THEATRES
Les privilèges des comédiens français et de ceux de l'Opéra étant anéantis par l'effet de la Révolution, il s'établit à Paris plusieurs théâtres qui prirent la couleur de l'opinion dominante. Parmi ces nouveaux établissements figurait le théâtre de Marat, situé rue de l'Estrapade. Il s'en trouvait un , construit en bois, sur la place Louis XV; le plus considérable était le théâtre de Molière,
LE THÉÂTRE DE MOLIÈRE, situé ruc Saint-Martin, entre les n*'" 105 et 107, fut établi en 1792, et dirigé par le sieur Boursaut , directeur et acteur. Ce théâtre était orné avec goût et recherche : des glaces formaient le fond des loges. H fut avec plusieurs autres supprimé par un décret de Bonaparte, eu 1807. La salle existe encore près du passage du même nom.
THÉÂTRE DU VAUDEVILLE, situé entre les rues de Chartres-Saint-Honoré et Saint-Thomasdu-Louvre, et maintenant place de la Bourse. Il fut fondé, en 1792, par Piis et Barré. Ce théâtre a un genre particulier qui l'a préservé de
(I) On reçoit à Paris, point central, des nouvelles en 3 minutes de Calais, par le moyen d'une ligne composée de 27 télégraphes; en 2 minutes, de Lille , par 22 télégraphes; en G minutes et demie , do Strasbourg, par 40 télégraphe? ; en S minutes , de l.yon, par 50 télégraphes ; et en S minutes, de Brest, par 80 téiruriiiilica
sons LA COMVKMION. 58<>
la proscription pronoiuve par Bonaparte. De petites pièces, mêlées de conplcîls sur (les airs connus, ont Tait la l'ortiine de ce spectacle, cpii s'est so itenii avec distinction , qnoiipi il ait épiouvé tour a tour la vo^ue et l'iiidillerence des l'alisions. La salle de la rue de Chartres a été consumée par un incendie en 18:]8.
TiiKATUE DE Louvois, siluc ruc Louvois, n" 8. H lut construit, en 171)1, sur les dessins de l'architecte lirongniart, et ouvert en 1793. Après avoir été lèrmé pendant quelque temps, il lut dirigé par Picard. L'incendie de l'Odéon avait lorcé cet artiste d'y transporter ses acteurs et ses talents. On. y a joué jusqu'en 1808. Depuis, le Théâtre-Italien y l'ut établi. Après Tévénement fatal d'où est résulté, en 1820, l'interdiction de l'édifice de l'Opéra, les acteurs de ce dernier théâtre ont donné quelques rej)résenlations sur le théâtre de Louvois.
OPÉRA ou ACAnÛMiE ROYALE DE MUSIQUE, situé ruc de Richchcu, n«> 73, et aujourd'hui rue Lepelletier, sur remplacement de l'hôtel de Choiseul. La demoiselle de Montansier, déjà directrice d'un théâtre à Paris, avait lait construire, en 1793, dans la rue de Richelieu, sur les dessins de l'architecte Louis, un vaste théâtre qui fut intitulé Théâtre Nalioimly puis Théâtre de^ Arts. Elle y fit jouer des pièces nouvelles, dont le succès éveilla, dit-on, la jalousie de quelques autres théâtres. Celte directrice , accusée d'avoir fait bâtir cet édilice en face de la Bibliothèque nationale, exjjrès pour incendier ce précieux dépôt, fut emprisonnée. Devenue libre, elle réclama longtemps des indemnités et son théâtre, où les acteurs de rO[)éra s'étaient installés. Un décret de 1795 porte que la nation française devient propriétaire de ce théâtre, moyeimant la somme de huit millions en assignats. Cette vaste salle a continué à servir aux représentations de l'Opéra, jusqu'au 13 février 1820, époque d'un événement affreux. Ce jour, à onze heures du soir, le duc de Berri, sortant de ce spectacle et conduisant la duchesse à sa voiture, fut assassiné par Louvel. Transporté dans une des salles de ce théâtre , ce prince expira le lendemain à six heures du matin. L'édifice de l'Opéra fut fermé et ensuite démoli. En son lieu et place devait être érigé un monument expiatoire ; mais dans ces dernières années, on y a élevé une belle fontaine.
Le spectacle de l'opéra fut transféié au théâtre Louvois, puis au théâtre Favart ; et on s'occupa aussitôt de la construction d'une salle provisoùe. On choisit l'emplacement des jaidins de l'hôtel Choiseul, situé rue Crange-Batelière et rue Lepelletier, et les travaux, commencés au mois d'août 1820, sur les dessins et sous la conduite de M. Debret, ont été achevés le 15 août 1821.
COUR BATAVE, situéc ruc Saint-Denis , n" 124, et communiquant au passage de Venise. On donne ce nom à une cour entourée de bâtiments élevés sur l'emplacement de l'église du Saint Sépulcre. Une compagnie de Hollandais ou de Bataves acheta ; en 1791, le terrain et les bâtiments de cette église; quelques années après, elle y fit faire les constructions que l'on voit aujourd'hui, et qui reçurent le nom de Covr Ikitave. (]et édifice a été bâti sur les dessins des sieurs Sobre et Happe. La [)rincipale cour est entourée de portiques et d'une galerie couverte, bordée de boutiques, et communique avec deux autres cours, circonscrites par des bâtiments réguliers.
■I indiquerai, mais je ne décrirai pas quelques inonumeids élevs par l'esprit
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de parti et qui n'eurent qu'une existence éphémère; tels sont l'espèce d^isacelium dédié à Marat, sur la place du Carrousel, et ce monument en plâtre qu'on établit sur l'esplanade des Invalides, où l'on voyait le parti de la Montagne, sous la forme d'Hercule, frappant à coups de massue les crapauds du marais, c'est à-dire les ennemis du régime de la Terreur.
FiGUHE DK LA LIBERTÉ, élcvéc sur le piédestal de la statue de Louis XV, au centre de la place de la Concorde. Elle fut érigée pour la cérémonie de l'acceptation de la constitution de 1793. La Liberté, dans des proportions très-colossales, était représentée assise, coiffée du bonnet phrygien, s'appuyant d'une main sur une haste , et tenant de l'autre le globe terrestre. Cette figure, ouvrage de Lemot, est restée en place jusqu'en 1800, époque où un arrêté de Bonaparte ordonîia sa démolition, pour y substituer une prétendue colonne départementale dont on n'a vu que l'image en charpente recouverte de toile peinte.
PARIS sous LE DIRECTOIRE ET LES DEUX CONSEILS.
Après la journée du 9 thermidor, la Convention, affranchie du joug de Robespierre, travaille à réparer les maux de la Terreur et s'occupe à donner une constitution à la France. Le parti étranger est alarmé, il renoue ses intrigues, sème le trouble dans plusieurs lieux, soulève les habitants, affame Paris , produit les mouvements du 1^» et du 12 germinal an ni (21 mars et l*""" avril 1795), et l'émeute plus déplorable encore des trois premiers jours de prairial suivant (20, 21 et 22 mai 1795). Pendant qu'une partie des Parisiens faisaient entendre encore les chants de reconnaissance dont la Convention, libératrice des Français, était l'objet, une autre partie, séduite ou aveuglée, s'armait contre cette assemblée gouvernante. Le général Danican , chef de cette expédition, souleva la plupart des sections de Paris rassemblées pour les élections, et arma quarante mille hommes qui furent dirigés contre le gouvernement. La Convention, prise au dépourvu , trahie par quelques-uns de ses membres, n'avait qu'environ quatre mille hommes de troupes réglées et du canon à opposer à ces forces. Alors Barras, en qualité de général, fut chargé de sa défense. Il nomma pour son second un oflicier qui depuis a rempli l'univers de sa renommée. Cet officier était Bonaparfe, et les événements de vendémiaire an iv commencèrent sa fortune. La Convention , vivement attaquée, fut défendue de même : elle triompha, et usa de sa victoire avec beaucoup de modération. Vingt-deux jours après ce combat, le 6 brumaire an iv (28 octobre 1795), la constitution fut mise en activité, et le gouvernement du Directoire et des deux Conseils commença. Ce gouvernement, que Bonaparte avait puissamment contribué à établir, fut, quatre ans après, renversé par ce même général, dans la séance teruje à Saint Cloud le 19 brumaire an vm (10 novembre 1799).
Le gouvernement directorial, occupé de guerres contre une grande partie de l'Europe, occupé à réprimer d^s trahisons de toute espèce, à se débattre contre un gouvernement occulte organisé dans l'hilérieur de la France, en butte à
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ime iiitiiiilo do manœuvros soiiiclos (;t d'attaques à loicc onvcrtc, n'a pu, peu dani les ijuatro aiuiôes d'une existence fort troublée, l'aire dans Paris des élablissenuMits importants. Il a organisé toutes les administrations de France, et procuré ù ses habitants un calme dont ils n'avaient pas joui depuis |)lusieurs aimées. Il a, sans secousse, lait disparaître de la circulation les assignats, et leur a substitué le numéraire métallicpie. — Voici la notice des élablissemenls faits sous ce gouvernement de courte durée.
PALxMS DU COjNSlilL DES CINQ-CENTS, puis du COUPS LÉGISLATIF, Cnlln dc
la cuAMBUE DES DÉPUTÉS. La coustitutiou de l'an ni avait établi un Directoire exécutif et deux conseils, l'un nommé des Cinq-Cents, V ixulvd- des Anciens. Le Directoire exécutif fut logé dans l'hôtel du petit Luxembourg, le conseil des Anciens dans la salle du château des Tuileries, et le conseil des Cinq- Cents dans la salle dite du Manège, près la terrasse des Feuillants. Cette salle était incommode et sans dignité. On s'occupa dès l'an iv de donner au conseil des Cinq-(]ents un lieu plus convenable. Le Palais-Bourbon fut choisi.
Pendant les années 1795 et 1796, l'architecte Cisors fit exécuter dans ces bâtiments les travaux nécessaires à leur nouvelle destination. Le milieu de la façade du côté du cours de la Seine correspond avec l'axe du pont Royal, de la place de la Concorde et de la Madeleine. Des vues économiques dirigèrent l'architecte dans la composition de cette façade; il conserva quelques parties de l'ancienne construction, mura les croisées, et ajouta au centre un avantcorps décoré de six colonnes. En 1798, le conseil des Cinq-Cents vint prendre possession de sa nouvelle saile. Son plan demi-circulaire était, comme il est aujourd'hui, disposé en amphithéâtre. Le fauteuil et le bureau du président, précieux par leur forme et leur matière, furent placés au centre et en face des banquettes en gradins. En avant de ce bureau était la tribune, ornée d'un basrelief, de Lemot, représentant V Histoire.
En 1807, un autre gouvernement moins économe fit construire à cette salle une façade plus convenable, sur les dessins de Poyet. Au-devant de cette façade s'étend un vaste perron contenant un escalier. Au bas, et sur des piédestaux, sont les statues colossales de la Justice et de la Prudence; on voit aussi en avant les figures assises, également colossales, de Sully, de Colbert , de L'Hôpital et de d'Aguesseau. ('es figures sont en pierre couverte d'un enduit. Au-dessus de cet escalier, la façade présente sur la mènje ligne douze colonnes corinthiennes, de grande proportion, qui supportent un entablement et un fronton. On y fit modeler par M. Fragonard un bas relief représentant la Loi sur un char. Ce bas-relief vient d'être remplacé par une sculpture de M. Cortot.
Dans la cour d'honneur on remarquait deux statues représentant la Sagesse et la Force : la première était l'ouvrage de Bridan, la seconde celui de d'Espercieux. Ces embellissements furent exécutés sous Napoléon, qui nomma cet édifice Palais du Corps- Législatif ; il donna aux députés un costume brillant de broderies en or, et leur ôta en même temps la faculté de parler. En 1814, cet édifice reçut le nom de Palais de la. Chambre des Députés, et le conserve encore. Depuis quinze ans on y a fait de grands travaux d'emljellissemenl.