‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 36 sur 96 · ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGTEUX · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGTEUX

ABBAYE SAINT-VICTOR. L'église de Cette abbaye, dont j'ai déjà parlé, fut presque entièrement reconstruite sous François I^'. La façade fut, en 1760, élevée sur de nouveaux dessins. La bibliothèque qui, dans son origine, ne se composait que de manuscrits d'auteurs ecclésiastiques , fut considérablement augmentée par l'abbé Lamasse et par Nicolas Delorme, un de ses successeurs, qui fit construire, en 1496, un bâtiment pour la contenir. On sait que Rabelais a donné le catalogue de ses prétendus livres, dont les titres, réels ou supposés , sont également ridicules. Joseph Scaliger disait que cette bibliothèque ne contenait rien qui vaille. Ce qui pouvait, à l'égard de cette bibliothèque, être vrai au seizième siècle, ne le fut plus au siècle suivant. Henri du Bouchet, conseiller, par son testament du 27 mars 1652, légua ses livres à cette abbaye, à condition que sa bibliothèque serait ouverte au public, et laissa des fonds pour son entretien. Elle fut encore augmentée, en 1707, par M. Cousin, [)résident de la cour des monnaies, qui lui lit don de ses livres.

L'abbaye Saint-Victor fut supprimée en 1790 : ses bâtiments ont subsisté jusqu'en 1813, époque de leur démolition. Sur leur emplacement, on voit aujourd'hui s'élever un vaste établissement d'utilité publique, l'entrepôt des boissons, dont je parlerai en son lieu.

COLLÈGE ROYAL DE FRANCE, aujourd'hui situé placc Cambrai. 11 fut fondé, en 1529, par François 1*^', qui, conseillé par Guillaume Parvi , son prédicateur, et par le célèbre Guillaume Budé, avait déjà invité plusieurs savants à venir remplir, dans ce collège projeté, des places de professeurs. Il y fut d'abord institué deux chaires, l'une de grec, et l'autre de langue hébraïque. Au fur et à mesure que les savants invités acceptaient, on fondait de nouvelles chaires. Leur nombre s'éleva bientôt jusqu'à douze : quatre pour les langues, deux pour les mathématiques, deux pour la philosophie, deux pour l'éloquence, et deux pour la médecine. Ces professeurs , qui portaient alors la qualification de lecteurs royaux, recevaient chacun annuellement deux cents écus d'or. Charles L\ ajouta, dans la suite, à cette faculté une chaire de chirurgie, et Henri IV une autre chaire de botanique et d'anatomie. François I«» ne fonda point de chaire de philosophie : ce n'est que sous Henri H qu'on en voit une , où professait François Vicomercat, Milanais, auquel succéda le célèbre et malheureux La Ramée, ou Ramus, qui, en 1568, établit à ses frais, dans ce collège, une chaire de mathématiques. L'Université le persécuta et lit brûler ses livres, parce qu'il avait écrit

contre Aristote. En 1572, ses ennemis le firent assassiner pendant les massacres delà Saint-Barthélemi. Henri III et Louis XIII, en 1587, fondèrent dans ce collège chacun une chaire d'arabe, et plus tard Louis XIV, une chaire de droit canon et une chaire de langue syriaque.

Jusqu'au commencement du siècle, ces cours étaient professés dans les bâtiments des collèges de Cambrai et de Trèguier. Un nouvel édifice fut bâti en 1774.

FONTAINE DE LACROIX DUTRAHOIR, OU DU TIROIR, situéc aU COin dCS rUCS

de TArbre-Sec et de Saint-Honoré. En 1529, François 1^»' fit établir une fontaine au milieu de la rue de l'Arbre-Sec. Dans cette position elle gênait le passage; elle fut, en 1696, transférée à l'angle des deux rues qu'elle occupe aujourd'hui et reconstruite, en 1776, sur les dessins de Soufflot.

HOTEL-DE-viLLE, situè placc de Grève. J'ai parlé de l'institution pour laquelle cet édifice était destiné; j'ai parlé de ses vicissitudes; je me bornerai ici à joindre quelques notions sur ses bâtiments. Ce monument parut, au commencement du seizième siècle, mesquin et insuffisant. On proposa la construction d'un bâtiment plus vaste et plus somptueux; et, le 15 juillet 1533, Pierre de Viole, prévôt des marchands, en posa la première pierre. Il fut continué sous le règne suivant; mais le premier et le second étages étaient construits, quand, en 1549, Dominique Boccardo , dit Cortone , présenta au roi Henri II un nouveau projet qu'on adopta. On recommença l'édifice, qui ne fut terminé qu'en 1606, sous le règne de Henri IV, par les soins du prévôt des marchands, François Miron, et sous la conduite d'André du Cerceau, qui fit quelques changements aux dessains de l'architecte italien.

La partie ancienne de la façade présente un corps de bâtiment flanqué de deux pavillons plus élevés, et dont les combles, suivant l'usage du temps, sont d'une grande hauteur. Cette façade est, au premier étage, percée de treize fenêtres et ornée de plusieurs niches. Elle est surmontée par une campanille, où fut, en 1781, placée l'horloge de la Ville, ouvrage très-recommandable du célèbre horloger Jean-André Lepaute. Le cadran de cette horloge est éclairé pendant la nuit. Au-dessus de la porte d'entrée, on voit , dans un vaste tympan cintré, un grand bas-refief en bronze représentant Henri IV à cheval.

On arrive à l'Hôtel- de-Ville par un perron extérieur et un escaUer qui aboutit à une cour décorée d'arcades , au-dessus desquelles étaient des inscriptions relatives à l'histoire de Louis XIV. Sous une de ces arcades, celle qui fait face à l'entrée de l'hôtel, et qui est ornée de colonnes ioniques en marbre, avec chapiteaux et bases de bronze doré, on voit la statue pédestre et en bronze de ce roi : elle est portée sur un piédestal chargé de bas-reliefs et d'inscriptions. Cette statue, ouvrage de Coizevox, représente Louis XIV vêtu et cuirassé à la grecque, et coiiré à la française par une perruque énorme et ridicule, comme on les portait sous son règne. Cette cour off*rait aussi les portraits en médaillons de plusieurs prévôts des marchands.

Aux extrémités de la salle du Trône sont deux vastes cheminées ornées de cariatides bronzées et de figures allégoriques couchées sur des plans inclinés, terminés par des enroulements fort en usage sous le règne de Henri IV, époque où ces cheminées paraissent avoir été construites. On voyait dans cette salle

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