ÉTABLISSEMENTS PENDANT LA LIGUE
CONSEIL DES SEIZE. Il siégeait à l'Hôtel-de-Ville. Ce Conseil, si fameux dans l'histoire de la Ligue, ne fut d'abord composé que de cinq membres : Compan, Crucé, La Chapelle, Louchard et Bussi-Leclerc, choisis par les Guise pour diriger les cinq quartiers. Quelques mois après l'évasion du roi , les ligueurs reprirent l'ancienne division de cette ville en seize quartiers. Chaque quartier eut alors son chef ; ses chefs formaient le Conseil des Seize. Le lieu de ses séances, d'abord incertain, ne fut fixé qu'après la fuite de Henri 111 : alors il s'identifia avec le corps municipal. Après l'assassinat des Guise à Blois, ce Conseil créa, le 24 décembre 1588, le duc d'Aumale gouverneur de Paris. Au mois de mars 1589, le Conseil des Seize établit, dans chacun des seize quartiers de Paris, un conseil composé de neuf personnes chargées de veiller à la tranquillité et à la sûreté de leurs quartiers respectifs.
Après la mort du cardinal de Bourbon , prisonnier, qu'on avait nommé roi, sous le nom de Charles X, le Conseil des Seize s'adressa au pape et au roi d'Espagne pour leur demander un roi qui fût ligueur : cette demande, qui contrariait les prétentions du duc de Mayenne, devint pour lui un nouveau motif de mécontentement. Le 4 décembre 1581, il fit arrêter les membres de ce Conseil. Cette assemblée, réduite à douze personnes, vit, après ces violences, son autorité et sa considération s'aff'aiblir ; il ne volait plus que cFune aile^ disait-on alors. Il subsista cependant jusqu'à l'entrée de Henri IV à Paiis.
CONSEIL GÉNÉHAL DE LA SAINTE-UNION OU DES QUARANTE. Ce COUSCil siégeait
à riIôtel-de-Ville. Créé par le Conseil des Seize, il fut composé de quarante personnes des trois États, la noblesse, le clergé et le tiers-état, toutes élues par le peuple de Paris. Ce conseil figurait, en petite proportion, les états-géné raux ou unere[)résentation nationale. Sa première séance se tint, et ses règlements et attributions furent délibérés le 17 février 1589.
Ce conseil, composé de magistrats ligueurs, de militaires, d'évêques, de curés et des plus fougueux prédicateurs du temps, avait, dans ses attributions, la correspondance avec les villes dévouées à la Ligue et la direction des affaires des provinces ligueuses. Ce conseil, de sa propre autorité, conféra le titre de lieutenant (irnnal <lo VÉtat royal ri covronnr dr France au duc de Mayenne, (]ui, «îï
334 HISTOIHE DE PARIS
cette qualité, vint, le 13 mars 1589, prêter son serment au parlement métis. Peu façonné aux institutions populaires et à la dépendance d'un conseil où ses volontés étaient quelquefois contrariées, ce duc, pour y augmenter son influence, se permit d'y introduire quatorze nouveaux membres qui lui étaient dévoués. 11 y ajouta ensuite quelques autres personnes. Au mois de novembre 1590, mécontent de ce conseil général de l'Union, il l'abolit, bien qu'il lui dût son existence politique.
CONFRÉRIE DU CORDON ET DU SAINT NOM DE JÉSUS. Cette coufréHe, établie dans l'église Saint-Gervais, était un véritable club de ligueurs fanatiques. Son règlement, imprimé en 1590, porte en substance que les confrères doivent jurer de vivre dans la foi catholique, dans l'obéissance au cardinal de Bourbon, prétendu roi de France, nommé Charles X, et à son lieutenant le duc de ^Mayenne , de ne jamais reconnaître aucun roi hérétique, notamment Henri de Bourbon, roi de Navarre, relaps, excommunié par le pape, et de s'opposer à toute trêve et à tout traité de paix conclus avec ce prince.
CONFRÉRIE ou CONGRÉGATION DU CHAPELET, établie à Paris, dans la maison des Jésuites de la rue Saint-Jacques. Chaque confrère était tenu de porter autour de son cou un chapelet, et d'en réciter journellement les prières. Les Seize de Paris, l'ambassadeur d'Espagne et les membres de la congrégation se réunissaient, tous les dimanches, dans une chapelle haute de la maison des Jésuites : là, se prononçait un discours propre à maintenir le public dans un état d'exaltation fanatique. Après ce discours, le peuple était congédié, et les chefs, parmi lesquels figurait le curé Pigenat, discutaient sur les affaires de la sainte Ligue. Le pape prodigua aux confrères les trésors inépuisables de ses indulgences : il les gratifia de neuf-vingt mille ans et neuf-vingt mille quarantaines (V indulgences, et de la rémission de tous leurs péchés au moment de leur mort.
ASSASSINAT DE HENEI IIL SUiGE DE PARIS.
Les actes sanguinaires de Blois devinrent funestes à Henri III. 11 crut, en faisant égorger les Guises, accroître son autorité; il la ruina au point qu'il se vit réduit à se jeter dans les bras de ceux contre lesquels il avait, quelques mois auparavant, juré de faire une guerre d'extermination, et à implorer le secours de son beau-frère, le roi de Navarre. Le 30 avril 1589, les deux rois eurent leur première entrevue au Plessis-lès-Tours : leur embrassement fut mêlé de larmes. Ayant réuni leurs forces, ces princes, après diverses expéditions, marchèrent, vers la fin de juillet, contre Paris, et campèrent dans les environs de cette ville qui fut étroitement cernée de toutes parts. Henri HI prit son logis à Saint-Cloud, en la maison de Gondi.
Le 29 juillet, le duc de Mayenne, les sieurs de La Chastre, de Villeroi et autres, délibéraient sur le parti qu'ils avaient à prendre, lorsqu'un nommé Bourgoing, prieur des Jacobins de Paris, s'y présenta, et dit qu'un des frères de son couvent, nommé Jacques Clément, jeune homme dévot et visionnaire, persuadé que des anges descendraient du ciel pour venir à son secours, ou qu'au moins il obtiendrait la |)alme du martyre, avait pris la ferme jcsolution de sacrifier sa vie en
sous LA DOMINATION DU LA LK.lJi:. a:{5
arrachant celle de ce roi, et que ce frère élail venu le supplier de trouver un moyen d'api)roclier de la personne de ce prince. On discuta longuement sur cette proposition qui finit par être acceptée.
Le soir du lundi 31 juillet, le jeune moine arrive à Saint-Cloud, y couche, et le lendemain se présente devant le logis de Henri III. Les gardes lui refusent le passage : il insiste; le bruit de cette altercation parvient jusqu'aux oreilles du roi : Laissez-le approcher, dit-il, 07i dirait que je chasse les moines, et ne veux pas les voir. Henri 111 était alors placé sur le siège de sa garde-robe. Jacques Clément s'approche, lui présente les lettres dont il était porteur; et, pendant que ce roi en prend lecture, le moine sort de sa manche un grand couteau, et le lui plonge dans le bas-ventre. Le couteau reste dans la plaie; le roi l'arrache avec etlbrt, en frappe l'assassin au visage, et s'écrie : Ah! le méchant moine l il m'a tué, qu'on le tue! Les gardes accourent, frappent à l'envi le moine, qui meurt sous leurs coups redoublés. Le lendemain 2 août, le roi expire. Dès lors, le roi de Navarre, héritier du trône, prend le titre de roi de France et le nom de Henri IV.
A la nouvelle de la mort de Henri III, les ligueurs de Paris font éclater une joie extravagante et féroce. La duchesse de Montpensier embrasse avec transport le messager qui l'instruit de cet assassinat. Ahf mon ami, s'écrie-t-elle : mais est-il bien vraiy au moins? Ce méchant, ce perfide^ ce tyran est-il bien mort? Dieu î que vous me faites aise! je ne suis manie que d'une chose, c'est qu'il n'ait su, avant de mourir, que c'est moi qui l'ai fait faire. Aussitôt elle parcourt les rues de Paris avec la duchesse de Nemours, en criant : Bonne nouvelle, mes amis, bonne nouvelle! le tyran est mort; il n'y a plus de Henri de Valois. Elle veut que le deuil de cette mort soit porté en vert; et distribue un grand nombre d'écharpes de cette couleur. La duchesse de Nemours se rend dans l'église des Cordeliers, monte sur les marches du principal autel, et harangue le peuple, en vomissant un torrent d'injures contre le roi assassiné. On alluma dans les rues de Paris plusieurs feux de joie. Les prêtres publièrent plusieurs écrits apologétiques de l'action de Jacques Clément, firent graver en plusieurs formats le portrait de ce moine assassin, le placèrent sur les autels; enfin ils l'honorèrent comme un saint, comme un martyr.
Henri IV, après divers exploits, vint, le 31 octobre suivant, mettre le siège devant Paris. Sully, le duc d'Aumont et Chàtillon attaquèrent le faubourg Saint- Cermain. Dans une rue voisine de la foire de ce nom, ils cernèrent une troupe de Parisiens; et, dans un espace d'environ deux cents pas, ils en tuèrent plus de quatre cents. Je suis las de frapper, dit Sully, je ne saurois plus tuer gens qui ne se défendent point. Les troupes du roi se mirent alors à piller les maisons, et Sully eut pour sa part du pillage deux ou trois mille écus. Puis, quelques seigneurs de cette armée s'avancèrent vers la porte de Nesles, qu'ils trouvèrent ouverte; quinze ou vingt pénétrèrent dans la ville, jusqu'en face du Pont-Neuf; mais bientôt survint une troupe nombreuse qui les força de se retirer.
Le 8 mai 1590 mourut dans sa prison, à Fontenay, Charles, cardinal de Bourbon, que, dès le 5 août 1589, les ligueurs avaient proclamé roi de France, sous le nom de Charles X. Cette mort désappointa le duc de Mayenne, qui ne savait plus quelle couleur donner à son autorité, sur quel titre l'appuyer, sous quels
336 HISTOIRE DK PAIUS.
noms seraient promulgués les actes publics, ni quel fantôme de roi il pourrait substituer à ce bonhomme qui n'avait régné qu'en prison : d'autre part, il craignait que Henri IV ne se fît catholique.
Cette crainte et l'armée de ce roi qui s'avançait pour faire le siège de Paris déterminèrent la Sorbonne à rendre, le 7 mai 1590, un décret dont voici la substance. Après avoir célébré la messe du Saint-Esprit, elle déclara : — Qu'il est défendu aux catholiques de recevoir pour roi un hérétique. — Que si ce roi obtient son absolution et se fait catholique, il doit être exclu, parce qu'il peut y avoir feintise et perfidie dans sa conversion. — Quiconque favorise un tel roi est hérétique , et doit être puni comme tel. — Ainsi les François sont tenus en conscience de s'opposer de tout leur pouvoir à ce que Henri de Bourbon, hérétique, fauteur d'hérésie, ennemi de l'Éghse, relaps, excommunié, parvienne au gouvernement du royaume, quand même il serolt absous par le pape.
Le soir même du jour où ce décret fut rendu, l'armée du roi s'empara sinmltanément, et dans l'espace de deux heures, de tous les faubourgs de Paris, brûla tous les moulins des environs. Le roi, s'il eût été mieux secondé, aurait alors pu prendre Paris. H se borna à bloquer la capitale de son futur royaume, et à s'emparer de la ville de Mantes, où il attendit les secours qui lui venaient d'Angleterre. Les Parisiens profltèrent du séjour du roi en cette ville, pour faire à la hâte les provisions les plus urgentes.
Le 11 mai, par ordre du duc de Nemours que les Parisiens venaient d'éhre gouverneur de Paris, on s'occupa des fortifications de cette ville. L'Estoile, en parlant de ces travaux nous offre, sans y penser, une image assez fidèle de l'état des différentes classes de la société en France. Les bourgeois travaillaient, les seigneurs allaient les voir travailler, et les prédicateurs les exhortaient à l'ouvrage.
Le 13 mai, d'après un recensement ordonné par le prévôt des marchands, il fut reconnu qu'il existait dans Paris deux cent mille personnes, du blé pour les nourrir un mois, et quinze cents muids d'avoine dont on fit du pain. On choisit, en même temps, certains boulangers dans chaque quartier, auxquels on distribuait de temps en temps du blé, à raison de quatre écus le setier, pour ensuite en faire du pain et le vendre aux pauvres. Chaque jour se faisaient à Paris plusieurs processions, et surtout des sermons. C'était un spectacle qui trompait un peu le malaise du peuple, et qui, lui donnant des espérances, l'empêchait de se hvrer à la sédition. Les prédicateurs, en effet, ne cessaient d'entretenir leur auditoire de la prochaine arrivée du duc de Mayenne, qui devait délivrer l^aris des ennemis et y amener l'abondance : ils imaginèrent de fabriquer et de lire dans leurs chaires de prétendues lettres de ce duc, lesquelles contenaient l'assurance de sa marche vers cette ville avec de puissants secours. On nommait cette manière de donner des espérances : prescher par billets.
Le chevalier d'Aumale, renommé par son courage, ses pillages, ses débauches, ses profanations et son catholicisme, fit, le 14 mai 1590, une sortie, et força les ennemis d'abandonner l'abbaye Saint-Antoine : ses soldats pillèrent le couvent des religieuses, s'emparèrent des vases sacrés et de tous les ornements de l'église. On prêta de nouveau le serment de mourir plutôt que de se rendre.
sous LA DOiMIiNATIOX DK l\ lAi.UE. 337
Le h' juin , on lil une aulre sortie du côté du faubourg Saint-Marceau : les ennemis lurent forcés de se retirer vers Juvisy. Le 3 juin on lit une revue de toutes les forces que pouvaient fournir les prêtres, les moines et les écoliers : « Uoze, » évéque de Sentis, marchoit à la tête comme commandant et premier capitaine, » suivi des ecclésiastiques, allant de quatre en quatre-, après, vcnoit le prieur >' des Feuillants avec ses religieux; puis les quatre ordres mendiants, les capu- » cins, les minimes, entre lesquels il y avoit des rangs d'écoliers. Les chefs des >' ditVerents religieux portoient chacun d'une main un crucifix, et de l'autre une » hallebarde ; et les autres des arquebuses, des pertuisanes, des dagues et autres " diverses espèces d'armes, que leurs voisins leur avoient prêtées. Ils avoient >» tous leurs robes retroussées et leurs capuchons abattus sur leurs épaules. -> Plusieurs portoient des casques, des corselets et des pétrinals. llamilton, >' écossois de nation, curé de Saint-Cosme, faisoit l'ofTice de sergent, et les ran- •' geoit, tantôt les arrêtant pour chanter des hymnes, et tantôt les faisant mar- » cher : quelquefois il les faisoit tirer de leurs mousquets.
» Tout le monde accourut à ce spectacle nouveau, qui représentoit, à ce que " les zélés disoient, l'Église militante. Le légat y accourut aussi, et approuva " par sa présence une monstre (revue) si extraordinaire, et en même temps si » risible; mais il arriva qu'un de ces nouveaux soldats, qui ne savoit pas sans »' doute que son arquebuse étoit chargée à balle, voulut saluer le légat, qui étoit » dans son carrosse avec Panigarole, le jésuite Bellarmin et autres Italiens, tira " dessus, et tua un de ces ecclésiastiques, qui étoit son aumônier; ce qui fit que » le légat s'en retourna au plus vite, pendant que le peuple crioit tout haut que ■' cet aumônier avoit été fortuné d'être tué dans une si sainte action. »
On fit des sorties, des sermons, des processions et quelques revues pareilles à celles dont je viens de parler : expédients qui n'amenaient pas l'abondance. La disette faisait des progrès effrayants, et les gouvernants ne laissaient pas même à ceux qui en souffraient la consolation de se plaindre et de réclamer un sort meilleur. Plusieurs bourgeois, pour avoir dit qu'il serait utile de faire la paix, furent les uns pendus, les autres jetés à la Seine.
Le 13 juin, le peuple de Paris, poussé par la faim, ou poussé par le pai ti du roi de Navarre, appelé parti des politiques ^ s'attroupa, et dem.anda à grands cris, fa paix ou du pain. Le 15 de ce mois, le parlement fit défense expresse de parler de paix ou de trêve avec le roi, sous peine de mort. Malgré cette défense, ces cris furent encore répétés. Le 17 juin, un convoi de vivres, escorté par le sieur de Saint-Paul, entra heureusement dans Paris. Les riches s'approvisionnèrent; les pauvres ne purent faire de même. Dès le 20 juin, le pain leur manquant entièrement, on imagina de leur faire des bouillies avec du son d'avoine : cet aliment sans suc se vendait fort cher. — Le lendemain, on fit à Notre-Dame-de- Lorette le vœu d'une lampe et d'un navire d'argent, pesant trois cents marcs, pour déterminer cette madone à faire cesser le déplorable état de Paris. Ge moyen n'amena point l'abondance. —On cherchait à distraire le peuple de sa disette insupportable par des sermons, où l'on annonçait toujours la prochaine arrivée du duc de Mayenne avec des vivres, et par des processions journalières, où les zélés cheminaient les pieds nus. Ces sermons et ces j)rocessions ne
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donnaient pas de pain. — On exposa le saint-sacrement sur les autels; on passait la nuit à prier dans les églises; la famine augmentait. — Elle accrut à un tel point, que les rues et les places publiques retentissaient des cris lamentables de ceux que la faim tourmentait.
Le 25 juin se tint une assemblée générale où, après plusieurs débats, il fut arrêté que les communautés religieuses seraient chargées de nourrir les pauvres, et qu'il serait fait une visite dans tous les couvents pour constater la quantité de denrées dont ils étaient approvisionnés.
Les Jésuites se signalèrent peu honorablement : car leurs maisons étaient ai3ondamment pourvues de vivres. Peu touchés de la misère publique, ils ne voulaient point la diminuer à leurs dépens. « On y trouva, dit l'Estoile, quantité » de bled , et du biscuit pour les nourrir plus d'un an ; quantité de chair salée, » de légumes, de foin et autres vivres, et en plus grande quantité qu'aux quatre « meilleures maisons de Paris. Chez les capucins, on trouva du biscuit en abon- » dance; enfin, toutes les maisons des ecclésiastiques étoient munies de provi- » sions au-delà de ce qui leur étoit nécessaire pour la demi-année. » Dans le recensement qui fut fait pour répartir ce secours temporaire , il résulta que le nombre des familles pauvres s'élevait à douze mille trois cents, dont sept mille trois cents avaient de l'argent sans pouvoir trouver du blé à acheter.
La ressource qu'offrirent les monastères fut bientôt épuisée. Alors on mangea les animaux : environ deux mille chevaux et huit cents ânes ou mulets, dont la chair se vendait à un très-haut prix, furent sacrifiés à la faim publique. « Les » pauvres, dit un écrivain hgueur, mangeoient des chiens, des chats, des rats, » des feuilles de vigne et autres hçrbes. Par la ville, ne se voyoit autre chose » que ces chaudières de bouillies (faites avec du son d'avoine), et herbes cui- » tes sans sel et marmitées de chair de cheval , ânes et mulets. Les peaux mêmes » et cuirs desdites bêtes se vendoient cuites, dont ils mangeoient avec grand » appétit... Dans les tavernes et cabarets, au lieu de bon vin, on ne trouvoit « que des tisanes mal cuites; on en vendoit dans les carrefours... S'il falloit un « peu de pain blanc pour un malade, il ne s'en pouvoit trouver, ou bien c'étoit » à un écu la livre... Les œufs se vendoient dix ou douze sous la pièce. Le septier » de bled valoit cent ou cent vingt écus... J'ai vu manger à des pauvres des » chiens morts tout cruds par les rues ; aux autres des tripes que l'on avoit » jetées dans le ruisseau ; à d'autres des rats et des souris que l'on avoit pareilw lement jetés , et surtout des os moulus de la tête des chiens. »
Cependant, l'armée royale ayant reçu de nouveaux renforts, Paris fut rigoureusement resserré, et les moyens de s'approvisionner devinrent plus difficiles. Les sorties, les canonnades ne produisaient nul résultat utile : l'espérance se perdait. Les rues de Paris se remplissaient de cadavres d'habitants morts de faim : chaque matin, dit un ligueur, on voyait dans les rues de Paris de cent à deux cents cadavres de personnes mortes de faim : et, en trois mois de temps, ajoute-t-il, « il s'est trouvé, de compte fait, treize mille morts de faim. » A la famine se joignirent des maladies engendrées par la mauvaise qualité des aliments. Les effets de ces maladies étaient semblables à ceux des maladies produites par les famines des siècles de barbarie, dont j'ai parlé.
sous LA DOMliNATlO.N l)i: LA JJGUE. 339
Le 23 juillet, plusieurs pauvres, ne pouvant plus supj)()rter un état aussi douloureux, allèrent, à la faveur de la nuit, se jeter aux pieds du roi, lui demandèrent du pain et la permission de laisser sortir de Paris les liahitants qui soullVaient le plus de la disette. Henri IV, attendri, leur accorda leur demande, et permit à trois mille pauvres de sortir de la ville : le lendemain , de grand matin, près de quatre mille de ces gens alTfmics i)roIitèrent de cetle permission; mais, les soldats ayant remaniué (fue leur nombre excédait celui que le roi avait lixé, en forcèrent environ huit cents à rétrograder vers la ville : ces malheureux y rentrèrent en poussant des cris lamentables.
Le ^7 juillet de la même année, des bourgeois de divers quartiers se réunirent, allèrent chez le duc de Nemours, gouverneur de Paris, et lui dirent, les larmes aux yeux, qu'il était mort trente milte persotmes par la famine, et que le secours des Espagnols, si souvent promis, n'arrivait pas : ils lui demandèrent des vivres ou la permission de se rendre au roi de Navarre. Le duc les renvoya en leur disant qu'il communiquerait leur demande à son conseil, et que, dans peu de temps, ils auraient une décision. Une nouvelle réunion de bourgeois se fit au Palais de Justice. La plupart d'entre eux étaient armés, et demandaient hautement dv pain ou la paix. Le duc de Nemours accourt, fait fermer le Palais et mettre en prison la plupart des mécontents; deux furent pendus. On disait que le roi de Navarre avait excité cette émeute.
Le mal allait toujours croissant : tous les ânes, tous les chiens, les chats, les rats et l'herbe qui croissait dans les rues étaient consommés : on avait épuisé les plus atîreuses ressources. Dans les maisons des riches, on se nourrissait avec du pain fait de farine d'avoine. Les pauvres imaginèrent de pulvériser de l'ardoise, et d'en faire une espèce de pâte : ils allèrent plus loin : ils déterrèrent dans les cimetières les os des morts. Ces os, réduits en poussière, formaient un aliment qu'on nomma lepaiîi de madame de Montpensier..,
Enfin, pressés par les instances des bourgeois, par la crainte d'une révolte et par l'impossibilité de nourrir les soldats de la garnison, les chefs de la Ligue, à Paris, imaginèrent d'entamer une négociation avec le roi. Ils envoyèrent un député pour lui demander une entr^'-vue et des passeports ; le cardinal de Gondi et l'archevêque de Lyon furent nommés. Mais , avant de partir, Us crurent nécessaire d'obtenir du légat du pape l'absolution du crime qu'ils allaient commettre en communiquant avec un prince hérétique, et en faisant ce qu'ils avaient juré de ne jamais faire. Le légat en usa généreusement, et leur accorda la permission de violer leur serment. Un autre motif détermina les chefs de la Ligue à entamer cette négociation : ils pensèrent que leurs députés en sortant de Paris pourraient faire parvenir secrètement des dépêches au duc de Mayenne et au duc de Parme. Henri IV fit une verte réprimande à ces prélats députés de la Ligue, et les accusa, ainsi que ceux de leur cabale, d'être les auteurs des maux affreux qui désolaient Paris. Cette«entrevue se tint, !e 10 août 1590, dans l'abbaye Saint-Antoine. Elle n'eut d'autre avantage pour les Parisiens que de leur procurer une trêve de dix jours, pendant laquelle le roi accorda plusieurs passeports aux dames , aux écoliers, aux prêtres, même à ses plus grands enne-
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mis. Le 17 août, voyant qu'il n'obtenait aucune réponse satisfaisante à ses propositions, il attaqua de nouveau Paris.
Cette attaque fut pour les Parisiens, qui commençaient à concevoir quelques espérances, un coup accablant. Le souvenir des maux passés, la crainte de les voir se renouveler encore, les réduisaient au désespoir, lorsqu'un événement inattendu vint subitement changer leur situation. Le 30 août, à la naissance du jour, les sentinelles aperçurent que les extérieurs de l'enceinte étaient dégarnis de troupes ennemies. Alors des cris de joie se font entendre sur tous les points de la muraille. Les habitants, éveillés à ces cris, ne peuvent croire à ce bonheur inespéré ; ils accourent sur les remparts, et s'assurent par leurs yeux de la vérité de cette nouvelle. Aussitôt le Te Deum fut chanté : le prédicateur Panigarole fit un sermon , et n'oublia point de faire célébrer cet événement par une magnifique procession. Les plus affamés laissèrent ces cérémonies, se répandirent dans les champs, dans les villages voisins, et y cherchèrent pâture. Henri IV, instruit de l'approche de l'armée espagnole commandée par le duc de Parme, avait, deux heures avant le jour, levé le siège de Paris pour aller audevant de cette armée et la combattre.
Deux jours après, les Parisiens apprirent avec joie que Henri IV, n'ayant pu réussir à faire sortir les ducs de Parme et de Mayenne de leurs retranchements , avait divisée son armée et l'avait répartie en plusieurs provinces. Le duc de Mayenne put alors, sans risque, se rendre à Paris : en effet, le 18 septembre, il y arriva. «* Les Parisiens, dit l'Estoile, ne témoignèrent pas grande joie à son » arrivée, et le regardoient d'un œil plus triste que joyeux, étant encore com- » battus de la faim, et plus touchés des maux qu'ils avoient endurés que de » bonne espérance pour l'avenir. >>
Je sortirais des bornes que je me suis prescrites , si je m'engageais dans l'exposé des événements multipliés qui se sont passés depuis le 12 septembre 1590, époque oii le siège de Paris fut levé, jusqu'au 22 mars 1594, qui fut celle où Henri IV fit son entrée dans cette ville. 11 suffît d'avoir offert le tableau des progrès de la Ligue, de la chute du dernier des Valois, du siège de Paris, et de la misère excessive de ses habitants.
Trois classes d'hommes figurent dans ce drame politique. Dans la première sont les princes, les seigneurs (excepté Henri IV et quelques-uns de ses fidèles amis), misérables ambitieux, qui, sans autre talent que la dissimulation et la perfidie, sans autre vertu que la persistance, s'avancent péniblement vers leur but, de crime en crime, et en sont punis par des crimes. — Dans la seconde classe sont les ecclésiastiques, qui, au nom sacré de la religion, prêchent la sédition et le meurtre, que cette religion condamne. — La troisième est le peuple, toujours trompé, parce qu'il est toujours crédule, toujours immolé à l'ambition des chefs, toujours payant les frais de leurs manœuvres ambitieuses. — Les principaux personnages, dénués de Vertus, d'élévation d'àme, de générosité, de patriotisme, n'ont rien du caractère héroïque, et n'inspirent aucun intérêt ; mais les événements et les malheurs qu'ils ont fait naître, offrent des leçons dont la politique et la morale peuvent retirer quchpie enseignement utile.
sous llKMil IV. 341
l'AUlS sons HEM\l W.
Henri, roi de Navarre, le 2 août 1589, succéda, comme le plus proche héritier de la couronne, au roi Henri IH, assassiné à Saint-Cloud par le moine Jacques Clément. Le 4 du môme mois, il reçut le serment de lidélité des seigneurs ([ui se trouvaient dans l'armée royale, et prit le nom de Henri IV,
Avant d'arriver au trône de France, ce prince éprouva les rigueurs et les caprices de la fortune. Appelé à Paris pour y épouser la sœur du roi, ses noces devaient être le prélude de son assassinat. Elles furent aussi celui du massacre de ses amis ; mais les poignards de la Saint-Barthélemi l'épargnèrent. Placé à la tète du parti protestant, il combattit toujours avec courage et souvent avec succès. Le pape, en 1585, l'excommunia, ainsi que son cousin le prince de Condé. Henri fit afficher dans plusieurs rues et carrefours de Rome, et notamment sur les statues de Pasquin et de Marforio, son opposition à la bulle qui l'excommuniait. H répondit à Sixte V avec le style qu'avait employé PhiIii)pe-le-Bel dans sa lettre au pape Boniface VIIL Voici son début : « Henri, par la grâce de Dieu , » roi de Navarre, prince souverain de Béarn , i)remier pair de France, s'oi)pose » à la déclaration et excommunication de Sixte V, soi-disant pape de Rome, la ») maintient fausse, et en appelle comme d'abus en la cour des pairs de France, "desquels il a cet honneur d'être le premier; et, en ce qui touche le crime » d'hérésie, et de laquelle il est faussement accusé par la déclaration, dit et » soutient que monsieur Sixte V, soi-disant pape, sauve sa sainteté, en a fausse- » tnent et malicieusement menti, et que lui-même est hérétique \ ce qu'il fera » prouver en plein concile libre et légitimement assemblé, etc. >
Ce prince, qui avait fait la guerre avant d'être roi de France, la fit encore longtemps après : il batailla , pendant l'espace de cinq ou six ans, avec plus de courage que de bonheur, ballotté par les cabales de la plupart des seigneurs, qui toui*à tour servaient, abandonnaient ou trahissaient ses intérêts, et qui formèrent contre son autorité un tiers-parti. Après avoir négocié inutilement auprès des chefs de la Ligue, il prit la résolution d'embrasser la refigion catholique. Une conférence se tint, au mois d'avril 1593, dans le village de Surenne, entre des catholiques ligueurs et des catholiques royalistes. Par suite de cette conférence, fut conclue entre les partis une trêve, laquelle combla de joie les Parisiens, qui purent alors, avec sécurité, aller visiter leurs champs des environs de Paris et leurs fermes dévastées.
Le roi, pendant cette conférence, se retira à Mantes. Cette ville figurait alors comme la capitale de sa domination. Sollicité vivement par plusieurs personnes de changer de religion, changement qui lui était présenté comme l'unique moyen d'établir une paix durable, il fut arrêté qu'il se ferait instruire, et que la ville de Saint Denis serait le lieu où il manifesterait sa conversion par des actes de religion catholique, en y entendant la messe. Un grand nombre de Parisiens assista à la cérémonie, qui se célébra le 25 juillet 1593. Ils virent le roi , accompagné des princes et des ofiîciers de la couronne, se rendre à l'église Saint-Denis, où il fut reçu par le cardinal de Piourbon , el plusieurs autres pré lats, devant lesquels il |)r()n()nça la forniiilc do son abjuration.
34a HISTOIRE DE PARIS
Cet acte solennel augmenta le nombre des partisans du roi, et diminua l'influence que les zélés ligueurs exerçaient sur les esprits crédules; mais il ne convertit point les chefs de la Ligue, ne modéra point l'éloquence furibonde des prédicateurs , et ne livra point Paris à Henri IV. Dès lors il fut démontré que le catholicisme était le prétexte, et non le véritable motif de la Ligue.
Ce roi voyant que son activité et ses forces militaires étaient insuffisantes pour obtenir sur ses nombreux ennemis un avantage décisif, et que sa conversion ne produisait pas tout l'effet qu'on lui en avait fait espérer, se décida à marchander et acheter secrètement la conscience de plusieurs gouverneurs qui tenaient pour la Ligue diverses villes et places fortes; et le prix de leur trahison fut débattu comme s'il s'agissait d'objets de commerce.
C'est par ce moyen qu'Henri IV rentra en possession de Paris. Le comte de Belin, gouverneur de cette ville, avait, malgré ses serments, promis de la vendre au roi ; mais, devenu suspect aux ligueurs , il fut destitué le 17 janvier 1594. Le comte de Brissac fut mis à sa place : après avoir prêté tous les serments exigés , il les viola presque aussitôt en livrant Paris à Henri IV pour la somme d\in million six cent quatre-vingt-quinze mille quatre cents livres.
Tout étant disposé et les rôles distribués pour la reddition de la place, une partie de la garnison espagnole fut, sous de faux prétextes , éloignée de Paris. Le 22 mars 1594, dès quatre heures du matin, 7?mstt^, gouverneur de cette ville, et Lhuiltier, prévôt des marchands, se rendirent, sans bruit, à la Porte- Neuve, située .^^ur le quai du Louvre, au-dessus de l'emplacement où depuis on a bâti le Pont-Royal. Cette porte, comme plusieurs autres, était terrassée. Ils firent promptement enlever les terres qui en bouchaient l'ouverture, et y placèrent pour gardes des hommes affîdés. Par ces diverses portes , Henri IV et une partie de ses troupes s'introduisirent au matin dans la ville.
D'autres corps de troupes, tirés des garnisons de Corbeil et de Melun, descendus par la Seine, furent accueillis par les partisans du roi, qui baissèrent les chaînes tendues à travers cette rivière pour laisser entrer leurs bateaux, et firent en sorte qu'ils pussent sans obstacle venir débarquer sur le quai des Célestins. Toutes ces forces étant assemblées dans Paris, Brissac en sortit pour aller au-devant de Henri IV. Ce roi , près d'entrer dans une ville où il avait tant d'ennemis, où depuis longtemps on avait juré sa perte, montra des craintes et de fhésitation : il y entra et en sortit trois fois, dit un contemporain. Sur les sept heures du matin, plus rassuré, entouré de ses gardes et d'une nombreuse cavalerie, il entra par la Porte-Neuve, se rendit au Louvre, s'y reposa, en sortit à neuf heures accompagné d'un nombreux et brillant cortège, alla à l'église Notre-Dame , où, au son des cloches , il fut reçu par le chapitre et l'archidiacre, en l'absence de l'évêque. Il y entendit la messe et un Te Deum, puis il revint au Louvre.
Cette entrée i/nprévue atterra les ligueurs. Revenus de leur stupéfaction, plusieurs coururent aux armes ; mais ce commencement de résistance n'eut pas de suite. Olivier, capitaine du quartier du Temple, se donna des mouvements inutiles pour en soulever les habitants.
Le soir, H(Miri IV ordonna à l'ambassadeur d'Espagne de sortir sur-le-champ
sous II [.NUI IV. u:\
avec les troupes espagnoles, dette sortie s'elVectua sans évéïioment par la porte Saint-Denis. Le roi, s'étant p!aeé à une t'enôtre d'une maison voisine de cette porte, vit dénier ces troupes étrangères au nombre de trois mille hommes, et dit à l'ambassadeur : Monsieur, recommandez - mol à voire maître , mais ntj revenez plus. La journée du 2:2 se termina par des r(\jouissances et des cris de Vive le rot ! et par le refus formel du légat du pape de venir saluer IbMui IV.
Le 27 mars, la Bastille fut rendue au roi par Antoine Dumaine, dit Dubonrcj VEspinassCy qui en avait été nommé gouverneur pour la Ligue. Il ne rendit cette forteresse que lors(iu'il fut informé que le duc de Mayenne ne pouvait la secourir. Il capitula honorablement pour lui et la garnison , et ne voulut recevoir aucun argent pour cette reddition. Sollicité de reconnaître Henri IV comme son roi, il répondit qu'il avait donné sa foi au duc de Mayenne, et ajouta que i?msac était untraUre\ qu'il le soutiendrait en le combattant en présence du roi; quil lui mangerait le cœur au ventre y qu'il allait l'appeler au combat, et qu'il lui ferait perdre l'honneur, s'il ne lui faisait pas perdre la vie.
Henri IV, parvenu ainsi à se rendre maître de la capitale de la France, se montra magnanime envers ses plus acharnés détracteurs, et ne conserva contre eux ni haine ni désir de vengeance. Cette conduite généreuse l'éleva au-dessus des mœurs de son siècle, où les actes de représailles et les vindications donnaient, dans l'opinion de la noblesse , des droits à la considération ; où les violences les plus criminelles se plaçaient au rang des exploits les plus glorieux.
La crainte du poignard des moines et des fanatiques troubla son repos pendant tout son règne, et lui (it commettre des fautes. Cette crainte, comme les événements l'ont prouvé, n'était que trop bien fondée.
11 redoutait les jésuites : il voulut s'en faire des amis. Il les caressait comme le faible caresse un ennemi redouté : vaines condescendances! sa mort était résolue : lui-même en fut averti, et témoigna au maréchal de Bassompierre ses appréhensions sur le sort qui le menaçait. Peu de jours après cette communication, le vendredi 14 mai 1610, le roi se rendait du Louvre à l'Arsenal , et passait par la rue de la Ferronnerie, rue alors fort étroite : son carrosse y fut arrêté par un embarras de voitures. Ses gens de pied quittèrent la rue, et passèrent par une des galeries du charnier des Innocents. Pendant cette station forcée, le roi se pencha pour parler au duc d'Épernon : alors un homme s'avance, s'élève sur les roues de la voiture, porte au roi, à l'endroit du cœur, un coup de couteau qui lui arracha ces mots, les derniers qu'il ait articulés : Je suis blessé. Sans se déconcerter, l'assassin frappe un second coup. Le premier coup était mortel, le second ne Tétait pas. Un troisième coup fut, dit-on, porté, mais il n'atteignit point le roi. « Chose surprenante, dit TEstoile, nul des seigneurs » qui étoient dans le carrosse n'a vu frapper le roi; et, si ce monstre d'enfer » eût jeté son couteau, on n'eut su à qui s'en prendre : mais il s'est tenu là •> pour se faire voir, et pour se glorifier du plus grand des assassinats. " Cet assassin était Uavaillac.
Ainsi, après avoir échappé dix sept fois au poignard de ses ennemis, il succomba à la dix-huitième.