‹ Histoire de ParisChapitre 120 sur 261 · EX. S. C · texte numérisé non relu

EX. S. C

Hu'c domus immani qiiondàm fuit hospita moasl. 'j, Cri'.x ubi nimc cclsum lollit in astva capiit :

Saiiciil in mîsero.i pœnam kanc sacerordo pénates, Regibus ut scires sanctius esse nihil.

TRADUCTION

" Par arrêt de la cour du parlement,

« Sur la place où s'élève aujourd'hui « cette croix, était jadis une maison ha- « bitée par un monstre exécrable. Le « parlement a étendu sa punition jusque « sur la demeure de ce misérable, afin que « le public sache que rien n'est plus sa- « cré que la personne des rois. »

Ce monument n'était pas un modèle de iioùt; sa forme n'avait point la simplicité convenable. Les nombreuses et longues inscriptions dont il était chargé , où le même fait, la même idée se retrouvent, n'ont ni le caractère ni la précision du style lapidaire; mais elles sont historiques, et attestent le sentiment profond dont l'attentat commis sur la personne de Henri IV avait pénétré la saine partie de la population de Paris.

Cette pyramide, ces inscriptions, destinées à servir d'épouvantail et flo préservatif, ne produisirent point l'effet désu'é. Le monument fut bientôt démoli; les inscriptionsdisparurent ; et ceux qui avaient armélesmainsde Barrière, de Chastel,elc., ne tardèrent pas à armer celles de pinsieurs fanatiques, et, enfin, celle du fanatique Ravaillac. Le plan de cette faction infernale consistait à renouveler sans cesse ses tentatives jusqu'au succès.

Chassés solennellement de Paris et de h France, accusés de crimes par l'autorité souveraine, méprisés et maudits par le public, flétris par l'érection de ce monument et par ces inscriptions, qui leur assuraient une éternelle infamie , les jésuites se gardèrent bien de résister à la force de l'orage : ils plièrent comme le roseau, et ne se'rompirent point. Toujours la ruse et non la force les conduisit à leur but : ils ne perdaient jamais l'espoir du succès. Ils travaillèrent sourdement, et employèrent bassesses, voies obliques , impostures, promesses, menaces indirectes : tout leur était bon, suivant leur maxime profondément immorale : le but

ju'tilie les moyens (1). Ainsi tous les crimes leur étaient permis.

Ce serait une histoire assez curieuse que celle des intrigues, des moyens subtils qu'employèrent les jésuites pour rentrer en faveur auprès de Henri IV : elle offrirait aux hommes les plus perfectionnés dans l'art de parvenir des leçons profitables. Tout fut mis en œuvre par ces moines habiles.

Le roi avait auprès de lui un nommé Fouquet de La Varenne, ministre de ses amours ou de ses débauches, qui, par ses sales emplois, était parvenu, du rang de cuisinier, à celui de noble, de conseiller d'état et de contrôleur général des postes (2). Les jésuites s'emparèrent de ce vil

(1) Suivant ce prircip^ proclamé par les jësuites, chaque secte, chaque parti, les partisans de diverses croyances, de diverses opi* nions, tous également convain -us qu'ils ont pour eux la justice, la raison, la vérité, seraient donc, pour faire triompher leur secte, leur parti, autorisés à employer contre leurs adversaires le poison et les poignards? Alors quels désordres affreux ! tous les liens sociaux seraient rompus ; plus de morale ; le crime de\iendra!t un devoir. Nul ne serait à l'abri des attaques, et les jésuites, qui ne manquent pas d'adversaires, pourraient bien les premiers sentir les résultats de leurs principes.

(2) Le roi accorda des lettres de noblesse à ce Fouquet, qui remplissait auprès de sa personne un emploi que plusieurs hommes déjà nobles ne rougissaient pas de remplir. Le 30 janvier 1600, le parlement de Paris envoya une députation pour lui remontrer les fâcheux résultats d'un tel anoblissement, et le prier de n'en plus a'corder de pareils, j Le roi répondit que chacun savait que La Varenne était toujours à ses pieds ; que cela ne pouvait t r r à conséquence.

Le parlement enregistra les lettres, en ajoutant ces mots : Sans tirer à conséquence. Le roi hî donna pour armoiries un chien avec un collier semé de fleurs de lis. [Registre manuscrit du parlement , janvier 1600.) Cet anoblissement, malgré la restriction du parlement, a eu des conséquences : Fouquet devint marquis de la Varenne, et sa postérité fut investie de toutes les illustrations de la noblesse.

Cet aveu est remarquable. Aucun principe de justice ni de religion ne dirigeait donc la conduite des jésuites; ils avaient constamment été les ennemis de la France qu'ils ha-

sors HENBl IV

instrument, eu lai faisant espérer pour ses enfants les plus hautes dignités de l'église, même le cardinnlat. Fouquet, déshonoré , aspirait ardemment aux honneurs : séduit et endoctriné i ar les pères de la ruse, il mit tout en œuvre pour séduire son maître, sur lequel il avait quelque ascendant.

Cette affaire fut la matière de longues discussions dans le conseil d'Etat et dans les entretiens particuliers qui eurent lieu GDtre le roi et son ministre Sully.

Ce ministre fit valoir contre le rétablissement des jésuites sept raisons très solides, et que Henri IV jugea sans réplique; mais ce roi en opposa deux : la première, que le P. ^Majus lui avait iugéuument avoué que, si les jésuites s'étaient ijiontrés contraires à la prospérité de son loyaume et favorables à ses ennemis, c'est que depuis vingt ans, en France, on les avait fort maltraités et couverts d'opprobre (I); mais que, si on leur montrait delà bienveillance et plus d'affection, ils feraient éclater leur entier liévoùment à la couronne de France, travailleraient à sa prospérité, même au préjudice de celle d'Espagne. C'était dire au roi : Choisissez entre notre haine et notre bienveillance. Voici textuellement la seconde raison du roi :

« De deux choses l'une : il faut les ré- « tablir simplement, restituer leur répu- « tation flétrie, et mettre à l'é reuve la « sincérité de leurs belles prome.-ses; ou « bien il faut les rejeter entièrement, ac- « cri.ître contre eux toutes les rigueurs, « afin qu'ils n'approchent jamais de mes « Etats ni dema personne. Dans ce cas je « les réduis au désespoir; et ne pourront- « ils pas, dans cet état de désespoir, attenter à ma vie? ce qui me la rendroit « si misérable et langoureuse, demeurant « toujours ainsi dans les défiances d'être •<■ empoisonné ou bien assiissiné (car ces •c gens ont des intelligences et correspon- « dances partout, et grande dextérité à disposer les esprits selon ce qui leur plaît), qu'il me vaudroit mieux être - déjà mort; étant en cela de l'opinion de « César, que (la mortj la plus douce est

•bitaient, et ils agissaient ainsi pour se venger du mépris qu'ils s'etaiei t attiré : la vengeance était donc le mobile de leurs actions! A quoi étaient bons ces moines V ou plutôt, quels maux ne devait-on pas eu attendre?

« la moins prévue et attendue (1). « N'était-ce pas dire : les jé-uites sont des assassins; la crainte que minspirent leurs poignards et leur poison me détermine à composer avec eux?

Ici sont dévoilés le caractère criminel des jésuites et les motifs honteux de leur rétablissement : motifs qui, loin de les justifier, les accusent d'être capables d'assassiner ceux quiWeur sont contraires {2j. Ce fut le 25 septembre 1 603 que les jésuites, après huit années de bannissement, furent rétablis en France et à Paris : mais cette faveur n'entraîna point la permission de tenir un collège et d'enseigner la jeunesse. Ce ne fut qu'après la nort de. Henri IV que les jésuites reconquirent cette prérogative.

Le P. Cotton, religieux de cet ordre, fameux par ses souilesses et ses intrigues, devenu presque aussitôt confesseur et prédicateur du roi, ne tarda pas à solliciter la démolition de la pyramide doit les inscriptions diffamaient la société de .Jésus. Henri IV y consentit ; le parlement s'y refusa. Alors le roi, usant de son autorité suprême, ordonna cette démolition, et voulut qu'elle s'exécutât pendart la mut, dans la ciainte qu'elle n'excitât un soulèvement parmi le peuple ; mais le P. Cotton, dont les confrères avaient déjà agi sur l'esprit des habita '.ts de Paris, demanda que ce monument fût détruit en plein jour, disant que Henri IV n'était point un roi de ténèbres.

On composa plusieurs pièces en vers et en prose pour louer ou blâmer cette démolition, parmi lesquelles on distingue la Complainte au roi sur la ftyramide ; la Prosoj)Opée de la pyramide, etc.

François Miron, prévôt des marchands, fit, à b place de cette pyramide, établir

(Ij Œconomies royales de Sully, t. III, chap. 30.

\2) L'auteur de \ Histoire abrégée du procès criminel de Jean Chastel donne les n.êmes motifs au I établissement des jésuites : il dit que les « sieurs de Bouillon, de Sully, de « M-aupeou et autres de son conseil repré- .< sentaient à Henri IV ce qui s'était passé -t envers sa personne peu d'années aupara- « vant : il leur dit ces paroles ; Ventre-sainti. gris! sije ne permets îe rétabliss ment des u jéïuites, me répo:vlez--ous de ma per- M sonne? n{Supplément aux Mémoires de Condé, troisième partie, pag. 168 )

fiïSTOiftE

une fontaine, qui depuis fut transférée dans îa cour du Pnlais (1).

Cou V! NT DE Picpus, sjtué rue de ce nom, a l'extrémité du faubou g Saint Antoine. Les religieux de ce couvent portaie.it aus4 la dénomination de Pénitents réformés du tiers-ordre da Saint-François. Une congrégation de pénitents des deux sexes, parmi lesquels le désordre s'introduisit facdemeijt, fut, vers l'an 1575, léformée par Vincent Mussart,qui, en 1C00 ou 1601, établit ces réformes dan une maison du village de Picpus, jadis occupée par des capucins ou desjésuiti s. Bientôt cette maison parut insuffisante au gré du réformateur : il fit, en 16M, commencer la construction de nouveaux bâtiments et d'une nouvelle église ; et sou couvent di^vint chef d'ordre.

L'église, les autres bâtiments, les jardins V ss^mL'laient parfaitement à c: ux des capucinières ; et les habitants ne différaient guère, par leur costume et leur allure, des religieux capucins.

Dans r église, on remarquait les formes extraordinaires des confessionnaux : ils étaient revêtus de rocaiiles , ornés de guirlai.des, et servaient de piédestaux à des figures dont quelqui^s-unes étaient l'ouvrage de Germain Pilon. Ces moines voulaient donner des charmes au sacrement de pénitence.

Dans le réfectoire, décoré de statues en terre cuiie, on remarquait un groupe représentant saint François le Séraphique, glorieux de voir prosternes à ses pieds le roi saint Louis et sainte Elisabeth de Portugal. On y voyait aussi un tableau de Le Brun, dont le sujet était le Serpent d'airain : tableau que ces moines sans goût laissèrent dégrader par l'humidité.

Cette maison, sujiprimee en 1790, est devenue une propriété particulière.

RÉCOLLETS, /•«?{,'o^^(?r^2, recueillis; couvent sit lé au coin de la rue des Recollets et de celle du faubourg Saini-Marlin. Il offre enco e une ramification de la sou( he féconde plantée par François le Séraphique. Quelques religieux de cet ordre, favorisés par un marchand tainssier, nommé Jacques Cottard, qui leur donna une vaste lUiiison dans un lieu inhabité, et protégés par Henri IV et son épouse, Marie de Médicis, s'y établirent en 1603, et y firent bâtir une église dont cette reine fit les

(1) Voyez, ci-après, Fontains du Palau.

DE PAFIS

frais. po>a la première iiierre, et se d - lara fondatrice.

L'église n'avait de ren.arquabl que quelques tombeaux de la famille de R.quelauie, et celui de Gaston J«an Bat. i, e de Roquelaure, auquel on attribue tanl de plaisanteries triviales dont on a co ;)Osé un volume, intitulé le Momus français.

Les récollets furent supprimés en 17D0, et leurs bâtiments convertis en hu pice des Incurables. (Voyez cet article.)

Petits-Augustins, couvent situé rue des Petits-Augustins, au faubourg Saint- Germain. Marguerite de Valois, première femme du roi Henri IV, princesse aussi galante que dé\ote, dans un danger auquel elle échappa dans son château d'Usson, en Auvergne, avait fait un vœu qu'elle désirait accomplir.

Ayant donné son conssntement à la dissolution de son mariage, le roi lui permit d'habiter Paris, et d'y porter le titre de reine. Elle s'y rendit au mois d'août 1605, logea d'abord au château de Madrid dans le bois de Boulogne, châ'eau démoli avant la révolution, puis à l'hôtel de Sens, près du quai des Ormes; et, ayant acheté un vaste emplacement et un hôtel dans le laubourg Saint-Gerniain, près du cours de la Seine, elle y fit faire de grandes réparations. D ns l'enclos de cet hôtel elle trouva un pe it établissement muna-lique fond pu i\^ar e deMédicis, secoudr femme de Henri IV : il était compo-é de cinq frères de la < h irilé que cette reine avait fait venir de Lior nce. Marguerite expulsa ces moines, qui allèrent s'établir près de l'egiise de Saint-P erre, rue des Sain's-Pères; et, d après les constils du P. .vmet, augustin, qu'elle avait choisi jour son conle^seur, elle Ls remplaça j ar »ies augustins. Parce moyen, son vœu fu; accompli.

Autorisés par un brevet du pa, e, de l'an 1607, vingt augusiins déciia.ssés, conduiis par le père Amet, vi ^r nt occuper la maison des frères de la Chaiiti'.

Cette princesse capricieuse avait plusieirs singularités dans le caracter. : elle en manifesta dans cette fondation. Elle voulut que ce couvent portât le noio d'Autel de Jacob, et la chapelle, celui de Chapelle des Louanges; que quatorze frères, chargés de la desservir, chanîassent jour et ruit sans discontinuer, de deux à deux, en se relevant d'heure en heure, à la louange du Seigneur, des hymnes et

sous HENRI IV

•]tiques sur des airs modern^^s qui leur seraient prescrits. Elle exigeait en outre que ces frères, chanteurs éterne.s, ne .^ortissenl jamais du couvent, et n'eussen' aucune communication avec les séculiers.

En 1 6 1 2, Marguerite de V'aloisse brouilla avec son confesseur, le P. Am et : elle le renvoya avec ses augustinsdéchaussés, qui, disait-elle, ignoraient le plain-chant, et • chantaient fort mal. Elle fit venir, pour les remplacer, des augustins chaussés de la reforme de Bourges. Le pape approuva les changements opérés par les caprices de Id reme Marguerite. Sans doute elle S3 serait bientôt dégoûtée de ses nouveaux augustins, et les aurait remplacés par d'autres; mais elle n'en eut pas le temps: quelques années après leur arrivée, le 17 mars 1615, elle mourut. Cette princesse, plus prodigue quejuste, donnait sans discernement, et ne payait jamais ses dettes. Elle promettait beaucoup, et tenait peu sa parole. Elle avait promis de faire bâtir à ces derniers augustins un vaste couvent, une église et un cloître, et n'avait assigné aucun fonds pour les frais de ces constructio.is, pas même pour la rente qu'elle s'était engagée à leur payer.

On fut obligé, a près la mort de Marguerile, de faire des qnètes pour fournir aux frais de la construction de l'église et du couvent, et de solliciter lareine Anned'Autriche de venir au secours de ces augustins sans ressource. Cette reine, le 15 mai 1617, posa la première pierre de l'église, qui fut bâtie dans l'espace de deux ans.

La construction du cloître et autres bâtiments, commencée le 27 juillet 1619, s'opéra avec le produit des aumônes particulières.

L'architecture de cet édifice n'avait rien de remarquable : une chapelle, placée a côté de l'église, recouverte par un dôme, offrit à Paris le premier exemple de ce genre de toiture.

Cette église et l'enclos qui en dépendait ont été utilement employés pendant la révolution. La commission des monuments, en 1791, arrêta que tous les objets de l'art de la sculpture y seraient déposés. On en j forma un musée, dit des monuments fran- I çais, qui, pour la première fois, fut ouvert le 15 fructidor an m. j'en parlerai en son lieu

Maison des Frères de la Charité.

s'ituee rue des Saint s- Pères, no 45 Cinq frères de la consreeation de Saint-jean-

de-Dieu, ou de la Charité, étaient, depuis 1602, établis par la reine Marie de MeJicîs seconde épouse de Henri IV, dans une partie de l'emplacement que la reine Marguerite de Valois, première épouse de ce roi: acheta pour y bàiir sou hoti.'l. f'ette dernière reine expulsa ces frère-, et y plaça, comme je l'ai dit dans l'article précédent, des augustins déchaussés. Les frères de la Chanté, econduits, vinrent s*établir dans un lieu du voisin^igi, où se trouvait une ancienne chapelle de Saint- Pierre, destinée aux domestique» et vassaux de l'abbav'e de Saint-Germiiin-des- Prés, et qui fut"^ cédée, en 1611, h Saint- Sulpice(l). Les frères de la Charité firent d'abordautorisésay célébrer l'offic- divin; puis, en 1659, ils en devinrent propriétaires.

Cette chapelle, située dans un lieu encore environné de jardins, fut d-moîie pour agrandir le cimetière de Saint-Germam. On en construisit une nouvelle, en 1613. dont la re:ne Marguerite posa la première pierre, et qui ne fut dédiée, sous l'mvocation de saint Jean-Baptiste, qu'au mois de juillet 1621.

Ces religieux acquirent ensuite la Gourlille ou le clos des vignes de Saint-Germain-des-Pres, qui s'étendait depuis les bâtiments de la Charité jusqu'aux raes de l'Egout et Saint-Benoît, et coriprenait l'emplacement de la rue Taranne.

L'église des frères de la Charité ne fut entièrement achevée qu'en 1733 ; alors on commença la construction de son portail, sur les dessins de Cotte. Elle était ornée de plusieurs tableaux.

L'hôpital de cette maison s'établit avec les religieux de la Charité : leur régie leur imposait l'obligation de soigner les malades. En 1776, ou y comptait centouatrevingt dix-neuf lits. "jep rlerai dans la suite de l'état actuel de cet hôpiLal.

Carmélites, couvent de religien.^es situé rue d'Enfer, uo67. dans remplacement de i anc.en munastèrede Notre- Damt-des- Chainps, dont j'ai déjà par:é f2 .

Quelque- dévots d-terminèreni 1h dévote princesse Catherine d Orléan- de i.ongueville à favoriser l'établissement d un couvent de carmélites a Paris. Cette prince-se, flattée du tire de fondatrice, on int du

(1) J'ai parlé de cette chapelle de Saint- Pierre, t. II, pag. 118.

(2) Voyez t. I, pag, 197.

sa

lliSTOllU: UE PARIS

foi toutes les permissions nécessaires.

Ayant jugé l'église de Notre-Dame-des- Champs propre à cet établissement, elle négocia avec l'abbé de Marmoutiers, auquel celte église et son vaste enclos appartenaient. Cet abbé était le cardinal de ■\3oyeuse, qui, ne goûtant point le projet 'de cette dame, lui résista longtemps, et ne ^céda qu'à ses longues importunités. 11 fallut renvoyer quelques moines qui s'y trouvaient encore, et tout disposer pour recevoir la nouvelle colonie qui se composait de six carmélites qu'on avait fait venir d'Espagne, et que le cardinal de Berulle i'ut chargé de conduire à Paris.

Madame de Longuevilie alla au-devant de ces étrangères, les conduisit à Saint- Denis, puis à Montmartre, et voulut que leur introduction dans la maison qui leur était destinée lut précédée par une marche solennelle. Voici comment l'Estoile, témoin oculaire, décrit celte cérémonie.

a Le mercredi 24 août (I6O0), jour de « la Saint-Barthélemi, fut faite, à Paris, « une nouvelle et solennelle procession des « sœurs carmélites, qui, ce jour-là, pre- « noient possession de leur maison. Le « peuple y accourut en grande foule, « comme pour gagner les pardons : elles « marclioient en moult bel et bon ordre. « étant conduites par le docteur Duval, « qui leur servoit de bedeau, ayant le bà- • ton à la main, et qui avoit du tout la « ressemblance d'un loup-garou (I).

« Mais, comme le malheur voulut, ce

(1) Le docteur Duval était devenu mépri- «atle par son fanatisme : il avait soutenu contre les médecins de Paris que Marthe Brossier, prétendue démoniaque, dont je parlerai, promenée de ville en ville et surtout à Paris, par le cardinal de La Rochefoucauld ou par ses agents, était vraiment possédée du diable. Les médecins ne trouvaient rien de surnaturel dans la maludie de cette tille, que les prêtres rendaient plus folle qu'elle ne l'était, à force de l'exorciser. Le parlement lit cesser les exorcisnies, et ordonna que la démoniaque Brossier serait mise entre les niaius du lieutenant criminel. Duval alors prêcha à Saint- Benoît contre l'arrêt du parlement, en disant que cet arrêt privait les hérétiques des miracles que produisent ordinairemeut les exorcismes, miracles qixi auraient pu les convertir. Duval, assigné devant la Cour uu parlement, avoua qu'il avait tenu ces propos indiscrets.

« beau et saint mystère fut trouble et « interrompu par deux violons, qui com- « mencèrent à sonner une bergamasque :

« ce qui écarta ses pauvres oyes, et les fit « retirer à grands pas, toutes effarouchées, « avec le loup-garou, leur conducteur,' «r dans leur église, où étant parvenues « comme en lieu de franchise et de sûreté, « commencèrent à chanter le Te Demi « laiid armes (1). »

Les pompes les plus solennelles, les cérémonies les plus graves sont les plus voisines du ridicule.

L'église des Carmélites était du nombre des églises les plus richement ornées di- Paris.

Le grand autel s'élevait au-dessus ddouze marches en marbre, entourées d'un» balustrade de môme matière, et dont les baluslres étaient de bronze doré. Au dessus de l'autel figurait un tabernacle toui en argent, chargé de bas-reliefs. Le soleil, ou ostensoire, que l'on mettait en es idencc dans les grandes solennités, était tout en or, et enrichi de pierres précieuses. Tonles objets accessoires offraient la mém richesse.

On voyait dans cette église des chefd'œuvre de peinture, des tableaux degrands maîtres : de Philippe de Champagne, de la Hire, de Stella, de Le Brun, du Guide. On admirait la Salutation angelique de ce dernier, et la Madeleine pénitente AQht'Q\:\x\'\, figure quele vulgair.' croyait être le portrait de madame de Li^ Vallière.

La voûte, peinte à fresque par Philippe de Champagne, offrait l'effet merveilleux de la perspective d'un Christ peint sur un plan horizontal, et qui semblait l'être sur une surface verticale.

Toutes ces richesses, tout ce luxe des cours et dcs salons, entassés dans le temple d'un Dieu né dans une étable, ne tendaient qu'à donner de fausses idées de \-,\ religion chrétienne : comme si de ^iche^ mét'aux, les vanités et les parures mondaines pouvaient en rehausser la sainteté. C'est assimiler le culte aux usages des hommes riches et sans vrai mérite, qui, pour se faire respecter du sot vulgaire, ont besoin de recourir aux richesses étalées sur leurs habits ou leurs ameublements; c'est corrompre la morale pubUque ; au lieu de mettre au grand jour les vérités évangéli-

(1) Journal de Henri IV, 24: août 1605.

sous HENRI

ques, c'est les cacher sous un voile doré. A quoi bon étaler l'or 'ans nos églises? disait saint Bernard : la religion auraitelle besoin d'être secourue par le luxe?

Cette église fastueuse contenait les monuments funèbres de [plusieurs - ersonniges remarqutbles : tel étiit le tombe lu du cardina' de Bérulle, un des fondateurs des carmélites. Sa figure en nîarbre, repésent'^e à eenoux, e.?t Vouvraae de ?'-;rra-

ziu ; le piédestal et ses ornements, celui de Lestocard. Ce tombeau, tran.-feré dans le Musée des monuments français, en a été tiré en septembre 1817. pour être placé dans la chapelle nouvellement construite par les carmélites rétablies. Tel était le tomb-au d'An oineVarillas, mort en 1695, historiographe gagé, et non pas historien. Dans cecou\enI, dont la règle était fort ;'U-îè.e, se relira, en 1676, Louise-Fran-

Cosîumes du çoisede La Baume-le-Blanc, créée duchesse de La Vallièie, maîtresse de Louis XIV. Désolée de voir ce monarque lui préférer madame de Montespan, elle prit la résolution violente de fuir le roi, la cour et le inonde. Son dépit lui donna le courage de se dépouiller des titras de duchesse et de favorite pour prendre celui d'e sœur Louise de la Miséricorde. Elle vécut trente-six ans dans cette maison, se soumettant rigoureusement à la rèsle, et v mourut eu Ce couvent fut, en 1790, supprimé ; |

xive siècle.

dans la suite on démolit l'église, et lt« autres bâtiments furent vendus.

Eu 1815, quelques anciennes carmélites se sont réunies da!;s une partie des bâtiments qui subsistaient encore, et vont fait construire une chapelle, où, comme je l'ai dit, elles ont placé, en 1817, le tombeau du cardinal de Bérulle.

Capucines, couvent de religieuses situé d'abord rue Saint-Honoré, en face de celui des Capucins; puis, rue Neuve-des- Capucines, en face de la place Vendôme.

Louise de Lorraine, épouse de Henri III,

avait conçu le dessein de fonder un cou- tombe;iux de vent de caiiucines à Bourges. Elle ne rexécuter ; nais à sa mort, arrivée en | 1601, elle laissa pour celte fondation la somme de soixante mille liv es. .Marie de | Luxembourg, duchesse de Mercœur, sa i belle-sœur, exécuta en partie la volonté de | la défunte reine, ajouta quelques sommes à celle qu'elle avait lais.sée ; et, au lieu de fonder un couvent de capucines à Bourges, elle le fonda dans Paris. Elle acheta l'hôtel du Perron, et posa, le 29 juin 1604, la première pierre du bâtiment, qui fut achevé et occupé par les religieuses en 1606.

L'Estoile, parlant de cet établissement, dit que les capucines prirent d'abord le titre de Fil. es de la passion, et qu'elles figuraient aux i rocessions publiques, portant une couronne d'épines sur leur tête. 11 ajoute que leur règle surpassait en austérité toutes celles des autres communautés : mais la rigueur de leurs pratiques, de leurs abstinences n'approchait pas de celle a laquelle s'assujettissent volontairement les pénitents de l'Inde. Toutes les sectes religieuses ne peuvent pas parvenir au même degré d'exi.ltation et de démence. Louis XIV, en 1688, pour faire construire la place Vendôme, ordonnais démolition du couvent des capucines et l'érection d'un nouveau couvent plus vaste et plus commode, à l'endroit où finit la rue des Petits- Champs, et commence la rue des Capucines. La façade de l'églLse correspondit à l'axe de la place Vendôme, et servit de perspective et de décorationà cette belle place.

Cette église, construite sur les dessins d'Orbay, le fut avec si peu de soin qu'on se vit obligé d'en recommencer jusqu'à trois fois la façyde, qui était simple, et n'avait rien de remarquable.

Dans l'intérieur se voyaient quelques tableaux do Restout et d'Antoine Coypel, et quehiues tombeaux fastueux. Dans la chai elle de Saint Ovide (l) étaient les

(1) En 1665 le pape Alexandre, VII fit au duc de Créqui , ambassadeur à Eome, pvésent des ossements d'un iiidiv du que l'on nomma hardiment saint Oviue. Le duc anj- Da.^seur, bon cnyant, fit transporter ces ossemems à Paris; et, lorsque la nouvelle église des capucines fut achevée, on y cousacra une chapelle à ce saint Ovide, ainsi qu'aux tombeaux de la faudUe de Créqui.

que iblir faire

la famille de Cré;;ui,

ut j l'on déplaça lorsqu'en 1753 on fit u

' reue chapelle, e- qu'on négligea &<

replacer lorsqu'elle fut reconstruite.

On voyait aussi dans cette égli.se le tombeau ou. marquis de Louvuis, composé de ilusieurs figures, ou\ragedeGirardoD, et qui s'est vu plus tard au Mu^ee des monuments français.

La marquise de Pompadour, morte à Versailles le 15 avril 1764, eut son tombeau dans cette église, à côte de celui d'Alexandrine Le Normand d'Etiolés, sa fille.

Ce couvent fut supprimé en 1790 : il y avait alors dix à douze religieuses, qui furent traitées avec les égards dus à leur ège et à leur position. Les bâtiments de ce monastère furent, dans la suit?, destinés à la fabrication des assignats, puissante ressource financière pendant la révolution. Il est certain qu'au 25 brumaire an IV il 6 novembre 179") il ava't été fabriqué pour vingt-cinq milliards d'assignats à peu près. Il est difficile de savoir la somme qui fut, dans la suite, fabriquée sous le Directoire exécutif.

Les jardins de cette maison, théâtre des gémissements et des austérités, devinrent, pendant quelques années, une promi nade publique et le séjour des jeux et des amusements : là fut établi le premier Panorama.

C'est sur une partie de l'emplacement de cette maison religieuse qu'en 1806 fut ouverte la belle rue dite de Napoléon, puis de la Paix, qui se trouve dans l'alignement de la rue de Castiglione et de l'axe de la place Vendôme.

HÔPITAL Saint-Louis, situé rue du Ca-' rème-Prenant et de l'Hôpilal Saint-Louis.

La peste, ou une maladie contagieuse presque aussi désastreuse, vers la lin de l'année 1606, répandait l'alarme dans

Les reliques de ce nouveau saint attirèrent un grand coicours de curieux parisiens. Ce concours , comme à l'ordinaire, attira des marchands : il s'établit une foire à la place Vendôme, où se trouvaient des cafés et des spectacles : le plaisir était contiguà la dévotion. En 1771, cette foire Saint- Ovide fut transférée à la place Louis XV : un incendie en ayant réduit les liaraques en cendres, elle fut réunie à cehe de Saint-Laurent, qui & son tour a cessé d'exister. Je parlerai en son lieu de cette foire Saint-Ovide.

Tans. L'effroi, dit l'E^tole, en fut : las grand que le mal. L'hôpital de l'Hôlei-Ditu SI insuffisant, si mal administre, tta.i plus proj're à propager cette contamoii qu'o la détruire. Les ["^estiferes couchaient ordinairement dans If même lit avec d'autres maïades. Le bureau de la ville exposa au 1 re.-iùent de Harlai Turgente nécessité d'avoir un lieu spécialement affecté aux pcs'iféiés, dont le nombre croissait, et devenait inquiétant. Le roi, par un édit du moi^ de mai 1607, assigna de? fonds pour la couslruction et l'entretien d'un nouvel bô; ital, qu'il fit nommer de Saint-Louis : et, le vendredi 13 juillet de la mèmeannée^ ce roi posa la première pierre de la chapelle.

Un grand nombred'ouvriers travaillaient journellement à la construction de ce vaste édifice, scus la conduite de Claude Villefaux : dans 1 espace de quatre ans les bâtiments furent achevés, mais en 1619 seu'ement on put y placer des malades.

Cet hôpital n'a pas ce se d'être en activité, et a reçu des améliorations dont io panerai dans la suite.

HÔPITAL Sainte-Anne ou delà S\nté .^itue au-delà de la barrière de la Santé' Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, avait établi en c^ lieu un petit hôpital. La contagion qui effrava Paris pendant les années 160u et 160/ fit penser à la construction de deux hô.oitaux pour v placer les pestiférés. Le premier fut Ihôpitaî saint-Louis, dont on vient de parler; c second fut celui qui nous occupe. Ses bâtiments, commences en 1607. fuient terr nés en 1608, et on le ncmma l 'Hôpital Sainte-Anne, mais il conserva sou ancien nom. Maison de la Saule, ou Hôpital de la Santé. On le trouve ainsi nommé dans un acte de 1607. Le roi le donna à 1 Ho el-Dieu.

On sait que les frais de construction et d ameublement de ces deux hôpitaux s'éfeve:enta la somme de 79,500 livres. Ils fuient d'un grand secours en 1619. épo- I que ou une nouvelle n aladie contagieuse v.nt affl;ger Paris.

Cit hô. ital Sainte-Anne a servi lonetemsde heu de con\ole.scence pour le^ n-;^i. ad. s d^r Hôtel-Dieu. Son emplaceoient ^n ^787, choisi p-our un dts quatre , taux des.inés à reuj lace l'Hôteli>'to. Plusieurs disposi ions étaient deià la'fes pour sa recoi siruttion, mais de^

sous HEXBl IV

tion. C^t ^tobbss-ment, qui a norté en dernier heu le nom de Maison dé Santé, ne sert plus aux malades. Les bùlimentsj assez vaste-, et son enclos, entoure de hautes murailles, sont de enis ceux d'une ferme appait-nani à l'Hôei-Dieu.

Manufactire de tapis, façon de lERSE, etahl.e en janvier, 1 an 1607, ou maison de la Savonnerie. sitr,eeau bas de Caiilot, quai de Billy, n» 30. Henri IV fa vôrisd les manufactures : il fit des • tablissements de ce genre dans les galeries du Louvre, dans les bâtiments de la Place - ; Royale. Il favorisa pareillement la manuj facture de tapis façon de Perse. Pierre i Dupont et Simon Lourdet furent les prej miers qui dirigèrent cet établissement, ' lequel, en 166.3, reçut du ministre Colbert une organisation nouvelle; mais dans la suite, il languit presque abandonne, jusqu'en 1713, époque où le duc d'Antin fit réparer les bâtiments, et lui rendit sou activité. Les productions de cette manufacture sont admirables, et l'art v est arrivé à son dernier degré de perfection.

Pont-Nelt. Depufs longtemps on avait senti la nécessité dune cornmunication facile entre les quartiers de la VilJe. de la Cité et le quartier du faubours Saint- Germain. Henri III, en 1578, sou's la conduite de son architecte, Jacques Androuet du Cerceau, entreprit la construction de ce pont. Voici comment l'Est jile parle de cette entreprise :

« En ce même mois (de mai), les eaux « de la Seine étant fort basses, fut com- «f mencé le Pont-Neuf, de pierres de taille ' qui conduit de Ne>le à l'école de Saint- . Germani (l'Auxerrois), sous l'ordonnance «dujeuneduCerceau,architecteduroi(l)...

« et furent, en ce même an, les quatre « piles du canal de la Seine, fluant entre « le quai des Augustins et 1 île du Palais. « levées environ une toise chacune par « dessus le rez-je-chaussée. Les deniers « furent pris sur le peuple... et disoit-on « que la toise de l'ouvr< ge coùtoit 85 li- « vres. »

Le 31 mai de cette année, le soir du jour où Henri III fit inhumer avec une pompe extraordinaire les corps d-- ses mignons Quelus et Maugiron, ce roi vint, en grande cérémonie et avec une suite brdlanle, poser la premièie pierre delà

-ments politiques arrêtèrent l'extcu-

(1) On commença vers cette époque à se semr du mot architecte, au lieu de celui de

culée de ce pont du côté des Augustins . quatre piles seulement de ce côté furent élevées d'environ une toise au-dessus du fond de la rivière. L'ouvrajc^e en resta 1 : les troubles civils en emt èchèrent la continuation. Vers l'an 1602, Henri IV fit reprendre les travaux de ce pont : ils étaient fort avancés le 20 juin '1603, époque où ce roi voulut y passer malgré les dangers qu'il avait à' courir. « Le ven- « dredi 20 de ce mois (juin 1603), le roi « passa du quai des Augustins au Louvre «■ par dessus le Pont-Neuf, qui n'étoit pas « encore trop assuré, et où il y a voit peu « de personnes qui s'y hasardassent. Quel- «' ques-uns, pour en faire l'essai, s'étoient « rompu le cou, et tombés dans la rivière; * ce que l'on remontra à sa majesté, la- « quelle fit réponse, à ce qu'on dit, qu'il « n'y avoit pas un de tous ceux-là qui fût « roi comme lui (1). »

On pouvait, en 4 604, passer sans danger sur ce pont, dont la route ne fut achevée qu'en 1607.

Charles Marchand fut l'aichitecte de ce pont, un des plus beaux de l'Europe. Sa longueur totale est de 229 mètres 41 centimètres, ou 708 pieds de roi ; sa largeur entre les têtes est de 25 mètres 1 0 centimètres, ou 70 pieds 8 pouces.

Pour établir la communication de ce pont avec l'île de la Cité, on prolongea la pointe occidentale de cette île; et cette prolongation divisa le Pont-Neuf en deux parties.

La partie méridionale se compose de quatre arches, et a, d'une culée à l'autre, 80 mètres 49 centimètres, ou 247 pieds.

La partie septentrionale, plus longue, a 1 48 mètres 92 centimètres, ou 463 pieds 6 pouces, et se compose de huit arches.

Toutes les arches sont à plein cintre ; eur diamètre moyen, dans la partie mé- •ridionaledupont, est de 12 mètres 48 centimètres, ou de 39 pieds 8 pouces, et dans la partie septentrionale de 17 mètres 34 centimètres, ou 32 pieds 3 pouces.

Ce pont est orné, sur ses deux faces, d'une corniche très saillante qui ve^ne dans toute sa longueur : elle est supportée par des consoles en forme de masques de satyres, de sylvains et de dryades d'un beau caractère. On croit que quelquesmaître des œuvres, qu'on employait auparavant.

(1) Journal de Henri IV, au 20 juin 1603.

unes sont l'ouvrage de Germain Pilun.

En 4773, on fit de grandes et ut -les réparations à ce pont. On abaissa et rétrécit les trottoirs : les demi-lunes qui s'élevaient à l'aplomb des piles laissai nt un espace vague et ordinairement rempli d'immondices. Sur ces espaces furent bâties des loges ou boutiques en pierres de taille, et couvertes de voûtes en demicoupole. Ainsi furent, des deux côtés, établies vingt petites boutiques, qui, sans nuire à la vue du cours de la Seine, décorent et vivifient ce pont.

Pendant les campagnesde1820 et 4 821, on a exécuté sur les deux parties de ce [;ont diverses réparations, baissé la route et adouci sa pente.

Château-Gaillard, situé vers l'extrémité méridionale du Pont-Neuf, sur le quai Conti, au bord de la Seine, et à l'endroit où est aujourd'liui la voûte sous laquelle on passe pour descendre à l'abreuvoir. 11 présentait une construction isolée, munie d'une tour ronde. Il est figuré dans les anciens plans. Un rimeur du siècle de Louis XIV a dit :

J"ai;erçois là-Las sur la rive J e beuu petit château Gaillard.

A quoi sers-tu dans ce bourbier?

Esl-ce d'abry. de colombier?

Est-ce de phare ou de lanterue?

De (|U((i ? de |iûrl ou de suuiien ?

Ma foi, si bieu je >« discerne.

Je crois que lu ne sers de riea 1).

Ce château Gaillard, où Brioché faisait jouer ses marionnettes, fut démoli sous le règne de Louis XIV.

Rue , PLACE ET PORTE Dauphine , etc.

La construction du Pont-Neuf entraîna, dans les parties aboutissantes, plusieurs changements heureux. L'île de la Cité fat agrandie, à son extrémité occidentale, par la jonction de deux îlots qui s'y trouvaient, et dont j'ai parlé ailleurs. On combla les bras de la Seine qui séparaient ces îlots l'un de l'autre, et les séparaient de l'île de la Cité. On éleva le terrain à la hauteur de la route du pont : on le revêtit de m^rs de terrasse, et on construisit, en mAne temps, les quais de l'Horloge et des Orfèvres, qui viennent aboutir au milieu de Pont-Neuf et au môle où s'élève la statue équestre de Henri IV.

Ces quais furent bordés de maisons, et lespace triangulaire qui se trouvait entre

(1) Paris ridicule, poème satirique.

sous

l'enseigne d'un marchand.

elles servit à former la place Dauphine, dont je parlerai avec plus de détails.

A l'extrémité septentrionale du Pont- Xeuf, on reconstruisit une grande partie des quais de l'Ecole et de la Mégisserie : on élargit et régularisa la place des Trois- Marics" placequon voulut nommer du Pont-Neuf: mais la routine triompha de la volonté des magistrats. Le nom des Trois- Maries, du à lui fut conservé.

A rextrémité méridionale, on reconstruisit les quais de Conti et des Augusfins: mais, au lieu d'un déhouché ou d'une vaste avenue au Pont-Neuf, se présentait de ce côté une masse de bâtiments, de cours, de jardins, un hôtel ou collège : toutes propriétés religieuses (I). Il fallut, à travers ces obstacles, ouvrir une rue dans la direction du Pont-Neuf. Une compagnie, dont Nicolas Carrel était le principal membre, se chargea de cette entreprise : elle acheta des religieux de Saint- Denis, en 1606, le collège ou l'hôtel de l'abbé de Saint-Denis, ses cours, jardins et une ruelle attenant à l'hôtel de Nevers: elle acheta aussi l'hôtel de Chappes ; le tout pour la somme de 76,500 livres.

A l'ouverture de cette rue, depuis le quai jusqu'à l'hôtel de l'abbé de Saint- Denis, on prit, du jardin des Augustins, trente toises en longueur sur cinq toises et demie de hirgeur. On nomma des magistrats pour estimer la valeur de ce terrain de moines. 11 fut évalué à 30.000 livres tournois.

Cette estimation fut faite à ces conditions rapportées par l'Estoile , « que les « matériaux des démolitions resteroient « aux Augustins : que les murs de clôture, n des deux côtés de ladite rue, seroient « élevés de trois toises de haut au-dessus « du pavé , aux dépens de sa majesté: et • qu'il seroit fait deux voûtes sous ladite « rue pour communiquer aisément avec « les maisons desdits religieux , qui sont (' auprès de l'hôtel de Nevers, pareillement « aux frais de sa majesté.

(1; Ce collège ou l'hôtel de Saint-Denis était contenu entre les rues Contrescarpe et Saint- Andre-des-Ars, et occupait une partie de remplacement de la rue Dauphine; des rues d'Anjou, Christine et des Grands-Augustins. On y arrivait, de la rue Saint- Andrédes-Ars, par une rueLe qui paraît avoir été anciennement nommée rue de laBarie.

HENîll

« Ils députèrent auprès du roi, continue « le même auteur, peur l'assurer de leur « soumission à son plaisir. Lui ayant re- « montre qu'ils seroient doresnavant sans « jardin, le roi leur a dit : « Ventre-saint- « gris, mes pères, l'argent que vous reti- « rerez des revenus des maisons vaut bien « des choux. ^ Le traité avec les Augustins ne fut conclu que le 6 février ! 607^ il).

Ce fut en la même année que cette rue fut ouverte : elle avait alors cinq toises de largeur, était bordée de murs, et couverte en deux endroits, à son entrée du côté du Pont-Neuf, de deux arcades qui établissaient la communication entre le couvent des Augustins et les bâtiments situés de l'autre côté de la rue, et qui dépendaient de ce couvent.

La ligne de cette rue, qui est une prolongation de l'axe du Pont-Neuf, aboutissait à la muraille de la ville. Là ou ouvrit une porte appelée porte Dauf hine. Elle a subsisté jusqu'en 1 673 , époque de sa démolition.

Le nom de Dauphine fut donné à cette rue, à la porte ouverte à son extrémité méridionale, et à la place dont ii a été fait mention, à l'occasion de la naissance du fils de Henri IV. Cette rue et cette place reçurent, çn 1792, le nom de Thionville, en mémoire de la vertueuse résistance que

les habitants de la ville de

"c* nom oppo-

sèrent aux ennemis des Français. En l'S'U, on leur restitua leur ancien nom de Dauphine.

Pont-aux-Meumers. Le dimanche 22 décembre 1396, à six heures et un quart du soir, lePont-aux-Meuniers fut entraîné par la violence des eaux. Ce pont était en bois et presque à chaque arche on avait attaché un bateau à moulin. Ces bateaux, offrant une grande résistance au courant! contribuèrent beaucoup à la chute dû pont. Il était chai-gé de maisons habitées : hommes et biens, tout périt. On évalua le nombre des personnes qui perdirent la vie à cent cinquante. « On remarqua, dit 1 Es- « toile, que la plupart de ceux qui péri- « rent en ce démge étoient tous gens ri- « ches, aisés, mais enrichis d'us'ures et « pillages de la Saint-Barthélemi et de « la Ligue. » Cet écrivain voit, dans la ruine de ce pont, le doigt de Dieu comme cause principale, et dans le mauvais eou-

(1) Journal vrier 1607.

de Henri IV , au 6 fé-

veruement et méchante police de Paris ua3 caii.^e accessoire : il aurait pu ajouter le défaut de talents des architectes.

Le lendemain, les gen-^ du loi dirent à la Cour du parlement « qu ils ne savoieu' « d'où procédoit cet accident , si ce « n'est de ce que, les roys ayant donné le- « dit pont au chapitre de Notre-Dame, « ledit chapitre n'a voulu souffrir que ledit « pont fût visité par les maîtres des œu- « vres (architectes) du roy (1). »

Pont Mahchand. En janvier 1598, Charles Marchand, dit le capitame Marchaiîd (2), le constructeur du Pont-Neuf, obtint des lettres-patentes qui l'autorisaient à rétablir, à ses dépens, le Pont-aux-Meuniers. En 1599, il en commença la construction, et parvint à lever les difncultés que lui opposaient le maître de la voirie et les anciens propriétaires des maisons du pont détruit; et, ai rès dix ans i e travaux, en décembre 1609, il l'acheva entièrement.

Dans les lettres-patentes, il est spécifié que ce nouveau pont portera le nom de son constructeur. En conséquence, Marchand avait placé à chaque extrémité de ce pont une table de marbre, où ce distique était gravé :

Pons olim submersus aquis, nunc mole resurgo : Mercalor fecit, nonien et ipse dédit.

Toutes les maisons étaient uniformes; peintes à l'huile, et chacune était distinguée par une enseigne représentant un oiseau, ce qui le fit aussi nommer le Pontau<-Oiseaux.

Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1621, le pont Marchand fut la proie des flammes, qui, poussées par un vent d'ouest, mirent en cendres le Pont-au-Change et plusieurs maisons voisines. Ces deux ponts étaient proches l'un de l'autre et construits en bois.

Le pont Marchand ne fut point rétabli.

Galerie du Louvre. Cette galerie, qui depuis l'aile du Louvre qui s'avance jusqu au bord de la Seine, se continue, sur la rive droite, jusqu'au château des Tuileries, fut commencée par le conseil de la reineCatherinedeMédicis, sousCharlesIX,

(1) Registres manuscrits du parlement de Paris.

(2) II était capitaine des arquebusiers et archers de Paris.

qui en posa la première pierre : Androuel du Cerceau en fut l'architecte. Hem i IIl la fit continuer; mais les travaux fvirent bientôt interrompus.

Henri IV, eu 1600, les fit reprendre : il écrivait à son ministre Sully, le 2 mars 1603 : « Vous priant de vous souvenir de « me mander des nouvelles des bâtiments « de Saint-Germain... et continuer à faire « avancer, tant qu'il vous sera possible, « le transport des terres de la galerie du « Louvre, afin que les maçons puissent « besogner, estimant qu'ils donneront or- « dre cependant à leurs matériaux, de « façon qu'ils avanceront bien la besogne, « quand la place sera nette desdites ter- « res (i). »

On voit qu'alors on ne faisait encore que déblayer des gravois entassés par le long abandon des travaux.

Dans une lettre du même roi au même ministre, du 8 avril 1603, on trouve ces mots : « J'ai été bien aise d'apprendre que « l'on continue, en la plus grande dili- « gence qu'il se peut, mes bâtiments du « Louvre et de Saint-Germain, comme ce <f que vous faites faire en cette année à « l'Arsenal (2). »

La communication entre le Louvre et les Tuileries, par cette galerie, commençait a s'établir sous Henri IV. Ce fut ce roi qui fit aussi réparer et peindre, en partie, la galerie d'Apollon, placée en retour de celle du Louvre.

En 1604, ces travaux étaient fort avancés, comme l'atteste la Chronoloçiie septénaire de Cayet,qui ajoute que le projet de Henri IV était de consacrer la partie inférieure de cette galerie « à l'établis- « sèment de diverses manufactures et aa « logement des plus experts artisans de « toutes les nations : » projet que combattit Sully avec des raisonnements qu prouvent que ses vues en économie politique n'étaient pas aussi étendues qu'on le pense vulgairement (3).

(1) OEconoinies royales de Sully, 2® partie, t. m, chap. 13.

(2) OEconoinies royales de Sully, 2^ partie, t. III, chap. 13.

(3) Voyez dans les OEconomies royales, 2e partie, t. III, chap. 25, les faibles moyens d'opposition que fait valoir Sully contre le projet qu'avait conçu le roi d'établir à Paris la fabrication de la soie et autres manufactures.

sous HENRI

Androuet du Cerceau, qui, aux temps voisins des massacres de la Saint-Barthélemi, pvefera renoncer à sa fortune, à son pays, plutôt que de renoncer à sa religion, . de retour à Paris, y con'.inua avec succès sa pro*"ession d'architecte, construisit plusieurs beaux hôtels, et fut em[iloyé par Henri IV aux travaux de la galerie du Louvre,

Le? rartiesde cette galerie construites sous Charles IX et sous Henri III se reconniiissent facilement à la différence de leur structure, à l'interruptiou et à la dis- ^ cordaiice des lignes. Elles se terminent à l'endroit où cette galerie forme un avant-corps, surmonté par une campanille. Depuis ce point jusqu'au pavillon des Tuileries, appelé Pavillon de Flore, la façade de cette paierie présente une ordonna uce de pilastres corinthiens, accouplés, canneljs et d'une majestueuse proportion, laquelle est couronnée par des frontons alternativement circulaires et triançiulaires. Ce; te

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