III. Assassinat de Henri III. Siège de Paris
Les actes sanguinaires de Blois devinrent funestes à Henri III. Il crut, en faisant égorger les Guises, accroître son autorité; il la ruina au point qu'il se vit réduit à se jeter dans les bras de ceux contre lesquels il avait, quelques mois auparavant, juré de faire une guerre d'extermination, et à implorer le secours de ses ennemis et de son beau-frère, le roi de Navarre. Le 30 avril 1589, les deux rois eurent leur première entrevue* au Plessis-lès-Tours : leur embrassement fut mêlé de larmes. Ayant réuni leurs forces, ces princes, après diverses expéditions, marchèrent vers la fin de juillet contre Paris, et campèrent dans les environs de cette ville. Henri III prit son logis à Saint- Cloud, en la maison de Gondi.
Les ligueurs parisiens, frappés de consternation à la vue des troupes royales qui inve?tissaient étroitement leur ville, pensèrent sérieusement à détourner l'orage dont ils étaient menacés. Le 29 juillet, le duc de Mayenne, les sieurs de La Chastre, de V'illeroi et autres, délibéraient dans le cabinet de ce duc sur le parti qu'ils avaient à prendre, losqu' un nommé Bourgoing, prieur des Jacobins de Paris, s'y présenta, et dit qu'un des frères de son couvent, nommé Jacques Clément, jeune homme dévot , visionnaire, persuadé que des anges descendraient du ciel pour venir à son secours, ou qu'au moins il obtiendrait la palme du martyre, avait pris la résolution, pour faire cesser la persécution dont Henri III menaçait les bons catholiques, de sacrifier sa vie en arrachant celle de ce roi, et que ce frère était venu le supplier de trouver un moyen d'approcher de la personne de ce prince. On discuta longuement sur cette proposition : les uns la t'rouvaient admissible ; le sieur de La Chastre la rejetait en disant que ce religieux ne pourrait jamais avoir accès auprès du roi.
Pendant cette discussion, Bussi-le-Clerc vint apporter au duc de Mayenne un paquet de lettres, qu'un augustm qui venait de dire la messe à la Ba^^tille, devant les membres du parlement détenus dans cet te
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prison, lui avait remis; et, quoiqu'il fut chargé par ces membres de f tire secret etement parvenir ce paquet au roi Henri III . l'ottgu-tin avait cru convenable de le lui communiquer. On jugea aussitôt que ce paquet de lettres pouvait servir de passeport h Jacques Clément. « Au pis aller, « dit le sieur de La Chastre, c'est un « moine perdu qui se dévoue de lui-même « pour le salut public. » On donna le paquet au prieur Bourgoing : on y ajouta une ample instruction verbale et recommandation, au cas que le moine fût pris, de ne nommer personne ; il pouvait seulement nommer son prieur, auquel on promit une escorte pour se réfugier en Flandre si le coup venait à manquer.
Le soir du lundi 31 juillet, le jeune moine arrive à Saint-Cloud, y couche, et, le lendemain, se présente devant le logis de Henri III. Les gardes lui refusent le pas-sage : il insiste : le bruit de cette altercation parvient jusqu'aux oreilles du roi : « Laissez-le approcher, dit-il, on di- « rait que je chasse les moines, et ne veux « pas les voir. *> Henri III était alors placé sur le siège de sa garde -robe.
Jacques Clément s'approche, lui présente !^s lettres dont il était porteur: et, pen- ' int que ce roi en prend lecture, le moine jrt de sa manche un grard couteau, et ie lui plonge dans le bas-ventre. Le couteau reste dans la plaie; le roi l'arrache avec effort, en frappe l'assassin au visage, et s'écrie : « Ah ! le méchant moine ! il ' m'a tué, qu'on le tue ! »
Les gardes accourent, frappent à l'envi le moine qui meurt sous leurs coups redoublés. Le lendemain 2 août, le roi exp-re.
Dès lors, le roi de Navarre, le plus prochain héritier du trône, prend le titre de roi de France et le nom de Henri IV.
A la nouvelle de la mort de Henri III. les ligueurs de Paris font éclater une joie extravagante et féroce. La duchesse de Montpensier embrasse avec transport le messager qui l'instruit de cet assassinat. Ah! mon ami. s'écrie-t-elle : mais est-il bien vrai, au moins? Ce méchant, ce perfide, ce tyran est-il bien mort? Dieu! que vous me faites aise! Je ne suis marrie que d'une chose, c'e.«t qu'il n'ait su, avant de mourir, que c'est moi qui l'ai fait faire.
Aussitôt elle parcourt les mes de Paris avec la duchesse de Nemours, en criant : Bonne nouvelle, mes amis, bonne nouvelle!