‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 41 sur 96 · PARIS SOUS HENRI IIL · texte numérisé non relu

PARIS SOUS HENRI IIL

Henri III succéda, le 30 mai 1574, à son frère Charles IX. Élevé à la même école, placé dans des circonstances pareilles, dirigé par les mêmes compères, les cours de Rome et d'Espagne, et par la maison des (îuise, ce roi dut tenir la même conduite , avoir les mêmes principes. Aussi persécuteur, aussi perfide, aussi superstitieux que son frère, mais moins sanguinaire, il fut plus que lui livré à la débauche, môme à la débauche la plus honteuse; il sut comme lui associer la cruauté et le libertinage à la dévotion. Il était, dit-on, doué d'une éloquence acquise ou naturelle, qui le distingua de ses autres frères.

Rome, les Guise et l'Espagne ayant établi la ligue contre le parti protestants Henri III se déclara le chef de cette ligue, et obligea tous les fonctionnaires de son royaume à s'y engager par serment; Henri III n'en fut pas moins trahi, chassé de Paris par les Guise, qui le forcèrent à se jeter dans les bras des protestants qu'il avait tant persécutés. Enfin les Guise le firent assassiner àSaint- Cloud par un moine. Quelque parti, quelque croyance religieuse que le roi eût embrassés, les ambitieux qui aspiraient au gouvernement de la France eussent

sous HENRI m. :i05

lini par le détrôner. Le roi d'Kspagne, le pape et les Cuise l'avaient ainsi résolu.

Voici les établissements qui se formèrent à Paris pendant ce (riste règne.

CAPUCINS, communauté de reli{j:ieu\ située rue Saint-Ilonoré. La sanguinaire lad ion des cours de Itome e( d'Kspagne, alarmée des progrès du protestantisme, renforça en France sa milice prêchante et confessante. Les jésuites vinrent les premiers; les capucins suivirent. Les jésuites étaient, à ce qu'il paraît, chargés d'exploiter les consciences des gens de la cour et autres hommes puissants; aux talents des capucins étaient abandonnes les gens du bas étage.

Le cardinal de Lorraine avait amené d'Italie en France quatre frères mineurs; et les avait établis, en 156 't, dans son parc de Meudon. Mais après sa mort, ces moines étaient retournés dans leur patrie. — En 1574 , il se forma, au village de IMcpus, un couvent de ces frères mineurs, nommés capucinsy à cause de la forme pointue de leurs capuchons. Bientôt après, arriva de Venise en France le frère Pacifique, qui, en qualité de commissaire général de son ordre, réunit aux capucins de Picpus douze autres moines de la même espèce, qu'il avait recrutés eu Italie, et les établit tous dans un emplacement que leur donna Catherine de Médicis, au faubourg Saint-Honoré. De toutes les capucinières de France, celle de la rue Saint-Honoré était la plus vaste et la plus considérable. On y comptait jusqu'à cent ou cent vingt religieux, qui se montrèrent, sinon les plus subtils, du moins les plus zélés défenseurs des intérêts de la cour de Rome.

Deux capucins fameux habitèrent ce couvent, et furent enterrés dans son église : Henri, duc de Joyeuse, dit le père Ange, et Joseph-le-Clerc, fameux sous le nom du pcre Joseph. Après avoir perdu sa femme , morte par un excès de dévotion, le duc de Joyeuse , de désespoir, se ht capucin. Dans la suite deux de ses frères furent tués à la bataille de Coutras et un troisième se noya dans le Tarn. Ces événements déterminèrent le père Ange à quitter le froc pour reprendre le casque. De capucin qu'il était, il redevint militaire , fit la guerre au roi Henri IV; et, lorsque ce prince fut monté sur le trône, il lui vendit bassement sa soumission au prix du titre de maréchal de France.

Auprès de la tombe de cet homme inconstant , était celle du terrible frère Joseph , qui fut peut-être le plus intrigant, le plus audacieux des moines. Fécond en ressources, le père Joseph fortifia par ses conseils le cardinal de Richelieu dans sa marche ambitieuse; le seconda par ses sourdes menées, par son espionnage, tendant, dans tous ses projets, à la destruction de ses ennemis et à l'affermissement de son pouvoir absolu. On a même écrit que le génie du capucin maîtrisait souvent la politique du cardinal.

On voit dans un mémoire du temps, que le couvent de ces Capucins consommait par semaine douze cents livres de pain, de la viande, du vin, du bois à proportion, et que quatre quêteurs couraient tous les jours les rues de Paris pour mettre les habitants à contribution.

Par un décret du 30 juillet 1790, l'assemblée nationale établit ses bureaux dans les bâtiments des capucins. Dès que l'on put parcourir les diverses paitics de ce couvent, on découvrit, dans un lieu secret, de ces cachots api^'lés autrefois oiihlietles ou m puce. Aux deux angles d'une pièce demi-souterraitie, on voyait deux espèces de cachots, séparés l'un de l'autre par un intervalle

d'une toise et demie; deux côtés de chacun de ces cachots étaient fermés par les faces à angle droit des murs du couvent; les deux autres côtés par une cloison composée de gros madriers de chêne , unis entre eux par des liens de fer, le tout recouvert en maçonnerie. La seule ouverture par laquelle les vivres et le jour pouvaient momentanément pénétrer dans ce réduit, avait environ un pied et demi de hauteur sur cinq pouces de largeur; cette ouverture était encadrée par des barres et des plaques de fer, et fermée par une petite porte tout en fer. Le guichet par où l'on introduisait le prisonnier, n'avait pas plus de quatre pieds de hauteur; il était garni d'énormes serrures et de verroux. Dans un de ces cachots infects, on voyait encore, lorsqu'on était muni de lumière, un vieux châlit. Là séjournèrent, gémirent, et peut-être rendirent le dernier soupir, de malheureuses victimes de la superstition et du despotisme monacal.

Les bâtiments de ce couvent furent démolis en 1804 , époque où l'on ouvrit, sur son emplacement, les rues Rivoli, Castiglione et Mont-Thabor.

JÉSUITES DE LA RUE SAINT-ANTOINE, aUJOUld'hui KGLISE SAINT-LOUIS-SAINT-

PAUL. Les jésuites qui occupaient le collège dit de Ctermont désirèrent avoir une maison professe à Paris. Le cardinal de Bourbon leur céda , en 1580, l'hôtel d'Anville qui communiquait à la rue Saint- Antoine et à celle Saint-Pauf.

En 1616, Louis XITI leur accorda un emplacement voisin, où se voyaient les vestiges des anciens murs de la ville. C'est sur une partie de ce terrain qu'on éleva l'église dont la construction, commencée en 1627, fut achevée en 1641, sur les dessins de Marcel Ange, jésuite lyonnais. On y voyait un bas-relief en bronze, d'après les dessins de Germain l^ilon. Deux chapelles étaient ornées chacune de deux anges en argent et de grandeur naturelle, qui supportaient, l'un le cœur de Louis XIII, l'autre celui de Louis XÎV.

Cette église renfermait plusieurs tombeaux remarquables. Nous citerons la sépulture de Henri de Condé , décorée par Sarrazin ; celle de René de Birague, exécutée par Germain Pilon ; et le monument que Louis-Henri, duc de Bourbon, fit élever, par Vanclèves, à la gloire de ses ancêtres.

Les jésuites ayant été chassés de France et de presque toute l'Europe, cette maison fut accordée, en 1767, aux chanoines réguliers de la Culture-Sainte-Catherine , qui furent supprimés en 1790. Après la démolition de l'église Saintl^aul, le culte de ce saint a été transféré dans l'église Saint-Louis, qui reçut alors le titre de Saint- Louù-Saini-Paul, et qui est devenue la troisième succursale de l'église Notre-Dame. Dans la maison de ces jésuites fut pendant longtemps placée la bibliothèque delà Ville, qu'on a, en 1817, transférée à l'Hôtel-de- Villc. Eniin c'est dans cette maison qu'est établi le collège dit de Charlemagne,

LES FEUILLANTS, monastèrc situé rue Saint-Honoré, en face de la place Vendôme. Jean de La Barrière, abbé des Feuillants, dans le diocèse de Rieux, vint, en 1583, prêcher devant Henri IH , qui, charmé de son éloquence, finit par l'appeler à Paris. Cet abbé rangea ses soixante-deux religieux en deux colonnes, se mit à leur tête et vint, du diocèse de Rieux, en procession jusqu à Paris; et tous, chantant l'office, firent leur entrée dans cette ville, le 9 juillet 1587. L'Estoile ijarle ainsi de leur arrivée : « Venue des Feuillants à Paris, espèce de moi- » nés aussi inutiles que les autres. '>

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Leur cjîliso, dont Henri IV posa en KiOl la première pierre, était vaste, et fut bâtie en lG7(i, d'après les dessins de Franç:ois Mansard.

L'enclos du couvent des Feuillants occupait l'espace qui se trouve entre la rue Saint-Honoré et la terrasse du jardin des Tuileries, qu'on nomme encore Terrasse des Feuillants. Les bâtiments des Feuillants furent démolis en 1804, et tirent place à la belle rue de Uivoli.

FONTAINE DE BiiiAGUE, situéc rue Saiut-Antoiue, en face du collège de Charlemagne, sur un terrain appelé le Cimetière des A/i/y/fm. Construite par René de Birague, en 1519, elle fut rebâtie d'abord en 1629 et puis en 1707 ; malgré les cbangements qu'elle éprouva, elle n'a pas cessé de porter le nom de Birague. THÉÂTRE DE LA PASSION. Ce théâtre se soutint avec distinction sous le règne de François V', Ce roi lui accorda, en 1518, la confirmation de ses privilèges. En 1540, les confrères, forcés de quitter l'hôpital de la Trinité, vinrent s'établir dans l'hôtel de Flandre , situé entre les rues Plàtrière, Coq-Héron, des Vieux- Augustins et Coquillière. Ce fut dans ce nouveau local qu'ils firent jouer, entre autres mystères, celui de l'Ancien Testament. De fortes licences, qui probablement se faisaient remarquer dans cette pièce, déterminèrent le parlement de Paris à en suspendre la représentation. Des lettres patentes du roi les ayant autorisés à continuer leur spectacle, le parlement rendit un arrêt par lequel il prescrivit aux comédiens « d'en user bien et dûment, sans y user d'aucune frau- » de, ni interposer choses prophanes, lascives et ridicules. » Cet arrêt contient quelques articles réglementaires, que voici : « Pour l'entrée du théâtre, ils ne n prendront que deux sous par personne; pour le louage de chaque loge, durant » ledit mystère, que trente escus : n'y sera procédé qu'à jours de festes non so- » lennelles ; commenceront à une heure après midi , finiront à cinq ; feront en » sorte qu'il ne s'ensuive ni scandale ni tumulte; et, à cause que le peuple sera » distrait du service divin, et cela diminuera les aumônes, ils bailleront aux » pauvres la somme de dix livres tournois, sauf à ordonner plus grande somme.» Après la démolition de l'hôtel de Flandre, en 1548 , les confrères s'établirent dans l'hôtel de Bourgogne; ils crurent devoir alors demander au parlement la confirmation de leurs privilèges. Cette cour confirma et autorisa leur spectacle à cette condition remarquable, qui change entièrement son caractère originel : «< Il est défendu aux confrères de jouer les mystères de la passion de Nostre « Sauveur, ni autres mystères sacrés, sur peine d'amende arbitraire; leur per- » mettant, néanmoins, de pouvoir jouer autres mystères prophanes, honnestes » et licites, sans offenser ni injurier aucunes personnes; et défend ladite cour, ') à tous autres, de représenter dorénavant aucuns jeux ou mystères, tant en la » ville, faubourgs et banlieue de Paris, sinon que sous le nom de ladite con- > frérie et au profit d'icelle. »

Comme il n'était plus permis aux confrères, ni à ceux qui les remplaçaient sur leur théâtre, de puiser dans X Ancien et le Nouveau Testament la matière de leurs drames, ils exploitèrent une autre carrière; et les vieux romans de chevalerie furent pour eux une mine féconde. On voit qu'en 1557, ils jouaient Huon de Bourdeaux. Cette pièce, commencée depuis quelques mois, fut, on ne sait pourquoi, interdite par une ordonnance du prévôt de Paris. Alors les confrères

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se pourvurent au parlement; ils remontrèrent que, si on ne leur permettait point /e parachèvement de ce jeu ^ ils seraient dans l'impuissance de payer des créanciers qui les poursuivaient et les contributions extraordinaires auxquelles ils étaient imposés pour les fortifications de la ville. Le parlement les autorisa provisoirement à continuer la représentation de Huon de Bourdeaux.

René Renoît, curé de Saint- Eustache, auteur de plusieurs pamphlets fanatiques, dès l'an 1570, vécut longtemps en mauvaise intelligence avec ses paroissiens, les doyens et maîtres de la passion de notre Sauveur : il suscita contre eux les commissaires du Chàtelet , qui leur firent défense d'ouvrir les portes de leur théâtre avant que les vêpres fussent achevées. Le 5 novembre 1574 , les maîtres de la Passion présentèrent une requête au parlement, dans laquelle ils se plaignaient de l'animosité de ce curé et de l'injustice du règlement qui rendaient leurs privilèges illusoires et sans effet. « 11 serait impossible, disaient-ils, '^ étant les jours courts, vaquer à leurs jeux, pour les préparatifs desquels ils » auroient fait beaucoup de frais, outre la somme de cent écus de rente qu'ils » payent à la recette du roi pour le logis, et trois cents livres tournois de rente « qu'ils baillent aux enfants de la Trinité, tant pour le service divin et autres » nécessités pour les pauvres. >^ lis demandent la permission d'ouvrir leur théâtre à trois heures après midi , comme à l'ordinaire, heure à laquelle les vêpres doivent être dites. La cour leur accorde leur demande.

Un catholique zélé, qui composa, en 1588, des remontrances au roi Henri 11 sur les désordres du royaume, fait dans cet ouvrage un tableau peu avantageux du spectacle de l'hôtel de Bourgogne. Il s'y récrie contre les jeux et spectacles publics qui se donnent les jours de fêtes et dimanches; contre le théâtre Italien et contre celui des Français, qu'il qualifie de « cloaque et maison de Sathan , » nommée V hôtel de Bourgogne^ dont les acteurs se disent abusivement confrères >) delà Passion de Jésus-Christ. En ce lieu, continue-t-il , se donnent mille assi- » gnations scandaleuses, au préjudice de l'honnêteté et pudicité des femmes, « et à la ruine des familles des pauvres artisans, desquels la salle basse (le » parterre) est toute pleine, et lesquels, plus de deux heures avant le jeu, pas- » sent leur temps en devis (paroles) impudiques, jeux de cartes et de dés , en » gourmandises et ivrognerie, tout publiquement, d'où viennent plusieurs que- ^> relies et batteries. » Notre auteur parle ensuite de ce qui se passe sur la scène. — « Sur réchafaud ( le théâtre ), l'on y dresse des autels chargés de croix et orne- » ments ecclésiastiques; l'on y représente des prêtres revêtus de surplis , môme » aux farces impudiques, pour faire mariages de risées. L'on y lit le texte de » l'Evangile en chants ecclésiastiques, pour, par occasion, y rencontrer un mot » à plaisir qui sert au jeu; et au surplus, il n'y a farce qui ne soit orde, sale et » vilaine, au scandale de la jeunesse qui y assiste... Telle impiété est entretenue » des deniers d'une confrérie, qui devraient être employés à la nourriture des » pauvres. » L'auteur, enfin, reproche à Henri IH d'avoir accordé des lettres patentes qui permettent la continuation de ce spectacle , ordonné au parlement de les enregistrer, et au prévôt de Paris d'en surveiller l'exécution.

TiiKATRE ITALIEN. Un nommé Albert Canasse vint en 1570 à Paris, et y établit un théâtre où, sans être autorisé par le parlement, il jouait, avec ses corn-

sous HE NUI III. IJOO

p«'ipiioiis, (l(\s comédies et môme des tragédies. Le procureur général s'en plaignit , et se récria surtout de ce que ce cliet' de troupe exigeait ([uatre, cinq , et jusqu'à six sous par personne, sonrwes excessives et non aceoultnnèes. Chaque place ne coûtait alors que deux sous, (ianasse obtint du roi des lettres patentes qui autorisaient son spectacle : le parlement ajourna l'enregistrement de ces lettres. On ignore la destinée ultérieure de cette troupe.

L'année suivante, Henri III fit venir de Venise à Blois des comédiens italiens appelés (jU Gelosi : quelques partis protestants les firent prisonniers en route. Ce roi solda généreusement leur rançon, et leur permit déjouer leurs farces dans la salle même des États, et de se faire payer un demi-teston par chaiiue spectateur. — De Blois ils se rendirent à Paris , où ils établirent leur théâtre à l'hôtel de Bourbon, près du Louvre. L'ouverture en fut faite le dimanche 19 mai 1577 : ils prenaient quatre sous par tête. « Il y avait tel concours, dit TEs- » toile, que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avaient tous ensem- » ble autant quand ils prêchaient. » Le parlement ordonna, le 22 juin suivant, aux Gelosi de cesser leur jeu, parce que, dit le môme écrivain, ces comédies n'enseignaient que paillardises. Alors les Gelosi obtinrent des lettres patentes du roi , qui autorisaient leur spectacle; mais le parlement refusa de les enregistrer, et leur lit défense, par arrêt du 27 juillet 1577^ d'obtenir ni de présenter à la cour de pareilles lettres, sous i>eine de dix mille livres d'amende. Cette défense menaçante n'empêcha point ces comédiens de rouvrir leur théâtre. Au mois de septembre suivant, en vertu d'une jussion expresse du roi, ils continuèrent leurs représentations à l'hôtel Bourbon.

On vit de temps en temps, à Paris , quelques troupes nouvelles qui essayèrent de s'y établir; mais, repoussées par les privilèges des doyens et maîtres de la Passion , privilèges toujours fortement respectés par le parlement, elles n'eurent qu'une existence temporaire. Tel fut le sort des comédiens qui s'établirent à l'hôtel de l'abbé de Cluni, rue des Mathurins, et dont, le 6 octobre 1584, le théâtre fut fermé, par ordre de cette cour.

Cependant la scène française commençait à prendre un caractère de dignité qu'elle n'avait jamais eu. Le pape Léon X avait mis à Borne les tragédies en vogue. Le cardinal de Ferrare, archevêque de Lyon, lit construire une salle dans cette dernière ville, et dépensa plus de dix mille écus pour y faire repré senter une tragi-comédie. Il lit venir dUalie des comédiens et comédiennes pour la jouer. Puis on vit paraître successivement la Soplwnisbe de Saint-Gelais, et la CléopcUre et la Didon de Jodelle, productions très-imparfaites, quoique trèsapplaudies, mais qui furent, à Paris, les premiers accents de la muse tragique. Dans la suite et durant la même période, Gabriel Bounyn fit jouer, en 1560, sa .S'o/tewc; Jean de La Péruse, sa Médée, qui lui mérita, de la part de Jacques Tahureau, le titre à^ premier tragique de France, etc.

ÉTAT l'HVSiyUE Dli PAKJS.

Pendant la captivité de François P' on s'occupa beaucoup des fortifications de Paris. En 1525, on lit abattre ou raser une partie des voiries ou monticules

formées, au dehors de l'enceinte, par les dépôts successifs des gravois et immondices de cette ville. Du côté du nord, l'enceinte, en quelques parties, était auparavant entourée d'un double fossé : on en creusa un seul plus profond ; seize mille prisonniers y travaillèrent.

On fit abattre , dans la même année , la Porte aux Peintres, située dans la rue Saint-Denis, porte qui appartenait à l'enceinte de Philippe-Auguste. —En 1541, l'approche de l'armée impériale détermina le gouvernement à fortifier de nouveau Paris. On y travailla avec ardeur. — En 1552, les habitants firent encore quelques fortifications du côté des portes Saint-Denis et Saint-Martin : quoique toutes les constructions, réparations et creusement de fossés, se fissent à leurs frais, ils étaient néanmoins obligés d'obtenir, avant de les entreprendre, la permission du roi. — En 1566, on commença à étendre l'enceinte de Paris du côté de l'ouest, et l'on y comprit le jardin des Tuileries. Cette partie d'enceinte fut nommée Boulevard des Tuileries. L'extrémité occidentale de ce jardin fut fermée par un large bastion , qui a subsisté longtemps. Entre ce bastion et la Seine, on établit dans la suite une porte appelée de la Conférence, Ces constructions s'exécutèrent avec beaucoup de lenteur. L'ancienne enceinte, qui se trouvait entre les châteaux du Louvre et des Tuileries, continua de subsister.

Le faubourg Saint-Germain, depuis ïes guerres du quinzième siècle, était presque entièrement ruiné. En 1540, on comifeença à le rebâtir, et, en 1544, à paver quelques-unes de ses rues. Ces améliorations commencées par l'abbé de Tournon , furent poursuivies par le cardinal de Bourbon , abbé de Saint-Germain-des-Prés , vers 1578.

Un groupe de maisons s'était élevé au delà de l'enceinte nord de Paris, et formait un hameau appelé Villeneuve. Ce hameau étant plus considérable, on permit en 1552, aux habitants d'y avoir une église, laquelle fut remplacée par celle qu'on nomme aujourd'hui ]\otre-Dame-de-Bonnes Nouvelles.

Sous le règne de François I*^'', plusieurs églises de Paris furent rebâties, plusieurs rues pavées, plusieurs fontaines réparées; et, pour la première fois, on construisit le quai du Louvre. — Sous Henri II, le vieux Louvre, déjà commencé , fut achevé : on édifia le château des Tuileries et l'hôtel de Soissons. — Enfin, dans la Cité, sur l'emplacement appelé la Ceinture Saint-Éloi, plusieurs rues furent ouvertes et des maisons construites.

Divers événements apportèrent des changements dans quelques autres parties de Paris. En 1536 , le tonnerre ruina la tour de Billy. En 1563, l'Arsenal presque tout entier fut détruit par l'explosion de quinze à vingt milliers de poudre qu'il contenait.-— En 1547, le pont Saint-Michel s'écroula. En 1564, le palais des Tournelles fut démoli. — En 1572, on s'occupa à construire le quai des Bons-Hommes , au bas de Chaillot.

Les environs du Louvre étant couverts de bâtiments, et le bourg de Saint- Germain-des-Prés reconstruit et peuplé, on sentit la nécessité d'établir sur la partie de la Seine qui sépare ces deux quartiers de Paris, un moyen de communication : on plaça d'abord un bac sur cette rivière, puis on se décida à y bâtir un pont. Le 31 mai 1578, Henri III posa la première pierre de ce pont : on travailla sans relâche à cet ouvrage, sous la direction d'André du Cerceau, ar-

sous IIKINHI III. :ni

c'hitecte oi'lèhre. Mais les événements poliliquos lirent a])an(loinier bientôt après les travaux : on ne les reprit que sous le règne de Henri IV.

KTAT CIVIL ET AnMI!NlSTR\Tn<' DE PARIS.

Le parlement de Paris exerçait la haute police sur cette ville et sur celles de son vaste arrondissement. — Le prévôt de Paris exécutait avec ses archers les ordres du roi et les arrêts du parlement. — Le prévôt des marchands présidait à tout ce qui concerne la défense et le commerce , et exerçait notamment la police sur la rivière et sur les ports. — Quatre échevins et le procureur du roi, le gredîer, le receveur, présidés par le prévôt des marchands, cofni)osaient le bureau de la ville, auquel étaient adjoints vingt-six conseillers, et, de plus, dix sergents, qui exécutaient leurs arrêtés. — Seize quarteniers, quatre cinquanteniers et deux cent cinquante-six dizeniers commandaient la garde bourgeoise de Paris. — Trois compagnies d'archers, arbalétriers, arquebusiers, étaient commandées par les prévôts de Paris et des marchands : en 1550, on donna à ces compagnies un capitaine-général. — Le guet qui servait à la garde de la ville, se composait du guet royal, formé d'un certain nombre d'hommes, à pied et à cheval, qui faisaient la ronde dans les rues; et du (juet assis, formé de bourgeois ou artisans, que l'on plaçait en divers quartiers, de manière à ce qu'ils pussent se prêter un mutuel secours. — Ces deux espèces de guets étaient commandés par un seul capitaine, qualifié de Chevalier du Guet. Un gouverneur de Paris et de la province de V Ile-de-France^ lieutenant du roi, brochant sur le tout, avait le commandement de toute la force armée. 11 est remarquable que , pendant cette période , plusieurs de ces gouverneurs militaires étaient des archevêques et des cardinaux.

L'état mihtaire de Paris, outre la garde bourgeoise et les deux guets, pouvait être renforcé par les archers de la ville, les sergents du Châtelet, les gardes de la connétablie, et notamment par les compagnies des arquebusiers et des arbalétriers, dont j'ai parlé.

Ces diverses institutions, destinées à maintenir l'ordre public, étaient entravées dans leur action les unes par les autres, et surtout par cette multitude de justices seigneuriales, dont chacune avait son tribunal, ses prisons, ses sergents , ses gardes ou ses archers. Le Temple , le monastère Saint-Martin . l'abbaye Saint-Germain -des-Pres, Sainte-Geneviève, etc.; les chanoines de Notre-Dame, la justice épiscopale, rolTicialité, et en outre le bailliage du Palais, la connétablie, l'amirauté, la chambre des comptes, la cour des aides, la cour des monnaies, le Châtelet, etc., avaient aussi leur juridiction et leurs olTiciers. Mais ces institutions, surabondantes, inutiles, ne servaient qu'à compliquer l'action administrative : leur attribution, vaguement limitée, donnait naissance à une infinité d'entreprises des unes sur les autres, à d'interminables et ridicules conllits de juridiction, à de continuelles querelles de préséance.

Aussi Paris fut-il presque continuellement en proie au brigandage, aux séditions, aux abus les plus intolérables. En 1525, une bande de voleurs, appelés mauvais (jarçons, troupe de gens masqués, exerçait dans celte ville, même eu

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pleJD jour, des i)illages que les autorités ne pouvaient réprimer : elle volait les bateaux sur la rivière, battait le guet, et, pendant la nuit, se retirait hors de Paris avec son butin. A ces brigands se joignaient, dans le même temps, des ave^ituriers français ^ des bandes corses et italiennes, qui désolaient la ville et ses environs. Ces troupes, mal payées, vivaient de vols et de meurtres, et les gendarmes du comte de Saint-Paul les imitaient. Ce ne fut qu'après qu'ils eurent fait des ravages énormes qu'on parvint à s'en débarrasser.

Au mois de mai 1525, on donna une nouvelle organisation au guet de Paris. On recommanda aux Parisiens de placer des lanternes allumées devant leurs maisons, comme on avait fait l'année précédente; et l'on établit un lieutenanlcriminel de robe courte, chargé de juger les personnes prises en flagrant délit.

En 1548, la route d'Orléans, la plus fréquentée de toutes celles qui partaient de Paris, était infestée par des voleurs, qui se retiraient dans les profondes carrières du faubourg Notre-Dame-des-Champset Saint-Jacques : le parlement, au mois de mai de cette année, ordonna aux habitants de ce faubourg d'établir un guet. Remède inutile. Ce ne fut qu'en 1563 que de nouvelles plaintes à ce sujet déterminèrent cette cour à faire clore l'entrée de ces carrières pendant la nuit et les jours de fêtes.

Les magistrats étaient d'ailleurs dépourvus de moyens pour maintenir l'ordre tant au dedans de Paris qu'au dehors de cette ville.

Le 4 juillet 1548, les écoliers se portèrent en armes contre l'abbaye Saint- Germain-des-Prés, l'assiégèrent, firent des brèches aux murailles du grand clos et des jardins, en brisèrent les arbres fruitiers, les treilles, etc.; ils firent de pareils dégâts dans la ferme de cette abbaye et même dans quelques maisons voisines, bâties sur le Petit-Pré-aux-Clercs , dont ils se prétendaient propriétaires. Il paraît que l'abbé et quelques particuliers avaient envahi plusieurs parties de ce pré. Aucune force publique ne se présenta pour arrêter l'élan de cette jeunesse turbulente qui , pendant plusieurs jours, dévasta les propriétés de l'abbaye entière, se retira, comme en triomphe, chargée de branches d'arbres. Le parlement ordonna, le 9 juillet, qu'il serait fait des informations. Cette mesure n'empêcha pas les écoliers de se porter, en janvier 1549 et en mai 1550, sur les bâtiments de Saint-Germain-des-Prés, et d'y renouveler chaque fois leurs dévastations : on ne leur opposa que des menaces.

Les habitants du faubourg vSaint-Marcel, d'un côté, et ceux des faubourgs Saint-Jacques et Notre-Dame-des-Champs , de l'autre, étaient entre eux dans un état de guerre continuelle. Ils se battaient, se mutilaient, rompaient les clôtures, ravageaient les propriétés. Le parlement na d'autres moyens à opposer que de défendre, le 1 1 octobre 1 552, les rassemblements , et de faire planter quatre potences dans le faubourg Saint-Marcel, et deux autres dans les faubourgs Saint-Jacques et Notre-Dame-des-Champs.

Mais ce n'étaient pas les seuls perturbateurs. « Ce fut inutilement que le par- '> lemcnt, par son arrêt de mars 1551 (1552), défendit à tous les habitants, var- > lets de boutiques, clercs du Palais et du Chàtelet, pages et laquais, et à tous 'gens de métier, de porter basions, espées, pistollez, courtes dagues, poi- ))gnards,à peine de punition corporelle. » Les désordres continuèrent. En

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juillol i:>.)3, le parlomoiU renouvela les mômes défenses, et ajouta eelle de./Vo//- (/(•r liera)} t les Ayr/ustins, c'est-à-dire de lancer des pierres avec la fronde. Cette cour, toujours menaçante, toujours paralysée, rendit, le 7 mars 1553 (155i;, cont-e les clercs do procureurs, palefreniers, laquais et autres serviteurs, un arrêt qui leur défendit de s'attrouper, de porter des armes, sous peine de la hart, et ordonnait au bailli de faire planter deux potences dans la cour du Palais, où les contrevenants seront pendus sans figure de procès.

Tous ces moyens comminatoires, inspirés par l'impuissance, ne produisirent aucun résultat. Charles IX se vit enlin obligé, par un édit de janvier 1572, de créer un bureau de police. Mais ce bureau contrariait les attributions des autres tribunaux, blessait des intérêts, des amours-propres; le roi, l'année suivante, supprima donc le bureau de police : il chargea le prévôt de Paris et son lieutenant, le prévôt des marchands, du soin de maintenir la tranquillité publique, qui continua à être troublée comme auparavant. Ainsi, pendant cette période, la ville de Paris, sans cesse agitée par des soldats indisciplinés, par des vagabonds et des voleurs, par des pages et laquais, par des ouvriers et garçons de boutique, par les écoliers et leurs régents, puis par des prédicateurs et les dissensions politiques et religieuses, fut, au dehors comme au dedans de son enceinte, dans un état continuel de guerre et d'alarmes.

POPULATION. Elle se composait, à Paris, de nobles, de gentilshommes, domestiques, pages, laquais, etc., suivant la cour; de prêtres, de dignitaires, desservants, moines, etc. ; d'olïïciers de justice , présidents, conseillers, avocats du roi, avocats, procureurs, solliciteurs, huissiers; enfm de professeurs, écoliers, médecins, chirurgiens, libraires, tous membres de l'Université. Il serait difficile de déterminer le nombre de ces diverses classes de la population. Quant à certains offices, l'ouvrage de Nicolas Froumenteau nous offre quelques données. Il nous apprend que, sous Louis XII , il n'existait dans le diocèse de Paris que quarante-huit à quarante-neuf huissiers ou sergents; et qu'en 1 580, époque où il écrivait, il s'en trouvait plus de trois cents. Le nombre de^ notaires, sous Louis XII, se montait, dans le même diocèse, à vingt cinq ou trente; et, sous le règne de Henri III, ce nombre avait plus que quadruplé. Le nombre des avocats était, sous ce dernier règne, dix fois plus grand que sous celui de Louis XII. Cet accroissement extraordinaire, opéré dans l'espace d'environ soixante ans, est dû à deux causes principales. Les rois de cette période, toujours assaillis par le besoin des finances, trouvèrent une ressource extraordinaire dans la vente des offices : ils en créèrent un très-grand nombre pour en retirer plus de profit. D'autre part, en 1560, aux états d'Orléans , il fut défendu aux prêtres d'exercer les fonctions de notaire, fonctions que depuis longtemps ils avaient envahies. Cette défense, qui multipliait les travaux des notaires laïques, dut aussi en multiplier le nombre.

La partie industrielle de la population de Paris était divisée en six corps de marchands ou métiers. Ce nombre varia : sous Louis XII , il était de cinq; sous François P'^, il fut porté à sept : les changeurs, les drapiers, les épiciers, les merciers, les pelletiers, \gs bonnetiers , \qs orfèvres. Les changeurs, qui, anciennement, habitaient les maisons bâties sur le Pont-au-Change, réduits à un très-

314 IIISTOIUE DE PATUS

petit nombre, au seizième siècle, cessèrent de faire corps. Les drapiers occupèrent alors le premier rang, et il n'y eut plus que six corps. En 1585, Henri III érigea un septième corps, celui des marchands de vin; mais les autres corporations refusèrent de le reconnaitre. Chacun de ces corps étaife gouverné par des maîtres et syndics , formait une confrérie , avait un patron particulier, des règlements nuisibles aux progrès de l'industrie, et des privilèges, qui, disputés par les autres corps, devenaient une source d'altercations. Ces corps avaient notamment la prérogative utile de porter le dais dans la cérémonie do l'entrée des rois et des reines. Ils dépensaient alors beaucoup d'argent pour s'habiller avec magnificence : ils en dépensaient aussi pour leurs amples repas de corps. Ces règlements , ces repas, ces privilèges alimentaient la vanité et la débauche : le commerce, l'industrie, la morale n'y gagnaient rien.

D'après les auteurs contemporains, Paris renfermait six à sept mille voleurs , huit à neuf mille pauvres; population qui offrait de puissants secours aux factions et aux perturbateurs.

On n'a qu'une donnée sur la population générale de Paris, En 1553, le prévôt des marchands proposa une imposition de cent sous sur chaque maison, et dit que, sur le pied de douze mille maisons, l'impôt produirait 60,000 hvres. Comme ces maisons étaient moins élevées et moins populeuses que celles d'aujourd'hui, je crois m'éloigner peu de la vérité en accordant à Paris, pendant cette période, une population de deux cents à deux cent dix mille âmes.

Dans ce tableau de l'état civil, je ne dois pas omettre deux changements notables qui , vers la même époque, s'opérèrent en France dans le calendrier.

L'année, depuis longtemps, commençait à Pâques : Charles IX, par un édit de 1564, fixa le commencement de l'année au i^^ janvier; et cette ordonnance s'exécuta le l^^" janvier 1565. On s'était déjà aperçu de la précession des équinoxes et du dérangement qu'elle apportait dans les diverses époques de l'année. Un nouveau calendrier fut, en 1582, publié par le pape Grégoire XIII. Dix jours furent retranchés de cette année. A Rome, le 5 octobre fut compté pour le 15 de ce mois. — En France, cette correction fut admise par lettres-patentes du 3 nov. 1582, qui ordonnent que le 10 décembre serait compté pour le 20 de ce mois. Cette correction , qui n'est pas sans défaut, causa un grand dérangement dans les affaires publiques et dans les transactions particufières,

TABLEAU MORAL DE PARTS

Les mœurs s'épurent en raison de l'accroissement des lumières ; je crois donc nécessaire de faire précéder le tableau moral de Paris, pendant cette période, par quelques notions sur les causes qui accrurent soudainement les progrès des arts, le goût des études et de la littérature en France.

La publication, par la voie de l'impression, de plusieurs ouvrages de l'antiquité, la protection qu'à l'envi les uns des autres les souverains de l'Europe accordèrent aux littérateurs et aux savants, furent les prémices de la révolulion (pii, au seizième siècle, s'opéra dans les esprils. François P», stimulé par le docte Guillaume Budé, favorisa les lettres et les beaux-arts, attira dans l^aris

sous iii:ni;i m. 315

phisiiHirs savants étrangers, enrichit sa l)il)liotlièque de Fontainebleau d'un nombre considérable de mannscrits , de livres imprimés, et fonda le Collège de France. Les têtes en fermentation annonçaient nne explosion prochaine; ce roi la favorisa; et de nouvelles lumières brillèrent en France.

Olivier de Serre, surnommé lepère de V Agriculture, commmûqua au public les fruits de sa longue expérience et de ses méditations, dans un ouvrage intitulé le Ménage des Champs; la France est redevable à de Serre de la culture du mûrier blanc et de l'éducation des vers à soie. — Ambroise Paré fut le père de Fart chirurgical, et ouvrit une carrière nouvelle aux jeunes étudiants. — Pour la première fois, en 1555, l'anatomie fit des progrès, et nous en sommes redevables à Richard Hubert, qui obtint la permission de faire des démonstrations publiques sur le corps des hommes exécutés à mort par jugement des tribunaux, et sur ceux des personnes décédées à l'Hôtel-Dieu. — Bernard Palissy, potier en terre, peintre en verre, pénétra assez avant dans les mystères de la nature pour en tirer des conséquences que le célèbre BufTon n'a pas hésité d'adopter. Il orna les palais des rois, et se montra supérieur à eux par son noble caractère. — L'architecture et surtout la sculpture éprouvèrent de notables changements : le goût antique prit faveur en France ; et on le vit, pour la première fois, employé à Paris, dans la construction du Louvre, par Pierre Lescot; et ensuite dans celle des Tuileries, par Philibert Delorme. — Jean Goujon orna divers palais des admirables productions de son ciseau. — Amyot traduisit Plutarque; et sa traduction, quoique dans un style vieilli, est encore recherchée. Michel de Montaigne composa et publia ses Essais, Nul Français, avant lui, n'avait pénétré si avant dans les replis du cœur humain, et n'en avait, avec autant d'originalité et de précision, dévoilé les secrets.

Les théâtres de Paris, qui, avant cette époque, n'avaient offert aux spectateurs que des mrjstères, des soties^ des farces et des moralités, s'ennoblirent en quelque sorte, par des tragédies, compositions informes, mais qui naissaient pour être perfectionnées. Clément Marot prouva que la poésie suivait la marche progressive des autres connaissances humaines. Rabelais, sous le voile d'une burlesque allégorie, traçait les mœurs des règnes de François I«^' et de Henri 11. Enfin les Estienne, savants imprimeurs, honorèrent la ville de Paris, leur patrie, par leur savoir et par des éditions soignées de divers auteurs.

Le vice le plus exécré dans toute société, est la cruauté. François J»^% Henri 11, Charles IX, Henri HI, se sont montrés presque aussi cruels que les Néron et les Caligula. Comme ces empereurs, ils ont mêlé des fêtes pompeuses à d'affreux supplices; comme eux, ils unissaient à leur luxe ruineux pour le peuple, à leurs exploits sanguinaires, la plus impudente débauche : corrompus, ils devenaient corrupteurs ; et leurs exemples, suivis parles courtisans, corrompaient aussi les classes inférieures, malheureusement trop enclines à imiter les vices embellis par le prestige des richesses et du pouvoir.

Brantôme, l'apologiste de toutes les dissolutions, raconte qu'il eut, à Fontainebleau, un entretien avec un grand prince, qui, après avoir fait l'éloge de François l'*'", « blasma fort ce roi de deux choses.... : l'une, pour avoir intro- •• duit en la cour les grandes assemblées, abords et résidence ordinaire des da-

316 HISTOIRE DK PARIS

»> mes; et l'autre, pour y avoir appelé, installé et arresté si grande afïluence de » gens d'église. » Brantôme justifie l'introduction des dames à la cour, en disant qu'elles n'étaient pas comme celles qu'Héliogabale réunit dans son palais, à Rome, mais des dames de maisons, des demoiselles de réputation ; « que si elles » favorisaient quelquefois leurs amants et serviteurs, le roi n'en pouvait être » blasmé. Je voudrais savoir qu'estoit-il plus louable au roi, ou de recevoir une

* si honneste troupe de dames et damoiselles en sa cour, ou bien de suivre les

* erres (les usages) des anciens rois du temps passé, qui admettaient tant de

», p ordinairement en leur suite, desquels /e roi des ribauds avait charge

» et soin de leur faire despartir quartier et logis; et là commander de leur faire » justice, si on leur faisait quelques torts. «

Le langage, à la cour magnifique de François I^»*, correspondait aux mœurs des princes et des courtisans. On y parlait comme parle Rabelais dans son Gargantua et dans son Pantagruel , comme Brantôme dans ses Dames galantes ^ etc., écrivains qu'aujourd'hui on ne peut plus lire en bonne compagnie. On jurait à cette cour comme on jure dans les cabarets ; chaque roi, chaque grand seigneur avait son juron habituel (1).

La cour de France, sous les règnes des autres Valois, fut à peu près la même que sous François I^r. Son fils, Henri H, dominé par sa maîtresse, Diane de Poitiers, paraît avoir été un peu contraint dans ses débauches par cette femme hautaine. Celle-ci, excitée par le cardinal de Lorraine, qui avait, dit-on, part à ses bonnes grâces, poussa Henri H à persécuter les protestants, dont il fit brûler vifs un très-grand nombre, pendant tout le cours de son règne. Ces cruautés catholiques n'empêchèrent pas le libertinage d'être en vogue à la cour; on s'y livrait sans pudeur; et Brantôme est notre garant. Sous Charles IX, on poussa encore plus loin le catholicisme et la débauche : on fit les massacres delà Saint-Barthélemi, et Catherine de Médicis prostituait les honnestes daines et damoiselles de la cour, et les faisait servir à sa politique. Leurs charmes étaient des pièges que cette reine tendait aux princes et seigneurs qu'elle voulait tromper, ou attacher à ses Intérêts.

Ce fut au milieu de cette corruption que François l^^ finit ses jours, que vécurent Henri H, Charles IX, Henri HI; mais ce dernier roi se distingua de ses prédécesseurs par ses goûts efféminés, et surtout par ses débauches ultramontaines. Son règne fut celui des mignons. L'infamie qu'avaient encourue les dames et les jeunes filles de la cour s'étendit, pendant ce dernier règne, sur les jeunes courtisans, qui, plus méprisables qu'elles, se livraient avec leur maître aux plus dégoûtants excès du libertinage.

Les rois de France de la branche des Valois corrompirent jusqu'aux beauxarts, qu'ils rendirent complices de leurs dépravations. Plusieurs maisons royales étaient ornées de tableaux, de peintures, de tapisseries et de sculptures, qui re-

* (0 Brantôme nous a conservé, dans ces quatre vers, les jurons de quatre rois : [Discours 45, t. v. p. 181.)

(Juand In Pasque-Dicn décéda, Louis XL Le Diable m'emporte s'en tint près, Louis XIL

Par-le-jonr-Dieu lui succéda; Charles VUI. Foi de gen/ilhom me \\ni après François 1".

Charles IX jurait par le Sangdieu, par la Mortdieu ; tous ses successeurs ont juré; et Louis XIV diu.b 5;i j^'uncs^c jurait encore ; mais il en eut honte et se corrigea de cette habitude.

sous hi:mu m. 217

pn'senlaieiU des scènes alarmantes pour la pudeur des uns, et propres à cnflaninier leS désirs des autres. Le château de Fontainebleau était rempli de ces objets indécents. «< On y voit, dit Sauvai, des dieux, des hommes, des femmes, et » des déesses qui outragent la nature, et se plongent dans les dissolutions les » plus monstrueuses. » Il ajoute qu'en 1643, Anne d'Autriche, à son avènement à la régence, fit brûler de ces peintures ou effacer de ces sculptures pour plus de 100,000 écus ; il parle d'un tableau de Michel-Ange, que François V'^ avait acheté du duc de Ferrare, représentant Léda, dont la passion était si chaudement exprimée, que l'intendant des bâtiments, Sublet des Noyers, le voyant à Fontainebleau, en fut scandalisé, et le fit brûler.

Si l'on jette un coup d œil sur les talents, la conduite et le caractère des hommes qui ont partagé l'autorité et figuré avec le plus de distinction dans les événements de cette période, on est tout étonné de les voir plongés dans la plus profonde ignorance. Une cuisinière d'aujourd'hui rougirait d'écrire le français avec des fautes d'orthographe aussi grossières que celles que l'on trouve dans un billet de la main du duc de Guise. Il écrit à M. de Connor, après s'être emparé de quelques fortifications de la ville d'Orléans: « Mon bon homme, » je me mange les dois de panser que^ si j'eusse heu vi quanons pour en tirer H deux mille coups, ceste ville étoit à nous. Ils n'avoient qu'ung seul parapet » qui vaille... Ils n'ont pas quatre cans soldas bons... Je ne puis fere mieux que » de essaier de gagner le pont, qui couppent ; ce qui m'est malleze, etc. » Charles de Cossé, comte de Brissac, maréchal de France, ne pouvait qu'avec peine former les lettres de sa signature. Le connétable Anne de Montmorency, un des premiers hommes de la France par ses fonctions, ses richesses et sa naissance, était dépourvu de toute espèce d'instruction: il ne savait ni lire ni écrire, et signait ses dépèches avec une marque. Enfin, les ambassadeurs qui, en 1573, vinrent à Paris offrir au duc d'Anjou la couronne de Pologne, ne parlaient que le polonais, le latin et l'italien; le roi fit venir exprès d'Auvergne Antoine d'Allègre, baron de Milau, le seul seigneur qui sût la langue latine. Pour répondre au discours latin que ces ambassadeurs adressèrent à la reine, on eut recours à une femme savante de cette époque, à la duchesse de Retz, qui répondit pour la reine.

Si l'on excepte les principaux chefs du parti protestant, qui avaient reçu une éducation soignée, on trouve parmi la noblesse de cette période beaucoup d'ignorance, de superstition, et tous les vices de la féodalité. La conversation des courtisans ne roulait ordinairement que sur des anecdotes peu favorables à l'honneur des dames, sur les bonnes fortunes obtenues auprès d'elles, sur des combats, sur le jeu, sur les chiens, les chevaux et les habits. Ce dernier article était en grande considération. Voyez comment Brantôme, courtisan ralTiné, s'extasie devant ces robes rouges des cardinaux, ces étoffes d'argent, d'or, surchargées de perles et de diaman'.s, qui composaient, dans les circonstances éclatantes, les vêtements des hommes et des femmes de la cour. Bien ne lui parait plus digne d'admiration que ces futilités que la raison dédaigne, et qui tiennent lieu de mérite à ceux qui n'en ont aucun.

Dans la période qui nous occupe, le clergé marchait sur les traces de la

noblesse : ainsi, en 1575, la ville de Paris, autorisée par le roi, tint une assemblée dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville, et, après de mûres délibérations, rédigea des remontrances, où se trouvent ces passages : « Quant à l'état de TÉi) glise, la simonie y est publiquement et si impudemment soufferte, que l'on » ne rougit point d'intenter un procès et actions pour l'entretennement des » conventions simoniales et illicites... Les bénéfices ecclésiastiques sont à pré- » sent tenus et possédés ^ârjemmes et gentilshommes mariés, lesquels emploient » les revenus à leur profit particulier, et ne font aucunement célébrer le service » divin, frustrant en cela l'intention de l'ÉgUse et des fondateurs, et n'exer- » çant aucune charité envers les pauvres... Les évêques et curés ne résident M sur leurs bénéfices et évêchés, ainsi délaissent et abandonnent leur pauvre >• troupeau à la gueule du loup, sans aucune pasture ou instruction... et sont » les ecclésiastiques si extrêmement débordés en luxure, avarice et autres » vices, que le scandale en est public. •>

De pareilles plaintes se trouvent reproduites dans une infinité de monuments historiques. Les évêques, partout accusés d'orgueil, de vanité, s'adonnaient à la guerre, ne s'occupaient que de chevaux, de chiens et d'oiseaux de chasse, et se livraient à toutes sortes de débauches. Ce qui est remarquable, et ce qui prouve les défauts de l'institution, c'est que les vices que Grégoire de Tours et saint Boniface reprochaient aux évêques gaulois des septième et huitième siècles, et tous ceux qu'on leur a reprochés depuis, sont les mêmes dont ils se sont entachés au seizième.

Les habitants de Paris copiaient aussi exactement qu'ils le pouvaient les mœurs de la cour; ils imitaient , pour la plupart, sa dévotion, ses pratiques superstitieuses et magiques , ses débauches, son luxe et ses autres immoralités. Nulle législation fixée ; un mélange confus des lois romaines et des coutumes barbares ; des ordonnances de circonstance , incohérentes , souvent contradictoires; le tout mis à exécution avec une lenteur et une mollesse favorables aux crimes , par des gens incapables , mal payés et faciles à corrompre. La seule digue à opposer au torrent de la corruption, la religion, telle qu'elle était alors enseignée , autorisait plutôt les désordres des passions qu'elle ne les prévenait. Des expiations commodes tranquillisaient les coupables sur les châtiments futurs, et bannissaient de leurs pensées jusqu'aux remords.

Toutes les parties de l'administration étaient dans le plus grand désordre. «< En ce temps, dit l'Estoile (en 1578), tous les états de France se vendoient au » plus offrant, principalement de la justice, qui étoit la cause que Von reven- » doit en détail ce que l'on avoit acheté en gros, et qu'on épiçoit si bien les sen- » tences aux pauvres parties , qu'elles n'avoient garde de pourrir. Mais ce qui » étoit le plus abominable étoit la cabale des matières bénéficiales : la plupart » des bénéfices étoient tenus par femmes et gentilshommes mariés , auxquels « ils étoient conférés pour récompense, jusqu'aux enfants auxquels les bénéfices » se trouvoient le plus souvent affectés avant qu'ils fussent nés, en sorte qu'ils » venoient au monde crosses et mitres. »

Le bas clergé était alors fort ignorant et très-peu réglé dans ses mœurs ; je parle en général, car il est toujours, même dans les temps les plus désordonnés,

sors m: MU m. 319

(riionorables exceplions. la plupart tics ecclésiastiques étaient fermiers ou seulement commis du titulaire des bénélices qu'ils desservaient; ne recevant qu'une faible partie de leurs revenus, ils étaient obligés , pour vivre , de recourir à ces impostures appelées /raw^e-s^j/ewses. C'étaient des reliques découvertes, des miracles nouveaux, de nouvelles fêtes de saints qui attiraient des offrandes; c'étaient des confréries, des bénédictions multipliées. Ils vendaient aux croyants le privilège d'emporter chez eux, et de garder pendant une année entière, telle ou telle relique qui portait bonheur, etc. Ils faisaient argent de tout : aucune cérémonie religieuse n'était gratuite. C'est à ces misérables, que par dérision on nommait Cuslodinos, qu'on attribue ces scènes nocturnes qui ont donné lieu à tant de contes ridicules; ces apparitions de gens qui ressuscitaient pour effrayer les vivants et les engager à porter de l'argent aux prêtres, afin qu'ils dissent des prières et des messes, ou pour engager leurs parents à léguer quelques biens à l'Église, ce qu'ils avaient négligé de faire en mourant. On sait que les cordeliers d'Orléans , convaincus d'une pareille fourberie, en furent exemplairement punis. Enfin ces prêtres exploitaient le plus habilement qu'ils pouvaient la crédulité des faibles et des ignorants.

Les prêtres les plus instruits , les curés, les prédicateurs de Paris pensionnaires de la cour d'Espagne y organes de sa politique ambitieuse et de ses fureurs fanatiques, prêchaient le trouble, la sédition, le meurtre. Presque jamais, pendant cette période calamiteuse, des paroles de paix ne sont vSorties de leur bouche; jamais la douce morale de l'Évangile ne fut recommandée par ces furieux. Ils ne faisaient consister la religion que dans quelques jeûnes, quelques abstinences de chair; que dans des offrandes et surtout dans les fréquentes et nombreuses processions dont j'ai parlé.

On croyait beaucoup, avant les règnes des Valois, aux revenants, aux démons, aux possessions, aux sorciers, aux divinations, aux présages, aux noueurs d'aiguillettes, aux enchantements, aux volts, aux prédictions; mais Catherine de Médicis, infatuée de ces misérables croyances , les propagea par son exemple et par la faveur qu'elle accordait aux magiciens et aux astrologues : elle en amena même d'Italie à Paris. Parmi ces imposteurs, se distinguaient Cosme Huggieri, qui , accusé d'avoir fabriqué une image de cire pour le seigneur La Mole, dans le dessein de captiver en sa faveur le cœur d'une princesse (la reine Marguerite), ou de faire mourir le roi Charles IX, fut, en 1574, arrêté et condamné aux galères par arrêt du parlement. Catherine , alarmée pour le sort de son cher compatriote , écrivit au procureur-général de cette cour, parvint à soustraire Ruggieri au supplice qu'il devait subir; et, pour le dédommager des peines de sa prison, elle lui donna l'abbaye de Saint-Mahé en Bretagne.

Uené Benoît, curé de Saint-Eustache à Paris, crut nécessaire de publier, en 1579, un traité sur les maléfices ^ sortilèges et enchanterîes , tant de ligatures et ncfuds d'csguiUeltes , pour empescher V action du mariage, qu' autres ^ etc., où il écrit au chapitre II : « Nous sommes à présent tant affiigés et inquiétés des

» sorciers et autres personnages diaboliques et ministres de Satan » Leur

nombre était si considérable, en effet, que l'Estoiledit : « Du temps de Charles IX, cette vermine étoit parvenue à Paris à une telle impunité, qu'il y en

3i>0 fllSTOIUE DE PAUIS

>' avoit jusqu'à trente mille, comme le confessa leur chef, en 1572. > Mais certainement ce chef»exagérait.

L'ignorance portait les Parisiens à tout croire, et les disposait aussi à tout admirer. Cette admiration constante pour les choses qui en étaient peu dignes leur a valu le surnom de Badauds. Rabelais, avec la brusque franchise deson temps , dit : « Le peuple de Paris est tant sot , tant badaud et tant inepte de ') nature, qu'ung basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymba- » les, un vielleux au milieu d'un carrefour, assemblera plus de gens que ne » feroit un bon prédicateur évangélique. «

Les Parisiens ne se contentèrent pas d'adopter les croyances et les superstitions delà cour; ils en imitèrent les manières et le luxe. Cette imitation causait de grands désordres dans les familles. Les rois tentèrent d'arrêter les progrès d'un vice dont ils donnaient eux-mêmes l'exemple. Henri II, en 1549, rendit une ordonnance contre le luxe; on lit, dans son préambule, que les gentilshommes et leurs femmes faisaient des dépenses excessives, pour leurs habits, «< en draps ou étoffes d'or et d'argent, pourtilures , passements, bordures, )> orfèvreries, cordons, canetilles, velours, satins ou tafTetas barrés d'or ou » d'argent. » Il prohibe ces superfluités comme ruineuses et tendantes à confondre tous les états de la société, et règle le plus ou moins de richesse des habits sur la différence des états des personnes. D'abord, il ordonne de ne porter d'étoffes de soie qu'aux manches ; au-devant du corps , sur les sayes qui seront découpées, et sur les bordures seulement de la largeur de quatre doigts. Il permet aux princes et princesses de se vêtir d'étoffes de soie rouge-cramoisie ; aux gentilshommes , d'en placer à leurs pourpoints et hauts-de-chausses; aux dames et damoiselles, sur leurs cottes et manchons. Les tilles qui servent les reines ne pourront avoir des robes de velours d'une couleur autre que le rougecramoisi ; celles qui sont au service des princes et dames ne pouri ont se vêtir que de velours noir ou tanné. Les femmes et tilles des présidents et conseillers des diverses cours de justice ne doivent porter aucune robe de velours , ni draj) de soie , si ce n'est à leurs cottes et manchons. Les gens d'Église , à moins qu'ils ne soient princes, ne porteront point des robes de velours. Tous ceux qui ne sont ni gentilshommes ni gens de guerre ne doivent point mettre soie sur soie, c'est-à-dire une saye de soie sur une robe de la même matière, ne doivent avoir ni bonnets, ni souliers de velours, ni fourreau d'épée de la même étoffe. Il est de plus défendu à tous artisans mécaniques, paysans, gens de labeur, de porter pourpoint de soie, ni chausses bandées, ni bouffantes de soie. « Et parce qu'un » grand nombre de bourgeoises se font d'un jour à l'autre damoiselles, il leur >' est défendu de changer leur état, à moins que leur mari ne soit genlil- >) homme. Donné à Paris, le 12 juillet 1549. » Quelques jours après, on fut obligé de donner à cette ordonnance des interprétations. Les lois somptuain^s souvent renouvelées , furent toujours très-mal exécutées.

La découverte du Nouveau-Monde avait produit au seizième siècle, en Europe, une grande abondance de numéraire, qui contribua beaucoup à la propagation du luxe dans les classes secondaires^ et au renchérissement des denrées et objets manufacturés. Plusieurs contemporains se recrièrent contre

sous IlLiNRI III. 321

ce nouvel elat de choses ; ils en sentaient les ellets sans en voir la cause. Un écrivain , en 1588, se plaint du haussement des immeubles, (jui , depuis environ quatre-vingts ans, dit-il, ont plus que quadruplé; de ce que l'argent n'arrive guère parmi les classes utiles, où il aiderait puissamment à la prospérité publique; et de ce que le peuple des campagnes, peuple dont le lise et la féodalité arrachent la subsistance pour alimenter leur luxe et leur débauche, est plongé dans une misère extrême. Les guerres ont enseigné aux soldats leur insolente habitude, dit-il : « Ils pillent, brûlent, ravagent tout aux pauvres » laboureurs, en enlevant leurs grains, leurs volailles, leurs bestiaux servant » au labourage ; ce qui fait que ces laboureurs quUteni leurpatriCy el que les terres »' restent sans culture. » Le luxe des bâtiments est aussi pour lui un objet de censure : « Il n'y a pas trente ans, dit-il, que cette superbe façon de bâtir » est venue en France. Les meubles étoient simples; on ne savoit ce que c'étoit » que tableaux et sculptures; on ne voyoit point une immensité de vaisselle » d'argent et d'or, point de chaînes, bagues, joyaux, comme aujourd'hui... " Pour entretenir ces excessives dépenses, il faut jouer, emprunter et se dé- >' border en toutes sortes de voluptés, et enfin payer ses créanciers par des •> cessions et faillites. » L'auteur passe ensuite au luxe de la table : « On ne » se contente plus à un dîner ordinaire de trois services, consistant en bouilli, « rôti et fruits; il faut d'une viande en avoir cinq ou six façons , des hachis, w des pâtisseries, salmigondis et autres excès; et quoique les vivres soient » plus chers qu'ils ne furent jamais, rien n'arrête; faut des ragoûts sophisti- » qués pour aiguiser l'appétit et irriter la nature. Chacun veut aujourd'hui aller » dîner chez Le More, chez Samson, chez Innocent, chez Havart, ministres de » voluptés et de profusion, et qui, dans un royaume bien policé, seroient » bannis et chassés comme coirupteurs des mœurs. »

Une ordonnance du 13 juillet 1558, citée par Miraumont, prouve qu'outre les dames et damoiselles dont parle Brantôme, et que François F»" avait attirées près de lui , il existait dans sa cour , sans doute pour le service des olîiciers subalternes , une corporation de filles de joie soumises à des règles de police, et dirigées par une dame. C'est pour faire cesser ce désordre que cette ordonnance « enjoint et commande à toutes filles de joie et autres, non étant sur le » rôle de la dame desdites fûtes, vuider la cour incontinent après la publica- « tion de cette ordonnance ; avec défenses à celles étant sur le rôle de ladite » darne, d'aller par les villages; aux charretiers, muletiers et autres, les me- • ner, retirer ni loger ; jurer et blasphémer le nom de Dieu, sur peine du fouet » et de la marque : et injonction, par même moyen, auxdites filles de joie - d'obéir et suivre ladite dame , ainsi qu'il est accoutumé, avec défense de » l'injurier, sur peine du fouet. »

Dans la Vieille-rue-du Temple, près du point où celle de Bretagne y débouche , existait une réunion de lieux de prostitution ; sur la muraille d'une de ces maisons, était appliqué un grand crucifix en bois peint et doré. Cet objet vénéré qui, par sa position, devenait une enseigne de la débauche, avait reçu du peuple une qualification grossière et sacrilège. Pierre de Gondi , évêque de Paris, fit, pondant la nuit du 10 mars 1580, enlever ce crucifix par les gens du

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guet, qui le transportèrent dans la maison épiscopale. Eos rues de Glatigni ou du Val-d'Amour, d'Arrasou Champ-Gaillard, de Froidniantel ou Fromenteau, etc., continuèrent à offrir des repaires à la débauche.

Je quitte sans regret cette esquisse des mœurs d'une partie du seizième siècle : esquisse qui sulTit pour montrer l'état déplorable de l'espèce humaine, dégradée par l'ignorance et la barbarie. Je vais donner quelques notions sur les usages qui, dans ce même temps, étaient en vigueur à Paris.

USAGES. Chaque année, la veille de la fête de saint Jean, les magistrats de la ville faisaient entasser, sur la place de Grève, des fagots, auxquels le roi, accompagné d'une partie de sa cour, venait, lorsqu'il se trouvait à Paris, solennellement mettre le feu. Louis XI, en 1471, satisfit à cet usage, à l'imitation sans doute des rois ses prédécesseurs. Presque tous les rois, dans la suite, suivirent cet exemple. Louis XIV ne s'y trouva qu'une seule fois , en 1648. Cette cérémonie, nommée feu de la Saint-Jean, se célébrait avec beaucoup de pompe et de dépense. Au milieu de la place de Grève, en 1573, était planté un arbre de soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attacha cinq cents bourrées et deux cents cotrets : au pied étaient entassés dix voies de gros bois et beaucoup de paille. On y plaça un tonneau et une roue, dont j'ignore l'usage. On dépensa 44 livres pour des bouquets, des couronnes et des guirlandes de roses. On employa beaucoup de cordes, des feux d'artifices, composés de lances à feu, pétards, fusées; des pièces d'artillerie, boites et arquebuses à croc, etc. Cent vingt archers de la ville, cent arbalétriers, cent arquebusiers y assistaient pour contenir le peuple. On attacha à l'arbre un panier qui contenait deux douzaines de chats, et même un renard ; animaux destinés à être brûlés vifs pour faire plaisir à Sa Majesté, porte le compte d'où je tire ces détails. Les joueurs d'instruments, notamment ceux que l'on qualifiait de la (jrande-bande, sept trompettes sonnantes accrurent le bruit de la solennité. Les magistrats de la ville, portant des torches de cire jaune, présentèrent au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de velours rouge, avec laquelle sa Majesté alluma le feu. Le bois et les chats consumés, le roi monta à l'Hôtel-de-Ville , où il trouva une collation composée de dragées musquées, de plusieurs espèces de confitures sèches, de cornichons, de quatre grandes tartes , de massepins , et où l'on voyait des armoiries royales de sucre et dorées, deux livres et demie de sucre fin pour mettre sur les crèmes et fruits, etc. Le résultat de tant d'apprêts, de fanfares et de magnificence, n'était (|ue de la fumée, des cendres et des tisons, que les Parisiens enlevaient et plaçaient dans leurs maisons, persuadés qu'ils portaient bonheur. Nul ne se doutait que cette cérémonie était un reste de l'antique fête solsticiale du soleil.

Louis XIV n'ayant assisté qu'une fois à cette cérémonie, Louis XV n'y ayant jamais paru, elle perdit de sa splendeur, et, dans la suite, elle devint trèssimple. Le prévôt des marchands, les échevins et leur suite allaient, sans savoir pourquoi, mettre le feu à un amas de fagots, et se retiraient après cet exploit. Cet usage s'est continué jusqu'à la révolution.

On commença, pendant cette période, à faire usage dans Paris d'une espèce de carrosse grossier, appelé coche; d'où est venu le nom de cocher. Ces voitures

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élaient déjà assez inultipliées en 15G3, puisqu'en celte année le i)arlenienl demanda an roi de défendre Vusarje des coches par cette ville. Sur la lin du règne de Henry IV, celte voiture fut perfectionnée. On commença à y placer des portières avec des vitres; et Bassompierre fut, dit-on, le premier qui se procura ce rallinement de luxe.

Les rues de Tintérieur de Paris étaient trop étroites pour que les voitures pussent y circuler, et trop boueuses pour que des courtisans proprement chaussés pussent les parcourir à pied; ils se servaient le plus souvent de cheval ou de mulet. Les courtisans se rendaient ordinairement à la cour à cheval, ayawt quelquefois leurs dames en croupe. Les présidents et conseillers du parlement allaient au Palais montés sur des mules.

J'ai dit que François P'', après 1521, laissa croître sa barbe pour cacher la cicatrice d'une blessure. Tous les courtisans l'imitèrent : les évêques en firent autant; et, de proche en proche , toutes les classes de la société adoptèrent cet usage. Mais la mode des longues barbes trouva, dans les chapitres métropolitains et dans les parlements, des ennemis puissants. Les chapitres refusèrent de recevoir dans leur église des évêques à longue barbe. 11 fallut souvent que les rois interposassent leurs prières ou leur autorité pour les y contraindre. Guillaume Duprat à Clermont, Antoine Caraccioli à Troyes, le cardinal d'Anjou au Mans, Jean de Morviller à Orléans, Charles Guillard à Chartres, Antoine de Créquy à Amiens, etc., furent autant d'évêques refusés d'abord, ou admis ensuite avec de grandes difficultés par leurs chapitres, à cause de la longueur de leur barbe. Pierre Lescot, abbé de Glagni, habile architecte, ayant obtenu un canonicat à Notre-Dame de Paris, pour être installé, éprouva d'abord des refus, en 1555, de la part de ce chapitre, à cause de sa longue barbe. Une affaire aussi grave dut occuper la Sorbonne. De la matière mise en délibération au prima mensis de juillet 1581, il résulta un décret portant que la barbe est contraire à la modestie, qui doit être la principale vertu d'un théologien. ISon déférant barbas, et veniaîit tonsi, dit le fatal décret. Le parlement de Paris, qui avait approuvé les massacres de la Saint-Barthélemi, désapprouva sévèrement la mode des longues barbes. Après avoir ridiculement bravé la mode, ils finirent par s'y soumettre; mais ils ne cédèrent au torrent qu'après une longue et glorieuse résistance. — Louis XIII , monté jeune sur le trône, n'offrit aux imitateurs qu'un menton imberbe : alors les barbes diminuèrent de volume, et furent bientôt réduites à la moustache, que l'on portait encore sous Louis XIV.

L'usage des masques y quoique ancien, n'était que circonstantiel. Les seigneurs, afin de se soustraire aux poursuites de la justice, et de n'être point connus, prenaient des masques pour voler les passants sur les chemins. On a vu des personnages de la cour de France, dans les fêtes données à Saint-Denis, après le mariage de Charles VI , prendre des masques pour se livrer sans rougir à la débauche. On prit des masques pour aller jouer au momon ou jeu de hasard. Le parlement ordonna, le 26 novembre 1535, à deux de ses huissiers d'enlever tous les masques qui , dans Paris, se trouveraient exposés en vente : le lendemain , ,cette cour rendit une autre ordonnance, pour prohiber la fjd)rication et la veille (les masipies. Veis la lin du règne de François I'"', on adopta l'usage des

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