SOLS LOUIS \IV
(luelles je n'ai point tie notions. Os lettres, malgré leur ton sî'n'ère, i»e produisirent pas plus (l'elVet que les arrôls du parlement.
Cette cour, toujours l'atiguée par les plaintes continuelles qu'elle recevait sur les vols qui se faisaient de jour et de nuit dans Paris et ses environs, manda l(»s lieutenants civil et criminel, et autres officiers du Chûtelet, qui comparurent le y février 1657. Ces magistrats, interrogés sur les causes de ces désordres, répondirent qu'il leur était impossible de les empêcher à cause du peu de gages de leurs archers, gages qui n'étaient que de trois sous et demi par jour, comme du temps du roi Jean , lesquels n'étaient encore entièrement payés. Enfin le [)ai'lement dit aux ofîîciers du Chàtelet qu'il y pourvoirait ; mais il ne se pressa pas d'y pourvoir, comme on le verra bientôt, et le mal continua.
La tranquillité de Paris et la sûreté de ses habitants étaient encore compromises par le brigandage des soldats indisciplinés et mal payés. Le l^r avril 1059, le substitut du procureur général se plaignit au parlement des désordres que les soldats du régiment des gardes commettaient dans Paris et les environs : « Ils pillent, ils volent, dit-il, ouvertement à toute heure dans cette ville et ses >' faubourgs, sur les avenues et villages circonvoisins, même vendent publique- » ment les meubles pillés et volés. »
Toutes les mesures prises par le roi et par le parlement contre les insolences des pages et laquais, contre ceux qui arrêtaient l'action de la justice, contre les voleurs et les assassins dont Paris était rempli, devenaient inutiles. Depuis longtemps on s'apercevait de l'inefficacité du remède, inefficacité qui autorisait le mal et faisait mépriser la magistrature; personne n'imaginait d'en proposer un nouveau, tant on était aveuglé par le respect porté aux institutions anciennes et aux vieilles habitudes. Les désordres continuèrent. Pour donner une idée complète de Tétatde Paris à cette époque, il convient de parler d'autres perturbateurs que l'on peut diviser endeux classes : la première en pauvres valides ou mendiants de profession; la seconde en vagabonds, gens sans aveu, filous, dont plusieurs demandaient l'aumône l'épée au côté et souvent la main sur la garde.
COURS DES MIRACLES. On nommait ainsi les repaires des mendiants et des filous, parce qu'en y entrant ils déposaient le costume de leur rôle. Les aveugles voyaient clair, les boiteux étaient redressés, les estropiés recouvraient l'usage de tous leurs membres, etc. ; chacun revenait dans son état naturel.
La plus fameuse de ces cours, et qui porte encore le nom des Miracles (1), a son entrée dans la rue .\euve-Saint-Sauveur, et est située entre le cul-de-sac de ri^:toiIe et les rues de Damiette et des Forges. Voici la description qu'en donne
(1) Ces cours des Miracles étaient nombreuses à Puiis. Voici celles qu'indique Sauvai : . La cour du roi François , située rue Saint-Denis, n" 328 ; la cour Sainte- Cntheriin , rue Saint- Denis, n" ;ii:i; la cour Bris.set, rne de la Morlellerie, entre les rues Pernelle et de Longponl; Vàcour Gentien, rue des V.w\n\\\c<;\\i cour de laJussiennc, rue de la Jussienne, \\"2-\\ Cour et pcissagf du marché Saint- Honoré , entre les rues Saint-Nicaise, Salnt-Honoré et de rÉchellc. D'autres cours ont conservé longtemps ou conservent encore leur nom caractéristique ; telles sont : La c.ur des Miracles, rue du Dac , n- 03 ; Cour des Miracles, rue de Ucuilly, n" SI , quartier des Quinze-Vingts ; Passoire et cour des Miiacla de la rue des T(»nrnelles, n" 2G, et dn ciil-de-sar de J(!an-Beausire, n" 2l,i|narticr dn Marais. I! s'en trotivait mmssI an faiîlx.nn; Sainl-Marcel (t a la Imttc Saiut-noch.
402 HISTOIHK DE l>AKIS
Sauvai, qui a visité les lieux : « Elle consiste en une place d'une grandeur » très-considérable, et en un très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, » qui n'est point pavé. Autrefois il confnioit aux dernières extrémités de Paris. »' A présent ( sous le règne de Louis XIV), il est situé dans l'un des quartiers des » plus mal bâtis, des plus sales et des plus reculés de la ville, comme dans un » autre monde. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues " vilaines, puantes, détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez lon- » gue pente, tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue, à demi >' enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre >' toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés » d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels ou dérobés. On m'a assuré » que, dans ce petit logis et dans les autres, habitoient plus de cinq cents gros- ' ses familles entassées les unes sur les autres. Quelque grande que soit » cette cour, elle l'étoit autrefois beaucoup davantage. De toutes parts, elle » étoit environnée de logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et » de boue, et tous pleins de mauvais pauvres. «
Sauvai parle ensuite des mœurs de ceux qui habitaient cette cour. Après avoir dit que les commissaires de police ni les huissiers ne pouvaient y pénétrer sans y recevoir des injures et des coups, il ajoute : « On s'y nourrissoit » de brigandages, on s'y engraissoit dans l'oisiveté, dans la gourmandise et » dans toutes sortes de vices et de crimes : là, sans aucun soin de l'avenir, » chacun jouissoit à son aise du présent, et mangeoit le soir avec plaisir ce » qu'avec bien de la peine et souvent avec bien des coups il avoit gagné tout " le jour; car on y iiip\>e\oit gagner ce qu'ailleurs on appelle dérober ^ et c'étoit » une des lois fondamentales de la cour des Miracles de ne rien garder pour le " lendemain. Chacun y vivoit dans une grande Hcence, personne n'y avoit ni » foi ni loi; on n'y connoissoit ni baptême, ni mariage, ni sacrement. 11 est » vrai qu'en apparence ils sembloient reconnoître un Dieu ; et pour cet effet, " au bout de leur cour, ils avoient dressé dans une grande niche, une image de ^> Dieu le Père qu'ils avoient volée dans quelque égHse, et où tous les jours ils . » venoient adresser quelques prières... Des filles et des femmes, les moins lai- » des, se prostituoient pour deux liards, les autres pour un double (deux de- » niers), la plupart pour rien. Plusieurs donnoient de l'argent à ceux qui avoient " fait des enfants à leurs compagnes, afin d'en avoir comme elles, d'exciter la » compassion et d'ariacher des aumônes. »
Ces sociétés de voleurs mendiants paraissent anciennes. Sous les règnes de François P»^ et de Henri 11, temps auquel Jacques Tahureau écrivait ses Dialogues, cette association de gueux ou mendiants, qu'il nomme belistres^ existait à Paris. Le chef ou le roi de cette société s'appeloit Ragot. Son éloquence naturelle lui attirait de nombreuses aumônes. 11 fit une brillante fortune, et maria ses enfants avec des personnes distinguées par leur rang.
Toute société a ses lois; celle des gueux de Paris eut les siennes. Les associés étaient tenus de parler un langage appelé «r^o/, encore aujourd'hui en usage h Bicétre. Le chef suprême portait, comme le chef des Bohémiens, le titre de Coësre. Ije^mgovx, ou nrrhi-syppAfs, étaient les principaux officiers de la bande,
sous LOUIS XIV. 'if):\
t'I représeiilaieiU (les gouverneurs de province; ils apprenaient au\ nouveaux admis la l'abrication d'un onguent propre à se procurer des plaies factices; ils enseignaient la langue de mille tours Vargot, de souplesse, l'art de voler, de couper les bourses avec adresse et d'en imposer au peuple. Il paraît que cerlains moines, voulant mettre en crédit leurs reliques, se servaient d'eux pour opérer de prétondus miracles. « Je puis assurer, dit Sauvai, qu(^ ces mauvais >' pauvres ccîntribuent à l'entretien de plusieurs religieux. » Ces principaux grades se composaient ordinairement d'écoliers et de prêtres débauchés, qui, en considération de leurs peines, étaient les seuls exempts de toutes contributions envers le chef, le grand Coësre. Ils gueusaient dans les départements que le coësre leur avait assignés, contrefaisaient les gens de qualité ruinés ou dévalisés et les soldats estropiés. On les nommait aussi narquois ou gens de la petite flambe ou de la courte épée, à cause des ciseaux qu'ils portaient pour couper les bourses. (On avait encore, sous Louis XIV, la sotte vanité de porter sa bourse pendue à sa ceinture.) Ces filous ou mendiants valides, formaient plusieurs catégories sous diverses dénominations (1). Depuis plusieurs siècles, ils troublaient, inquiétaient les habitants de Paris, et les magistrats de cette ville n'avaient pas même entrepris de s'en débarrasser. Cette association immorale, menaçante, devint un objet de plaisanterie pour la cour de Louis XIV. Le spectacle d'un de ces mendiants qui, en excitant la pitié, arrachent des aumônes en même temps qu'ils coupent la bourse de ceux qui les leur donnent, parut si comique, qu'en « 1653 il servit, dit Sauvai, de passe-temps au roi et d'entrée au ballet royal de /a » Nvit^ dansé sur le théâtre du Petit-Bourbon. Jamais, ajoute cet écrivain, les »' subites métamorphoses de ces imposteurs n'ont été plus heureusement repré- • sentées. Benserade nous y prépara par des vers assez élégants. Les meilleurs
(l)On nommait orphelins de ieunes, garçons qui, partroupesde trois ou quatre, parcouraient les rues de Paris, tremblotants et presque nus. Les tnarcandiers étaient , dit Sauvai, « ces grands pendards » qui alloient d'ordinaire par les rues , de deux à deux, vêtus d'un bon pourpoint et de méchantes » chausses, criant qu'ils étoient de bons marchands ruinés par les guerres, par le feu ou semblables » accidents. » Les rifodés, accompagnés de leurs prétendus femmes et enfants, mendiaient à Paris en tenant à la main un certificat qui attestait que le feu du ciel avait consumé leur maison et tous laurs biens. Les malingreux : on nommait ainsi des malades simulés : les uns se rendaient le ventre dur et enflé et contrefaisaient les hydropiques. Sauvai raconte par quels moyens dégoûtants cette prétendue maladie se procurait et se guérissait promptement. Les autres avaient un bras, une jambe, une cuisse couverts d'ulcères factices; ils demandaient l'aumône dans les églises pour aller en pèlerinage. Les capons étaient des filous qui mendiaient dans les cabarets, ou des jeunes gens qui jouaient sur le Pont-Neuf , et feignaient de perdre leur argent pour engager les passants à jouer avec eux et à exposer le leur. Les piètres marchaient avec des potences et contrefaisaient les estropiés. Les polissons aWiiient de quatre à quatre , vêtus d'un pourpoint, sans chemise, d'un chapeau sans fond, le bissac sur l'épaule et la bouteille sur le côté. Les francs-mitoiix , le front ceint d'un mouchoir sale, contrefaisaient les malades, parvenaient, avec de fortes ligatures, à arrêter les mouvements de l'artère du bras, tombaient en défaillance au milieu des rues, et trompaient les personnes charitables, même les médecins qui venaient à leur secours. Les callots feignaient d'être guéris de la teigne et devenir de Sainte-Reine , où ils avaient miraculeusement été délivrés de ce mal. Les hubains portaient un certificat qui attestait que, mordus par un chien enragé, ils s'étaient adressés à saint Hubert, qui les avait guéris. Les sabouleux feignaient une attaque d'épilcpsie, tomltaient à terre; et un morceau de savon qu'ils avaient dans la bouche leur faisait imiter l'écume que jettent les épileptiques. Les coquillards étaient des pèlerins couverts de coquilles, revenus, disaient-ils, de Saint-Jacques ou de ^aiiit-Michel. Les cnrtaux de boutange ne mendiaient et ne liloiilaient que l'hiver. On pourrait joindre a cette nomenclature les gueux appelés marpauts, dont les femmes prenaient la dénomination de mnrquisp ;\es willards , qui portaient un grand bissac.
» daiiseuis du loyaufue figurèrent !e concierge et les locataires de la cour des « Miracles, par une sérénade et par des postures si plaisantes, que tous les « spectateurs avouèrent que dans le ballet il n'y avoit point de plus facétieuse •) entrée. »
Le nombre de ces vagabonds, de ces habitants de la cour des Miracles s'étant fort accru, et s'élevant, suivant quelques exagérateurs, à quarante mille, on pensa sérieusement à s'en débarrasser, en fondant, en 1656, VHôpital général, où tous les mendiants furent renfermés. Ceux qu'on nommait bons pauvres s'y rendirent sans difficulté, les archers y conduisirent par force plusieurs autres; et les voleurs et\GS filous sortirent de Paris; mais ils y avaient laissé de nombreux élèves, et ne tardèrent pas eux-mêmes à y revenir. — En 1660, on vit que le remède avait peu profité, que les vols, les assassinats, reprenaient leur cours accoutumé, et que les moyens de répression contre les mendiants et vagabonds étaient aussi insuffisants que ceux qu'on employait contre les pages et laquais. La ville était désolée par la même race de vagabonds et de voleurs; aussi, le parlement ordonna-t-il en 1662 <^ que tous soldats qui ne sont sous charge de » capitaine, tous vagabonds portant épée, tous mendiants non natifs de cette ville, " se retireront aux lieux de leur naissance, à peine du fouet et de la fleur de hs » contre les valides, des galères contre les estropiés, et, contre les femmes, du » fouet et d'être rasées publiquement, etc. » C'étaient certainement des hommes de cette classe qui assassinèrent, en 1661, le sieur de LaFaurière, conseiller au parlement, et qui, en 1663, enlevaient dans Paris les hommes, les femmes, les enfants des deux sexes ; les tenaienten charte privée, pour les vendre et les envoyer, disait-on, en Amérique; enlèvements qui portèrent plusieurs habitants de Paris à se tenir sur leurs gardes, et le parlement à ordonner des informations contre les ravisseurs. Cet état de choses ne fut amélioré qu'en 1667, époque où le roi supprima l'office de lieutenantcivil du prévôt de Paris, qui réunissait la justice et la police, et à sa place créa deux offices distincts : l'un de lieutenant civil du prévôt de Paris, et l'autre de lieutenant duidrêvôt de Paris potir la police. Celte dernière fonction fut confiée au sieur de La Reinie. Ce magistrat établit une surveillance beaucoup plus active qu'auparavant. On lui doit une organisation régulière de l'espionnage; et, ce qui vaut mieux, on lui doit les lanternes.
LES LANTERNES. Avant ce magistrat, les rues de Paris, pendant la nuit, restaient privées de lumières. Dans certaines circonstances oii le danger était imminent, où les vols étaient fréquents, on ordonnait, à chaque propriétaire de maison, de placer, après neuf heures du soir, pour être préservé des attaques des mauvais garçons, sous la fenêtre du premier étage, une lanterne garnie d'une chandelle allumée; de plus, chaque compagnie ou chaque personne qui, pendant la nuit, parcourait les rues de Paris, était en usage de porter sa lanterne. Une des premières opérations du lieutenant de police La Reinie, fut l'établissement fixe des lanternes dans les rues de Paris. On en plaça d'abord une à chaque extrémité de rue, et une autre au milieu. Cet ordre fut observé, excepté dans les rues d'une grande longueur. Ces lanternes n'étaient garnies que de chandelles. La Reinie procura aux Parisiens une sécurité jusqu'alors inconnue; la ville fut éclairée pendant la nuit, les laquais et les pages furent désarmés,
sous LOUIS \l\. i9:,
los coins lies Miracles piiriliées el les niallaiteurs moins iioinbreui. Cependant, sous la lin de la lieulenance de ce magistral, soit par sa né^li«ience, soit par la corruption de ses ajients, on vit renaître tous les désordres du tenii)s passé.
En 1G97, le sieur d'Argenson tut nommé à la place du sieur de La Ueinie. iVArgenson était sévère, dur, despote; et sa figure, qui inspirait l'épouvante, convenait parfaitement à la sévérité de ses l'onclions. Le peuple, dont il était redouté, lui donnait les noms de damné, de penitciue noire, de Juge des enfers. Il travaillait facilement et beaucoup, et montra en diverses occasions dilliciles une grande énergie. 11 organisa la police sur un plan plus vaste, multii)lia considérablement le nombre des espions. Sa surveillance, sa sévérité, ne purent cependant arrêter les désastres d'un fameux chef de brigands, nommé Cartoîiche, qui, à force de ruses, échappait à toutes les poursuites, et, par ses vols et ses meurtres, était l'effroi des Parisiens. La gloire de l'arrêter fut réservée au successeur de d'Argenson, à M. Hérauld, qui fit saisir Cartouche dans un cabaret de la Courtille. Cartouche, condamné à mort, fut en 1721, rompu vif.
POMPES A iiNCENDiE. Ccfut pendant que le sieur d'Argenson dirigeait la police que, pour la première fois, on mit en usage à Paris les pompes contre les incendies.
Le Sieur Dumouriez de Periez avait fabriqué des pompes d'après les modèles qu'il avait vus en Allemagne et en Hollande, lorsqu'en 1705 le feu ravagea l'église du Petit-Saint-Antoine, et quelques maisons du voisinage. Pour l'éteindre, on employa ces machines avec succès. Cette même année, on avait acquis vingt pompes qui furent distribuées dans les vingt quartiers de Paris. En 1716, on avait établi seize autres pompes, et l'on avait commis trente-deux hommes exercés à ce service pour les mettre en activité. En 1722, de ces trente-six pompes il n'en restait que treize. Le roi ordonna qu'il en serait établi seize autres, et que soixante hommes exercés, vêtus d'habits uniformes, en feraient le service. Telle fut l'origine de l'utile établissement des pompes à incendies et du corps des pompiers. Nous aurons occasion d'en parler* dans la suite.
ÉTAT CIVIL DES PROTESTANTS. Dcpuis le Commencement du règne de Louis XIV jusqu'en 1660, on ne s'occupa des protestants que pour ramener dans les limites prescrites par l'édit de Nantes celles de leurs églises qui s'en étaient écartées. On avait cependant employé la séduction pour entraîner quelques ministres dans le catholicisme pour convertir des enfants malgré leurs père etmère protestants. Un arrêt du conseil d'État du roi, en 1661, autorisa le clergé catholique à tenter de convertir les garçons à quatorze ans et les filles à douze ans. Ces enfants, prétendus convertis, pouvaient se marier sans lecoijsentement de leurs père et mère; et, un arrêt du parlement de Paris de 16(j:î décida que, malgré ce défaut de consentement, les enfants ne peuvent encourir l'exhérédation. Les convertis qui retournaient à la religion de leurs pères sont, en avril 1663, menacés de toute la rigueur des ordonnances; et, le 20 juin 1664, une* déclaration du roi prononce contre eux la peine des galères à perpétuité; une autre, du i3 mars 1679, les condamne en outre à l'amende honorable et à la confiscation de tous leurs biens.
La rigueur de la persécution allait toujours croissant. En convertissant ie.^ enfants par séduction, on l(\s avait mis en opposition, en état de guerre contre
490 HISTOIRE DE PAKIS
leurs père et mère. Un arrêt du conseil d'État, du 3 novembre 1664, oblige les parents à garder dans leurs maisons leurs enfants convertis; et un nouvel arrêt du 24 octobre 1665 contraint les pères à fournir à ces enfants convertis une pension proportionnée à leurs facultés. La persécution devint encore plus grave et porta de nouvelles atteintes à la morale publique. Un arrêt du conseil d'État du 11 janvier 1663 avait déchargé les nouveaux convertis des dettes qu'ils avaient contractées envers les protestants; un autre arrêt du même conseily du 4 septembre 1666, consacra la même iniquité. Une foule d'édits avaient déjà restreint de beaucoup la liberté du culte protestant; mais l'édit qui révoqua celui de Mantes, en 1684, détruisit la pratique du protestantisme en France. Mais ce n'était là que le commencement de la persécution. Le 22 octobre 1685 parut une nouvelle ordonnance qui enjoignait aux ministres de sortir de France, • dans la quinzaine. Deux ans après, une nouvelle déclaration du roi leur défendit de rentrer en France sous peine de mort, et porta la peine des galères perpétuelles contre les personnes qui leur donneraient asile; on mit même leur tète à prix. Les protestants qui avaient des fonctions publiques avaient été forcés de s'en démettre ; ceux qui avaient obtenu des lettres de maîtrises en furent privés ; il leur fut interdit de prendre des grades dans les facultés, on démolit leurs temples, on supprima leurs hôpitaux; aux rigueurs on joignit la séduction. Des sommes furent offertes pour aider le clergé à convertir les réformés, et comme si ce n'était pas assez, on leur défendit de les réunir, et une déclaration du roi, du 12 janvier i685, ordonne que les enfants d^s protestants seront, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à celui de seize, enlevés à leurs père et mère, et mis entre les mains de leurs parents cathohques, s'ils en ont; et, s'ils n'en ont pas, qu'ilsserontplacés chez les personnes catholiques désignéesparles juges; enfin, que les pères et mères seront tenus de leur payer une pension. La persécution, en un mot, fut organisée sous toutes les formes, revêtit tous les caractères d'intolérance, et fut sévère jusqu'à la férocité.
Dans un tel état de choses, la fuite était en effet le seul parti qu'ils eussent à prendre, et c'est aussi le parti que prirent beaucoup d'entre eux. Une centaine de mille hommes, les mieux avisés ou les plus riches, n'attendirent pas les derniers excès de la persécution : ils quittèrent la France avec une grande partie de leur fortune; mais ce fut le petit nombre. Alors le gouvernement, qui redoutait le progrès de ces exemples, se hâta de leur opposer des obstacles. Une déclaration du 24 mai 1686 porte, en effet, que les nouveaux catholiques qui sortiront du royaume seront, quant aux hommes, condamnés aux galères perpétuelles; et, quant aux femmes, rasées et emprisonnées pendant le reste de leur vie. Mêmes peines prononcées contre ceux ou celles qui auraient facilité leur évasion. La France, privée d'un grand nombre d'habitants laborieux, vit bientôt son commerce et son industrie ruinés; et elle supporta avec peu de succès une guerre que fit à Louis XIV, persécuteur du protestantisme, la ligue des princes qui professaient cette religion.
PRIVILÈGES DE PARIS. Lcs Parisiens n'obtinrent jamais des rois de France aucune charte de commune ou de franchise. Quelques rois accordèrent, de loin en loin, certains privilèges à cette ville, notamment la magistrature du
SOliS LOlilS \IV '|()7
pivvôl dos marchands et des échrvins; Louis \IV, par h'Ilrcs jïaUMdos du mois do mars KJGO, los contirma. (letlo conlirmatioii ôtait dôrisoiro : ro n'ôlaioiil plus des privilôj;os, maisd'aucions atïVancliissomenls de sorviludos loodales (pii alors n'existaient nulle part. Kn elTet, on trouve dans ces lettres patentes que les habitants de cette ville ont le droit de poursuivre en justice leurs créanciers; qu'ils sont exempts du droit de prise. Ainsi, par ces lettres patentes, le roi n'accorda rien aux Parisiens : leurs magistrats continuèrent à iMre assujettis j\ une cérémonie très-humiliante ; chaque fois que de nouveaux échevins étaient élus, le prévôt des marchands venait les présenter à la cour, adressait au roi un discours qui contenait un ample éloge de Sa Majesté, et, pendant la harangue, le prévôt et les échevins se tenaient constamment à genoux.
JUSTICES DE PAUis. Au Commencement du règne de Louis XIV, on comptait dans cette ville trente justices ou juridictions : huit royales, six particulières, et seize féodales ecclésiastiques.
Les huit justices royales étaient :1e Parlement^ la Chambre des comptes, la Cour des aides .^ la Cour des monnaies, la Trésorerie de France, V Election^ la Co7inétahlie et Maréchaussée, et le Châtelet. — Les six justices particulières étaient : le Bailliage du Palais, dans l'enclos du Palais; les Juges-consuls; la juridiction du Grand maître de l'artillerie, à l'Arsenal ; celle du Prévôt de Chôtel, au Louvre; et celle du Prévôt de r Ile-de-France et du Prévôt des marchands.
Voici les noms des seize justices féodales ecclésiastiques : celles de V Archevêque de Paris ^ au For-l'Évéque; de VOfJicialité, à l'Archevêché; du Chapitre de Notre-Dame, de V Abbaye Sainte-Geneviève , de V Abbaye Saint-Germain-des-Prés , de l'Abbaye Saint-Victor, de V Abbaye SaiM-Magloire , de V Abbaye Saint -Antoinedes-Champs, du Prieuré Saint- M artin-des-C hamps , du Temple, du Prieuré Saint- Denis-de-la-Chartrc , du Prieuré Saint- É loi, du Prieuré Saint-Lazare, des chapitres Saint-Marcel , Saint- Benoît et Saint-Merry.
Ces juridictions nombreuses entravaient la marche de la justice : par son édit de 1674, Louis XIV réunit au Châtelet toutes les justices féodales de cette ville et de sa banlieue, et créa en môme temps un nouveau siège présidial qui, avec le Châtelet, partagea leur territoire. Les seigneurs de Paris, tous gens d'église, s'élevèrent contre cette atteinte à leurs droits, et parvinrent, à force d'intrigues, à recouvrer de forts dédommagements, ou bien le toutou partie de ces prétendus droits que le roi leur avait enlevés.
PARIS DIVISÉ EN QUARTIERS. Sous Philippc-Augustc, la villc fut, à ce qu'on présume, divisée en quatre quartiers. Quelque temps après, ce nombre fut doublé, et Paris eut huit quartiers, Saint-Germain-l'Auxerrois, Sainte-Opportune, Saint- Jacques-de-la~ Boucherie, la Verrerie, la GrèvCy la Cité, la place Maubcrt et Suint-André-des-Ars.
Sous Charles VI, on ajouta à ces divisions celle de Saint-Antoine , de Saint- Gervais , de Sainte-Avoye , de Saint- Martin, de Saint-Denis, des Halles, de Saint-Eustache et de Saint- Honoré ; et l'on compta dans Paris seize quartiers. En 1642, on y joignit le faubourg Saint-Germain, qui forma un dix-septième quartier, (-es divisions étaient très-inégales. Par une déclaration du roi, du 14
janvier 1702, Paris fut divisé en vingt quartiers dont voici les dénominations :
t. La Cité. 6. Montmartre. 12. Saint-Paul. 18. Saint-André.
2. Saint-Jacques-de-la- 7. Saint-Eustache. 13. Sainte- Avoye. 19. Le Luxembourg. Boucherie. 8. Les Halles. 14. Le Temple. 20. Saint- Germain -des -
3. Sainte-Opportune. 9. Saint-Denis. 15. Saint-Antoine. Prés.