pie les célestins ont occu[)é dans la suite. Le peuple de Paris, qui ne s'attachait alors qu'à l'extérieur, leur donna le nom de Barrés, à cause de la bigarrure de leur vêtement; et la rue des Barrés , qui conduit au port Saint-Paul, doit ce nom à l'établissement de ces moines.

Pbilippe-le-Hel, en 1309, donna aux carmes la maison du Lion, située au bas de la rue de la Montagne -Sainte-Geneviève, où ils construisirent une église qui fut dédiée en 1353. Au quatorzième siècle, les carmes étaient, à Paris, les religieux en faveur. Ils acquirent l'emplacement et les bâtiments du collège de Dace, et obligèrent les écoliers à chercher un autre logis.

L'église des Carmes contenait plusieurs tombeaux : celui du hbraire Gilles Corrozet, et celui du cardinal Michel du Bec, qui, pour que son corps fût enterré près du grand autel, donna au couvent vingt livres tournois et sa bibliothèque, à condition que les livres seraient enchaînés pour qu'ils ne fussent pas volés. Le monument le plus apparent de ceux que renfermait cette église, fut celui de M. Boullenois père, avocat, et auteur du Traité de la Personnalité et de la Réalité des Lois. Ce monument fut fabriqué en Italie, et coûta plus de cent mille écus à la famille. Les matières les plus précieuses, les marbres les plus rares, le jaune et le vert antiques, le lapis-lazuli, des portraits en mosaïque, le bronze, l'argent, furent employés pour la composition mesquine de ce tombeau.

Les carmes ne jouissaient pas d'une réputation de chasteté, et leur nom était presque un reproche d'incontinence; cependant on n'a que peu d'excès à imputer aux carmes de Paris. Peut-être observaient-ils cette maxime : Si non caste, tamen cautè.

L'ordre des (larmes fut sup[)rinié en 1790, et l'église de ceux de la place Maubert démolie en 1812. Sur l'emplacement de ce couvent on a commencé, en 1813, à bâtir une halle destinée au marché de la place Maubert. Sa construction, suspendue en 1815, et reprise en 1816, fut terminée en 1823.

LES CHARTHEix, situes rue d'Enfer. On rapporte la fondation de l'ordre des (vhartreux à un miracle que nous devons consigner ici.

Bruno assistait , dans l'église Notre-Dame de Paris, à l'oJïice des morts célébré pour l'àme d'un chanoine, nommé Raimond Diacre, qu'on allait porter enterre. Le défunt avait une grande réputation de sainteté; mais on va voir qu'il ne la méritait guère. Lorsque le clergé en fut à ces pai"oles : Hesponde uiihi , quantas habes iniquitates'f on voit aussitôt le mort lever la tête au-dessus de son cercueil , et répondre à cette question : Justo Dei jiulivio accnsatus sum. A ces mots les assistants, saisis detîroi , piennent la fuite ; la cérémonie funèbre interrompue est remise au lendemain. Le jour suivant, le clergé, voulant continuer la cérémonie, entonne le même chant : le mort se lève et répond qu'il est jugé. A ces mots l'épouvante saisit les assistants, (|ui désertent aussitôt l'église. Pour la troisième fois, le mort interroge déclare qu'il est condamné par

174 HISTOIKE DE PAUIS.

le juste jugement de Dieu. On ajoute que saint Bruno, témoin de cette scène effrayante, renonça au monde, et résolut de faire pénitence.

L'ordre des Chartreux était établi depuis cent quatre-vingts ans, lorsque saint Louis fit venir, en 1257, cinq moines de cette espèce à Paris, et les plaça d'abord à Gentilly , village voisin de cette ville , où ils restèrent jusqu'en 1238.

Au midi et hors des murs de Paris, vers l'entrée de la grande avenue qui, du parterre du Luxembourg, se dirige à l'Observatoire, s'élevait, au milieu des prairies, un ancien château entouré de hautes murailles, et appelé le château de Vauverl. Ce château était pour les habitants de Paris un objet d'efîroi. Des revenants y apparaissaient; des diables, chaque nuit, y tenaient l'assemblée du sabbat; on y entendait des bruits atfreux. Depuis longtemps ce séjour d'horreur était inhabité; on se détournait mèmexlu chemin qui conduit de Paris à Issy, pour éviter la rencontre des esprits infernaux. Aussi, disait-on. Aller au diable Vauvert, pour signifier faire une course pénible et dangereuse; et aujourd'hui, par corruption, on dit encore Aller au diable auvert. La voie romaine qui conduisait à Issy, appelée en 1210 chemin d'Jssy, et ensuite rue de Vauverl, a peut-être, à cause des récits épouvantables que l'on débitait sur ce château et son diable, reçu le nom de rue d'Enfer. Les chdiTtreux avaient, à ce qu'il paraît, connaissance de la vraie cause de la terreur populaire; en 1258, ils demandèrent à saint Louis le château de Vauvert, afin de se trouver plus à portée de profiter des leçons de l'Université. Ce roi leur fit, en 1259, don de ce château, et en même temps y ajouta de nouvelles libéralités.

Ces reUgieux n'eurent d'abord, pour célébrer l'office, que l'ancienne chapeUe du château de Vauvert. Saint Louis , en 1260, fit commencer la construction d'une nouvelle église, et en posa la première pierre. Le célèbre Pierre de Montreuil fournit les plans et les dessins de cet édifice; mais il mourut sans le voir terminé. Cette église , qu'on pouvait citer conime un chef-d'œuvre d'architecture ogivale, était ornée de plusieurs tableaux d'habiles maîtres, tels que Louis et Bon Boullongne, Jouvenef, Philippe de Champagne, Antoine Coypel, etc. La menuiserie du chœur avait coûté trente années de travail à un frère convers de ce couvent, appelé Henri Fuzelier. Le chapitre était décoré de plusieurs tableaux de La Crenée, de Jollain, de Lesueur : on y remarquait un superbe tableau représentant le Christ crucifié , un des meilleurs ouvrages de Philippe de Champagne, qu'en mourant il légua aux chartreux. Cette église renfermait les tombeaux de Pierre de Navarre,, fils de Charles-le-Mauvais , mort le 29 juillet 1412; de Jean de la Lune, neveu de l'antipape Benoit XIII, mort en 1414; de Louis Stuar, seigneur d'Aubigny, mort à Paris en 1665; du cardinal de Dormans, évèque de Beauvais, dont on voyait la figure en bronze, couchée sur un marbre noir, etc.

Cette communauté avait deux cloîtres, le grand et le petit; ils étaient entourés d'appartements, composés chacun de deux ou trois pièces, et d'un petit jardin. On comptait dans ces deux cloîtres quarante logements de cette espèce. C'est dans le petit cloître qu'à diverses époques on peignit les princi-

sous LOUIS l\ DIT SA|M LOUIS. 175

pales actions de la vie de saint Bruno. Kn 1.350, elles lurent peintes sur le mur; en 1500, sur la toile, et doni Zaehari Uenedicti composa des vers latins pour chaque tableau; enfm, en KJiS, le célèbre Lesuenr les peignil sur bois, et les distribua en vingt-cinq tableaux, qui sonl autant de chets-d'onivre. Il employa trois années à cet ouvrage; dans la suite, les chartreux en (irent présent au roi, et ces tableaux lurent transférés dans la galerie du Luxembourg; aujourd'hui on les voil au Louvre. Les vitraux de ce cloîlre étaient remarquables par la beauté de leurs peintures , ouvrage deSadeler.

La maison des Uhartreux de Paris était une des plus riches de l'ordre. Ses bâtiments et son enclos avaient une vaste superficie. En 1613, Marie de Médicis, pour former le jardin du Luxembourg acheta plusieurs parties de celui des chartreux, et leur donna en échange des terrains situés au delà du chemin qui conduisait à Issy. Cette route , ancienne voie romaine , passait autrefois devant l'église de ce couvent; elle fut alors détournée, et comprise dans l'enclos de ces religieux. Cette vaste cUMure, placée dans l'intérieur de Paris, gênait la population environnante et rendait les communications difliciles. Elle est aujourd'hui en partie occupée par deux pépinières.

Les chartreux ont été supprimés en 1790, et leur église et leur couvent démolis. L'emploi qu'on a fait de leur emplacement est une source d'agréments pour les habitants du voisinage; des rues nouvelles ont été ouvertes, et des communications désirées se sont établies. Le jardin du Luxembourg s'est agrandi du côté du sud; une longue et large avenue, plantée de plusieurs rangs d'arbres, qui, du parterre du palais des Pairs, s'étend jusqu'à une vaste grille, et se prolonge au delà jusqu'à l'édilice de l'Observatoire, remplace avantageusement les sombres et tristes demeures de ces solitaires inutiles.

SAiNTE-CROix-DE-LA-BRETONNERiE. Cette église de chanoincs réguliers, située rue de ce nom, entre les n»'^ 12 et 16, fut, en 1528, fondée par saint Louis, dans l'emplacement de la maison de l'ancienne Monnaie. Voici comme le sire de Joinville parle de cette fondation : < Revint une autre manière de » frères qui se faisoient appeler Frhra de Sainte-Crofz, et portant la croiz de- '» vant leur piz (poitrine) et requistrent au roy que il leur aidast. Le roy le list » volent iers et les herbergea en une rue, appelée le quarrefour du Temple, qui " ore est appelée la rue de Sainte-Croix.» Ces frères, nommés d'abord Por/^- Croix, Croisiers^ quoique riches des bienfaits de saint Louis, ne laissaient pas d'aller tous les matins demander l'aumône dans les rues de Paris.

Leur église fut bâtie par le célèbre Pierre de Montreuil : c'était un des plus beaux ouvrages de cet architecte. Sous cette église étaient seize caveaux qui ont servi de sépultures à plusieurs familles de Paris. Le président Barnabe Brisson y fut enterré en 1591. On y voyait quelques monuments funèbres et quelques tableaux de Vouet et de Philippe de Champagne. Le réfectoire était aussi orné de tableaux; on y remarquait un élégant lavaerum, exécuté d'après les dessins de Servandoni.

Quoique ces chanoines fussent qualifiés de réguliers, ils ne l'étaient guère dans leurs mœurs. On tenta, à plusieurs reprises, d'introduire parmi eux la rétorme; mais ces tentatives restèrent toujours sans succès. Enfin ils résolu-

176 HISTOlPai: DE PARIS

rent de travailler eux-mêmes à leur propre réforme, et de se soumettre à la règle de saint Augustin, (^ette communauté fut supprimée en 1778.

Les jurés-crieurs pour les inhumations avaient leur lieu de réunion dans la maison de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Ils fournissaient tous les objets nécessaires aux enterrements, même les habits et les billets de faire part. Si l'un de ces crieurs mourait, tous ses confrères assistaient à la* cérémonie funèbre, vêtus en robes et armés d'une clochette qu'ils faisaient retentir depuis la levée du corps jusqu'au moment où son cercueil était déposé en terre.

BLANCS-MANTEAUX , couvèut de moincs situé sur la rue qui porte encore ce nom, entre les numéros 12 et 16; nom qu'ils durent à la couleur de leurs manteaux. Ils se qualifièrent de serfs de la Vierge Marie. Ils vinrent, en 1258, de Marseille à Paris |)our profiter de la grande faveur dont jouissaient les religieux sous le règne de saint Louis, et participer aux libéralités de ce roi, qui, en effet, contribua avec quelques particuliers à l'établissement de leur maison. Celle-ci fut bâtie sur un emplacement situé en dedans et près du mur d'enceinte de la ville. Le roi fut, comme à l'ordinaire, obligé d'acheter le consentement des seigneurs ecclésiastiques qui s'oi)posaient à cet établissement.

En 1274, le pape Grégoire X, ayant supprimé la plupart des ordres religieux mendiants, les serfs de la Vierge Marie cessèrent d'exister en communauté; mais Paris n'y perdit rien. En 1297, d'autres mendiants, autorisés par un autre pape, remplacèrent les serfs de la Vierge Marie : ils se nommaient Guillemites ou Guillemins. Le public, sans avoir égard à ce changement, les nomma, comme il avait nommé leurs prédécesseurs, Blancs-31anteavx. En 1618, les guillemites furent réformés et réunis aux bénédictins, suivant la réforme de Saint-Vannes de Verdun. Le monastère fut reconstruit; et, le 26 avril 1685, le chancelier Le ïellier et son épouse en posèrent la première pierre. On voyait dans l'église le tombeau de Jean Le Camus, représenté à genoux, et ayant devant lui un ange qui lui servait de pupitre. Ce groupe fut sculpté, en 1719, par Simon Mazières.

Ce monastère fut supprimé en 1790; mais l'église, conservée, a été érigée en succursale de la j)aroisse de Saint-Merry, dans le septième arrondissement, sous le titre de Notre-])arne~des-BlancS'3fanieana:.

HOSPICE DES QUINZE-VINGTS , autrefois situé rue Saint-Honoré , au coin de la rue Saint-Nicaise, et de[)uis rue de Charenton, n" 30. Cette maison fut fondée par saint Louis vers l'an 1260. Voici comment le confesseur de la reine Marguerite rapporte l'historique de cette fondation : « Aussi li benoyez roys fist acheter » une pièce de terre de lez Saint-Ennouré, où il tist fere une grant mansion » porce que les poures avugles demorassent ilecques perpetuelement jusques à » trois cents; et ont tous les anz de la borse du roy, pour potages et pour aul- » très choses, rentes. En la quelle méson est une église que il list fere en Teneur " de saint Ilemi, pour ce que lesditz avugles oient ilecques le service Dieu. Et » plusieurs fois avint que li benoyez roys vint as jours de la teste Saint-Uemi , » où lesditz avugles fesoient chanter sollempnement l'onice en l'église, les avu- » gles présents entour le saint Uoy. »

Uutebœuf , poète du treizième siècle, dans sa pièce des Ordres de Paris, ne se montre point l'admirateur de cet établissement. Voici, en substance, ce qu'il

sous LOUIS l\ DIT SAINT LOIIS. 177

en dit : > Je no sais lro[) poiirciuoi le roi a réuni dans une maison trois cents » aveugles, qui s'en vont par troupes dans les rues de Paris, et qui, pendant >' que le joui' dure, ne cessent de braire. Ils se heurtent les uns contre les au- » très, et se t'ont de fortes contusions; car personne ne les conduit. Si le feu " prend à leur niaison , il ne faut pas en douter, la communauté sera entière- > ment brûlée, et le roi obligé de la reconstruire sous de nouveaux frais.»

Les Quinze-Vingts sont restés dans leur habitation piimitive jusciu'en 1779. A cette éjwque, le cardinal de Hohan transféra ces aveugles au faubourg Saint-Antoine, rue de Charenton, dans rhôtel des ci-devant mouscpietaires noirs; il établit un nouveau système d'administration, augmenta le nombre des pauvres admis, et le porta à celui de huit cents. Ces pauvres, au lieu de 13 sous () deniers par jour, eurent chacun 13 sous et, suivant les circonstances, 20 sous; et chaque enfant provenu de leur mariage était nourri et recevait deux sous par jour, jusqu'à l'âge de seize ans : alors on faisait apprendre un métier à ces enfants, qui ne sortaient de l'hôpital que lorsqu'ils étaient en état de pourvoir à leur existence. Toutes ces améliorations cachaient, dit-on, des dilapidations immenses. Je ne prononcerai point sur la justice des nombreux reproches qu'a excités la partie financière de l'administration du cardinal de Rohan, et, il faut l'avouer, la réputation de ce prince de l'Église n'était guère propre à donnei' des préventions favorables à la fidélité de sa gestion. — Tjn arrêt du parlement, du 14 mars 1783, établit dans cettiôpital un hospice pour vingt pauvres de province atteints de maux d'yeux, qui devaient y être gratuitement logés, nourris, habillés et traités, et où les pauvres de Paris, attaqués de même maladie, pourraient aussi recevoir un traitement. En Tan ix, on a réuni à l'hospice des Quinze-Vingts [Institution des Jeunes- Aveugles^ fondée par M. Hauy. Cette institution a ensuite été transférée rue Saint-Victor.

HÔTEL-DIEU, hôpital situé île de la Cité, au midi de la place ou parvis de l'église cathédrale de Notre-Dame. Presque tous ceux qui ont éciit sur cet hôpital attribuent sa fondation à saint Landri, évèque de Paris, qui vivait au septième siècle. Cette opinion n'est appuyée sur aucun monument historique, quoique, depuis près de trois cents ans, on ait répété ce tait comme certain, on ne Ta jamais prouvé. Saint Landri, pendant une grande famine arrivée, dit-on, vers l'an tiôl, donna d'amples secours aux pauvres : c'est de cette action très-louable qu'on a induit que ce saint évèque avait fondé rHôtel-Dieu.

11 existait, près de la maison de l'évéque ou plutôt la maison de reglise de Paris, comme près de toutes les autres maisons d'évéques, un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l'église. Ces pauvres étaient nommés malriculaires ; ils y logeaient pour la plu[)art, et y étaient soignés lorsqu'ils étaient malades : voilà l'origine des hôpitaux voisins des églises cathédrales, et certainement celle de l'Hôtel-Dieu de Paiis. On construisit, on ne sait à quelle époque, pour l'usage des pauvres matriculaires, une chapelle dédiée k saint Chrisfop/ie, qui donna son nom à riiôpilal. La chapelle et Thôpital Saint-Christophe, dans un titre de l'an 821), se trouvent réunis et pour la première fois mentionnés. Cet hôpital était peu considérable, non par le manque;

\7H iiisïoiiU': i)i: PAins

de pauvres malades, mais faute de lits pour les eoucher. L'église .Notre-Dame y pourvut, en 1068 , par un statut qui porte que chaque chanoine, en mourant ou en quittant sa préhende, sera tenu de donner un lit à cet hôpital; ce statut a beaucoup conirihué à l'accroissement de ses lits.

Adam, clerc du roi, à la lin du douzième siècle, fit don à TthMel-Dieu de deux maisons dans Paris, avec cette condition singulière, qu'au jour de son anniversaire on fournirait, seulement aux pauvres malades, tous les mets ou comestibles qu'ils pourraient désirer.

Philippe-Auf^uste est le premier roi connu qui ait fail quelques libéralités à cet hôpital. Dans ses lettres du mois de mars 1208, il est dit : '< Nous donnons » à la Maison de. Dien de Paris, située devant la grande église de la bienheu- » reuse Marie, pour les pauvres qui s'y trouvent, fovtc la paille de Doire cham .) bre el de noire iVaison de Paris, chaque fois que nous partirons de cette ville > pour aller couchei* ailleurs. > Cette paille , dont Philippe-Auguste gratifie l'hôpital , ne donne pas une grande idée de l'état où s'y trouvaient les pauvres. Saint Louis mérita, plus que Philippe, le titre de bienfaiteur de cet hôpital. II le prit sous sa protection spéciale ; il lui accorda en 1248 l'usage d'un prétendu droit que le roi, les princes, les officiers de la couronne et Tévèque de Paris exerçaient sur les marchés; ils prenaient les denrées qui leur plaisaient, et en fixaient eux-mêmes le prix. Tel était le droit inique et attentatoire à la propriété dont saint Louis gratifia l'Ilôtel-Dieu. O même roi déclara cet hôpital exempt de toutes contributions, de di'oit d'entrée et de péage |)ar terre et par eau; il en augmenta les bâtiments, les étendit jusqu'au Petit-Pont. A diverses reprises, il lui assigna des rentes considérables pour le temps. Ce furent sans doute les améliorations que cette maison éprouva sous ce règne, qui la firent renoncer a sa dénomination de Saivl-Chrislophe, pour prendre celle à' Hôpital de Notre- Dawe oy\ de Maison- JMeii.

Les successeurs de saint Louis imitèrent quelquefois son exemple. Charles V, en 1321, exempta cet hôpital du droit de prise, dioit onéreux, vrai brigandage, dont j'ai eu occasion de parler et dont je parlerai encore, que les rois, les reines, les princes de la cour, etc., avaient coutume d'exercer sur tous les habitants de Paris. Par cette exemption, la cour se réduisit à ne plus enlever à l'Hôtel-Dieu ses charrettes, ses chevaux, ses bètes à cornes, ses pailles, ses grains, etc., toutes choses qu'elle était en usage de prendre pour son service.

11 serait trop long de rapporter tous les bienfaits que cet hôpital reçut, à diverses époques, de la part des rois, et surtout des particuliers.

L'Hôtel-Dieu est composé d'une réunion de bâtiments irrégulièrement disposés, construits et ajoutés les uns aux autres en ditTérents temps. Il ne présente point, comme {)lusieurs établissements de ce genre, un ensemble régulier, ni des parties symétriques. Sur la place du Parvis Notre-Dame on a d'abord cherché à donner à cet amas de bâtiments quelque régularité. En 1804, on fit, sur les dessins de M. Clavareau, une façade et une entrée plus caractéristicpies et plus convenables. Vn pavillon avancé, d'un style sévère, couronné dune frise doi'ique et d'un vaste fronton, forme la seule façade régidière et l'entrée prin-

sous LOUIS 1\ DIT SAINT l.oriS. ITO

cipale (le cet hôpital. Le pôiislyli» rsl drconMlos statues de saint Viiieent-de- Paiil el de M. de Moidhion ; le i^raiid escalier, du portrait des médecins et chirurgiens célèbres de rhôi)ital

Les deux ponts qui servent de coninjunication d'une live à l'autre, se nomment l'un le Ihiul Sdinf-C/wr/rs, «pii sert tout entier à ITlôtel-Dieu , et (pii fut hàti en KiOti; et l'autre le Pont-an- Double; il est daté de 1631 et vSert aux piétons: Dans ces dernières années, on a dédoublé le bâtiment Saint-t'harles, sur la rive droite de la Seine, et on a bâti un nouveau corps de logis: en môme temps on établissait une aimexe à l'Hôtel-Dieu, rue de Charenton.

Le chapitre de Notre-Dame avait, depuis les temps anciens, l'administration de l'IIôtel-Dieu. Il nommait deux chanoiîies proviseurs de cet hôpital; des frères le desservaient. Un 1-217, il fut réglé qu'il y aurait trente frères laïques, quatre prêtres, (juatre clercs et vingt-cinq sœurs. On voit, par ce règlement, qu'alors les ])àtiments de cet hôpital étaient de deux espèces : Mô/el-Dieu ou .>/r//.s-o// />/>?/, proprement dit, et \es G ranges ; (\[\e ces granges étaient, comme l'hôpital, peuplées de malades, puisqu'on y dit que les frères et les sœurs serviront tant à l'Hôtel-Dieu que dans les Granges. On voit aussi dans ce règlement que le maître, chaque semaine, donnait lui-même la discipline aux frères, et la maîtresse aux sœurs. Si un frère ou une sœur, en mourant, était trouvé en possession de quelque objet qu'il n'aurait point déclaré à son supérieur, on ne faisait aucim service pour lui, et il était enterré comme excommunié. La riguem* de ces règlements n'empêcha point les abus et les désordres de s'introduire parmi ces frères et ces sœurs. On n'en connaît point la nature; mais ils furent tels que le parlement, en 1505, se vit obligé de renvoyer les sœurs de cet hôpital, qu'on appelait alors les sœwAv noires^ de les remplacer par des sœurs yrises, et de nommer huit bourgeois de Paris pour administrer l'Hôtel-Dieu. l lusieurs frères furent aussi renvoyés.

Dans la nuit du 1'' au 2 août 1737, le feu prit à l'Hôtel-Dieu, et ses ravages ne furent arrêtés que le 5 de ce mois. On transporta 2,500 malades dans la nef de .Notre-Dame et dans la grande salle de l'archevêché. Dans la nuit du 21) au 30 décembre 1772, un autre incendie, i)lus violent, éclata dans cet hôpital. Plusieurs centaines de malades périrent dans les flammes ou sous les ruines des salles écroulées.

L'administration de cet hôpital laissait autrefois beaucoup à désirer : aller à niôtel-Dieu, c'était presque aller à la mort : sur neuf malades admis, il en mourait toujours deux, encore faisait-on entrer dans ce calcul beaucoup de personnes qui n'étaient malades qu'en apparence. Voici, suivant le rapport fait en 1816 au conseil général des hospices, l'ancien état de cet hôpital : - Les lits " étaient eiitassés dans les salles, et les malades entassés dans les lits : il y •' en avait souvent quatre et (juelquefois six couchés ensemble. On a même vu, >' dans quelques occasions extraordinaires, placer les malades les uns sur les

• autres, par le moyen de matelas mis sur l'impériale, à laquelle on ne mon- >' lait (|ue par une échelle. La portion d'air (pie le malade respirait était de trois

• ou (piatre mètres; et le malade aurait eu Ixîsoin d'en avoir douze j)0ur ne > pas trouver un danger de plus dans l'atmosphère (pii lenviroiuïait. •>

180 HISTOIHE DE PARIS

Le gouvernement restait indi(Yérent à tant de maux, insensible aux cris des amis de l'humanité. Tous sentaient le besoin de transférer ailleurs cet hôpital, ou de !e diviser en plusieurs maisons. Louis XV! ordonna à l'Académie des Sciences de faire un rapport sur l'état de l'Hôtel-Dieu. Ce rapport fut publié. En voici les principaux résultats : < Nous avons d'abord comparé l'Hôtel-Dieu et la » Charité ( l'hôpital de ce nom), relativement à leur mortalité. L'Hôtel-Dieu, en >> cinquante-deux ans, sur un million cent huit mille sept cent quarante et un » malades, en a perdu deux cent quarante-quatre mille sept cent vingt, à raison » de un sur quatre et demi. La Charité, qui n'a qu'un mort sur sept et demi, » n'en a perdu que cent soixante-huit mille sept cents : d'où résulte le tableau » effrayant que l'Hôtel-Dieu, en cinquante-deux années, a enlevé à la France » quatre-vingt-dix-neuf mille quarante-quatre citoyens, qui lui auraient été con- » serves si l'Hôtel-Dieu avait eu un emplacement aussi étendu que celui de îa « Charité. La perte de ces cinquante-deux années répond à mille neuf cent six " morts par an, et c'est environ la dixième partie de la perte totale et annuelle " (le Paris... La conservation de cet hôpital, ou du moins de l'emplacement " qu'il occupe, produit donc le même effet qu'une sorte de peste qui désolerait >» constamment la capitale. »

La révolution étant survenue, on ne construisit point de nouveaux éditices; mais on distribua les malades , d'après la nature de leur maladie, dans divers hôpitaux déjà existants, et même dans les maisons religieuses évacuées, et dont on pouvait disposer. Les femmes en couches, les aliénés, les scrofuleux et ceux qui sont atteints de maladies de la peau, les vénériens, eurent leurs hôpitaux particuliers et leurs médecins spéciaux. L'Hôtel-Dieu se trouva ainsi déchargé de la quantité surabondante de pauvres, atteints de toute espèce de maladies, qui s'y rendaient autrefois.

Aujourd'hui, dans cet hôpital, il ne reste plus de traces de son ancien et affligeant état; les salles sont vastes, bien aérées; les lits convenablement espacés; chaque malade est couché seul. On y traite toutes les maladies internes et chirurgicales. Le nombre des lits se monte à mille, dont quatre cent quarante sont destinés aux hommes, et cinq cent soixante aux femmes. En 1842, la mortalité a été de im sur sept.

SAiNT-EUSTACHK, église paroissialc, située entre la rue Traînée et celle du Jour. L'emplacement de Saint-Eustache paraît avoir été anciennement consacré à la déesse (lybèle. On établit en ce lieu, on ne sait à quelle époque, une chapelle de Sainte-Agnès. Pour la première fois, en 1213, il est fait mention de cette chapelle, qui dépendait du doyen et des chanoines de Saint-Cermain-l'Auxerrois; enfin, en 1-223, les monuments historiques désignent un prêtre de Saint' Eîistache. Ce prêtre voulut, plusieurs années après, prendre le titre de curé; le doyen de Saint-Ciermain-l'Auxerrois le lui disputa très- vivement. Cette querelle se termina, en 1254, par un accord dont voici les principales clauses : Au seul doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois appartiennent tontes les offrandes {dM^s à l'église Saint-Eustache, et tous \es profits des messes qui s'y diront, les jours des fêtes de tous les Saints, de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Cependant ce doyen laissait au curé tous les profits des messes des morts, et toutes les o/-

S(M s LCKilS l\ DIT SAI.Nl LOI IS. \H\

frandes laites lors des eérêinoiiieslinièbres, le corps du mort présent; quant aux messes des pèlerins, aux uiesses des relevaillcs, dites en ces munies jours de Cèle, le doyen devait n'avoir qui* la moitié de leur profil. Il l'ut aussi eonveiui que le doyen et le euré partageraient entre eux les offrandes des premières messes et tous les émoluments de la paroisse, tels (pje les /troduils de la ronfessimu des baptêmes^ des visites faites and malades, et de Vexlrème-onction; les legs des meuhlcs et immeubles, le produit de la bénédiction des lits nuptiaux, Vargent donné aux portes de Vègiise lors des mariages, etc., etc. C'est sans doute l'état de sujétion de ce cure au doyen de Saint-Oermain qui a donné naissance à ce proverbe : // faut être fou pour rire curé de Saint- lùistache.

Kn hiôO, un moine de loi'dre de Cîteaux, appelé Jacob, et se taisant nommer le maître de Hongrie^ avait réuni à sa suite environ cent mille hommes tous armés, qu'on nonnnait les pastoureaux. Ces hommes confessaient , cassaient les mariages, etc. Jacob, considéré comme lliomme de Dieu, après avoir quitté Amiens, établit le lieu de ses prédications dans l'église Sainl-luistache, enchâssa les prêtres comme il avait fait ailleurs, et en fit même massacrer quelques-uns. 11 psrut dans cette église vêtu en habits d'évèijue, et en exerçait les fonctions. Knlin, le moine lacob et sa suite se retirèrent à Orléans, au grand contentement du cierge de Paris, (ivii eut la précaution de ne lancer contre eux son ^'xconmiunication, que lorsqu'ils furent éloignés de cette ville.

Le 9 août L")32, le prévôt de Paris posa la première pierre de l'église actuelle. (!ette construction devait (Hre avancée en loi*), puisqu'en cette année quatre autels furent bénits. Le chœur ne fut commencé qu'en 1624; en 1H:i7, on consacra l'église entière, quoique imparfaite; elle ne s'acheva qu'en 164-2.

Cette église, très-vaste et très-élevée, olîre le bizarre assemblage de l'architecture ogivale, qui, lorsqu'on entreprit sa construction, passait de mode, et de l'architecture antique, qui commençait à prévaloir. Elle appartient à un style neutre qui ne servira jamais de modèle. Le portail de la face occidentale, construit sur les dessins de M. Mansard de Jouy, continue sui" ceux de M. Moreau, architecte de la ville, n'a été terminé qu'en 1788: il est formé de deux ordres, l'un au-dessus de l'autre, le dorique et l'ionique. Aux extrémités s'élèvent deux tours carrées en campanilles. A la partie orientale, et dans l'intérieur de réglise est une crypte ou chapelle souterraine, dédiée à sainte Agnès. — La chaire à prêcher fut exécutée par Cartaud.

Plusieurs personnes distinguées ont leurs monuments funèbres dans cette église, ou y furent inhumées : telles sont Bernard de Girard, seigneur du Vlaillan, historiographe de France, mort en 1010; Marie .fais de Cournay, fille adoptive de Michel de Montaigne, qui a rassemblé et publié ses Essais; Vincent Voiture, poète, courtisan, bel esprit, mort en lGi8; Claude Kaure, sieur deVaugelas, célèbre granmiairien, mort en 1650; François de La Mutle-le-Vayer, de l'Académie française; Isaac Benseiade, poète; Antoine Furetière, de l'Académie française; Charles Lafosse, peintre, élève de Lebrun; Arme Ililarion de Constantin, comte de Tourville, dont la mémoire a été hon(»ree par une statue publique; le célèbre Chevert, lieutenant-général des armées du roi; etColbert, ministre de I^uis \IV. Coisevox a sculpté les statues deColbert et de l'Abondance, et

182 iiisToini-: i)i: pahis

Tuby, celles de la Religion et du (iénie. Dans des cartouches de bronze doré, on voit, en bas-relief, Joseph distribuant du blé en Egypte, et Daniel donnant des ordres aux satrapes de la Perse.

Saint-Eustache est l'église paroissiale du troisième arrondissement; elle a deux succursales : celle de \otre-Dame-des-Victoires et celle de >'otre-Dame-de Bonnes-Nouvelles.

SAiNT-sAUVEUK, église paroissiale, située rue Saint-Denis, au coin de celle Saint-Sauveur. Elle est signalée en même temps que Saint-Eustache comme église paroissiale. Elle n'était auparavant qu'une chapelle, appelée Chapelle de la Tour y parce qu'elle se trouvait contiguë à une tour qui tut démolie en 1778. Le doyen de Saint-(iermain-rAuxerrois exigea une part dans les offrandes et les produits des sacrements comme il l'avait exigée de l'église Saint-Eustache. Cette église, démolie en 1787, contenait les sépultures des anciens acteurs comiques, Turlupin, (iautier-Carguille, (kiillot-Corju et Raymond Poisson, inventeur du nMe de Crispin.

SAii>T-JOSSE, église [)aroissiaie, située à l'angle des rues Aubry-le-Boucher et Quincampoix. Elle ne contenait rien de remarquable. On l'a démolie en 1791; et une maison particulière est élevée sui' son emplacement.

COLLÈGES. Plusieurs collèges furent fondés à Paris, mais leur histoire ne présente aucun intérêt; nous nous bornerons donc à les indiquer. Nous trouvons d'abord le collège des Prémontrès, au coin des rues Hautefeuille et de l'École de Médecine; celui de Cluny, place de la Sorbonne; celai des Trésoriers, rue .\euve-de-Richelieu, n" 6, et enlin celui des Dix Huit, près de Notre-Dame. Les écoliers de ce dernier établissement, pour gagner quelque monnaie, se chargeaient de jeter de l'eau bénite sur les corps morts de l'Hotel-Dieu.

Tels furent à Paris les nombreux établissements qui signalèrent le règne de Louis IX, àxludint Louh, et auxquels ce roi prit la plus grande part. Quelquesuns portaient un caractère incontestable d'utilité publi([ue; mais la plupart étaient essentiellement inutiles ou nuisibles. Les habitants de cette ville, déjà accablés sous le joug des seigneurs ecclésiastiques, épuisés [)ar les curés qui avaient perfectionné lart de tirer un grand profit de leur ministère, en mettant à contribution presque toutes les circonstances de la vie, devaient-ils encore être surcharges par cette multitude de moines mendiants qui vivaient à leurs dépens, qui, par le scandale de leur conduite, contribuèrent à troubler l'ordre, et à maintenir la corruption des mœurs?

PARIS sous PHILU'PK 111, DIT LE HARDI.

Philippe 111 succéda, en 1270, à son père, Louis IX. Simple et crédule, il se laissa gouverner par Pierre de la Hrosse, barbier ou chirui'gien de son père. Philippe avait eu de sa première femme, Isabelle (i Àr<uion, un bis appelé Louia, qui mourut en 127t). On repandit le bruit (jue le poison avait causé sa mort, et l'on accusa de ce crime Marie de liraIxnU, seconde épouse du roi, femme qui aimait et cultivait la poésie: on en accusa aussi Pierre de la Brosse, chaml)ellan de Philippe-le-Hardi, lequel , par la faveur dont il jouissail auprès du roi.

SOI s i>iii MiM>i: m hi r u: ii midi. 183

t'xcila la jaloiisItM'l la viM»;;tMiK'(' des princes i»t seigneurs, (|iii saisirenl (vlIc occasion ponr le perdre. Le roi, dans sa ciuelle ineertiluile , vonlani déconviiil'anleur de ce! allenlal, envoya des abhés, des évècpies, dans le lîrabanl , |)our y consulter une béguine ou relijiieuse de iMvelle , (pii avait la réputation d'être proj^hélesse ou niaj;icieiuie. On iTohlint par ce moyen lien de posilit. Pierre, de lu Unisse, innocent «m criminel, l'ut saciilié : il fut pendu, le :iO juin 1:>78, au liibel de Montt'aucon, qu'il avait l'ait rétablir (piekpies aimées aupavant. Les ducs de liourfiogne et de Urabant , et l»obert , comte d'Artois, assistèrent à son supplice.

Le roi Pbilippe vivait en moine, comme son père; son juron était par Dieu qui me fit. il mourut le :] octobre 1285, en faisant la guerre à Pierre III, roi d'Aragon, exconmiunié par le pape.

Le règne de Pbilippe 111 tut signalé par quelques institutions utiles.

BOUCiiEUiE DKSAiNT-dERMAiN-DES-PHKs. Kllc tut établie en 1274 par Gérard, abbé de Saint-Germain, qui permit aux boucbers de sa terre d'avoir seize étaux, à la charge, par ces bouchers, de payer la somme de vingt livres tournois, dont la moitié appartiendrait à l'abbé, et l'autre au prévôt de l'abbaye, ('.et établissement a donné son nom à la rue dite dea Boiicheries-Saint-Germain.

CONFHÉRIE DES CHIRURGIENS. Jeaii Pifard, chirurgien de saint Louis, avait proposé à ce roi d'établir une confrérie de chirurgiens qui seraient soumis à des règlements propi'cs à prévenir les nombreux abus qui se commettaient dans la pratique de leur art. Elle ne fut légalement autorisée que vers l'an 1270, sous le règne de Philippe-le-Hardi qui confirma ses règlements. Ln voici la substance, dette association portait le nom de Confrérie de Saint-Côme et de Saint- Damien ; les confrères étaient tenus, tous les premiers lundis de chaque mois, de visiter les pauvres malades qui .se rendaient ou se faisaient transporter à Saint-('ome. Tous les confrères devaient s'assujettir à la théorie, à la manière d'opérer, ainsi qu'aux maximes établies par le règlement. Cet article, trèsnuisible aux ju'ogrès de lart, détermina plusieurs chiiurgiens étrangers à dev serter Paris. Ln 1i:n, cette confrérie fut agrégée à l'I'niversité, et, en 15()l, on lui permit d'avoir un bâtiment contigu à l'église Saint-dôme, pour y placer les malades qui, au premier lundi de chaque mois, venaient s'y faire panser.

F.es membres de cette confrérie étaient chirurgiens de loïKjne robe , et les barbiers-chirurgiens , établis en communauté sous la direction de Jean Prncontal, premier barbier du roi, étaient ehirurf/iens de robe courte. Les étudiants de cette dernière 'classe parvinrent à se faire admettre par la faculté de médecine en qualité d'écoliers de cette faculté, dette admission fut, au seizième siècle, la source de soixante années de procès entre l(\s chirurgiens de robe longue et les chirurgiens de robe courte. Malgré ces obstacles que, dans ses premiers pas, rencontra l'art chirurgical, il a suivi la marche progressive de toutes les autres connaissances humaines.

coF.LÉfiE d'harcoirt, situé rue de la Harpe, u" \)\, Haout dHarcoiirt, cha noine de l'église de Paris, et son frère, évèque dedoutances, fondèrent, en 1280, ce collège jiour les pauvres écoliers des diocèses de doutances, de Baveux, d'l':vreux et de Rouen. Les bâtiments de cette maison ont été démolis, et sur

leur emplacement on a commencé, en 1814, un vaste édifice où est établi aujourd'hui le collège Louis-le-Grand.

UNiVERSiTi- . Ce n'est que sous le règne de saint Louis qu'on voit, pour la première fois, la corporation des écoles de Paris recevoir le lïtve CCI 'niver si té, mot qui signifiait l'universalité des sciences enseignées dans ces écoles. Depuis longtemps on divisail la totalité de ces sciences en deux parties :1e trivium elleqifadrivium. Le //vv/wm comprenait la grammaire, la logique et la rhétorique; le quadrivium signifiai! la réunion de rarithmétique, de l'astronomie, de la géométrie et delà musique. S'il arrivait qu'un homme possédât le trivium et le quadrivium y il était considéré comme ayant atteint le suprême degré du savoir.

Gautier de Coincy, dans un poème sur sainte Léocale, se plaint de la décadence des écoles de Paris, et l'attribue aux évêques et au clergé, qui, au lieu d'encourager les étudiants, en leur donnant quelques hénéfices, préféraient en gratifier leurs parents et leurs amis, qui deviennent^ dit-il, chanoines avant de savoir lire, tandis que les pauvres clercs, fatigués par l'étude et la misère, comme le prouve assez leur face pâle et blême, ne trouvent personne qui les protège.

Philippe-Auguste avait accordé aux écoles de Paris des privilèges qui devaient être funestes à la tranquillité publique. En M 63, les écoliers eurent une vive querelle contre l'abbaye de Saint-Germain-des Prés; en H92, ils en eurent une autre contre les habitants de ce bourg; en 1200, ils livrèrent bataille à une partie des habitants de Paris; en 1 •2-29, nouvelles scènes scandaleuses, dont voici quelques détails. Des écoliers vont au faubourg Saint-Marceau, dévastent entièrement la maison d'un cabaretier, brisent ses meubles et répandent tout son vin; puis, comme des furieux, parcourent les rues, frappant, blessant, tuant même tous ceux qu'ils rencontrent, sans distinction ni d'âge ni de sexe. Le prévôt de Paris, averti, vient avec ses archers, longtemps après le délit, pour arrêter les coupables. Il trouve des écoliers qui jouent; il fond sur eux avec sa troupe. Les écoliers résistent, et plusieurs d'entre eux sont dépouillés, blessés, et quelques-uns tués. L'Université suspendit alors ses exercices ordinaires, demanda réparation, ne l'obtint point, et cessa entièrement le cours d'études. Les professeurs et les écoliers sortirent de Paris, et se dispersèrent en divers pays. Deux années entières s'écoulèrent, el ce ne fut qu'en 1231 que cette corporation fut rétablie. Pendant cet intervalle de temps, les privilèges de l'Université furent en proie à l'avidité de ses ennemis : l'évêque de Paris, les jacobins de cette ville, rarchevêque de Sens, le roi même, aggravèrent ses malheurs en se partageant ses dépouilles.

En 1252, (pialre écoliers clercs, et up laïque leur serviteur, furent, pendant la nuit, arrêtés dans les rues de Paris par les archers du prévôt. Sans doute ils commirent quelques délits, et opposèrent de la résistance, puisqu'ils furent dépouillés, battus et mis en prison : un d'eux y perdit la vie. Le lendemain on fit relâcher ces prisonniers. L'Université ne fut point satisfaite : elle demanda une ample réparation, et fit fermer les écoles. Tout exercice fut suspendu pendant sept semaines, jusqu'à ce (ju'Alphoiise, frère de saint Louis, eût fait condamner ceux dont l'I niversilé aval! à se i)laindre, les uns au bannissement, les autres au supplice de la potence. Getle allaire fut suivie d'une autre plus grave, qui

s()i;s piiiLii'Pi: I il hiT u: iiauih. i«r>

s'cli'va (Milic I l iiivcrsilr ri les jacobins, cl dont le ivcil sérail (rop long. Je inc bornerai à dire (jne le pape Alexandre IV s'en inc'^la, suspendil tons les membres de n'iiiversité de leurs fonctions; qu'il donna, en faveur des moines mendiants, plus de quarante bulles qui n'éteignirent point le feu des dissensions; qu'il s'ensuivit des actes de perfidie et de violence, et que tous les ordres mendiants de Paris prirent ensuite parti contre rUniversité. Guerre des privilèges contre d'autres privilèges, la désertion des écoles, des accusations réciprocjues d'bérésie, des conflits de juridiction et des reproches vifs contre la conduite des ordres mendiants, furent les aliments et les efTets d'une querelle qui, commencée en 125-2, ne fut terminée qu'au mois de février 1260.

Un règlement, que fit à Paris, en 1276, Simon de Brie, légat du saint-siége, porte que les écoliers, au lieu de célébrer les fêtes de l'Église s'adoimaieni aux excès du vin et à toutes sortes de dissolutions; qu'ils prenaient les armes, et couraient par troupes dans les rues de la ville pendant la nuit, troublaient le repos des habitants, et s'exposaient eux-mêmes à plusieurs dangers. Il ajoute qu'il se trouvait des écoliers qui poussaient l'impiété jusqu'à jouer aux dès sur les autels, en blasphémant le nom de Dieu.

En 1278, Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-des-Prés, pour se mettre en garde contre les atteintes des écoliers, fit bâtir quelques murailles sur le chemin qui conduisait au Prè-aux-Clercs. Les écoliers trouvèrent que la construction de ces murailles rétrécissait leur route ordinaire; ils les démolirent. L'abbé, irrité, fait sonner le tocsin, et les domestiques de l'abbaye, ainsi que tous les habitants du bourg de Saint-Germain, s'assemblent, prennent les armes, et fondent sur les démolisseurs. L'abbé et les moines exhortaient à la vengeance leurs sujets armés, en leur criant : Tue! lue! Parmi les écoliers, plusieurs furent pris et conduits dans la prison de l'abbaye; d'autres furent blessés mortellement, ou estropiés pour la vie. L'Université déclara que, si elle n'obtenait pas, dans l'espace de quinze jours, une réparation éclatante, elle suspendrait tous ses exercices. L'abbé, les religieux de Saint-Germain-des-Prés et leur prévôt furent condamnés à différentes peines. Plusieurs autres querelles plusieurs autres scènes de cette nature se manifestèrent entre l'Université et diverses corporations ou autorités de Paris; mais elles sortent des limites de la période qui nous occupe.

FOIRE DU LEM)iT. Une foirc, appelée Lendit, se tenait, chaque année, en juin, le mercredi avant la fête de Saint-Barnabe et les jours suivants, entre le village de la Ghapelle et Saint-Denis, dans un lieu appelé le Champ-du- Lendit (\), Le lieu de réunion était désigné par un arbre a])pelé Yonne du Lendit.

En 1225, Philippe-Auguste fit un règlement pour les places que chaque espèce de marchands devait y occuper. L'abbé de Saint-Denis, qui percevait des droits considérables sur les marchandises, y avait un logement, et y jugeait les ditrèrends survenus entre les marchands. L'évêque de Paris, avec grande solennité et grand nombre de reliciues, ouvrait la foire, et donnait une bénédiction qui lui était payée à raison de dix livres parisis.

: (1^ Ce nom dérive du mol indictuiu, par lequel on désignait plusieurs foires.

186 HISTOIRE DE PAÎUS

La foire du Lendit, au treizième siècle, a inspiré la verve d'un rimeur qui en a fait une description; en voici quelques passages : Les marchandises qu'on y apportait consistaient en tapisseries, en merceries, en parchemins, en vieux habits, en lingeries et en pelleteries : on y vendait aussi de la tiretaine, étoffe destinée aux pauvres gens; des cuirs, des chaudrons, des souliers, des instruments aratoires, des cofTres, du chanvre, des ustensiles de ménage en étain ; enfin il s'y trouvait des changeurs, des orfèvres, des marchands de draps, des épiciers, des regrattiers, des laverniers, des maquignons, des marchands de bière et de vin : même des femmes publiques.

ÉTAT CTVTL DE PARTS

En 1257, saint Louis rendit une ordonnance contre les guerres privées que se faisaient les seigneurs, et contre les incendies, principaux exploits de ces guerriers. En 1260, il en rendit une autre qui prohibe les duels en matière judiciaire, et leur substitue la preuve par témoins; mais ces lois ne furent point exécutées et il s'attira les injures des seigneurs laïques et ecclésiastiques. En 1270, saint Louis rédigea ou fit rédiger, pour la première fois, depuis le commencement de la troisième race, un Code de lois, appelé les Établissements-le-Roi, où il pose des règles sur les transactions particulières, sur les procédures juridiques et sur l'état des personnes, les privilèges des unes, la servitude des autres.

Ce prince abolit ensuite le droit de chevestrage qui se percevait sur les bateaux amenés par eau dans Paiis, et attachés sur la rive par le chevestre, qui signifie corde. Il réforma la prévoté de Paris, fonction qui se vendait à l'enchère, et qui était remplie par deux bourgeois, lorsqu'un seul n'était pas assez riche pour y mettre le prix. Il nomma Etienne Boileau prévôt de Paris, et lui assigna des gages. Ce prévôt mit du zèle dans l'exercice de cette fonction; il divisa les marchands et les artisans en dilTérents corps, sous le titre de confréries, et fit des règlements de police sur ces diverses associations.

Quoiqu'il existât soixante sergents, moitié à pied, moitié à cheval, commandés par un chevalier du Guet, pour faire la police pendant la nuit, cette police était négligée et insutTisante : chaque nuit se manifestaient des incendies, des vols, des violences, des enlèvements de femmes, et autres excès. Paris et ses dehors étaient, dit Joinville, remplis de malfaiteurs et de voleurs. Les Parisiens, en danger, demandèrent au roi la permission de faire eux-mêmes le guet pendant la nuit : il le leur permit en 1254, et cette garde fut nommée le Guet des métiers ou des bourgeois.

On attribue à saint Louis, mais le fait n'est pas certain, trois règlements relatifs à la vente du poisson de mer et d'eau douce, amené aux halles de Paris. On y voit qu'il fallait acheter du roi le droit de vendre ces poissons, et qu'il existait des prud'hommes, ou jurés des halles, qui y maintenaient la police, et percevaient les amendes. Ces prud'hommes étaient à la nomination du cuisinier du roi. Ceux qui apportaient du poisson payaient le droit de /o////rw, c'est à-dire le droit que le roi percevait sur toutes les marchandises du marché; ils payaient en outre le droit de vendre, le droit de eoiigé et le droit de hcdagey et

sors PiiiiJPPi: III DIT M-; iiaiidi. is;

|)uis le (Iroil qui roveiiail aii\ priuriiDinmcs. Le cinsiiiier du loi ohliucail les prud'hoiiuues qu'il avait noininés à jurer sur les saints de choisir le [)()isson dont le roi, la reine et ses enfants avaient besoin, et d'en iixer le prix en conscience; et, pour ce service, ils étaient excm|)ls du guet.

lui 1250, Thomas, ahhé de Saint-C.ermain-des-Prés, accorda la liberté aux habitants du bourg de Saint-tlermain ; mais on a la certitude qu'il la lit [)ayer. 11 déclare, dans l'acte d'anVanchissement, (juc ces habitants lui ont rendu de grands services, ([u'ils lui ont de plus donné la somme de deux cents livres i)arisis, et ([ue, jmur ces causes, il exempte eux et leurs successeurs de toutes servitudes, telles que wain-morte et forl-maria(je. Mais il se réserve le droit de justice et de seigneurie dans ledit bourg, ses rentes, ses usages et coutumes; le droit perçu au four banal (rue du Four-Saint-Germain), auquel les liabitants sont tenus d'aller faire cuire leur pain ; le droit sur les bœufs et vaches et juments qu'ils faisaient paitre dans une île de la Seine; le droit perçu aux vendanges, aux cuves, au pressoir. 11 se réserve en outre le cens dû sur leurs héritages, et les droits de l'Église sur les mariages, sur les relevailles des femmes accouchées, etc., etc.

TABLEAU MORAL DE PARIS

La notice des institutions de cette période a déjà olfert plusieurs traits qui caractérisent les mœurs d'une grande partie du treizième siècle. Je vais en réunir quelques autres.

Si des ecclésiastiques cachaient leur corruption sous des apparences de dévotion et de régularité, ils ne se donnaient pas la peine de déguiser l'inflexibilité de leur caractère, leur cuj)idité et leur tenace attachement à leurs privilèges, à ce qu'ils nommaient leurs droits. On a vu le chapitre de Notre-Dame, pour maintenir ces prétendus droits, insulter le roi Louis Vil, lui fermer les portes de leur église. On va voir quelques autres exemples semblables. Un légat du pape, allant dîner à l'abbaye Sainte-Geneviève, fut accompagné par révêque de Paris. J.es chanoines admirent le légat, et repoussèrent l'évoque, dont la présence dans leur maison attentait à leurs privilèges. Un autre évèque de Paris, dans un cas semblable, reçut un pareil affront dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Lors des funérailles de saint Louis, l'archevêque de Sens et l'évèque de Paris se rendirent ensemble à Saint-Denis pour assister à cette cérémonie; Mathieu de Vendôme, abbé de ce monastère, en |)résence même du nouveau roi Philippe-le-Hardi, leur ferma brusquement les portes de son église.

Sous le régime féodal, l'habitude d'envahir, d'usurper, était si générale parmi les seigneurs laïques et ecclésiastiques, (lu'ils prenaient les uns envers les autres les précautions les plus scrupuleuses. Si des inférieurs, des habitants d'un village, pour obtenir la bienveillance de leurs supérieurs, s'avisaient de leur rendre un service, de leur faire un présent, ce service et ce présent étaient, par la suite, convertis en redevance annuelle et perpétuelle. Les seigneurs chevaliers, chanoines, abbés, évèqucs, en usaient de même entre eux. Malheur à ce-

188 HISTOIRE DK PARIS

lui qui en avait invité un autre à dîner ! il était condamné à lui donner éternellement chaque année un pareil repas. Voilà le motif des précautions un peu brutales que prirent les chanoines de Notre-Dame, ceux de Sainte-Geneviève, les moines de Saint-Germain-des-Prés et les moines de Saint-Denis contre les évèques qui venaient pour dîner chez eux.

Ajoutons quehiues traits qui peuvent donner une idée de l'état de servitude dans lequel les évèques et les moines tenaient les habitants des villages dont ils étaient seigneurs. Vers l'an 1252, le chapitre de Notre-Dame imposa sur plusieurs villages, dont il était seigneur, une contribution nouvelle, les habitants de Châtenai refusèrent de la payer : alors le chapitre fit arrêter, traîner à Paris et jeter dans une prison très-étroite tous les hommes de ce village : ils pouvaient à peine s'y mouvoir, manquaient de tout, môme de l'air respirable.

La reine Blanche, instruite de l'état de ces prisonniers, envoya auprès des chanoines pour les ])rier de mettre ces malheureux en liberté, et s'offrit même de les cautionner. A cette demande les chanoines répondirent fièrement que personne n'avait le droit de se mêler des intérêts de leurs sujets, et firent arrêter les femmes et les enfants de ces prisonniers. La reine apprenant qu'ils périssaient de faim et de misère fait briser la porte de la prison. Aussitôt, de cet affreux réduit on vit s'élancer une foule d'hommes, de femmes, d'enfants, pâles, défigurés, tombant d'inanition , accablés par la souffrance, et qui se jettent aux l)ieds de la reine et implorent sa protection. Leur libératrice les rassure, et parvient dans la suite à les faire affranchir des chaînes de l'esclavage.

La corruption dominait dans les institutions civiles comme dans le clergé. En 1254, au retour de sa première croisade, saint Louis fit une ordonnance pour arrêter le cours des désordres qui déshonoraient la magistrature. Les officiers de justice recevaient de la part des plaideurs des présents considérables; saint Louis permit aux juges d'accepter des présents en pain, en vin, en fruits, mais dont la valeur présente ne devait pas excéder la somme de dix sous. Il défendit à ses officiers, prévôts, baillis, etc., de faire des présents à leurs supérieurs, de se servir d'agents usuriers, fripons, mal famés, de jurer par les noms de la Vierge et des saints, de jouer aux dés, dont il abolit la fabrication dans son royaume; il leur défendit enfin de faire mettre personne en prison pour dette, excepté pour la dette du roi.

La prévôté de Paris se vendait à quelque bourgeois de cette ville, ou était héréditaire dans sa famille. 11 en résultait des abus si considérables à Paris, que, suivant Joinville : « Le peuple, désolé par ses grandes injustices et rapines, » ne pouvant plus supporter la tyrannie du prévôt, abandonnait Paris, allait » en d'autres prévôtés et seigneuries. La terre du roi était si déserte, que, quand » il tenait ses plaids, il n'y venait pas plus de dix à douze personnes. Outre cela, > dit-il, se Irouvaient à Paris et dans les environs tant de malfaiteurs et de vo- >' leurs, que tout le pays en était plein. »

La prostitution s'était accrue dans cette ville en raison de l'accroissement de la population. Saint Louis voulut en diminuer les progrès; il ordonna que les femmes publiques seraient chassées des maisons qu'elles occupaient, et que le propriétaire qui leur louerait une maison serait condamné à payer au prévôt.

sors iMiii.iiMM: III 1)1 r li: haudi. 189

pour aiiuMule, kMiiontaiil du ioNcr annuiM dv^ ('('(((Muaisou. Les leiniiics chassons (le Paiis so reliièreiil dans Us vil!a{;es voisins, en corrompirent les habitants, et y rec:urent les Parisiens corrompus.

Le cardinal .lac(iues de Vitry, après avoir lait un horrible tableau de la corruption des nuiHus de l'Occident, consacre un chapitre spécial pour peindre les nionirsou plutôt l'immoi'alité des I^arisiens. « Les habitants de Paris se livrent, >• dit-il, à tous les crimes, se vautrent dans toutes les oi'duresde lu débauche.... •' Le clergé est encore plus dissolu que le leste du i)euple. Send)lableà une chèvre » j?aleuse,à une brebis malade, ilcommuni(pieà tous ceux (luiaflluent dans cette

- cité la contagion de ses exemples pernicieux, il les corrompt, les dévore et les " entraîne dans l'abîme. Aloi's, à Paris, une simple fornication n'était point répu- » lée un péché. Les tilles [)ubliques,dans les rues, dans les places, devant leur " maison, arrêtaient elïVontément les ecclésiasticiues qui y passaient; et si, par »> hasard, ils refusaient de les suivre, aussitôt elles criaient après eux, en les » appelant sodoïnites. Car, continue notre historien, ce vice honteux et abomi- ' nable est tellement en vigueur dans cette ville; ce venin, cette peste y sont si » incurables, que celui qui entretient publiquement une ou plusieurs concu-

- bines est considéré comme un homme de mœurs exemplaires....»

Cet écrivain parle ensuite des mœurs des écoliers de toutes nations qui abondaient dans cette ville, et cpn en accroissaient la population et le désordre. ' Peu s'instruisent, dit-il , à cause de la diversité de leurs opinions et de leurs

pays; ils ne cessent de se (juereller.... Les Amjlais sont ivrognes et poltrons; » les Français, tiers, mous et etïeminés; les Allemands , furibonds el obscènes » dans leurs propos de table; les IS'ormands, vains et orgueilleux; les Poilevt'ns,

traîtres et avares; les UoKrguignons , des brutaux et des sots; les Bretons, •» légers et inconstants; les Lombards, avares, méchants et lâches; les Romains, ■> séditieux, violents, et se rongeant les mains (de colère); les Siciliens, tyrans •» et cruels; les Brabançons, hommes de sang, incendiaires, routiers et voleurs; ' (jUant aux Flamands ^ ils sont prodigues, aiment le luxe, la bonne chère et >> la débauche, et ont des mœurs très-relàchées. »

La littérature, la seule voie ouverte à l'amélioration morale, lit de grands progrès pendant cette période. Les productions littéraires, tant en langue ^ savante qu'en langue vulgaire, se multiplièrent considérablement. On écrivit, en français et en vers, des chroniques, des histoires, des contes, des légendes, des fables et des chansons, où l'on remaicpie les premiers élans de la pensée et l'envie d'écrire, avec liberté, sur les vices des institutions et les dépravations des mœurs.

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190 IIISTOIIU: I)K PAKIS.

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