‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 27 sur 96 · PARIS SOUS PHILIPPE V, DIT LE LONG · texte numérisé non relu

PARIS SOUS PHILIPPE V, DIT LE LONG

Après Louis X, on place, au rang des rois, un de ses fils appelé Jean 1«»", qui ne vécut que six à sept jours. Je laisse aux généalogistes le soin de parler d'un enfant qui n'a point régné. Philippe, surnommé le Long , à cause de sa longue stature, succéda à son frère Louis X, le 19 novembre 1316, et fut sacré le 6 janvier suivant, malgré les oppositions du comte de Valois, son oncle, qui, pour s'emparer du trône, avait déjà rassemblé des troupes et s'était rendu maître du château du Louvre. Les Parisiens prirent les armes pour la cause de Philippe, et parvinrent à chasser le comte de Valois et ses partisans. Ce prince avait conçu le projet d'établir l'unité des monnaies, des poids et des mesures. Ce projet, qui honore sa mémoire, rencontra dans le régime féodal un obstacle insurmontable. — Philippe ne régna pas longtemps- il mourut le 3 janvier 1322.

Quant aux établissements (lui eurent lieu à Paris pendant son règne, nous ne trouvons à noter que trois collèges, celui de Narbonne, rue de la Harpe, n» 89; celui du Plessis, rue Saint-Jacques, n" 115, dont les bâtiments sont encore occupés par l'école Normale; et enfin, celui de Tréguier et de Laon, place Cambrai, sur une grande partie de l'emplacement où depuis a été construit le Collège de France. v

PARIS sous CHARLES IV, DIT LE BEL.

Ce roi, troisième fils de Philippe-le-Bel, succéda, le 3 janvier L322 , à son frère Philippe-le-Long. Ce prince faisait exercer la justice avec la sévérité. Jl essaya de réprimei" le brigandage des nobles; et, s'il ne parvint pas à les ramener à des principes de probité (pi'il n'avait pas lui-môme, il sut, [)0ur quelque

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lornps, les conUMiir pju' la UMi'ciir (i(\s clKilimciils. /js f/rani/s exemples, <lisailil, $o)}l les plus nécessaires ; il aillait dû dire les /Km s exemples.

Jounlaiii lU» Lislo, scifAiiciir de (lasaiiboii, iicviui par sa feinMic du pape .h^'iii Wll, un des plus illustres et des plus grands scélérats de son temps, dont les crimes, par eonsidération pour ce pape, étaient restés impunis, l'ut, en 13'2'i, par ordre de (iliarles-le-liel, livré an parlement, ipii le condanma à être pendu. Son jugement s'exécuta à Paris. I.e curé de Saint-Merri, pour taire sa cour au pape, lit porter son corps dans son église, et l'enterra honorablement et gralis, comme il s'en vante dans une lettre adressée à ce pontife. ' Charles, en altérant la valeur des monnaies, imita le roi son père, et mérita comme lui le surnom i\k^. fcaix-monnayeiir. Il mourut à Vincennes, le f»' lévrier 1328. Voici la notice des étahlissements laits ou renouvelés à Paris pendant le règne de Charles IV.

SAiiNT-JEAN-EX-GKÈVE. J'ai parlé de cette église, située derrière l'Hôtel-de- Ville. D'abord chapelle baptismale de Saint-Gervais, puis érigée, en l'an 1212, en église paroissiale, l'église Saint-Jean, entourée d'uTie enceinte qu'on nommait le cloftre Saint-Jean , avait un cimetière contigu, (fu'en 1322 on appelait l^lavc nu Bonhomme, La place du Marché Saint- Jean faisait partie de l'ancien cimetière de cette paroisse; et, du temps de Philippe-le-Hardi, cette place portait le nom de Vieux-Cimetière.

Cette église a été démolie entièrement, et son emplacement envahi par les nouvelles constructions de l'Hùtel-de-Ville.

saint-jacques-I)E-l'iiopital, église située au coin delà rue Saint-Dems et de celle Mauconseil, ir» 193. Des bourgeois de Paris, ayant fait le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, se réunirent en confrérie, et acquirent, en 1419, un emplacement dans la rue Saint-Denis, près de la Porte-aux-Peintres, dans le dessein d'y établir une chapelle et un grand hôpital pour les pèlerins allant à Saint-Jacques, et pour les pauvres passants de l'un et de l'autre sexe. Ce projet s'exécuta avec lenteur et à travers plusieurs obstacles. La reine Jeanne d'Évreux posa la première pierre de l'église qu'elle gratifia d'un (loi(jt de l'apôtre saint Jacques. «

L'hôpital contenait plus de quarante lits. Chaque jour soixante ou quatrevingts pauvres s'y rendaient, y passaient la nuit, et le lendemain, avant de partir, recevaient le (luart d'un pain d'un denierj et le tiers d'une cho|)ine de vin. Quatre prêtres, èJvec le titre modeste de chapelains, furent d'abord chargés de desservir la cha|)elle. Leur nombre alla toujours croissant; à la fin du (|uatorzième siècle, on en comptait dix, dont chacun se lit bAtir une maison dans l'enclos de cet bo|)ital. Knlin, comme il est anivé pour la plu|)artdes hôpitaux de Paris, les prêtres charges de desservir cette maison envahirent insensiblement le bien des pauvres, ce (pii n'emi)èelia pas rétablissement de conserver toujours le nom iVhospilat^ ipioiqu'il n'y eût |>]us d7<o.vyy/^^///^\ Tous les ^ revenus devinrent la proie des chanoines, dont les moeurs ne fun^nt |)as toujours exemplaires. Les seconds statuts, dressés en 1388, défendent aux prêtres ^> ^ de cette maison de jouer aux cartes et aux des; (dallera la l((verne en habits de choeur; de sortir d(» l'église pendant la ('('léliration pour alUM* fain^ la conversa-

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lion au dehors ou sur les places ; île \)oviev la barbe longue et les cheveux longs, d'avoir des chaussures de diverses couleurs; ils leur défendent encore de faire entendre dans 1 église, et pendant les saints olïices, des ris indécents, des contes facétieux et des disputes.

En 1672, l>oiiis XIV donna, à Tordre de Notre-l)ame-du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare les biens de toutes les maisons qui, comme celle de l'Hôpital Saint'Jacques, n'observaient plus l'tiospitalité. Depuis, le bâtiment de l'église de cet hôpital a été démoli, et des maisons se sont élevées sur son emplacement.

Tous les ans, au mois de juillet , les confrères de l'hôpital Saint-Jacques célébraient leur fête |)ar une magnjli(iue pi'ocession, composée de pèlerins portant chacun une calebasse pleine de vin qu'ils vidaient et faisaient rem[)lii' de temps en temps, à la vue des spectateurs. < Cette procession, dit Sauvai, était terminée » par un grand faquin, vêtu en saint Jacques, avec la contenance d'un croche- » teur qui veut faire l'honnête homme; au retour, tous les pèlerins dînaient en- » semble dans les salles de Saint-Jacques-riIôpital; celui-ci, assis au bout de la >' table avec deux honnnes qui l'éventaient, regardait ainsi dîner la compagnie, "Sans oser manger, parce que les saints ne mangent [)oint. » Antoine Fusil, curé de Paris et docteur de Sorbonne, après avoir déclamé contre les confréries et leurs abus, décrit ainsi cette jiiocession : « Un épitome de cela se peut ob- » server en juillet, à la procession de Saint-Jacques-de-rHô])ital, à F^aris, où ils » contrefont ce saint, sur ({uelque bon tetteur de gobelet, qu'ils appellent roij, » et le travestissent d'un chapeau, bourdon, cannebasse et d'une robe à l'aposlo- » lique, toute recoquillée, récamée par-dessus d'écaillés et de moules de la mer. >' C'est là où la cannebasserie est vidée en perfection. Et Dieu sait si, durant le » disner, la bourrache de cuir bouilli est répétée en tirlarigod; et, après disner, » ils dansent la feste en hymne de chaire tabourinée, solemnisant leur pèleri- » nage en bacchantes, ainsi il bacchanalisent la sainteté de leur solennité. Ils » dansent , gimbiettent et carollent le mérite su])posé de leur voyage en Calice. w Cela est blasphématoire de honnir si impudiquement la mémoire des apos- « très et serviteurs de Dieu. »

PARIS sous PHILIPPE YJ, DIT DE VALOIS.

Philippe VI, lils de Charles, comte de Valois, lequel Charles était troisième fils de Philippe-le-Haidi, fut, à la mort du roi Charles IV, déclaré régent du royaume, et deux mois après, le P' avril 132S, lorsiiue la reine fut accouchée d'une lllle, on le proclama roi de France. Il est le iJiemier roi de la branche collatérale des Valois. Ce roi, sans jugement, sans caiaclère, cédait aveuglément à la volonté do ses courtisans perfides; volonté (pi'il croyait être la sienne. Trahi dans sa coui, trahi à la guerre, il fut partout malheureux. Son malheur fut l'ouvrage des ciiconstances <pril ne sut pas dominer, et de son caractère brouillon et iriilable qu'il n'eul jamais la force de maîtriser. M alluma, par sa conduite inq)oIili(pu', entre la France et l'Auglelerre, une guerre qvii causa plusieurs siècles de maux.— Dans les années i:J4:i et i:iiK il fit, pour cause de trahison, décapiter aux Halles de Paris, ou bannir du royau-

-Éif

i^iËiiLiSl iîu iï ilipiiissil.

PiiLlié par Furne Paris.

sons i>iiiMi>iM': VI OIT i)i: \ ai.ois. 207

iiu*, plusieurs cliovalitMs puissaïUs. Il donna lui-nic^me l'ordre de leur cxét'ution (f^.

IMiilippe \l,sans otic un Irès-méchant honïuic, lui lui (rès-mauvais roi. Il mourut le 2-2 août IM.jO. La France ne lui doil aucune reconnaissance, el Paris aucune inslihition utile. Voici celles (pii , sans sa participation et pendant son rè|ïne, eurent lieu dans celle ville :

SAiNT-SKi»[ i.CRE, éjilisc siluéc rue Saint-Denis, n" I2i, fondée en 13-29, par une cont'réiie de personnes (pii avaiei\t l'ail v<eu de visiter la Terre-Saiide. Cette fondation, connue toutes celles tiu mc'^nie i»enre , rencontra <ie fortes oppositions parmi les ecclésiasliipies eii dignité, et lit naître, entre le chapitre de Saint-Merri et celui de INoIre-Dame , de lonj^^ies et vives altercations. J/évéque de l^aris intervint pour lancer son excommunication contre les fondateurs. Il fallut que les confrères entrassent en aiian^ement avec ces terribles adversaires. D'autre part, plusieuis curés disputèreid à la nouvelle église le droit d'avoir un cimetièi'c, craignant que ce nouvel établissement ne leur eidevàt des pratiques. 11 fallut encore que les fondateurs achetassent la tranquillité au prix, de plusieurs concessions; il leur fallut |)artager avec ces prêtres les produits de l'autel, du cimetière, des oll'randes , des bénédictions, etc.

Kn 1333, le nombre des confrères s'élevait à plus de mille : on \ conq)tait des rois, des princes, des personnes de tous les rangs. Cet état de prospérité détermina la confrérie à faire construire une église plus vaste. Ce nouvel édifice fut dédie en 1526; mais sa construction ne fut terminée qu'en 1055.

(À^s confrères avaient eu rimprudence ordinaire de [)lacer dans leur église un clergé (pii s érigea en chapitre , et qui bient(M envahit leurs biens et leurs droits; et les confrères, furent bienté)lpres(pie entièrement dépouillés parleurs créatures. Kn 1072, cette maison eut le sort de celle de Sainl-Jacques-de-rnôpital; le gouvei'uement la réunit à l'ordre de Saint-Lazare.

Kn 1775, quelques individus, pour se procurer à bon marché l'apparence du mérite, s'avisèrent de faire l'evivre les anciennes prérogatives de la confrérie du Saint-Sépulcre, et d'exhumer des bulles el des titres qui en avaient autorisé rexistence. Cette confrérie, n'étant alors composée que de bourgeois et d'artisans, fut, par allusion à leurs bancpiets , nommée la Confrérie de V Aloyau. Ils intriguèrent à la cour, et parvinrent à s'associer plusieurs personnages puissants. Suivant leur plan, ils établissaient un nouvel ordre chevaleresque, dont

^1) (iodel'roi ilt'Han-oiiil t'iil, par anél <lu (•uilciiicnl, du \\) juillet \'.\\:\, Jj,iiiiii du royaume, et se* biens furent conlisqués. Olivier, sire de C-lis.^on, cheAalirr, lui déeapilé aux Malles de l'aris, le 2 aoi'it J^io, par jugement du roi. Messire llaoul Patris, chevalier, el Pierre de Picais, écuver, lurent bannis, et leurs biens eoulis()ue, k' 2 oclulne de la même année. L<' 25) Jio\emtMe i:{i;>, furent décapites, au\ Halles de Paris, sept clie\aliers el trois érn\ers. Le I" dée«'mbre, l'épnnse d'OliNier de (ilisson, son éeu\er, et deuv châtelains, n'a\ant pu être saisis, furent bannis du ro\atnne, et enjent leurs biens contlsqués. Le .3 avril i:j'ii, Unis chevaliers, traîtres au roi, njeinlriers el larrons, furent décapités au\ Halles de l*aris. Le 12 octobre lo'i i, maitr<! Henri de Malestroil, c!i;i|»»'lain du pai»e, mailre des requêtes de l'hôtel, fui, pour la même affaire, lié sur un tombereau, a\ec une couronne eu parchemin sur la tète, promené dans les rues de Paris, et condamné à une prison perpétuelle, ou pai/i de douleur et à Venu de tristesse. H \ eut [thisieuis antres piisouuiers décapités. [Registres criminels du parlement.)

M. le comte d'Artois devait être le grand-maître. Déjà un costume, des croix étaient fabriqués pour la décoration des nouveaux chevaliers, et des grades de commandeurs répartis pour llatter l'amoiu-propre des plus éminents; déjà les intrigants vendaient les admissions à cet ordre, et le droit de se décorer de la croix du Saint-Sé])ulcre, lorsque, le 2 juin 177(), le roi leur fit défense de porterie titre et la décoration de cet ordre prétendu, et les rytHh au milieu de leur carrière chevaleresque.

Cet ordre s est relevé en 181 i : on voit dans un petit volume intitulé : Précis historique de l'ordre royal, hospilalier-niilitaire du Saint- Se pu 1ère de Jérusalem^ par M. le comte Allemand, et publie à Paris en 1815; on y voit, disons-nous, qu'il en coûtait 500 francs pour être re(;u dans l'ordre en âge de minorité, et 300 francs poui' (Hre admis en âge de majorité; qu'en aucun cas les dames ne pouvaient être autorisées à porter la croix de l'ordre , à l'exception des princesses de la famille et du sang royal. Le même écrit porte que les nouveaux chevaliers ont été reçus dans le cabinet de Sa Majesté, et que Mgr. le comte d'Artois accepta avec plaisir le titre de grand-maître, mais que Son Altesse royale ajouta '< qu'elle eu référerait au roi, sans les ordres duquel elle ne pouvait rien '^ faire. ^^ Or, le roi venait de leur répondre qu'il voyait avec plaisir le zèle qui les animait, (pi'il examinerait l'objet <le leur demande, et (pi'il protégerait toujours les institutions utiles. (Tétait \\\\ refus adroitement enveloppé; car Louis XVII! ne mettait certainement pas le rétablissement de cet ordre au rang des institutions utiles, .l'ignore ce qu'est devenue depuis cette association.

En 1701, une compagnie de négociants hollandais ou bataves acquit l'emplacement de l'église et autres bâtiments du Saint-Sépulcre, et y fit élever les vastes et belles constructions a])[)elées la (^ovr ha f ave.

SAiNT-JiJLiEN-i)ES->iKiM':T«iERS, église situéc rue Saint-Martin, iv* 96. Deux jongleurs, Jacques Grure et Hugues ou Huêt-le-Lorrain, avant l'an 1321 , fondèrent cette église, ainsi qu'un hôpital attenant; mais ils n'y parvinrent qu'après avoir éprouvé beaucoup d'obstacles, (les constructions étaient terminées en 1335. Les joyeux confrères contribuèrent , par des dons annuels, à l'entretien d'un chapelain. Le curé de Saint-Merrivhit s'opposer, comme à l'ordinaire, à cet établissement : il fallut composer avec lui.

Les ménétriers ou jongleurs étrang(MS, passant par la ville de Paris, étaient héliergés dans cet hôpital. Les ménétriers, jongleurs, jongleresses, formaient alors à Paris une corporation : ils hal)itaient la même rue, celle dite autrefois des Jowjleurs, et aujourd'hui des Ménétriers, Dès l'an 1321, au mois de septembre, ils avaient consolidé leur association par un règlement scellé à la prévô(é de Paris : en voici la substance. Les seuls jongleurs et ménétriers de la corporation de Paris avaient le droit de faire entendre le bruit de leur musique aux fêtes et aux noces (|ui se célébraient dans cette ville, et d'y rester pendant toute leur durée. Les ménétriers étrangers ne devaient point s'y présenter : s'ils s'en avisaient , ils étaient condamnés à une amende. Ces ménétriers étni<*nl gouvernés par un roi et par le prévôt de Saint-Julien; l'im et l'autre étaient autorisés à bannir de Paris, pendant un an et un jour, les ménétriers parisiens

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sous PHILIPPE VI DIT DE VALOIS. 209

qui, ne faisant point partie de la corporation, et n'ayant point juré d'observer ses règlements, tenteraient d'exercer leur métier dans cette ville. Ce règlement fut signé par trente-sept ménétriers, jongleurs ou Jongleresses.

Tant que les confrères ménétriers n'eurent qu'un prêtre pour desservir leur chapelle, ils furent les maîtres de leur établissement; mais ils cessèrent de l'être dès qu'ils en eurent réuni plusieurs. Ces prêtres parvinrent à faire abolir l'hôpital, et se livrèrent à des désordres si scandaleux, qu'en 1644 l'archevêque de Paris les remplaça par des Pères de la Doctrine chrétienne. Cependant, malgré ces usurpations, les maîtres violons de Paris conservèrent encore, dans cette église , quelques prérogatives. Cette église, démolie au commencement de la révolution, est remplacée par une maison particulière.

CHAPELLE DE SAINT- YVES, situéc ruc Saint - Jacques , au coin de celle des Noyers. Elle fut fondée, en 1348, par les écoliers bretons étudiant à Paris. Saint- Yves, qu'on nommait V avocat des pauvres ^ devint le patron des avocats et des procureurs qui établirent une confrérie dans cette chapelle, et en furent les administrateurs. Cet éditice était d'une construction élégante : son portail offrait les statues de Jean VI, duc de Bretagne, et de Jeanne de France, son épouse. Sur son emplacement s'est élevée une maison particuhère.

COLLÈGES. — Dans la période qui m'occupe, on fonda à Paris un grand nombre de collèges. Le collège de Marmoutier^ rue Saint-Jacques, près du collège du Plessis, fut établi en 1329 par GeofTroi du Plessis, et celui d 'verras, situé rue d'Arras, n" 4, par Nicolas le Cauderlier , abbé de Saint- Vaast d'Arras. En 1330, le collège de Boui-yogne s'éleva sur l'emplacement où est l'École de médecine actuelle, et fut doté par la reine Jeanne de Bourgogne; celui des Lombards, rue des Carmes, n'* 23, fondé en 1334 par plusieurs Italiens, reçut le nom de Maison des pauvres escoliers italiens de la charité de Notre-Dame; celui des Écossais, situé d'abord rue des Amandiers, et ensuite rue des Fossés-Saint-Victor , no« 25 et 27, fut étabh par Jean, évêque de Murray en Ecosse, en 1333; celui de Tours, rue Serpente, n"7, fut organisé l'année suivante par Etienne de Bourgueil, archevêque de Tours; le collège de Lisieux, rue Saint- Jean-de-Beauvais, n» 5 , était dû à la magnificence de Cuy de Harcourt, évêque de Lisieux (1336j. Ce fut dans l'église de cet établissement, le 1^^ septembre 1815, qu'on installa la première école d'enseignement élémentaire, d'après la méthode de Lancaster. Cet école y subsiste toujours; elle est considérée comme l'école-mère de toutes celles de ce genre qui ont été établies à Paris.

Le collège d'Autun, rue Saint-André-des-Ars , n» 30, fondé par Pierre Bertrand, évêque d'Autun, était destiné à quinze écoliers, natifs des diocèses de Vienne, du Puy et de Clermont; celui de Hubant ou de VAve-Maria, rue de la Montagne-Sainte- Geneviève , n» 83, fut doté en 1339 par Jean de Hubant, président de la chambre des enquêtes à Paris. Jean Mignon, archidiacre de Blois, en 1343, établit le collège de M/^/io^i pour douze écoliers de sa famille, dans la rue de ce nom. Le collège de Chanac ou de Saint-Michel, appelé encore de Pompadour, était situé rue de Bièvre, et dut son existence en 1324 à Guillaume de Chanac, évêque de Paris, de la famille de Pompadour en Limousin. Le collège d'Aubusson et celui de Mattre Clément n'ont laissé aucun souvenir dans

lliistoire de Paris. Presque tous ces établissements ont été successivement, au dix-huitième siècle, réunis à l'Université.

Trois évéques, Hugues de Pomare, évèque de Langres; Hugues d'Arci, évêque de Laon, et Guy d'Aussonne, évêque de Cambrai, furent les fondateurs d'un collège, qui porta le nom des Trois-Évêques, et reçut ensuite celui de Cambrai, parce qu'en 1348 il fut bâti sur l'emplacement de la maison de l'évêque de cette ville, un des fondateurs. En 1610, ses bâtiments furent en partie démolis, et l'on commença à élever sur leur emplacement ceux du Collège de France. Une portion de ses bâtiments subsistait encore sous le règne de Louis XIV. Ce ne fut qu'en 1774 qu'ils furent, ainsi que ceux de Tréguier qui les avoisinaient, entièrement abattus pour faire place au nouvel édifice du Collège de France.

PARTS sous JEAN, DIT LE BON.

Le roi Jean succéda, le 22 août 1350, à son père Philippe VI. C'est en vain que, dans les dix premières années de son règne on chercherait quelques actions qui pussent justifier le titre de bon donné à ce roi; on n'y trouverait au contraire que des actes continuels de despotisme, que des traits qui caractérisent un tyran fougueux, colère et cruel. Fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il ne recouvra sa liberté qu'en 1360, époque où il revint alors à Paris. 11 ne se passa aucun événement important sous le règne de ce roi qui mourut en 1664, et il ne se forma que quelques établissements peu considérables.

HOPITAL DU SAINT-ESPRIT, sltué près de la Grève, au nord de l'Hôtel-de- Ville. 11 fut fondé en 1372. Quelques personnes charitables, touchées de voir plusieurs orphelins mourant de faim dans les rues de Paris, achetèrent une maison rue GeoPfroy-Lasnier, y retirèrent ces malheureux enfants, et invitèrent les habitants à y porter leurs aumônes. Sous le règne de Charles VI, les administrateurs de cet hôpital acquirent un autre emplacement situé sur la place de Grève, et y transférèrent leur établissement ; ils y firent construire, vers l'an 1406, une chapelle qui a subsisté, en partie, jusqu'à ces derniers temps.

Suivant les derniers règlements, on recevait dans les maisons du Saint-Esprit soixante garçons et soixante filles, nés de légitime mariage, baptisés à Paris, et dont les pères et mères étaient morts à l'Hôtel-Dieu. Les enfants, pour y être admis, étaient tenus de déposer la somme de deux cents livres qu'on leur rendait à la sortie de cette maison, lorsqu'ils étaient en âge d'apprendre un métier : cette somme servait à payer leur apprentissage. Pendant leur séjour dans cet hôpital, les enfants apprenaient à lire, à écrire, et l'arithmétique. Par lettres-patentes du 23 mai 1679, l'administration de l'hôpital du Saint- Esprit fut réunie à celle l'Hôpital-Général. Les bâtiments de cet Hôpital ont disparu dans les nouvelles constructions de l'Hôtel-de-Ville.

Trois des anciens Collèges de Paris dataient aussi du règne de Jean-le-Ron : celui de Boncourt^ rue Descartes, n" 21, avait été établi par Pierre Récoud, pour huit écoliers du diocèse de Thérouane. Ses bâtiments sont occupés aujourd'hui par les bureaux de l'École Polytechnique. On ne sait rien du collège de Tournai/^

sous JEAN DIT LE IU)N. 211

situé dans la môme rue que le précédent, du collège des Allemands, qui s'élevait rue du Mûrier, prés de la place Maubert, ni du collège de Vendôme, rue de l'Époron. Sur l'emplacement du collège de Justice^ rue de la Harpe, 8i, bâti en 1354, aux frais de Jean de Justice, évoque deBayeux, s'élève en partie le collège actuel de Saint-Louis.

PETrrES ÉCOLES DE PARIS. On ne sait à quelle époque elles furent établies ; mais elles existaient en 1357, et se trouvaient alors réparties en divers quartiers de Paris, comme le prouve un règlement qui, en cette année, fut fait pour ces écoles. Ce règlement portait que les maîtres ne pouvaient enseigner que les garçons, et les maîtresses que les filles, à moins que le chantre de l'église Notre-Dame, souverain dominateur de ces écoles, n'en ordonnât autrement. Chaque année, les maîtres et les maîtresses étaient tenus de faire renouveler, par ce chantre, en payant, la permission d'enseigner. Quelques maîtres, pour se soustraire à cet impôt, tenaient leur école dans des lieux secrets : c'est ce qu'on nommait alors écoles buissonnières.

Vers l'an 1699, il fut établi, dans chaque paroisse de Paris, une école gratuite, dite de Charité. Ces nouvelles écoles firent tomber les anciennes. Le chantre de Notre-Dame s'opposa de toutes ses forces à cette innovation attentatoire à ses prérogatives féodales; mais son opposition fut sans effet. Ceséco- y les, suspendues pendant la révolution, ont été rétablies et sont dirigées par des Frères de la Doctrine chrétienne.

ÉTAT PHYSIQUE DE PARIS

Depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu'à celui du roi Jean, les espaces vides, les terres labourables et les vignes comprises dans l'enceinte que ce premier roi avait fait élever autour de Paris , s'étaient rempHs d'édifices nouveaux , d'hôtels, que les évoques, les abbés, les seigneurs de France construisirent pour être à portée de surveiller leurs propres affaires, de solliciter pour le gain de leurs procès, etc. Ils s'étaient aussi remplis de collèges et de monastères qu'on y avait fondés en si grande quantité, qu'il n'y eut plus de place dans l'intérieur des murailles, et que plusieurs établissements refluèrent à l'extérieur. Des événements malheureux, la prise du roi Jean à la bataille de Poitiers, les troupes des vainqueurs qui ravageaient les environs Paris et menaçaient cette ville, déterminèrent les habitants à agrandir l'enceinte du côté du nord, et à y enserrer tous les établissements extérieurs.

ACCROISSEMENT DE l'enceinte DE PARIS. Les travaux de cette enceinte commencèrent au mois d'octobre 1356. Dans la partie méridionale de cette ville, le plan des fortifications n'éprouva point de changement; mais de grandes réparations furent faites aux murailles qui tombaient en ruine. Les portes, munies de tours et d'autres ouvrages, les fossés, pour la première fois profondément creusés, et, dans quelques parties, remplis par les eaux de la Seine, mirent de ce côté les Parisiens en sûreté.

Dans la partie septentrionale, l'encunte reçut un accroissement considérable. De l'ancienne Porte Barbette, située à l'extrémité orientale du quai des

Ormes, partait une muraille, flanquée de tours carrées, qui remontait, sur le bord de la Seine, jusqu'au point où le fossé actuel de l'Arsenal y débouche. A l'angle formé par ce fossé et par le cours de la Seine, fut élevée une tour ronde très-haute, appelée Tour de Billy. Dans une ordonnance de février 1415, elle est désignée : Tour de V Écluse, dite Tour de Billy. Elle a subsisté jusqu'en 1538, époque où elle fut détruite par la foudre qui enflamma les poudres et les salpêtres qu'elle contenait : l'explosion fut terrible ; elle tua jusqu'aux poissons de la rivière, et se lit entendre jusqu'à Corbeil.

De la tour de Billy, la muraille suivait la direction du fossé jusqu'à la rue Saint- Antoine, où fut construite une porte, fortifiée de tours, que Charles V, en 1369, fit agrandir, et dont il forma une forteresse, nommée la Bastille Saint- Antoine. De cette porte, le mur suivait à peu près la direction de la rue Jeande-Beauvais jusqu'à la rue du Temple, où fut bâtie une porte dite Bastille du Temple. De cette bastille, la muraille se dirigeait paraUèlement à la rue Meslée, qui a porté anciennement le nom de rue du /?emp«r^, jusqu'à la rue Saint-Martin, où fut faite une porte appelée Saiîit-Martin. De cette porte, la muraille suivait la ligne de la rue Sainte-Apolline jusqu'à la rue Saint-Denis. Là, était une porte fortifiée nommée Bastille de Saint-Denis. De cette bastille, le mur d'enceinte continuait, en suivant la direction de la rue Bourbon-Villeneuve, qui, anciennement, se nommait rue Saint- Côme-du-Milieu-des-Fossés, puis celle de la rue Neuve-Saint-Eustache. A l'endroit où cette rue aboutit à la rue Montmartre, était une autre porte appelée Porte Montmartre.

De la porte Montmartre, le mur d'enceinte suivait la ligne de la rue des Fossés-Montmartre, de sorte que le mur était précisément à la place des façades des maisons qui bordent cette rue, laquelle occupe aujourd'hui la place du fossé. Ce fossé, se prolongeant en droite ligne, traversait la place des Victoires, coupait l'emplacement de l'Hôtel de Toulouse , aujourd'hui Banque de France, celui des rues des Bons-Enfants et de Valois, et pénétrait dans le jardin du Palais-Royal, vers le milieu de sa longueur. La ligne du mur continuait jusqu'à l'endroit de la rue Richelieu, où vient aboutir la petite rue du Rempart, et gagnait celle Saint-Honoré; là se trouvait une porte fortifiée, nommée porte Saint- Honoré: de la porte Saint-Honoré, le mur, en suivant la rue Saint-Nicaise, se prolongeait jusqu'au bord de la Seine, où s'élevait la Tour du Bois.

Par la construction de cette enceinte, l'église Saint-Paul, les bourgs de Saint- Paul, du Temple, de Saint-Martin, une grande partie du village appelé Villeneuve (1), le bâtiment des Quinze-Vingts, les églises Saint-Thomas-du-Louvre, etc. , enfin le château du Louvre, auparavant situés hors de la ville, se trouvèrent, pour la première fois, compris dans son intérieur, et protégés par des remparts respectables.

L'Ile Saint-Louis, alors nommée Isle de Notre-Dame, fut aussi fortifiée par un fossé qui la divisait en deux parties, et par une tour qu'on appelait Tour-

(1) Ce village s'était formé hors de la précédente enceinte de Paris. En 1551, on y construisit une chapelle, sous le vocable de saint Louis et de sainte Barbe. Ce village fut détruit, en 1593, lors du siège de Paris. La rue de Bourbon-Villeneuve en conserve le nom, et indique sa position. En 1624, sur l'emplacement de ce village, ou bâtit l'église Notre-Dame de Bonne- Nouvelle. ,

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Loriavx. Le cours de la Seine, du côté d'amont comme du côté d'aval, était ferme par des chaînes tendues à travers cette rivière.

Dans les comptes de niôtel-de-Ville, on voit qu'Etienne Marcel fit fabriquer sept cent cinquante guérites en bois, qui, par de forts crochets de fer, furent solidement attachées aux créneaux des murailles. On dit, mais le fait n'est pas certain, qu'on vit alors, pour la première fois, sur les remparts de cette ville, un certain nombre de pièces de canon : invention alors nouvelle, et qui a si puissamment influé sur la destinée des empires. Froissart parle avec admiration des travaux de cette enceinte et du service important qu'Etienne Marcel, en les faisant exécuter, rendit à la ville de Paris. « 11 réunit le plus grand nombre d'ou- » vriers qu'il put trouver, dit-il, fist faire grands fossés autour de Paris, murs « et portes; et y eut, le terme d'un an, tous les jours, trois cents ouvriers, dont »> ce fust grand fait que environner, de toute défense, une telle cité comme « Paris ; et vous dis que ce fust le plus grand bien qu'oncques prévôt des mar- » chands fist; car, autrement, elle eust été depuis gastée et robée par moult de » fois et par plusieurs actions. »

Cette enceinte, ces murailles, ces portes, ces fossés furent achevés dans l'espace de quatre années; tandis que, sous Philippe-Auguste, l'enceinte, sans fossés et beaucoup moins étendue, coûta trente années de travaux. Ce rapprochement fait connaître un des progrès de l'art de construire et delà population. Sous le règne de Charles V, Hugues Aubriot, prévôt de Paris, fit, par les ordres de ce roi, plusieurs augmentation et embellissements à cette enceinte; mais il ne s'écarta point du plan conçu par Etienne Marcel. Je dois faire observer que, sous le rapport civil, les nouveaux quartiers ajoutés à la ville de Paris par la construction de ces fortifications furent encore, pendant assez longtemps, considérés comme des faubourgs.

Avant cette adjonction, Paris était divisé en trois parties, le quartier ^'Outre- Petit'Pont, la Citéy et le quartier à' Outre-Grand-Pont. Le quartier d'Outre-Petit- Powf comprenait toute la partie de Paris située au midi du cours de la Seine, qu'on a depuis nommée VUniversité, ainsi que le bourg de Saint-Germain-des- Prés, qui, dans la suite, lui a été réuni. La Cité se composait de l'île qui porte aujourd'hui ce nom, et qu'on a aussi appelée ile du Palais, île de Notre-Dame, Le quartier d'Gutre-Gr and- Pont comprenait toute la partie de Paris qui s'étend au nord du cours de la Seine. Ce quartier reçut aussi le nom de la ville, sans doute à cause de l'Hôtel-de- Ville qui s'y trouvait (l).

On voit, par ce que je viens d'exposer, que Paris commençait à quitter sa physionomie barbare, pour prendre le caractère d'une grande cité; mais les habitations des particuliers ressemblaient toujours à des chaumières; et, si l'on en excepte quatre rues qu'on nommait la Croisée de Paris, et que Philippe-Auguste avait fait paver, toutes les autres étaient, pendant une grande partie de l'année, couvertes de boue, obstruées par des amas de fumier, de gravois, et pré-

(1) Guillot de Paris qui, vers le commencement de cette période, a composé une pièce de vers lutiiu\ée le Dit des rues de Paris, comitlc quatre-vingts rues dans le quartier nommé A' Outre- Petit- Pont, trente-six dans la Cité, et cent quatre-vingt-quatorze dans le quartier nommé d'Outregran(i-Pont;v:Q(\\\\ donne un total de trois cents rues. Dans ce nombre, il n'a point compris ce que nous appelons culs-de-sac ^ et que cet écrivain du ir siècle nomme plus poliment rues sans chiefs.

sentaient de loin en loin des cloaques infects. Les rues de l'intérieur n'avaient ordinairement que six à huit pieds de largeur.

Le sol de Paris conservait son état primitif, et n'avait pas encore éprouvé d'exhaussement. Les débordements de la Seine inondaient ses rues, entraînaient ses ponts mal construits, et dont la hauteur n'était jamais calculée d'après l'é- f lévation des grandes eaux. La rive gauche du fleuve, depuis le couvent des Augustins jusqu'à la tour de Nesle, était plantée de saules; elle fut vers 1313 convertie en une espèce de quai, le premier dont les monuments historiques de Paris fassent mention.

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