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PARIS DEPUIS L'ORIGINE DE LA LIGUE JUSQU'AU RÈGNE DE

LOUIS Xlli.

PARIS SOUS LA DOMIINATION DK I.\ LKlUi:.

Objet de l'indignation des gens de bien, pour sa participation aux massacres de la Saint-lîarthélemi ; objet de mépris par ses excès de débauche et sa dévotion ridicule, Henri IH inspira bientôt le sentiment de la pitié. On va le voir.

sous LA DOMINATION DE LA LIGUE. :ii2:>

se laissant eiiveloppor dans les filets de ses ennemis, employer, pour s'y soustraire, tour à tour de làehes et inutiles condescendances, et m(>me des crimes qui précipitèrent sa ruine. On va voir la cour de Rome, la cour d'Espagne, la maison de Lorraine, l'aire la guerre au parti protestant, et travailler sourdement à détrôner Henri 111. Le motif de la guerre contre le i)arti protestant est évident. La cour de Rome avait sa puissance à défendre; celle d'Espagne, son fanatisme à satisfaire. De plus, ces deux puissances voyaient Henri III sans enfants, et, après sa mort, la couronne de Erance passer par droit hérédilaircî au roi de ^'avarre, chef du parti protestant: elles devaient craindre qu'alors le protestantisme ne devînt la religion dominante en France.

Le roi d'Espagne, Philippe II, qui fournissait les finances nécessaires au détrônement projeté de Henri HI , espérait aussi réunir la couronne de France à la sienne, ou plutôt obtenir sur la France un grand ascendant, en mariant sa fille Isabelle à Charles de Lorraine, duc de Guise, qu'il désirait bien voir sur le trône à la place de Henri 111. Le pape l'entretenait dans cette espérance, et favorisait secrètement le duc de Guise. Le premier objet était de détrôner ce roi. Pour y parvenir, les conjurés, d'accord sur ce point, imaginèrent de former une ligue dont le but apparent consistait à combattre les protestants, et dont le but caché devait être la ruine du roi de France. Le 14 mai L576, fut publié un traité de pacification entre les deux partis qui divisaient la France. Le mécontentement qu'il fit naître parmi les catholiques parut convenir à l'ambition du duc de Guise. A son instigation, le sieur d'Humières et ses autres partisans entraînèrent la noblesse et la plupart des habitants de la Picardie. Tous jurèrent, à Péronne, de maintenir la nouvelle association. Dans d'autres provinces, les mêmes intrigues produisirent les mêmes effets.

Cette association s'établit dans presque toutes les villes de France avec une rapidité qui effraya Henri HI. Il voulut d'abord en arrêter les progrès. Mais bientôt après, étant aux états de Blois , il signa lui-même cette association avec un grand nombre de seigneurs qui s'y trouvaient; et, pour contrarier les projets du duc de Guise, se déclara le chef de la Ligue ou de la Sainte union. Après cette déclaration, il envoya à Paris Nicolas Lhuillier, prévôt des marchands, pour faire signer la formule du serment de la Ligue à tous les habitants de cette ville. De Thou, président du parlement, ne le signa que conditionnellement. Le roi, étonné de cette résistance, voulut en connaître les motifs, et dépêcha secrètement auprès du premier président, qui exposa à son envoyé les motifs de son opinion. Le roi, en les apprenant, dit: Nous avons attendu trop tard, nons aurions dît plus tôt consulter M. de Thou. « Le 1^'' février 1577, les » quarteniers et les dixainiers de Paris, dit l'Estoile, alloient par les maisons •' des bourgeois porter la Ligue, et faire signer les articles d'icelle. Le président » de Thou et quelques autres présidents et conseillers la signèrent avec res- » triction; les autres la rejetèrent tout à plat, la plupart du peuple aussi. »

Cette déclaration et le refus que fit Grégoire XIII de seconder les ligueurs susj)endirent leur projet. Pendant huit années consécutives, la Ligue parut inanimée. Cet intervalle de temps fut rempli par des intrigues, par les succès, los revers el les désastres de la giiori<^ civik», ])ar des écrils et des placards in-

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jurieux, et par des plaisanteries contre Henri 111. Le duc de Guise n'abandonna jamais ce moyen de perdre ce roi dans l'opinion publique.

En 1585, le parti de la Ligue, appuyé parla cour d'Espagne, se réveilla. Le duc de Guise, sans l'autorisation du roi, leva une armée considérable, et fit la guerre à la Flandre. Gette atteinte aux droits de la couronne fut accompagnée de plusieurs sourdes pratiques, pour former dans Paris un parti puissant à la Ligue. François de Roncherolles y arriva chargé par le duc de Guise d'y former un comité secret. Cet homme, fécond en ressources et en paroles, commença par s'adjoindre plusieurs personnes, parmi lesquelles je dois citer Nicolas Poulain, lieutenant du prévôt de l'Ile-de-France, qui, par intérêt ou par devoir, déjoua pendant longtemps les projets des séditieux, en les dénonçant secrètement chaque jour au roi.

Ces conspirateurs, à la faveur de l'or que leur prodiguait l'Espagne, réussirent sans peine à engager dans leur faction la plupart des curés et prédicateurs de Paris, qui eurent la charge expresse de saisir toutes les occasions, de les faire naître lorsqu'elles ne s'offriraient pas d'elles-mêmes, pour exciter le peuple à détester, à mépriser le roi , et pour le soulever contre les protestants de Paris. On recruta ensuite, dans le barreau, un assez grand nombre de partisans, qui devinrent, à Paris, les principaux agents de la faction des (iuise, et les provocateurs des scènes tumultueuses et sanglantes qui, pendant neuf années, désolèrent cette ville déjà épuisée par des excès de tous genres.

Les conspirateurs commencèrent par se donner une organisation. Un comité de cinq , puis de dix personnes , fut chargé de diriger et d'exécuter les opérations : ce comité, pour échapper à la surveillance du gouvernement, changeait, chaque fois qu'il se réunissait, le lieu de ses séances. On sait qu'elles se tenaient alternativement dans les maisons des conjurés , à la Sorbonne, au collège de Fortef , qui fut à cette occasion nommé le berceau de la Ligne, et dans le couvent des Jésuites de la rue Saint-Antoine, etc.

Le comité des ligueurs s'occupa de se faire des partisans : chacun se partagea la besogne suivant sa position.

La Chapelle-Marteau se chargea d'entraîner dans le parti de la Ligue tous les membres de la chambre des comptes; le président Lemaistre, tous ceux du parlement; Senaut, tous les clercs du greffe ; et un nommé Leleu , tous les huissiers de cette cour. Le président Neuilli promit de ranger sous les drapeaux de la Ligue tous les conseillers du parlement; et le nommé Choulier, tous les clercs de cette cour. Rolland s'engagea , avec le secours de son frère, conseiller à la Cour des monnaies, d'entraîner dans le parti tous les généraux et conseillers des monnaies. D'autres eurent la charge de faire des partisans à la Ligue parmi les sergents à cheval et à verge, parmi leurs voisins et les habitants de leur quartier. Labruyère, lieutenant particulier, répondit de tous les conseillers du Chàtelet ; Crucé, des procureurs de cette cour, et aussi d'une grande partie des professeurs et écoliers de l'Université; Michelet promit d'embaucher tous les mariniers et gens de rivière, loas mauvais garçons. Toussainl Poccart, potier d'étain, et un nommé Gilbert, charcutier, entraînèrent tous les bouchers, charcutiers de la ville et des faubouigs, dont le nombre passait (piinze cents; el

sors I A hOMINATKhN I)K \.X lAC.VK. 3ii7

l.oiu'hai'il, oonuiiissairo, tous les niarcliaiuls et courtiers de chevaux, dont oir coiui>tai( à Paris six cents et plus. Ainsi, de proche en proche, la partie la [)lus active de la population de Paris l'ut engaL';ée dans la l.i^^ue.

En 1587, les niend)res du comité secret des ligueurs de Paris craignaient continuellement d'être découverts et punis avec sévérité : ils écrivaient souvent au duc de Guise pour l'engager à venir dans cette ville y changer la face du gouvernement et faire cesser leur état d'anxiété. — Le duc de Guise faisait des promesses, et ne les tenait pas. Pressé par leurs importunités, il leur envoya son frère, le duc de Mayenne. — Ge duc vint offrir ses hommages à Henri III , l'assura de sa lidélité, et aussitôt reçut secrètement à l'hôtel de Saint-Denis , où il logeait, les principaux ligueurs de Paris, qui lui remontrèrent le danger qu'ils couraient en servant les intérêts de son frère. Le duc de Mayenne en fut frappé, et conçut aussitôt le projet de faire lui-même ce que son frère tardait tant à exécuter. 11 arrêta avec les ligueurs un plan de conspiration qui devait avoir pour résultat une nouvelle Saint-Barthélémy. Mais Nicolas Poulain, memhre du comité secret, vint dévoiler à Henri III le plan des conjurés. Ce roi prit des mesures qui prouvèrent aux ligueurs qu'il était instruit de leur complot : ils en furent effrayés. Le duc de Mayenne, averti que Henri lîl l'accusait d'en être le chef, se présenta devant ce roi, lui protesta de son innocence avec l'accent de la colère, et se retira de Paris après avoir rassuré les ligueurs, et leur avoir dit qu'il n'allait pas loin et qu'il volerait à leur secours en cas de danger. Le duc de Mayenne, ensuite informé que Hemi III devait dîner à l'abbaye et de là se rendre à la foire de Saint-Germain, conçut le projet d'y enlever ce roi; mais celui-ci, averti du complot, ne se rendit ni au dîner ni à la foire, et y envoya le duc d'Épernon, qui y fut insulté et obligé de fuir précipitamment. Les ligueurs formèrent encore plusieurs autres projets contre la personne du roi. Mais ces projets, dont le roi était averti par Nicolas Poulain, échouaient au moment d'être entrepris. Les ligueurs en étaient consternés : aussi changèrentils de marche. « Lors les ligueurs, dit Nicolas Poulain, commencèrent à prati- •' quer le plus de peuple qu'ils purent, sous le prétexte de la religion; ^.t les " prédicateurs se chargèrent en leurs sermons de parler fort et ferme contre » le roi, le dénigrer envers le peuple plus qu'ils n'avoient jamais fait; et ce, » pour provoquer le roi à en pendre quelques-uns, afin d'avoir sujet de s'éle- » ver contre lui. » Dans le même temps la duchesse de Montpensier, sœur des Guise, engagea le curé de Saint-Sé vérin, Jean Prévôt, à placer dans le cimetière de cette église un tableau qui représentait, dit l'Estoile, « plusieurs étranges >' inhumanités exercées par la reine d'Angleterre contre les bons catholiques; '• et ce, pour animer le peuple à la guerre contre les huguenots. De fait, alloit ■> ce sot peuple de Paris voir tous les jours ce tableau, et en le voyant crioit qu'il

falloit exterminer tous ces méchants politiques et hérétiques. De quoi le roi ' averti manda à ceux du parlement de le faire ôter, mais secrètement; ce qui " fut exécuté de nuit, le 8 juillet 1587. » De Thou nous apprend que ce tableau fut gravé, et que les gravures étaient exposées dans les rues de Paris.

Cependant les prédicateurs de cette ville, autorisés par l'impunité et par l'ar-

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gent de l'Espagne, continuaient, avec une audace jusqu'alors inouïe, leurs déclamations contre Henri 111. Ils avaient d'ailleurs, pour arriver à leur but, une autre ressource que les prédications : le confessionnal leur offrait un moyen plus secret et moins dangereux que la chaire; ils l'employèrent avec succès pour exciter leurs pénitents à la révolte. «< Ceux qui travailloient le plus efficacement, » dit M. de Thou, furent les confesseurs qui développoient à l'oreille de leurs » pénitents tout ce que les prédicateurs n'osoient clairement exposer en public ; » car, en chaire, ils s'abstenoient de nommer les personnes, dans la crainte » d'être punis. Les confesseurs , abusant du secret de leur ministère , n'épar- » gnoient ni le roi ni les ministres, ni les personnes qui lui étoient le plus » attachées; et, au lieu de consoler par des discours de piété ceux qui s'adres- » soient à eux, ils leur remplissoient l'esprit de faux bruits, et mettoient leur » conscience à la torture par des questions embarrassées et par mille scrupules. » Par le môme moyen ils fouilloient dans les secrets des familles..., soutenoient '» que les sujets pouvoient faire des associations sans la permission du prince ; » ils les entraînoient dans cette ligue funeste ; et à ceux qui ne vouloient pas y » entrer, ils refusoient l'absolution. On porta des plaintes contre ces confes- » seurs séditieux, ajoute M. de Thou; on leur enjoignit de ne pas abuser ainsi » de la sainteté de leur ministère : ils ne changèrent pas , furent seulement plus « circonspects et posèrent ce dogme nouveau , que le pénitent qui découvre ce -> que le confesseur lui a dit est aussi coupable que le confesseur qui révèle la » confession de son pénitent. »

Le comité des ligueurs, nommé depuis le Conseil des Seize, parce qu'il dirigeait les seize quartiers de Paris, rendu plus audacieux par l'impunité, mit moins de mystère dans ses délibérations séditieuses. Ce conseil se tenait, en 1588, dans le couvent des Jésuites de la rue Saint-Antoine; Nicolas Poulain y assistait; il rapporte qu'on y proposa de se jeter sur le roi pendant qu'il parcourrait en masque les rues de la ville. Le roi, averti par ce zélé serviteur, ne sortit point du Louvre. Grâce à Poulain, Henri 111 échappa encore à plusieurs autres embûches que lui firent ses implacables ennemis.

Le 9 mai 1588, à midi, le duc de Guise, malgré les ordres réitérés de Henri IH, arrive à Paris, descend à f hôtel de Boissons chez la reine-mère. Un gentilhomme en instruit le sieur de Villeroi. Celui-ci court au Louvre pour en informer Henri Ilï ; Monsieur de Guise est arrivé, lui dit-il. Le roi paraît effrayé : // est venu? par la mort-dieu , il en7nourra! s'écrie-t-il. Il envoie chercher le colonel Alphonse Ornano : Si vous étiez à ma place, que feriez-vous? demanda-t-il à ce colonel ; celui-ci répondit : // n'y a qu'un mot à cela : tenez-vous le duc de Guise pour ami ou pour ennemi ? Le roi , sans répondre, fit un geste qui prouvait assez qu'il ne regardait pas le duc comme son ami. Alors Alphonse dit au roi que s'il voulait l'autoriser, il apporterait à ses pieds la tète du duc, ou le mettrait en lieu de sûreté qui lui serait indiqué, sans que personne osât bouger. Le roi, toujours timide et irrésolu, répondit qu'il espérait mettre ordre à tout par un autre moyen. Bientôt la reine-mère, dans sa chaise, et le duc de Guise, à pied, partirent ensemble pour se rendre au Louvre. Le trajet était court ; mais il fut

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pour le duc une niarclie triompliale. tes l*arisiens ligueurs s'empressaient sur ses pas, voulaient toucher son liahit, le bord de son manteau, faisaient entendre les acclamations de Vive Guise f vive le Pilier de Vlùjlise!

Catherine deiMédicis présenta le duc de Guise au roi. Ce prince, en le voyant, devint blême, se mordit les lèvres, et lui dit, suivant un témoin oculaire, » qu'il trouvoit fort étrange qu'il eût entrepris de venir en sa cour, contre » sa volonté et son commandement. » Le duc s'excuse et demande pardon, dit » qu'il s'est fondé sur le désir qu'il avoit de représenter lui-môme à Sa Majesté » la sincérité de ses actions , et de les défendre contre les calomnies et les im- » postures de ses ennemis... » La reine-mère s'entremet là-dessus, la reine aussi; il est reçu en grâce. Le roi se retire dans sa chambre. Le duc, peu de temps après, accompagne la reine jusqu'à son logis, puis va à l'hôtel de Guise.

Suivant d'autres témoignages, le roi se montra furieux et prit même la résolution de faire tuer le duc de Guise dans la chambre de la reine son épouse. Ce fut, dit-on, dans ce dessein qu'il pria sa mère de l'y introduire. Le roi s'y rendit et après demanda avec colère au duc ce qui l'amenait à Paris. Le duc, en courtisan exercé, sans s'émouvoir, se prosterne, se met presque à genoux , et lui répond respectueusement qu'il supplie Sa Majesté de vouloir bien prendre confiance en sa fidélité, sans se laisser aller aux calomnies de ses ennemis.

A ce mouvement de colère succéda chez le roi le calme de la timidité : le duc en devmt plus audacieux , et sortit triomphant de cette lutte. Le lendemain, 10 mai , nouvelle entrevue entre les deux princes ennemis. Le duc la redoutait; mais elle eut un succès pareil à celui de la première.

Le roi cependant, qui ne se fiait nullement aux protestations du duc de Guise, essaya de prendre des précautions contre lui; il fit entrer par la porte Saint-Honoré les quatre mille Suisses logés depuis quelque temps dans le faubourg Saint-Denis, de plus, deux mille hommes de gardes-françaises, et fit placer plusieurs compagnies de la ville dans le cimetière des Innocents. Le projet du roi était, dit-on, de faire arrêter, avec cet appareil formidable, les prin cipaux chefs de la Ligue, de les faire juger, et mourir par la main du bourreau. Mais il savait prendre des résolutions sans savoir les exécuter.

Au bruit de l'entrée de ces troupes et de leur répartition dans divers lieux, les ligueurs alarmés se réveillèrent. Crucé, l'un des plus actifs de ce parti, dès quatre heures et demie du matin, fit crier dans le quartier de l'Université: Alanne / alarme ! },ièmes crisse font entendre dans les autres quartiers. Aussitôt les bourgeois s'arment, sortent de leurs maisons , se réunissent dans leurs corps-de-garde. On tend les chaînes dans les rues; on les barricade avec des tonneaux pleins de terre. A midi, toutes les rues de Paris étaient fortifiées par des barricades, et quelques-unes furent poussées jusqu'à cinquante pas du Louvre. Les troupes du roi, pressées de toutes parts, ne pouvaient avancer ni reculer, sans s'exposer au feu de ces barricades et aux coups de pierres dont on avait fait provision dans les maisons. Le roi, instruit d'heure en heure, et alarmé de tout ce qui se passait dans la ville, envoyait tour à tour le gouverneur de Paris, les maréchaux de Biron et d'Aumont, pour apaiser et rassurer le

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peuple sur ses intentions. La révolte continua. La cour, consternée, pensa à faire retirer les troupes; mais il était trop tard.

Un coup de mousquet tiré, vers la rue Neuve-de-Notre-Dame , par un des soldats du roi, amena une scène sanglante : les bourgeois aussitôt chargèrent les Suisses qui remplissaient la place du Marché-Neuf. Au feu de la mousqueterie se joignirent les coups de pierres lancées du haut des fenêtres. Vingt Suisses per dirent la vie et douze furent blessés, suivant les uns; et, suivant les autres, soixante furent tués et enterrés au parvis Notre-Dame. Le massacre des Suisses serait devenu général, si le duc de Brissac, qui commandait pour le duc de Guise, ne les eût sauvés des mains des bourgeois, en les renfermant dans la boucherie du Marché-Neuf, et en faisant cesser le feu de la mousqueterie. En même temps, les troupes du roi placées sur les ponts furent mises en déroute : plusieurs soldats sauvèrent leur vie en se réfugiant dans les maisons.

Cependant le roi, apprenant que ses troupes étaient battues de toutes parts, fut réduit à la honte d'implorer le soir l'assistance du duc de Guise. Le duc , flatté de pouvoir montrer quelle était l'étendue de son influence sur l'esprit des Parisiens, sortit de son hôtel, rue du Chaume, pour se rendre à THôtel-de- Ville; puis il parcourut diverses rues et places. Cette sortie, la première qu'il fit dans cette journée , fut une espèce de marche triomphale. Il fit cesser partout la mousqueterie : il ordonna au duc de Brissac et au capitaine Saint-Paul de conduire les Suisses et les gardes-françaises vers le Louvre, de les obliger à porter leurs armes baissées, et à se découvrir la tête comme des vaincus. Sur son passage, il recueillit tant d'acclamations flatteuses de la part des Parisiens, que, las d'entendre crier vive Guise! il dit : Cest assez, c'est trop; criez : Vive le roi ! Il humiliait et protégeait Henri III. Le soir, les chefs de la garde bourgeoise ne voulurent point recevoir le mot d'ordre du prévôt des marchands, qui d'ordinaire le leur donnait au nom du roi : ils allèrent le demander au duc de Guise. Henri III, à Paris, n'avait plus de roi que le nom.

Tels furent les principaux événements de la journée du 12 mai 1588, fameuse dans l'histoire sous le nom de journée des barricades, et qu'un député du clergé aux États de Blois qualifiait d'Aei^rei/se et sainte journée des tabernacles.

Les événements du lendemain furent la conséquence de ceux de la veille. Le 13 au matin, le roi tenait son conseil pour aviser aux moyens d'échapper à cette crise, lorsqu'on vint l'avertir que les prédicateurs excitaient le peuple, en disant : Allons prendre frère Henri de Valois dans son Louvre; de plus, que ces mêmes prédicateurs avaient fait armer sept à huit cents écoliers, trois ou quatre cents moines, et que huit mille hommes allaient sortir de Paris pour s'emparer des dehors du Louvre, et s'opposera l'évasion du roi. Ces bruits, vrais ou faux, effraient tellement ce prince, qu'il se rend avec précipitation au château des Tuileries, où étaient ses écuries; il fait partir en avant ses gardes, des Suisses et une partie de sa cour, se botte et monte à cheval. Du Halde, en lui chaussant ses éperons, le fit avec tant de hâte qu'il en mit un à l'envers; C'est égal, dit le roi, je ne vais pas voir ma maîtresse, j'ai un plus long chemin à faire. En fuyant, il se tourna vers Paris, et jura qu'il n'y rentrerait que par la brèche; il n'y rentra plus. Il alla coucher dans un village de Beauce nommé Latrape. Le len-

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ilcmaiii, il se rendit à Chartres, où il séjourna jusqu'à la lin du mois. Celte ville, pendant ce temps, devint le théàlre de plusieurs négociations.

Les ligueurs, puissants et débarrassés de toute entrave, s'occupèrent de leurs projets d'ambition ou de vengeance. Le duc agit alors en souverain : il ordonna que les barricades de Paris fussent enlevées, se fit remettre les fortifications du Petit et du Crand-Chàtelet, de l'Arsenal, du Temple et de la Bastille, dont il lit gouverneur le fameux ligueur Bussi-Leclerc ; enfin, il opéra encore plusieurs autres changements dans l'administration de la ville.

La lutte entre les rois et les Guise se déplaça, et eut son dénouement dans le château de Blois, où Henri III fit assassiner le chef de la Ligue, le duc de Guise, et emprisonner les principaux ligueurs.

La nouvelle de cet assassinat parvint bientôt à Paris, et causa parmi les ligueurs la plus vive fermentation. Le duc d'Aumale, qui se trouvait dans cette ville, en fut nommé gouverneur; il commença par faire emprisonner un grand nombre de ceux qu'on appelait politiques^ fit fouiller leurs maisons, et mit à contribution tous les habitants riches qui n'étaient pas ligueurs. On arracha les armoiries du roi , placées au portail de l'église Saint-Barthélemi , et on les traîna dans le ruisseau. Le curé de Saint-Gervais , le fameux Wincestre, avait disposé le peuple à cet acte de vengeance, en prêchant contre le roi, et en le Irà'itaul de vilain Hérode^ injure qui offre à peu près Tanagramme de Henri de Valois. On détruisit sur tous les édifices les armoiries et les figures de Henri III ; enfin on déchira son portrait partout où il se trouvait.

Le 1er janvier 1589, Wincestre, après son sermon, « exigea, dit l'Estoile, de »> tous les assistants le serment d'employer jusqu'à la dernière goutte de leur » sang, jusqu'au dernier denier de leur bourse, pour venger la mort des deux » princes lorrains, massacrés par le tyran dans le château de Blois, à la face » des États. H exigea un serment particulier du premier président de Harlai, qui, » assis devant lui dans l'œuvre, avoit ouï sa prédication, l'interpellant par deux " fois en ces mots : Levez la main, monsieur le président, levez-la bien haut^ » encore plus haut, afin que le peuple la voie; ce qu'il fut contraint de faire. Ce " serment fut exigé par les curés de plusieurs autres paroisses. »

Le Conseil des Seize' proposa à la Sorbonne la question de savoir si les Français avaient le droit de faire la guerre au roi pour la défense de la religion catholique; et la faculté de théologie , « c'est-à-dire huit ou dix soupiers et mar- " mitons, dit l'Estoile, comme porte-enseignes et trompettes de sédition, dé- >' clarèrent tous les sujets du royaume absous du serment de fidélité et obéis- » sance qu'ils avoient jurés à Henri de Valois, naguère leur roi, rayèrent son » nom des prières de l'Église, en composèrent d'autres pour les princes catho- » liques , et firent entendre qu'on pouvoit en conscience prendre les armes " contre ce tyran exécrable. » Voilà comment l'autel fut le soutien du trône. Le 8 janvier, Wincestre annonça dans son sermon la mort de Catherine de iMédicis, décédée le 5 de ce mois. Il dit que pendant quelque temps elle fut le soutien des hérétiques; mais que depuis elle avait favorisé la Ligue. « Si vous vou- • lez, dit-il, donner à l'aventure, par charité, un Vafer ou un Ar.p., il lui ser- » vira (le ro qu'il pourra, je vous le laiss»' à vode liberté. -

Le 16 janvier, Bussi-Leclerc, qui, de maître en fait d'armes, était devenu procureur au parlement, et qui, depuis l'évasion du roi , de procureur fut élevé à la dignité de gouverneur de la Bastille, accompagné de vingt-cinq à trente hommes de son parti , tous armés, et tenant chacun en main un pistolet, vint au parlement pendant que la grand'chambre était assemblée; et, désignant par leurs noms tous ceux qui étaient suspects au Conseil de l'Union, 11 dit à haute voix : Suivez-tnoi , venez-vous-en à l'Hôtel-de-Ville, oit l'on a quelque chose à vous dire. Le président lui demanda d'après quelle autorité il agissait ainsi : Leclerc ne répondit qu'en renouvelant l'ordre de le suivre, et ajoutant qu'il leur en arriverait mal, s'ils refusaient d'obéir. Alors le président de Harlai , le président DeThou et autres déclarèrent qu'ils étaient prêts à le suivre ; aussitôt les membres de cette cour souveraine qui n'étaient point désignés se levèrent généreusement, et dirent qu'ils voulaient partager le sort de leurs chefs : noble dévouement, dont cette époque désastreuse ne fournit que de très-rares exemples I Alors cinquante ou soixante conseillers et présidents de cette cour se rendirent aux ordres de ces factieux. Leclerc, qui marchait à leur tête, les conduisit par le Pont-au-Change jusqu'à la place de Grève. A la nouvelle de cette étrange expédition, et pour jouir d'un spectacle si extraordinaire, une foule de mariniers, portefaix et vagabonds, accoururent à la place de Grève. Craignant que ces hommes fissent un mauvais parti à ses prisonniers, Bussi les mena, par des rues détournées, à la Bastille, où ils furent tous enfermés. Dans le même jour, le Conseil des Seize fit arrêter les membres du parlement qui ne s'étaient point trouvés au Palais : et, le lendemain , on fit relâcher tous ceux dont les noms n'étaient point parmi ceux des proscrits.

Les monastères que Henri HT avait comblés de bienfaits, signalèrent leur ingratitude contre ce roi. Les Jacobins effacèrent ou noircirent sa figure placée dans leur cloître ; les Cordeliers, dont il avait fait reconstruire l'église, insultèrent à la statue du roi , la renversèrent et lui coupèrent la tête. Les Grands- Augustins conservaient, derrière le maître-autel de leur église, un grand tableau que Henri III y avait fait placer lorsqu'il institua l'ordre du Saint-Esprit. Sans respect pour cet objet consacré, les Augustins le biffèrent et le traînèrent par les rues. Je passe sous silence les discours étranges des prédicateurs qui faisaient retentir la chaire évangélique d'injures, de provocations à la vengeance et au meurtre ; je ne parlerai pas non plus des processions qui se faisaient alors, et où l'on voyait les hommes, les femmes, les filles, les garçons, en chemise ou entièrement nus : je réserve ces traits pour le tableau des mœurs de cette période; mais je ne puis taire un moyen magique qui fut alors employé dans plusieurs églises de Paris, moyen fort en usage dans les siècles barbares. Laissons parler l'Estoile, témoin oculaire : « Furent faites à Paris » force images de cire qu'ils tenoient sur l'autel, et les piquoient à chacune " des quarante messes qu'ils faisoient dire durant les quarante heures, en plu- » sieurs paroisses de Paris; et, à la quarantième, piquoient l'image à l'endroit » du cœur , disant à chaque piqûre quelques paroles de magie, pour essayer à » faire mourir le roi. Aux processions, pour le même effet, ils porloient cer- " tains cierges magiques, qu'ils appeloient par mocjuerie ciergefi brm'fs, qu'ils

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>» faisoienl oteindro au lieu où ils alloicnt, renversant la luiiiièrc coiilie l)as, « disant je ne sais quelles paroles que des sorciers leur avoient apprises. >

I^endant que les prédicateurs épuisaient toutes les ressources de leur génie pour inspirer de l'horreur contre le roi , que des prêtres employaient la magie pour le faire périr, et que le Conseil des Seize continuait à piller les maisons des personnes riches qui n'étaient point de leur parti, le duc de Nemours et le duc de Mayenne arrivèrent à Paris, le premier échappé de sa prison de Blois, et le second venu de Lyon, où il S(\journait pendant qu'on massacrait ses frères. Ce dernier, nommé Charles de Lorraine, duc de Mayenne, fut déclaré chef de la Ligue ou de la sainte union.

Voici quels furent à Paris les établissements de ce gouvernement.

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