TEMPLE ET ASSEMBLEES DES PROTESTAIVTS
Un gentilliomme du Maine, appelé La Perrière, voulant faire baptiser un enfant d'après le rit des protestants, attira dans sa maison, Au Pré-aux-Clercs, Jean Le Maçon, dit la Rivière, natif d'Angers. C'est dans une assemblée secrète, tenue là, que l'on commença à organiser l'église de Paris. Jean Le Maçon, élu ministre, fut chargé de la gouverner. Cette organisation, faite dans le secret, échappa, pendant deux années, à l'inquiète surveillance des persécuteurs; le 4 septembre , au soir, de Tannée 1557, des protestants, au nombre de trois à
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quatre cents, s'étant réunis pour célébrer la Cène, furent aperçus par les boursiers du collège du Plessis. Aussitôt ces étudiants ameutent un grand nombre de leurs partisans , avertissent le guet de la ville, font des amas de pierres sur leurs fenêtres, et préfiarent tout pour assaillir avec succès les protestants au sortir de leur assemblée. Vers l'heure de minuit, ces religionnaires, sans méfiance, commencent à se retirer; mais une grêle de pierres les force à rentrer dans leurs maisons. Les écoliers, pour se renforcer et exciter le peuple du quartier à se réunir à eux, crient aux voleurs! aux brigands! Les habitants épouvantés courent aux armes : on essaie d'enfoncer les portes du lieu de réunion. Les plus hardis protestants sortent, se font jour l'épée à la main, et parviennent à se sauver : un seul, frappé d'un coup de pierre, tomba mort, et fut mis en pièces. Les autres, sans armes, ayant avec eux leurs femmes et leurs enfants, restèrent dans la maison, toujours assiégée. Au point du jour, ces malheureux se rendirent au lieutenant-criminel du Chàtelet, qui les conduisit en prison à travers les injures et les coups dont, à leur passage, ils furent assaillis par la multitude fanatisée. Trois d'entre eux furent condamnés à mort. Avant de les conduire au supplice, le bourreau leur coupa la langue; ils furent exécutés sur la place Maubert.
Cette exécution fut comme le signal de la plus affreuse persécution. Tout ce qu'une police vicieuse possède de subtilités, tout ce que le règne de la terreur a eu de plus odieux, fut dès lors mis en usage parles inquisiteurs : ils dressaient des listes de suspecls^ faisaient des visites domiciliaires, provoquaient des délits pour avoir occasion de les punir, en commettaient eux-mêmes pour en accuser les protestants; de plus, les prédicateurs invitaient ouvertement, dans leurs sermons, les catholiques à massacrer. On emprisonnait sur le plus léger soupçon : on confisquait et l'on vendait à l'encan les biens de ceux qui avaient fui la persécution. « Dans les maisons des protestants fugitifs, il n'était « resté que de petits enfants, qui, n'ayant pu suivre leurs parents dans leur » fuite, remplissaient les rues et les places publiques de leurs cris : ce qui » excitait la compassion de tout le monde. »
Michel de L'Hospital, ayant été élevé à la fonction de chancelier, arrêta le cours de cette persécution abominable et fit ouvrir les prisons aux détenus pour fait d'opinion religieuse. L'édit d Amboise, de mars L'^eo, dont il fut l'auteur, offrit quelque relâche et quelques garanties aux persécutés. Alors les protestants purent s'assembler; ils y furent même autorisés par la reine, à condition que leur réunion ne serait point apparente, et qu'il ne s'y trouverait pas plus de vingt personnes. Ce retour à la justice, à la raison, contrariait les projets du cardinal de Lorraine. Bientôt les prédicateurs, ses agents, soufflèrent le feu du fanatisme, firent retentir les églises de Paris de cris séditieux, et, dans leurs déclamations furibondes, ne respectèrent ni le roi ni la reine. Les protestants furent de nouveau attaqués et chassés des lieux où ils se réunissaient par une jeunesse turbulente et une multitude furieuse. Jamais persécuteurs, toujours persécutés, et, pour cela même, toujours plus affermis dans leur croyance, d'ailleurs tolérés par le gouvernement, ils ne perdirent point courage. Au lieu d'un temple, ils en eurent deux : l'un situé dans la rue Popincourt, et l'autre dans le
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faubourg Saiut-Marcel. Ces établissemeuts nuisaicul aux projets ambitieux du cardinal de Lorraine et de sa famille, (pii parvint à les détruire encore.
Le 27 décembre 15G1, les protestants, au nombre de près de deux mille, assistaient au prôcbe, rue Moulletard, dans la maison dite^t^ Patriarche, peu distante de l'église de Saint-Médard. Le clergé de cette église, mit en branle toutes ses clocbes : ce qui produisit un bruit qui les empochait d'entendre leur prédicateur. Le ministre du temple envoya deux de ses auditeurs chargés de prier le curé et le sacristain de Saint-Médard de faire cesser cette sonnerie incommode. Les envoyés se présentent dans l'église catholique : aussitôt ils sont assaillis par les familiers de cette paroisse. Un de ces envoyés parvient à s'échapper ; l'autre, renfermé dans l'intérieur et ne pouvant fuir, se défend avec son couteau contre des hallebardes; enfin, il meurt percé de plusieurs coups. Ce meurtre fut suivi d'un tintamarre plus bruyant encore. Le prévôt des marchands, qui assistait au prêche des protestants pour y maintenir l'ordre , essaya en vain de faire cesser ce bruit. Alors des bandits, des spadassins, assiègent l'église et en brisent les portes. Les prêtres de Saint-Médard, n'ayant plus de pierres, arrachent de leurs niches les statues des saints, et les lancent contre leurs ennemis. Sur ces entrefaites, Gabaston, chevalier du guet, arrive pour arrêter ce tumulte. Il entre dans l'église à cheval, et sa présence, loin d'apaiser les combattants, ne fait que les irriter davantage. Cinquante de ceux qui défendaient l'église furent dangereusement blessés, et quatorze faits prisonniers. Cependant les cloches continuaient à sonner le tocsin , et les protestants, craignant qu'à ce bruit le peuple de Paris ne se portât en foule contre eux, menacèrent de mettre le feu au clocher. A cette menace, la sonnerie cessa. Les protestants, glorieux de leur succès, firent une espèce d'entrée triomphale dans la ville de Paris. Cette fanfaronnade gâta leur cause.
Le lendemain, une multitude de peuple mit le feu au temple, qui devint la proie des flammes. Le parlement, livré au parti des Guise, rejeta tout le tort de ce tumulte sur les protestants. Gabaston, qui les avait défendus, et un de ses archers subirent le supplice de la potence. 11 restait encore un temple à détruire : celui de Popincourt. Anne de Montmorency, connétable, se chargea de cette expédition. Deux jours s'étaient à x>eine écoulés depuis l'incendie de la maison du patriarche, lorsque ce connétable, à la tête d'une force armée, s'avança vers le temple de Popincourt, en chassa les ministres, fit brûler la chaire du prédicateur et tous les bancs de l'auditoire. Le connétable acquit dans cette glorieuse expédition le surnom de capitaine Brûle- Bancs.
Les protestants, appuyés par la cour, ou par un des partis qui la divisaient, purent facilement réparer ces pertes. L'édit du mois de janvier 1562 autorisa l'exercice public de leur refigion, et leur permit d'avoir des temples dans les faubourgs de la ville. Ils rebâtirent celui de Popincourt et vinrent occuper un bâtiment situé au faubourg Saint-Jacques, dans la rue de l'Égout, et au sud du Val-de-Gràce. Ce bâtiment a, pendant longtemps, porté le nom de Temple de Jérusalem, En 1662, ces deux édifices furent de nouveau incendiés par une troupe d'hommes armés, sous la conduite du connétable de Montmorency.
Ces violences du connétable (m autorisaient de i)lus graves. Sans motil,
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sans ordre, on pillait les maisons des protestants. Le peuple, en 1563 , arracha vingt de ces malheureux des mains de ceux qui les conduisaient en prison, et les massacra. Les protestants ne pouvaient pliis se montrer dans les rues de Paris, sans être insultés, attaqués. On voit qu'en décembre 1568, le parlement leur ordonne, pour éviter les meurtres qui pourraient survenir, de rester dans l'intérieur de leurs maisons, et ne permet qu'à leurs serviteurs d'en sortir pour se procurer les choses nécessaires à la vie.
Le zèle religieux chez ces persécutés étouffait tout sentiment de crainte. En 1569, ils se réunirent secrètement, pour célébrer la cène, dans la maison d'un riche marchand, nommé Philippe Gastines. La probité de cet homme est attestée par l'historien De Thou. Il fut pris, ainsi que son frère Richard Gastines et son beau-frère Nicolas Croquet. Tous trois furent pendus et étranglés. Leur maison j située rue Saint-Denis, entre les n»' 75 et 77, fut rasée ; et, sur son emplacement, on fit construire une pyramide en forme de croix, chargée d'une table de cuivre sur laquelle étaient inscrits les motifs de leur condamnation. Au mois d'août de l'année suivante, la paix étant conclue à Saint-Germain entre les protestants et les catholiques, Charles IX ordonna que cette croix fût transférée dans le cimetière des Innocents. Trois émeutes populaires éclatèrent à l'occasion de cette translation; des pillages, des incendies, des meurtres furent commis pour s'y opposer : les moteurs de ces excès sont clairement désignés dans les registres du parlement où on lit qu'il serait informé contre les prédicateurs qui ont prêché séditieusement sur ce sujet.
PABIS sous CHARLES IX.
Le 5 décembre 1560, Charles IX, âgé de dix ans, succéda à François II, son frère. Les commencements de ce règne semblèrent présager une amélioration dans les destinées de la France. Le chancelier de VHospital, magistrat vénérable, semblait offrir à l'action de la justice et à la tranquillité pubHque une garantie sutTisante. Mais il eut à combattre la puissante faction des Guise, et finit par succomber. Catherine de Médicis, régente, après quelques années d'hésitation entre l'un et l'autre parti, se laissa enfin gouverner par le cardinal de Lorraine. L'Hospital, luttant sans cesse contre des projets subversifs de l'État, figurait à la cour corrompue de Charles IX, comme Sénèque et Burrhus à celle de Néron. Ce chancelier fut forcé d'abandonner une cour où il ne pouvait plus faire le bien ; et la France fut encore plongée dans un abîme de maux. Pendant ce temps de crimes et de désolation, au milieu de la disette extrême des finances, qui forçait la cour à recourir à des ressources honteuses, cette cour ne retrancha rien de ses fêtes dispendieuses, ni de cette magnificence en habits et en bâtiments, qui prête son faux mérite à ceux qui n'en ont point de réel.
CHATEAU DES TUILERIES. J'ai parlé d'une maison, située hors de Paris, et achetée par François I^ en 1518. Catherine de Médicis, ne voulant point rester au Louvre, occupé par le roi son fils, et ne pouvant loger au château des Tournelles, dont la démolition était commencée, choisit la maison des Tuileries. Elle acquit plusieurs bâtiments et terres qui l'avoisinaient; et, au mois de mai 1564, elle fit
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jeter les foiulenieiils d'un nouvel édifice. iMiilibert de Lorme el Jean Huilant, arcliitectes célèbres, furent chargés de fournir les plans du i)alais. Ils présentèrent le projet d'un bâtiment beaucoup plus vaste que n'est celui d'aujourd'hui; mais ce projet ne fut pas entièrement exécuté. On éleva d'abord le gros pavillon placé au centre de la façade, (^e pavillon était couronné par un vaste dôme circulaire dont on a depuis changé la forme.
Les bâtiments latéraux du pavillon du centre présentent, du côté du jardin, à gauche, mie terrasse supportée par douze arcades. 11 y avait à droite une terrasse semblable qui a été couverte de constructions nouvelles depuis 1830. Cette terrasse en galerie et ce corps de logis ont, à leur extrémité, un pavillon carré de forte dimension, mais moins élevé que le pavillon du centre. C'est à ces deux pavillons que se terminait alors tout Tédifice des Tuileries. Depuis, on a prolongé la ligne de la façade par deux vastes corps de bâtiments, llanqués, chacun à son extrémité, par un gros pavillon carré. Du côté de la cour, la façade des Tuileries se compose d'une façade régulière ayant trois étages de croisées. Le rez-de-chaussée des deux façades de la partie primitive de cet édifice est décoré de colonnes et de pilastres d'ordre ionique en bossages de marbre incrusté. La sculpture y est traitée avec beaucoup de soin et de délicatesse.
L'HOTEL DE soissoNS, dout l'emplacement est aujourd'hui occupé par la Ilalleaux-Bléset par les rues qui l'environnent, doit être décritâ la suite du château des Tuileries. L'emplacement où cet hôtel fut bâti contenait, dans son origine plusieurs établissements, notamment un hôtel de Nesle, qu'il ne faut pas confondre avec l'hôtel du même nom situé au faubourg Saint-Germain, sur le bord de la Seine. Jean II, seigneur de Nesle et châtelain de Bruges, en était possesseur en 1230; il appartint ensuite à la reine Blanche, qui y mourut en 1252. L'hôtel de Nesle se com^xisait alors, et cent vingt ans après, de deux maisons et d'une grange. Philippe de Valois le céda, en 1327, à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, qui y demeura longtemps. Cette maison reçut pour cela le nom d« Bohême ou de Béhaigne. Cet hôtel au quartorzième siècle appartenait au duc deTouraine, depuis nommé duc d'Orléans, qui lui donna son nom, et l'agrandit considérablement. Cet hôtel, avec ses jardins, était compris entre les rues Coquillière, d'Orléans, de Grenelle, des Deux-Écus, dont une partie portait le nom de Traversincy et l'autre celui de la Hache. Enfin en 1572, Catherine de Médicis fit l'acquisition de cet établissement qui fut nommé Yhùlel de la Reine.
Catherine de Médicis y avait fait construire, sur les dessins de Bullant, et dakis l'angle d'une cour latérale, une colonne dorique très-élevée. Elle est la seule construction de l'hôtel de Soissons qui soit conservée. On la voit encore adossée au bâtiment de la Halle ; elle recèle intérieurement un escalier avis. Cette reine y montait avec ses astrologues pour y consulter les astres, et chercher la perspective d'un bonheur que ceux qui régnent avec des crimes ne trouvent jamais sur la terre. On voyait sur le fût de cette colonne des couronnes, des fleurs de lis, des cornes d'abondance, des miroirs brisés, des lacs d'amour déchirés et des C et des H entrelacés; signes allégoriques de la viduilé de cette reine. Catherine habita cet hôtel environ quatorze ans, et, le 5 février 1589, y mourut chargée^ de dettes. Ses créanciers tirent vendre |'hô(<M. Charles de
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Bourbon, comte (leSoissons,rils duprincedeCondé,en fut l'adjudicataire moyennant Ja somme de trente mille et cent écus. Alors cet hôtel, réparé, agrandi, reçut le nom d'Hntel de Soissom, qu'il a conservé jusqu'en 1763, époque de la construction de la Halle-aux-Blés.
coLLÉGiî DE CLERMONT OU DES JÉSUITES, situé rue Saint- Jacqucs, n«> 123. Les jésuites, dont l'institution fut approuvée par deux bulles, l'une de 1540, l'autre de 1549, furent introduits en France par Guillaume Duprat, évêque de Glermont. Ce prélat, à son retour du concile de Trente, amena quelques-uns de ces pères dans son diocèse, et les établit dans les villes de Mauriac et de Billom. Le fameux cardinal de Lorraine, qui connaissait le but secret de cette institution, en appela plusieurs à Paris ^ mais l'évêque, le parlement et la Sorbonne, s'opposèrent à leur établissement dans cette ville. Les jésuites n'étaient pas gens à se rebuter; ils persistèrent dans leur tentative, avec cette opiniâtreté qui les a toujours caractérisés. Ils intriguèrent tant, enhardis par la protection des Guise, qu'ils déterminèrent Catherine de Médicis et le roi son fils à presser le parlement, même avec menace, d'enregistrer les édits en faveur des jésuites. Le parlement se débarrassa de cette affaire en la renvoyant à l'assemblée de Poissy. Cette assemblée, présidée par le cardinal de Lorraine, ne manqua point de prononcer en faveur des jésuites. Le 5 juillet 1561, leur établissement à Paris fut décidé; et, après une lutte de dix années, ces pères virent leur désir accompli. Guil. Duprat avait fait aux jésuites plusieurs legs, dont ils employèrent une partie à l'acquisition d'une maison située rue Saint-Jacques, et nommée la cour de Langres.
Dès qu'ils eurent obtenu la permission de s'établir, ils voulurent avoir celle d'enseigner la jeunesse. L'Université s'opposa vivement à cette entreprise : l'affaire fut plaidéeavec éclat, et les jésuites perdirent leur procès au parlement; mais, toujours conflants dans leurs ressources, ils eurent l'adresse de le faire porter au conseil du roi , où il fut résolu que ces religieux enseigneraient sans être incorporés à l'Université; et ce fut en 1564 qu'ils établirent leur collège, qu'ils nommèrent Collège de Clermont de la société de Jésus. Au titre de Collège de Clermont, que cet établissement avait porté d'abord, ils substituèrent ensuite par intérêt et par adulation celui de Collège Louis-le-Grand.
SAiNT-jACQUES-Du-HAUT-PAS, hôpital et ensuite église paroissiale, situé rue Saint-Jacques, entre les n<>s 252 et 254. Cet établissement est dû à une colonie de l'hôpital de Saint-Jacques du-Haut-Pas, situé en Italie, dans le territoire de la république de Lucques. L'époque où fut fondé, à Paris, l'hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas est inconnue. Des lettres de Charles-le-Bel, de fan 1322, et d'autres lettres de Philippe de Valois de l'an 1335, attestent que ces religieux habitaient l'emplacement qu'ils ont occupe depuis, et que cet emplacement était nommé Clos du Roi. Ils existaient à Paris en qualité de Frères hospitaliers, logeant les pauvres passants et les pèlerins. Us portaient le signe du tau sur leurs habits, et leur chef avait le titre de commandeur. Ils eurent d'abord une chapelle, qui fut reconstruite et consacrée en 1519. En 1566, après quelques tentatives inutiles, et malgré l'opposition des curés du voisinage, cette chapelle fut érigée en succursale des paroisses du quartier. Cet hôpital, en 1572,
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('(ail pivsiiue abandoniio: on n'y recevait plus de malades; les adniiiiislralems vivaient du bien des pauvres. 11 n'y restait que deux relij;çieux, lorsque Catlierinede Médicis, pour faire hàlirV Hôtel de Soissons, délogea les Filles-Pénitentes, qui délogèrent les religieux de Saint-Magloire, lesquels vinrent occuper la maison de Saint-Jacques-du-llaut-Pas.
Ces religieux célébraient la messe à des heures qui ne convenaient pas aux paroissiens; ceux-ci prirent, en 1584, le parti de faire bâtir, à côté de la chapelle du monastère, une chapelle nouvelle. En 1630, on entreprit la reconstruction de cet édifice : l'architecte f.ittard en fournit le dessin. On ne put alors achever que le chœur. Les travaux furent repris en 1679 : la nef fut refaite; et les habilanis du quartier signalèrent leur zèle en cette occasion. Les carriers fournirent gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les maçons donnèrent un jour de travail par semaine. La chapelle de la Vierge, située au chevet de cette égUse, fut construite en 1688. Quant au bâtiment qui servait à l'ancien hôpital, il a été démoli en 1823. Les reUgieux de Saint Magloire, qui l'habitaient, tenaient une conduite fort scandaleuse, ce qui obligea, en 1618, Henri de Gondi, évêque de Paris, de les renvoyer. Il établit à leur place le séminaire des prêtres de l'Oratoire, premier établissement de ce genre fondé à Paris, et qui s'est maintenu jusqu'à la révolution. L'emplacement a depuis été concédé à l'institution des Sourds Muets. Je parlerai de ce séminaire et de cette institution.
JUKiDiCTiON DES JUGES ET CONSULS, établie près de l'église Saint-Merry, dans un grand bâtiment acquis par les six corps des marchands. Cette institution, toute populaire, où les marchands sont jugés par des marchands , fut créée , en 1563, par le chancelier Michel de L'Hospital. Elle affranchit le commerce des lenteurs qu'il rencontrait dans les justices féodales ou royales. Elle éprouva de vives oppositions de la part du parlement qui n'aimait pas les nouveaiités. Cette juridiction fut d'abord composée de cinq marchands français, établis à Paris, dont un remplissait les fonctions de juge, et les quatre autres celles de consuls. Cette juridiction aujourd'hui porte le nom de Tribmial de Commerce. Elle est établie dans le nouvel édifice de la Bourse et est composée de deux présidents, de huit juges et de seize juges suppléants.
ARSENAL, situé à l'cxtrémité du quai Morland. Une partie de l'emplacement de l'Arsenal portait, avant le creusement des fossés de la ville, le nom de Champ'cm-P/âtre, Plus tard la ville acquit ce lieu et y fit construire des granges pour y placer l'arlillerie. François l''^, voulant faire fondre des canons, emprunta à la ville, en 1533, une de ces granges, avec promesse de la rendre dès que la fonte serait achevée; puis, sous prétexte d'accélérer le travail, il emprunta une seconde grange, puis une troisième, avec la même promesse, et les garda sans façon. En 1563, le feu prit à quinze ou vingt milliers de poudre qui se trouvaient dans les bâtiments. L'explosion fut terrible; des pierres furent lancées jusqu'au faubourg Saint-Marceau. La détonation fut entendue jusqu'à Melun ; les poissons périrent dans la rivière; les maisons du voisinage furent renversées; trente personnes enlevées en l'air retombèrent en lambeaux; un plus grand nombre d'autres enfin fut blessé. On ne put jamais découvrir les auteurs ou les causes de cet accident. On ne mancpia pas de l'attribuer aux protestants.
Charles IX lit rebâtir sur un plan plus vaste les bâtiments détruits. Ses successeurs continuèrent les constructions. Sous Henri III, en 1584, fut édifiée la porte qui faisait face au quai des Célestins. Cette porte était décorée de colonnes, en forme de canons placés verticalement. Au-dessus était une table de marbre, où on lisait ce distique du Poète Nicolas Bourbon, distique qu'admirait Santeuil : Dussé-je être pendUy disait-il, je voudrais en être l'auteur.
jEtna hœc Henrico vulcaiiia tela ministrat, Te la giganteos debellatura furores .
Henri IV y établit un jardin ; et Sully, en sa qualité de grand -maître de l'artillerie, y fit, pendant tout le temps de son ministère, sa demeure ordinaire. Louis XIV ayant fait bâtir des arsenaux aux frontières du royaume, l'Arsenal de Paris ne servit plus qu'à contenir des pièces hors de service, des fusils rouillés, et des fonderies où l'on coulait quelques figures de bronze.
Le régent, en 1718, fit abattre plusieurs vieux bâtiments, et construire , par Germain Bofîrand, l'hôtel du gouverneur de l'Arsenal. Dans diverses pièces de cet hôtel se trouve la précieuse Bibliothèque de Paulmy, devenue publique sous le nom de Bibliothèque de V Arsenal, Sur l'emplacement du jardin, en 1806, on a établi une partie du boulevard Bourdon; et à partir de 1807, le vaste édifice appelé Grenier de réserve. A la place du Mail, entre les bâtiments de l'Arsenal et le bras de la Seine, on ouvrit une route très-commode. Les travaux de la gare, qui est alimentée par les eaux du canal de fOurcq, ont aussi apporté plusieurs changements utiles dans l'emplacement de FArsenal.
PILORIS. Il existait à Paris plusieurs constructions destinées à exposer des condamnés aux yeux du public. On voyait un pilori au carrefour formé par les rues du Four, de Sainte-Marguerite, de Buci et des Boucheries. C'était celui de la justice de Saint-Germain- des-Prés. — Le pilori le plus connu était situé au Carreau des Halles. Il présentait une construction octogone en maçonnerie surmontée d'une vaste lanterne en bois, dans laquelle on plaçait les condamnés. Cette lanterne tournait sur un pivot. En la faisant mouvoir de tous côtés, on exposait le patient à tous les regards du public. Dans les comptes de la prévôté de Paris de fan 1515, on voit que Laurent Bazard, exécuteur de la haute justice, étant monté dans le pilori, sans doute pour y faire quelques apprêts, plusieurs personnes du peuple y mirent le feu, et que ce bourreau y fut brûlé vif : Le pilori des Halles a été démoli en 1789.
FOURCHES PATIBULAIRES, uommécs cu langage féodal justices. Il en existait plusieurs en dehors de Paris : les plus connues sont celles de Montfaucon et de Montigny. Sur la cime de l'éminence de Montfaucon était un massif de maçonnerie qui s'élevait, au-dessus du sol, de quinze à dix-huit pieds : sur la surface de ce massif, long de quarante-deux pieds sur environ trente de large, se dressaient seize piliers, composés de fortes pierres, et dont chacun avait trente-deux pieds de hauteur. Ces piliers supportaient de grosses pièces de bois auxquelles pendaient des chaînes de fer ; à ces chaînes étaient attachés les cadavres des malheureux exécutés à Paris. On y voyait toujours, pendant cette période, cinquante à soixante corps desséchés, mutilés, corrompus et agités par les venls. Cet hoiri-
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Vulilie par Fume, à Paris.
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ble spectacle ii'emiuVhait pas les Parisiens de venir faire la débauche autoui- de ce gibet. Lorsque toutes les places étaient occupées, et qu'il fallait attacher de nouveaux cadavres, on descendait les plus anciens, et on les jetait dans un souterrain, dont l'ouverture était au centre de l'enceinte. Une porte solide fermait l'enceinte de cet aflVeux monument, sans doute dans la crainte que les cadavres ne fussent enlevés par des parents pour leur donner la sépulture, ou par des sorciers, pour servira leurs opérations magitpies.
Les fourches de Montfaucon ou de la Grande- Justice furent souvent insulllsantes. On voit, dans les comptes de la prévôté de Paris, qu'en 1416 on construisit un autre gibet près de la Grande- Justice, au delà de l'église Saint-Laurent, et qu'on l'entoura de fossés profonds et de murs. 11 ne contenait que quatre piliers de bois. En 1457, on éleva dans le voisinage de Montfaucon une autre justice qu'on nomma gibet de Montigny.