‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 35 sur 96 · FRANÇOIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS

persécution un nouveau (loj;ré de rigjueur. Il (lélondit ù toutes personnes de donner asile aux rérorniés, sous peine d'ôtre brûlées vives, et donna à cette loi un effet rétroactif. 11 établit ou laissa établir, à la même époque, un tribunal d'inquisil'0)i, et dans le parlement une chambre ardente, c'est-à-dire une chambre qui condamnait au feu. Klle était spécialement chargée de la recherche et de la punition des réformés qu'on commençait alors à wommox protestants . Ce tribunal se composait de Jiif/es délégués par le pape. Antoine de Mouchi, qui se faisaitnommer Démocharès, chef de ce terrible tribunal, s'acquitta de ses fonctions avec tant de zèle, que de son nom l'on a fait, dit-on, la qualification odieuse de mouchard. Ce Jacobin, en qualité d'inquisiteur-général de la foi en France, présida dans le procès intenté en 1543 contre Etienne Dolet, imprimeur-libraire, et le fit condamner au dernier supplice; mais François !«'' lui accorda des lettres de rémission qui le sauvèrent d'abord du bûcher. Le 2 août 1546, il fut repris, jugé, condamné au feu, et brûlé vif avec ses livres, à la place Maubert. Le tribunal de l'inquisition faisait des recherches, instruisait la procédure, et la chambre ardente du parlement jugeait en dernier ressort et appliquait la peine.

Cette persécution de François I*^»' fit perdre la vie à plusieurs Parisiens, et en obligea un plus grand nombre à prendre la fuite. Jean Calvin, qui devint chef recommandable du parti ; Pierre Robert Olivetan, savant hébraisant, le premier qui, d'après les textes hébraïques et grecs, ait dans ce siècle traduit en français la Rible et les Évangiles ; le poète Clément Marot, abandonnèrent Paris, et cherchèrent un asile, les uns en Suisse, les autres en Italie. Quelques-uns se retirèrent en Berri : tels que Claude des Fosses ; Jacques Cannaye, qui devint dans la suite un avocat célèbre; Jacques Amyot, traducteur de Plutarque, etc.

Le parlement, toujours guettant les livres nouveaux, prohiba et condamna un grand nombre d'ouvrages et ordonna, en 1542, les recherches les plus sévères chez les imprimeurs, les libraires, et même chez les particuliers, pour y découvrir les livres mal sentants de la foi; défendit d'imprimer dans des lieux secrets, enfin ordonna les précautions les plus minutieuses pour qu'il ne pénétrât dans Paris aucun livre relatif aux matières théologiques, même des livres de médecine et de droit qui pourraient contenir quelques hérésies; mais ces précautions ne diminuèrent point le nombre des protestants.

L'année 1546 fut très-fatale aux réformés. On voit dans l'extrait des registres de la Tournelle criminelle, que, pendant les vacations de cette année, un grand nombre de sectaires périrent dans le feu des bûchers. Dans une seule journée, celle du -2 octobre , la chambre ardente condamna cinquante habitants de Meaux à divers supplices; quatorze furent brûlés vifs.

François 1*^^, avant sa mort, rougissant d'avoir souillé sa mémoire par d'aussi horribles persécutions et commençant à s'apercevoir qu'en ordonnant tant de supplices il n'était que l'instrument de la maison de Lorraine, recommanda à son fils de se méfier de l'ambition de cette maison, qui, sous les apparences d'un catholicisme outré, tendait à envahir l'autorité suprême, et à ruiner la France. Henri 11 ne suivit pas les conseils de son père : plus faible encore et moins instruit que lui, il se jeta dans les bras de ses ennemis, et se laissa conduire par le cardinal de Lorraine et les Guise, qui, espérant que le pape appuierait leurs pro-

jels d'ambition, cherchèrent à gagner la faveur de ce pontife, en lui sacrifiant un grand nombre de protestants. Sous le règne de Henri H, la persécution eut même un caractère plus rigoureux, et l'année 15i8 fut remarquable par le grand nombre des victimes que la chambre «rf/en/e condamna au feu.

Henri II fit, en i549, son entrée solennelle à Paris : cette cérémonie fut accompagnée de fêtes magnifiques et de tournois. On crut donner un grand éclat à ces fastueuses représentations en y mêlant le spectacle des supplices. « Le '> lendemain, dit un contemporain, furent bruslés, en la présence de ce roi, plu- » sieurs hérétiques sacramentaires, mal sentants de la foy. »

Le feu des bûchers dévorait chaque jour des Français, hommes, femmes, enfants, vieillards, de tous états, prêtres ou séculiers, jugés par les inquisiteurs et renvoyés ensuite à la chambre ardente diu parlement. Les membres de cette chambre semblèrent fatigués d'envoyer sans cesse de nouvelles victimes au bûcher; ils ralentirent les exécutions ou modérèrent les peines. Le tribunal des inquisiteurs, au contraire, inspiré par le cardinal de Lorraine, qui, dans cette persécution, avait succédé au cardinal Duprat, s'impatientait de ces lenteurs, et considérait comme des entraves les formes qu'observait le parlement. Ce cardinal sollicita auprès de Henri H une déclaration du 14 mars 1555, qui porte « que les » inquisiteurs de la foi et juges ecclésiastiques peuvent librement procéder à la » punition des hérétiques, tant clercs que laïcs, jusqu'à sentence définitive in- « clusivement; que les accusés, qui avant cette sentence appelleront comme « d'abus, resteront toujours prisonniers, et leur appel sera porté au parlement. » Mais nonobstant cet appel, si l'accusé est déclaré hérétique par les inquisi- « teurs, et pour ne pas retarder son châtiment, il sera livré au bras séculier. » Le parlement refusa d'obtempérer à cette déclaration.

Ce fut au milieu du feu de cette persécution, en cette année 1555, que commença à s'établir l'église protestante de Paris, dont je parlerai dans la suite.

Cependant le tribunal des inquisiteurs de la foi usait de toute l'étendue du pouvoir qu'on lui laissait pour multiplier le nombre des sacrifices humains, et la chambre du parlement, fort bien nommée chambre ardente, pour détourner le reproche qu'on lui adressait de ménager les protestants, ne secondait que trop exactement le fanatisme de ce tribunal composé de prêtres. Quand Michel de l'Hospital fut nommé chancelier, ces persécutions furent suspendues: l'édit rendu à Amboise, en 1560, procura la liberté à tous les prisonniers détenus pour fait de religion. Il est certain que, le 15 février 1561 , une lettre du roi ayant ordonné leur élargissement, le président du parlement répondit qu'il n'y avait plus de prisonniers protestants dans la Conciergerie.

Pendant /rew^e-se/?< rt/i.s, depuis 1523 jusqu'en 1560, les protestants souffrirent, sans opposer de résistance, les persécutions les plus horribles que l'esprit sacerdotal puisse imaginer : plusieurs milliers de Français furent, dans cet intervalle de temps, condamnés au supplice du bûcher. Dans la suite, les protestants ne furent pas brûlés vifs; mais on les accablait d'insultes, de mauvais traitements : une populace, excitée par les prédicateurs, pillait, incendiait leurs maisons, et en massacrait fréquemment les habitants.

Au commencement de Tannée 1560, les affaires prirent une face nouvelle.

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La noblesse , qui , par conviction , par intérêt ou par vengeance, embrassa le parti protestant, y porta les vices qui lui étaient familiers, dévasta les cam|)agnes, rançonna les habitants, pilla, brûla les églises et les monastères, et souilla la cause qu'elle défendait. La guerre civile s'alluma : elle dura près de trentecinq ans. Le parti du roi ou des catholiques , ou plutôt celui des Guise, opposa à ces excès des excès pareils. Ainsi, l'ambition des Guise , sous le voile du catholicisme, et l'ambition légitime de la maison de Bourbon, sous le voile du protestantisme, mirent la France en feu, et la couvrirent de crimes et de malheurs.

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