SOU.> HENRI
saisit 11' je iiiL'
Alws le sieur de Monli-ni
homme, en lui disant : « C e>t par vou.-;
im par moi que l ■ roi a ét.^ blessé, •
Ce jeune homme, iiomra' Jean Cha-^iel, fils d'un bourgeois de Paris fut foui lé, et l'on découvrit sur lui le couteau dont il venait de frapper le roi. Sans balancer il avoua son crime
Le r i voulait lui pardonner; mais instruit que l'as^-xissin était élève des jésuites, auxquels il venait de rendre un grand service, en suspendant l'anêt du puljment qui tendait a les chasser du roy lume. il dit : « Fallait-il donc que les j suites fussent convaincus par ma bouche!»
Aussitôt Jean Chastel fut conduit au For-l'Evèque; sa fami!le, tous les jésuites de Paris, le curé de Saint-Pierre-des-Arcis forent paieillemei.t arrêtes. Ou mit les acellt-s sur leurs papiers. On trouva chez le jésuite Gui.-mard des écrits séditieux et contraires au respect du à la ( ersonne du roi ; m lis l.^s principes de c^s écrits étaient ceux de la Ligue, ceux des jésuites et de la plupart des ordres religieux (I).
écrits contre les personnes et les choses du temps de Henri IV <:t de Louis XIII, tels que, en 1604, la réponse de maître Guillaume au so.dai fra ;çais ; en 1605, Réponse à la reijoase de maître Guillaume; Répliq^ue mo este sur lu répmse à maître GulLiume; le Luuitique à maître Guillaume; Appointement dj querelle fait par MatLurine euire le soldat fr.iiiçai< et maître • uillaume.
Sous Louis XIII, les jésuites empruntèrent le nom de ce fou pour L placer à la tête de leurs écrits } olém ques, tels que l'Advi» d:; maitre Guillaume nouvellement retourné de l'autre niau'le ; If Passe-temps de maître Guillaume; le Voya;;e de raaîtrû GuilLiunie ea l'autre monde; le Réveil de maître Guiliaumo, etc , etc., ei<i.
Daij- une pièoti intitulée Somtnaire traité
4u reienu et déi)enses dss firtianceg de France,
publié; eu 16:^2, >e troijveut ces iigucs : u Mathuriue 1200 HvTes ; maitre Gui!-
« laume, par les mains de M, Jean Lobevs,
« son g )uverneur, lyOO livres. "
|1) Ua njois après i'eutrée de Hmri IV à
Paris, un capucin du jjrand couvent s'avisa
de proposer en pl^ii. chap ire de r. c.»naaîtr:i
le roi. Les moines furieux .e saisirent, le
fouettèrent a." rudement que son curps eu fut
tout déchiré, le couvrirent de haillon- et le
Xetèrenih .ta de leur capujinière. Ce maiheu-
leux se présenta au Louvra pour deuiaud r i cent ce loup au milieu au bercail?
J 'an Chastel interrogé ne chargea point les jésuit 'S, dé lara qu'il av.iit agi de son pro re mouvement ; qu'il n'avait été poussé à cet a-sassinat que par son zèle pour la religion, persuide qu'd était permis de tuer les rois non approuvés par le pape.
Jean Chistel fut condamné au plus affreux supi)lice, qu'il souffrit avec le courage du fanatisme. Les ligueurs le consid rèrent comme un martyr; et Jean Bojcher, curé de Siint-Benoît a Paris, compo.^a un livre en cinq parties, où il soutint que l'assas-inat commis par Jean Chastel était un acte heroï|ue (h.
Le parlement, voulant faire preuve de son zèle pour la personne du roi, poussa la rigueur juspj a l'iniquité : il coadanaaa le jésuite Guignard à mourir sur la potence, son corps a êtie brûlé, et ses cendres à être jetées au vent. Rien ne prouva qu'il fût complice de Chastel : faisant son métier de jésuite, il avait composé un ouvrage plein d'injures contre la plupart des rois de lEurope, où il étalait les plus horribles principes; miis cet ouvrage était resté manuscrit et n'avait pas vu le jour(2j.
Il condamna le père de l'assassin, contre lequel il n'existait aucune charge, si ce n'est d'avoir ete ligueur, à être banni pendant neuf ans du royaume, à paver une forte amende et à voir sa maison démolie.
Par arrêt du 28 décembre 1594, le parlement condamna avec plus de justice tou? les jésuites, coaime corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roi et de l'Etat, à sortir dan?
justice au roi. Sa figure parut suspecte : on l'emprisonna au For-l'Lvè^ue. Il se justifia e 1 montrant sou corps d chiré par la fureur des capucins. Le roi en fut infor;i.é ; mais, de p.'ur de déplaire aux moines, il u'o<a pas venger cet attentat. (Journal de Henri IV ^ par l't-sioile, t. Il, pag. H9.)
En décembre lô94, les jacobins di Paris empoi^ontlè.rent un de leurs religieux, appelé Bé a ig-.^r, parce qu'il était ennemi de la Lig'ie -n p rtisin du roi. {Journal de Henri IV, par l'Esio le, t. Il, pag. 147.)
(1) Ce. te apologie e^t insérée dans le t. VI des ileiiiotrei de Coudé.
(2) Po irquoi les rois ont-ils àa jésuites? P..ui-«|Uoi se piaignent-i s de ce que l-i lou^ a dévoré ies brebis, lor^q leux-ujêajes pi»"
trois jours de Paris, et dans quinze du royaume.
Il fut aussi ordonné qu'il serait, sur l'emplacement de la maison démolie du père de Jean Chastel , élevé un monument qui attesterait le crime, la punition, et la haine des Français pour les principes abominables des jésuites.
La maison de Chastel était, comme il a été dit, située entre le Palais de justice et l'église des Barnabites, aujourd'hui dépôt général de la comptabilité. Le monument qui fut construit sur son emplacement, et qu'on a nommé pyramide, présentait un grand piédestal quadrangulaire élevé audessus de trois gradins : chacune de ses faces, était ornée de deux pilastres ioniques cannelés; entre ces pilastres on voyait une table de marbre chargée d'inscriptions que je citerai bientôt. Ce piédestal était couronné, sur chacune de ses faces, par quatre frontons triangulaires, par un attique décoré de guirlandes, et surmonté de quatre autres fronîons cintrés et coupéspour faire place aux écussons de France et de Navarre.
Au-dessus de lattique de ce piédestal et aux angles s'élevaient quatre statues allégoriques représentant les quatre vertus cardinales. Le tout était surmonté par un obélisque chargé de bossages, et termine par une croix fleuronni'e. Ce monument, érig' en janvier 1595, avait dans son ensemble vingt pieds d'élévation.
Comme les inscriptions de cette pyramide sont rares, je vais les donner ici Mvec la traduction de celles qui sont en latin. Sur la face occidentale, en face du Palais, se lisait l'arrêt que voici :
« Veu, par la court du Parlement, les « grand-chambres et touraelles assem- « blées, le procès criminel, commencé à « faire par le prevost de l'hostel du roy,
• et depuis parachevé d'instruire en icellè, « à Ik requeste du procureur général du ' roy, demandeur et accusateur à l'en- « contre de Jean Chastel, natif de Paris, '< escholier, ayant fait le cours de ses es- •> tudes au collège de Clermont (1), pri- « sonnier ez prisons de la Conciergerie du « Palais, pour raison du trez excécrable « et trez abominable parricide attenté
• sur la personne du roy ; interrogatoires
(1) Collège des jésuites de la rue Saint- Jacques, nommé alors de Clermont, et de puis de Louis le Grand.
et confessions dudit Jean Chastel ; ouy et interrogé en ladicte court ledit Chastel sur le faict dudit parricide : ouy aussi en icelle Jean Gueret, piestre, soy-disant de la congrégation et sociétr du nom de Jésus, demeurant audit collège, et cy-devant précepteur dudit Jean Chastel; Pierre Chastel et Denise Hazard, père et mère dudit Jean ; conclusion du procureur du roy, et tout considéré :
« 11 sera dit que ladicte court a déclaré et déclare ledit Jean Chastel atteint et convaincu du crime de lèze-majesté divine et humaine, au premier chef, par le trez méchant et trez détestabr^ parricide attenté sur la personne du roy : pour réparation duquel crime a condamné et condamne ledit Jean Chastel à faire amende honorable devant 1h principale porte de l'église, nud en chemise, tenant une torche à la main, de cire ardente, du poids de deux livres; et illec, à genoux, dire et déclarer qur malheureusement et proditoirement il a allenlé ledit trez inhumain et trez abominable parricide, et blessé le ro\ d'un Cousteau en la face ; et, par faulsi s et damnables instructions, il a dit ai!dit procez être permis de tuer les roy-, et que le roy Henri quatrième, à pn sent régnant, n'est en l'église jusqu'à ce qu'il ait l'approbation du pape ; dont il se repend et demande pardon à Dieu, au roy et à justice. Ce fait, être mené et conduit en un tombereau en la place de Grève; illec, tenaillé aux bras et aux cuisses, et sa main dextre, tenant icelle le cousteaa duquel il s'est efforce commettre ledit parricide, coupée, et après son corps tiré et démembré avec quatre chevaux, et ses membres et corps jettez au feu et consumez en cendres, cl les cendres jottéez au vent. A déclaré et déclare tous et chacun ses biens acquis et confisquez au roy. Avant laquelle exécution, sera ledit Jean Chastel appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour sçavoir la vérité de ses complices, et d'aucuns cas résultant dudit procez. A fait et fait inhibition et deffenses à toutes personnes de quelques qualitez et conditions qu'elles soient, sur peinede crime de lèze-majesté, de dire n'y proférer en aucun lieupublir, ne autre, lesdits propos , lesquels ladicte court déclare scandaleux, séditieux,
Pari
Typ. LacûiB: rue Soufilot, 18.
sous nEXRI IV
contraires à la parole de Dieu, et condamnez comme hérétiques par les saincts décrets.
« Ordonne que les prestres et escholiers du collège de Clermont et tous autres soy-disant de ladicte société, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis di roi et de létat, vuideront. dedans trois jours, après la siguification du présent
SI
« arrest, hors de Paris et autres villes et « lieux où sont leurs collèges, et, quin- « zaine après, hors du royaume; sur ' peine, où ils y seront trouvez, ledit « temps passé, d'estre puni? comme cri- « minels et coupables dudit crime de « lèze-majesté. Seront les biens tant « meubles qu'immeubles à eux apparte- « nants employez en œuvres pitoyall^s, « et distribution d'iceux faicte ainsi uue
Her^t.
Costumes du siv* s"ècl*;
par la court sera ordonné. Outre, fait défense à tous subjects du roy d'envoyer des escholiers aux collèges de ladite société, qui sonthorsdu royaume, pour y estre instruits, sur la' même peine de crime de lèze-majesté. Ordonne la court que les extraits du présent arrest seront envoyez aux bailliages et sénéchaussées de ce ressort, pour estre exécutez selon sa forme et teneur. En
« procéder à l'exécution dedans le délai « contenu en iceluy; et, aux substituts « du 1 rocureur général, tenir la main à « ladite exécution, faire informer des conï traviintions, et certiOer ladicte court t de leurs diligences au mois, sur peine ^ de privation de leur estât.
« Signé : Dutillet. •
P roAoncé aihdit Jean Cha-steh exémti
joint aux baillifs et sénéchaux, leurs 1 in^"-^^ 29 décembre io9i.
lieutenants généraux et particuliers *' Sur la seconde face du piédestal de
HT BULAURE a
gg HISTOIRE DE PARIS
la pyramide, du côté du midi, on lisait :
QUOD SACRUM VOTUSÎQUE SIT MEMORI^ PERENNITATI , LONG^VITATI SALUTIQUE MAX!MI, FORTISSIMI ET CLEMENTiSSlMI PRÎ>C1PIS HKNRICI IV, G ALLLE ET NAVARR.E REGIS CHrtISTIANISSIMI.
Audi, viator, sive sis extraiiens.
Sue iticola nrUis eut Paris nomen dédit : Hic Un quœ slo pyiamis, dovnis fui Cufitelli; srd qnum diruendam furidilùs Fr-qhens seiialu:-, cr.mt'i ultiis, censuil. Hùc me rcdegit tandtm herilis filins, ilalis jiiagiil ts usas et scnola inipia, Soteiicuni, eheu ! novien usurp-nlibus; Incestns et, mox, parricida in principem, Qui niiper urbein perditam servuverut.
Et qui, fiiveulr, scppe nclor, vumine, l>(fl<xil ictum uudiC'li xicarii, Punctus taiitiim est deulimn xeplo tenus. Abi, viator : plura me Vftat toqui Noslrœ stupendum civitatis dedecus.
« pur feu, décorait jadis les villes des na- « tions antiques Elle sert ici, non de dé- « coration, mais d'autel expiatoire du « crime. Tout se purife par l'eau ou par « le feu ; mais le parlement a voulu ék- « ver cet insigne monument de sa pieté « en mémoire de la conservation de la « vie du roi, et du péril auquel il a heu- « reusement échappé, afin que l'État et « l'amour des sujets n'aient plus à redou- « ter un semblable événement. »
Sur la face qui re.uardait l'orient :