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PARIS DEPUIS PHILIPPE IV JUSQU'A CHARLES V

ÉTAT CIVIL DE PARIS. — INSURRECTION DES PARISIENS CONTRE LE DAUPmN CHARLES.

Malgré l'ordonnance de plusieurs rois, le droit de prise fut maintenu dans Paris pendant toute la période qui m'occupe. Les preneurs du roi, de la reine et de la famille royale continuèrent à enlever, sans les payer, les denrées, les voitures, les chevaux des closiers et fermiers des environs de Paris et des faubourgs de cette ville. C'est sans doute l'exercice de ce droit , ou plutôt de ce brigandage, qui obligea une partie des Parisiens à déserter leur patrie. Dans une ordonnance de Philippe-le-Bel, du mois de mars 1287, on lit en effet que plusieurs maisons de Paris tombent en ruine; que plusieurs habitations et propriétés sont désertes , étant abandonnées par les propriétaires. On verra ma conjecture confirmée par une ordonnance d'un des successeurs de ce roi, qui attribue au droit de prise une pareille dépopulation.

La confrérie de la tnarchandise de Paris, institution faible et obscure dans son origine, reçut pendant cette période une consistance respectable. Dès l'an 1258, Etienne, prévôt de Paris, dans son ordonnance de police, donne au chef de cette confrérie le titre de prévôt des marchands, et aux confrères celui de jurés de la confrérie des marchands de Paris, et quelquefois aussi celui à'échevins. Elle finit par obtenir un vaste accroissement de privilèges et d'attributions; elle devint le corps municipal de cette ville, et y figura avec une autorité très-étendue. On va en juger. Charles, dauphin, fils aîné du roi Jean, à peine âgé de vingt ans, ayant été, après la malheureuse bataille de Poitiers, nommé fieutenant du royaume de France, les étals généraux assemblés à Paris le 17 octobre 1356 élurent, pour diriger le jeune dauphin, un conseil dit des trente-six, composé de douze prélats, de douze nobles et d'autant de bourgeois. Ces états généraux demandèrent le renvoi et le châtiment des ministres, et firent plusieurs autres propositions qui déplurent au dauphin ou à ceux qui le dirigeaient. Piqué de ces demandes, ce prince congédie les états, se retire à Metz et laisse à sa place le duc d'Anjou, son frère, qui , peu de jours après, rend une ordonnance tendant à donner cours à une nouvelle monnaie d'une valeur fictive. Ce

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fut alors qu'lUienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, et l'un des membres du conseil des Trente-Six, homme doué d'une grande énergie, vint, bien accompagné, au Louvre, et harangua le duc d'Anjou avec une fermeté qui détermina ce prince à suspendre l'edet de son ordonnance jusqu'à l'arrivée du dauphin, son frère.

Le dauphin, à son retour, pour donner cours à la nouvelle monnaie, résolut d'associer à son parti le prévôt des marchands , qui jouissait alors d'un grand ascendant sur le peuple de Paris. 11 lui donne rendez-vous dans une maison du cloître Saint-Germain-l'Auxerrois. Marcel s'y rend; il y trouve le dauphin, ainsi que l'archevêque de Sens et le comte de Roussy, qui lui demandent avec instance d'appuyer de toute son influence l'émission de la monnaie; il refuse constamment de partager la honte de cette iniquité, et accompagne son refus de paroles peu mesurées, qui, bientôt connues des Parisiens, les excitèrent à manifester leur mécontentement d'une manière plus menaçante. Le dauphin, effrayé, lit publier qu'il supprimerait la nouvelle monnaie. Entouré d'une force imposante, Marcel vint au parlement demander le rappel des états généraux et l'expulsion ou l'arrestation de plusieurs ministres et magistrats. Le dauphin, qui s'y était rendu, souscrivit à ces demandes. Ce prévôt, muni de l'autorisation du prince, fit aussitôt saisir les meubles de ces magistrats, qui déjà avaient pris la fuite. Alors se forma à Notre-Dame une confrérie dont Marcel fut le chef. Cette association avait pour unique objet de concerter avec les nombreux confrères les mesures à prendre pour maintenir le nouvel état de choses. Ce fut là que pour la première fois , depuis l'origine de la monarchie, on osa mettre en question la puissance illimitée des rois. En conséquence des conseils donnés au dauphin par le prévôt des marchands, les états généraux furent de nouveau rassemblés à Paris, et, selon leur plan de réforme, ils réduisirent les conseillers au nombre de seize, et ceux de la chambre des comptes à celui de quatre.

Le 8 novembre de la même année, un prince de la maison royale, Charles , roi de Navarre, surnommé le Mauvais^ favorisé par quelques chevaliers de sa faction, s'échappa du château d'Arleux en Cambrésis, où depuis six mois il était détenu prisonnier, et se rendit à l'abbaye Sain t-Germain-des- Prés, où un logement lui était préparé. Au nord et hors des murs de cette abbaye, du côté du Pré-aux-Clercs, était un champ clos où se donnaient les combats judiciaires ; là se trouvait une estrade en bois servant de siège aux juges du combat. Le l^r décembre, le roi de Navarre monta sur cette estrade, et, en présence de près de dix mille hommes , il prononça un discours, dans lequel il parla de son innocence, de l'injustice de ses ennemis, et décrivit d'une manière si pathétique les horreurs de sa prison, qu'il arracha des larmes à plusieurs des assistants; puis il fit le tableau des malheurs de l'État, et désigna les personnes qui en étaient les auteurs. La présence de Charles-le-Mauvais à Paris, ses discours, ses conseils, ses insinuations donnèrent aux mécontents et au prévôt des marchands une audace nouvelle. Marcel, accompagné de ses principaux partisans, se rendit au Palais, pria le dauphin, au nom des états, de se réconcilier avec le roi de Navarre et de lui restituer ses biens confisqués. Le dauphin, comme

à son ordinaire, consentit à tout; et, le 13 décembre suivant, Charles-le-Mauvais, content de ce succès, se rendit en Normandie.

On ne croyait guère à la sincérité du dauphin. 11 eut l'imprudence, après le départ du roi de Navarre, de faire une levée de troupes, sous prétexte de protéger Paris contre les brigands qui désolaient les environs de cette ville ; les Parisiens en furent alarmés; les soupçons se fortifièrent, et Marcel, plus animé que jamais, prit de nouvelles mesures de sûreté. Il imagina de barricader les rues, en les faisant traverser par une lourde chaîne fortement attachée aux murs des maisons qui formaient l'entrée de chaque rue. Il fit adopter aux Parisiens des signes de ralliement, qui consistaient en un chaperon mi-parti de vert et de rouge, et en une agrafe d'argent, émaillée de vermeil et d'azur, portant cette inscription : A bonne fin. Ces signes ne furent d'aucune utilité, parce que, par zèle ou par peur, tous les habitants les portèrent. Instruit de la fermentation populaire , le dauphin assembla les Parisiens aux halles, y prononça un discours pour justifier sa conduite et parut satisfaire son auditoire. Le lendemain, dans l'église Saint-Jacques-de-l'Hôpital, le prévôt des marchands à son tour convoqua le peuple, le harangua avec véhémence, et maîtrisa l'esprit des assistants. Le dauphin, instruit de ce succès, accourut à l'église Saint-Jacques avec son chancelier, qui parla pour lui ; mais la prévention était forte : le prince et son orateur furent obfigés de se retirer. Alors un échevin, nommé Toussac, prit la parole, justifia la conduite du prévôt des marchands, et déclama avec tant de force contre le dauphin et son conseil, que le peuple était disposé à se porter contre eux aux dernières extrémités. Le jeune dauphin donnait prise à ces déclamations. Il ne tenait aucune de ses promesses. Le roi de Navarre, piqué de sa conduite, lui déclara la guerre; c'est ce que redoutaient les Parisiens, et ce qui les irrita le plus contre ceux qui dirigeaient le jeune prince.

Chaque jour Paris offrait quelques scènes violentes; ceux que le peuple soupçonnait du parti de la cour recevaient des insultes et des coups. Le 22 février 1358, Marcel rassemble sur la place Saint-Éloi, près du Palais, environ trois mille Parisiens armés, pénètre avec une partie de cette force dans la chambre du dauphin, et, en présence même de ce prince, fait poignarder Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréchal de Champagne. Le dauphin, effrayé, demande à Marcel si l'on en veut à sa vie. Ne craignes rien, Monseigneur, répondit-il; mais, pour plus grande sûreté, prenez mon chaperon. Ce prince se coiffe du signe de ralliement de ses ennemis, et Marcel du chaperon de prince, chaperon broché en or, qu'il porta pendant tout le jour comme un trophée de sa victoire.

Paris devient le théâtre de plusieurs autres scènes violentes. Un avocat du conseil du roi est assassiné près de Saint-Landri par le peuple. Les habitants s'attroupent et Marcel, du haut d'une fenêtre de l'Hôtel-de-Ville, les harangue et les apaise. Le dauphin approuve tous les actes de Marcel ; et celui-ci, pour lui en témoigner sa reconnaissance, lui envoie deux pièces de drap, l'une rouge et l'autre bleue, afin qu'il en fît faire des chaperons pour les gens de sa cour.

Le 25 mars 1358, le dauphin Charles quitta furtivement Paris. Aussitôt le roi de Navarre, appelé dans cette ville, y fut proclamé capitaine et gouverneur.

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Dès ce moment, les environs de Paris eurent à souffrir de la guerre désastreuse que se faisaient les troupes du roi de Navarre et celles du dauphin. Ce derin'er prince lit quelques dispositions pour assiéger la capitale; sa nombreuse armée dévastait tout sur son passage. « Si fust tout le pays gasté, jusqu'à huit à w dix lieues, disent les Grandes Chroniques de France, et coururent le pays et ar- - dirent (brûlèrent) les villes. » Pendant ces hostilités, les habitants de Paris se rendirent maîtres du château du Louvre, que commandait Pierre Gaillard.

Marcel, prévôt des marchands, fortifié par les fautes du dauphin et par ses nombreux partisans, l'était aussi parles troupes du roi de Navarre; ce dernier appui le rendit suspect aux Parisiens. Ils étaient, à la vérité, indignés des vexations et des iniquités des conseillers du dauphin; mais, affranchis d'une tyrannie, ils ne voulaient pas retomber sous une autre, ni avoir pour maître le roi de Navarre, dont les troupes s'étaient rendues odieuses par d'horribles excès. Marcel contrariait cette dernière disposition des habitants en favorisant ouvertement les projets ambitieux du roi de Navarre. Dans un combat donné aux environs de la ville , il les avait abandonnés et avait causé la mort d'un grand nombre d'entre eux. Il avait déplu encore aux habitants en donnant au roi de Navarre le titre de gouverneur de leur cité. Il les avait irrités contre lui, lorsque quelques troupes de ce roi ayant été emprisonnées par le peuple au Louvre, à cause de leur excessif brigandage, il les fit évader par la porte Saint- Honoré. Le dauphin , profitant de l'indisposition que manifestaient les Parisiens contre le prévôt des marchands, leur fit promettre une amnistie générale, s'ils lui livraient ce prévôt et douze bourgeois à son choix. Ainsi, il ne restait à Marcel d'autre ressource que de continuer à rendre des services au roi de Navarre, et de s'avancer dans la fausse route où il s'était imprudemment engagé. Il s'y perdit. Il forma, dit-on, le projet de faire entrer dans Paris, pendant la nuit du 31 juillet au 1^"^ août 1358, des troupes anglaises et navarroises qui désolaient les environs, de se rendre maître de cette ville, et d'offrir, si l'on en croit le discours du dauphin, la couronne de France au roi de Navarre. En conséquence, dans l'après-midi du dernier jour de juillet, il entreprend de s'assurer des portes de Paris, et d'en confier la garde à des hommes qui lui sont dévoués. 11 va à la bastille Saint-Denis, ordonne à ceux qui la gardaient d'en remettre les clefs à Joceran de Mascon, trésorier du roi de Navarre. On refuse de lui obéir; alors il s'élève une vive altercation dont le bruit attire le commandant du quartier. C'était Jean Maillard, qui, quoique ami et partisan de Marcel, approuva le refus que celui-ci venait d'éprouver. De là, s'éleva entre ces deux hommes une querelle très-violente. Maillard, indigné de la conduite de Marcel, et sans doute plus encore de ses mauvais traitements, se retire furieux, renonce au parti de ce prévôt des marchands, monte à cheval, arbore la bannière de France, crie dans les rues Montjoie Saint-Denis ! au roi et au duc! publie sur son chemin que Marcel voulait ouvrir les portes aux troupes anglaises, et arrive aux halles, où il parvient à réunir un grand nombre de personnes.

Cependant le prévôt des marchands, n'ayant pu obtenir les clefs de la porte Saint-Denis, s'adressa aux gardes des autres portes, où il éprouva un pareil refus. Il se rendit ensuite à la porte de la bastille Saint-Antoine, pour renouveler

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les mêmes tentatives; là, d'autres scènes lui étaient préparées. Déjà Maillard, bien accompagné, s'était avancé vers cette porte pour prévenir ceux qui la gardaient; il y fut rejoint par un groupe des partisans du dauphin, à la tête desquels étaient deux gentilshommes, Pépin des Essarts et Jean de Charny. Marcel, tenant en main les clefs de cette bastille, et monté sur l'escalier, opposait quelque résistance à ces assaillants. Bientôt, au milieu du tumulte, on entend ces cris : A mort! à mort! Tuez le prévôt des marchands et ses complices!... Marcel, effrayé, veut fuir; Jean de Charny s'avance, lui porte un coup de hache sur la tête, et l'abat à ses pieds. Alors chacun se fait honneur de percer de coups Marcel sans défense. On ne l'abandonne que lorsqu'il cesse de respirer. Tous ceux qui, au nombre de cinquante-quatre, l'accompagnaient, furent tués ou traînés dans les prisons. Gentien Tristan fut nommé à la place de Marcel.

Le dauphin, trois jours après cette expédition sanglante, le 10 août 1358, se rendit à Paris, donna des lettres d'abolition pour tous les délits commis contre l'autorité royale. Nonobstant ce pardon général, il fit le lendemain, et dans la place de Grève, décapiter Charles Toussac, échevin de Paris; Joceran de Mascon, trésorier du roi de Navarre ; Thomas, chancelier du même roi. Leurs corps, ainsi que les corps de ceux qui furent tués à la bastille Saint-Antoine, restèrent pendant plusieurs jours exposés nus dans la cour de l'église Sainte- Catherine-du-Val-des-Écoliers; ensuite ils furent tous jetés dans la Seine. Le dauphin, dès qu'il vit le parti de Marcel abattu, ne garda plus ses promesses: il fit décapiter Pierre Gaillard, gouverneur du Louvre, pour avoir mal défendu ce château contre les attaques des Parisiens, qui s'en étaient rendus maîtres; il fit aussi trancher la tête à plusieurs autres personnages.

La mort de Marcel et la rentrée du dauphin à Paris ne rendirent pas les habitants de cette ville plus heureux. Le roi de Navarre, irrité de se voir frustré de ses espérances, rassembla des troupes, s'empara de plusieurs places et châteaux des environs de Paris, bloqua cette ville, intercepta tous les arrivages, et les réduisit à la famine. Tous les comestibles s'élevèrent à un prix excessif; un tonnelet de harengs, suivant Froissart, s'y vendait trente écus d'or. Des maladies contagieuses résultèrent de cette disette, et causèrent la mort d'une grande partie des habitants. Dans le seul hôpital de l'Hôtel-Dieu, il mourait jusqu'à quatre-vingts personnes par jour.

A ces maux en succédèrent de plus grands encore. Edouard, roi d'Angleterre, en novembre 1359, passa en France à la tête d'une puissante armée, et au printemps suivant vint assiéger Paris. Tout fut dévasté sur son passage; tout fuyait devant lui. Les habitants des campagnes, chassés de leurs foyers, se réfugiaient dans les places fortes; et ceux des environs de la capitale venaient en foule, et tout éplorés, demander asile aux Parisiens.

Le dauphin, tranquille dans l'enceinte fortifiée par Marcel, n'opposa aucune force à l'armée anglaise qtai, campant dans les plaines de Vaugirard et de Montrouge, faisait des ravages affreux. Edouard défia le dauphin, qui ne répondit point à ce défi. Tout ce que fit le prince français consista dans l'ordre d'incendier les maisons des faubourgs Saint-Marceau , Notre Dame-des-Champs, Saint-Jacques et Saint-Germain, afin d'empêcher l'ennemi de s'y loger. Cepen-

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liant cet ordre ne (ut pas eomplélement exécuté, puiscfuc le prince anglais vint dans ce dernier faubourg:, et y occupa quelques bâtiments échappés aux flammes, lulouard n'abandonna les environs de Paris que lorsqu'il y fut contraint par le défaut absolu de vivres. Sa retraite rassura les Parisiens, qui, pendant ce siège, éprouvèrent les horreurs de la famine, et donnèrent plusieurs témoignages de leur épouvante et de leur souffrance.

On avait fait défense à toutes les églises de Paris de sonner leurs cloches pendant la nuit, dans la crainte que le bruit n'empêchât les sentinelles d'entendre les approches de l'ennemi. On n'excepta de cette prohibition que la cloche du couvre-feu, qui sonnait tous les soirs à Notre-Dame. Les chanoines chantèrent leurs matines à huit heures du soir, au lieu de les chanter à minuit. Dans la suite plusieurs chapitres de Paris, conseillés par leur paresse, adoptèrent ce changement commode, et le maintinrent lors même que le motif n'en existait plus. La disette du numéraire métallique était alors excessive; on fut obligé de recourir à un moyen qu'on avait déjà pratiqué au douzième siècle; on fabriqua des monnaies de cuir ^ au centre de chaque pièce de cette matière était un petit clou d'or ou d'argent. La disette des blés ne fut pas moins sensible en 1360; le setier de froment se vendait cent sous à Paris.

Ce fut dans les mêmes circonstances que les habitants de Paris, pour obtenir du ciel la délivrance du fléau qui les accablait, offrirent à l'église Notre-Dame, et à l'image de la Vierge Marie, une bougie admirable par sa grandeur : persuadés que la justice divine ne pouvait résister à des présents d'un prix et d'une dimension extraordinaires, le prévôt des marchands et les échevins votèrent à Notre-Dame un cierge ayant en longueur l'étendue de l'enceinte de Paris, c'està-dire environ deux lieues; ils voulurent qu'allumé jour et nuit il éclairât une image de la Vierge Marie, et que l'offrande d'un pareil cierge fût chaque année renouvelée. Cette pratique a été constamment observée jusqu'au temps de la Ligue. En 1605, Miron, prévôt des marchands, s'avisa de substituer à cette majestueuse bougie une lampe en argent, munie d'un gros cierge brûlant jour et nuit devant l'image de la Vierge.

Le 8 mai 1360, la paix fut conclue à Brétigny entre le roi d'Angleterre et le roi de France, et ratifiée à Calais, le 24 octobre suivant, par le roi de Navarre. Le roi Jean put alors rentrer dans la ville de Paris, dont il était absent depuis quatre ans; il y arriva le 13 décembre 1360. Les habitants le reçurent avec plusieurs démonstrations de joie; on tapissa les rues qui se trouvèrent sur son passage; les fontaines, placées à la porte Saint-Denis, jetaient du vin, chose nouvelle alors, et qui dut paraître magnifique! Le roi se rendit à Notre-Dame, et de là au Palais : il marchait sous un dais de drap d'or, porté par des échevins. La ville lui fit présent d'un buffet d'argenterie, pesant environ mille marcs. Tels furent, à la fin de cette période, les événements tragiques et calamiteux résultant des vices du gouvernement, de l'impéritie et des habitudes tyranniques des conseillers du dauphin.

POPi'LATiON. Voici ce que j'ai pu recueillir sur la population et les contributions que Paris payait au roi. D'après des documents certains, sous Philippele-Bel le nombre de feux qui payaient l'impôt était de 5,955, et l'impôt mon-

tait à la somme de 13,000 livres 19 sous 8 deniers. En multipliant ce nombre de feux par cinq, conformément aux expériences faites, on a une population de vingt-neuf mille sept cent soixante-quinze individus.

A ce chiffre il faut joindre celui des privilégiés non imposables, des officiers du roi, des princes, des magistrats et membres des tribunaux, de leurs serviteurs, des prêtres des paroisses et des collégiales, des moines et des religieuses, des écoliers, de leurs professeurs, etc., que j'évalue approximativement à environ dix mille, ce qui donnerait une population de trente-neuf mille sept cent soixante-quinze habitants. Dans ce nombre ne sont point compris les habitants des faubourgs, dont la population serait difficile à déterminer : en accordant aux faubourgs un cinquième de la population de la ville, on aurait quarante-neuf mille cent dix habitants. La Chronique de Jean de Saint -Victor dit que, pendant l'année 1313, Philippe-Ie-Bel passa en revue tous les Parisiens en état de porter les armes, et il fait monter leur nombre à cinquante mille, ce qui est exorbitant; car, en y ajoutant les femmes, les enfants, les vieillards, il faudrait doubler au moins cette quantité. Les guerres contre les puissances étrangères, les guerres entre les Français, les troubles, les massacres, les supplices, les famines et les maladies contagieuses, qui signalèrent le règne du roi Jean et la régence de son fils Charles, durent causer une diminution notable dans la population de Paris. Tous les faubourgs de la ville étaient brûlés et désertés; il mourait à l'Hôtel-Dieu quatre-vingts individus chaque jour. Le nombre des habitants dut alors être réduit au moins d'un tiers.

TABLEAU MORAL DE PABTS

Les rois mentionnés dans cette période paraissent plus occupés du maintien et de l'accroissement de leur autorité, plus occupés à repousser les atteintes de leurs ennemis, qu'à réformer les mœurs.

Les principes étaient méconnus, et on ne punissait les criminels que par des motifs d'intérêt ou de vengeance. Enguerrand de Marigny, comte de Longueville, avait rempli les fonctions de ministre des finances sous Philippe-le-Bel. Son ministère offrait une longue suite de pillages, d'escroqueries, de perfidies et de crimes de toute espèce, qui seraient restés impunis, si Enguerrand n'avait pas eu l'imprudence, en plein conseil, de donner un démenti au comte de Valois. Ce prince, irrité, poursuivit le ministre et le fit condamner au dernier supplice. Les Grandes Chroniques de Saint-Denis portent que les pairs et le roi, qui étaient ses juges, refusèrent d'entendre la défense de cet accusé. « Si » ne lai fut en aucune manière audience donnée de soy défendre, fors que l'é- » vêque de Beauvais, son frère, demanda copie des articles devant dits. » Il fut, le 13 avril 1315, pendu au plus haut du gibet de Paris.

Les dames de la cour, en matière de galanterie, n'étaient pas très-édifiantes. On voit trois princesses, qui furent reines, se livrera la débauche, et livrer leurs amants au plus horrible des supplices. Une d'elles, que l'on croit être Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long , était accusée d'appeler les jeunes gens qui passaient sous ses fenêtres, et, après avoir assouvi avec eux

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