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ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGIEUX

LOUVRE. Les réparations très -dispendieuses que François 1«» lit exécuter dans le vieux bâtiment du Louvre devinrent inutiles, par la résolution qu'il prit ensuite de le démolir entièrement pour élever à sa place, d'après des dessins plus modernes, un vaste corps de logis. L'italien Sébastien Serlio fut d'abord chargé d'en fournir les plans, auxquels on préféra ceux de Pierre Lescot, abbé de Clagni. Celui-ci conduisit les travaux avec succès et rapidité; et l'édifice qu'on nomme aujourd'hui le Vieux Louvre fut, sous le règne de Henri H, en 1548, presque entièrement achevé.

La façade occidentale du corps de bâtiment aujourd'hui nommé Vieux Louvre offre un dessin fort simple, parce qu'elle donnait sur des cours de service, tandis que la façade orientale, appartenant à la cour d'honneur^ est plus riche d'ornements, plus chargée de bas-reliefs. L'intérieur du Vieux Louvre présentait un grand nombre de salles pareillement chargées de sculptures. Dans lâsal/e des Cariatides, on admire les quatre grandes figures qui supportent une tribune ; elles sont l'ouvrage du célèbre Jean Goujon, et une des plus belles productions qu'offre l'art du statuaire depuis la renaissance. C'est dans cette salle, ornée de colonnes accouplées et achevée sous l'empire par MM. Percier et Fontaine, que l'Académie française a tenu longtemps ses séances : elle fait aujourd'hui partie du Musée des Antiquités.

Outre ce principal corps de logis, l'architecte Pierre Lescot construisit une partie du bâtiment en retour du côté de la Seine, et une aile qui, communiquant au Louvre, s'avançait jusque sur le bord de cette rivière. C'est d'une fenêtre de ce bâtiment avancé, de celle qui s'ouvre à l'extrémité méridionale de la galerie d'Apollon, que Charles IX tirait, dit-on, des coups de carabine sur ceux qui traversaient la Seine à la nage { our échapper aux massacres de la Saint-Barthélemi.

Le corps de bâtiment qui s'élevait depuis le Vieux Louvre jusqu'au bord

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de la Seine, et qui fait angle avec la façade méridionale du Louvre, a longtemps porté le nom de palais de Ut Reine, de pavillon de t Infante; son étage supérieur forme aujourd'hui la galerie d' Apollon. De ce pavillon part une galerie qui, en longeant cette rivière , aboutit au château des Tuileries. Cette galerie, nommée galerie du Louvre^ fut entrei)rise sous Charles IX, et continuée sous ses successeurs jusque vers le milieu de sa longueur. Reprise sous Henri IV, continuée sous Louis XIII, elle ne fut terminée que sous Louis XIV.

François l*^» laissa subsister toutes les anciennes parties du Louvre qui ne gênaient point ses plans de construction. La façade du côté de Saint-Germainl'Auxerrois était fort simple, et précédée par un large fossé qu'alimentaient les eaux de la Seine, et qui entourait le Louvre de trois côtés. Au centre, on voyait une porte aboutissant au pont-levis , qui était protégé par deux grosses tours roiides et basses. Deux tours plus élevées ornaient les extrémités de cette façade. En dehors du fossé , à droite et à gauche de cette entrée, étaient deux jeux de paume. Au midi se trouvait Vhôtel Bourbon, où Molière a depuis donné des spectacles , et qu'ensuite on a converti en garde-meuble de la Couronne. La façade extérieure et méridionale du Louvre, du côté de la Seine , existait ainsi avant que Louis XIV eût fait construire la belle colonnade.

FONTAINE DES INNOCENTS, situéc au coiu dcs rucs aux Fers et de Saint-Denis. Cette fontaine , dont j'ai déjà fait mention , une des premières établies dans l'enceinte de Paris, fut reconstruite en 1550. On chargea de l'architecture Pierre Lescot, et de la sculpture des bas-reliefs le célèbre Jean Goujon. Cette belle fontaine, qui dépérissait, fut réparée dans les années 1708 et 1786.

Lorsqu'on entreprit de démolir les charniers et l'église des Innocents pour établir le marché qui existe aujourd'hui , cette fontaine, adossée à cette église, ne pouvait subsister. Les bas-reliefs furent transportés avec soin, et servirent à composer la belle fontaine monumentale située au milieu du marché. Cette translation s'effectua le l^*^ mars 1788.

NOTRE-DAME-DE-BONNE-NOUVELLE, églisc paroissiale, située rue de ce nom , no 2, Un village, appelé la Ville-Neuve, s'était établi hors de la muraille d'enceinte à l'ouest de l'extrémité septentrionale de la rue Saint-Denis. Les habitants de ce nouveau village obtinrent en 1552 l'autorisation de construire une chapelle. Elle a été plusieurs fois rebâtie sur un plan plus vaste qu'auparavant.

COLLÈGE SAINTE-BARBE , situé rue de Reims, n» 7. Dès l'an 1420, Jean Hubert, docteur en droit canon, fonda cet établissement et y plaça plusieurs professeurs. La révolution de 1789 ne changea point la destination de ce collège; mais plus tard une autre maison rivale, sous la direction de M. Nicole, s'établit rue des Postes, et envahit le nom de Sainte-Barbe. Mais en 1830, le conseil de l'Université ordonna que l'établissement de M. Nicole porterait le nom de Collège Uollin, et que celui de M. de Lanneau prendrait celui d'Institution Sainte- Barbe, laquelle est encore consacrée à l'enseignement de la jeunesse.

HOPITAL DES PETITES MAISONS, aujourd'hui Hospice des Ménages, situé rue de la Chaise, n" 28, faubourg Saint-Germain. Les croisades de saint Louis valurent, dit-on, à la France une maladie contagieuse appelée la petite vérole. Les expéditions militaires de Charles VIII en Itahe procurèrent aux Français une

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autre maladie, qui fut nommé le mal de ÎSaplcs. Ou lit dans les registres manuscrits du parlement de Paris, qu'eu 1788, on ordonna au commis cliargé de l'admiuislralion des personnes artligées de cette maladie, d'intimer aux malades étrangers l'ordre de sortir de Paris dans vingt-quatre heures, .soî«.s;îeme de la hart; quant aux Parisiens atteints de la mOme maladie, ils pouvaient rester à l^u'is eu observant de ne point sortir de leurs maisons.

Les pauvres de cette ville, frappés du môme mal , furent logés dans quelques maisons des faubourgs, et notamment dans celles du faubourg Saint-Cermain. Du nombre de ces maisons était la maladrerie. Avec les matériaux et sur l'emplacement de celle-ci, il fit rebâtir un hôpital destiné à renfermer des mendiants de profession, des vieillards infirmes, des hommes séparés de leurs femmes, des enfants altligés de la teigne, des femmes sujettes au mal caduc, et des insensés. Quoique cet hôpital ne fut plus, comme auparavant, spécialement affecté à la guérison des maladies vénériennes, ceux qui en étaient affligés y furent reçus jusqu'en 1559, époque où on les transféra à V Hôpital de rOursine,

L'emplacement de cet hôpital est vaste et salubre. Le nom de Petites-Maisons lui vient des chambres basses ou loges dans lesquelles étaient placés les fous ou malades. Avant la révolution , ces chambres étaient occupées par plus de quatre cents pauvres; on y admettait des époux âgés et infirmes qui, moyennant une somme de 1,500 livres, une fois payée par chacun d'eux, recevaient le logement et la nourriture pendant le reste de leur vie. Aujourd'hui voici les conditions d'admission réglées par l'ordonnance de 1801 : l'un des époux doit avoir au moins soixante ans, et l'autre soixante-dix ans ; les veufs et les veuves doivent être âgés de soixante ans. On leur donne, outre une quantité déterminée de pain et de viande crue, trois francs en argent tous les dix jours; une voie de bois , deux voies de charbon par an. Ils doivent s'entretenir de linge et d'habits. Tel est le sort de ceux qui, dans cet hospice, occupent la partie appelée le Préau, Dans les salles appelées les Dortoirs, les personnes admises doivent pourvoir à leur habillement; mais elles sont nourries et blanchies entièrement.

La population de l'Hospice des Ménages fut, par un arrêté du 11 avril 1804, fixée ainsi qu'il suit : cent soixante grandes chambres pour des ménages, contenant trois cent vingt personnes; cent petites chambres pour des veufs et des veuves, et deux cent cinquante lits dans les dortoirs : ce qui porte le nombre des personnes admises dans cet hospice à six cent soixante-dix.

ENFANTS-TROUVÉS. Eu 1552, OU destina rhô[)ital de la Trinité, occupé par les comédiens appelés Confrères de la Passion, à recevoir les enfants abandonnés. Suivant l'ancien usage, les seigneurs hauts justiciers devaient fournir à leur entretien. Ces seigneurs, à l'aiis, étaient tous ecclésiastiques. La plu[)art d'entre eux, pour se soustraire à cette charge, prétendirent que l'évèque (ît le chapitre de Notre-Dame étaient obligés, par des fondations expresses, de pourvoira l'entretien de ces enfants. Le parlement rendit un arrêt, en 1555 , (pii ordonna à lous les seigneurs de Paris de payer pour cet entretien , chaipie aimée, la somme de 960 livres. Ces seigneurs obtinrent des lettres d'évocation au parlement

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sur un faux exposé, comme le dit l'avocat du roi à l'audience du 4 juin 1554. « Ils ont, dit-il, si grande aisance, que, quand ils contribueroient de leurs deniers >. en telle affaire, ils en rapi)orteroient fruit au double, ou l'Écriture est fausse. » Il ajoute ensuite : « Il y a céans des chanoines de l'église de Paris, et autres, * dont les enfants sont chanoines, et se défient de la justice pour les faveurs. -> On ignore le résultat précis de cette affaire; mais on a la certitude que les seigneurs de Paris, tous seigneurs ecclésiastiques , furent obligés de contribuer à l'entretien des Enfants-Trouvés. En 1570, ces enfants furent transférés dans des maisons situées dans la Cité, et sur le port Saint-Landry. Cet établissement éprouva des changements et des améliorations dont je parlerai dans la suite.

couK DES MONNAIES. Il existait , depuis le quinzième siècle , des généraux des monnaies, au nombre de quatre, de six, et même de huit, suivant les règnes. François l"^', en 1522, créa un président et deux conseillers de robe longue, qui, avec les huit généraux, un greffier, un huissier, formèrent une chambre des monnaies. Henri II , par son édit du mois de janvier 1551, augmenta le nombre des conseillers, et érigea cette chambre en Cour souveraine, qui alors tint ses séances dans une salle du Palais-de-Justice, située au-dessous de celle de la chambre des comptes. Deux ans après l'érection de cette cour souveraine, en 1554, tous les présidents et conseillers qui la composaient furent accusés de malversation et de faux, et condamnés, les uns aux galères, les autres à être pendus ou brûlés ; le second président fut seul déclaré innocent.

QUAI DE GLORiETTE, situé près du Pctit-Pout, sur la rive gauche du petit bras de la Seine, entre ce bras et la rue de la Huchette. Le parlement, sur la demande du prévôt de Paris, permit, en 1558, d'employer à la construction d'un quai, entrepris sur la place appelée Gloriette, les prisonniers condamnés aux galères, et détenus dans la prison du Petit-Chàtelet, à la charge par ledit prévôt de les faire reconduire, après l'heure du travail, par sûre garde, dans leur prison. La place où l'on construisit ce quai était l'emplacement d'un ancien fief appelé Gloriette. C'est là qu'a été établi le cul-de-sac de ce nom, longtemps appelé Trou-Punais; c'est là aussi qu'a été bâtie la boucherie dite de Gloriette.

Tels furent les établissements et les institutions de Henri II à Paris.

PARIS sous FRArîÇOIS II.

Le 10 juillet 1559, François II succéda au roi son père. Tous les maux que Henri II n'avait su ni prévoir ni détourner; toutes les haines, les ambitions que, par incapacité ou indifférence, il avait laissé fermenter, firent explosion sous un prince encore plus incapable et monté sur le trône à l'âge de seize ans. A vrai dire, la responsabilité des événements de ce règne retombe surtout sur le cardinal de Lorraine et sur la mère du roi, Catherine de Médicis. L'élévation de Michel de L'Hospital à la fonction de chancelier de France, qui modéra la fureur des partis; les états d'Orléans, l'arrestation du prince de Condé, tels furent les principaux actes de ce règne, qui dura seize mois et vingt-quatre jours. François II mourut à Orléans, le 5 décembre 1560. Pendant un règne d'aussi courte durée , il ne fut fondé à Paris qu'un seul établissement.

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HOPITAL DE LOUUSINE OU l)K LA CUARITK CIIUÊTIENNE, situé PUe de l'Our-

sine, aujourd'hui Jardin des Apothicaires. Un ancien hôpital, (|ui paraît avoir été fondé par la reine Marguerite de Provence, fut en 1559, par arrêt du parlement, mis en hi main du roi pour fMre employé à y lo^er, nourri, et médicamenter les pauvres atteints de la maladie vénérienne, dont le f»rand nombre* causait beaucoup d'infection et d'incommodités à l'Ilôtel-Dieu et ailleurs. Ce nouvel hôpital , (pii fut appelé Hôpital de VOursine, éprouva bientôt le sort qu'avaient déjà éprouvé à Paris la plupart des établissements de cette espèce : les administrateurs finirent par s'approprier le bien des administrés.

Nicolas Houel, épicier, bourgeois de Paris, un des hommes les plus recommandables de son siècle , imagina l'établissement d'une maison de ckarUé, où des orphelins seraient élevés et instruits dans l'art de préparer les médicaments et les administrer aux pauvres honteux Alors les commissaires nommés par suite de cette demande lui accordèrent, pour mettre à exécution son utile projet, la maison des Enfant s-Houg es. L'hospice de Nicolas Houel y fut établi, et s'y maintint jusqu'en 1578. L'année suivante il s'installa dans l'Hôpital de la rue de l'Oursine. Cet établissement porta alors le nom iï Hôpital de la Charité chrétienne. Le sieur Houel, contrarié par les uns, favorisé par les autres, fit beaucoup de dépenses en reconstructions et en acquisitions de terrains; de plus, il y établit, à l'instar du jardin de Padoue, un jardin botanique, le premier qui ait existé en France. Un certain nombre d'orphelins y étaient instruits aux bonnes lettres et dans l'art de la pharmacie ; ils administraient gratuitement des remèdes aux pauvres honteux de la ville et des faubourgs.

Après la mort du bienfaisant Houel, cet établissement changea de destination, et fut négligé par ses successeurs, qui ne surent pas, comme lui, se rendre dignes de la reconnaissance de la postérité. Lu L596, Henri IV destina cette maison aux militaires de tous grade, blessés à son service. Ce fut le premier établissement des Invalides. Louis Xlll ayant transféré ces invalides au château de Bicôtre , la Maison de la Charité chrétienne fut vacante. Diverses communautés de filles l'occupèrent ; elle eut pour propriétaire l'ordre de Saint- Lazare , auquel furent réunis les biens des hôpitaux abandonnés. On la retira bientôt après des mains de cet ordre , pour la donner à l'évêque de Paris , qui la céda à l'Hôtel-Dieu. Lnfhi, le corps des apothicaires l'obtint pour y établir un jardin botanique et des salles où se font difTerents cours de pharmacie. Aujourd'hui c'est le Jardin des Apothicaires et VÉcole de Pharmacie,

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