IIISTOIHE DE l>AIUS
moyen de fausses clefs qu'ils s'étaient procurées, et d'enlever la famille royale, à la faveur du tumulte que ferait naître leur présence. Les chefs avoués du complot, à la tête desquels se trouvait un ouvrier du nom de Poncelet, se réunirent ce jour même, pour se concerter, chez un restaurateur de la rue des Prouvaires. Cest là qu'ils furent arrêtés. 11 s'était formé quelques rassemblements qui furent facilement dispersés.
Sur la fin du mois de mars, il éclata à Paris un fléau non moins terrible que la guerre civile. Un cas de choléra-morbus fut constaté sur un individu qui habitait la rue Mazarine. L'épidémie se développa, avec une rapidité et une force extraordinaires, dans les quartiers Saint-Anloine, Saint-Jacques et Saint-Honoré, et bientôt envahit la ville entière. Toute la population était frappée de terreur. La municipalité s'occupa dassainir les quartiers populeux , refit le pavage des rues, et multiplia les bornes-fontaines. Les victimes du fléau augmentant continuellement, on établit des ambulances et des bureaux de secours auxquels étaient attachés des médecins et des pharmaciens. Les gens riches, les députés et les pairs de France avaient quitté Paris : la famille royale resta au palais, et donna l'exemple du courage. On fit courir le bruit que le choléra avait pour cause des empoisonnements publics : les gensdu peuple, dans leur grossière et brutale ignorance, massacrèrent plusieurs personnes qu'ils soupçonnaient, sur les apparences les plus futiles, d'être les auteurs de ces prétendus empoisonnements. Le choléra sévit pendant 189 jours, et le chiffre des décès s'éleva quelquefois jusqu'à 1,100 par jour. Les documents officiels portent à 18,000 1e nombre des victimes de cet épouvantable fléau.
Les funérailles du général Lamarque, un des représentants les plus éloquents du parti démocratique à la chambre des Députés, furent l'occasion de l'insurrection la plus terrible et la plus sanglante qu'ait eu à combattre la royauté de Juillet. Le 5 juin était le jour où l'on devait rendre les derniers honneurs à l'illustre général. Tous les membres des sociétés secrètes et les écoles s'étaient réunis pour cette solennité. Une foule immense encombrait la rue Saint-Honoré où était située la maison mortuaire. Des jeunes gens s'attelèrent au char funèbre 5 le cortège traversa la longue ligne des boulevards au milieu des cris et du tumulte, et s'arrêta non loin du pont d'Austerlitz. On avait préparé dans ce Ueu une estrade d'oij furent prononcés plusieurs discours. Bientôt une lutte entre les troupes et les insurgés s'engagea sur le boulevard Bourdon et se propagea rapidement sur tous les points de la capitale. Les républicains élevèrent en hâte des barricades et s'emparèrent des postes principaux. La rue Saint-Martin devint le centre de leurs opérations ; le soir ils regardaient déjà le succès comme presque certain. Mais le gouvernement fit venir des régiments de Saint-Denis et de Courbevoie, et appela à son aide la garde nationale de la banlieue; pendant la nuit la plupart des postes occupés par les insurgés furent repris. Les alfaires les plus meutrières eurent lieu vers le passage du Saumon et près du Petit-Pont de l'Hôtel-Dieu.^Le lendemain, 6 juin, les lanciers dégagèrent la Porte Saint-Martin , et bientôt la circulation fut libre sur les boulevards , depuis la Madeleine jusqu'à la Bastille. Soixante insurgés postés au cloître Saint-Méry et défendus par d'épaisses barricades, soutinrent avec un courage désespéré, pendant
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une graniïe partie tic la journôo, l'assaut do la ^i\vi\(\ nationale ci de la troupe de ligne. Vers les quatre heures , le gouvernement lit attacpier \vs barricades à coups de canon, et ne tarda pas h Otre maître du foyer de l'insurrection. I.e lendemain tout était rentré dans Tordre. Le ministère mil Paris en état de siège; niais lillégalilé de celte mesure fut solennellement reconnue dans un arrêt mémorable rendu par la Cour de cassation.
Le 19 novembre 1833, le roi se rendait à cheval au Palais-Uourbon, pour ouvrir la session des deux chambres. Au moment où il arrivait à l'entrée du Pont-Uoval, on entendit la détonation d'une arme à feu; on venait d'attenter à la vie du roi; le coup n'atteignit personne, et, à la faveur du tumulte, l'assassin échappa à la vindicte publique.
Pendant l'année 1834, la tranquillité publique de la capitale fut encore troublée par des luttes sanglantes, engagées entre le parti démocratique et le gouvernement. Une loi venait d'être promulguée contre les associations politiques. Les républicains, forcés dans leur dernier retranchement, résolurent de tenter encore la fortune. Les chefs de la Société des droits de VHomme organisèrent une insurrection qui éclata le 13 avril au soir. Les rues étroites du quartier Saint-Martin devinrent encore le théâtre de la guerre civile. Plusieurs barricades avaient été élevées; mais la force armée s'en empara assez facilement. Le lendemain les insurgés furent complètement dispersés; le plus terrible épisode do cette lutte se passa dans la maison portant le u» 12, rue Transnonain. Presque tous les habitans de cette maison furent massacrés par les soldats.
L'anniversaire des Journées de Juillet est tristement célèbre par un des plus affreux attentats dont l'Histoire de Paris fasse mention. Le 28 juillet 1835, le roi passait la revue générale de la garde nationale et des troupes de la garnison, rangée en deux haies le long des boulevards. Le roi accompagné des princes et d'un nombreux état-major, était arrivé à la hauteur du Jardin Turc ; tout à coup une détonation semblable à un feu de peloton se fait entendre, et le maréchal Mortier, le général Lâchasse de Vérigny, le capitaine de Vilatte, le colonel RafTé, M. Rieussec, et d'autres personnes tombent baignés dans leur sang; le roi n'avait pas été atteint ; il conserva ce sang-froid qui caractérise les âmes fortement trempées , et put continuer sa marche vers la Bastille. Le coup était p^rti d'une fenêtre de la maison portant le w^ 50, sur le boulevard du Temple; les agents de police pénétrèrent dans cette maison et y trouvèrent la machine, composée de 25 canons de fusil, qui venait de répandre la mort dans le cortège du roi. Bientôt l'auteur de ce crime, Fieschi, fut arrêté. Jugé plus tard par la cour des Pairs, il fut, avec deux de ses complices, Pépin et Morey, condamné à mort. Le 15 février 1836, tous les trois furent exécutés près la barrière Saint-Jacques. Le 5 août on avait célébré, à l'église Saint-Paul, des funérailles pompeuses en l'honneur des victimes de l'attentat, qui furent inhumés dans la chapelle des Invalides.
Les années suivantes furent marquées par des événements moins importants Je mentionnerai seulement l'attentat d'Alibaud qui, le 25 juin 183G, au momenl où la voiture de Louis-Philippe tournait le guichet du Pont-Royal, tira sur le roi avec un fusil-canne; heureusement le coup n'atteignit personne. L'assas-
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sin fut arrêté, condamné par la cour des Pairs, le 9 juillet, et exécuté le 11
du même mois.
Le 14 juin de l'année suivante la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, mariée au duc d'Orléans, faisait son entrée à Paris. A cette occasion il y eut, sur tous les points de la ville, des réjouissances publiques. Ces fêtes se terminèrent par un déplorable accident. Une foule immense se pressait au Champ de Mars pour assister à une représentation de la prise de la cidatelle d'Anvers par l'armée française : après le spectacle, la multitude s'entassa vers les issues trop étroites de la place, et, dans la mêlée, plusieurs personnes périrent, étouffées ou écrasées.
Le i"^^ avril 1 839 il y eut dans Paris des rassemblements qui furent promptement dissipés par quelques charges de cavalerie. Mais dans le mois de mai suivant , éclata une tentative d'insurrection dont les suites furent beaucoup plus graves. Les républicains les plus dévoués à leurs opinions avaient formé, en 1836, une société secrète, dite des Saisons. 'Xn nombre de mille environ, ils attendaient une occasion favorable pour soulever Paris et essayer de renverser le gouvernement. L'anarchie qui régnait, au mois de mai 1839, dans le camp ministériel, leur parut devoir venir en aide à leurs projets. Le 12 mai fut le jour choisi par les principaux chefs de la Société des Saisons^ Barbes, Blanqui et Martin Bernard, pour engager la lutte. Ce jour-là, à trois heures et demie, les sectionnaires étaient rassemblés dans la rue Bourg-l'Abbé; des armes et des munitions leur avaient été distribuées. Barbes, à la tête d'une colonne, passe les ponts, enlève le poste du Palais de Justice, de là se dirige sur l'Hôtel-de-Ville, et s'empare du poste de la place Saint-Jean. Bientôt les insurgés, gagnant le quartier Saint-Martin, élèvent trois barricades dans la rue Grenétat. Trop peu nombreux pour pouvoir opposer une longue résistance à la force armée, plusieurs des sectionnaires furent tués , d'autres furent faits prisonniers. Telle a été la dernière tentative à main armée que le parti démocratique ait faite pour le triomphe de ses doctrines; c'est aussi le dernier événement important que nous piésente l'Histoire de Paris, depuis 1 avènement au trône du duc d'Orléans.
ÉTAT DES SCIENCES, DES LETTiiES ET DES ARTS SOUS LE REGNE DE LOUIS PHILIPPE.
Bien que la tranquillité puWique ait été souvent troublée par des émeutes et des insurrections, on ne peut se refuser à reconnaître que la ville de Paris n'ait continué à s'avancer dans la voie de prospérité que lui avait ouverte la Bestauration. Pendant la période de quinze ans que nous venons de parcourir, une foule d'hommes distingués ont cultivé les sciences, les lettres et les arts, avec autant d'éclat qu'à aucune autre époque de l'histoire. Je n'entreprendrai pas de faire connaître tous les ouvrages éminents qui ont été publiés dans ces derniers temps ni de proclamer les noms de tous les écrivains qui ont été en possession de la faveur publique : sur de telles matières, les contemporains ne sont jamais considérés comme des juges en dernier ressort. Je me bornerai à dire que la plupart des hommes, dont les débuts avaient eu du retentissement sous la Bestauration, auront contribué à illustrer le règne de Louis-Philippe. Dos savants d'un ordre
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élevé, comme MM. de Blainville, .1. GeollVoy Saint-llilaire, Klie de Beaumoiil' Dumas. Pelouze, Reiznaiilt, Leverrier, Lionville et Bron*,'niart marciieiit dignement sur les traces des Cuvier, des Gay-Lussac el des Vauquelin. A côté de MM. de Lamartine, Casimir de Lavigne et Victor Hugo, nous avons vu se développer le talent poétique de MM. Alfred de Musset, A, Barbier et Sainte-Beuve. Les romans de MM. de Balzac, d. Sand, Soulié, Alex. Dumas, J. Janin et Eug. Sue, ont été souvent accueillis par le public avec une faveur marquée.
Les travaux historiques de MM. Augustin et Amédée Thierry, de MM. Michelet, Mignet, H. Martin, Vitet, Beugnot, se font remarquer à la fois par des idées larges et une érudition patiente et ingénieuse. — L'histoire contemporaine a été abordée avec un grand bonheur et un succès mérité par MM. Thiers,dans son Histoire rJv Consulat et de V Empire, dans les divers ouvrages de }\. de Lacretelle, dans X Histoire des Deux Restaurations, de M. Vaulabelle, et V Histoire de Dix Ans, de M. Louis Blanc. Le pamphlet politique auquel P.-L. Courrier avait donné tant d'éclat sous la Restauration, est resté une arme redoutable entre les mains de M. de Cormenin qui s'était, du reste, fait connaître déjà par de sérieux traités sur le droit administratif. MM. Burnouf, Stanislas Julien, Etienne de Quatremère, Raynaud, Bazin, etc., ont fait faire de nouveaux progrès aux études philologiques. Grâce aux travaux de MM. Champollion, Ch. Lenormant, Littré, Letronne, Ch. Magnin, de Saulcy, etc., la science archéologique, complément nécessaire des belles et fécondes recherches dont l'Histoire des civilisations antiques a été l'objet, a pris de nouveaux développements et donné des résultats pleins d'intérêt. La philosophie a produit des œuvres remarquables, parmi lesquelles on peut citer les livres les plus récents de MM. Cousin, de Rémusat, JoufProy, de La Mennais, Ravaisson, Pierre Leroux, etc. A côté des Écoles, dites Socialistes, dont il est inutile d'essayer ici une appréciation, les sciences morales et politiques ont trouvé de dignes interprètes, tels que MM. Dunoyer, Passy, Rossi, Blanqui, C. Reybaud, Faucher, Proudhon, etc.
Les artistes ont maintenu la France au rang élevé qu'elle occupait en Europe depuis deux siècles. Aux noms que nous avons signalés et qui étaient déjà connus sous la Restauration, nous pouvons ajouter ceux de plusieurs peintres distingués : ainsi, outre MM. Delaroche, L. Coniet, Eug. Delacroix, H. Vernet, Ary Scheffer, on peut citer MM. Flandrin , Bouchot, Couder, Champmartin, Ziégler, Alaux, etc., pour la peinture d'histoire. MM. Alfred et ïony Johannot, Decamps, Charlet, Diaz, Bellanger, Raffet, G. Roqueplan, Eug. Lam^;, Robert Fleury, Meissoiinier, Leieux, pour la peinture de genre; MM. Isabey et Gudin pour les marines; MM. Marilhat, J. Dupré et Cabat pour le paysage, ont souvent produit des tableaux qui peuvent être comparés avec honneur aux plus belles pages des anciens maîtres. I^es principaux ouvrages de sculpture, exécutés dans ces derniers temps, sont dus au ciseau de MM. Pradier, Baryc, Lemaire, JoufTroy, Marochetti , Ant. Moine, Rude, etc. Notre Ecole de gravure se glorifie avec raison des productions de MM. Desnoyers, H. Dupont, Forster, Mercuri, Calamatta, Richomme, Cousin, etc.
Enfin les compositeurs de musique qui ont obtenu en France des succès du-
e26 msTOiUE Dr: pahis
rables, ne sont pas nombreux; nous no pouvons guères mentionner que MM. Auber, Halevy, Meyeibeer, Héroid et Ad. Adam.
Notre époque, on le voit, n'aura rien à envier aux siècles précédents ; jamais les diverses branches des connaissances humaines n'ont été cultivées avec une. plus louable ardeur par une foule d'hommes éminents. Depuis longtemps Paris est regardé, avec raison, comme le centre de la civilisation moderne, et comme le foyer intellectuel où se sont élaborées les découvertes les plus importantes pour le progrès des sciences et de l'industrie. C'est là ce qui a fait la gloire de cette ville; et cette gloire, nous en sommes sûr, ne lui manquera pas dans l'avenir.
INSTITUTIOINS ET MONUMENTS.
L'administration municipale, depuis quinze ans, a plus fait pour l'assainissement etlesembellissements de Paris, que toutes les administrationsqui l'ont précédée. Le pavage des rues en chaussces bombées, l'établissement de larges trottoirs sur les deux côtés de presque toutes les voies publiques, la construction de nombreux égouts souterrains, les plantations d'arbres faites le long des quais et sur plusieurs places; l'aménagement d'un énorme volume d'eau distribué dans tous les quartiers, au moyen des bornes-fontaines, l'éclairage au gaz devenu à peu près général, ont pour ainsi dire changé la physionomie de Paris. A aucune époque on n'a vu bâtir sur tous les points de la ville un aussi grand nombre de maisons solides et élégantes. Pendant que des quartiers nouveaux s'élevaient dans la partie septentrionale de Paris, les quais, depuis le Louvre jusqu'à la place Mazas, ont été élargis, nivelés et refaits de fond en comble; le quai Saint-Bernard a également été rebâti, ainsi que le quai des Grands- Degrés. La place de la Concorde, véritable cloaque pendant les saisons pluvieuses, a été décorée avec luxe, et les Champs Élysées éclairés au gaz, munis de trottoirs, ornés de jolies constructions, sont devenus une des promenades les plus belles et les plus suivies de la capitale. Le Pont-Neuf, le pont de la ïournelle, le pont de la Cité et le pont Uoyal, ont subi d'importantes restaurations. D'autres voies utiles de communication ont été ouvertes sur les deux rives de la Seine , au moyen de plusieurs ponts nouveaux , ceux du Carrousel , de Louis-Philippe, de Constantine et de Bercy. Tous les monuments commencés sous l'Empire et la Bestauration ont été achevés : tels sont l'Arc de l'Étoile, la Madeleine, le palais du quai d'Orsay, le palais des Beaux-Arts, les églises Notre- Dame-de-Lorrette , Saint-Louis-au-Marais , Bonne-Nouvelle , Saint-Vincent-de- Paul ; la plupart des autres églises ont été restaurées et enrichies de peintures; enfin il n'y a peut-être pas un édifice public qui n'ait été l'objet de travaux importants. Nous avons déjà indiqué ce qu'on a fait ou ce que l'on fait pour l'Hôtel-de-Ville, le Palais de Justice, le Palais du Luxembourg, l'Observatoire, l'Hôtel-Dieu, la Chambre des Députés, le Panthéon, le Palais Boyal, le Louvre, etc. Quant aux constructions nouvelles, qui datent du règne de Louis-Philippe, je vais leurc onsacrer une notice spéciale.
ÉGLISE DE LA MADELEINE. On Sait que Ics travaux de cette église, çommen-
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ces en 17fi4, sur les plans de Constant d'Ivri, modifiés en 1777 par l'architecte Couture, et abandonnés pendant la révolution, fin-ent repris en 1800, aux termes d'un décret de Napoléon, daté du camp impérial de Posen. L'empereur, h la suite d'un concours, auquel prirent part quatre-vingt douze architectes, chargea Pierre Vignon de transformer le monument, depuis si longtemps commencé, en un Temple de la Gloire^ dédié aux soldats de la grande armée. La Restauration trouva le temple inachevé et décida qu'il serait rendu à sa destination piimilive. Cependant il est juste de dire que les travaux les [)lus considérables ont été exécutés depuis la révolution de juillet. L'église de la Madehùue, dont la construcliou fut si souvent interrompue par les événements politiques, a été achevée sous la direction de M. Huvé, et enfin inaugurée le 24 juillet 18V2.
Ce monument présente à l'extérieur le caractère et les formes architecturales d'un temple antique. C'est un vaste parallélogramme entouré de colonnes d'ordre corinthien (1). Les colonnes des péristyles sont ornées de cannelures et couronnées de chapiteaux sculptés avec une certaine élégance. Les entre-colonnements laissent voir 36 grandes statues de saints placées dans des niches pratiquées dans les murs de la cella, sous les portiques. Autour de l'édifice règne une frise ornée d'anges, de médaillons et de guirlandes d'une exécution commune. Le portique du nord est surmonté d'un fronton encore sans sculpture. Sur le fronton antérieur, on remarque une grande composition due au talent de M. Lemaire. L'artiste a représenté le Christ debout, ayant à ses pieds Madeleine repentante. A la droite et à la gauche de ce groupe principal sont figurés, sous une forme allégorique, d'un côté les Vices repoussés par un ange vengeur, de l'autre, les Vertus amenées par l'ange de la Résurrection. I>es portes d'entrée sont en bronze fondu ciselé. Sur leurs compartiments, M. Triquetti a sculpté en relief dix sujets relatifs aux commandements de Dieu.
L'intérieur de l'église, divisé en trois travées, reçoit la lumière par tro's coupoles surbaissées qu'on ne peut apercevoir du dehors. Les pendentifs de ces coupoles sont rehaussés de bas-reliefs représentant les douze Apôtres, exécutés par MM. Roman, Foyatier et Pradier. La voûte en berceau du vestibule offre eu bas relief la Foi^ V Espérance et la Charité, par MM. Guersant, Lequin et Bra. Le long des murs, revêtus de placages de marbre, sont placées de petites chapelles ornées de colonnes d'ordre ionique. Les autels de ces chapelles sont surmontés de niches dans lesquelles on a placé des statues de MM. Barye, Bra ? Etex, Seurre, Duret et Raggi. L'abside, dont la voûte en cul de four est décoréo d'une belle peinture de M. Ziégler, représentant l'Histoire du Christianisme, est ornée aussi de colonnes ioniques, et de figures de saints peintes par M. Raverat. Six grands tableaux, ouvrages de MM. Abel de Pujol, Couder, Signol, Léon Cogniet, Schnelz et Bouchot, contribuent à l'ornement intérieur de l'édifice. Les deux bénitiers, de M. Antonin Moine, sont d'une com[)osition très-élégante. Dans la chapelle du mariage, à droite, en entrant, on voit un groupe en marbre du
(1) L'édifice se développe du sud au nord sur une longueur do 79 mètres 30 centimètres; sa largeur est de 21 mètres 40 centimètres, et sa hauteur, mesurée sous les coupoles est de 30 mètres 30 ceulimètres. On compte litiit colonnes ?ur chacune des fices niilérieures et postérieures , cl dixhuit sur chacun des côtés; elles ont 10 mètres de haut.
Mariage de la Vierge^ par M. Pradier ; dans la chapelle du Baptôme, à gauche en entrant, on a placé le Baptême du Christ^ par M. Rude; enfin, le maître-autel offre un vaste groupe en marbre, sculpté par M. Marochetti, et représentant le Ravissement de la Madeleine.
L'église dont je parle , avec ses décorations de dorures , de marbres , de peintures et de statues, et son buffet d'orgues, est un des monuments, sinon les plus beaux , du moins les plus somptueux de la capitale.
MUSÉES DU LOUVRE. Aux rlchcs collections de tableaux et de statues antiques qui existaient déjà depuis longtemps au Louvre, on a réuni successivement plusieurs musées nouveaux, qui offrent un vif intérêt pour l'histoire de l'art.
Nous ne reviendrons pas sur la description déjà faite de l'ancienne galerie des tableaux et du salon carré qui la précède. Le grand escalier, par lequel on arrive d'un côté à ce salon carré, de l'autre, à la galerie d'Apollon, a été décoré de peintures et de sculptures , qui sont l'œuvre de plusieurs artistes. Les plafonds ont été peints par MM. Abel de Pujol et Meynier. Des deux côtés du grand escalier, se trouvent des bas-reliefs en marbre, exécutés par MM. Guersant,Laitié, Guiilois et Caiilouet.
Entre la galerie d'Apollon et les nouveaux musées s'ouvrent trois grandes salles : la première est connue sous le nom de salle ronde; on y a placé un beau vase, quelques statues antiques, et les bustes de plusieurs artistes modernes; la seconde, dite salle des matières et objets précieux, offre une foule d'ouvrages de bronze, d'or, d'argent, de laque, de pierres dures; coupes, livres, ehàsses , boîtes, coffrets , ostensoirs, miroirs du moyen âge ou de la Renaissance, remarquables par leur provenance, leur antiquité ou leur mérite sous le rapport de l'art. On voit encore dans cette salle la statue en argent d'Henri IV enfant, modelée par le baron Bosio. Enfin, dans la salle des sept cheminées, on a disposé les copies des fresques les plus célèbres exécutées au Vatican par Raphaël. La coupole de la première salle et le plafond de la seconde ont été peints par MM. Blondel, Couder etMauzaisse, qui y ont reproduit divers sujets allégoriques : les quatre éléments, les arts, les sciences, le commerce et la guerre, etc.
Musée des Peintres français On arrive à ce musée par la salle dite des sept cheminées, dont nous venons de parler. H occupe neuf grandes salles, dans l'aile méridionale du Louvre, et contient les Vueii des Ports de France, de J. Vernet, \ Histoire de saint Bruno, par Lesucur, et les tableaux de plusieurs peintres des xviiie et xix« siècle. La salle du milieu renferme divers objets d'art : des meubles curieux, tels que chaises, stalles, armoires, coffrets, bahuts, des vases, des émaux, etc. Ces neufs salles sont décorées de plafonds et de voussures, sur lesquels sont peints divers sujets relatifs, pour la plupart, à l'histoire de l'art en France. Ainsi, dans la première salle, M. Alaux a représenté le Poussin reçu par Louis XIIJ ; dans la troisième salle, M. Eugène Devéria a figuré, sur le plafond, le Pujet présentant à Louis XIV le groupe de Mi Ion de Crotone, et il a rappelé, dans les cadres des voussures, les principaux monuments élevés sous le règne du grand roi. La cinquième et la sixième salle sont ornées de peintures exécutées par MM. Heim et Fragonard, et retraçant les faits remarquables de 'a vie de François l'''',ainsi que les progrès des arts au seizième siècle. Le plafond
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de la septième salle, peint par M. Sclinctz, représente Charlemagne recevant, (les mains du savant Alcuin, des livres manuscrits. Dans la dernière salle , des peintures, dues au pinceau de M. Léon Cogniet, consacrent le souvenir de l'expédition d'Egypte, dirigée par Bonaparte; et enfin, sur deux autres plafonds, MM. Steuben et Drolling ont re|)résenté, le premier , la bataille d'Ivry, et le second, Louis \ll assistant aux étals généraux de Touis.
}iusce des antiquités rgijpliouics^ grecques et romaines. H comprend neuf salles parallèles à celles dont je viens de parler, et placées dans l'aile méridionale du Louvre, du côté de la cour intérieure. Ces neuf salles, comme les précédentes, sont décorées de peintures. On y voit deux plafonds peints par le baron Gros et représentant des sujets allégoriques; on y remarque aussi des compositions exécutées par MM. Horace Vernet, Abel de Pujol , Picot , Vinchon , Gosse, Meynier, lleim et Fragonard. Dans la première salle se trouve une des œuvres les plus estimées de M. Ingres, l'apothéose d'Homère.
Le musée égyptien occupe les cinq dernières salles; il renferme une magniiique collection d'objets curieux, dignes de toute l'attention des savants, et pleins d'intérêt pour tous ceux qui veulent se faire une idée de la vieille civilisation égyptienne. On y trouve réunies les images des nombreuses divinités de l'Egypte, classées suivant le rang qu'elles occupaient dans la hiérarchie théogonique : les amulettes, les objets qui ont servi au culte public et au culte privé, les scarabées portant des images ou des légendes, les bijoux, les parures, les objets d'habillement et de toilette, les productions de l'art et celles de l'industrie. D'autres parties du musée contiennent tous les objets relatifs à l'embaumement des corps; d'autres enthi présentent un assez grand nombre de manuscrits, sur papyrus, en caractères hiéroglyphiques ou en caractères grecs.
J.es salles, précédant le musée égyptien, renferment des antiquités grecques et romaines. Dans cette riche collection figurent beaucoup d'objets provenant des fouilles de Pom|3éï et d'Herculanum , et une grande quantité de vases étrusques, d'un travail admirable. Enfin deux de ces salles otFrent d'admirables spécimens de l'art Céramique, à l'époque de la Henaissance, et des émaux magnifiques.
Salles historiques du Louvre. Ces salles, que Louis-Philippe vient de l'aire restaurer, et qui ont été habitées par plusieurs de nos rois, sont situées dans l'aile orientale du Louvre, derrière la Colonnade. Elles séparent le Musée égyptien du Musée espagnol, La pièce d^ Henri H est décorée dans le goût de la Renaissance:^ ; sur les frises et les panneaux de bois ciselé se retrouvent le chitfre du roi, ,e croissant, la devise, l'image de la duchesse de Valentinois sous les traits de Diane. Les portes en chêne sont ornées de bas- reliefs rehaussés d'or ; des armes, des trophées, rehaussent la voûte, et sur des écussons on lit le millésime de 1559. La salle qui suit est entourée de boiseries dorées, comme dans la salle de Henri W. C'est la chambre à coucher de Henri IV; elle porte sur des paimeaux dorés la date de sa construction, 1603. Dans le plafond règne une frise autour de laquelle sont sculptés en bas-relief des génies, des victoires et des groupes de soldats vaincus. Au-dessus s'élève une légère coupole, où, dans les ornements, on remarque les emblèmes de la royauté et les fleurs de lis de la Maison
de Bourbon entourées de branches de lauriers. C'est sous l'alcove de cette chambre , dont le dais est orné d'arabesques, que fut déposé Henri IV, mort sous le couteau de Ravaillac. Dans une autre des salles du Louvre ont été transportées les boiseries, les plafonds et les panneaux qui décoraient la chambre du château de Vincennes, habitée par Anne d'Autriche; dans les caissons du plafond on remarque des peintures exécutées par Vouet.
Musée des tableaux de r École espagnole. Ce musée occupe environ la moitié de la galerie orientale du Louvre, dite galerie de la colonnadp. 11 se compose de 405 tableaux de l'Ecole espagnole, et de 51 tableaux de plusieurs maîtres étrangers à l'Espagne. Parmi les premiers, on compte environ 25 ouvrages de Ribeira , dit VEspagnolel, 18 de Vélasquez de Silva et 12 de son Ecole, 80 de Zubaran et 40 de Murillo, parmi lesquels se trouve un Christ offert au roi des Français par le chapitre de Séville.
Musée naval. — Il se compose de douze salles situées au second étage dans l'aile septentrionale du Louvre. Les principaux objets qu'on remarque dans cette curieuse collection sont de nombreux modèles de constructions maritimes de toute grandeur et de tout genre, et en particulier des grands navires le ISeplune^ le Sphinx^ l'Océan^ le Rivoli; des modèles anciens et nouveaux de l'artillerie de marine, des plans en relief des ports de Brest, de Cherbourg, de Toulon, de Lorientet de Rochefort; enfin une grande quantité d'instruments nautiques. En entrant dans la première salle, on remarque une espèce d'obélisque formé de débris de navires. Ces débris, retrouvés dans l'île de Vani-Koro, proviennent des deux frégates que commandait Lapeyrouse , lors de sa malheureuse expédition. On a réuni dans cette même salle des vêtements et des armes, produits industriels des peuplades qui habitent la côte d'Afrique, l'Islande, le Groenland, le nord de l'Amérique, les îles de la mer du Sud et celles des mers de l'Inde. Plusieurs des salles de ce Musée sont décorées de dessins de marine, œuvres de Pierre Osannes, ancien ingénieur.
Musée des dessins des grands maUres^ situé dans une partie de l'aile septentrionale du Louvre, et dans les salles destinées autrefois au Conseil dÉtat. il renferme 1,298 dessins, dont 794 appartiennent à l'École d'Italie; 222 aux Écoles allemande, flamande et hollandaise, et 372 à l'École française. On y voit aussi des meubles précieux et plusieurs ouvrages de sculpture.
Musée de sculpture moderne ou Musée d'Angoulêtne, situé au rez de-chaussée de l'aile occidentale du Louvre. On a réuni dans plusieurs salles les plus excellents ouvrages de sculpture moderne que possède la France, les Deux esclaves , de Michel-Ange, la Diane, de Jean-Goujon, les Trois Grâces, de Germain Pilon, le Milon de Crotone, du Puget, les modèles en plâtre de deux tombeaux espagnols du temps de la Renaissance, etc.
Musée des Plâtres. On a disposé dans une des salles du rez-de-chaussée de l'aile occidentale, au Louvre, des épreuves en plâtre, moulées sur les originaux, de chefs-d'œuvres de sculpture antique, qui ont été exécutés par les artistes grecs et romains et qui sont conservés dans les Musées de Florence, de Rome, de Londres et de Munich.
iMusée Standish. Les tableaux et la bibliothèque dont se compose cette col-
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jectioii ont ôlr lôguês au roi, en I8'i8, par un riche Anj^Iais, ^L de Slandisli. On y compte environ deux cenls tableaux, dont plusieurs sont signés du nom des artistes les plus estimés de la Grande-Bretagne.
Je terminerai celte notice sur les ouvrages d'art rassemblés dans le Louvre, en indiquant la reproduction en plâtre de la belle cheminée de Bruges. Elle occupe une salle du rez-de chaussée de l'aile méridionale. Enliii,on prépare des salles pour recevoir les bas-reliefs découverts récemment par .\L Botta sur l'emplacement de iNinive.
MusKE DKs TUEKMES KT DE l'hotel DE CLUiNY, situé rue dcs Mathurins- Saint-Jacques. —11 se compose en grande partie de la précieuse collection que M. du Sommerard avait travaillé pendant trente ans à former et qu'il transporta, en 1833 , dans son habitation de l'hôtel de Cluny, bâti en 1505 par le cardinal d'Amboise. Acquise par le gouvernement en 1842, époque de la mort du savant archéologue, cette collection est devenue un intéressant musée d'antiquités nationales. On y trouve une foule d'objets curieux qui peuvent servir à l'étude des arts du moyen âge et de la Renaissance; on y remarque, enlr'autres richesses, de magnifiques armes, des travaux remarquables de serrurerie et de menuiserie, de belles faïences de Flandre et d'Italie, d'élégantes poteries, œuvres de Bernard de Palissy, et des émaux d'une admirable conservation. D'autres objets se rattachent à des souvenirs historiques, en môme temps qu'ils olTrent un grand intérêt, sous le rapport de l'art ; nous citerons par exemple les étriers que portait FrançoisP»' à la bataille de Pavie, et l'échiquier en cristal, dit du roi saint Louis. — Ce beau musée archéologique occupe aujourd'hui la chapelle et huit ou dix salles de cet hôtel de Cluny dont l'architecture offre un si heureux modèle du style de transition en honneur au commencement du xvi»^ siècle. Pour donner plus d'extension à rétablissement nouveau, la ville de Paris a cédé gratuitement à l'État le palais des Thermes, curieux débris des ancieimes constructions que Constance Chlore avait fait édiller au iv^ siècle. Ces deux monuments contigus l'un à l'autre, l'hôtel de Cluny et le palais des Thermes, seront réunis par une galerie intermédiaire et formeront par eux-mêmes une des parties les plus in téressantes peut-être du musée d'antiquités nationales.
MUSÉE DUPUYTKEiv. Il cst situé ruc de l'École-de-Médecine , dans l'ancien réfectoire du couvent des Cordeliers. Ainsi que son nom l'indique, il doit sa fondation à l'illustre et savant Dupuytren qui, à cet effet, a légué une somme de deux cent mille francs à la Faculté de Médecine de Paris. Ce musée a été établi dans le but de présenter, iéunis dans une vaste collection, tous lesobjoî'^ qui peuvent favoriser l'étude de Tanatomie-pathologique. Il a été inauguré par Broussais, le 2 novembre 1835.
MUSÉUM D'aisToiBE NATUUELLE ET jAUDiiN DU ROI. — J'ai déjà parlé de l'origine de cet établissement, fondé sous le titre de Jardin Royal dps Herbes Médicinales^ et destiné à favoriser les progrès de la botanique et de la chimie. Cet établissement s'accrut au delà de toute espérance , sous la direction successive de plusieurs illustres naturalistes, tels que Fagorî , Tournefort, Sébastien Vaillant, Bernard de Jussieu, Du Fay, et enfin Buffon, autour duquel se groupaient Desfontaines, Daubenton, Macquer, Fourcroix, Brongniart, Petit,
C32 IMSTOIKE DE PARIS
Portai, Vicq d'Azir. qui vinrent, chacun à des degrés divers, apporter au Jardin du Roi de nouvelles richesses, et agrandir, par de remarquables travaux, l'utile fondation de Louis XIll. Depuis Buffon, une nouvelle génération de savants a continué cette œuvre, et le nom de Cuvier est venu s'ajouter aux noms glorieux qui ont déjà jeté tant d'éclat sur les sciences naturelles.
Le Jardin du Roi, qui occupe une superficie de 84 arpents, se divise en trois grandes parties désignées sous le nom de Jardin haut^ Jardin bas et Vallée suisse. Le jardin bas s'étend des bords de la Seine jusqu'aux galeries du Muséum ; il est consacré à l'étude des végétaux et à leur culture. On y trouve : V École de botanique où les plantes sont rangées par familles; V École des arbres fruitiers et X École de culture, destinées à offrir le modèle des diverses pratiques qu'on peut employer pour l'éducation et la multiplication des végétaux. Plus loin , quatre carrés sont réservés à la culture de plantes médicinales dont on fait aux pauvres une distribution gratuite. Puis vient VEcole des plantes usuelles, où sont rangées par ordre de propriétés, les plantes qui contribuent à la nourriture de l'homme; celles t^ui servent de fourrages, puis celles qui sont employées, par l'industrie, comme matière première. A la suite de l'Ecole des plantes usuelles, on voit des pépinières et des bosquets d'arbres de toute espèce; enfin, plus loin encore, dans des carrés creusés à dix pieds de profondeur, le Jardin des semis ^ destiné à conserver et à multiplier les productions végétales réunies dans le Muséum et le Jardin de naturalisation^ où l'on dépose, pendant l'été, les arbres et les arbustes qui ont passé Thiver dans la serre tempérée.
Le Jardin haut présente un terrain accidenté et n'est autre chose qu'un lieu de promenade pittoresque. Des allées d'arbres verts, disposées en labyrinthe, conduisent au sommet d'une colline à pentes rapides, d'où le regard peut s'étendre sur une grande partie de Pans, et découvrir le donjon de Vincennes, le cours de la Seine et de la Marne et la plaine dlvry. En descen dant sur l'une des pentes, on voit le fameux et magnifique cèdre du Liban, apnuporté par Bernard de Jussieu , et plus bas, une colonne de granit, moment funéraire élevé à la mémoire du savant naturaliste Daubenton.
Entre le jardin haut et le jardin bas se trouvent les serres chaudes, élégantes constructions en fer, destinées à préserver des variations de la température, les végétaux du tropique. On y entretient en hiver une chaleur de douze degrés. Les serres tempérées, bâties depuis quarante ans, occupent une superficie d'environ 67 mètres de longueur sur 8 de largeur; la construction a 9 mètres de haut. On ne la chaufl'e que lorsque la température a fait descendre le thermomètre au-dessous de zéro. Elle sert d'abri aux plantes et aux arbres provenant de rhémisphère boréal, de la terre de Diémen, de la Nouvelle-Zélande, etc.
La Vallée suisse forme, dans le Jardin du Roi, la troisième des grandes divisions que nous avons indiquées plus haut. C'est là qu'on a transporté, en 1794, l'ancienne ménagerie, réunie dans le parc de Versailles par Louis XIV et ses deux successeurs. Les fabriques qui servent de logement aux animaux présentent un aspect pittoresque et varié. Au centre de ces fabriques est une rotonde à neuf pavillons habitée par les grands animaux; l'élephant, la girafe, les but-
sous LOUIS-PHI l.IIM>I': 1". 633
tles, etc. Une grande quantité de petits parcs, séparés par de légers treillages, contiennent d'autres espèces d'animaux, rangés par catégories. Les singes occupent une grande construction en fer d'une élégante architecture; enfin la volière, la faisanderie, les loges des animaux carnassiers, ont aussi leurs habitants d'espèces et de mœurs diverses.
L'ensemble du Jardin du Roi est complété par les vastes édifices où sont réunies les collections qui peuvent servir à l'étude des sciences naturelles. Les galeries nouvelles de bolanique et de miaéralofjie s'étendent sur un déveoppemcnt de 180 mètres. Elles contiennent d'immenses richesses minéralogiqucs, classées avec ie plus grand ordre. On y trouve aussi les herbiers, contenant les plantes de toutes les latitudes ; enfin on peut remarquer dans les salles du rezde-chaussée une collection de végétaux fossiles.
Le cabinet d'analomie comparée renferme tout ce qui peut servir aux progrès de la science anatomique, les squelettesde tous les animaux connus et ceux des diverses races d'hommes qui peuplent le globe. L'ancien cabivet d'Histoire natiirelle^qu'i s'élève à l'extrémité des grandes allées, en face de l'entrée principale du jardin, est, depuis 1834, consacré entièrement aux collections zoologiques. La prodigieuse quantité d'objets qui y sont réunis, rend aujourd'hui insuffisant cet édifice qui s'étend sur une façade d'environ 100 mètres. On y trouve tous ce qui est relatif aux diverses branches de la zoologie, à l'histoire des mammifères, des oiseaux, des poissons, des reptiles, de tous les animaux enfin, dans leurs variétés infinies et leurs classes distinctes. Dans les dépendances de cet établissement on a formé une bibliothèque de 18,000 volumes relatifs aux sciences naturelles; on y conserve une collection de dessins formant plus de 200 volumes in-fol. et connus sous le nom de Vélins du muséum.
J'ai parlé ailleurs du musée du Luxembourg, où sont déposés des tableaux exécutés par des artistes français vivants ; du musée d'Artillerie, si riche en armures et armes de toutes les époques, du musée des Antiques, à la Bibliothèque- Royale, ainsi que du inusée du Conservatoire des arts et métiers.
ÉCOLE ROYALE DES BEALX-AUTS, situéc Tuc dcs Pctits-Augustins. La destination de ce beau monument consacré aux arts et les chefs-d'œuvre qu'il renferme, le classent naturellement au nombre de nos Musées. L'École dei> Beaux- Arts fut commencée en 1819, sur l'emplacement des Petits-Augustins, par M. Debret; mais les travaux les plus considérables ont été exécutés sous la direction de M. Duban. Spécialement destinée à l'enseignement de la peinture, de la sculpture et de l'architecture, l'école offre la réunion des modèles ie.f plus précieux et les plus propres à favoriser les travaux des jeunes artistes.
La première cour de cet établissement est décorée par la façade principale du château d'Anet que Henri 11 fit élever, en 1548, par Philippe Delorme pour Diane de Poitiers. Cette façade sert de frontispice à l'ancienne église des Petits- Augustins, transformée en Musée. On y voit les modèles en plâtre, moulés sur les originaux, des principaux ouvrages de Michel-Ange, des portes du baptistère de Florence, etc., et la copie, par Sigalon, de la célèbre fresque du jugement dernier, par Michel-Ange.
Dans le corps de bâtiment comprenant la division dus classes joiiiiiaiières,
634 HISTOIRE DE PAKIS
sont deux amphithéâtres pour les études d'après nature et d'après l'antique, précédés par une vaste salle d'attente ; des galeries latérales conduisent aux salles des modèles et à celles des machines destinées aux divers enseignements de l'architecture.
La cour d'entrée est séparée de la cour principale par un admirable fragment du château deGaillon, érigé en 1500, sous le règne de Louis X!I, par le cardinal Georges d'Amboise. La seconde cour, dans laquelle le fragment de Gaillon donne entrée, est décorée d'une cuve circulaire d'un grand diamètre, qui provient d'un ancien réfectoire de l'abbaye de Saint-Denis. Les murs à droite et à gauche de l'arc Gaillon se développent en quart de cercle , et sont ornés de divers fragments dont le plus grand nombre provient du même château de Gaillon , d'autres du château d'Écouen , le reste de divers monuments détruits. Gette cour est décorée par la façade principale du Musée des Études. Cette façade est ornée de colonnes, de médaillons en marbre et en bronze, et de fragments antiques en marbre ; les noms des plus célèbres artistes de toutes les Ecoles sont inscrits sur une frise au-dessous de l'ordre corinthien de cette façade. — Les portraits en relief de Philibert Delorme et de Jean Goujon sont placés de chaque côté de la porte dans des médaillons de bronze à fond d'or. Plus haut on voit ceux de Poussin et de Lesueur. Enfin les parties latérales de cette cour sont limitées par des balustrades à jour d'un style élégant , qui proviennent également du château de Gaillon.
Au centre du Musée des Études est une cour rectangulaire, autour de laquelle s'étendent les quatre corps de bâtiment de ce Musée. Des colonnes adossées aux murs, supportant des bustes, ornent le pourtour de cette cour. Les grandes portes situées au milieu des deux principaux corps de bâtiment sont décorées de magnifiques colonnes en marbre rouge. Les portraits de Périclès, d'Auguste, de Léon X et de François I^% symboles des quatre grandes époques de l'histoire des arts, sont placés, deux par deux, de chaque côté de ces portes.
Des galeries du premier étage, celles de droite sont assignées spécialement aux expositions et au jugement des concours de la section de peinture et de sculpture; celles de gauche sont destinées à la section d'architecture.
La galerie de face du palais contient trois expositions permanentes : !« des tableaux qui ont mérité à leurs auteurs les grands prix de Rome; 2° d'une précieuse collection des empreintes des sceaux du royaume depuis Pharamond jusqu'à nos jours; 3" d'une nombreuse et curieuse suite de modèles en talc et en liège, de monuments antiques égyptiens, grecs, romains, syriens, mexicains, asiatiques, etc. Parmi les ouvrages de peinture importants que renferme ce bâtiment, je dois signaler l'hémicycle de l'amphithéâtre principal , peint par M. Paul Delaroche.
Des cours relatifs à tout ce qui concerne la peinture, la sculpture, l'architecture et gravure, sont établis au palais des beaux-arts. Tous les ans, les élèves de cette école concourent entre eux, et celui qui, dans chaque spécialité, obtient le premier grand prix, est entretenu à Rome , pendant cinq ans , aux frais de l'Etat.
Auc DE TRIOMPHE DE L'ÉTOILE , situé hors Paris , à l'extrémité ouest des
sors I.OIIIS PIlllJPPi: I". 635
Champs Élysées, et auprès de la barrière de Neuilly. Un décret impérial, du 18 février 1806, ordonna la construction de cet arc de triomphe, consacré à perpétuer le souvenir des victoires des armées françaises. Napoléon voulut que ce monument tut gigantesque comme les faits d'armes qu'il devait ra[)pelcr à la postérité : aussi les proportions colossales de cet édilice surpassent-elles de beaucoup celles de tous les arcs connus (1). La première pierre fut posée le 15 août 1806. Dès le mois de mai , on avait commencé les fouilles et les fondations. M. Chalgrin, qui avait fourni le plan du monument, dirigea les travaux de construction jusqu'au-dessus de la corniche du piédestal. Au mois de janvier 1811, époque de la mort de cet artiste, M. Goust suivit Pexécution du projet jusqu'à la hauteur de l'imposte du grand arc. Les travaux furent interrompus en 1814, mais, après la guerre d'Espagne de 1823, ils furent repris en exécution de l'ordonnance royale du 9 octobre de la môme année, qui décida que l'arc de triomphe de l'Étoile consacrerait la mémoire de cette expédition. M. Goust fut chargé encore de la direction des travaux. L'arc de triomphe fut élevé alors jusqu'à la première assise de l'architrave de l'entablement. En 1828, M. Huyot remplaça M. Goust , et fit exécuter le grand entablement, la voûte ogive destinée à supporter le dallage supérieur, et la sculpture d'ornement de la grande voûte. Après la révolution de juillet, l'arc de triompjie a été rendu à sa destination première (2).
Le 31 juillet 1832, M. Blouet fut appelé à terminer ce monument : c'est depuis cette époque qu'ont été exécutés l'attique, la grande salle voûtée, le dallage de de la plate-forme, la balustrade supérieure, et Pacrotère qui surmonte le monument, le pavage sous l'arc principal et les arcs latéraux, et le système d'éclairage et d'illumination par le gaz. C'est aussi sous la direction de M. Blouet qu'ont été faits les travaux de sculpture. L'arc de l'Étoile a été inauguré le 29 juillet 1836, anniversaire de notre révolution. On a dépensé, pour le construire et le décorer, la somme de 9,651,115 fr. 62 cent. Voici maintenant quelques détails sur les sculptures et les ornements qui le décorent.
Décoration extérieure. Les deux grandes faces, traversées par la route , regardent, Pune les Tuileries, et l'autre le pont de Neuilly; les deux petites faces regardent, Pune, à droite (en venant de Paris), la campagne de Clichy; et î'autrc, à gauche, le village de Passy.
Chacune des grandes faces présente , dans sa partie inférieure, deux groupes de sculpture de grandes proportions, l'un à droite, Paulre à gauche de la grande voûte. Chaque groupe ail mètres 70 centim. de haut, et les figures 5 mètres Socentim. Sur la face du côté des Tuileries, le groupe de droite, composé et exécuté par M. Rude, représente le Départ [l792). Le génie de la guerre, le
(1) Sa hauteur est de 49 mètres 483 millimètres; sa largeur, de 44 mètres 820 millimètres, et son épaisseur, de 22 mètres 210 millimètres.
Le grand arc qui s'élève sur l'axe de la route de Neuilly a 20 mètres 429 millimètres de hauteur, sur 14 mètres G20 millimètres de largeur. Les petits arcs latéraux ont 18 mètres G80 millimètres , sur 8 mètres 440 millimètres de largeur. Les fondations ont 8 mètres 375 millimètres de profondeur audessous du sol, sur 54 mètres 560 millimètres de longueur, et 27 mètres 280 millimètres de largeur.
(2) Nous empruntons la plupart de ces détails à l'intéressante Notice historique sur VArc de Triomphe de l'Etoile, put liée par MM. Thierry et Coulou, inspecteurs du monument.
636 HISTOIRK DE PAHIS
glaive â la main, pousse le cri d'alarme. Un chef agite son casque pour appeler à lui les guerriers citoyens. Un jeune homme, plein d'enthousiasme, se serre contre lui; à droite, un autre personnage se dispose à marcher contre l'ennemi ; il se débarrasse de son manteau et a déjà tiré Tépée. Derrière cet homme, un vieillard semble adresser des conseils au chef de l'expédition. A gauche, un guerrier, assis, tend son arc, tandis que derrière lui un guerrier, revêtu d'une cotte de mailles, sonne de la trompette. Derrière encore, mais plus au centre du groupe, on aperçoit la tête d'un jeune cavalier domptant un cheval. Enfin , au-dessus de ces personnages flotte le drapeau national. Le groupe de gauche, sur la même face, composé et exécuté par M. Cortot, membre de l'Institut, représente le Triomphe (1810). L'Empereur est couronné par la Victoire; la Renommée publie ses hauts faits, tandis que l'Histoire les écrit. Les villes vaincues viennent faire leur soumission au vainqueur, et des trophées d'armes, prises à l'ennemi, sont suspendus à un palmier ; plus loin, on voit un prisonnier chargé de fers. — Le groupe de droite , sur la face du côté du pont de Neuilly, par M. Etex, représente la Résistance (1814). Enfin, le groupe de gauche, sur la même face, exécuté également par M. Etex, représente la Paix (1815).
Entre l'imposte du grand arc et l'entablement sont placés deux bas-reliefs sur chacune des grandes faces, et un seul bas-relief sur chacune des faces latérales. — Le bas-relief de droite , sur la face du côté des Tuileries, représente les funérailles du général Marceau. Cet ouvrage est de M. Lemaire. — Le basrelief de gauche, sculpté par M. Seurre aîné, représente la bataille d'Aboukir, — Le bas-relief de droite, sur la face du côté du pont de Neuilly, représente le passage du pont d'Arcole. Il est de M. Feuchère. — Celui de gauche, sur la même face, par Chaponnière, représente la prise d'Alexandrie. Le bas- relief de la face latérale de droite, par M. Gechter, représente la bataille d'Austerlilz , gagnée le 4 décembre 1805. — Celui de la face latérale de gauche, par M. Marochetti, représente la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792).
Les Renommées placées dans les quatre tympans des deux grands arcs ont été composées et exécutées par M. Pradier.
Dans la frise du grand entablement, et tout à Tentour du monument, régne un bas-relief représentant , sur la face du côté de Paris , et en retour sur la moitié des deux faces latérales, le Départ des armées ; et sur la face du côté de Neuilly^ et en retour sur l'autre moitié des deux faces latérales, le Retour des armées. Cette frise a été exécutée par six artistes : MM. Brun, Laitié, Jacquot, Caillouette, Seurre aîné et Rude. Enfin on a inscrit sur 30 boucliers, placés dans la hauteur de l'attique, le nom de trente de nos plus éclatantes victoires.
-Décoration intérieure. Les tympans des petits arcs, sous la grande voûte, représentent V Artillerie et la Marine. Le premier de ces deux sujets a été exécuté par M. Debay ; le second, 'par M. Seurre jeune.
Inscriptions. Ces inscriptions, qui occupent les emplacements que la sculpture avait laissés libres sous la grande voûte, sont destinées à perpétuer le souvenir des hauts faits de nos armées, et ont été classées, autant qu'il était possible, par ordre chronologique. On a divisé la nomenclature des noms en quatre parties, correspondantes aux théâtres de la guerre du nord, de l'est, du sud et de l'ouest,
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sous LOUIS-IMIIMIMM. I". 637
A côté des tableaux de nos victoires , el sur les parois extérieures, sont inscrits les nomsdes généraux (jui ont le plus contribué à la j;loire de nos armes.
COLONNE DE JUILLET, destinéc à |)erpétuer la mémoire do la révolution de 1830. Klle est située sur la place de la Haslille, enire le canal et la nouvelle gare Saint-Martin , sur l'emplacement que devait occuper la fontaine de l'élépbant, dont le modèle gigantesque en |)Iàtr(* a élé vu longtemps à c(Mé du mo nument qui l'a remplacé.
Celte colQune s'élève au-dessus de deux soubassements en marbre blanc ornés de médaillons en bronze représentant la croix de juillet et les attributs de la Charte, de la Force et de la Justice. Les quatre faces du piédestal sont cannelées. La principale, celle qui regarde la rue Saint-Antoine, porte une inscription.
Un Lion , symbole de la puissance populaire , se voit au-dessous de cette inscription. On le doit au talent de M. Barye. La façade op|)osée présente les armes de la ville de Paris et une autre inscription qui rappelle la date et le texte des dispositions législatives concernant l'érection et remplacement de la Colonne de Juillet. Les deux façades latérales portent dans des couronnes de lauriers les dates des 27, 28 et 29 juillet 1830, enlacées de palmes et de guiilandes.
Au-dessus du piédestal et comme couronnement, se dessinent des guirlandes de chêne retenues aux quatre angles par autant de coqs.
Le fût de la colonne est partagé en trois parties sur lesquelles les noms des morts dans les trois journées sont inscrits en lettres d'or ; quatre bracelets ornés de têtes de lion séparent ces trois parties, et c'est par la gueule de ces ligures que l'air et la lumière pénètrent dans l'intérieur de la colonne. Le chapiteau est formé d'une guirlande de petites feuilles, surmontée par une corbeille avec une grande feuille à chaque angle; sur chaque face est sculptée une tête de lion et au-dessous quatre enfants qui soutiennent des guirlandes de fleurs et de fruits. Au centre de la balustrade qui l'entoure, s'élève la lanterne sur laquelle plane le Génie de la liberté , par M. Dumont, tenant d'une main une chaîne brisée et de l'autre une torche allumée.
On pénètre dans l'intérieur du monument par une porte en bronze donnant accès dans une galerie circulaire pavée en marbre blanc avec des croix et des étoiles en marbre noir. Quelques marches conduisent à deux caveaux funèbresoij sont déposés, dans de vastes sarcophages, les restes des combattants de 1830. L'escalier qui conduit au sommet de la colonne se trouve sous une sorte de péristyle voûté; il a 205 marches et deux personnes y peuvent aisément monter de front. Ce monument est entièrement en bronze, il fut fonde en 1831, par M. Alavoine, et, après la mort de cet architecte , terminé en 1840 sous la direction de M. Duc.
PALAIS d'ousay, situé entre les rues de Poitiers, Belle-Chasse, de Lille et le quai d'Orsay.— Cet édifice fut commencé en 1810; les travaux poursuivis lentement, viennent d'être achevés. On avait songé d'abord à placer dans le Palais du quai d'Orsay le ministère des affaires étrangères ; plus tard on jugea à propos de donner à ce monument une autre destination, et il est aujourd'hui occupé par le Conseil-d'État et la Cour des Comptes.
Il présente, du côté du quai, un corps de bâtiment, double en profondeur,
de 103 mètres de longueur sur une largeur de 29 mètres. Un autre corps de bâtiment, orné d'un portique au rez-de-chaussée, et d'une galerie au premier étage, est construit sur la rue de Lille. Ce portique et cette galerie sont à arcades ouvertes et forment l'entrée et la façade principale , qui a 113 mètres de développement. A droite et à gauche sont deux bâtiments en ailes, faisant façade; l'un sur la rue de Poitiers, et l'autre sur la rue de Belle-Chasse. Enfin, deux autres corps de bâtiment intermédiaires s'élèvent à droite et à gauche d'une cour, entourée de portiques à arcades, qui se trouve au centre de l'édifice; deux autres cours secondaires séparent chacun des bâtiments intermédiaires de chacune des deux ailes. Des sculptures décorent les diverses façades; des colonnes soutiennent les galeries et les portiques; de larges escaliers conduisent aux différentes parties de l'édifice. Ce monument a coûté près de douze millions; les travaux ont été achevés sous la direction de M. Lacornée.
FONTAINE MOLIÈRE. En 1836, le couscil municipal décida de faire reconstruire la fontaine de Richelieu, située à l'angle de la rue Trav^ersière ; il fut arrêté aussi que cette fontaine serait un monument destiné à consacrer le souvenir de Molière, mort dans la maison du passage Hullot. Une souscription fut ouverte dans ce but, le gouvernement donna une somme considérable, et la nouvelle fontaine fut construite Bur les dessins de M. Visconti. Cette fontaine se compose d'une vasque polygone, derrière laquelle s'élève une ordonnance d'ordre composite qui ne manque pas d'élégance. Au-dessus du bassin, il y a un socle qui est surmonté de la statue assise de Molière. Adroite et à gauche de ce socle, on voit deux belles statues de M. Pradier, représentant l'une la coméd>e légère^ l'autre la comédie sérieuse.
FONTAINES DE LA PLACE DE LA coNCOiiDE. — L'obélisque de Luxor cst placé au centre d'un plateau oblong aux extrémités duquel on a élevé deux grandes fontaines monumentales. La décoration de l'une de ces fontaines fait allusion à la pêche fluviale; la décoration de l'autre fontaine, à la pêche maritime. Du milieu du bassin de la première fontaine s'élève un piédouche autour duquel sont représentés le Rhin et le Rhône, par M. Gechter, et quatre Génies des récoltes , par MM. Lanno et Husson. Ces figures assises , ont 9 pieds de proportion. Entre les proues, qui sont au-dessous, on voit six dauphins. Le piédouche porte une grande vasque qui est surmontée par un second piédouche autour duquel sont rangés trois enfants et trois cygnes, par M. Feuchère. Dans le grand bassin sont des tritons et des néréides tenant un poisson, dont la bouche donne passage à un jet d'eau; ces figures sont de MM. Desbœufs et Ant. Moine. La seconde fontaine, du côté de la Seine, est composée de la même manière ; les grandes statues représentent l'Océan et la Méditerranée, par M. Debay père; la pêche des poissons de mer et la pêche des perles, par M. Desbœufs, la pêche du corail et la pêche des coquillages, par M. Valois. Les enfants du second piédouche sont de M. Brian; les figures et les vasques de ces fontaines, exécutées sur les dessins de M. Hittorif , sont en fonte.
FONTAINE DE LA PLACE Louvois. — Cette fontaiue a été élevée sous la direction de M. Visconti. Elle se compose d'un vaste bassin de pierre, du milieu duquel s'élève un socle portant deux vasques. Entre les vasques on voit quatre
RoTiaPG^e Itères dd. SL sculv
yOTVlA'Wll 1DL3ESS.
hiUlic' \>iii- Fuino. à Pai-is.
sous L01]|S-IMI1M]>IM: I«'. (139
statues do bronze, represenlaut la Seine, la Saône, ia Loire el la Garonne. Elles ont été exécutées par M. Klaj^inann.
FONTAINE cuviER, au coiu des rues Cuyier et Saint-Victor. Klle se compose d'un bassin et d'une ordoiniance ionique, surmontée d'un entablement sur lequel on lit: .1 Georf/es Cuvier. Au centre de rordoimance est une niche où l'on voit la statue du Génie de l'histoire naturelle, accompagné d'nn hibou et d'un lion. La frise représente divers objets se rapportant à l'auatomio comparée; le règne végétal est représenté sur l'archivolte de la niche. Celte l'ontaine a été bùtie sur les dessins de M. Alph. Vigoureux. La statue est de M. Feuchères, et les ornements sont de M. Pomarateau.
FONTAINE DE LA PLACE SAiNT-suLiMCE. Ce monumcut, qui scra considérable, est en voie d'exécution. C'est M. Visconti qui en a fourni les dessins. Cette fontaine doit se composer d'un bassin de i20 mètres de diamètre. Un piédestal, porté sur huit lions ailés, soutiendra une seconde vasque; puis se présentera une sorte de lanterne, percée de niches dans lesquelles on placera les statues colossales de plusieurs apôtres, des evangélisles, etc.
FONTAINE NOTRE-DAME. — Cette foutaiuc s'élèvc derrière le chevet de la cathédrale. Elle offre, dans sa composition, un mélange du style d'architecture en honneur auxxiu*' et xiv^ siècles. Elle a été faite sous la direction de M. Alph. Vigoureux. Un clocheton pyramidal s'élève au-dessus d'un bassin, et présente une niche à jour dans laquelle est placée une statue de la Vierge. Plus bas on voit trois anges foulant aux pieds trois dragons qui lancent de l'eau.
OBELISQUE DE LUXOR. — En 1829, le gouvernement français voulut mettre à exécution le projet, depuis longtemps conçu , de transporter à Paris l'un des obélisques de Luxor. Une commission fut nommée à cet elfet, et M. Lebas, ingénieur de la marine, fut chargé de diriger les travaux qu'exigeait l'embarquement du précieux monolithe.
Au mois d'août 1831 , un bâtiment construit exprés pour le transport de l'obélisque, arriva vis-à-vis des palais de Luxor, situés à une petite distance du Nil. On s'occupa d'abord à déblayer les deux obélisques placés à l'entrée du palais, et à découvrir leur socle enterré à une assez grande profondeur.
M. Lebas choisit le plus petit des obélisques, comme étant d'une conseï valion plus parfaite et d'un transport plus facile ; et cependant on estime qu'il pèse 250,000 kilogrammes. 11 fallut d'abord pratiquer un chemin , ou plan incliné, depuis l'obélisque à transporler jusqu'au navire le Luxor, et pour cela trancher deux monticules d'antiques décombres , et démolir la moitié du village qui se trouvait sur la route; ces tranchées ont demandé le travail de huit cents hommes pendant trois mois. On procéda alors à l'abattage et k l'embarquement du monument, et ces opérations exigèrent toute la science de l'ingénieur.
L'obélisque n'arriva à Paris qu'au mois de décembre 1833, et fut élevé le 25 octobre 1836, sur la base de granit qui lui avait été préparée au centre de la place de la Concorde. Toutes les difficultés que présentait l'érection de ce monument furent vaincues, avec autant de bonheur que d'habileté, par M. Lebas. Les procédés qu'employa cet ingénieur, sont d'une simplicité remarquable, sur-
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tout si on les compare à ceux dont on s'est servi pour mettre sur pied la colonne Alexandrine et pour dresser l'obélisque de la place du Vatican, à Rome. Ces procédés sont figurés sur le socle de granit qui supporte l'obélisque. Ce monument présente, sur ses quatre faces, une inscription hiéroglyphique qui apprend que ce monolythe a été érigé par Rhamsès le Grand ou Sésostris.
LE PONT LOUIS-PHILIPPE commuuiquc du port au Blé à la pointe de l'île de la Cité, en s'appuyant sur la pointe occidentale de l'île Saint-Louis. Ce pont suspendu, inauguré le l^'' mai 1834, est le premier, à Paris, dans la construction duquel on ail employé des cables de fil de fer. Les voitures suspendues peuvent seules y passer. •
LE PONT DE BERCY, situé hors Paris, et près de la barrière de la Gare, communique du quai de la Râpée au quai d'Austerlitz. Il repose sur deux arches de pierre, qui supportent chacune une arcade. De fortes chaînes de fer soutiennent les trois travées de ce pont, qui sert aux piétons et aux voitures moyennant un droit de péage.
LEPONï DU CARROUSEL cst coustruit entre le quai Voltaire et le quai du Louvre. Sa construction est d'une hardiesse remarquable. Il se compose de trois arches de la plus grande ouverture : chaque arche présente cinq travées formées par de longues planches de sapin, superposées comme des ressorts de voitures, bien goudronnées et enfermées dans une enveloppe de fonte. Les vides, entre l'extrados des arches et le plancher, sont occupés par des cercles de fonte. Cette ingénieuse construction est l'ouvrage de M. Palonceau. Le pont du Carrousel est ouvert aux piétons et aux voitures moyennant péage.
PRISON DES JEUNES DÉTENUS, dite PRISON MODÈLE, situéc ruc de la Roquette. Cet établissement remarquable, dont le plan est dû à M. Lebas, architecte, sert de maison de correction pour les jeunes garçons détenus par autorilé de justice ou sur la réquisition de leurs parents. L'enceinte des bâtiments est de forme hexagone. A chacun des six angles s'élève une tourelle; au centre est une rotonde destinée à servir de chapelle. Six corps de bâtiment à trois étages lient les tourelles à la rotonde, et divisent la cour intérieure en six compartiments égaux. Ces bâtiments sont occupés au rez-de-chaussée par des ateliers, aux étages supérieurs par des cellules et communiquent les uns avec les autres par des ponts en fer. Toutes les parties de cette prison sont disposées de telle sorte que la surveillance puisse être exercée par une seule personne placée au point ceniral. En avant et en arrière de l'hexagone sont deux corps de bâtiment consacrés, l'un aux besoins de l'administration, l'autre à l'infirmerie.
NOUVELLE MAISON d'arrêï, en remplacement de celle de la force. Cette maison, dont la principale entrée s'ouvrira sur la place latérale de l'hôpital de la Salpètrière, est à la veille d'être terminée. Je me bornerai en conséquence à dire qu'elle pourra recevoir treize cents détenus, et qu'elle contiendra cinq ou six grandes divisions répondant aux diverses catégories de prisonniers. Un bâtiment spécial sera réservé pour les condamnés politiques. Cette maison est disposée pour la mise en pratique du système cellulaire.
PRISON située rue de la Roquette, dite dépôt des condamnés. Elle a été construite pour remplacer l'ancien dépôt de Bicêtre, dont les bâtiments sont aujour-
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dhui exclusivement destinés à recevoir des vieillards et des aliénés. Elle renlernio les individus condamnés à des peines alllictives ou iiiianiantes. Ce dépôt, entouré d'ime double enceinte, se compose d'un bAtimenl carré h quatre étages, au centre duquel est un vaste préau ; le rez-de chaussée est en partie occupe par des ateliers et des promenoirs couverts. Dans les élajjjes supérieurs se trouvent trois cents cellules destinées à garder séparément les prisonniers pendant la nuit. Cette prison a été bûtie sur les plans de iM. Cau ; elle a donné lieu à une dépense de 1,245,100 fr.
BxVSsiNS DE LA RUE UACiiNE. L'établissement de réservoirs pour l'aménagement des eauxMle l'Ourcq dans la rue Racine, a été commencé en 1836, et est aujourd'hui terminé. Ces réservoirs, au nombre de trois, contiennent près de 6,000 mètres cubes d'eau. Pour l'établissement de ces bassins, l'administration municipale a fait l'essai d'un nouveau mode de construction qui consiste dans l'emploi du béton pour toutes les parties de ces réservoirs. Ainsi, les piliers de fondation qui soutiennent toute la fabrique, les voûtes sur lesquelles les réservoirs sont appuyés, et qui servent de magasins, les murs latéraux et le fond, sont coulés comme d'une seule pièce en béton hydraulique.
PUITS DE GRENELLE. Entrepris en 1834, cc diiïicile et remarquable travail n'a été terminé qu'en 1841 , grâce à rintelligente activité de l'ingénieur M. Mulot. Pour trouver les eaux jaillissantes, il a fallu percer l'immense banc de craie sur lequel est assise la ville de Paris et pratiquer un forage de 548 mètres de profondeur. Pour assurer ensuite la conservation des travaux, on a dû revêtir les parois du puits artésien de tubes en fer forgé, capables d'opposer à l'action des eaux une résistance suffisante. La colonne d'eau que fournit ce puits s'élève aujourd'hui à 33 mètres 50 centimètres au-dessus du sol, et peut être conduite facilement dans de grands bassins, situés rue de la Vieille-Estrapade, sur un des points les plus élevés du faubourg Saint-Jacques, d'où on la distribue suivant les besoins de la population.
CHEMLNS DE FER. Paris compte en ce moment sept chemins de fer en activité ; celui de Rouen et celui de Saint-Germain; ceux de Versailles (rive gauche et rive droite); celui de Corbeil, celui d'Orléans et Tours, et celui de la frontière du Nord.
Le point de départ commun des chemins de ferde Rouen, de Saint-Germain et de Versailles (rive droite), est dans la rue Saint-Lazare où une vaste cour et deux élégants pavillons ont été construits pour l'admission des voyageurs.
Le chemin de fer de Paris à Versailles, par la rive gauche de la Seine, a son point de départ de Paris à la chaussée du iMaine.
Le chemin de fer de Paris à Corbeil, Orléans et Tours a son embarcadère sur le boulevard de l'Hôpital ; enfin, le chemin de Paris à la frontière du Nord part de la rue Lafayette. Tous ces chemins sont accompagnés par de vastes constructions, présentant les bureaux de l'administration, les salles d'attente pour les voyageurs, de longues halles où les wagons, à l'arrivée comme au départ, se trouvent à couvert, et de vastes magasins pour recevoir les marchandises et le matériel de l'établissement.
uoTEL-DE-viLLE. J'ai dit qu'en 1836 l'agrandissement de l'Hôtel-de-Ville
CÎ2 HISTOIRE DE PAUIS
fut résolu, que les fonds nécessaires pour les travaux furent volés, et que les architectes se mirent immédiatement à l'œuvre. Je vais ajouter quelques détails aux indications que j'ai données déjà sur la décoration de ce vaste monument (1). En 1842, l'aile droite et l'aile gauche sur la Grève, le corps de logis formant façade sur le quai, la façade nouvelle sur la rue Lobau, et l'aile gauche donnant sur la rue de la Tixeranderie étaient achevés. 11 restait encore à exécuter la décoration intérieure. L'année suivante on reprit les travaux, aujourd'hui presque terminés et évalués à 12,417,324 francs.
L'Hôtel-de-Ville présente actuellement un rectangle de 180 mètres de long sur 80 mètres de large, avec quatre grands pavillons à ses angles. La façade primitive a été prolongée au moyen de deux ailes bâties dans le même style que l'ancienne construction. Les architectes, pour les autres façades, se sont livrés à leur propre inspiration; ces façades nouvelles ont deux étages en arcades; celles qui sont parallèles aux quais ont treize travées séparées par des colonnes engagées. La façade sur la rue Lobau est décorée de colonnes dégagées et divisée en quinze travées; elle offrira une série de statues placées sur les piédestaux de la balustrade du couronnement.
Trois grandes portes sur la place de Grève, donnent entrée dans trois cours principales; celle de droite conduit aux appartements particuliers du préfet; celle de gauche aux bureaux de la préfecture ; ces deux cours sont symétriques et ont la forme d'un trapèze (34 mètres sur 20). Enfin celle du milieu, l'ancienne cour, est dite cour cVhonneur et mène aux salons du roi.
Les façades des deux cours latérales ont deux étages et sont surmontées d'un attique. La cour du préfet est richement décorée; on y voit des médaillons et des trophées sculptés. C'est par cette cour que l'on arrive à la galerie des fêles, laquelle occupe le corps de logis qui longe la rue Lobau. Cette galerie (48 mètres de long sur 13 de large et H de haut), est ornée de colonnes corinthiennes sur lesquelles s'appuie la voûte qui porte le plafond. La salle des Cariatides est voûtée en pendentifs et présente une tribune qui s'élève sur des figures. Les salons municipaux sont placés dans le bâtiment qui regarde le quai; on y arrive par un escalier rehaussé d'ornements exécutés par MM. Marneuf et Combettes ; dans les arcades du premier étage, des figures allégoriques ont été sculptées par MM. Venot, Brion, Debay, Caudron et Desprez. Dans le salon àUntroduction, on voit des frises peintes par M. Court; un autre salon vient en-
(I) Des recherches nouvelles, faites dans les archives de la municipalité parisienne, (voyez Hôiel-de- Ville de Paris, mesuré, dessiné et publié p:tr\ic\or Calliat, architecte, avec Notice historique, par Le Roux de Lincy, Paris, I8i4, in-f".),ont rectifié quelques erreurs accréditées depuis longtemps sur la construction de l'Hôtel-de-Ville. 11 parait certain que l'ancien édifice, commencé en 1633, est celui qui existe encore, qu'il a été bâti sur les dessins de Dom. Boccardodit de Cortone, assisté de Jehan Asselin, Maître des œuvres de la ville, et que les sculptures furent exécutées par Thomas Cliocijueur. En 16'» i , le rez-de-chaussée et les étages de la façade donnant sur la Grève ainsi que la cour d'honneur sur trois côtés, étaientachevés. Les travaux, longtemps suspendus, furent repris sous le règne de Henri IV, en 1G06. La façfide fut terminée en 1G08. Pierre Biard sculpta alors la statue équestre de ce roi, qu'on voit au-dessus de la porte centrale. De 1G12 à 1G28, on Làtil le pavillon de gauche de la façade, et le bâtiment qui clôt la cour d'honneur à gauche. Pour ces nouvelles constructions on se conforma aux plans de Dom. de Cortone Depuis on se borna à quelques modiûcalions dans la distribution intérieure de i'édillce.
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suite dont le plafond en arabesques est une œuvre de M. Laelièze; on y a place les portraits du roi et do la reine par M. Winteilialter ; on arrive de lu i\ trois salons de ;TV<'/)//o?i. Dans le premier M. Schopin a représenté les saisons, les éléments, les signes du zodiaque, Apollon et Diane. Autour du plafond du deuxième salon, on voit les figures allégoriques des sciences, par M. Auguste Messe. Quant au plafond, exécuté par M. Picot, il représente d'une manière allégorique la ville de Paris; enfin, le troisième salon, qui semble spécialement consacré aux lettres et aux arts, a été peint par M. Vauchelet. C'est le môme artiste a qui l'on doit les arabesques du salon suivant, dit salon jaune. La salle des banquets a été décorée de peintures par M. G. Jadin. Cet artiste a figuré dans les frises, la c/i«sse, lapdc/ie, la vendange, el la moisson.
Les salons du roi occupent, comme je l'ai dit, l'ancien corps de bâtiment de la place de la Grève. Dans la salle du Zodiaque on remarque les signes du calendrier dont la composition a été copiée des signes du môme genre, exécutés par Jean Goujon à l'hôtel de Carnavalet. La salle du trône est remarquable par ses deux cheminées monumentales; celle de droite est due au talent de Pierre Biard (1608), celle de gauche est l'ouvrage de Thomas Boudin.
L'Hôtel-de-Ville possède une bibliothèque publique. Cette bibliothèque, riche de plus de 50,000 volumes, sera placée dans trois salles situées au deuxième étage du pavillon qui donne rue Lobau et rue de la Tixeranderie. Elle a été fondée par M. Moriau, procureur du roi de Lt ville, qui mourut en 1759 et légua à la municipalité 14,000 volumes qu'il avait achetés dans ce but. Cette bibliothèque fut placée, dans le principe, à l'hôtel Lamoignon, et ouverte en 1763. Depuis elle a été augmentée par plusieurs legs et par un grand nombre d'acquisitions.
Actuellement rHôtel-de-Ville est isolé de toutes parts. La façade qui regarde le quai est précédée d'un joli jardin fermé de grilles.
PALAIS DU LCXEMBODRG. J'ai parlé déjà des travaux considérables qui ont été exécutés dans ces dernières années, au palais du Luxembourg, sous la direction de M. de Gisors. Je vais consigner ici quelques détails sur la décoration intérieure de cet édifice. — La salle des Séances est ornée de plusieurs tableaux; à droite et à gauche de l'hémicycle du président, on voit le Couronnement de Philippe-le-Long et les États généraux tenus à Tours en 1506, peints par M. Blondel. Dans les quatre pendentifs de la grande voûte, M. Abel de Pujol a représenté la Justice, la Sagesse, la Loi et la Patrie, M. Vauchelet a figuré dans les pénétrations de la voûte, la Vérité se découvrant de son voilCy la Prudence empêchant le mal, la Force iirotectrice favorisant le bien: enfin entre les fenêtres, il a peint Théodose et Justinien, Lycurgue et Moïse, INuma et Solon. Les sculptures des boiseries de cette vaste salle ont été exécutées, dans une moitié du grand hémicycle, par M. Elschoët, dans l'autre moitié par M. deTriqueti; quant aux sculptures du petit hémicycle et des portes d'honneur, elles sont l'ouvrage de M. Klagmann. —La décoration du salon de Lecture a été conliée à M. L. Boulanger. Dans plusieurs tympans, cet artiste a reproduit les allégories de la Méditation, de la Force, de la Paix, de la Concorde, de la Clémence, de la Justice et de la Vérité, et dans le plafond la réunion des hommes les plus illustres de tous les
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temps et de tous les pays. — Le salon du Silence offre des peintures de MM. ï)ecaisne, Vinchon etSignol ; le salon d'Hercule a été décoré par M. G. Jadin et le salon de Travail par M. Henry Scheffer. — V Elysée des grands Hommes que M. Eug. Delacroix a représenté sur la coupole de la bibliothèque est un des meilleurs ouvrages de cet artiste; des deux galeries de cette bibliothèque, l'une a été peinte par M. Riezner, l'autre par M. C. Roqueplan. Dans la Bibliothèque, on voit quatre statues de MM. Simart et Desbœufs; et, à l'extrémité des galeries, la statue de Montesquieu, par M. Nanteuil, et celle d'Et. Pasquier, par M. Foyatier. Enfin les tableaux de la chapelle du Luxembourg avaient été confiés au talent de M. Bouchot; après la mort de cet artiste, MM. Abel de Pujol, Vauchelet et Gigoux, ont été appelés à terminer la décoration de cette partie du monument.
CHAPELLE FUNÉRAIRE DU DUC D'oRLÊA^s. Le 13 juillet 1842, le duc d'Odéaus, monté dans une voiture légère, se rendait de Neuilly à Paris. A la hauteur de la porte Maillot, les chevaux prennent le mors aux dents; le prince, pour éviter le danger, se précipite hors de sa voiture et est renversé avec violence sur la route, d'où on le relève ensanglanté et privé de connaissance. On le porte dans une maison modeste de l'avenue de la Révolte. Le roi et les ministres, les princes et les princesses de la famille Royale, avertis de ce douloureux événement, se rendent en hâte auprès du duc d'Orléans. Les secours de l'art furent impuissants et quelques heures après, le prince rendait le dernier soupir.
La famille royale résolut de sanctifier par une construction religieuse le lieu oij venait de mourir l'héritier présomptif du trône de France. MM. Fontaines et Lefranc furent chargés de bâtir une chapelle funéraire. Cet édifice a la configuration d'une croix grecque, et rappelle par sa décoration le style d'architecture en usage à la fin du xii^ siècle. A l'intérieur il est décoré de vitraux exécutés sur les cartons de M. Ingres; ces vitraux représentent les patrons des membres de la famille d'Orléans. Un cénotaphe est placé dans l'un des croisillons de la chapelle. Sur ce monument le duc d'Orléans est liguré couché et protégé par un ange; la statue du prince est un ouvrage de M. Pradier; l'ange a été exécuté d'après une composition modelée par feu la princesse Marie d'Orléans. L'entrée de ce monument, pieux témoignage des regrets qu'a laissés après lui le fils aîné du roi, n'est pas publique.
STATUE DU DUC d'orléans. Cette statue équestre s'élève sur un piédestal au centre de la cour carrée du Louvre. Le prince est représenté l'épée à la main, et revêtu du costume de lieutenant-général. On a disposé sur les deux grandes faces du piédestal deux bas-reliefs en bronze, rappelant, l'un un épisode de la guerre d'Afrique, l'autre le siège de la citadelle d'Anvers. Ces ouvrages de sculpture ont été exécutés par M. Marochetti
ÉGLISE DE LA viLLETTE. Cet édifice, qui a été commencé en 1841 et achevé dans ces derniers temps, a été bâti sur les dessins et sous la direction de M. Lequeux. La façade présente une large porte cintrée, accompagnée d'une niche à droite et à gauche. Elle est percée au premier étage de trois fenêtres à arcades, et couronnée par un pignon au centre duquel s'ouvre un œil-de-bœuf. Le plan de cette église est à peu près celui des basiliques antiques ; c'est un rectangle
Î=^01TS KOÎ'IS-IMIII IPPI I-. 61.S
se terminant à l'une de ses extrémités par (rois absides. Derrière le chevet, se développe une sacristie qui sert de base à un eloelier oetoj^one. L'intérieur deleglise de la Villette est divisé en trois nefs parallèles au moyen de deux rangées de colonnes couvertes de stuc. On trouve, à droite en entrant, la chapelle desjonfs baptismanx, et à gauche la chapelle des âmes du pvrr/atoire. A l'extrémité des bas côtés, on a deux autres chapelles, Tune consacrée à /a Vierge, l'autre à saint Christophe. Les nefs sont couvertes par un plafond en charpente. Le sanctuaire est voûté, et décoré de peintures sur fond d'or par M. J. Bremont. Les vitraux qui garnissent les fencHres ont été exécutés sur les caitons de M. Gsell. Enfin, la chaire en marbre est rehaussée d'un bas-relief dû au ciseau de M. Dantan aîné.
LES cuAMPS-ÉLYSÉiîS. H v a quclqucs années, les Cham|)s-Élisées étaient inabordables pendant la mauvaise saison et n'olîraient pas la nuit une entière sécurité. Pour remédier à cet état de choses, l'administration chargea M. HitlorI d'exécuter des travaux d'embellissement sur les princi[)aux points de ces promenades. On commença par éclairer l'avenue de ri<>toile au moyen d'un nombre considérable de candélabres à gaz; puis on établit, dans les doubles contre allées de l'avenue, un large trottoir eu bitume. Bientôt à la place des masures agrestes qui s'abritaient sous les belles plantations de la promenade, on vit s'élever d'élégants édifices, aux corniches et aux entablements décorés de^moulures peintes, destinés à servir de cafés ou de restaurants. On érigea dans les principaux carrés de jolies fontaines surmontées d'une ligure de bronze. En même temps on bâtit au fond du carré Marigny, une vaste rotonde dont le rez-de-chaussée forme une galerie circulaire, et dont l'intérieur est disposé pour recevoir des vues peintes en panorama. Dans le carré du côté opposé, s'élève un amphithéâtre élégant appelé le Cirque des Champs-Elysées, où l'on donne, pendant l'été, des représentations équestres. Ce cirque, construit sur un plan polygone, présente une frise polychrome, où se voient des tètes d'animaux exécutées par M. .Marneuf. L'édifice est précédé d'un portique qui s'appuie sur quatre colonnes. Ce portique est surmonté d'un fronton dont M. Pradier a exécuté les sculptures, et est couronné par une statue équestre en bronze. Sous le portique on remarque plusieurs bas reliefs. Je citerai la Course des chars de M. llusson, Apollon et les Muses par M. Duret, les Courses à pied par le baron Bosio. Les gradins en amphithéâtre reposent sur des voûtes en pierres; toute la fabrique est couverte par un toit en charpente d'une construction aussi élégante qu'ingénieuse.
Grâce à tous ces embellissements, les Champs-Elysées, sont aujourd'hui ivnô des promenades les plus belles, les plus agréables et les plus suivies de Paris.
RÉSERVOiHS DU PUITS DE GRENELLE, situés Vieille ruc de l'Estrapade et place du Panthéon. Cet édifice présente une masse cubique contenant plusieurs réservoirs voûtés en berceau. Cette construction, d'apparence rustique a été dirigée par M. Alph. Vigoureux. Sur deux de ses faces, le mur qui enclôt ces réservoirs est décoré d'un grand écusson, aux armes de la ville de Paris, sculpté sur pierre.
LA MOiiGUE. C'est un petit édifice rectangulaire, qui est situé près du pont Saint-
Michel et s'élève au-dessus du lit de la Seine. Il ne présente rien de remarqua-^ ble dans sa construction. II est destiné à recevoir les cadavres des personnes dont on ne connaît ni le domicile ni la famille. Les cadavres abandonnés que recueille la police sont transportés à la Morgue et étendus sur une sorte de lit de camp dont l'approche est défendue par une grille. Au-dessus de chaque dé~ funt ainsi exposé, on suspend les vêtements qu'il portait, pour qu'on puisse plus facilement constater son identité. Près de là est une salle pour les autopsies.
THÉÂTRES. — Dcpuis la Révolution de juillet, plusieurs théâtres ont été bâtis à Paris. Le théâtre du Palais-Royal di été reconstruit en 1831, sous la direction de M. Guerchy, sur l'emplacement de l'ancien théâtre Montpensier, à l'extrémité de la galerie Montpensier, au Palais-Royal. La môme année vit s'ouvrir le théâtre des Folies-Dramatiques, à la place occupée auparavant par le théâtre de l'Ambigu-Comique. Cette salle fut construite par M. Allaux, architecte. Le théâtre de V Opéra-Comique^ place Favart, ruiné par un incendie, alors qu'il était occupé par la troupe des Italiens, a été restauré en 1839 et ouvert l'année suivante. Le théâtre de la Gaîté, également détruit par un incendie quelques années avant, a été rebâti en 1835. Pour le mettre désormais à l'abri des flammes, on n'a employé que la pierre et le fer dans sa construction, M. Dedreux, architecte, édifie actuellement une vaste salle, appelée théâtre Montpensier^ sur le boulevard du Temple, et sur l'emplacement de l'ancien hôtel Foulon. Je citerai, pour mémoire seulement, d'autres théâtres de peu d'importance, le théâtre Saint-Antoine, boulevard Beaumarchais (1834), celui du Panthéon, dans l'ancienne église Saint-Benoît (1832), celui de Saint-Marcel, rue Pascal (1838) et le Gymnase-Enfantin ^ passage de l'Opéra. Ces trois dernières salles sont aujourd'hui complètement abandonnées.
BARUiÊRE DU TRONE. Cette barrière, commencée comme les autres sur les dessins de l'architecte Le Doux, vient d'être achevée sous la direction de M. Jay. On sait qu'elle présente deux énormes colonnes, dont les bases prismatiques peuvent servir de pavillons pour l'octroi. La partie inférieure de ces deux colonnes est ornée de guirlandes et d'imbrications. On remarque sur chacune d'elle deux trophées d'attributs divers et deux génies allégoriques, sculptés par MM. Simart et Desbœufs. Sur la colonne de droite, en regardant Vincenncs, on voit le génie de la paix et le génie de la victoire; sur la colonne de gauche, le génie de l'abondance et le génie de la justice. Les deux colonnes sont surmontées de deux statues représentant Philippe-Auguste et saint Louis, les deux fondateurs du château de Vincennes, l'une par M. Dumont, l'autre par M. Etex. Enfin, son chapiteau est couronné par une balustrade, et offre une plateforme d'où les curieux pourront jouir d'une vue très-étendue sur Paris.
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STATISTIQUE GÉNÉRALE DE PARIS
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Fortifications de Paris. — Napoléon avait eu l'idée de fortifier la capitale de l'empire; mais ce projet ne fut pas exécuté. Après la révolution de juillet, le gouvernement songea sérieusement à entreprendre des travaux qui permissent de défendre Paris contre les attaques d'une armée. Plusieurs ouvrages en terre furent exécutes au nord et à l'est de Saint-Denis, le long du canal de Saint-Denis, du canal de l'Ourcq. sur les communes de Pantin, près de Noisy, de Rosny, de Fontenay et de Nogent. On avait résolu de porter le mur actuel d'octroi, dans tout son pourtour, à la hauteur de six mètres ; de le garnir de deux rangs de créneaux ; de le llanquer de barrières et de 63 tours ou bastions, pouvant recevoir ensemble 325 bouches à feu. Ce mur devait former ce tiue l'on appelait Venceinte de sûreté. On renonça aussi à ce second projet. Mais en i8'4l les Ciuimbres vctèrent les fonds nécessaires pour entourer Paris d'une enceinte continue , et pour bâtir des forts détachés. Ces travaux, que
l'on peut comparer aux constructions les plus gigantesques que l'on ail jamais exécutés, sont à peu prés achevés. Les forts détachés, au nombre de 15, portent les noms suivants: forts de Charenton, de Soyent, de liosmj, de Soisy, de /?omainville, A'Aubervilficrs , de VEst, double couronne du Nord, Couionnede la liriche, forteresse du Mont-Valérien, forts d'Issy, de Vanvres, de Mont rouge, de Bicétre et d'Ivry, auxquels je dois ajouter le fort de Vincenncs.
L'enceinte continue, dont le développement total est d'environ huit lieues, est munie de y 4 bastions. Dans tout son pourtour intérieur, il règne un chemin spécial pour le service de la place. La partie du mur d'enceinte , bàiic en pierres, ou escarpe, a 3 mètres 40 centimètres de large, sur 10 mètres de hauteur.
Voici l'indication de la quantité de matériaux employés dans chaque front de fortillcation de l'enceinte, et la somme que devait coûter la construction de chacun de ces fronts.
Fondations, mur et contrefort en moelUons. .. l(i,7i7,r)C0 met. cub.
Parement en meulières 2,392,.^00
Tabletettes de couronnement 710,925
Chaînes verticales 7,200
Bitume pour recouvrir le dessus de l'escarpe.. . t,/«(;o
Déblais 75,000,000
Talutage l-'<,000,000 met. car.
Chaussée empierrée de la rue du Rempart 2,^280,000
Acquisition de terrains 530 hectares.
Frais imprévus
Total.
334,950 fr.
800,000 fr.